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Documentaliste-Sciences de l'Information

2005/2 (Vol. 42)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.422.0124
  • Éditeur : A.D.B.S.

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RAPPELONS QUE LA MAÎTRISE DES TECHNIQUES USUELLES de l’information et de la communication vient d’être désignée par la loi Fillon comme l’un des savoirs fondamentaux que l’enseignement doit faire acquérir aux élèves, aux côtés de la maîtrise de la langue, des mathématiques, de la culture scientifique et de la pratique d’une langue étrangère [voir page 126]. L’ambition affichée étant bien de réduire au maximum le risque de la fracture numérique. C’est aussi, à un tout autre niveau, l’ambition de l’Unesco lorsqu’elle propose au Sommet mondial de la société de l’information un programme qui serait le fondement d’un projet de convention internationale ; la formation à l’information est le pilier qui permettra d’en atteindre les objectifs, en particulier celui de rendre le citoyen autonome et actif. Telle est aussi la mission de l’École.

Quelle information transmettre ? Que faut-il enseigner et comment ?

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Devenue centrale dans toutes les activités, l’information est omniprésente grâce à la performance des réseaux. Mais l’accès à l’information ne garantit pas en soi la démocratie parce qu’il ne garantit pas l’appropriation des savoirs. Pour faire de l’information un outil durable de la démocratie, il faut l’investir d’un projet qui permettra de lui donner un sens.

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La performance d’Internet permet aujourd’hui à la fois un accès facile à l’information et une profusion d’informations qui font illusion, et elle entraîne une fâcheuse confusion entre information et connaissance. L’information – qui est le minerai de base de la société de l’information – doit être différenciée de la connaissance – information à laquelle on a ajouté du savoir.

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L’information peut même devenir le contraire du savoir. On peut se perdre et ne rien apprendre en allant chercher quelque chose sur Internet sans grille conceptuelle. L’information est déjà une construction en elle-même, un système de représentation. Il faudra apprendre à la déconstruire, mais aussi à l’interpréter, il faudra être capable d’établir des liens essentiels entre les informations pour élaborer des stratégies de pensée qui permettront d’atteindre une supériorité effective de l’esprit sur la machine. C’est cette nécessaire intelligence qui permet de tirer une connaissance d’une information parce qu’on lui donne du sens. L’enjeu majeur de l’apprentissage doit être d’empêcher l’enfermement (les systèmes d’information peuvent rendre sourd et muet par rapport à toutes leurs dispositions techniques), grâce à un travail sur le bon sens, l’interpellation du jugement, pour rendre capable d’intervenir dans le champ de la circulation des informations.

Les principaux intervenants

Abdelaziz Abid, Division de l’information et de l’informatique à l’Unesco

Claude Baltz, professeur en information-communication à l’Université Paris VIII

Bernard Pochet, directeur de la bibliothèque de la faculté de Gembloux (Belgique), président d’EduDOC

Alexandre Serres, enseignant-chercheur, directeur-adjoint de l’URFIST de Rennes

Bertrand Labasse, directeur du CELP de Lyon, enseignant à l’Université Lyon I

Jacques Piette, professeur de communication à l’Université de Sherbrooke (Québec)

Jean-Louis Durpaire, inspecteur général de l’Éducation nationale, président du CAPES externe de documentation

Isabelle Fructus, présidente de la FADBEN

Donatella Lombello, professeur et coordonnatrice du groupe de recherche sur les bibliothèques scolaires (Italie)

Maria Jesus Rodriguez, documentaliste et Josep Vivesi Gracia, bibliothécaire. Université polytechnique de Catalogne (Espagne)

Pour en savoir plus

Le site de la FADBEN : www. fadben. asso. fr

Le site SavoirsCDI : http:// savoirscdi. cndp. fr

Les actes de ce congrès seront publiés ultérieurement.

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Passer de l’information à la connaissance, c’est réintroduire une culture qui permettra aux futurs citoyens de comprendre le monde dans lequel ils vivent, et d’y agir. Au terme voisin de culture de l’information, Claude Baltz propose de substituer celui de cyberculture, « “driver” obligé pour la société de l’information ». Il la définit comme une culture de synthèse susceptible de reposer sur la maxime suivante : « L’information n’est évidente que pour ceux qui la possèdent ». Pour la posséder, il faut avoir acquis une culture de la quête de l’information, qui est tout à la fois travail, savoir-faire et savoir-être.

La culture des médias

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Souvent associée à la critique des médias, la culture des médias est un autre aspect de la formation du citoyen. Elle devrait amener à regarder autrement la télévision, à lire autrement la presse, à prendre des distances par rapport à ce qu’on lit ou voit, à analyser. Ceci est déjà fait à l’école, mais de façon encore très limitée. Évoquant une recherche internationale sur « Les jeunes et Internet », Jacques Piette observe en traduisant les résultats que la réflexion et le regard distancié ne se développent pas spontanément avec la seule pratique. Il propose de fonder l’éducation aux médias sur le concept d’information. L’information médiatique étant complexe par excellence et son contexte souvent flou, la formation intellectuelle qui s’appuie sur les discours et dispositifs donnant corps à cette activité est décisive pour maintenir une conception citoyenne de l’information. Mais Bertrand Labasse insiste aussi sur la nécessité d’apprécier les savoirs véhiculés par les médias – les seuls qui restent ? – et donc sur celle d’échapper aux procès réducteurs à leur égard.

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Penser la société du savoir avec les médias, malgré les médias ou par les médias. En parodiant Condorcet, on peut dire que « toutes les combinaisons sont possibles pour assurer la liberté ».

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Apprendre à informer est une autre façon de comprendre la construction et la communication des savoirs. Et, à ce titre, on pourrait considérer les blogues comme un autre outil d’éducation aux médias, même si la médiation ainsi installée semble opposée à la philosophie de cette nouvelle « alter-communication ».

L’enjeu éducatif d’une formation à la maîtrise de l’information

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La problématique de la formation à la maîtrise de l’information n’est pas nouvelle. Elle est l’objet depuis longtemps de nombreuses initiatives visant le développement d’enseignements adaptés, de l’école à l’université. Mais cet apprentissage ne figure pas en tant que tel dans les programmes scolaires et il est pratiqué de façon aléatoire et disparate. La diversité des approches didactiques dépend en réalité de la façon dont le terme information est compris. L’information soutient la formation mais le concept d’information reste souvent très flou.

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Il semble cependant qu’il y ait consensus sur la nécessité de mettre en place des dispositifs dégageant des invariants, construits autour d’enseignements progressifs et articulés à partir d’un corps théorique de référence.

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Cela suppose que l’on ait été capable d’identifier pour chaque niveau de développement les connaissances et les compétences à intégrer qui permettront d’élaborer des référentiels de compétences documentaires et – pourquoi pas ? – des programmes d’études. Un certain nombre sont proposés depuis une dizaine d’années (une liste sélective les présente sur le site SavoirsCDI). Les jalons existent. Mais l’on constate que trop souvent la formation est trop instrumentale et, dans la pratique, se révèle être du « bricolage méthodologique ». Or les documentalistes ont un rôle majeur à jouer sur la compréhension des outils. Surtout, la question des modalités de mise en place de cette activité n’est pas résolue. En réalité, la réflexion est à poursuivre autant sur le contenu que sur les modes de transmission : choisira-t-on un enseignement méthodologique général ou un enseignement documentaire, une formation au service des disciplines ou une formation autonome, une formation aux compétences procédurales ou une formation aux concepts ?

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Sans doute serait-il raisonnable d’envisager, avec Alexandre Serres et Georges-Louis Baron, la création d’un enseignement documentaire ayant son modèle propre, mais aussi son autonomie, et qui soit en lien avec la recherche. Enfin, il est indispensable, d’une part, que cet enseignement soit généralisé et forme tous les élèves, d’autre part, que les documentalistes confrontés à l’innovation permanente puissent eux-mêmes être formés. Un grand pas a déjà été franchi vers la voie de la professionnalisation de ce métier avec la rénovation du CAPES de documentation, mais ce n’est pas suffisant.

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La politique documentaire d’un établissement d’enseignement que propose l’inspecteur général Jean-Louis Durpaire, dans son rapport paru en 2004, devrait être un excellent levier pour la formation des élèves à la maîtrise de l’information. C’est cette politique qui permettra de déterminer sa mise en œuvre. Une circulaire de mission à paraître bientôt devrait apporter des réponses attendues par les enseignants documentalistes, en particulier sur leur profil de formateur.

Extraits du rapport annexé au projet de loi d’orientation pour l’avenir de l’école

L’article L. 122-1-1, ajouté au Code de l’éducation par le projet de loi d’orientation pour l’avenir de l’École, stipule que « la scolarité obligatoire doit garantir au moins l’acquisition par chaque élève d’un socle commun constitué d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour poursuivre et réussir sa scolarité, conduire sa vie personnelle et professionnelle et sa vie de citoyen ». Dans le rapport annexé à ce projet de loi adopté le 2 mars 2005 par l’Assemblée nationale, plusieurs passages sont consacrés à la maîtrise de l’information et de ses techniques.

« Un Haut conseil de l’éducation est créé : il donne au Gouvernement son avis sur les connaissances et les compétences qui doivent être maîtrisées à l’issue de la scolarité obligatoire. Ce socle commun des connaissances et des compétences comprend en tout état de cause :

  • la maîtrise de la langue française ;

  • la connaissance des principaux éléments de mathématiques ;

  • une culture humaniste et scientifique permettant l’exercice de la citoyenneté ;

  • la pratique d’au moins une langue vivante étrangère ;

  • la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication. […]

Les technologies de l’information et de la communication (TIC)

« L’apprentissage des usages de l’ordinateur et des environnements numériques doit conduire chaque jeune, pendant sa scolarité obligatoire, à utiliser de manière autonome et raisonnée les TIC pour se documenter, pour produire et rechercher des informations, pour communiquer. Le B2i collège sera intégré au brevet.

Au lycée, l’élève doit être capable de traiter l’information, de gérer des connaissances et de communiquer. LeB2i lycée sera intégré au baccalauréat. Dans toutes les disciplines, la rénovation des programmes doit comporter des recommandations pour l’utilisation des TIC dans l’enseignement ; le coordinateur pour les technologies de l’information et de la communication de l’établissement participera au conseil pédagogique de son collège ou lycée.

L’obtention du C2i niveau 1 (licence) sera exigée de tous les étudiants entrant en IUFM. Celui-ci amènera les professeurs stagiaires au niveau 2 du C2i, c’est-à-dire à la capacité d’utiliser des TIC dans leur pratique pédagogique.[…]

L’éducation aux médias

« La place croissante de l’information dans la société rend indispensable l’éducation de tous les élèves à la lecture et à l’analyse critique des médias d’information.

L’éducation aux médias sera donc renforcée : le travail avec les médias trouve sa place dans de nombreuses disciplines ou enseignements ; seront encouragées les invitations faites aux journalistes à venir présenter leur métier ou à aider les élèves à réaliser un journal dans l’établissement.

Les élèves de classe terminale pourront bénéficier d’un abonnement d’un mois à un quotidien d’information générale. Par cette rencontre avec les grandes questions d’actualité traitées dans la presse écrite, les lycéens pourront, dans l’année du baccalauréat, compléter leur culture générale, élargir leur horizon de références et se préparer à exercer leurs responsabilités de citoyen.

Pour sa part, le service public de l’audiovisuel contribue, par la diversité etla qualité de ses productions et l’intérêt pédagogique de ses documents, à la mission éducative de l’école.»

Résumé

Français

Le septième congrès de la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN), qui a eu lieu à Nice du 8 au 10 avril 2005, avait pour thème « Information et démocratie : formons nos citoyens ! ». À travers les diverses questions qui ont été traitées pendant ces trois jours – l’accès à l’information et l’appropriation des savoirs, la participation du documentaliste à ce processus, la place de l’éducation aux médias –, c’est l’enjeu éducatif d’une formation à la maîtrise de l’information qui était posé.

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, « Le 7e congrès de la FADBEN. Information et démocratie : formons nos citoyens !», Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2005 (Vol. 42) , p. 124-126
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2005-2-page-124.htm.
DOI : 10.3917/docsi.422.0124.


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