Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/3 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.433.0229
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 229 - 231 Article suivant
1

LES ORGANISATEURS DES SIXIÈMES RENCONTRES FORMIST ONT CHOISI de s’intéresser cette année aux usages de l’information par les étudiants de deuxième et troisième cycles. À partir de l’analyse de leurs pratiques, de leurs besoins, et des liens qu’ils entretiennent ou non avec la bibliothèque et avec les bibliothécaires, les participants – formateurs enseignants ou professionnels des bibliothèques – ont voulu réfléchir à la formation documentaire proposée à ce niveau.

2

Une formule plus interactive a illustré les propos et les réponses à ces questions par l’introduction de témoignages d’étudiants et l’organisation d’ateliers et de démonstrations de nouveaux outils, à propos desquels on s’est demandé quels changements ils peuvent induire en pratique.

Relevé de quelques déficiences

• Une difficulté particulière en master

3

Dix ans après la mise en place des formations documentaires à l’Université, dans les enseignements de méthodologie, on reconnaît leur légitimité et leur utilité. Les changements ont eu un effet positif sur l’évolution des formations ; confortées par la réforme LMD (licence, master, doctorat), elles voient leur nombre augmenter régulièrement. Mais cette augmentation d’ensemble bénéficie en premier lieu aux étudiants de première année. Les dispositifs de formation semblent avoir quelque peu délaissé le niveau intermédiaire, celui du master [1][1] 30 % des actions de formation au niveau master en Bretagne,..., alors que, paradoxalement, la documentation de recherche requiert un apprentissage spécifique qu’il faut engager avant que l’étudiant ne se trouve en situation de difficulté. Pour certains, la rupture est encore plus grave si, pour différentes raisons, ils n’ont pas pu acquérir les notions de base en méthodologie documentaire, normalement inculquées aujourd’hui au lycée puis en licence. Signalée dans un bilan [2][2] Martine Cocaud, Agnès Colnot. Intégration de la méthodologie... établi par le service commun de documentation (SCD) de l’Université Rennes-2, cette méconnaissance peut certainement être constatée chez beaucoup d’étudiants de quatrième année.

Le programme de la journée

• Ouverture par Anne-Marie Bertrand, directrice de l’ENSSIB et Frédéric Saby, directeur du SICD Grenoble 2 et 3, président du Comité éditorial et scientifique de FORMIST

• Présentation d’expérience de recherches et d’exploitation de l’information. Émilie Chaudière, étudiante en master Recherche à l’École de management de Lyon, et Didier Soto, doctorant en géographie

• Offres documentaires et services aux usagers : développement ou effondrement des sujets ? Fabrice Papy, maître de conférences à l’Université Paris-8

• Les nouveaux outils d’exploitation de l’information, un préambule. Élisabeth Noël, conservateur des bibliothèques, ENSSIB-FORMIST

• Nouveaux outils, nouveaux usages, nouveaux besoins : leurs impacts sur la formation documentaire ? Table ronde animée par David Aymonin, directeur de la bibliothèque de l’École polytechnique de Lausanne, avec Marinette Gilardi-Monnier, bibliothèque Unimail, Genève ; Xavier Galaup, conservateur-stagiaire, ENSSIB ; Fabrice Papy, Université Paris-8 ; Alexandre Serres, URFIST de Rennes, Université Rennes-2

• Ateliers-démonstrations d’outils : fils RSS, agrégateurs, blogs ; liens partagés et wikis ; outils de gestion des références bibliographiques ; filtrage, résumés automatiques, traduction automatique ; outils anti-plagiat ; cartes heuristiques

• Un accès trop complexe aux documents

4

L’étude [3][3] Fabrice Papy, Sophie Chauvin. Au-delà de la transfiguration... réalisée par Fabrice Papy, maître de conférences à l’Université Paris-8, avec son groupe de recherche « Document numérique et usages », confirme ce que l’on savait déjà : trop complexes, les catalogues informatisés des bibliothèques universitaires sont incompréhensibles pour la plupart des étudiants. Même si les interfaces se sont améliorées, le résultat des interrogations, difficiles à interpréter, décourage les usagers qui finissent par abandonner.

5

L’organisation intellectuelle de la bibliothèque au moyen de l’indexation en vedettes-matières Rameau et cotes CDU échappe à de trop nombreux étudiants qui avouent travailler chez eux ou dans d’autres lieux extérieurs à la bibliothèque universitaire. Et ils sont 60 % à déclarer se débrouiller tout seuls.

6

Cette situation se traduit par une sous-exploitation de la masse documentaire offerte : des fonds précieux ne sont jamais empruntés, des bases de données jamais consultées. L’intérêt des étudiants se porte sur des objets connus ou faciles à utiliser : Google et Europresse. Or, ce qui peut encore se concevoir en licence ne le peut plus pour des étudiants en master, contraints à des recherches expertes pour traiter leurs sujets de mémoires.

• Un repérage de plus en plus difficile de l’information utile

7

L’information accessible ne cesse de croître au point que l’on parle de pléthore informationnelle, avec les risques que cela comporte de surcharge cognitive et de perte de repères. Il y a souvent confusion entre information disponible et information utile, entre accès et savoir. La circulation rapide de l’information, par le canal des blogs par exemple, n’incite pas à son observation critique. Par défaut ou inconscience, la pratique du plagiat, dénoncée par l’ensemble du corps enseignant, ne cesse de se développer.

8

Face à ce constat, que peut-on proposer ?

Des pistes à explorer

• Apprendre à poser des questions

9

La difficulté majeure n’est plus celle de l’accès à l’information, mais bien celle de son exploitation et de son appropriation, autrement dit celle du passage de l’information à la connaissance. Si nous voulons obtenir des connaissances pertinentes, il faudra donc apprendre à poser des questions et, si nous voulons comprendre les systèmes complexes, « à relier, contextualiser et globaliser nos informations et nos savoirs » (Edgar Morin, 1999).

10

Alexandre Serres, de l’URFIST de Rennes, souhaite que l’on réfléchisse sérieusement aux contenus de la formation, mal définis et encore trop centrés sur les apprentissages de procédures, pour développer une véritable culture informationnelle autour de concepts fondamentaux. L’indexation, par exemple, est une notion essentielle pour comprendre Internet et ses enjeux. L’explication des risques et effets pervers de la recherche de la popularité qui lui est liée va donner aux étudiants des clés qui leur permettront d’évaluer la pertinence de l’information, ce qu’aucun outil ne sait faire. De même, la pratique des « socialtags » ou indexation collective permise par le Web 2, qui remet en cause l’expertise du documentaliste, doit faire émerger la distance critique nécessaire à une telle participation au savoir collectif.

• Former aux nouveaux outils

11

Bien que limités, les outils et leur prise en main approfondie sont indispensables. Marinette Gilardi-Monnier, responsable du service des références à la bibliothèque Unimail de l’Université de Genève, regrette que les outils avancés de veille et de traitement de l’information ne soient pas plus utilisés dans les formations documentaires. Certes, ils viennent à peine d’émerger, mais ils ont déjà séduit par les possibilités qu’ils offrent en termes d’organisation, de collaboration, de partage et de gestion. Et les exploitations des cartes heuristiques, fils RSS, liens partagés, wikis, logiciels de références bibliographiques, de résumés et de traduction automatiques, ainsi que celles des outils anti-plagiat [4][4] Présentation de ces différents outils par Élisabeth..., peuvent être multipliées, lorsque ces outils sont combinés entre eux grâce à une utilisation experte.

Un annuaire international Ifla/Unesco de ressources sur la maîtrise de l’information

Comme nous l’avions annoncé dans notre numéro 1/2006, la section Information Literacy (IL) de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (Ifla) a créé, avec l’appui et un financement de l’Unesco, un répertoire et une base de données entièrement consacrés à la maîtrise de l’information : The International Information Literacy Resources Directory. Cette initiative vise à recenser des outils, cours, ressources, articles relatifs à la maîtrise de l’information et à favoriser le partage des expériences sur ce sujet qui se déroulent partout dans le monde. Accessible librement et gratuitement (www. uv. mx/ usbi_ver/ unesco/ ), la base de données est proposée en versions anglaise et espagnole.

Il est possible de participer à l’alimentation de ce répertoire en signalant les ressources créées ou les plus utiles dans ce domaine. Chercheurs et praticiens peuvent dès à présent proposer des données.

Coordinateur du projet : Jesus Lau, président de la section Information Literacy de l’Ifla, directeur de la bibliothèque de l’Université Veracruzana, Veracruz, Mexique. Contacts pour le monde francophone : Mireille Lamouroux, membre de la section IL (mireille. lamouroux@ ac-creteil. fr) et Sylvie Chevillotte (chevillo@ enssib. fr), secrétaire de la section IL de l’Ifla.heuristiques.

• Intégrer les usages des jeunes étudiants

12

Fabrice Papy rappelle que, dans la Charte de 2005 pour le développement des collections à la Bibliothèque de Paris-8, il est question de développement personnel des étudiants. On peut également concevoir d’utiliser des moyens qui répondront en partie aux besoins des étudiants, tels que les blogs qu’ils affectionnent particulièrement. Le risque est grand, en effet, de voir rapidement apparaître, dans les années à venir, une divergence entre les pratiques des étudiants et les méthodes pédagogiques des enseignants. Un des enjeux majeurs des bibliothèques est sans doute de savoir intégrer et utiliser à bon escient les technologies privilégiées par les jeunes générations, et par la même occasion de provoquer leur envie de fréquenter ce lieu pour qu’il leur devienne familier.

• Trouver de nouveaux modes de communication

13

L’offre de formation doit être communiquée. Nombre d’étudiants ne savent pas qu’elle existe. Émilie Chaudière et Didier Soto, en master et doctorat, témoignent en ce sens et souhaitent même que l’on rende les formations documentaires obligatoires sous forme de stages.

14

Conscient de leur manque de lisibilité, Julien Sicot a conçu un système d’information baptisé SINFODOC [5][5] Julien Sicot. Conception et réalisation d’un système... destiné à promouvoir l’ensemble des formations aux usagers.

15

Des formations en ligne ont également été expérimentées avec succès. Citons CALIS [6][6] Computer-assisted learning for information searching..., outil suisse de formation à la recherche documentaire dont la période test commencée en 2003 vient de s’achever avec succès. Conçu par la Haute École de gestion de Genève pour des étudiants en sciences économiques, il a été étendu depuis à d’autres formations.

16

Il est question encore d’auto-formation développée en réseau plus ou moins informel, ce qu’on ne peut qu’encourager en espérant que ces créations de savoir invisible soient capitalisées.

17

Enfin, n’oublions pas que le levier fondamental est un facteur humain. Le partenariat enseignants-SCD, qui aide à trouver des méthodes pédagogiques adaptées aux besoins des étudiants, est et reste le gage de réussite de toute entreprise de formation à la maîtrise de l’information.

Notes

[1]

30 % des actions de formation au niveau master en Bretagne, selon l’enquête réalisée par les SCD de Bretagne-Pays de Loire en 2004-2005. Résultats présentés par Alexandre Serres et Marie-Laure Malingre. Synthèse consultable à l’adresse : www. uhb. fr/ urfist/ PedagogieInfo/ SynthesePublique_Enquete04-05. doc.

[2]

Martine Cocaud, Agnès Colnot. Intégration de la méthodologie documentaire dans le LMD. L’expérience de Rennes-2 : étape ou révolution. Texte de l’intervention faite au 34e congrès de l’ADBU (Association des directeurs et des personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation), « Documentation et nouveaux parcours de formation », Metz, septembre 2004. www. uhb. fr/ scd/ formations. html.

[3]

Fabrice Papy, Sophie Chauvin. Au-delà de la transfiguration du catalogue : le Visual… Catalog. Bulletin des bibliothèques de France, 2005, t. 50, n° 4, p. 5-12. http:// bbf. enssib. fr/ sdx/ BBF/ pdf/ bbf-2005-04-0005-001. pdf.

[4]

Présentation de ces différents outils par Élisabeth Noël dans un powerpoint disponible en ligne sur le site FORMIST : http:// formist. enssib. fr.

[5]

Julien Sicot. Conception et réalisation d’un système d’information sur la formation documentaire – SINFODOC. ENSSIB, 2006. 165 p. Rapport de stage réalisé dans le cadre du master sciences de l’information et des bibliothèques. http:// formist. enssib. fr/ documents/ Conception_et_realis-n-6498-typ. html.

[6]

Computer-assisted learning for information searching (CALIS) : http:// campus. hesge. ch/ calis/ accueil. htm.

Résumé

Français

Les Rencontres organisées chaque année depuis 2001 par la cellule FORMIST (Formation à l’information scientifique et technique) de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques ont eu lieu le 15 juin dernier à Villeurbanne. FORMIST est un réseau francophone créé au sein de l’ENSSIB pour apprendre aux étudiants à rechercher, évaluer et utiliser l’information. Ces sixièmes Rencontres se sont penchées sur l’exploitation et les usages de l’information par les étudiants de deuxième et troisième cycles, à la recherche des difficultés auxquelles ils se heurtent et de pistes que l’on peut suivre pour y remédier.

Plan de l'article

  1. Relevé de quelques déficiences
    1. • Une difficulté particulière en master
    2. • Un accès trop complexe aux documents
    3. • Un repérage de plus en plus difficile de l’information utile
  2. Des pistes à explorer
    1. • Apprendre à poser des questions
    2. • Former aux nouveaux outils
    3. • Intégrer les usages des jeunes étudiants
    4. • Trouver de nouveaux modes de communication

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, « Rencontres FORMIST. Exploitation et usages de l'information par les étudiants avancés », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2006 (Vol. 43), p. 229-231.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-3-page-229.htm
DOI : 10.3917/docsi.433.0229


Article précédent Pages 229 - 231 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback