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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/2 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.432.0122
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LES ASPECTS ET IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX sont de plus en plus pris en compte par les citoyens, les experts et les décideurs. Ces préoccupations concernent notamment le climat, les risques industriels et la gestion des ressources naturelles et des déchets. Dans ce contexte, la masse des informations environnementales et leur complexité sont en forte croissance et leur gestion requiert une attention croissante.

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Pour les entreprises, cette gestion représente d’abord une contrainte : il s’agit notamment de fournir des bilans environnementaux, d’assurer le suivi des réglementations, de former du personnel, etc. Ainsi la directive 2003/51/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2003 indique que « dans la mesure nécessaire à la compréhension de l’évolution des affaires, des résultats ou de la situation de la société, l’analyse comporte des indicateurs clés de performance de nature tant financière que, le cas échéant, non financière ayant trait à l’activité spécifique de la société, notamment des informations relatives aux questions d’environnement et de personnel » (article?46). En France, l’article?116 de la loi Nouvelles Régulations économiques du 15 mai 2001 stipule que le rapport de gestion « comprend également des informations […] sur la manière dont la société prend en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité », et son décret d’application du 20 février 2002 fournit la liste des informations environnementales que les sociétés cotées doivent publier.

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Analysant la communication environnementale de vingt-neuf sociétés cotées au CAC?40, de 1992 à 1998, Alain Mikol conclut : « Tout se passe comme si les entreprises ignoraient à la fois les événements pourtant abondamment relatés par la presse (par exemple la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement), les travaux des organismes internationaux et les inquiétudes du public : un public ému par la pollution des plages et des sols, un public inquiet de la qualité de l’eau qu’il boit et des aliments qu’il ingère, un public submergé par les emballages et les déchets, un citadin qui chaque jour souffre du bruit et de la mauvaise qualité de l’air qu’il respire. L’indigence de l’information environnementale diffusée par les 29 grandes entreprises françaises de l’échantillon retenu conduit le lecteur à se demander les raisons de la manifestation d’une telle indifférence envers la protection et la remise en état de l’environnement[1][1] Alain Mikol, L’information environnementale publiée.... »

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Ce type d’analyse a été poursuivi par d’autres, tels que le Centre français d’information sur les entreprises et l’Observatoire de responsabilité sociale des entreprises. Des chercheurs tels que Denis Cormier et Michel Magnan précisent aussi qu’une évaluation récente des pratiques de communication de l’information environnementale adoptées par les plus grandes sociétés canadiennes inscrites à la cote, autres que les entreprises du secteur financier et du secteur de la distribution, indique que des normes strictes donnent lieu à une information de meilleure qualité [2][2] Denis Cormier et Michel Magnan, Information environnementale,....

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Nombre d’entreprises ont cependant aussi compris le parti qu’elles pouvaient tirer de l’information et de la communication environnementales, en termes d’image citoyenne, d’accès aux marchés des capitaux (investissements éthiques) et d’avantage concurrentiel, par exemple dans le cadre de marchés publics. De nombreux auteurs, dont Porter, montrent que « les industriels mettant en place des technologies plus propres en retirent de nombreux avantages : réduction des déchets, efficacité accrue grâce à une chasse aux gaspillages, optimisation des procédés, voire amélioration de la qualité dans certains cas. De plus, l’adoption de normes plus strictes que la réglementation leur donne un avantage concurrentiel en permettant d’anticiper les investissements liés à un durcissement de la réglementation[3][3] Natacha Gondran, Système de diffusion d’information.... »

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Que l’accent soit mis sur les contraintes ou sur les opportunités, il importe pour l’entreprise d’optimiser le rapport coût-efficacité de son système de gestion de l’information environnementale et d’analyser l’opportunité d’investissements additionnels. Dans cette optique, deux approches sont particulièrement utiles : les études de faisabilité de systèmes à mettre en œuvre et l’évaluation des performances de systèmes déjà opérationnels.

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Cet article s’adresse tant aux responsables d’entreprises qu’aux gestionnaires de systèmes d’information. Nous tracerons les périmètres des approches mentionnées ci-dessus, appliquées à des systèmes de gestion des informations environnementales (GIE). Préalablement, et pour situer le contexte, nous présenterons l’information environnementale et sa gestion, ainsi que les facteurs incitatifs et les freins à la mise en place de systèmes de gestion de l’information environnementale.

1 - L’information environnementale et sa gestion

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Le décret d’application du 20 février 2002 de la loi Nouvelles Régulations économiques du 15 mai 2001 évoquée ci-dessus fournit la liste des informations environnementales que les sociétés cotées doivent publier :

  • consommation de ressources en eau, matières premières et énergie avec, le cas échéant, les mesures prises pour recourir aux énergies nouvelles, pour maîtriser les rejets dans l’eau et dans l’air, atténuer les nuisances olfactives et sonores à partir d’une liste qui sera établie par arrêté des ministres de l’Environnement et de l’Industrie ;

  • mesures prises pour limiter les atteintes aux équilibres biologiques, aux milieux naturels, aux espèces animales et végétales ;

  • démarches d’évaluation ou de certification entreprises en matière d’environnement ;

  • mesures prises pour assurer la conformité aux dispositions législatives et réglementaires applicables en matière environnementale ;

  • dépenses engagées pour prévenir les conséquences de l’activité de la société sur l’environnement ;

  • existence de services internes de gestion et formation à l’environnement et organisation mise en place pour faire face aux accidents de pollution ;

  • montant des provisions et garanties pour risques en matière d’environnement ;

  • indemnités versées au cours de l’exercice en exécution d’une décision judiciaire en matière d’environnement sauf si cette information est de nature à causer un préjudice sérieux à la société dans un litige en cours ;

  • tous les éléments sur les objectifs que la société assigne à ses filiales à l’étranger concernant les points ci-dessus.

Dans une acception plus générale [4][4] La plupart des définitions dans cette section s’inspirent..., le terme d’information environnementale (IE) recouvre toute information disponible sous forme écrite, visuelle, orale, électronique ou sous toute autre forme matérielle permettant à l’entreprise d’influer sur les impacts environnementaux négatifs ou bénéfiques, directs ou indirects, qui résultent de ses activités, produits ou services.

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Les aspects environnementaux sont les éléments des activités, produits ou services susceptibles d’interaction avec l’environnement. Ils représentent une partie de l’information environnementale de l’entreprise. Ils sont identifiés par l’entreprise en effectuant, pour chaque activité, un bilan des entrants, des sortants et des installations et équipements nécessaires.

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La figure?1 ci-contre schématise pour toute entreprise les composants et opérations susceptibles d’impact environnemental.

Figure 1 - Composants et opérations susceptibles d’impact environnementalFigure 1
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Les impacts environnementaux, positifs ou négatifs, sont extrêmement divers : on y compte notamment l’impact des emballages sur la consommation des ressources naturelles et la gestion des déchets, le rejet des eaux usées et leur traitement, la pollution de l’air par les dioxydes de soufre et les particules en suspension, par le plomb, par les oxydes de carbone (circulation automobile, transport routier, activités industrielles, etc.).

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Par rapport à l’information traditionnellement utilisée et produite par les entreprises (bilan financier et comptable, ressources humaines, communication interne et externe, etc.), l’information environnementale a des caractéristiques spécifiques qui requièrent un traitement particulier :

  • elle est en effet plus complexe en raison de la multidimensionnalité intrinsèque des problèmes environnementaux : aspects scientifiques, technologiques, temporels (long terme), économiques ;

  • elle est soumise à des incertitudes notamment scientifiques, à une imprédictibilité à long terme (effets environnementaux parfois incertains et à long terme) et à des ambiguïtés (textes réglementaires vagues, conflits entre données, etc.) ;

  • les bénéfices qu’elle apporte sont difficilement mesurables, notamment la réduction des impacts négatifs sur le milieu naturel et sur la société ;

  • on peut s’attendre à des exigences croissantes des institutions régionales, nationales et européennes et de la société civile concernant la disposition et la diffusion de cette information ; en effet les facteurs environnementaux jouent un rôle croissant dans les décisions des opérateurs publics, des industriels et des citoyens.

Une entreprise désireuse de minimiser ses impacts environnementaux négatifs, et donc d’améliorer ses performances environnementales, mettra en place une série d’actions préventives et curatives (résultant d’impulsions normatives ou financières, de type « pollueur-payeur ») sous forme notamment de politiques, de plans ou de système de qualité environnementale (ISO, EMAS). Pour ce faire, elle sera confrontée à la gestion des informations collectées, diffusées, traitées et analysées tout au long des actions menées en faveur de l’environnement. Cela nécessite la mise en place d’une démarche cohérente, efficace et professionnelle de gestion de l’information ainsi que la définition du périmètre des informations requises. La figure?2 schématise un système de gestion de l’information environnementale.

Figure 2 - Schéma de système d’information environnementaleFigure 2

Figure inspirée de : EIS - Environmental Internet System - An effective way to accomplish environmental management on the Internet, Tuula Pohjola, Helsinki University of Technology, January 2003.

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On évoque parfois aussi la notion d’intelligence environnementale, comprise comme l’ensemble des concepts, outils, méthodologies et pratiques [5][5] On inclut dans ces pratiques la « sensibilité environnementale »... permettant de mettre en relation, de façon pertinente, différentes connaissances et informations dans la perspective de maîtriser les impacts environnementaux de l’entreprise et le développement de sa dynamique environnementale. Cette mise en relation implique en particulier :

  • la mobilisation des hommes sur la prévention de la pollution, le traitement et l’analyse des informations et connaissances environnementales dans un but opérationnel ;

  • la circulation efficace des informations et des connaissances environnementales au sein des entreprises concernées ;

  • la performance des systèmes informatiques sous-jacents en termes d’ergonomie, de temps de réponse, de degré d’automatisation, d’intégration des outils informatiques, etc. ;

  • enfin, et ce n’est pas le moins important, la cohérence des processus mis en place par rapport aux besoins réels de l’entreprise. Ces processus concernent : le recueil de données, informations, règles de connaissance, et retours d’expériences ; le passage de l’information à la connaissance, par la modélisation et l’extraction de sens, la reformulation, l’élaboration de synthèses et la création d’arbres de connaissances ; l’engrangement, la capitalisation, la conservation de ces données et connaissances ; la redistribution et le partage de celles-ci ; et leurs renouvellement, mise à jour et amélioration.

2 - Facteurs incitatifs et freins à la mise en place de systèmes de gestion de l’IE

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A priori, toute entreprise, qu’elle soit publique ou privée, grande ou petite, peut avoir à gérer de l’information environnementale et est donc susceptible d’intégrer dans son organisation des systèmes d’information environnementale. Toutefois, notamment au niveau de l’entreprise proprement dite, un certain nombre de facteurs influence le degré de nécessité d’intégrer ces systèmes. L’encadré page suivante résume l’influence de ces facteurs.

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Nous décrirons ci-dessous deux approches permettant d’illustrer nos propos, à savoir les études de faisabilité et les évaluations de performances. Ces approches sont présentées ici de manière générale afin d’une part qu’une majorité d’entreprises puisse se retrouver dans notre analyse, et d’autre part pour que les informations relatives à nos clients et prospects restent confidentielles.

3 - Les études de faisabilité

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La mise en place ou l’amélioration d’un système de gestion des informations environnementales constitue toujours un investissement impliquant la mobilisation de ressources matérielles, humaines et organisationnelles, pour des montants se chiffrant aisément en dizaines voire en centaines de milliers d’euros. Les études de faisabilité ont le grand avantage d’indiquer si et à quelles conditions – techniques, organisationnelles, financières, etc. – un investissement, quel qu’il soit, vaut la peine d’être fait. Si les conditions ne sont pas remplies, ces études permettent d’éviter une mauvaise allocation des ressources, en d’autres mots des pertes conséquentes de valeur.

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L’étude de faisabilité telle qu’envisagée ci-dessous peut se dérouler selon la séquence suivante :

  • analyse des besoins actuels et futurs prévisibles de GIE et des moyens disponibles à cet effet ;

  • réalisation d’une (ou plusieurs) maquette(s) du système et test de celle(s)-ci ;

  • bilan diagnostic.

Chaque étude doit être réalisée « sur mesure » pour répondre de manière spécifique aux besoins particuliers de l’entreprise concernée. De préférence elle doit s’inscrire dans la double philosophie du « prototypage rapide » et du « gain rapide » (c’est-à-dire des projets requérant un investissement minimal et offrant à court terme des résultats visibles et concrets). Une étude de faisabilité ne doit pas nécessairement être de grande ampleur : elle peut concerner un sous-ensemble du système de GIE et permettre au prestataire de rapidement et concrètement comprendre les besoins et la situation du bénéficiaire, et à celui-ci de rapidement et concrètement comprendre en quoi consistent les résultats de l’étude.

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Une étude de faisabilité pourra porter sur les aspects suivants.

Facteurs d’influence

Un certain nombre de facteurs contribuent à l’intégration d’un système de gestion de l’information environnementale dans une entreprise.

Secteur d’activité. Certains secteurs sont plus attentifs aux enjeux environnementaux du fait de l’importance de leurs impacts environnementaux (émission atmosphérique, rejets liquides toxiques, grandes quantités de déchets industriels, etc.), des technologies utilisées et des risques industriels qu’ils génèrent ; les secteurs de la chimie, de la production d’énergie et de l’eau en sont des exemples. Il va de soi qu’au sein d’un même secteur d’activité il existe à cet égard des différences de produit à produit.

Exigence de la réglementation et des contrôles. Ce niveau d’exigence a des implications telles que l’obtention de permis d’environnement, d’autorisations et d’agréments. En cas de plainte ou de constat d’infraction par la police de l’environnement, l’entreprise doit être à même de fournir l’information requise.

Localisation. L’entreprise peut être localisée dans une zone particulièrement sensible, qu’il s’agisse d’une zone protégée ou d’une zone industrielle dense : selon les besoins du milieu naturel, les pressions des acteurs locaux (autorités locales et régionales, ONG, etc.) sont plus ou moins fortes et peuvent conduire à des chartes et conventions locales spécifiques telles que contrats de rivière, charte environnementale, etc.

On évoquera aussi le « dumping environnemental » pratiqué par des entreprises qui délocalisent certaines activités vers des zones où la réglementation est moins stricte.

Taille. La taille de l’entreprise conditionne à la fois sa propension « culturelle » à investir et les moyens financiers requis : il est ainsi généralement reconnu que les responsables de PME poursuivent des objectifs de rentabilité à plus court terme alors que les bénéfices apportés par un système performant de gestion de l’information environnementale sont indirects ou apparaissent à moyen terme.

À l’opposé, de grandes entreprises peuvent disposer de systèmes centralisés d’information environnementale dont bénéficient toutes leurs filiales et divisions.

Performance économique. Les performances économiques de l’entreprise influencent directement la disponibilité de moyens pour investir. Or et paradoxalement, dans un certain nombre de cas, on constate une corrélation entre les performances économiques (évaluées par les index boursiers ou le ratio bénéfice net / actifs) et les performances environnementales, qui sont pour partie le résultat d’un système performant de gestion de l’information environnementale.

Sensibilité du personnel. La sensibilité du personnel de l’entreprise et de son management au respect de l’environnement, ses connaissances techniques et réglementaires sont des facteurs favorables à l’intégration de systèmes GIE.

Marchés et autres facteurs externes. Certains marchés sont plus sensibles au respect de l’environnement, par exemple ceux des produits d’entretien, produits jetables, etc. Les marchés publics comprennent de plus en plus souvent des clauses environnementales. Des maisons-mères inscrites dans une démarche environnementale très active peuvent recommander ou même imposer une politique environnementale à leurs filiales.

L’identification et la spécification des besoins de l’entreprise

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Quels sont les besoins actuels et futurs prévisibles de l’entreprise en information environnementale ? S’agit-il de répondre à des prescriptions légales ou réglementaires, de faire de la promotion de l’entreprise, de préparer une certification ISO?14001 ou EMAS ? Qu’impliquent ces besoins pour les différents processus de GIE, à savoir le repérage et l’évaluation des sources, le traitement, l’analyse, la diffusion, la conservation et la destruction éventuelle de l’information ?

L’évaluation des éventuelles activités de GIE en cours

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Il s’agit ici d’évaluer diverses activités de gestion de l’information environnementale en cours, aux plans suivants :

  • les principales informations produites : par exemple ressources allouées et postes concernés (R&D environnement, investissement en technologies plus propres, etc.), écobilans, positionnement par rapport au secteur, etc. ;

  • les activités de collecte, traitement, etc., de l’information environnementale, en ce compris données comptables et tableaux de bord spécifiques ;

  • les ressources humaines et organisationnelles, ainsi que les infrastructures en place ;

  • les coûts des activités courantes de GIE ;

  • la mesure de performance de ces activités (efficacité, efficience, utilité, viabilité), le contrôle et la certification des données et informations.

Les moyens futurs mis à disposition du système de gestion de l’information environnementale

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S’il est envisagé que des moyens différents de ceux actuellement consacrés soient disponibles, une vue claire du périmètre de ces moyens, en termes de budget, de ressources humaines, d’infrastructures matérielles et logicielles, etc., est souhaitable afin de cibler au mieux les maquettes possibles du système.

Maquettes du système de GIE

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En fonction notamment de l’analyse des besoins et des moyens, une seule maquette ou plusieurs maquettes alternatives du système GIE peuvent être conçues pour répondre aux besoins de l’entreprise. Chaque maquette est un descriptif présenté sous format normalisé comportant par exemple les rubriques suivantes :

  • description globale du système ;

  • détail de chaque processus, en termes d’acteurs internes et externes, entrées et sorties de données et d’informations, délivrables, infrastructures matérielles et logicielles, processus collaboratifs, moyens requis (techniques, budget, compétences), mesures de performance notamment en fonction de la charge (nombre d’utilisateurs simultanés) ;

  • bilan SWOT [6][6] SWOT : technique de diagnostic présentant les caractéristiques... du système, en ce compris en termes de coûts d’investissement et de maintenance, de contraintes et de calendrier de migration (roadmap).

Les maquettes peuvent être testées auprès des décideurs et des autres parties concernées, par exemple dans le cadre de focus groupes, et un bilan diagnostic peut être dressé concernant l’avenir du projet : aller de l’avant, retarder ou annuler le projet.

Le déroulement de l’étude

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Typiquement, une telle étude peut être menée sur la base d’entretiens semi-directifs (en moyenne une quinzaine) pour la collecte des informations, d’une à deux réunions de focus groupes pour la phase de test des maquettes alternatives, et d’un séminaire de présentation des résultats de l’étude à un public à définir avec le bénéficiaire.

4 - L’évaluation de performances

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Cette évaluation est une démarche d’accompagnement du changement : elle aide à identifier les champs d’accroissement potentiel de valeur et à mettre en place un système pérennisant l’évaluation au-delà du moment même de l’intervention. Plus pratiquement, cette évaluation répond à des objectifs de qualité ou de rentabilité du système en terme de réduction des délais ou des coûts. Elle peut aussi indirectement améliorer l’impact environnemental d’une entreprise en permettant à terme que le système d’information environnementale soit un support plus efficace à la prise de décision.

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L’évaluation de performances d’un système de GIE consiste en une approche de suivi (monitoring) et de mesure sur la base de critères tels que son efficacité, son efficience, son utilité et sa viabilité.

Les critères d’évaluation de performances

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•?L’efficacité. Le système délivre-t-il les informations attendues, en temps voulu et avec le niveau requis de pertinence, d’exhaustivité, de fiabilité, etc. ? Il s’agit ici de comparer les performances réelles et objectivables du système par rapport à son cahier des charges originellement établi, comme, par exemple, les mesures d’accessibilité des informations (vitesse, convivialité, etc.), de fréquence de mise à jour, de pertinence des informations obtenues, etc.

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•?L’efficience. Les produits ou services du système – par exemple des indicateurs de performance – sont-ils en concordance avec les moyens mis en œuvre ? Une manière particulièrement appropriée de mesurer la performance sur ce critère est de comparer la productivité du système par rapport à une ou plusieurs solutions externalisées. Une telle comparaison devra bien entendu veiller à ne pas surestimer la productivité de solutions externalisées, notamment en considérant des coûts indirects tels que coûts de gestion, temps de réaction, procédures de communication, etc., de ces solutions.

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•?L’utilité. Les produits ou services du système répondent-ils aux besoins qui sont à l’origine de celui-ci ? Satisfont-ils les principaux utilisateurs ? On peut ici distinguer deux types d’utilité du système :

  • ses performances « intrinsèques », à savoir sa capacité de satisfaire les besoins d’information environnementale des utilisateurs ; les mesures seront basées sur le degré de satisfaction des utilisateurs directs par rapport à des critères tels que l’accessibilité, la pertinence, l’actualité, etc. ;

  • sa contribution à l’amélioration des performances de l’entreprise : les mesures seront dans ce cas fondées sur le degré de satisfaction d’un sous-groupe d’utilisateurs dont le niveau d’information a une incidence directe sur la gestion de l’entreprise et sur ses impacts environnementaux tels que les niveaux d’émission de rejets liquides, solides et gazeux, les niveaux de consommation d’eau, d’énergie et de matières premières, etc. On collectera leurs appréciations sur la contribution du GIE à l’amélioration des performances, en estimant la part de celui-ci, notamment en appliquant la technique du scénario contre-factuel, c’est-à-dire en estimant quelles auraient été les conséquences de l’absence de GIE sur les performances.

•?La viabilité. Le système est-il durable au sens où il ne nécessite pas en permanence un niveau important d’interventions de mise au point et de maintenance ? Ce critère doit cependant être manié avec précaution en raison notamment de l’évolution des obligations réglementaires, des attentes de la société et du caractère évolutif des aspects environnementaux en fonction des progrès technologiques. Pour mesurer ce critère, il faudra disposer de données objectivables concernant à la fois la fréquence et la gravité des incidents encourus qui interrompraient l’usage de tout ou partie du système, et leur résolution. Cette information sera collectée auprès des utilisateurs du système et auprès de ceux qui ont en charge sa gestion et sa maintenance.

29

•?D’autres critères. L’on peut évidemment considérer encore d’autres critères de performances, en fonction de besoins ou d’objectifs particuliers. Nous évoquerons par exemple l’exhaustivité du périmètre de l’information, le degré de sécurité par rapport à des défaillances ou des intrusions, et le potentiel de continuité opérationnelle.

Les facteurs favorables et les obstacles aux performances

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En tout état de cause, l’évaluation identifiera également les principaux facteurs qui contribuent aux performances ainsi que les principaux obstacles qui peuvent freiner celles-ci, tant au plan interne à l’entreprise qu’à celui de son environnement.

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•?Comme facteurs contribuant aux performances, on citera par exemple l’importance accordée à l’information environnementale dans la culture de l’entreprise et dans les ressources allouées, le niveau élevé de compétences/capacités des utilisateurs et les formations effectuées à cet effet, l’accroissement des incitants et obligations, notamment réglementaires, en matière de mise en place de systèmes d’information environnementale.

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•?Comme obstacles aux performances, on citera par exemple le peu d’utilisation effective de cette information dans la gestion quotidienne et stratégique de l’entreprise, les réticences de la direction à investir dans un système dont le rapport bénéfice-coût n’est pas évident, le faible développement hors entreprise d’un corpus d’informations environnementales réutilisables, le sentiment de propriété de l’information et l’inertie par rapport à tout changement de techniques et de méthodes de travail.

Les composantes de l’évaluation de performance

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L’évaluation de performance comprend typiquement les composantes suivantes.

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•?L’identification du besoin, de la stratégie ou du but précis à l’origine de la démarche. Apparemment évident, ce point a l’avantage de permettre de hiérarchiser les processus à suivre et à évaluer, ainsi que les critères de performance à considérer. Les responsables de l’entreprise souhaiteront par exemple évaluer prioritairement les performances des activités de collecte d’informations sur Internet, en termes de fiabilité et de pertinence de ces informations. Il importe de bien garder à l’esprit que le suivi et la mesure des performances peuvent être à géométrie variable, en fonction de paramètres divers relevant de la culture de l’entreprise : être mensuel ou annuel, se concentrer sur un nombre restreint de critères ou être exhaustif, ne concerner que l’un ou l’autre segment ou l’ensemble du système.

35

•?La conception et le développement du système de suivi et de mesure. Cette composante inclura les différentes tâches suivantes :

  • la définition d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs, objectivables et vérifiables, et de leurs modes opératoires ;

  • l’identification d’éventuels référentiels sectoriels en matière d’information et de performance environnementales ;

  • l’identification des sources de données et d’information permettant d’alimenter les indicateurs ;

  • la description du ou des processus de collecte et de traitement des données et informations, spécifiés en termes de modalités, fréquence, infrastructures matérielles et logicielles utilisées, etc. ;

  • une estimation des coûts d’investissement et de fonctionnement du système prévu.

•?L’application test du système. Le système de mesure développé sera appliqué à l’un ou l’autre segment du système de GIE. Plusieurs tests seront menés pour s’assurer de la cohérence et de la consistance des résultats. Un rapport de test sera soumis aux décideurs et acteurs concernés, et discuté dans le cadre d’un à deux focus groupes : le but étant de confronter les résultats des tests avec la pratique, et le cas échéant de valider la conception et le développement du système de mesure ou d’identifier des modifications éventuelles à apporter en fonction des réactions. Cette composante peut éventuellement faire l’objet de plusieurs itérations entre compléments de développement et test de ceux-ci, selon les besoins du bénéficiaire.

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•?Les recommandations. La dernière composante de l’évaluation de performance consiste à formuler des recommandations opérationnelles en vue de la mise en œuvre permanente du système, compte tenu des tests et des résultats du ou des focus groupes. Ces recommandations porteront principalement sur les indicateurs, les sources de données, les processus de collecte et l’exploitation et l’interprétation des informations. Des propositions d’accompagnement de la mise en place du système peuvent être formulées le cas échéant. Elles consisteront notamment en sessions de formation de responsables internes à l’entreprise et porteront par exemple sur les méthodes de calcul des indicateurs et sur leur exploitation/interprétation.

Le déroulement de l’évaluation de performance

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Typiquement, une évaluation de performance peut être menée sur une période de deux mois et impliquer deux à trois semaines d’intervention au sein de l’entreprise, en ce compris des entretiens préliminaires sur les objectifs de la démarche, les tests du système de mesure, les focus groupes et un séminaire de présentation des résultats de l’évaluation à un public à définir avec le bénéficiaire.

5 - Conclusions

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Les aspects et impacts environnementaux font l’objet d’une attention croissante de la part des populations, experts et décideurs dans une optique de développement durable. Ces tendances génèrent un accroissement significatif de la masse et de la complexité des informations environnementales, dont la bonne gestion devient impérative.

39

Pour les entreprises, cette gestion représente d’abord une contrainte : il s’agit notamment de fournir des bilans environnementaux, d’assurer le suivi des réglementations, de former du personnel, etc. [7][7] Certains évoquent même l’inscription d’un principe... Néanmoins l’information et la communication environnementales peuvent aussi générer de la valeur en termes d’image citoyenne, d’accès aux capitaux et d’avantage concurrentiel.

40

Par rapport à l’information traditionnellement utilisée et produite par les entreprises, l’information environnementale a des caractéristiques spécifiques qui se répercutent sur les besoins de sa gestion : mobilisation des membres de l’entreprise, circulation efficace des informations environnementales, performance des systèmes informatiques sous-jacents et cohérence des processus mis en place par rapport aux besoins réels de l’entreprise.

41

Les besoins de gestion de l’information environnementale d’une entreprise sont aussi extrêmement variables en fonction de facteurs tels que le secteur d’activité, la localisation, la taille, les marchés, etc.

42

La mise de place d’un système de gestion de l’information environnementale comme sous-ensemble du système de gestion de l’environnement permet à l’entreprise d’évaluer et par là indirectement de maîtriser les impacts environnementaux de son activité. Cela implique de déterminer les données à collecter, mettre en place l’infrastructure correspondante pour la collecte et le traitement des données, diffuser de l’information et contrôler le système. L’entreprise peut s’engager dans un système normalisé ISO?14001 ou EMAS.

43

Pour optimiser le rapport coût-efficacité de son système de gestion de l’information environnementale et analyser l’opportunité d’investissements additionnels, deux approches sont particulièrement utiles. Les études de faisabilité de systèmes à mettre en œuvre ont l’avantage d’indiquer si un investissement est opportun et à quelles conditions. L’évaluation des performances de systèmes déjà opérationnels consiste en une approche de suivi et de mesure, ainsi que d’identification des principaux facteurs favorables et nuisibles aux performances, tant au plan interne à l’entreprise qu’à celui de son environnement.

44

JANVIER 2006

Les auteurs remercient Jacques Chaumier, anciennement président-directeur général du Bureau van Dijk Ingénieurs Conseils de Paris, et Louis Caeymax, ingénieur consultant du Bureau de Bruxelles, pour la pertinence de leurs critiques et conseils.

Notes

[1]

Alain Mikol, L’information environnementale publiée par les sociétés du CAC 40 de 1992 à 1998 comparée à une information type, 2000.

[2]

Denis Cormier et Michel Magnan, Information environnementale, camagazine.com, mai 2003.

[3]

Natacha Gondran, Système de diffusion d’information pour encourager les PME-PMI à améliorer leurs performances environnementales, Thèse de doctorat à l’INSA Lyon, 2001.

[4]

La plupart des définitions dans cette section s’inspirent de Natacha Gondran, op. cit.

[5]

On inclut dans ces pratiques la « sensibilité environnementale » que les Anglo-Saxons qualifient d’environmental awareness.

[6]

SWOT : technique de diagnostic présentant les caractéristiques et performances d’un système en termes de forces, faiblesses, opportunités et menaces.

[7]

Certains évoquent même l’inscription d’un principe d’information à un niveau constitutionnel, ce qui permettrait d’obliger les différents acteurs à fournir l’information environnementale correspondant aux espaces ou aux politiques dont ils ont la charge, tout en respectant un cadre méthodologique harmonisé.

Résumé

Français

Le volume des informations environnementales et leur complexité sont en forte croissance et leur gestion requiert une attention particulière. Que cette gestion apparaisse à une entreprise comme une contrainte ou une opportunité, il importe qu’elle optimise le rapport coût-efficacité de son système de gestion de l’information environnementale. Deux approches lui seront particulièrement utiles : les études de faisabilité de systèmes à mettre en œuvre et l’évaluation des performances de systèmes déjà opérationnels. Ces approches sont présentées ici de manière générale afin qu’une majorité d’entreprises puisse se retrouver dans cette analyse et pour ne pas trahir les informations relatives aux clients et prospects des auteurs.

Plan de l'article

  1. 1 - L’information environnementale et sa gestion
  2. 2 - Facteurs incitatifs et freins à la mise en place de systèmes de gestion de l’IE
  3. 3 - Les études de faisabilité
    1. L’identification et la spécification des besoins de l’entreprise
    2. L’évaluation des éventuelles activités de GIE en cours
    3. Les moyens futurs mis à disposition du système de gestion de l’information environnementale
    4. Maquettes du système de GIE
    5. Le déroulement de l’étude
  4. 4 - L’évaluation de performances
    1. Les critères d’évaluation de performances
    2. Les facteurs favorables et les obstacles aux performances
    3. Les composantes de l’évaluation de performance
    4. Le déroulement de l’évaluation de performance
  5. 5 - Conclusions

Pour citer cet article

Spaey Dominique, Sofias Anastasio, « Gestion de l'information environnementale en entreprise : choix et évaluation d'un système », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2006 (Vol. 43), p. 122-129.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-2-page-122.htm
DOI : 10.3917/docsi.432.0122


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