Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2005/2 (Vol. 42)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.422.0118
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 118 - 123 Article suivant
1

DEPUIS DIX ANS, TOSCA CONSULTANTS publie une enquête annuelle sur le marché de l’informatisation des bibliothèques [1][1] La dernière en date des enquêtes de Marc Maisonneuve,.... L’examen des événements de cette décennie permet de dégager quelques tendances lourdes qui laissent entrevoir un futur plutôt mouvementé. La connaissance des stratégies des fournisseurs est également un élément essentiel à prendre en compte au moment du choix d’une nouvelle solution. Plus incertain et plus complexe qu’autrefois, le marché impose une analyse globale afin de limiter les risques des investissements informatiques..

1 - Les évolutions de l’offre de systèmes de gestion

2

Tous les ans, l’enquête de marché signale l’apparition de deux à cinq progiciels, la disparition ou le rachat d’une société et l’abandon d’un produit [voir le tableau 1 page 120]. Aucune tendance évidente ne se dégage de ce tableau. Pour y voir clair, il faut distinguer deux catégories de systèmes de gestion de bibliothèque, ceux qui se destinent plutôt aux grands établissements et ceux qui se destinent plutôt aux petits établissements.

Mondialisation de l’offre destinée aux grandes bibliothèques, progiciels français pour les petites bibliothèques

3

Du côté des produits destinés aux établissements d’une certaine taille (de 25 postes à plusieurs centaines), l’évolution se résume en quelques mots : tous les ans, un nouveau progiciel d’origine étrangère est mis sur le marché français [tableau 2]. Les rares produits conçus en France sont d’ailleurs plutôt des versions majeures de produits préexistants.

4

Dans le secteur des produits destinés aux plus petites bibliothèques (moins de 25 postes et, pour un grand nombre d’entre elles, moins de cinq postes), l’offre est beaucoup plus vive et les éditeurs nationaux bien mieux représentés [tableau 3]. Tous les ans apparaissent entre un et trois nouveaux produits, généralement conçus en France. Les produits étrangers apparus récemment sont le plus souvent des produits open source (Koha, Weblis).

Les temps sont durs pour les fournisseurs

5

L’offre évolue donc de manière régulière mais assez contrastée. Les grandes bibliothèques bénéficient des investissements de sociétés étrangères avec des progiciels généralement arrivés à maturité. Les petites bibliothèques profitent d’un marché national dynamique. L’examen des chiffres d’affaires réalisés par les fournisseurs [graphique 1] permet d’affirmer que ceux-ci sont confrontés à un marché relativement difficile.

6

Si l’on met de côté les années 1998 à 2001, le marché connaît une évolution annuelle d’environ 3,3 % en euros courants et presque nulle en euros constants. Si 1998 et 1999 ont été d’aussi bonnes années, faut-il l’imputer aux qualités des produits, au dynamisme de l’investissement des collectivités locales, ou plutôt à la crainte savamment entretenue du bogue de l’an 2000 ? Avec le recul, ce sont les années 1998 à 2001 qui semblent être hors norme.

7

Le graphique 2 confirme la baisse continue du chiffre d’affaires moyen depuis 2001. Ce qui est particulièrement troublant, et peut-être inquiétant, c’est l’évolution observée de 2002 à 2004 : le chiffre d’affaires stagne alors que le nombre de contrats a connu une très forte augmentation. C’est la conséquence directe du fait que le marché reste dynamique dans le seul secteur des petits établissements.

Les trois temps de l’informatisation des bibliothèques

8

Le graphique 3 présente en abscisse la valeur totale du marché (c’est-à-dire la somme des chiffres d’affaires des fournisseurs) et en ordonnée le nombre de contrats. Ce graphique illustre les trois phases de l’évolution du marché.

9

- Première période : de 1995 à 1997, les contrats sont peu nombreux et le chiffre d’affaires croît régulièrement. C’est l’époque de l’équipement des grands établissements et des fortes marges.

10

- Deuxième période : en 1998, le marché s’envole et demeure très vif jusqu’en 2001.

11

- Troisième période : depuis 2002, bien que le nombre de contrats progresse de manière significative, le chiffre d’affaires est en très net repli. C’est l’époque de la stagnation de l’informatisation des grands établissements et du développement de l’équipement des petites bibliothèques.

Nouveaux venus, les produits open source gênent les diffuseurs dans le secteur des petites bibliothèques

12

En 2003 apparaissent PhpMyBibli (devenu par la suite PMB) et Koha, en 2004 Bibliothèque (BGP) et Weblis (Unesco). Ces produits sont principalement destinés aux petites bibliothèques dont c’est le premier équipement. Les fournisseurs intervenant dans ce secteur vont se trouver entre deux feux : d’un côté les sociétés travaillant avec les grands établissements voient leur marché se réduire et jettent un œil moins condescendant aux petites bibliothèques, de l’autre les produits open source arrivent en nombre.

2 - Les stratégies de résistance des fournisseurs

13

Les fournisseurs dans leur ensemble se trouvent confrontés à une situation de concurrence extrêmement vive. S’ils s’intéressent aux grandes bibliothèques, ils subissent l’arrivée permanente de nouveaux concurrents (au moins un par an) ; s’ils interviennent auprès des plus petits établissements, ils endurent la concurrence des produits open source (deux par an depuis 2003). Que font-ils pour résister au mieux en attendant des jours meilleurs ?

Tableau 1 - Évolution de l’offre : 1996-2004Tableau 1

Les rachats sont nombreux, réguliers, et le plus souvent décidés en Amérique du Nord

14

La dernière acquisition est le rachat en 2004 par ISACsoft de Bibliomondo et de ses deux produits : Concerto (diffusé principalement dans les bibliothèques municipales européennes) et Portfolio (commercialisé en France et au Canada). Tout laisse penser que d’autres fusions-absorptions modifieront profondément l’offre de solutions. Dans un marché peu dynamique, l’érosion des marges bénéficiaires fragilise de nombreuses sociétés.

15

Cette érosion découle de deux facteurs qui n’ont rien d’exceptionnel et que l’on peut considérer comme durables. Tout d’abord, le prix du matériel baisse de manière continue depuis dix ans et les commissions sur ces matériels qu’encaissent les fournisseurs fondent davantage encore ; elles ne représentent plus que quelques pour-cent. Ensuite, l’installation des logiciels open source et l’intérêt que leur portent les bibliothécaires tendent à faire baisser les prix des progiciels. Seuls les services demeurent épargnés par cette guerre des prix, tout particulièrement la maintenance. Ces services nécessitent du personnel, ce qui est coûteux pour l’entreprise et devient une charge difficile à supporter lorsque le marché ralentit.

16

Afin de ne pas fragiliser leurs sociétés, certains fournisseurs américains ou anglais tentent même de diffuser leurs progiciels sans créer de filiale en France, en s’appuyant sur des partenaires (les intégrateurs) pour gérer les plus gros projets et en intervenant en direct depuis l’étranger pour les projets de taille plus modeste. Innovative Interfaces est dans ce cas de figure. EOS International semble dans une position proche depuis que la société a fermé son bureau français, organisant des interventions depuis l’Angleterre.

17

En résumé, l’érosion des marges fragilise les sociétés, ce qui stimule le rachat des plus vulnérables d’entre elles et encourage certaines entreprises à réduire considérablement les frais de structure, avec de nouveaux modes de diffusion.

Séduire par des produits complémentaires : boom des ERM aux États-Unis, développements de fonctions prolongeant l’opac (portail) ou de systèmes de gestion des ressources électroniques

18

Pour une fois les marchés américain et français semblent évoluer de manière identique et synchrone. Presque aucun nouveau système de gestion de bibliothèque n’apparaît, comme si cela représentait de trop lourds investissements et surtout comme si les bibliothécaires montraient un intérêt soutenu pour de nouveaux types d’application. Les fournisseurs ont choisi de privilégier trois axes d’investissement : les résolveurs de liens, les portails et les systèmes de gestion des ressources électroniques.

19

Améliorant les fonctionnalités de l’opac en permettant de collecter des informations apparentées à la notice (le premier chapitre, le résumé, la table des matières, une critique, etc.), les résolveurs de liens sont proposés par Dynix (au sein d’HIP), Geac (V-Link), Ex Libris (SFX), Innovative Interfaces (MAP), Sirsi (iBistro, iLink), BiblioMondo (Zones rebaptisé ISACsoft Metasearch)…

20

Très proches des résolveurs de liens et s’appuyant sur eux, les portails permettent la consultation simultanée de plusieurs sites web, avec parfois des fonctions de fusion des résultats de recherche. Aux fournisseurs cités ci-dessus s’ajoutent EverEzida (portail de Flora), GFI Progiciel (avec le nouveau système de gestion de bibliothèque absysNET qui inclut des fonctions de portail), AID Computers (avec POM, le portail Orphée Multimédia)…

21

Les systèmes de gestion des ressources électroniques ne sont plus l’apanage de Pulcra CDMédia, d’Archimed, d’INEO ou de MédiaDOC. Les fournisseurs de système de gestion de bibliothèque s’y mettent, tant en France qu’aux États-Unis (où on les appelle electronic resource management ou ERM). En Amérique, Innovative Interfaces propose GRE, Ex Libris annonce Verde (en partenariat avec le MIT et Harvard), Dynix met au point son futur système avec l’université de Chicago, VTLS propose Verify ERM… En France, Décalog complète son offre de produits (NSP, LASP, GSI, GEDAS et GET), Borgeaud propose ses propres modules…

Rénover : changements d’appellation dictés par le marketing et accompagnant le plus souvent la sortie d’une nouvelle version

22

Plus ou moins faciles à interpréter, les annonces correspondent tantôt à de nouveaux produits, tantôt à un nouvel habillage graphique d’anciennes applications. Aloès était-il un produit nouveau ou la version 9 d’Opsys enfin portée sous Windows ? Flora constitue-t-il une offre entièrement nouvelle ou une présentation harmonisée de la gamme d’Ever Ezida ? Les réelles améliorations apportées à la gamme d’Archimed en font-elles des produits différents (Incipio, Ermes) ?… Bref entre nouvelles versions et nouveaux produits, il n’est pas facile de se retrouver.

Diffuser sur des marchés extérieurs : à part les marchés protégés (CCF, Écoles françaises, etc.), les étrangers s’implantent en France mais les Français peinent à se développer à l’export

23

Diffuser sur des marchés extérieurs, cela permet d’amortir les lourds investissements effectués pour mettre au point ces nouveaux produits. C’est une évolution naturelle. La France est de ce point de vue un marché très ouvert : les trois principales sociétés nord-américaines (Dynix, Innovative Interfaces et Sirsi) diffusent en France depuis de nombreuses années. D’autres produits nous viennent d’Espagne (AB6 puis absysNET), d’Israël (Aleph), de Belgique (Vubis Smart), d’Angleterre (Liberty3, Alice) ou de Nouvelle-Zélande (Koha). Par contre, les sociétés françaises sont absentes des grands marchés étrangers. Diffusant de plus petites quantités, elles se trouvent davantage limitées dans leurs investissements.

Tableau 2 - Évolution de l’offre pour les grandes et moyennes bibliothèquesTableau 2
Tableau 3 - Évolutions de l’offre pour les petites bibliothèquesTableau 3
Graphique 1 - Évolution De La Valeur Du MarchéGraphique 1

3 - Choisir devient de plus en plus difficile

24

Principal facteur de complexité, les composants du système d’information d’une bibliothèque se sont multipliés. Aux côtés du système de gestion de bibliothèque et de son opac web, se sont ajoutés le résolveur de liens, le portail de sites web et le système de gestion des ressources électroniques. Dans certains cas, notamment pour les établissements disposant de collections patrimoniales ou dans les bibliothèques universitaires, peut s’y ajouter un système de gestion de documents numériques.

25

Ces différents composants sont plus ou moins indépendants. Grâce à la norme Z39.50, l’opac web peut être indépendant du système de gestion de bibliothèque. Comme le système de gestion des ressources électroniques, le portail de sites web doit partager avec le système de gestion de bibliothèque la base des inscrits afin de contrôler les droits de consultation, d’impression ou de déchargement. Les standards LDAP et SSO interviennent alors pour garantir l’indépendance de ces systèmes et pour faciliter la vie de l’usager en lui permettant de s’identifier une seule fois lorsqu’il navigue entre ces différents outils. Le partage du catalogue des ressources électroniques est également un élément intervenant dans l’articulation de ces systèmes. Permettant d’éviter les doubles ou les triples saisies, le partage du catalogue peut s’appuyer non seulement sur la norme Z39.50 mais aussi sur l’Open URL ou sur SRW et XML.

Graphique 2 - Évolutions du chiffre d’affaires moyen et du nombre moyen de contrats par sociétéGraphique 2
Graphique 3 - Évolutions du marché en quantité et en valeurGraphique 3
26

Les standards existent pour garantir l’interopérabilité de ces systèmes, il est donc théoriquement possible d’acquérir le système de gestion de bibliothèque de Dynix, l’opac de Sirsi, le résolveur de lien d’Ex Libris, le portail de sites web d’Innovative Interfaces et le système de gestion des ressources électroniques de VTLS. En pratique, il faut garder à l’esprit que chacun de ces fournisseurs a développé ces modules complémentaires pour mieux vendre son propre système de gestion de bibliothèque. Il est fort probable que l’assemblage évoqué ci-dessus réserverait quelques mauvaises surprises et nécessiterait une longue période de mise au point.

27

Bien que réelle, l’ouverture des systèmes demeure encore limitée par des exigences commerciales. Il faut arriver à décrypter les dires des fournisseurs pour cerner au mieux le domaine du possible.

28

À ces facteurs de complexité s’ajoutent de multiples facteurs d’incertitude : le devenir des fournisseurs, le devenir des produits, la qualité des services d’assistance à la mise en œuvre et la qualité de la maintenance. Ces facteurs n’ont rien de nouveau. Ils sont simplement beaucoup plus sensibles aujourd’hui du fait de l’érosion des marges bénéficiaires qui précipite les rachats de sociétés et qui introduit de nouveaux modes de diffusion comme la vente de produits ne s’appuyant pas sur une filiale ou sur un diffuseur français.

29

AVRIL 2005

Notes

[1]

La dernière en date des enquêtes de Marc Maisonneuve, « L’informatisation des bibliothèques en 2004 », est parue dans le numéro 599, du 29 avril 2005, de Livres Hebdo.

Résumé

Français

Chaque année, la société Tosca Consultants entreprend une enquête relative à l’offre en France de systèmes de gestion de bibliothèque. Faisant ici la synthèse de dix ans d’enquêtes, Marc Maisonneuve tente de dégager les traits dominants de l’évolution de cette offre : origine des progiciels destinés aux grandes et aux petites bibliothèques, évolution des chiffres d’affaires, phases successives de l’évolution du marché, apparition de produits open source, fragilisation progressive des sociétés, développement de produits complémentaires, changements d’appellations, diffusion sur les marchés extérieurs. Autant d’éléments qui rendent le marché plus incertain et plus complexe, et donc les choix de plus en plus difficiles.

Plan de l'article

  1. 1 - Les évolutions de l’offre de systèmes de gestion
    1. Mondialisation de l’offre destinée aux grandes bibliothèques, progiciels français pour les petites bibliothèques
    2. Les temps sont durs pour les fournisseurs
    3. Les trois temps de l’informatisation des bibliothèques
    4. Nouveaux venus, les produits open source gênent les diffuseurs dans le secteur des petites bibliothèques
  2. 2 - Les stratégies de résistance des fournisseurs
    1. Les rachats sont nombreux, réguliers, et le plus souvent décidés en Amérique du Nord
    2. Séduire par des produits complémentaires : boom des ERM aux États-Unis, développements de fonctions prolongeant l’opac (portail) ou de systèmes de gestion des ressources électroniques
    3. Rénover : changements d’appellation dictés par le marketing et accompagnant le plus souvent la sortie d’une nouvelle version
    4. Diffuser sur des marchés extérieurs : à part les marchés protégés (CCF, Écoles françaises, etc.), les étrangers s’implantent en France mais les Français peinent à se développer à l’export
  3. 3 - Choisir devient de plus en plus difficile

Pour citer cet article

Maisonneuve Marc, « Informatisation des bibliothèques. Les enseignements de dix ans d'étude du marché», Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2005 (Vol. 42) , p. 118-123
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2005-2-page-118.htm.
DOI : 10.3917/docsi.422.0118.


Article précédent Pages 118 - 123 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback