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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/1 (Vol. 43)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/docsi.431.0048
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LE MARCHÉ DE L’INFORMATION EST EN CONSTANTE MUTATION : multiplication des sources d’information gratuites, diversité de leurs supports de diffusion (papier, électronique, portails, etc.) et des modalités techniques de mise à disposition de cette information, apparition de nouveaux acteurs dans la négociation (consortiums, acheteurs professionnels, etc.). Les acheteurs d’information se heurtent à une véritable jungle tarifaire en même temps qu’ils sont eux-mêmes confrontés à la nécessité d’élaborer les tarifs de leurs propres prestations.

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Cette journée visait à apporter quelques repères transversaux sur les logiques de prix, l’impact des nouveaux acteurs dans les négociations, l’impact de l’information gratuite sur les usages et sur la tarification des services payants. Des exemples concrets ont illustré les modalités de tarification des produits et services élaborés par des professionnels de l’information et diffusés au sein de leur entreprise ou à des clients extérieurs.

Les prix de l’information scientifique et technique

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Personne n’en sera surpris : le prix des revues scientifiques ne cesse d’augmenter (en moyenne de 50 % en cinq ans). Pour les revues électroniques, cette inflation mérite cependant de faire l’objet d’une analyse beaucoup plus fine, en prenant notamment en compte le nombre d’utilisateurs précisé dans les contrats de licence et les usages réels. Une revue à prix modéré mais très peu utilisée pourra en effet se révéler d’un coût total supérieur à une autre revue au prix plus élevé mais très consultée. C’est donc son utilisation réelle qui est à prendre en considération dans l’analyse des tarifs, et la maîtrise des statistiques, du côté de l’usager, devient dès lors indispensable. D’autant plus qu’à l’ère du numérique la transparence des prix n’est pas vraiment de mise : pour une offre similaire, les acheteurs de contenus sont actuellement bien en peine de comparer les devis qui leur sont proposés.

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Le marché de l’IST est caractérisé par une concurrence qui, plus qu’entre éditeurs, se joue entre ces derniers et le STM lobby (association internationale sur le prix des revues). Les big deals, ces contrats concernant l’accès à la totalité du corpus d’un éditeur, sans possibilité de sélection des titres, ont également un impact sur les petits éditeurs auxquels il ne reste que les miettes de budgets principalement consacrés aux « grosses » revues. Une sélection plus rigoureuse des titres dont on a réellement besoin est donc absolument nécessaire.

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Sans doute les initiatives qui adoptent les modèles économiques du Libre Accès (comme Sparc, BiomedCentral, Medline, ArXiv, Hal, etc.) pourront faire pression pour une baisse des tarifs. D’ailleurs, sous l’influence de l’open access, certains gros éditeurs (Elsevier, Springer) ont déjà contre-attaqué en développant leurs propres modèles (consistant par exemple à faire payer le coût d’une publication à l’institution où exerce le chercheur qui en est l’auteur). Les centres de recherche risquent-ils de payer le prix fort pour favoriser l’accès gratuit à l’IST pour l’utilisateur final ?

Le programme de la journée et les intervenants

Achats d’information : quelques repères transversaux dans la jungle des tarifs

• Les prix de l’information professionnelle : inflation ou déflation ? Joachim Schopfel, INIST

• La négociation de contrats de fourniture globalisés redonne-t-elle l’avantage aux acheteurs d’information en matière de tarifs ? François Cavalier, bibliothèque de l’Université Lyon-1

• La montée en puissance de la « fonction achat » dans l’acquisition d’information : pression sur les prix ou pression sur les budgets ? François Girard, CDAF, Cap Gemini

• Les nouvelles métriques des usages de l’information : une base objective pour réconcilier offreurs et usagers de l’information payante ? Rémi Bilbault, Swets Information Services

• Information gratuite / information payante : quelles conséquences concrètes sur le déplacement des usages et la tarification des services payants ? Denis Berthault, LexisNexis France

Modalités de vente de prestations documentaires dans des contextes différents

• Plusieurs modèles économiques sont-ils applicables à un seul centre de documentation ? Christine De Gouttes, Scetauroute

• Passage du gratuit au payant : l’exemple de ZEPHUS, base de données de fusions-acquisitions. Dominique Carnoy, Bureau van Dijk Electronic Publishing

• La refacturation interne des prestations documentaires, quelles incidences pour les documentalistes ? Marie-Madeleine Salmon, Publicis

Table ronde par laquelle s’est conclue cette journée était intitulée « De l’achat d’information à la valorisation interne de la prestation information : éditeurs et usagers peuvent-ils trouver de nouveaux terrains d’entente ? » Elle a illustré les points de convergence entre les deux sessions précédentes, respectivement consacrées à la tarification des services d’information et à celle des prestations documentaires.

La valeur de l’information et la valeur ajoutée ont été au centre des interventions : comment trouver l’équation tarifaire qui respecte la chaîne de la valeur ? Un premier constat s’impose : une équation tarifaire qui détermine le juste prix ne peut faire l’économie d’une métrique des usages et d’un suivi attentif des consommations.

Si l’on se place du point de vue de l’offreur, du fournisseur d’information, on pourrait formuler une lapalissade : « l’information gratuite est invendable » et, donc, ne rapporte rien ! Alors, qu’est-ce qui est vendable ? Ce sont d’abord des informations qui ne sont pas dans le domaine public, du fait qu’elles ne sont pas publiées ; certaines nécessitent une démarche pour les repérer et les obtenir, voire pour les créer… et l’utilisateur est prêt à payer ces informations rares ou constituées sur mesure. Accéder à l’information même gratuite représente du temps de repérage, tri, regroupement, synthèse, comparaison, etc. Ce que l’utilisateur est alors prêt à payer, sous réserve qu’il soit solvable, c’est du service, du gain de temps, de la fiabilité ou de la certitude, de la facilité de manipulation, d’intégration ou d’exploitation. Ce qu’il est prêt à payer, c’est la valeur ajoutée par le prestataire par rapport au travail qu’il aurait à faire lui-même pour obtenir un résultat similaire (à supposer qu’il dispose de la compétence pour le faire et dans les mêmes délais). Cela fait apparaître l’apport de l’expertise comme composante, parmi d’autres, de la valeur ajoutée.

Outre le coût d’opportunité de la valeur (quel gain elle permet de faire, quelle perte elle permet d’éviter), les gains de productivité et les retours sur investissement, le coût de la production de l’information est également une composante de sa valeur.

Dans le secteur de la presse, le coût de la production et de la diffusion d’information sur Internet est très difficile à évaluer. Combien un article sur un écran coûte-t-il par rapport au même article vendu dans un kiosque ? Deux préoccupations dominent pour la presse : couvrir les frais et ne pas brader le contenu afin d’éviter le syndrome de l’industrie de la musique. Plusieurs approches sont possibles, parmi lesquelles la vente à l’acte ou la vente à l’abonnement. La difficulté est d’illustrer la valeur de l’information que l’on propose, sans donner accès au contenu.

Sur le marché de la diffusion des articles de presse, une tarification par les coûts est désormais impossible : de 2000 à 2004, la valeur de ce marché a été divisée par quatre. Les raisons en sont le contexte de la gratuité, la question des droits d’auteur (plus ou moins respectés par les concurrents), une distorsion des prix qui prend en compte non pas ce que coûte le système mais ce que l’utilisateur est en mesure de payer, le piège des forfaits annuels qui font fortement baisser le prix unitaire facial. Le développement de nouveaux services à forte valeur ajoutée (navigation, sécurité, fiabilité) est dans ce cas une question de survie, mais ils supposent des investissements massifs.

Les producteurs d’information sont sensibles à la spécificité de l’offre électronique : il faut penser une nouvelle façon d’écrire, de structurer et de vendre les contenus électroniques. La chaîne numérique permet de réutiliser la même information de multiples manières : avec une souche informationnelle de qualité, il est possible de proposer une gamme variée de services, avec des modes d’enrichissement différents (commentaires, liens, etc.).

On observe également une modification des prestations des éditeurs : certains proposent, en plus de l’information, des produits d’intelligence économique, voire des prestations de consulting.

Le problème de la transparence des tarifs est encore un autre débat, opposant les clients qui affirment disposer de grilles tarifaires claires, pouvant être recoupées avec celles fournies à d’autres clients, et ceux qui ont l’impression que les tarifs sont fixés « à la tête du client ». Il y a un réel besoin d’échanges d’expériences entre les acheteurs d’information !

La réflexion en amont sur les besoins est un input important de l’offre : comment la fédération des besoins peut-elle influer sur l’offre ?

Ruth Martinez

gfii@ gfiiasso. fr

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Un modèle tarifaire dont l’analyse reste à entreprendre devrait pouvoir combiner contenu, utilisation, prix et qualité. En toile de fond, c’est la question du pouvoir contractuel des usagers qui est ici posée.

L’achat groupé

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Ce pouvoir d’influence peut notamment s’exercer grâce à la mutualisation de la demande à travers les consortiums. L’exemple de Couperin en est une illustration convaincante, qui regroupe 196 universités, écoles, instituts, organismes de recherche, etc. Son Centre de négociation documentaire (CND) mène un travail de médiation, d’instruction et d’administration de la commande groupée. Pour le compte de chaque adhérent, il assure les négociations avec les éditeurs (de la construction de l’offre à la diffusion de l’offre validée) mais, en tant qu’association, il ne peut assurer de paiement centralisé. Dans l’avenir, l’ABES (Agence bibliographique de l’enseignement supérieur) pourrait devenir une centrale d’achat permettant une facturation globale).

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Les modèles tarifaires des éditeurs sont très compliqués et la même remarque s’impose à propos des coûts et des prix : il n’y a pas de transparence et on a l’impression que tout se joue à la négociation. Les contrats de type big deal ont certes un intérêt en ce qui concerne les prix et la licence (PEB, archivage, accès), mais leurs inconvénients n’en sont pas moins réels : uniformisation de l’offre, acquisition de ressources dont on n’a nul besoin, pas de contrôle sur les augmentations. En fin de compte s’installe un sentiment d’emprisonnement dont voudraient se libérer les consortiums.

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Ceux-ci souhaitent, d’une part, une intervention des pouvoirs publics qui favoriseraient la démarche de l’open access, permettant ainsi de desserrer l’étau du marché et de rassurer sur la question de l’archivage. Et, d’autre part, des modèles plus souples d’accès aux offres commerciales pour sortir du big deal. L’enjeu principal n’étant déjà plus le contenu lui-même mais l’accès à ce contenu, avec les services associés – ce qu’illustre la bataille des plates-formes d’accès à l’IST et des moteurs de recherche.

La fonction d’achat d’information

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C’est là une fonction assez méconnue des professions de l’information-documentation. Une étude du Bureau van Dijk, réalisée en 2002, mettait en évidence l’évolution de la fonction Achat dans l’acquisition d’information, assurée par un « acheteur de contenus » – plus préoccupé de l’achat que du contenu – au détriment du professionnel de formation documentaire. Cette fonction figure au nombre de celles actuellement fort demandées dans les entreprises pour les métiers de l’information, comme l’avait souligné une intervenante lors des Journées interprofessionnelles organisées en janvier 2005 [voir notre numéro de février 2005, vol. 42, n° 1, p. 48-57]. Cependant, cette responsabilité ne s’improvise pas et recourt à des techniques particulières.

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La CdAF (Compagnie des acheteurs de France), l’association qui regroupe les professionnels de ce secteur, compte, parmi ses multiples missions, celle de valoriser la fonction Achat, de créer un lien d’échanges entre professionnels, de faire respecter l’éthique de la profession et d’être la référence du métier. Créé en 1945, cet organisme a participé, sur l’invitation du GFII, à la rédaction du Livre blanc intitulé Vers de nouvelles pratiques d’achat [édité par le groupement en juin 2004].

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Dans la nomenclature de la CdAF, l’achat d’information est répertorié comme achat de prestation intellectuelle. Mais – on peut le déplorer – l’association ne compte parmi ses adhérents aucun acheteur d’information. L’industrie de l’information, en effet, manque terriblement de référentiels sur ce sujet et peu d’expériences sont recensées dans le domaine. Les entreprises font rarement une priorité de l’achat d’information et les services Achat ne sont en outre pas toujours disponibles pour traiter les dossiers d’achat d’information. Autant de raisons pour que les professionnels de l’information se penchent sérieusement sur la question et s’investissent dans ce nouvel aspect de leur métier. Des formations courtes pour s’initier aux rudiments de cette fonction sont proposées par l’association.

Des outils de mesure des usages de l’information

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À l’ère numérique, la mise à disposition d’outils permettant de mesurer l’utilisation des publications de façon systématique devient indispensable, aussi bien du côté des professionnels de l’information que de celui des éditeurs. Mais les statistiques fiables font défaut. Le protocole international Counter (Counting Online Usage of Networked Electronic Resources) entend répondre à cette demande. Lancé en mars 2002, ce « code de bonnes pratiques, unique, international, flexible » a pour objectif de développer une série de règlements et d’usages internationalement acceptés, qui permettront de mesurer d’une manière crédible, cohérente et compatible l’utilisation de produits et services d’information sur Internet, en se fondant sur les données des fournisseurs. Les postulants, c’est-à-dire les éditeurs et fournisseurs, font l’objet d’une procédure d’audit puis d’une demande de conformité.

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Les principes de Counter, dont la version II devait entrer en vigueur en janvier 2006, sont basés sur des calculs statistiques. Dans l’idéal, une analyse qualitative devrait être menée conjointement à l’analyse statistique ; mais celle-ci représente un premier effort pour rendre visible l’utilisation réelle des documents. Dans le cadre de Counter, les coûts statistiques sont supportés par le fournisseur mais l’offre de consultation de ces statistiques est supportée par les deux parties (fournisseur et utilisateur). Counter encourage fortement les professionnels de l’information à exiger de leurs fournisseurs des statistiques d’utilisation « compatibles Counter ». Mais en France, cette initiative reste très peu connue… L’agence d’abonnement Swets adhère à ce code à travers sa plate-forme SwetsWise Online Content (portail d’accès aux publications électroniques).

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Le protocole Sushi (Standardized Usage Statistics Harvesting Initiative, ou Initiative pour la collecte de statistiques d’utilisation standardisées), créé à l’initiative de la National Information Standard Organization (NISO), va encore plus loin. Il vise à aider les bibliothèques à mesurer l’utilisation des contenus sur Internet à travers des outils standardisés. Swets est l’un des premiers fournisseurs à avoir testé et utilisé ce protocole. Récemment, Ebsco Information Services a également annoncé son implication dans ce nouveau programme de collecte de statistiques d’utilisation des revues en ligne.

Conséquences de l’information gratuite sur la tarification de services payants

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Dans le domaine du droit, particulier puisque l’information émane de l’État, l’exemple de Légifrance, devenu en 2002 un service professionnel gratuit, a permis de mettre en évidence les conséquences concrètes de cette mesure sur le déplacement des usages et sur la tarification des services payants par les éditeurs juridiques, représentés ici par Lexis-Nexis.

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Un bref rappel : lancé en 1997, le site Légifrance était destiné à faciliter l’accès des citoyens aux textes législatifs (Journal officiel de la semaine et quatre codes). Parallèlement le site payant Jurifrance, créé la même année, offrait aux professionnels du droit un fonds beaucoup plus riche.

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Les années suivantes virent le développement (extension du fonds, valeur ajoutée du contenu et enrichissement technologique) de Légifrance qui, en 2002, fusionna avec Jurifrance et devint ainsi un service professionnel performant, gratuit, attirant la clientèle des juristes et des chercheurs au détriment des éditeurs privés.

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Ceux-ci demandent alors, en février 2005, une étude de l’impact de Légifrance sur leur activité éditoriale et sur leur modèle économique. Trois aspects sont particulièrement mis en avant : les éditeurs se voient contraints de renforcer leur notoriété et donc d’augmenter leurs dépenses marketing ; leurs offres doivent évoluer notamment vers des offres groupées incluant de plus en plus de sources juridiques et la mise en ligne de services gratuits, directement accessibles ; ils doivent miser sur l’apport de valeur ajoutée comme la formation et l’aide en ligne, la sélection et hiérarchisation de l’information, les services personnalisables avec des fonctionnalités supérieures à celles de Légifrance (mais seuls les gros éditeurs peuvent se permettre d’investir dans la technologie, en raison des coûts élevés qu’elle implique). Toute une stratégie à mettre en œuvre mais qui suppose des moyens considérables dans un environnement où l’État se pose comme le principal concurrent.

Retours d’expériences

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Dans les entreprises, les services documentaires sont de plus en plus souvent amenés à facturer leurs propres prestations. Comment établir la valeur de l’information ainsi mise à disposition ? Quelle tarification adopter pour les services et produits élaborés par les professionnels de l’information-documentation ? Trois témoignages ont illustré la variété des modalités que peut prendre la vente de prestations documentaires dans des contextes différents. Et le bénéfice en terme de valorisation du travail documentaire que peuvent en tirer les professionnels de l’I-D.

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Au sein de la société Scetauroute, c’est d’abord une réflexion autour de la démarche qualité qui a amené le service Documentation à réfléchir à l’aspect tarification. Mais c’est à l’occasion du changement de statut de l’entreprise, devenue une filiale du groupe Egis en 1999, que se pose réellement la question : faut-il continuer à fournir gracieusement aux autres filiales du groupe les services documentaires que Scetauroute assume dans ses charges ? La réponse est sans ambiguïté et des règles de facturation sont alors établies par le service Documentation en fonction des clients (Scetauroute, Egis et autres filiales) et des services rendus (recherche, veille, achats/abonnements, outils acquis, participation à des projets transversaux, fonction support, appels d’offre).

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Bien que la surcharge de travail soit importante, le bilan est positif : plus grande rigueur dans la gestion du service, renforcement de la notion de service rendu, obligation de se renouveler en proposant de nouvelles prestations, légitimité et reconnaissance accrues du service, intérêt de la mutualisation, satisfaction de la clientèle, prise de conscience que la bonne information a un prix. Le modèle a fait des émules et tend à se développer en interne au sein du groupe.

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L’évolution de Zephus, une banque de données commercialisée actuellement par le Bureau van Dijk EP (BvDEP) sous le nom de Zéphyr, illustre la manière dont l’enrichissement d’un produit, initialement gratuit, peut conduire au succès commercial.

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À l’origine, c’est une société anglaise, Newsco, qui, à usage interne, produisait la banque de données spécialisée M&A (Mergers & Acquistions), laquelle couvrait 70.000 transactions. Un produit dérivé, Euro Deals, à accès payant, générait un revenu marginal. En 2000, RIM (Regional Independent Media), le groupe de presse auquel appartient Newsco, décide d’arrêter Euro Deals et de lancer zephus.com, en accès gratuit sur Internet grâce à des revenus publicitaires et du mécénat.C’est un échec commercial.

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En 2001, BvDEP conclut un accord avec Newsco pour le développement et la diffusion d’un produit commun, Zéphyr. Ce nouveau produit est basé sur la combinaison de Zéphus avec les bases de données de comptes d’entreprises de BvDEP (grâce à un lien établi à partir du numéro d’identification des entreprises). Il bénéficie en outre de l’importance de la couverture de ces bases (quinze millions de comptes) et de la puissance d’Internet qui permet la navigation d’une base à l’autre et un service d’alerte. D’autre part, la clientèle potentielle de Zéphyr correspondait à celle des bases de données « comptes d’entreprises ». En 2002, RIM est racheté par Johnston Press et l’équipe Zéphus est alors transférée au BvDEP. La commercialisation de Zéphyr est effective en mai 2003. Les arguments pour justifier ce passage du gratuit au payant sont les suivants : logiciel Zephyr ultra-puissant, valeur ajoutée par le lien vers les autres bases de BvDEP, objectif d’exhaustivité (couverture mondiale) à partir de 2003 tout en maintenant la qualité, doublement de l’effectif des documentalistes, support clients au niveau local. Depuis, Zéphyr génère des revenus régulièrement en hausse…

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Au sein du groupe Publicis : autre contexte, autre exemple d’un modèle économique adopté par un service d’information. Dans ce groupe de services de communication, l’activité documentaire est également considérée comme une fonction de services. Et, à ce titre, les prestations documentaires sont d’emblée intégrées à la facture du client. Cette refacturation a certains avantages pour la fonction Documentation : elle favorise l’intégration du service au sein de l’entreprise, en l’associant complètement au processus publicitaire. En contrepartie, des qualités et des compétences de gestionnaire sont indispensables pour assurer les fonctions financières que cela implique : établissement d’un budget, suivis budgétaires, contrôles de gestion, calcul des coûts de revient, des prix de revente, des tarifs horaires, etc.

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Outre une bonne maîtrise d’Excel, ce positionnement oblige à manager en terme de stratégie financière : réfléchir aux produits et prestations documentaires en fonction de la création de valeur, s’intéresser d’une manière très suivie à sa clientèle (enquêtes ciblées et collecte plus systématique des rétroactions, analyse de la nature de l’utilisation des services documentaires par le client, etc.), savoir négocier avec les fournisseurs pour les achats externes, médiatiser et construire une « image » aux prestations documentaires, montrer régulièrement sa présence… C’est grâce à ce développement d’un vrai marketing interne relatif au recours à l’information, consistant à stimuler et encourager de nouveaux usages, que le service Documentation jouit d’une véritable crédibilité dans la culture de l’organisme et que, au même titre que les autres services, il participe aux résultats de l’entreprise.

Résumé

Français

Les constantes transformations qui affectent le marché de l’information ne sont pas sans conséquences sur la tarification des produits et services proposés. Co-organisée à Paris le 17 novembre 2005 par l’ADBS et le Groupement français de l’industrie de l’information (GFII), une journée d’étude proposait une réflexion sur les logiques de prix, l’impact des nouveaux acteurs dans les négociations tarifaires, celui de l’information gratuite sur les usages et sur la tarification des services payants. Des exemples concrets ont illustré les modalités de tarification des prestations proposées par des professionnels de l’information.

Plan de l'article

  1. Les prix de l’information scientifique et technique
  2. L’achat groupé
  3. La fonction d’achat d’information
  4. Des outils de mesure des usages de l’information
  5. Conséquences de l’information gratuite sur la tarification de services payants
  6. Retours d’expériences

Pour citer cet article

Ferchaud Bernadette, « Journée d'étude GFII-ADBS. Tarification et modèles économiques des services d'information», Documentaliste-Sciences de l'Information 1/2006 (Vol. 43) , p. 48-52
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-1-page-48.htm.
DOI : 10.3917/docsi.431.0048.


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