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Documentaliste-Sciences de l'Information

2005/4 (Vol. 42)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.424.0314
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La science de l’information, Yves-François Le Coadic, 3e éd. refondue. – Paris : Presses universitaires de France, 2004. – 128 p. – (Que sais-je ? ; 2873). – ISBN 2-13-054749-4 : 7,50 €

Une opportune réédition d’un ouvrage fondamental

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CETTE TROISIÈME ÉDITION REVUE ET AUGmentée du 2873e « Que sais-je ? » est la bienvenue [voir l’analyse de la première édition dans notre n˚ 6/1994, p. 313, et de la deuxième dans notre n˚ 1/1998, p. 64]. En effet, on dispose là d’un guide rigoureux sur un sujet « caméléonesque » (Edgar Morin, cité p. 6). Après avoir défini le concept d’information en soi et par rapport à des concepts voisins, tels que connaissance et communication, l’auteur en analyse le processus de construction, à partir de quatre disciplines « actives jusqu’à présent dans le domaine de l’information : la bibliothéconomie, la muséconomie, la documentation et le journalisme » (p. 15). Partant de l’hypothèse – discutable pour certaines d’entre elles – qu’elles se sont davantage intéressées aux supports de l’information qu’à l’information elle-même, il voit dans le glissement qui s’est produit de l’analyse de l’objet (livre, document, œuvre) vers l’analyse du contenu l’origine de cette science sociale nouvelle consacrée à l’étude « des propriétés générales de l’information (nature, genèse, effets) et à l’analyse de ses processus de construction, de communication et d’usage » (p. 28).

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Science interdisciplinaire, elle a élaboré peu à peu ses propres théories, méthodes et lois dont les principales sont présentées ici : définitions scientifiques telles qu’hypertexte, classification, concepts techniques, méthodes d’analyse quantitative et qualitative des documents, lois et modèles. On sait de quoi on parle après avoir lu ces quelques pages (p. 57-86) et on saisit comment s’est construite cette nouvelle science en quelques dizaines d’années. Ceci n’aurait pu se produire sans le développement d’une « technologie déchaînée » (p. 87) dont sont retracées l’évolution, la production et l’institutionnalisation, des débuts de l’ordinateur au web sémantique.

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Cette technologie génère de nouveaux processus et de nouveaux usages : mise en réseau des personnes et travail collectif (p. 110-111), flux ininterrompu d’information plus ou moins pertinente et donc problème de choix, hétérogénéité de la demande de la part d’usagers multiples, etc. Pour s’en rendre maître, un apprentissage ad hoc est indispensable, « de la maternelle à l’université » – et on sait combien l’auteur s’y est attaché.

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Si on apprécie la maîtrise du sujet dont fait preuve Yves-François Le Coadic et la clarté de son expression, on peut néanmoins rester perplexe d’une part devant son hypothèse de départ, d’autre part devant sa conclusion : praticiens et professionnels de l’information seront-ils vraiment dans l’avenir « plus proches et […] aussi plus maîtres » de l’information électronique « où l’oral et le visuel reprennent une place que le textuel leur avait ravie » (p. 118) ? Au lecteur de se faire une opinion, selon son savoir et son expérience.

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Claire Guinchat

La Société de l’information, Conseil d’analyse économique ; rapport de Nicolas Curien et Pierre-Alain Muet ; commentaires d’Élie Cohen et Michel Didier, Paris : La Documentation française, 2004. – 311 p. – ISBN 2-11-005534-0 : 12 €. La « Société de l’information » : glossaire critique, Commission nationale française pour l’Unesco ; avant-propos de Jean Favier, Paris : La Documentation française, 2005. – 164 p. – ISBN 2-11-005774-2 : 15 €

Analyse et critique de la société de l’information

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LA TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE se déroule sous nos yeux avec comme conséquence principale une société en pleine transformation sous l’impulsion des technologies de l’information. Cette société – dite « société de l’information » – voit comme changement majeur une informatisation qui touche chaque domaine de la vie socio-économique (que ce soit le travail, la maison, les loisirs, l’éducation, etc.) et influe de plus en plus fortement sur la croissance économique.

Une réflexion pour mieux appréhender les nouvelles réalités de la société de l’information…

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L’information, rappelle le rapport du Conseil d’analyse économique, est devenue un bien économique qui s’achète et s’échange. Ce bien a donc un coût, surtout par rapport aux infrastructures nécessaires à sa production, à son traitement et à sa diffusion. La décentralisation du réseau Internet engendre cependant certains paradoxes : des groupes ou des particuliers diffusent gratuitement des informations ou des produits comme la musique, avec comme épiphénomène l’éclosion exacerbée de la consommation individuelle. Cette gratuité apparente de certains biens informationnels aboutit à une confusion aux yeux du public. Mais la décentralisation favorise également concentrations et monopoles du type de Microsoft.

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Dans le cadre de cette nouvelle économie, comment réagissent les producteurs d’information, qu’ils soient publics ou privés ? Ils utilisent le plus souvent pour se défendre la législation sur le droit d’auteur, la presse se faisant l’écho régulier de procès en cours contre des particuliers ou des sociétés. Les auteurs de ce rapport préconisent de mettre en place de nouvelles stratégies et alliances. Producteurs et consommateurs doivent trouver un terrain d’entente et mieux coopérer. Cette coopération peut s’exercer avec le « marché libre » où l’échange d’information est possible. Ainsi, « l’infomédiation » (synonyme d’intermédiation) se développe : commerciale parfois (les producteurs cherchant par exemple à obtenir l’avis des internautes sur leurs produits), elle est aussi informelle avec les échanges entre individus sur la Toile : espaces de discussion, chats, échanges de liens, etc.

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Les politiques publiques sont bien évidemment en pleine ligne de mire. Les auteurs pointent le retard français en matière de diffusion des technologies de l’information et d’accès à Internet. Retard rattrapé avec l’e-administration qui présente cependant un défaut d’articulation entre les niveaux national, régional et local. Meilleur équipement des écoles, ouverture d’espaces numériques publics, offre intégrée d’accès à Internet pour les ménages modestes sont parmi les propositions faites par les auteurs.

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Le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) vise à réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud. Le Sommet de Genève de décembre 2003 a permis la publication d’une Déclaration de principes et d’un Plan d’action qui seront évalués et revus au Sommet de Tunis en décembre 2005. Les acteurs de l’Internet sont multiples et diversifiés (société civile, ONG, gouvernements, entreprises, etc.), leurs intérêts divergent souvent : pour une gouvernance mondiale, une « régulation multi-acteurs » s’impose donc.

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À ce rapport officiel s’ajoutent des commentaires par des spécialistes : en matière juridique, économique, fiscale, éducative, statistique, sécuritaire, sanitaire.

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Très complet sur bien des points, ce rapport sur la société de l’information fait suite à de nombreux autres et une actualisation s’avérait nécessaire. Nul doute que d’autres rapports suivront tant la société de l’information évolue vite. Celui-ci a le mérite d’observer la situation actuelle avec une certaine lucidité, un recul salutaire par rapport aux questions qui se posent. Avoir fait appel à un certain nombre d’experts dans leurs domaines enrichit avec bonheur le propos des auteurs.

… et un outil pour mieux les comprendre

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« Accès », « communauté », « e-learning », « fracture numérique », « information », « processus »… autant de termes choisis parmi les trente figurant dans ce glossaire et qui nécessitent une définition claire et précise dans le contexte de la société de l’information. La Commission nationale française pour l’Unesco, interface entre cette organisation internationale et les milieux français de la culture, des sciences, de l’éducation et de la communication, publie ce glossaire critique intéressant à plus d’un titre : par le choix des auteurs en premier lieu ; par le choix des termes eux-mêmes ; par la longueur enfin des notices consacrées à chaque terme retenu.

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Les auteurs sont enseignants, universitaires, ingénieurs ou professionnels de l’information. Ils contribuent donc pleinement à la société de l’information. Les noms de Jacques Perriault, Dominique Wolton, Christian Lupovici, Dominique Cotte, parmi d’autres, sont bien connus des lecteurs familiers de cette rubrique. Au total, vingt-trois personnes ont été conviées à participer à cette publication et leur choix s’avère excellent et très complémentaire.

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Le choix des termes est essentiel pour la cohérence de l’ensemble d’un glossaire. Celui-ci ne se veut pas exhaustif, cela serait d’ailleurs quasiment impossible par rapport au champ d’étude « société de l’information » : un grand nombre de mots pourrait y figurer. Se côtoient ainsi des termes chargés de sens tels « communauté » « différence, différenciation » ou « dispositif ». La notion de « e-learning » est vue comme une évolution des expressions « université virtuelle » ou « campus virtuel » : l’important, maintenant, est de trouver un juste équilibre entre l’apprentissage à distance et l’apprentissage sur place. L’expression « blended learning » est la plus employée actuellement pour désigner cet équilibre.

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Chaque terme choisi fait l’objet d’une description longue (avec parfois deux contributions d’auteurs différents) de quelques pages, une analyse approfondie de sa signification et un essai de définition très précise. Des références bibliographiques (une dizaine au maximum) permettent d’élargir sa compréhension si le lecteur le souhaite, ainsi que des renvois systématiques à d’autres termes du glossaire : « e-learning » est ainsi en lien avec « réseau », « TIC » et « usages » ; « gouvernance de l’Internet » avec « interopérabilité » et « normes ».

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Outil de compréhension des nouvelles réalités de la société de l’information, ce glossaire critique est plus qu’un ouvrage de consultation courant : il est à mi-chemin entre le glossaire et l’ouvrage de réflexion, il offre des pistes nouvelles, ce qui a certainement été voulu par le comité éditorial. Il permet ainsi au lecteur de mieux comprendre les différents enjeux actuels de la société de l’information.

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Jean-Philippe Accart

Le management de l’information : des données aux connaissances et aux compétences, Jean-Noël Lhuillier, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 329 p. – (Management et informatique). – ISBN 2-7462-1206-4 : 70 €

Une synthèse intéressante et actualisée sur la gestion de l’information

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COMME LE PRÉCISE SON SOUS-TITRE, CET ouvrage conséquent aborde le management de l’information sous l’angle de la gestion des connaissances. Son auteur, polytechnicien et consultant en organisation de l’information auprès de grandes entreprises, dresse une vue panoramique et pluridisciplinaire de la gestion de l’information et des connaissances, n’hésitant pas à apporter différents éclairages et à contester le cas échéant, et à la lumière de sa propre expérience, le point de vue de certains grands auteurs connus dans le monde du knowledge management (il cite à plusieurs reprises I. Nonaka, par exemple). Les différents concepts exposés sont à chaque fois illustrés d’exemples donnant à l’ouvrage une coloration didactique qui sera appréciée des lecteurs néophytes.

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Une première partie, composée de cinq chapitres, tente d’abord de cerner les concepts fondamentaux et de clarifier ce que les uns et les autres peuvent mettre derrière les termes de données, information ou connaissances. Le chapitre 2 aborde les différentes approches de la connaissance et, en conséquence, les regards qu’en ont différentes disciplines ou métiers : l’informatique, la communication, les sciences linguistiques et cognitives, les économistes, les bibliothécaires, etc. Le chapitre 3 aborde les relations qui peuvent exister entre le management de l’information et le management des organisations, notamment à travers le management de la qualité, le management de projet, l’organisation par processus, l’entreprise en réseau, l’entreprise apprenante et quelques autres modèles de management.

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L’auteur, à travers le chapitre 4 de l’ouvrage, propose une échelle à cinq niveaux pour caractériser le sens de l’information. C’est probablement l’apport principal de son ouvrage. Avec diverses définitions et plusieurs exemples, il fournit au lecteur les éléments lui permettant de distinguer ce qui relève des signes simples, ce qui relève de la donnée, des informations élémentaires, des connaissances et, enfin, ce qui relève des savoirs et des compétences. Le contenu du chapitre 5 aborde des notions classiques relatives à la relation entre les flux et les stocks, entre le contenant et le contenu, entre connaissances tacites et connaissances explicites. Il aborde aussi l’approche managériale de l’information et des connaissances, justifiant ainsi l’usage de l’expression management de l’information plutôt que celle de gestion de l’information.

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La seconde partie de l’ouvrage a trait au système informationnel et aux compétences. Constituée également de cinq chapitres, elle aborde des aspects plus opérationnels sans toutefois aller jusqu’à la préconisation de solutions particulières. Le chapitre 6 traite de deux objectifs importants pour les entreprises : faciliter le travail routinier et favoriser la créativité. Le chapitre suivant aborde la problématique des savoirs et des compétences ainsi que l’organisation que cela devrait induire en matière de formation et de réseaux créatifs. Le chapitre 8 est dédié à la capitalisation des connaissances. Le neuvième traite des méthodes de partage des connaissances et, plus particulièrement, des portails. Le dernier chapitre est davantage consacré à la démarche à suivre pour mettre en place un projet de management coordonné de l’information.

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On notera que les bibliothécaires et les documentalistes sont explicitement cités parmi les acteurs du management de l’information et des connaissances ainsi que leur « art » en matière de méthodes d’indexation, de structuration et de recherche d’information ; mais l’auteur n’entre pas dans le détail des compétences requises ni sur l’évolution des métiers.

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Contrairement au titre de la collection à laquelle il se rattache (Management et informatique), il n’aborde pratiquement pas les aspects techniques et informatiques du KM, centrant le propos sur la problématique et sur le « contenu ». Sa vision managériale de l’information est en cohérence avec l’orientation donnée au management de l’information dans le document de normalisation X 50-185 publié par l’Afnor en 2004 mais, curieusement, l’auteur fait l’impasse complète sur les documents de normalisation existants. Le document Afnor n’est pas cité, ni même la norme australienne HB 275 de 2001 consacrée à la gestion des connaissances ou d’autres documents méthodologiques. Quelques allusions sont faites à l’intelligence économique et aux activités de veille stratégique, mais aucune articulation n’est évoquée avec la gestion documentaire ni avec le records management (alors que le concept de mémoire est abordé dans un des chapitres). Rien non plus sur les aspects juridiques. C’est dommage.

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Cet ouvrage se lit néanmoins aisément et a le mérite de constituer une synthèse intéressante et actualisée sur la problématique de la gestion de l’information et des connaissances. Plus qu’une simple compilation de ce qui a été publié jusqu’ici, ce livre constitue une sorte d’état de l’art sur le sujet. Il intéressera donc le néophyte mais aussi les professionnels de l’information, ne serait-ce que pour cerner avec plus de précision le processus informationnel et de transfert des connaissances, mais aussi pour avoir confirmation des limites des solutions techniques dès lors que l’on aborde le niveau des savoirs et des compétences.

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Éric Sutter

Archives et patrimoine. Volume 1, Actes du colloque organisé dans le cadre du programme CNRS « Archives de la création » par le Groupe de recherche sur le droit du patrimoine culturel et naturel (CECOJI-CNRS et Faculté Jean Monnet - Université Paris-Sud-XI) ; sous la dir. de Marie Cornu et Jérôme Fromageau, Paris : L’Harmattan, 2004. – 188 p. – (Droit du patrimoine culturel et naturel). – ISBN 2-7475-5902-5 : 16,80 €

La dimension patrimoniale de la préservation des fonds

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CET OUVRAGE PRÉSENTE LES ACTES D’UN colloque organisé par un groupe de juristes qui s’est tenu en Corse, apparemment en 2001, comme nous l’avons déduit à partir du texte de l’une des interventions. La communication à des fins de recherche ayant été traitée lors d’une précédente journée, c’est la dimension patrimoniale liée à la préservation des fonds que l’on a voulu aborder au cours de ces travaux. Les enjeux se situent, comme le démontre l’articulation qui a été adoptée, au niveau international comme au niveau national.

Le niveau international

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Joe Verhoeven, professeur à l’Université catholique de Louvain, met en exergue la notion de mémoire internationale, rarement prise en compte. Mais ce sont les deux niveaux – la mémoire nationale et la mémoire internationale – qu’il détaille dans son exposé en examinant successivement les quatre besoins auxquels doit répondre le droit au niveau international : protéger, transférer, restituer et consulter.

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Charles Kecskemeti, ancien secrétaire général du Conseil international des Archives, relate de manière chronologique l’histoire des contentieux archivistiques. Dans sa conclusion, il met l’accent sur le respect de la légitimité des fonds et la supériorité du principe de provenance sur celui de pertinence territoriale – mais sans « trop se bercer d’illusions ».

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Gérard Ermisse, chef de l’Inspection générale des Archives de France, aborde l’actualité des contentieux à partir de trois exemples : celui des archives françaises pillées par les nazis et emportées à Moscou par l’Armée rouge, le contentieux né après la modification de la frontière en Pologne et celui qui est issu de l’accession à l’indépendance des anciennes colonies, en retenant le cas algérien.

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Quant à la dernière intervention, celle de François Bricchi, magistrat, chargé de mission à la Sous-direction des affaires juridiques du ministère de la Culture et de la Communication, elle ne pouvait manquer de présenter la convention Unidroit gérée par l’Unesco et son apport dans la restitution des archives privées. Dans ce bref exposé sur des points de technique juridique, on y définit la notion de biens culturels ainsi que les mécanismes de restitution, le principe d’indemnisation et les règles de prescription.

Les pratiques françaises

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Dans un premier exposé, Patrice Beghain, conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture et de la Communication, aborde la décentralisation instituée en 1982 et son application dans le domaine culturel. Puis, la journée se déroulant en Corse, on ne pouvait manquer d’évoquer les problèmes spécifiques liés à la bi-départementalisation. Ce qui a été fait par Noël Pinzuti, directeur honoraire des Archives départementales de la Corse du Sud.

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On découvrira ensuite le régime juridique des archives des départements et territoires d’outre-mer, dans un long exposé, illustré de nombreux exemples, de Jean Le Pottier, inspecteur général des Archives de France, qui aborde également les évolutions législatives et réglementaires qui peuvent être envisagées. Mais ce sont les conclusions de son exposé qui doivent être reprises, lorsqu’il souligne que cette analyse donne l’opportunité d’engager des réflexions qui découlent de cette « mise en perspective différente des débats franco-français habituels sur la décentralisation et sur la colonisation », mais aussi sur la diversité des normes dans le temps et l’espace et leur imbrication, ainsi que sur le poids du jeu politique.

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D’ailleurs le dernier exposé, qui permet à Charles Kecskemeti d’intervenir à nouveau, a précisément trait au pouvoir archivistique, un sujet rarement traité qui met en évidence le pouvoir de décision des non-professionnels et qui aborde - enfin, dira-t-on - les implications des archives électroniques qui ne faisaient que « pointer » à l’époque.

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Si cet ouvrage semble éloigné de nos pratiques quotidiennes, il passionnera les historiens mais aussi tous ceux qui sont amenés à gérer des fonds patrimoniaux puisque, leur permettant de prendre du recul, il alimentera sans nul doute leur réflexion.

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Michèle Battisti

Usages des bibliothèques : approche sociologique et méthodologie d’enquête, Claude Poissenot, Sophie Ranjard ; préf. de Martine Poulain, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2005. – 350 p. – (Les Cahiers de l’ENSSIB, ISSN 1634-9962). – ISBN 2-910227-56-1 : 38 €

Un excellent outil pour l’étude des publics

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ON SAIT COMBIEN LA PROBLÉMATIQUE DU public préoccupe les bibliothécaires et que bien des données ont déjà été rassemblées sur ce sujet. Avec ce nouvel ouvrage, on dispose non seulement d’une synthèse mais aussi d’un guide méthodologique permettant à des non-sociologues de saisir ce que sont les enquêtes et études de public et de les replacer dans le cadre théorique indispensable à leur interprétation.

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Les auteurs ciblent les études de public sur deux notions, la fréquentation et l’usage, deux notions complémentaires s’éclairant mutuellement et éclairant « de façon singulière [l’intervention] de chaque bibliothèque dans la production des visiteurs et des usages » (p. 18). S’appuyant sur divers courants sociologiques parfaitement assimilés, ils vont jusqu’à esquisser « les conditions d’une sociologie des bibliothèques par rapport à la sociologie de la lecture » (p. 19), à savoir une « socio-bibliothéconomie » (p. 332).

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Étudier un public suppose la recherche et la maîtrise des données pertinentes. C’est à cela que répond la première partie du livre : « Méthodologie générale : construire son objet d’étude et choisir les méthodes appropriées » (p. 21-40). Elle analyse les différents types de démarches et de données, quantitatives et qualitatives, et en précise les critères de choix. Une application concrète en est faite, donnant un cadre de référence illustré d’exemples et de corrigés. On ne peut être plus précis.

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Une fois définies les méthodes pertinentes, les auteurs présentent leurs deux terrains d’étude, fréquentation et usage, en trois ensembles où alternent problématique et méthodologie. Le premier est consacré à la fréquentation, les deux suivants aux relations des usagers avec le service d’information et à l’analyse des logiques d’usage qui peuvent être observées dans les lieux.

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L’analyse de la notion de fréquentation est très poussée : définition du concept, conçu comme « un processus en mouvement » (p. 43), et de ses enjeux, dont est souligné le poids sur l’identité professionnelle du bibliothécaire et sur l’image de l’établissement ; mesure proprement dite du volume du public selon divers types de services (BM, BPI, BU, CDI) ; analyse structurelle selon âge, sexe, CSP et « proximité avec l’univers scolaire » (p. 77) ; fonctionnement et politique de l’établissement. Est ainsi mis en évidence ce qui contribue au processus de sélection socioculturelle du (des) public(s) et soulignée la part qu’y prend, avec plus ou moins de conscience, la bibliothèque elle-même (p. 85-87). L’outillage nécessaire à l’enquête est détaillé en un copieux complément de l’exposé théorique : comment analyser et utiliser les données existantes, s’en procurer de nouvelles, échantillonner une population, l’interroger, etc. – autant d’éléments pratiques assortis d’applications et de corrigés directement utilisables même par un débutant.

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Pour étudier les usages qui se construisent – on s’en est souvent aperçu – « partiellement en opposition au point de vue de certains professionnels » (p. 136), les auteurs proposent une « approche compréhensive […] s’organisant autour de quelques consignes opératoires : suspendre son jugement, reconstituer le sens des usages et déconstruire la bibliothèque » (p. 137). Ils décomposent en effet avec minutie les divers éléments qui la constituent, de l’espace à l’outil informatique, permettant ainsi de repenser point par point l’essentiel de l’offre et surtout sa représentation chez les usagers et la manière dont ils l’utilisent. On en arrive ainsi à réfléchir sur le sens que ceux-ci attribuent à leurs comportements, bref aux « logiques d’usage » (troisième partie, p. 241-317).

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Partant de la notion de « besoin » dont ils soulignent les limites (p. 241-246), les auteurs interrogent les rationalités mises en œuvre par les usagers, plus ou moins consciemment. Ils en identifient certaines, sans viser l’exhaustivité, en recherchant simultanément les combinaisons éventuelles entre elles, ainsi que leur dynamique. Il dépend du service de leur fournir la possibilité de satisfaire ces diverses demandes et leur évolution. Encore faut-il les repérer !

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Avec cet ouvrage, on détient, comme le désirent les auteurs, un très bon outil permettant et de renouveler la réflexion et de disposer de la méthodologie adéquate à la recherche sur la connaissance des publics, non seulement des bibliothèques mais aussi de tout service d’information. Exemples concrets, bibliographie bien fournie sur les techniques d’enquête, glossaire de termes sociologiques, liste enfin des logiciels de traitement et d’analyse des données en complètent l’aspect pratique, utile aussi bien aux spécialistes qu’aux étudiants.

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Claire Guinchat

Renseignements aux usagers : informer et rechercher, le bibliothécaire au service du lecteur : manuel à l’usage des bibliothécaires et futurs bibliothécaires, Association des bibliothécaires français ; réd. par Sylvie Larigauderie, Christine Mécozzi, Ahmed Radjaï, Sylvie Hamzaoui, Paris : ABF, 2005. – 159 p. – (Médiathèmes ; 6). – ISBN 2-900177-25-1 : 27 €

Un guide de recherche multimédia en bibliothèque

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REMPLACER « RECHERCHE DOCUMENTAIRE » par « renseignements aux usagers » a semblé nécessaire aux bibliothécaires auteurs de cet ouvrage car « plus parlant et mieux adapté aux nouveaux besoins » (p. 9), mais apparaît vraiment réducteur au documentaliste. En fait, on est en présence d’un guide de recherche multimédia, élaboré à partir du cours de bibliographie, lui aussi rebaptisé, de l’Association des bibliothécaires français (ABF) à l’intention de ses stagiaires en formation.

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De l’analyse de la question et de la méthodologie nécessaire pour répondre selon le type d’information souhaité jusqu’à la localisation des documents, au sein ou hors d’une bibliothèque donnée, tous les outils disponibles sont présentés : usuels traditionnels et informatisés, bibliographies et discographies nommées « outils d’acquisition », catalogues manuels et OPAC, CADIST, prêt entre bibliothèques (PEB) et prêt interbibliothèques (PIB) dont les services sont explicités.

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Des exemples pratiques et des exercices permettent au débutant de s’initier seul à divers types de recherche et de s’orienter parmi les multiples possibilités existantes. L’index est très détaillé, le lexique indique ses sources, la bibliographie comporte les textes et les sites essentiels pour compléter ce « livret pédagogique » qui sera certainement utile soit au débutant, soit au professionnel pour actualiser certaines données.

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Claire Guinchat

Animer et gérer l’information pour le développement rural : outils, méthodes et expériences pour les services d’information, Isabelle Gachie, Luce Ruault ; avec la collab. de Sabine Mendy, Paris : Éditions du GRET (Groupe de recherche et d’échanges technologiques, 211-213 rue La Fayette, 75010) ; Ministère des Affaires étrangères ; BDPA, 2004. – 176 p. – (Guide pratique). – ISBN 2-86844-143-2 : 10 €

Pour la maîtrise de l’I-D dans les pays du Sud

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SPÉCIALEMENT CONÇU POUR LES ACTEURS du développement rural dans les pays du Sud, dont sont tirés tous les exemples, ce guide s’ouvre par une analyse de la spécificité de l’information dans ce secteur. Caractérisé en effet par un contexte en évolution, il nécessite des services dont l’offre corresponde au milieu et au public éventuels.

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L’ouvrage débute donc par une analyse des types de publics concernés et des méthodes d’enquêtes et de suivi permettant de les connaître et de les fidéliser (p. 11-35).

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Qu’offrir à ce public, comment bâtir et soutenir une stratégie d’offre pertinente ? Outre la présentation de divers produits disponibles, bien connus, et des actions d’animation envisageables, l’examen de plusieurs études de cas réels, au Bénin, au Maroc, au Burkina Faso, etc., permet de détailler les facteurs de succès des produits, rendant ainsi possible une étude d’évaluation (p. 81-88).

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La fonction recherche est présentée à partir de la méthodologie d’identification et d’estimation des sources, alors que le processus même de recherche est essentiellement traité sur Internet. De nombreux sites, bulletins électroniques et éditeurs spécialisés sont répertoriés, ainsi que des exemples de bibliothèques virtuelles gratuites.

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Avec les deux derniers chapitres, on aborde les solutions classiques de gestion, classement et traitement – physique et conceptuel – des documents, puis de financement et de suivi du service. On appréciera les pages consacrées au coût de revient d’un produit ou d’une activité, souvent insuffisantes ou absconses par ailleurs (p. 153-165).

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Ce petit guide, enrichi par une sélection de références et le descriptif des organismes cités dans les études de cas, balise certes la problématique de l’I-D en milieu rural du Sud. Mais, pour que soient menées à bien les activités proposées il doit être complété par un manuel plus détaillé ou par un enseignement professionnel.

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Claire Guinchat

Information, documentation et veille juridiques, Didier Frochot, Voiron (38506) : Éditions de « La Lettre du Cadre Territorial », 2003. – 267 p. – (Dossier d’experts). – ISBN 2-84130-507-4 : 60 €

Un outil pour maîtriser la recherche d’information juridique

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QUATRE PARTIES DANS UN PLAN RIGOUreusement articulé pour présenter un secteur qui nous concerne tous, le droit. Cet ouvrage est conçu comme un guide, « un outil de travail » qui peut être consulté de manière non linéaire et dont l’objectif est de donner, comme il est indiqué dans l’introduction, une culture professionnelle dans ce domaine et une maîtrise des outils de recherche.

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Il convenait bien sûr d’indiquer d’abord les grandes lignes sur les fondements du droit, ses mécanismes et ses sources. Dix points ont été retenus à cet effet dans la première partie. Après avoir démontré la spécificité de la matière juridique, l’auteur y aborde successivement les sources du droit et le poids de la législation communautaire, le fonctionnement de la hiérarchie des normes, la codification, l’organisation juridictionnelle et la notion de jurisprudence, les notions de données publiques, de documents administratifs et d’actes officiels, les publications juridiques officielles françaises et communautaires, les bases de données juridiques et bien sûr aussi l’édition privée.

La recherche d’informations juridiques

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La deuxième partie aborde le cœur du sujet, la recherche d’informations juridiques, et entend proposer, précise l’auteur, non seulement des méthodes mais aussi des « trucs et astuces ». Il fait d’abord le point sur les difficultés propres au vocabulaire juridique. Puis précise les notions de besoin et d’usagers et souligne que les techniques de recherche sont les mêmes pour les supports papier et électronique ; avant de présenter des outils de recherche d’information propres à chacun des deux supports.

La veille dans le domaine juridique

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C’est la veille qui est abordée dans une troisième partie par une présentation de plusieurs sources importantes, y compris au niveau européen, soit des sites juridiques – Legifrance, Adminet, les bases du Sénat ainsi que celles des institutions européennes – mais aussi des sources plus informelles, auxquelles on pense peut-être moins, que sont les centres et personnes ressources ainsi que les listes de diffusion et les forums professionnels présents sur l’Internet.

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Quant à la dernière partie, elle fournit une série de méthodes permettant de maîtriser un processus de veille dans le domaine juridique. Après avoir expliqué ce qu’est la veille et montré la diversité des canaux d’informations, il fallait aborder cette fois-ci les circuits d’élaboration du droit au niveau national, communautaire et de la jurisprudence, afin d’être en mesure de détecter les textes ou les décisions susceptibles d’avoir un impact dans une entreprise ou un établissement spécifique, voire de pouvoir anticiper à cet égard.

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Conçu dans un premier temps pour répondre aux attentes de tous ceux qui préparent des examens, notamment dans le cadre des collectivités territoriales, cet ouvrage répond aussi – on l’aura compris – aux nombreuses interrogations de tous les professionnels de qui l’on attend désormais qu’ils aient la capacité de rechercher des textes de nature juridique déjà parus ou, plus délicat, susceptibles de paraître.

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Michèle Battisti

De la page à l’écran : pour accompagner l’évolution de l’écrit sur les (nouveaux) supports de l’information, Dominique Autié, Nelle éd. rev. et augm. – Toulouse : InText (diff. Comptoir du Livre, 10 bis, bd de l’Europe, BP 9, 31122 Portet-sur-Garonne Cedex), 2003. – 168 p. – ISBN 2-9514986-1-6 : 15 €. Lire, écrire, récrire : objets, signes et pratiques des médias informatisés, Sous la direction de Emmanuël Souchier, Yves Jeanneret, Joëlle Le Marec, Paris : Bibliothèque publique d’information - Centre Georges Pompidou, 2003. – 349 p. – (Études et recherche, ISSN 0993-8958). – ISBN 2-84246-071-5 : 24 €. La lecture électronique, Thierry Baccino, Grenoble : Presse universitaires de Grenoble, 2004. - 253 p. - (Sciences et technologies de la connaissance, ISSN 0985-4878). - ISBN 2-7061-1190-9 : 30 €. La lecture numérique : réalités, enjeux et perspectives, Coordonné par Claire Bélisle ; préface de Bertrand Legendre, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2004. – 293 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 2-910227-51-0 : 40 €. Les défis de la publication sur le web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions, Coordonné par Jean-Michel Salaün et Christian Vandendorpe, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2004. – 289 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 2-910227-55-3 : 40 €. Publier sur Internet, séminaire INRIA, 27 septembre – 1er octobre 2004, Aix-les-Bains, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; coord. par Jean-Claude Le Moal, Bernard Hidoine et Lisette Calderan, Paris : ADBS Éditions, 2004. ? 248 p. ? (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). ? ISBN 2-84365-072-0 : 35 €

Lire, écrire, publier dans un environnement numérique

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VOICI RÉUNIES dans les pages qui suivent les analyses d’un bouquet d’ouvrages parus depuis deux ans et qui abordent des problématiques intimement liées : l’écriture, la lecture et la publication sur Internet et plus généralement dans un environnement numérique, les usages de ces nouveaux produits d’édition issus de nouveaux supports et modes de diffusion, les transformations qu’induit leur développement sur les pratiques de lecture et dans le monde de l’édition.

De la page à l’écran : pour accompagner l’évolution de l’écrit sur les (nouveaux) supports de l’information

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La première édition de cet ouvrage a reçu le Grand Prix 2001 de l’œuvre multimédia de la Société des gens de lettres de France. Cette seconde édition le mérite tout autant car l’auteur, éditeur de profession, livre dans un langage poétique, avec un style alerte, un ensemble de réflexions sur l’évolution de l’écrit. « Il faut d’abord, déclare-t-il en introduction, s’éviter d’inutiles tristesses » en lisant certains articles de presse, « écrits à la hâte, pour l’esbroufe croirait-on », sur le livre et le papier électronique. Et, pour nous entraîner sur des chemins plus joyeux, l’auteur classe ses réflexions en quatre parties aux titres et sous-titres explicites.

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« L’écrit sur les nouveaux supports de l’information » (première partie, p. 21-56) commence par trois questions : « Où porter le regard ? » « Devant, répond-il, puisque l’on n’a pas d’yeux derrière la tête »… C’est-à-dire, ici, sur le numérique. « Qu’est-ce que l’écrit ? » Dès sa naissance, il est « textimage », ce qui annonce un thème fort de cette étude, la remise en question du débat qui oppose texte et image. Car la page est déjà un écran. Mais « Qu’est-ce qu’un écran ? » La réponse est : « De la lumière ». L’auteur présente ensuite les quatre relais de la communication électronique (page d’accueil, lien, hypertexte et papier) : « Écrire à l’écran pour être lu (à l’écran) », où il énonce les règles de lisibilité. Il conclut sur une autre profonde problématique de son livre : « L’Art de la mémoire ». Un art qui met en scène bibliothécaires et archivistes… appelés à jouer un rôle important : « Il n’y a pas plus vivant - vivace - qu’un lieu de mémoire ». Mais, dans ces lieux, existent des lieux de mémoire réservée : c’est le secret largement compromis sur le réseau par l’action des hackers.

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« Du hiéroglyphe au smiley : chronique d’un couple à problèmes : le texte et l’image » constitue la deuxième courte partie de ce livre atypique (p. 59-77). Elle commence par un « Retour sur image : droit d’auteur, droit à l’image » qui dénonce l’importance prise par la chose juridique dans les domaines concernés par l’écrit, le texte et l’image. « Devant la montée en régime de ce droit et son exploitation pour ainsi dire sauvage, il n’existe pas d’alternative : l’éditeur doit faire sienne, quoi qu’il lui en coûte, la paranoïa ambiante. » Vient ensuite un court passage sur « L’écrit en ligne » analysant les contraintes spécifiques du multimédia en ligne telles que le rythme de lecture du surfeur, la typographie aléatoire… La problématique bien connue des professionnels de l’information et de la documentation !

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« Réalité virtuelle et vérité » sert de cadre à l’également courte troisième partie (p. 81-100) qui aborde quatre principaux points. Le premier invite le lecteur à contempler une photographie représentant « Les lecteurs de Holland House », une bibliothèque londonienne ravagée en 1940 par une bombe incendiaire. La photographie représente trois Anglais « en chapeau » dans des postures de lecteurs, indifférents au cadre exceptionnel. La vie continue donc. Mais ces lecteurs sont-ils le symbole du passé ou une provocation face aux nouvelles technologies ? Ce sont ces questions que l’auteur veut aborder maintenant en rappelant que « Reproduire l’image et le texte » a été une longue et laborieuse conquête, à l’origine, entre autres, du difficile problème de la vérité. Car comment évaluer un texte en ligne ? En ce sens, les smileys, à mi-chemin entre écriture et image, représentent-ils une « tentative, pour une large part inconsciente, de tirer en touche dans une société qui, au moins de façon provisoire, est mal à l’aise avec l’écrit tout en percevant le caractère éminemment douteux de l’image ? »

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À l’ère de l’électronique, une autre interrogation mérite d’être posée : « Le papier : mémoire vive ? mémoire morte ? » Avant le papier, il y eut d’autres supports (tablettes d’argiles, papyrus, etc.), aujourd’hui disparus. L’homme s’est habitué à la feuille A4. Mais quelle signification donner à ce standard, à travers lequel l’imprimante restitue le texte électronique ? Que signifie, par ailleurs, « Le fantasme du papier permanent ? » Quand la Bibliothèque nationale de France, par exemple, à l’occasion de son déménagement à Tolbiac, découvre un nombre considérable de livres en mauvais état, elle découvre dans le même temps le papier permanent, c’est-à-dire un « papier pour l’éternité » ! La nature détruit les livres. Il est une autre façon de les détruire qui relève d’une pratique d’État que l’auteur rappelle dans « Pourquoi les bibliothèques brûlent-elles ? » En s’appuyant sur l’exemple de la bibliothèque d’Alexandrie, l’auteur montre l’action des hommes devenus incendiaires pour des questions de guerre, de religion, d’idées. Mais les bibliothèques peuvent brûler aujourd’hui encore, alors qu’existe le livre électronique ! Délaissant l’imprimé, D. Autié revient ainsi vers le papier électronique. « Vous avez dit papier ? » s’étonne-t-il. Car le livre électronique n’est pas en papier. C’est un ordinateur. Dès lors, le papier (le vrai) reste le dernier support du secret…

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« Quels lendemains pour l’écrit ? ». L’auteur apporte en conclusion quelques pistes de réponses qui le conduisent à affirmer : « C’est l’apanage de ces grandes périodes de mutation traversées par les civilisations que de contraindre la communauté humaine à redéfinir des outils, des pratiques, des croyances que l’usage et la durée lui avaient fait considérer comme des évidences acquises. L’écrit est, à l’aube du XXIe siècle, confronté à cette mise en demeure. J’y vois, par principe, une raison de me réjouir et des perspectives nouvelles de liberté, autant que des risques d’asservissement et des motifs d’inquiétude. »

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Pour compléter son propre texte, D. Autié, à travers cinq courts fichiers joints (p. 135-161), donne d’abord la parole à Maurice Obadia qui livre ses réflexions de spécialiste de l’économie de la relation sur « Des pages, des écrans… et des hommes ». Ensuite Laurent Tabouriech, professionnel du cinéma et de l’audiovisuel, propose ses notes de lecture nées de la première édition du texte de D. Autié : « Modes de production et de consommation des médias ». Suivent un court extrait : « Corps souffrants, corps urbain », d’un roman de l’auteur, Blessures exquises ; puis une réponse que l’auteur, « excédé par deux articles publiés coup sur coup » sur l’encre électronique, adresse au journal Le Monde, « Le livre, du papier au produit fini » ; enfin un entretien avec Sylvie Astorg sur « L’expertise de l’écrit ».

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Le lecteur l’aura compris : ce livre est inclassable. Il s’adresse à tous les professionnels qui s’intéressent au livre, au texte et à l’image, mais aussi à leurs usagers – c’est-à-dire à tout le monde. Ce livre atypique, profondément original, est rafraîchissant. C’est l’œuvre d’un homme seul qui s’adresse d’ailleurs à son lecteur à la première personne. Mais cet homme est cultivé et érudit, ce que prouvent la bibliographie et l’index qui font référence à des hommes politiques, des philosophes, des technologies, des organismes, etc. Il livre ses pensées et, à travers elles, sa profonde expérience d’éditeur, amoureux des livres, du texte, de l’image (« Un seul livre vivant qui est détruit, par accident ou par négligence, est un drame », p. 17). Certes, le lecteur regrettera parfois les « coups de griffes » pas toujours explicités : « Le désœuvrement de l’Office de la langue française », par exemple (p. 61). Il ne sera pas toujours d’accord avec les affirmations, parfois sans appel, ou les postures (puisque le mot est à la mode dans le monde de la recherche…) de l’auteur. Qu’importe, ce livre est une rencontre, une très belle rencontre. Quel dommage de ne pas la faire !

Lire, écrire, récrire : objets, signes et pratiques des médias informatisés

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Le titre même de ce document traduit la complexité et l’étendue de son objet. Dans leur avant-propos, les auteurs indiquent le projet du livre, né d’interrogations multiples sur l’écrit d’écran, les écrits de réseaux et l’analyse des usages des nouvelles technologies liées aux institutions culturelles. Les questions sont multiples auxquelles ils tentent de répondre : Y a-t-il réellement une transformation de nos rapports à l’écrit ? Écrivons-nous et lisons-nous autrement ? Les rapports entre scripteurs et lecteurs sont-ils différents ? Comment ? Pourquoi ? Et avec quelles conséquences ?

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Pour tenter de répondre à l’ensemble de ces problématiques, les directeurs de la publication, auxquels s’ajoutent Jean Davallon et Marie Després-Lonnet, précisent en introduction (p. 19-43) les données incontournables pour comprendre l’étude. Ce sont d’abord les définitions et les descriptions des postures initiales : postures théoriques sur la communication, postures épistémologiques. C’est aussi le statut des écrits d’écran et celui des pratiques. Vient ensuite la définition des concepts d’ancrage de cette recherche collective : technique, texte, usage.

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Quatre groupes de chercheurs s’emparent du sujet à l’origine de quatre chapitres. J. Davallon, N. Noël-Cadet et D. Brochu signent le premier : « L’usage dans le texte : les "traces d’usage" du site Gallica » (p. 45-90). Ce qui les intéresse, ce n’est pas directement Gallica, mais le rôle des sites médiateurs qu’ils définissent soigneusement, c’est-à-dire des sites qui prennent le relais de celui de la BnF. Ils expliquent, ensuite, comment s’opère le passage de l’usage prévu par le créateur de ce site (« usages génériques », terme employé dans l’ouvrage) aux usages réels. Les sites médiateurs font la même chose. « Toute notre démarche de recherche, écrivent les chercheurs, peut se résumer dans l’analyse de cette singularité du site médiateur qui est d’opérer l’inscription d’un usage pour en anticiper un second ».

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Or les sites médiateurs croisent usage et texte, devenant ainsi la concrétisation d’un usage du site documentaire Gallica. L’enquête menée par les auteurs leur permet de détecter quatre formes de présence de Gallica sur le site médiateur : le référencement par son nom, le référencement par les hyperliens, la description du site ou/et la « citation invisible », c’est-à-dire nécessitant la visite de Gallica. Ils abordent ensuite les « traces d’usages » suivies par le producteur du site médiateur et les indices d’usages anticipés de la part du lecteur, synthétisés dans un tableau et illustrés de quelques pages écran. La dimension opératoire de l’étude de l’écriture du site médiateur les entraîne à créer le néologisme de « textiel » pour désigner un type de texte, « à la fois machine techno-sémiotique et opérateur d’action », qu’ils explicitent à partir d’un exemple : la musique sur Gallica.

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Le chapitre 2, « Formes observables, représentations et appropriation du texte de réseau » (rédigé par Y. Jeanneret, A. Béguin, D. Cotte, S. Labelle, V. Perrier, P. Quinton et E. Souchier, p. 91-158), suit les mêmes traces en partant de l’observation de sites traitant des OGM. Son objet n’est pas l’analyse de ces sites en tant que dispositifs techno-sémiotiques, mais la manière dont ils sont reçus et manipulés par ceux à qui ils sont proposés.

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Ainsi, après avoir posé la genèse et le cadre de leurs études, explicité les échanges autour du texte de réseau, les chercheurs analysent l’influence de la théorie sur les orientations méthodologiques. Ils discernent trois grands types de postures méthodologiques schématisées dans une figure très parlante (p. 105). Par la suite, le regard de l’équipe sur la lecture en actes la conduit à s’interroger : « Y a-t-il une "grammaire" pour des textes insaisissables ? ». Ces derniers traduisent la désorientation des internautes, « Mais où je clique, là ? », qui développent des « figures, postures et parcours » différenciés. Cependant, dans leur « Non-conclusion : retour du futur », les auteurs rappellent que le concept de « prédilection sémiotique » leur a permis de montrer que le lecteur aborde l’écrit d’écran déjà armé d’une série de schémas et de représentations auxquels il cherche à faire « coller » sa lecture de textes, tout en élaborant, dans le même temps, de nouveaux comportements de lecture qui restent à analyser.

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Les deux chapitres suivants élargissent le cercle de la relation du dispositif et de son appropriation précédemment analysées.

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« Le couple dispositif/pratique dans les échanges interpersonnes » est examiné par M. Després-Lonnet, A. Gentes, E. Moreau et C. Roques (chap. 3, p. 159-232). Ils y observent les types de dispositifs techniques et pratiques occupant une place particulière dans le processus de communication. Ils choisissent messageries et chats, donnent les raisons de ce choix avant de considérer le statut de ce « textiel » de communication, illustré de pages écran destinées à faire comprendre au lecteur ce qu’implique leur lecture : « Savoir lire pour pouvoir écrire ».

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Ce texte très abstrait est illustré de nombreuses figures ou synthétisé dans de complexes tableaux qui récapitulent, par exemple, les différentes formes prises par un message de son envoi à sa réception ou qui dressent la comparaison entre les actions caractérisant celles de la messagerie électronique et celles de la messagerie postale. Les pratiques par lesquelles se définit l’espace d’articulation entre objet technique, texte et usage permettent de déterminer dans une première approche trois espaces d’investissement désignés par les termes clés de simplicité/culpabilité, de rapport au temps et d’identité. Ce que veulent prouver les auteurs, c’est que messagerie et chat servent à écrire en réseau, avec et par le réseau. « C’est bien la situation de communication - l’action de communiquer - qui fait que le dispositif devient un média et n’est ni un simple outil servant à "faire" quelque chose, ni un simple texte à lire. »

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Dans le quatrième chapitre, « De l’étude des usages à une théorie des "composites" : objets, relations et normes en bibliothèques » (p. 233-299), J. Le Marec et I. Babou présentent la métaphore de la bibliothèque comme texte : « Si la bibliothèque est un "texte", alors, pour filer la métaphore, c’est à l’écriture de ce texte que nous nous sommes intéressés ». Le recueil des données les conduit à avoir une approche interdisciplinaire des usages, mêlant ethnologie et sémiotique. L’observation des pratiques doit permettre de décrire des « composites » qui « caractérisent des situations au sein desquelles des individus mobilisent à la fois la signification d’objets matériels et des représentations, réalisent des actions et mettent en œuvre des systèmes de normes ou de règles opératoires ».

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Ainsi méthodologiquement nantis, les auteurs présentent leur terrain de travail : une bibliothèque où travaillent quatorze personnes. Cette bibliothèque peut donc être décrite comme un composite, à travers ses usagers (priméité), les relations de la bibliothèque avec les institutions environnantes (secondéité), le rapport de cette bibliothèque à l’institution bibliothécaire en général et à ses normes (tiercéité) ; ces trois niveaux représentant le niveau macro du composite. Le niveau micro concerne les tâches décrites par les différents usagers de la bibliothèque. Les auteurs s’efforcent de les interpréter en leur donnant tour à tour la parole, en analysant les objets utilisés, photographiés pour le lecteur : bureau, post-it, fichier papier, listing, etc., tout en faisant une place essentielle à l’informatique omniprésente dans la bibliothèque.

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Enfin, J. Davallon, M. Després-Lonnet, Y. Jeanneret, J. Le Marec et E. Souchier se retrouvent pour signer une conclusion (p. 303-322), établissant un bilan sur deux points. Le premier a trait à l’apport des connaissances empiriques et théoriques concernant les objets qui émergent de nouvelles articulations entre les textes, les techniques et les usages. La seconde se rapporte à la position scientifique collective à trois dimensions, à la fois conceptuelle (textiel, trace d’usage, prédilection sémiotique, composite, etc.), méthodologique (interdisciplinarité) et politique (rendre visibles des enjeux, des normes et des pouvoirs, etc.), adoptée par tous les chercheurs.

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Il est extrêmement difficile de rendre compte de façon claire et précise d’un tel ouvrage. Ce texte très abstrait, au langage savant et souvent précieux (textiel, priméité…), écrit par des chercheurs à la pointe des recherches en sciences de l’information, s’adresse essentiellement à d’autres chercheurs ou futurs chercheurs dans ces mêmes domaines. Le lecteur a souvent l’impression d’y voir s’entrouvrir la porte d’un de ces fameux « collèges invisibles » dont parle D.S. De Solla Price. Ceux qui en font partie savent de quoi ils parlent. Mais ils restent entre eux. Les références bibliographiques données en fin de chapitre en font foi, où les auteurs se citent avec beaucoup de complaisance et parfois hors propos. Nul doute, les participants de ce collège invisible ont bien compris les enjeux du « facteur d’impact ».

La lecture électronique

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« La lecture électronique, déclare l’auteur en introduction (p. 9-13), est définie comme l’étude des processus cognitifs engagés par un lecteur humain pour percevoir et interpréter l’information présentée par une source électronique ». À partir de cette définition, Thierry Baccino se propose de présenter, en sept points, une synthèse des connaissances de toute nature établies sur la lecture électronique.

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Le premier chapitre rappelle « Les notions fondamentales : œil, lumière et écran » (p. 15-40). Comprendre la lecture électronique nécessite de comprendre les caractéristiques humaines du système visuel, le mouvement des yeux, « indicateur essentiel de la prise d’information et du traitement cognitif » élaboré par le lecteur. Il s’agit également de saisir les caractéristiques physiques de la lumière et celles de l’écran en terme de description physique du dispositif d’affichage.

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Le chapitre suivant aborde « Les méthodes d’étude » (p. 41-69) présentées en deux temps suivant qu’elles évaluent les aspects de la visibilité ou de la lisibilité de la lecture électronique. Sont ainsi décrites les méthodes classiques d’évaluation du seuil de visibilité et les méthodes plus modernes fondées sur l’enregistrement oculométrique ou électroencéphalographique. Sont également expliquées des méthodes originales comme la technique de présentation visuelle rapide et le pointage avec la souris informatique.

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« La visibilité » constitue le sujet du troisième chapitre (p. 71-108). La génération d’une image sur écran n’a pas d’équivalent dans la vie réelle. Pour être perçue par le système visuel, l’image doit posséder un minimum de luminosité lui permettant de se distinguer de celle de l’environnement de lecture. Cette propriété essentielle de la visibilité, nommée contraste, est déterminante dans l’évaluation de la qualité de l’image et dans la capacité du lecteur à identifier les informations pertinentes. Le scintillement ou fréquence temporelle de l’image est tout aussi déterminant dans la qualité de la prise d’information et le bon fonctionnement des mécanismes oculaires. L’auteur s’étonne d’ailleurs de voir que cette dimension perceptive des écrans ait été rarement prise en compte dans l’étude cognitive de la lecture alors qu’elle est essentielle. Il en est de même quand il s’agit de la distance de vision à l’écran et de ses effets perturbateurs sur la perception d’une information.

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Les études sur « La lisibilité » (chap. 4, p. 109-165) sont nombreuses et correspondent en psychologie cognitive aux travaux sur la reconnaissance des formes. Ces études s’intéressent à la reconnaissance des lettres : appariement des gabarits, détection des traits. Les critères de lisibilité portent, quant à eux, sur la lisibilité des lettres (typographie, contraste des lettres, etc.), sur le guidage oculaire. Celui-ci est-il déterminé par les composants linguistiques ou totalement sous l’effet de facteurs visuels ? Les recherches montrent l’importance des propriétés linguistiques textuelles. L’auteur décrit les caractéristiques du comportement oculaire en lecture, la qualité et la quantité d’information perçue lors des mouvements des yeux ainsi que les principaux modèles actuels du contrôle oculométrique.

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L’organisation spatiale des informations constitue le dernier critère de lisibilité analysé par T. Baccino. Après avoir rappelé les caractéristiques spatiales d’un texte et décrit l’organisation visuo-spatiale des informations, il s’intéresse aux affichages dynamiques, tel le « scrolling » où le texte défile verticalement ou horizontalement par le déplacement d’un curseur, comme s’il était déroulé autour d’un axe. L’emploi des affichages dynamiques modifie l’organisation stable de l’espace d’un texte entraînant des effets sur les stratégies de lecture et d’inspection des documents électroniques ainsi que sur la mémorisation spatiale.

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Le sixième chapitre aborde le niveau le plus haut et le plus complexe de la lecture : « La compréhension et la mémorisation » (p. 167-208). Nous retrouvons là le sens du concept de lecture, non plus en terme de déchiffrage, mais comme un processus complexe impliquant des opérations mentales diversifiées. « Dans cette perspective, précise l’auteur, nous définirons la lecture comme la capacité à extraire de l’information de la page afin d’en comprendre le texte ». Dès lors, comment le lecteur construit-il une structure mentale qui représente le contenu et le message du texte ? Plusieurs modèles de compréhension existent. L’auteur présente le modèle construction/intégration, le plus abouti aujourd’hui, pour expliquer la compréhension des textes et le rôle de la mémoire. Il explicite, ensuite, les modes de présentation de l’information en présentant le codage spatial dans la cohérence textuelle, la mise en forme matérielle et, enfin, les documents hypertextuels et les documents multimédias. Aujourd’hui, les perspectives de recherche sur la compréhension portent sur l’analyse automatique du contenu des interfaces et la compréhension collaborative médiatisée par ordinateur.

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Après ce chapitre complexe mais essentiel, le lecteur sera satisfait de rentrer de plain-pied dans le dernier chapitre qui traite de l’« Ergonomie de la lecture électronique » (p. 209-232) en abordant des concepts plus connus et vulgarisés, tels que celui de l’interface, partie la plus visible des équipements. Après en avoir dressé une typologie (interface linguistique, directe ou intelligente), l’auteur en donne les critères d’évaluation. L’emploi des réseaux informatiques nécessitant la lecture sur écran, T. Baccino propose une approche méthodologique pour évaluer la qualité d’une interface web au moyen de l’oculométrie cognitive.

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La conclusion de cet ouvrage est brève (p. 233-234) qui établit un rapide bilan insistant sur la complexité de la lecture et donc de la lecture électronique. La riche bibliographie qui termine cette étude, renvoyant le lecteur à des recherches, essentiellement américaines, lui confirme la nature extrêmement scientifique de ce travail.

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Dans un style précis, « au carré », Thierry Baccino réussit son objectif : présenter une synthèse des connaissances actuelles sur la lecture électronique. Aucune digression, aucune distraction, le livre est écrit par un technicien, un spécialiste qui maîtrise complètement le sujet de son travail. Celui-ci s’adresse en priorité aux spécialistes des sciences cognitives. En effet, le professionnel de l’information ne comprendra pas toujours, malgré les nombreux schémas proposés par l’auteur, toutes les données physiques relatives à la lumière, au scintillement ou les informations psychologiques ou des sciences cognitives apportées… Il percevra, toutefois, l’axe général de ce texte qui interroge sur l’extrême complexité de la lecture et de la compréhension.

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Il serait intéressant, à partir de cette étude, d’établir une sorte de guide adapté aux préoccupations spécifiques des professionnels de l’information. Ces derniers ne peuvent ignorer les problématiques de la lecture électronique ni sa complexité. Ce que lui révèle cet ouvrage. Comprendre la lecture, comprendre l’appropriation de l’information par l’utilisateur final sont des préoccupations partagées par tous ceux qui s’intéressent à l’information. Le professionnel de l’I-D, praticien, enseignant ou étudiant, en fait partie. Les difficultés de lecture de ce texte, assis sur des connaissances scientifiques et techniques et des savoirs multidisciplinaires, lui font bien comprendre son enrichissement quand il s’efforce de s’affranchir des limites que lui impose sa seule discipline.

La lecture numérique : réalités, enjeux et perspectives

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Comment se transforme la pratique sociale de la lecture en se dissociant de plus en plus des supports papier ? « Les supports numériques peuvent-ils relever le défi des aides à la lecture qui s’étaient progressivement inscrites dans le livre imprimé ? » interroge Bertrand Legendre, fixant ainsi les objectifs de l’étude qu’il préface. Il y a quelques années, l’arrivée des eBooks, rappelle-t-il, a suscité un « discours de la désillusion ». Il est temps aujourd’hui de dresser un bilan. C’est ce que se proposent de faire les auteurs qui écrivent les huit chapitres, chacun accompagné d’une bibliographie, qui composent cette monographie.

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En introduction (p. 13-23), Claire Bélisle tente de cerner toutes les problématiques – et elles sont nombreuses ! – liées à la lecture numérique. Quelle est la spécificité de cette pratique culturelle considérée comme indispensable dans la société d’aujourd’hui ? Faire le point sur cette interrogation synthétique nécessite d’exercer une veille technologique sur des équipements en constante évolution. C’est aussi avoir une expérience culturelle avec le texte numérique et s’interroger sur la transformation des tâches et des rôles des acteurs concernés : éditeurs, auteurs, distributeurs, bibliothécaires, etc.

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Jean-Baptiste de Vathaire prend la plume pour présenter « Le livre électronique : genèse d’un objet, perspectives et projets » (chap. 1, p. 27-74). Partant de la « préhistoire » du eBook, il entraîne son lecteur dans l’aventure commerciale de ces nouveaux livres. Il décrit les équipements, les solutions logicielles, l’apparition des tablettes dédiées et, enfin, il dresse un état du marché en décembre 2003.

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Après ce tour d’horizon clairement mis en ligne, très bien illustré et documenté, passage obligé pour qui n’a qu’une vague idée du sujet, Alain van Cuyck et Claire Bélisle analysent les « Pratiques de lecture et livres électroniques » (chap. 2, p. 77-101). La lecture est-elle une pratique en extension ? Les enquêtes sociologiques convergent pour affirmer que si « la France lit plus, les Français lisent moins », signifiant ainsi la disparition des gros lecteurs au profit de lecteurs aux lectures moins longues. Car la lecture des livres reste toujours une pratique sociale distinctive, même si l’école, les bibliothécaires et de nombreuses associations culturelles ont favorisé et continuent à favoriser le développement de cette pratique. Cependant, la lecture instrumentée, interactive et multimédia que mettent en œuvre les supports numériques s’accompagne-t-elle de nouvelles pratiques et de nouveaux lecteurs ? Les fonctions historiques du livre, remarquent les auteurs, sont en passe d’être remplies par des technologies numériques : films, télévision, navigation sur Internet, etc. Dans tous les cas, l’acte de lecture est appelé à être de plus en plus instrumentalisé et, dans cette instrumentalisation et sa maîtrise, l’école aura un rôle déterminant à jouer. C’est dire l’importance de ce chapitre pour tous les enseignants.

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Jacques André et Alain Paccoud s’interrogent, quant à eux, sur le destin de « cet art méconnu » qu’est la typographie. « Écrire sur écran » (chap. 3, p. 105-136) la rend-elle définitivement obsolète ? Non ! répondent-ils en chœur. La typographie est irremplaçable car facilitatrice de la lecture. C’est elle qui détermine la reconnaissance et la compréhension du texte. Cela reste vrai avec le livre électronique où, démonstration à l’appui, les auteurs montrent que composition numérique et typographie dynamique s’accordent très bien, sollicitant auteurs et lecteurs.

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Mais la lecture sur l’écran modifie-t-elle l’activité de lecture ? interroge ensuite Claire Bélisle (chap. 4, « Lire à l’écran : les enjeux de la lecture numérique », p. 139- 179). Cette interrogation lui permet de rappeler que lire s’apprend. C’est une activité humaine instrumentée. Et avec le numérique apparaissent de nouveaux contrats de lecture qui entraînent vers une différenciation des stratégies et une pluralité de pratiques.

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Bertrand Legendre opère une rupture avec les interrogations fondamentales et psychosociologiques des précédents chapitres en posant la question de l’économie du numérique (chap. 5, « Lectures numériques : approches économique »s, p. 183-198). Il fait le point sur l’économie de la production numérique marquée par les gains de productivité dans la fabrication. Il en va autrement dans la distribution, le numérique n’en constituant qu’une part marginale. Le numérique peut agir comme un mode de relance de la petite édition de fiction ou scientifique, notamment dans le domaine des revues destinées à un petit groupe de chercheurs. À travers cet approche, l’auteur permet de comprendre les mutations qui sont en train de se mettre en place autour du livre et du lecteur.

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Christian Ducharme cherche à déterminer « La place du livre électronique en bibliothèque » (chap. 6, p. 201-220). Après un rapide historique sur l’apparition du eBook en France, il décrit l’expérience des bibliothèques nord-américaines puis celle des Allemands et des Français. Il développe, en particulier, l’expérience pilote « Contrats de lecture » menée dans la région Rhônes-Alpes. Les résultats recueillis permettent de mieux cerner les enjeux de la lecture numérique pour les bibliothèques, les lecteurs, les éditeurs mais aussi pour les fabricants d’équipement. Ces expérimentations permettent également d’émettre des hypothèses sur les modèles de développement du livre numérique en bibliothèques.

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Si le chapitre de C. Ducharme s’adresse directement et en priorité aux bibliothécaires et à l’ensemble des professionnels de l’information, le texte de Pascale Gossin portant sur « Le manuel numérique » (chap. 7, p. 223-254) intéresse en priorité les formateurs. En passant du papier au numérique, le manuel scolaire impose que l’école s’approprie les innovations technologiques. Après avoir défini ce qu’est un manuel scolaire, l’auteur analyse les ressemblances et différences qui caractérisent le manuel papier et le manuel numérique, puis présente les différents dispositifs proposés aujourd’hui par des éditeurs. La comparaison des fonctions des manuels papier et numériques entraînent P. Gossin à démontrer que ces derniers répondent aux fonctions classiques des manuels papier mais exercent deux nouvelles fonctionnalités importantes : gestion de l’information et communication. Cela lui permet de récapituler, en conclusion, les enjeux économiques, pédagogiques et politiques du manuel scolaire numérique.

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Le livre s’achève par un « État des lieux du livre électronique aujourd’hui, » dressé par Alain Paccoud (chap. 8, p. 255-263), qui permet au lecteur de prendre la mesure de l’offre actuelle. Un glossaire suit qui propose des définitions de termes parfois très techniques et pas toujours en rapport avec les textes composant cette monographie. C’est ce que confirme l’index qui clôt cet ouvrage dans lequel apparaissent des termes, tels que auctor, littératie ou usb… absents du glossaire alors que sont donnés des termes très complexes mais sans grande importance dans le message que veut faire passer cet ouvrage.

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C’est là vraiment le seul point noir de cette étude qui mérite d’être lue pour la clarté des différents exposés, le souci d’exhaustivité comme celui de pertinence qui anime tous les auteurs. C’est un ouvrage plein d’informations, extrêmement bien documenté. Il ouvre également sur de nombreuses pistes de réflexion.

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Il s’adresse à un grand nombre de spécialistes : enseignants et chercheurs, professionnels de l’information. L’ensemble des acteurs des métiers du livre est concerné, mais aussi les informaticiens, créateurs de logiciels ou d’équipements. Les étudiants doivent également lire ce texte, excellente initiation aux problématiques du numérique, excellente synthèse, très loin du verbiage que livrent certains ouvrages sur le même thème. Les praticiens, les théoriciens, les futurs professionnels de l’information ne peuvent que se réjouir d’avoir à leur disposition un livre qui atteint ses objectifs multiples, apporte beaucoup à son lecteur et ce sans jamais l’ennuyer. Au contraire !

Les défis de la publication sur le web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions

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Comme son sous-titre le précise, c’est par rapport à la lecture, à l’écriture et à l’édition que cet ouvrage, publié dans le cadre des quinzièmes Entretiens du Centre Jacques Cartier qui se sont déroulés à l’ENSSIB en décembre 2002, aborde la publication sur Internet. Ceci dans trois perspectives différentes, traduites dans les intitulés des trois parties qui le composent : « La perspective des textes » (p. 19-100), « La confrontation des postures » (p. 101-200) et « L’ouverture des imaginaires » (p. 201-277). Dans leur introduction, Jean-Michel Salaün et Christian Vandendorpe posent ce constat souvent avancé par les chercheurs : « Nous n’avancerons que par la rencontre de compétences disciplinaires de sensibilités diverses et la confrontation de points de vue et de situations différentes ».

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C’est ce que trouvera le lecteur tout au long de ce livre ouvert par David Olson : « Manières d’écrire, manières de lire : des alphabets à l’Internet ». En se plaçant dans une perspective historique et anthropologique, il s’interroge sur ce qu’est un système d’écriture, sur ses rapports avec la lecture, et souligne l’importance des changements en cours dans les modes de lecture et d’écriture dus aux technologies modernes. « La lecture au défi du virtuel » intéresse C. Vandendorpe qui, passant du rouleau au codex, s’interroge sur le codex électronique et ses conséquences à long terme sur la lecture.

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« Naviguer entre le texte et l’écran : penser la lecture à l’ère de l’hypertextualité » constitue le sujet d’étude de Bertrand Gervais. La métaphore maritime largement exploitée dans les intertitres de sa contribution (la mer vue de la terre ferme, description de la mer par les vigies, etc.) suggère déjà un rapport différent au texte : « Nous savons déjà comment lire des textes, nous devons apprendre à naviguer entre le texte et l’écran, à passer de l’un à l’autre, en sachant que nous pouvons frôler chaque fois le naufrage. » Il est encore question d’hypertexte dans la communication présentée par Jean Clément qui s’interroge sur le lien (« Hypertexte et fiction : une affaire de liens »). Car l’hypertexte remet profondément en cause la linéarité des pages et l’organisation hiérarchisée de leurs contenus. L’écriture fragmentaire et discontinue qu’il autorise pose un défi au principe du récit, fortement marqué par la linéarité. L’hypertexte pourra-t-il recréer sur écran une « attitude de lecture qui soit profondément attentive au texte et au dispositif d’énonciation ? », interroge l’auteur au terme d’un exposé original et passionnant.

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Enfin, Emmanuël Souchier clôture la première partie (« Lorsque les écrits des réseaux cristallisent la mémoire des outils, des médias et des pratiques… ») en présentant le texte numérique dans toutes ses dimensions, techniques et linguistiques, comme un support de mémoire sociale. Ici encore le titre donné à sa conclusion traduit bien sa préoccupation sur la mémoire humaine : « L’écrit de réseau comme mise en abyme de la mémoire dans la pratique socialisée de l’édition. »

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François Mangenot ouvre la deuxième partie de cet ouvrage avec une « Analyse sémio-pragmatique des forums pédagogiques sur Internet ». Pour lui, ce nouvel outil présente de nombreux atouts en favorisant la constitution de communautés d’apprentissage et une mutualisation des pratiques. À son tour, Denis Bachand rend compte de son expérience de plates-formes et progiciels de gestion de cours par Internet (« Cybertextes et hyperlectures dans l’enseignement universitaire »). Ces nouveaux outils permettraient, selon une enquête menée auprès de professeurs canadiens en 1999, de redéfinir les modes d’enseignement et les rapports à la lecture comme à l’écriture. L’auteur détaille, en particulier, l’intérêt des « epack » ou cours numérisés « clés en main ».

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Benoît Melançon, pour sa part, questionne : « Sommes-nous les premiers lecteurs de l’Encyclopédie ? » Le texte numérique et les explorations nouvelles qu’il autorise, impensables dans le texte imprimé, entraînent l’auteur à répondre par l’affirmative et à voir, dans la navigation hypertextuelle, l’aboutissement des projets de Diderot et d’Alembert. Claire Bélisle va dans le même sens en posant une autre interrogation : « Lire avec un livre électronique : un nouveau contrat de lecture ? » Des recherches menées auprès de groupes de lecteurs différenciés montrent que le livre électronique modifie inévitablement le rapport que son utilisateur entretient avec l’activité de lecture : « Le véritable enjeu du livre électronique […] est celui de sa capacité à intégrer et promouvoir une diversification des pratiques de lecture » : lecture de surface, profonde, fonctionnelle, de loisir…

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« L’édition entre biens et services » : Jean-Michel Salaün conclut cette deuxième partie en s’intéressant à la posture des éditeurs. Il tente de comprendre pourquoi l’économie du livre sur le web rencontre des difficultés, écartelée entre son fonctionnement traditionnel et la construction d’un nouvel espace des documents et de lecture où l’économie de services prime sur l’économie de biens.

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Composée de quatre chapitres, la troisième partie s’ouvre sur les nouvelles pistes ouvertes par le web et suivies par des visionnaires inspirés. Olivier Dyens en fait partie qui considère « Le web et l’émergence d’une nouvelle structure de connaissances », décrite en termes d’accélération et superficialité. La relation contemporaine à la connaissance est désormais liée à la vitesse au détriment de la réflexion, sans que l’on puisse nécessairement en déduire une perte d’intelligibilité. Gloria Origi plaide « Pour une science humaine de l’Internet ». Il s’agit de comprendre comment les recherches en sciences cognitives et en sciences de l’information et de la communication peuvent interagir pour comprendre comment Internet modifie nos pratiques cognitives et culturelles. Son texte est illustré par des expériences sur le terrain comme les colloques virtuels, exemples de nouvelles ressources et de nouveaux espaces de communication.

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Stevan Harnad propose un « Retour à la tradition orale : écrire dans le ciel à la vitesse de la pensée ». Le nouvel espace offert par Internet réconcilie écrit et oral, le synchrone et l’asynchrone. Avec les forums ou le courrier électronique, par exemple, il facilite les échanges rapides et en garde des traces écrites. Enfin, Yannick Maignien pose en conclusion une question qui intéresse essentiellement tous les professionnels de l’information : « Vérité et fiction sur Internet ». Les relations de référence, de vérification, de dénotation symbolique et de fiction sont profondément bouleversées par ce réseau. Comment échapper aux effets pervers de cette perte de nos repères ? La mise en place d’un web sémantique apparaît à l’auteur comme une solution intéressante.

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Les textes relativement courts mais denses de ce document s’adressent en priorité aux chercheurs et enseignants ou futurs chercheurs et enseignants en sciences humaines. C’est une étude érudite pour érudits, au langage parfois très savant et technique. Suivant ses connaissances et ses centres d’intérêt, le lecteur pourra lire dans l’ordre qui lui plaît la conférence choisie pour l’originalité de son thème ou pour son appel à la réflexion. Livre aux textes scientifiques, cette étude peut également permettre au praticien de comprendre l’espace qui le sépare du théoricien et, peut-être, de le franchir.

Publier sur Internet

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Cet ouvrage s’inscrit dans la « tradition » des cours en IST dispensés tous les deux ans par l’INRIA et édités par l’ADBS. Dans son « Préambule », Jean-Claude Le Moal souligne cette « continuité dans l’évolution », puisque cet ouvrage aurait pu reprendre l’intitulé du séminaire de 1996 intitulé Créer et maintenir son site web. Mais c’est aussi l’évolution dans la continuité, l’objectif de l’ouvrage étant de se tenir au courant « pour mieux appréhender les possibilités et les limites des technologies et des logiciels autorisant la réalisation de ce qui est désiré » – objectif atteint par tous les conférenciers qui interviennent dans ce cours.

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Hervé Le Crosnier l’introduit en s’intéressant à « L’évolution des modèles éditoriaux confrontés aux documents numériques » (p. 1-63). Il y analyse ce qu’est le document numérique, en s’appuyant sur l’incontournable étude de « Roger T. Pédauque », avant de définir le terme d’édition et d’en décrire les principales modifications pratiques dans le secteur des revues scientifiques, de la musique et de la presse. Il aborde ensuite les questions relatives aux « Métadonnées et syndication ». Les diverses méthodes de syndication sont illustrées de nombreux exemples, bienvenus pour se repérer dans les différents modèles existants. Le lecteur apprend enfin ce que sont « Les logiciels sociaux » (blogues, wikis et réseaux de personnes, etc.), ce qui amène un questionnement essentiel : « L’information, un bien public ? », auquel H. Le Crosnier apporte de solides et intéressants éléments de réponse.

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À sa suite, Thomas Dechilly parle de la « Diffusion de contenus et de documents sur Internet » (p. 65-100). Dans ce véritable état de l’art, il décrit d’abord le rôle des supports, des usages et des contenus avant de démontrer que « mieux diffuser signifie mieux produire les contenus » et de souligner, en particulier, l’impact du langage XML. Olivier Roumieux examine la « Production des sites : les enjeux actuels » (p. 101-127), désormais « plus ambitieux ». La création et la maintenance de sites ne sont plus l’œuvre de pionniers isolés. Elles nécessitent la collaboration entre professionnels venus d’horizons variés et s’enrichissant de leurs différences et de leurs spécificités.

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Cécile Roisin, puis Jérôme Euzenat et Raphaël Troncy apportent des informations beaucoup plus techniques. C. Roisin (« Adaptation aux différents modes de lecture », p. 129-155) détaille les formats de description de l’information accessible par Internet et présente les principes et techniques utilisés pour adapter les contenus aux différents supports de restitution. Dans « Web sémantique et pratiques documentaires » (p. 157-188), J. Euzenat et R. Troncy précisent le rôle du langage RDF et celui des ontologies avec, par exemple, le langage OWL. Ils proposent des exemples de cadres applicatifs liés à l’ingénierie documentaire avant de terminer leur exposé par une application dédiée à l’indexation des documents multimédias, enrichie d’illustrations qui concrétisent des propos très techniques.

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Michèle Lemu opère une autre rupture dans la continuité de ces textes en posant, dans un titre très explicite, la question : « Le droit du document : vers une nouvelle conception du droit d’auteur ? » (p. 189-207). Elle y fait notamment remarquer qu’il n’y a pas de distinction, dans l’environnement analogique, entre l’acquisition du support de l’œuvre et l’accès à celle-ci. Elle s’intéresse également aux problématiques soulevées par l’auto-publication et l’auto-archivage.

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Dans cette logique, Sara Aubry livre ses réflexions sur les « Archives ouvertes, nouveaux modèles de publication et de diffusion et nouveaux outils » (p. 209-237). Après avoir décrit l’évolution de l’édition des revues scientifiques et cerné le concept d’archives ouvertes, elle en présente les outils avant de conclure sur l’Open Archives Initiative et son importance pour les professionnels de l’information.

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Pour aider le lecteur, chaque contributeur donne, en annexe de son texte, un certain nombre de références bibliographiques ou webographiques destinées à lui permettre d’approfondir ou de disposer, dans un autre contexte ou une autre expression, des informations sur l’ensemble de celles qu’il lui apporte. Car, ancré dans l’actualité technologique également très riche que vit le professionnel de l’information, cet ouvrage très dense exige une lecture attentive. Étudiants, enseignants, praticiens de la documentation, de l’édition ou des bibliothèques doivent faire l’effort de s’approprier les données multiples et complexes proposées par l’ensemble des auteurs. Tous décrivent leur actuel environnement et permettent ainsi de mieux le connaître pour s’y reconnaître. Jean-Claude Le Moal parle en introduction, comme nous l’avons précédemment évoqué, de continuité. Les professionnels de l’information ont beaucoup de chance de pouvoir suivre, sur place ou à travers les ouvrages simultanément publiés par l’ADBS, les cours organisés depuis presque vingt ans déjà par l’INRIA et dont la valeur ne se dément pas au fil des ans.

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Marie-France Blanquet

Titres recensés

  1. La science de l’information, Yves-François Le Coadic, 3e éd. refondue. – Paris : Presses universitaires de France, 2004. – 128 p. – (Que sais-je ? ; 2873). – ISBN 2-13-054749-4 : 7,50 €
    1. Une opportune réédition d’un ouvrage fondamental
  2. La Société de l’information, Conseil d’analyse économique ; rapport de Nicolas Curien et Pierre-Alain Muet ; commentaires d’Élie Cohen et Michel Didier, Paris : La Documentation française, 2004. – 311 p. – ISBN 2-11-005534-0 : 12 €. La « Société de l’information » : glossaire critique, Commission nationale française pour l’Unesco ; avant-propos de Jean Favier, Paris : La Documentation française, 2005. – 164 p. – ISBN 2-11-005774-2 : 15 €
    1. Analyse et critique de la société de l’information
      1. Une réflexion pour mieux appréhender les nouvelles réalités de la société de l’information…
      2. … et un outil pour mieux les comprendre
  3. Le management de l’information : des données aux connaissances et aux compétences, Jean-Noël Lhuillier, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 329 p. – (Management et informatique). – ISBN 2-7462-1206-4 : 70 €
    1. Une synthèse intéressante et actualisée sur la gestion de l’information
  4. Archives et patrimoine. Volume 1, Actes du colloque organisé dans le cadre du programme CNRS « Archives de la création » par le Groupe de recherche sur le droit du patrimoine culturel et naturel (CECOJI-CNRS et Faculté Jean Monnet - Université Paris-Sud-XI) ; sous la dir. de Marie Cornu et Jérôme Fromageau, Paris : L’Harmattan, 2004. – 188 p. – (Droit du patrimoine culturel et naturel). – ISBN 2-7475-5902-5 : 16,80 €
    1. La dimension patrimoniale de la préservation des fonds
      1. Le niveau international
      2. Les pratiques françaises
  5. Usages des bibliothèques : approche sociologique et méthodologie d’enquête, Claude Poissenot, Sophie Ranjard ; préf. de Martine Poulain, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2005. – 350 p. – (Les Cahiers de l’ENSSIB, ISSN 1634-9962). – ISBN 2-910227-56-1 : 38 €
    1. Un excellent outil pour l’étude des publics
  6. Renseignements aux usagers : informer et rechercher, le bibliothécaire au service du lecteur : manuel à l’usage des bibliothécaires et futurs bibliothécaires, Association des bibliothécaires français ; réd. par Sylvie Larigauderie, Christine Mécozzi, Ahmed Radjaï, Sylvie Hamzaoui, Paris : ABF, 2005. – 159 p. – (Médiathèmes ; 6). – ISBN 2-900177-25-1 : 27 €
    1. Un guide de recherche multimédia en bibliothèque
  7. Animer et gérer l’information pour le développement rural : outils, méthodes et expériences pour les services d’information, Isabelle Gachie, Luce Ruault ; avec la collab. de Sabine Mendy, Paris : Éditions du GRET (Groupe de recherche et d’échanges technologiques, 211-213 rue La Fayette, 75010) ; Ministère des Affaires étrangères ; BDPA, 2004. – 176 p. – (Guide pratique). – ISBN 2-86844-143-2 : 10 €
    1. Pour la maîtrise de l’I-D dans les pays du Sud
  8. Information, documentation et veille juridiques, Didier Frochot, Voiron (38506) : Éditions de « La Lettre du Cadre Territorial », 2003. – 267 p. – (Dossier d’experts). – ISBN 2-84130-507-4 : 60 €
    1. Un outil pour maîtriser la recherche d’information juridique
      1. La recherche d’informations juridiques
      2. La veille dans le domaine juridique
  9. De la page à l’écran : pour accompagner l’évolution de l’écrit sur les (nouveaux) supports de l’information, Dominique Autié, Nelle éd. rev. et augm. – Toulouse : InText (diff. Comptoir du Livre, 10 bis, bd de l’Europe, BP 9, 31122 Portet-sur-Garonne Cedex), 2003. – 168 p. – ISBN 2-9514986-1-6 : 15 €. Lire, écrire, récrire : objets, signes et pratiques des médias informatisés, Sous la direction de Emmanuël Souchier, Yves Jeanneret, Joëlle Le Marec, Paris : Bibliothèque publique d’information - Centre Georges Pompidou, 2003. – 349 p. – (Études et recherche, ISSN 0993-8958). – ISBN 2-84246-071-5 : 24 €. La lecture électronique, Thierry Baccino, Grenoble : Presse universitaires de Grenoble, 2004. - 253 p. - (Sciences et technologies de la connaissance, ISSN 0985-4878). - ISBN 2-7061-1190-9 : 30 €. La lecture numérique : réalités, enjeux et perspectives, Coordonné par Claire Bélisle ; préface de Bertrand Legendre, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2004. – 293 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 2-910227-51-0 : 40 €. Les défis de la publication sur le web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions, Coordonné par Jean-Michel Salaün et Christian Vandendorpe, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2004. – 289 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 2-910227-55-3 : 40 €. Publier sur Internet, séminaire INRIA, 27 septembre – 1er octobre 2004, Aix-les-Bains, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; coord. par Jean-Claude Le Moal, Bernard Hidoine et Lisette Calderan, Paris : ADBS Éditions, 2004. ? 248 p. ? (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). ? ISBN 2-84365-072-0 : 35 €
    1. Lire, écrire, publier dans un environnement numérique
      1. De la page à l’écran : pour accompagner l’évolution de l’écrit sur les (nouveaux) supports de l’information
      2. Lire, écrire, récrire : objets, signes et pratiques des médias informatisés
      3. La lecture électronique
      4. La lecture numérique : réalités, enjeux et perspectives
      5. Les défis de la publication sur le web : hyperlectures, cybertextes et méta-éditions
      6. Publier sur Internet

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2005 (Vol. 42) , p. 314-330
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2005-4-page-314.htm.
DOI : 10.3917/docsi.424.0314.


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