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Documentaliste-Sciences de l'Information

2005/3 (Vol. 42)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.423.0240
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Les bibliothèques dans la chaîne du livre, Sous la direction d’Emmanuèle Payen, Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2004. – 246 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0888-2 : 38 €

Toute la problématique de l’avenir du livre

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ON SAIT COMBIEN, DEVANT LES NOUVEAUX moyens de communication et les mutations des pratiques socioculturelles qu’ils engendrent, le monde des bibliothèques s’interroge et se cherche. Dans cet ouvrage collectif, c’est aux divers acteurs de la chaîne du livre – éditeurs, libraires, sociologues, conservateurs de bibliothèques – qu’il appartient de poser ensemble la problématique de l’avenir du livre. Un ouvrage qui établit un état des lieux et ouvre de nouvelles pistes d’action sur trois aspects essentiels de l’univers du livre : politiques de la lecture, activité éditoriale et rôle des bibliothèques (dont on peut se demander pourquoi elles ne sont jamais nommées « médiathèques », sauf par Christophe Evans, sociologue à la BPI !).

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Avec « Lire/écrire : enjeux et politique du livre et de la lecture » (p. 13-52), constat est fait par Jean-François Hersent et Christophe Evans que, en dépit d’indéniables réformes, le modèle traditionnel d’accès au savoir et aux œuvres ne convient plus aux nouveaux publics potentiels – qui existent bien – et a fortiori au « non-public ». Les indicateurs sur la lecture et l’usage des médiathèques cités par C. Evans prouvent qu’elles ont tout intérêt à inventer de nouveaux outils et de nouvelles approches : des expériences récentes en font foi (p. 38).

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Le second ensemble de textes : « Le commerce du livre » (p. 53-142), auquel on peut rattacher la contribution de Nathalie Heinich sur « La sociologie de l’auteur contemporain » ainsi que celle d’Yves Alix sur « La protection du droit d’auteur en bibliothèques », examine d’une part la dimension économique de l’édition et l’apport de l’édition numérique, d’autre part les partenaires de la diffusion que sont les libraires et les bibliothèques. Très précise et bien documentée, cette description de « multiples soubresauts », des permanences et des ruptures socioculturelles, économiques et techniques qui traversent la production et la diffusion marchande du livre permet de mieux comprendre l’importance – et l’ambiguïté – du rapport des bibliothèques publiques à la filière (cf. « Diffusion et distribution : place et enjeux pour la filière du livre et l’offre non marchande des bibliothèques » par François Rouet, p. 125-142).

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Cette problématique est développée dans la troisième partie : « Les bibliothèques face aux évolutions du livre ». Tout bibliothécaire ou documentaliste devrait se réjouir à la lecture du texte exigeant d’Emmanuèle Payen : « La bibliothèque et l’œuvre, entre savoir et création », qui analyse les « multiples variations et fugues que la bibliothèque entretient avec le livre et par là même avec le savoir et la création » (p. 145) et rappelle la fonction symbolique du lieu.

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Il y a éditeurs et éditeurs : à côté de l’hyper­concentration actuelle, bien connue et souvent contestée, s’éparpillent de multiples petits éditeurs indépendants, « espaces de recherche et lieux de découvertes » (p. 61). On saura, grâce à Jean-Claude Utard, combien maintes bibliothèques s’intéressent à leur production et cherchent à la valoriser (p. 157-170). Quant à l’importante production éditoriale des bibliothèques, la typologie et la description qu’en fait Philippe Hoch (« Les bibliothèques éditrices », p. 209-232) montrent qu’elle dépasse de loin le « document de communication » pour aller parfois jusqu’à la création d’une collection (Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, chez Gallimard) ou la réimpression d’ouvrages introuvables (Bibliothèque de Troyes avec « La bibliothèque bleue » ou celle de Lyon avec la revue Gryphe, qui met en valeur un riche fonds iconographique). Toutefois l’auteur ne cache rien des contraintes du métier d’éditeur pour un non-professionnel et propose d’explorer de nouvelles méthodes, en particulier la collaboration du bibliothécaire-éditeur et du webmestre, qui « devrait avoir de beaux jours devant elle » (p. 232).

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Le thème de l’édition en ligne est repris par Olivier Bogros qui, après avoir présenté les grands corpus déjà disponibles, appelle à la réalisation de « micro-projets de bibliothèques numériques centrées sur une thématique locale ou régionale » dont il présente deux exemples convaincants (p. 237).

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Bref, que le stockage numérique se développe - en dépit des problèmes que pose la conservation des supports - ou que l’imprimé persiste – bien que le papier soit lui aussi menacé dans la durée –, l’avenir ne peut se concevoir sans une « collaboration entre producteurs et conservateurs qui […] sache ménager les conditions d’une réelle transmission pour l’avenir » (Bernard Huchet, p. 246).

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Témoignage de ce dialogue, difficile, entre deux logiques opposées, commerciale et non marchande, et de cet effort à trouver des fronts communs face aux incertitudes de l’avenir, cet ouvrage en apprend beaucoup sur la diversité des activités souvent mal connues des bibliothèques et augure bien de leur volonté d’adaptation tout en conservant la place irremplaçable qu’est la leur.

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Claire Guinchat

Les métamorphoses du livre, Henri-Jean Martin. Entretiens avec Jean-Marc Chatelain et Christian Jacob, Paris : Albin-Michel, 2004. –- 299 p. – (Itinéraires du savoir). – ISBN 2-226-14237-1 : 21,50 €

Le riche parcours d’un historien du livre et de l’écrit

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« POUSSE DANS SES RETRANCHEMENTS », comme il le dit lui-même (p. 9), par deux éminents interlocuteurs, Jean-Marc Chatelain et Christian Jacob, Henri-Jean Martin dévoile dans cet ouvrage ce qui a fait de lui l’historien de la place du livre dans la société et l’analyste de ce qui fait du livre ce qu’il est.

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Le « liseur », comme il aime à le qualifier, qui plonge dans ce texte touffu, réalisé au moyen d’entretiens tripartites, va suivre les étapes d’une pensée nourrie d’innombrables lectures, de rencontres et d’activités variées. Dès ses études à l’École des chartes, Henri-Jean Martin se découvre un vif intérêt pour l’économie de l’édition et constate « le statut extrêmement curieux et bizarre » de l’histoire du livre, ignorée de l’Université d’alors. Il est ensuite appelé à la Bibliothèque nationale par Julien Cain, et il fait une description savoureuse et impitoyable des usages surannés ainsi que des blocages hiérarchiques, techniques et intellectuels qui régnaient alors sur place. Mais il y élargit son champ de vision sur la production éditoriale et y rencontre « force personnalités souvent remarquables et sympathiques » (p. 39) dont certaines seront ses maîtres ou ses guides. Henri-Jean Martin ne cesse d’ailleurs, au cours de ces entretiens, de témoigner son estime et sa reconnaissance pour ses collaborateurs ou ses étudiants, du moins certains d’entre eux, car il a parfois la dent dure ! Mais son éloge du métier de bibliothécaire (p. 50-51), qu’il a pratiqué dix ans, devrait encourager ceux qui doutent de leur profession.

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Avec le troisième chapitre, ouvert par la rencontre avec Lucien Fèbvre, dont il parle avec chaleur, on voit se construire une méthode et se développer une pensée qui vont se concrétiser dans L’apparition du livre, ouvrage paru en 1958 dans la collection L’évolution de l’humanité fondée par Henri Berr. En analysant son premier ouvrage, l’auteur rappelle que « l’évolution qui [l]’intéresse est celle des faits de civilisation : l’évolution des habitudes mentales et les modifications de l’outillage mental. » (p. 66) Il précise le sens de cette notion et, décrivant les canaux de base par lesquels évoluent et se modifient de génération en génération les manières de penser et de s’exprimer, en vient à s’interroger sur les systèmes de communication les plus modernes (p. 75).

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Il éclaire en même temps sa problématique de la « bibliographie matérielle », ou matérialité d’un livre. On goûtera au passage la légère controverse qui l’oppose à ses interlocuteurs sur son « hostilité à la bibliophilie » réduite à l’enveloppe d’un livre : la reliure, et l’aveu de ses contradictions en la matière, puisqu’il révèle qu’il aurait malgré tout aimé s’y intéresser : « Quel cauchemar ! Avoir une collection privée de beaux livres. » (p. 147-158, « Une question embarrassante »)

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En devenant, en 1962, directeur de la bibliothèque municipale de Lyon, Henri-Jean Martin peut mettre en œuvre ses idées dans un contexte – les trente Glorieuses – favorable au développement de la lecture publique. Il ouvre la bibliothèque sur l’extérieur : développement et diversification des acquisitions, expositions, collaboration à la création du musée de l’imprimerie de Lyon. Il prépare les plans et l’organisation de l’établissement actuel - le tout en continuant sa thèse et en enseignant. Soutenue en 1969 sous le titre Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle (1598-1701), elle analyse l’évolution de la production imprimée parisienne sous un angle économique novateur. Il est instructif de suivre l’auteur dans le récit des difficultés qu’il a rencontrées devant « une masse gigantesque de documents » à traiter, mais aussi des « trouvailles » inespérées qu’il a faites (p. 143-144) et des pistes que lui a ouvertes ce travail.

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Directeur de bibliothèque, chercheur, écrivain, Henri-Jean Martin est aussi enseignant : de la préparation au concours de l’École des chartes, qu’il crée en 1954 à l’École alsacienne, à l’enseignement de l’histoire du livre à l’ENSB, ancêtre de l’ENSSIB, puis à la IVe section de l’École pratique des hautes études, aux Chartes enfin, il fait souvent figure d’instigateur, « inventant de toutes pièces » (p. 166) un enseignement jusqu’alors inexistant ou partiel. Le nombre et la diversité des mémoires et thèses qu’il a alors dirigés dans l’un ou l’autre de ces établissements témoignent de l’intérêt que soulevait ce professeur. Lui-même souligne « l’enrichissement considérable » que lui a procuré cette activité.

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Les quatre derniers chapitres, « De l’histoire du livre à l’histoire de l’édition », puis à celle de l’écrit, puis à celle de la lecture, et enfin « La fabrique du lisible », sont consacrés aux travaux de ces vingt dernières années. L’expression « entreprise monumentale » (p. 197) dont Jean-Marc Chatelain qualifie l’Histoire de l’édition française (réalisée en collaboration avec Roger Chartier) peut s’appliquer à juste titre à l’ensemble de l’œuvre d’Henri-Jean Martin. En détailler les divers aspects, en approfondir l’ampleur et l’originalité – bien connues – dépasserait le cadre de cette recension. À qui l’entreprendra, la lecture de cet ouvrage ouvrira bien des portes sur les mécanismes de production et de diffusion de l’écrit et sur les systèmes de communication. L’auteur révèle d’ailleurs « développer actuellement [sa] réflexion en vue d’un livre qui serait consacré » à ces systèmes (p. 228-234). En effet, l’ouvrage se clôt sur une interrogation quant « aux répercussions qu’aura l’usage de l’ordinateur et d’Internet sur l’avenir du livre et, au-delà, sur les systèmes de pensée, sur la mémoire humaine » (p. 279).

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On suit avec intérêt ce parcours fécond s’il en est, narré avec passion, verve et humour. Des notes bibliographiques consacrées aux principaux personnages rencontrés au fil des entretiens et un choix des principaux ouvrages d’Henri-Jean Martin complètent les entretiens. Un index aurait été utile mais, vu le nombre de noms cités, on comprend que l’éditeur s’en soit abstenu…

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Claire Guinchat

Livres en feu : histoire de la destruction sans fin des bibliothèques, Lucien X. Polastron, Paris : Denoël, 2004. – 430 p. – ISBN 2-207-25573-5 : 22 €

Un catalogue édifiant d’exactions humaines et de catastrophes naturelles

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SI VOUS ENTENDEZ PARLER DE DESTRUCtions d’ouvrages ou de bibliothèques, surtout n’hésitez pas à en informer Lucien X. Polastron qui semble disposer d’un réseau dense d’information sur le sujet à l’échelle mondiale. Cela n’est pas une boutade : lors d’une conférence donnée par l’auteur lors du dernier Salon du livre de Genève à l’invitation de la Bibliothèque nationale suisse, celui-ci a affirmé se tenir au courant de toute destruction ou tout dommage subi par une bibliothèque de par le monde. La première réflexion qui vient à l’esprit à la lecture de Livres en feu… est : pourquoi s’intéresser à un tel phénomène ? Qu’est-ce que ce catalogue de destructions apporte à l’histoire des bibliothèques par rapport à ce que nous savons déjà ? Cet intérêt un peu surprenant pour un tel sujet vient certainement du parcours de l’auteur, issu d’une tradition très française de lettrés, sinisant et arabisant, qui l’a amené tout naturellement vers le monde des bibliothèques. Spécialiste de la calligraphie, il a publié en 1999 Le papier : 2000 ans d’histoire. Du papier aux bibliothèques il n’y a donc qu’un pas, allégrement franchi - mais sous un angle inattendu, celui de leur destruction.

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Dans un court « avant-texte », Lucien X. Polastron (X. pour Xavier) donne les raisons de certaines de ces destructions, ce qui en soi justifie en partie l’écriture d’un tel ouvrage : destruction du savoir pour mieux gouverner (Chine ancienne, Allemagne de l’époque nazie…), invasion de nouveaux territoires (Empire aztèque…), mise en danger du pouvoir politique en place. D’autres raisons existent, encore moins avouables que les précédentes, tel le pillage culturel de pays colonisés (notamment la France en Égypte, en Italie ou au Vietnam,) avec la question lancinante de la restitution des biens culturels « empruntés ».

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Le cœur de l’ouvrage – qui en constitue la partie la plus fournie, soit plus de trois cents pages – est bien sûr consacré à l’histoire des destructions de bibliothèques. Pour cela, le livre est divisé selon les différentes périodes de l’histoire de l’humanité, qui ont vu se développer de multiples supports de l’écriture (terre cuite, plaque d’argile, papyrus, parchemin, parmi tant d’autres) et, concomitant, celui des bibliothèques durant l’Antiquité, en terre d’islam, en Asie et en Occident chrétien. Vient ensuite la période moderne.

De l’Antiquité à la Révolution française

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La Mésopotamie, et l’Assyrie en particulier – avec Assourbanipal et sa bibliothèque en sumérien –, apparaissent comme le berceau des premières bibliothèques. Viennent ensuite l’Égypte et la bibliothèque d’Alexandrie, puis le monde classique avec Athènes, Rome et Constantinople. L’islam n’est pas laissé de côté. Des noms surgissent, présents dans les mémoires : Cordoue et son rayonnement intellectuel et religieux sur le monde arabe ; al-Mansur qui brûla la bibliothèque des califes ; Haroun al-Rashid qui fit traduire les œuvres de l’Antiquité ; Le Caire et ses bibliothèques juives ; Bagdad et ses trente-six bibliothèques.

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L’Asie tient une place importante : la Chine a une tradition des bibliothèques qui remonte au XIVe siècle avant notre ère, avec parfois des mesures radicales : si l’on brûle les livres, il arrive que l’on enterre vivants les lettrés ! Si l’Inde est aux sources du savoir, le Japon manie le sabre et le pinceau ; mais c’est surtout le feu qui semble être le pire ennemi des livres en dévorant les bibliothèques construites en bois.

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L’Occident chrétien est évidemment plus proche de nous. Dès le Moyen Âge, il faut compter avec les invasions, les guerres et les pillages, en plus des conditions très précaires de préservation de précieux manuscrits dans les monastères. L’Inquisition en Espagne catholique est connue pour ses autodafés ; les collections du palais de l’Escurial furent en grande partie détruites par un gigantesque incendie (il ne resta plus que 1.824 manuscrits arabes sur 8.000). La découverte de l’Amérique fut également une période de destruction d’ouvrages, notamment les codices aztèques ; parce qu’ils faisaient souvent référence à la magie, ces ouvrages étaient jugés dangereux. Plusieurs rois d’Angleterre (Edward 1er, Henry VIII, Edouard VI), pour des raisons politiques, morales et religieuses, furent aussi responsables de destructions. L’Italie de la Renaissance voit la constitution de prestigieuses bibliothèques, notamment par les Médicis avec la bibliothèque Laurentienne à Florence. La papauté joua également un rôle important dans cette constitution, puis la Hongrie et l’Allemagne. Vint la Révolution française : les bibliothèques privées et ecclésiastiques sont pillées au profit de l’instruction publique, de la centra­lisation et de l’interventionnisme culturel qui prévaut toujours.

Le vingtième siècle et après

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La période contemporaine est riche d’exemples : les deux guerres mondiales, les anciennes républiques socialistes de la période du Mur de Berlin, la Chine de Mao, le Cambodge des Khmers rouges, le Sri Lanka, Cuba, l’Afrique, la Bosnie, l’Afghanistan, l’Irak fournissent leurs contingents de destructions, d’autodafés, de pillages et d’incendies. Et même en temps de paix les dommages sont constants : le feu, l’eau, les ouragans, les fuites de gaz, les naufrages, le vol sont autant de causes de destruction. L’auteur mentionne également que les bibliothèques, menacées d’étouffement par la pléthore de la production éditoriale actuelle, jettent de plus en plus de documents. Enfin, le papier se détruit et la durée de vie des nouveaux supports (magnétiques ou numériques) est incertaine.

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Ce catalogue édifiant des exactions humaines et des catastrophes naturelles touchant le livre se termine sur des constats peu glorieux pour l’humanité. Le voyage proposé dans le temps et les civilisations se révèle souvent passionnant, mais avec une réserve : l’effet d’accumulation en revient à poser la question du début, pourquoi cet intérêt marqué pour un tel sujet ? Même s’il est fort intéressant d’être plongé dans l’histoire du livre, présentée avec beaucoup de détails et d’érudition, un tel sujet traité sous forme de dictionnaire aurait certainement plus d’intérêt. En effet, l’auteur saute souvent d’une époque à une autre, y revient, ce qui laisse le lecteur un peu perplexe, et il faut bien le dire parfois perdu. Un dictionnaire permettrait de rassembler l’histoire du livre et de sa destruction avec diverses entrées possibles.

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Cela dit, il y a fort à parier que, tant le sujet semble inépuisable, ce type d’ouvrage pourrait prendre la forme d’une collection…

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Jean-Philippe Accart

Le marketing du livre et de la bibliothèque : actes du colloque organisé par la Bibliothèque publique centrale pour la région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 20 et 24 février 2003. Bruxelles : Centre de Lecture publique de la communauté française de Belgique (CLPCF), 2004. – 72 p. – (Cahiers du CLPCF). – ISBN 2-930071-33-8 : 5 €

Une bonne synthèse du concept de marketing appliqué aux bibliothèques

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PLUS QU’UNE NOTION A LA MODE, LE marketing est véritablement devenu depuis quelques années une réalité dans nos professions. Bibliothèques et services de documentation ont compris son importance et mettent en œuvre un certain nombre de techniques de marketing pour faire connaître leurs prestations et leurs produits.

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Les actes ici présentés s’articulent autour de cette notion en ciblant dans une première partie le livre, puis, dans une deuxième partie, la bibliothèque.

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Le marketing du livre est du ressort, en premier lieu, des éditeurs et des libraires : plusieurs allocutions de représentants de ces professions sont ici reproduites, avec notamment un exposé sur le groupe éditorial Wolters Kluwer par son directeur commercial Michel Seeger, puis une présentation du marché des périodiques à l’heure d’Internet par Françoise Vandooren, attachée à la Direction des bibliothèques de l’Université libre de Bruxelles. Mais, ce colloque ayant eu lieu en 2003, la situation a évolué et ces deux contributions ne sont plus tout à fait dans l’actualité, notamment économique.

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Le compte rendu d’une table ronde réunissant Émile Lansman (Éditions Lansman) et Maurice Lomré (École des loisirs) a conservé, lui, tout son intérêt dans la mesure où il réunit une série de réflexions générales sur le sujet autour d’un titre original : « Marketing de fourmis pour colosse aux pieds de coton ! ». Ces intervenants expliquent leurs difficultés à faire connaître leur production. Même si un site Internet leur permet de mieux diffuser l’information, encore faut-il que celui-ci soit connu du public, ce qui nécessite une politique de marketing : marketing autour d’un site, d’un livre, d’un auteur. La conclusion est qu’il s’agit souvent – nos collègues belges aiment apparemment les expressions imagées – d’une « stratégie du petit poucet ».

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Le marketing de la bibliothèque est différent dans sa conception, notamment par rapport à ce qu’une bibliothèque peut offrir à ses usagers et à la publicité qui en découle. Daisy McAdam, de l’Université de Genève, voit le marketing de la bibliothèque comme une action de communication interne et externe, un lobbying sur le plan national et local. Pour Daniel Courbe, de la Direction générale de la culture (ministère de la Communauté française de Belgique), il faut « se repositionner sur le sens de l’action des bibliothèques et les valeurs de la lecture publique ». Marielle de Miribel, formatrice à Mediadix, propose des outils pour faire exister la bibliothèque dans son contexte : elle insiste sur l’importance d’une politique marketing globale, et non pas uniquement orientée vers des actions ponctuelles (une animation, une exposition).

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La communication visuelle (autour notamment d’un logo) s’avère primordiale pour l’image de la bibliothèque. Thierry Giappiconi, directeur de la bibliothèque municipale de Fresnes, montre l’intrication des notions de qualité, d’orientation client avec le marketing : le leadership, l’implication du personnel sont également essentiels. Jean-Claude Tréfois, directeur de la bibliothèque centrale du Hainaut, préconise le pragmatisme : repérage visuel de la bibliothèque, orientation et signalisation claires pour les lecteurs, libre accès sont autant d’atouts marketing.

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Voilà l’essentiel de ces actes sur le marketing du livre et de la bibliothèque. Hormis une présentation qui manque parfois de cohérence (mise en page, choix des couleurs) et la publication de certaines présentations sous forme de diapositives (ce qui n’en rend pas la lecture très aisée), le contenu est souvent fort intéressant, vivant, avec des exemples concrets et des aspects plus théoriques. Les lecteurs trouveront là une synthèse du concept de marketing faite par des professionnels ayant investi ce champ depuis de nombreuses années, souvent avec succès.

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Jean-Philippe Accart

Titres recensés

  1. Les bibliothèques dans la chaîne du livre, Sous la direction d’Emmanuèle Payen, Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2004. – 246 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 2-7654-0888-2 : 38 €
    1. Toute la problématique de l’avenir du livre
  2. Les métamorphoses du livre, Henri-Jean Martin. Entretiens avec Jean-Marc Chatelain et Christian Jacob, Paris : Albin-Michel, 2004. –- 299 p. – (Itinéraires du savoir). – ISBN 2-226-14237-1 : 21,50 €
    1. Le riche parcours d’un historien du livre et de l’écrit
  3. Livres en feu : histoire de la destruction sans fin des bibliothèques, Lucien X. Polastron, Paris : Denoël, 2004. – 430 p. – ISBN 2-207-25573-5 : 22 €
    1. Un catalogue édifiant d’exactions humaines et de catastrophes naturelles
      1. De l’Antiquité à la Révolution française
      2. Le vingtième siècle et après
  4. Le marketing du livre et de la bibliothèque : actes du colloque organisé par la Bibliothèque publique centrale pour la région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 20 et 24 février 2003. Bruxelles : Centre de Lecture publique de la communauté française de Belgique (CLPCF), 2004. – 72 p. – (Cahiers du CLPCF). – ISBN 2-930071-33-8 : 5 €
    1. Une bonne synthèse du concept de marketing appliqué aux bibliothèques

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2005 (Vol. 42), p. 240-244.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2005-3-page-240.htm
DOI : 10.3917/docsi.423.0240


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