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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/3-4 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.433.0232
  • Éditeur : A.D.B.S.


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Archives institutionnelles et archives ouvertes

Une table ronde sur les positions des différentes parties impliquées

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Comme axe central d’une table ronde consacrée au positionnement des différents EPST (établissements publics à caractère scientifique et technologique), EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial) et universités face aux archives ouvertes, Michel Vajou a proposé cette phrase récemment prononcée par des analystes anglais : « Institutional repositories – do we even know what they are for ? »

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Un bref historique du mouvement du Libre Accès et des Archives Ouvertes, qui apparaît au début des années quatre-vingt-dix avec les bases de preprints, est l’occasion de relever que certaines questions qui à l’époque préoccupaient la communauté scientifique sont encore tout à fait d’actualité : l’accès aux archives, le référencement de leur contenu, les procédures de dépôt et la validation des contributions, la structuration thématique de ces gisements d’informations, les logiques de coopération des organismes de recherche (aux niveaux national et international), l’articulation économique et juridique entre les nouveaux outils d’archivage et le circuit classique (« for profit ») de diffusion de l’IST.

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Michel Vajou rappelle également les fortes motivations philosophiques et citoyennes qui sont à l’origine de ce mouvement qui prônait le partage des connaissances et de l’information. Depuis deux ans, on peut noter un déplacement du débat relatif au Libre Accès vers les institutions et les politiques : déclaration de Berlin 3, déclaration de Tunis 2005, prise de position du Welcome Trust et rapport de l’OCDE. En dépit de ces initiatives, la première tentative faite en 2004 par le National Institute of Health (NIH) de rendre obligatoire le dépôt de toute la production scientifique de ses chercheurs s’est soldée par un échec.

• Archives ouvertes – archives institutionnelles : objectifs et recouvrements de deux logiques

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Les archives ouvertes constituent un ensemble dont les archives institutionnelles sont un sous-ensemble. L’institution s’engage, porte le projet et définit une politique. La mise en place de services et d’actions autour des archives contribuent à la valorisation des connaissances.

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Un protocole d’accord entre les EPST et la Conférence des présidents d’université (CPU) est en préparation pour la mise en place d’une structure de collaboration entre les différents systèmes pour l’archivage ouvert de la production scientifique. Il existe par ailleurs diverses initiatives de collaboration entre les EPST et les universités. Autant d’exemples de mobilisation des institutions concernées.

Les Rencontres 2006 de l’INIST

Initiateur et organisateur des quatrièmes Rencontres des professionnels de l’IST, l’Institut de l’information scientifique et technique (INIST) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) affichait, dans l’esprit des précédentes éditions de ces journées, son ouverture à d’autres organismes du monde de la recherche. Le comité en charge de l’élaboration du programme réunissait cette année, outre le CNRS : l’INRA, l’INSERM, le CIRAD, le CEMAGREF, l’INRIA, l’IRD, le CEA, l’ADEME, l’INERIS et l’ADBS, les réseaux documentaires du CNRS (ARPIST, GO !DOC, ISIDORA, DEMOCRITE, REDOVIE, ISORE) ainsi que le Réseau national des bibliothèques de mathématiques (RNBM) et le réseau des documentalistes du secteur Recherche de l’ADBS.

Ces quatrièmes rencontres étaient centrées sur deux thèmes : « Archives institutionnelles et archives ouvertes » et « Veille scientifique, veille stratégique ». Elles se sont déroulées sous forme de conférences plénières, de séances de posters et de retours d’expériences.

Le programme et les vidéos des conférences peuvent être consultés à l’adresse suivante : http:// rpist. inist. fr. La liste des présentations et celle des posters sont en ligne aux adresses : http:// rpist. inist. fr/ article. php3? id_article= 32 et http:// rpist. inist. fr/ article. php3? id_article= 44

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Il faut souligner la nécessité d’avoir une démarche stratégique commune en matière d’archives ouvertes. La plate-forme HAL [voir page 235] a été choisie comme interface de dépôt et de diffusion au niveau national. Un comité de pilotage et un comité scientifique et technique ont été mis en place pour définir une stratégie commune, notamment en ce qui concerne le développement de cette plate-forme.

• La politique des établissements vis-à-vis des archives : pour ou contre le dépôt obligatoire

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Pour les uns, une forte volonté politique peut garantir un dépôt massif des travaux scientifiques dans des archives ouvertes. Pour d’autres, qui espèrent que le mouvement s’étendra par lui-même, un engagement politique trop fort n’est pas souhaitable à ce sujet. Mais, en tout état de cause, il est nécessaire de penser aux services associés aux archives.

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Il ne faut pas perdre de vue les faibles statistiques actuelles de dépôt (4 % de la production déposée dans PubMed). L’INSERM va sans doute rendre obligatoire le dépôt dans les archives à partir de 2007. Au CEMAGREF, le dépôt est obligatoire depuis 1992. À l’INERIS aussi, où les chercheurs sont évalués sur la base de leur dépôt ; mais la structure (mono-site) de l’institut facilite cette organisation.

• Le rôle des professionnels de l’information dans le dispositif d’archives ouvertes

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Dans un tel dispositif, le documentaliste enrichit les notices, accompagne les chercheurs, devient leur interlocuteur pour les questions juridiques et techniques. Un travail en réseau avec des compétences complémentaires est nécessaire.

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L’important est de dépasser la notion classique d’article scientifique, lequel comprend désormais des informations complémentaires comme les métadonnées et les liens vers d’autres bases. Toute la valeur ajoutée peut dégager des nouvelles valeurs d’usage pour les chercheurs. L’enrichissement des archives est un thème central dans le nouveau modèle économique.

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Dans l’interface de dépôt de l’INRIA existent déjà des outils d’accompagnement en fonction de l’environnement du chercheur (des référentiels, par exemple). On a ainsi pu souligner le besoin de développer les interfaces en fonction des thématiques. Mais la force du protocole en cours de signature [voir page 193] consiste à dépasser les logiques des différentes interfaces pour pouvoir retrouver toute la production scientifique sur la même plate-forme HAL.

• Archives thématiques : quels axes de développement ?

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Il semble que les pratiques soient différentes selon les disciplines scientifiques. Pour les physiciens, avec Arxiv, ou les économistes, avec Repec, ces archives sont une étape avant la soumission des articles dans les journaux. Alors qu’à l’INRA la logique des archives est plutôt institutionnelle.

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Nous traversons une période « révolutionnaire » face au numérique qui casse les modes de fonctionnement classiques des communautés scientifiques. Il bouleverse les métiers (celui du chercheur comme celui du documentaliste), le fonctionnement institutionnel, le rôle de la gouvernance. La difficulté reste la façon dont les chercheurs se retrouvent dans ces nouvelles pratiques et comment les institutions se les approprient.

• Comment les archives ouvertes / institutionnelles intègrent les questions des nouveaux usages - usages citoyens ?

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L’ADEME rend accessibles les résultats de la recherche déjà enrichis, « valorisés », pour permettre une analyse, une mise en perspective. Le public, spécialisé ou non, peut ainsi se les approprier. Il est important de fédérer ces problématiques documentaires de valorisation et de diffusion par le web pour proposer un état cohérent au service du public. Mais cette valeur ajoutée est très complexe et a un coût.

Archives institutionnelles et archives ouvertes

• Table ronde sur le positionnement des différents EPST, EPIC et universités face aux archives ouvertes, animée par Michel Vajou, M.V. Études et Conseil. Participants :

Jean-Pierre Finance, président de l’Université Henri-Poincaré

Franck Laloë, directeur par intérim de la direction de l’information scientifique (DIS) au CNRS et chargé de mission auprès du directeur général pour les archives ouvertes

Nicole Pinhas, direction de l’information scientifique et de la communication (DISC), Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)

Emmanuelle Jannes-Ober, chef du service de l’information scientifique et technique (DSIC), Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement (CEMAGREF)

Odile Hologne, Direction de l’innovation et des systèmes d’information / Information scientifique et technique (DISI/IST), Institut national de recherche agronomique (INRA)

Dominique Cavet, responsable du secteur Documentation de la Délégation à l’information et à la communication (DIC), Institut de recherche pour le développement (IRD)

Laurent Morice, chef du service Valorisation des informations et des connaissances, Direction de la recherche, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

Jacques Vaudelin, responsable d’unité Management des connaissances, information scientifique et technique, veille stratégique, Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS)

Jacques Millet, délégué à l’information scientifique, responsable IST, Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA)

• Vers un réseau européen des archives institutionnelles : le projet DRIVER. Francis André, responsable de la prospective IST, INIST-CNRS

• Le droit d’auteur et l’archivage numérique des publications. Franck Laloë

• Bibliothèques numériques scientifiques : un enjeu pour les documentalistes de la recherche. Jacques Ducloy, conseil scientifique, site ARTIST, INIST-CNRS

• Les évolutions de la plate-forme HAL. Daniel Charnay, directeur du Centre pour la communication scientifique directe (CCSD-CNRS)

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Si la vulgarisation est importante, tout comme l’accès proposé au grand public via des sites web, il n’en reste pas moins que c’est en premier lieu la communauté scientifique qui, par l’intermédiaire des archives ouvertes, s’adresse à la communauté scientifique internationale.

• La visibilité et la cartographie des archives institutionnelles

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En quoi la plate-forme HAL garantira-t-elle une meilleure visibilité et un ensemble cohérent ? L’existence de cette plate-forme en est une condition nécessaire, mais non suffisante. La communication scientifique n’a pas de frontières, elle est mondiale. Le système est déjà couplé avec les systèmes internationaux (Pubmed Central, Arxiv).

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Mais la question essentielle, pour le moment, reste celle de la collecte des documents et l’objectif premier est le dépôt. Malgré Google Scholar, métamoteur permettant de fédérer et de mobiliser les contenus de différentes archives institutionnelles ; mais il semble évident que Google, qui est une société commerciale, n’a pas de vocation à garantir la pérennité de ce service. Malgré le projet Quero, un métamoteur sémantique dont l’existence ne dispense pas de travailler sur les vocabulaires.

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En parallèle à la bataille du dépôt, il faut avoir à l’esprit les enjeux stratégiques des archives ouvertes.

• L’articulation des archives ouvertes / institutionnelles avec le circuit classique de l’édition scientifique

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Plusieurs aspects sont soulignés, notamment les aspects juridiques touchant le droit d’auteur. Beaucoup d’éditeurs permettent aujourd’hui de déposer dans les archives les articles dans leur version « auteur ». Chaque établissement a fait ses choix en la matière. La difficulté pour les documentalistes réside dans le suivi de ces politiques pour se mettre à jour afin d’informer et d’accompagner correctement les chercheurs.

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Une approche cohérente est nécessaire auprès des éditeurs. Les groupements des commandes nationaux vont dans ce sens là. Et une politique commune est nécessaire en matière de dépôt dans les archives, ce que ne facilite pas la double tutelle à laquelle est soumise une moitié environ des laboratoires scientifiques…

• Quelques remarques encore…

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Nous sommes en train de construire un nouveau système d’information scientifique et technique. Dans cette perspective, il ne faut pas perdre de vue que le véritable enjeu des archives ouvertes, ce sont les services à développer autour.

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La bataille se joue sur le terrain. Il y a beaucoup de chercheurs qui ne savent même pas ce qu’est le Libre Accès. L’important est de les informer et de les accompagner. Mais on peut encore faire beaucoup mieux du point de vue technique pour l’adoption et la prise en main d’un outil comme HAL par les chercheurs.

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En même temps, une prise de conscience est nécessaire sur l’évolution des métiers et sur celle des usages ; c’est par rapport à leur positionnement en matière d’usages que vont évoluer les métiers de la documentation.

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Cette table ronde a été suivie par la présentation de deux projets « archives ouvertes, archives institutionnelles » : DRIVER et ARTIST, et des évolutions de la plate-forme HAL.

Vers un réseau européen des archives institutionnelles : le projet DRIVER

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Le projet DRIVER (Digital Repository Infrastructure Vision for European Research) a été engagé à l’issue d’un séminaire intitulé « Digital Libraries Deployment » qui a eu lieu à Bruxelles en juin 2005.

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Cette rencontre s’était attachée à analyser les projets existants de bibliothèques numériques en Europe pour identifier ceux qui étaient potentiellement fédérateurs. Il s’agissait également d’étudier l’infrastructure européenne des bibliothèques offrant des services de dépôt, d’archivage, de préservation et de dissémination des productions scientifiques académiques. Un certain nombre de recommandations avaient été formulées, notamment en ce qui concerne le développement des programmes nationaux d’archivage ouvert, que ce soit par la création d’une archive nationale ou par la fédération de réservoirs institutionnels [Voir aussi p. 196].

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Associant des partenaires d’Allemagne, Belgique, Grèce, Italie, Pays-Bas, Pologne et Royaume-Uni, le projet DRIVER a précisément pour objectif de démontrer la faisabilité des accès transnationaux aux réservoirs numériques existants tels que SHERPA (Securing a Hybrid Environment for Research Preservation and Access, Royaume-Uni), DARE (Digital Academic Repositories, Pays-Bas), HAL (France), etc. Cette infrastructure ouverte à l’échelle européenne, fondée sur des services de recherche et d’accès performants, doit rendre accessibles ces sources d’information virtuellement organisées en tenant compte des besoins des communautés scientifiques. Elle fédérera les réservoirs de tous types de documents, de données et d’objets de tous formats, couvrant l’intégralité des disciplines scientifiques.

Bibliothèques numériques scientifiques : un enjeu pour les documentalistes de la recherche

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L’édition scientifique doit faire face à des monopoles à vocation essentiellement commerciale. La communication scientifique et l’évaluation sont prises en charge par les mêmes acteurs. L’explosion des coûts d’accès aux publications conduit les acteurs de la recherche à la mutualisation des ressources et à la valorisation de contenus scientifiques grâce à l’appropriation des technologies liées à l’information scientifique et technique.

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Initiative soutenue par l’INIST, le projet ARTIST (Appropriation par la recherche des technologies de l’IST) a pour objectif de faciliter l’appropriation par le monde de la recherche de son dispositif de communication scientifique. Cette démarche consiste à investir les champs des archives ouvertes en libre accès, de la création des revues électroniques et des bibliothèques numériques en général. Les premiers travaux du groupe de travail constitué autour du forum scientifique ARTIST ont fait émerger le besoin d’un espace de recherche et d’expérimentation. La capacité à lancer des programmes incitatifs autour de ces problématiques est primordiale. Les pays leaders dans le monde de la recherche le font au travers des actions de la NSDL (National Science Digital Library) aux États-Unis, du JISC (Joint Information Systems Committee) au Royaume-Uni ou du programme DARE (Digital Academic Repositories) aux Pays-Bas.

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Pour inciter les chercheurs à publier et donc à investir dans cette thématique, le groupe de travail ARTIST a lancé une revue numérique avec sélection scientifique, Appropriation, mutualisation, expérimentation des technologies de l’IST, dont le numéro zéro devait être présenté en septembre à Fribourg, lors de la Semaine du document numérique. AMETIST est un lieu d’échange de points de vue et d’expériences, mais également un lieu d’expérimentation éditoriale. Une analyse des besoins de la communauté scientifique et un bon repérage de l’état de l’art sont nécessaires. ARTIST propose de monter en parallèle un observatoire des nouvelles pratiques de la recherche liées aux technologies de l’IST. En pratique, ce dispositif doit repérer les expériences d’appropriation, en identifiant les problèmes posés et en analysant les résultats obtenus. Il est alimenté par des pratiques de veille avec une forte accentuation thématique et en privilégiant les aspects coopératifs.

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Toutes ces initiatives ouvrent des pistes d’actions aux professionnels de l’information. Les évolutions du métier de l’« informatiste » passent par l’assimilation des technologies, le respect de formats ouverts et structurés, la collaboration avec les chercheurs pour permettre l’exportation des documents et métadonnées produits par leurs communautés.

Les évolutions de la plate-forme HAL

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Initialement conçu comme un projet d’établissement (CNRS), Hyper Article en Ligne a évolué vers une plate-forme de dépôt national des publications. Des avancées techniques ont permis d’améliorer l’utilisation de l’outil HAL qui s’inscrit dans le contexte international des archives ouvertes et surtout dans celui du protocole national en cours de signature. Les questions relatives à ses usages actuels et attendus se posent en termes de gestion des dépôts et d’interopérabilité entre systèmes (archives institutionnelles, dépôts thématiques nationaux et internationaux, banques de données commerciales, etc.).

Veille scientifique, veille stratégique

• Conférence introductive sur la veille scientifique, veille stratégique. Joaquim Nassar, mission du Haut Responsable en charge de l’intelligence économique (HRIE) auprès du Secrétaire général de la défense nationale

• La veille en général : origine, enjeux stratégiques, méthodes… Les spécificités des contextes de développement, la diversification des valeurs ajoutées d’un service de veille. Ghislaine Chartron, professeur, responsable de la cellule Veille scientifique et technologique de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP)

• L’ADEME développe des produits de veilles techniques, scientifiques et stratégiques. Retour d’expérience sur l’organisation en cours pour répondre au mieux à cette problématique. Stéphanie Guignard, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

• VERSA : un élément du dispositif de veille stratégique du département de santé animale de l’INRA. L’apport d’un réseau d’intelligence collective. Marie-Colette Fauré, ingénieur d’études, département de santé animale, Institut national de recherche agronomique (INRA)

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L’application HAL permet aujourd’hui l’intégration d’archives jusque-là éparses et a ouvert de nouveaux portails de dépôt personnalisés : HAL-INSERM, PRUNEL, HAL-EMSE, HAL-UJM, Telearn ; d’autres sont en cours pour l’Institut Pasteur, le Muséum d’histoire naturelle, HAL-STIC par exemple. Il existe aussi un projet de métaportail et des perspectives prometteuses : avancées en terme de métadonnées disciplinaires, normalisation de la typologie des documents, nouvelles fonctionnalités comme la prise en compte de l’embargo éditeur ou le développement de services web en vue de faciliter les échanges de données, consultation et dépôt via les moteurs de recherche et les systèmes locaux développés pour certains établissements. Est aussi prévue la mise en place d’un dispositif d’assistance aux utilisateurs et, pour les administrateurs, un développement des fonctionnalités du back-office.

Veille scientifique, veille stratégique

L’intelligence économique en France

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« L’intelligence économique consiste en la maîtrise et la protection de l’information stratégique pour tout acteur économique. Elle a pour triple finalité la compétitivité du tissu industriel, la sécurité de l’économie et des entreprises et le renforcement de l’influence de notre pays. » La veille accompagne cette démarche en recueillant, exploitant et diffusant l’information. Un dispositif d’intelligence économique ne peut voir le jour sans la veille.

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La notion d’intelligence économique n’est pas nouvelle en France. Depuis une dizaine d’années, elle s’est construite comme une réponse face à la fois au bouleversement économique mondial et au développement des nouvelles technologies de l’information. Implicitement, l’intelligence économique suppose donc la maîtrise de l’information, c’est-à-dire la compréhension du monde qui nous entoure (qu’il soit économique, politique, scientifique, culturel), l’identification de ses contraintes et la prévision de ses développements possibles. L’intelligence économique fait donc appel au recueil d’information autant qu’au management et à la stratégie des organisations.

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Dans ce contexte, l’État doit jouer un rôle important, notamment pour assurer les conditions d’une compétitivité loyale et du soutien à l’innovation. En France, le rapport Intelligence économique et stratégie des entreprises (1994) de Henri Martre, commissaire général au plan, a marqué le début d’une prise de conscience nationale. Des projets régionaux (en Basse-Normandie et en Lorraine) ont vu le jour avant que l’État, dix ans plus tard, se dote d’un dispositif public fédérateur d’intelligence économique en nommant, à la suite du rapport Carayon (2003) [1]  http:// lesrapports. ladocumentationfrancaise. fr/... [1] , un Haut Responsable en charge de l’intelligence économique [2]  www. intelligence-economique. gouv. fr [2] (HRIE) en la personne d’Alain Juillet.

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Cette structure est interministérielle et rattachée au cabinet du Premier Ministre afin de permettre la synthèse des informations issues des différents ministères et la mise en place de politiques d’orientation.

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Cette structure nationale s’accompagne d’un dispositif territorial composé de comités de pilotage régionaux (réunissant services de l’État, collectivités locales, chambres de commerce et d’industrie, universités, etc.) et d’un plan régional de sécurité économique. Dans les faits, il s’agit essentiellement de mutualiser les infrastructures de veille au sein d’organismes locaux (CCI) comme c’est le cas en Lorraine avec DECILOR [3]  www. decilor. org [3] , portail de prestations destinées aux PME-PMI de la région.

Les projets de l’Institut de l’information scientifique et technique

Les projets du service Veille. Alain Tramonti, service Veille (Département des portails et services d’information) de l’INIST

Une innovation dans l’information scientifique et technique : l’oral et l’écrit enfin réunis avec une première collection en chimie. Sylvie Grésillaud, département Édition numérique et fourniture de documents de l’INIST

Les négociations et l’archivage nationaux. Marc Guichard, directeur adjoint de l’INIST, et Laurent Sauder, responsable du Département des systèmes d’information

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Au niveau international, l’implication des ambassades dans ce dispositif reste pour le moment limitée à la diffusion vers les acteurs économiques d’informations détenues par les services de l’État, notamment avec l’outil « Bulletins électroniques [4]  www. bulletins-electroniques. com/ [4]  » élaboré en collaboration avec l’ADIT.

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Parmi les nombreuses actions du HRIE, la veille tient une place importante. Un groupe de travail est consacré au recensement des outils logiciels de recherche d’information, à leur évaluation, à l’identification des besoins, des pratiques et de l’état de la recherche dans ce domaine. Ce travail a fait l’objet d’un catalogue public diffusé par le Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF) [5]  www. cigref. fr/ cigref/ livelink. exe? func= ll&objid=... [5] .

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Le groupe Veille du HRIE se charge également de recenser et de suivre les projets nationaux et européens de recherche et de développement dans ce domaine (projets Quaero, Infomagic, etc.). Le HRIE a également élaboré un référentiel des formations en intelligence économique [6]  wwww. intelligence-economique. gouv. fr/IMG/pdf/re... [6] pour clarifier l’offre de formation dans ce domaine. Enfin il a initié des actions pour promouvoir la recherche sur ce sujet (recueil des thèmes de recherche, identification des axes futurs de recherches, etc.), même si ce travail reste difficile en raison de la pluridisciplinarité évidente de l’IE et, de ce fait, son manque de visibilité.

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En conclusion, Joaquim Nassar a rappelé le rôle central de veille dans tout processus d’intelligence économique et insisté sur le fait que son succès demande avant tout la sensibilisation et l’adhésion de l’ensemble des acteurs économiques à tous les échelons territoriaux.

La veille dans le contexte de la recherche

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La diversité des composantes de la veille est liée aux multiples facettes de l’environnement à surveiller (concurrents, réglementation, technologies, etc.). Quand on parle de veille, il peut donc s’agir de veille concurrentielle, juridique, technologique, scientifique, commerciale. On peut aussi dérouler cette typologie selon le degré de profondeur de l’analyse de la collecte de l’information, c’est-à-dire selon le niveau de valeur ajoutée à l’information brute recueillie. Ainsi le premier degré serait la veille documentaire (limitée au suivi de l’actualité de sources identifiées et à la diffusion de leur signalement). À un degré plus élevé se situerait la veille scientifique impliquant une analyse du contenu avec une sélection et une mise en perspective des documents. La veille technologique correspondrait plus spécifiquement à la surveillance des technologies pouvant modifier l’évolution d’un secteur. Enfin, à un degré plus élevé encore, la production d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs avec une dimension comparative qualifierait la veille stratégique. On ne peut parler de veille sans présenter les outils dont les fonctionnalités sont, le plus souvent, la recherche d’informations, la gestion des signets, la surveillance des sites, l’analyse automatique des contenus.

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L’expérience de la mise en place de la cellule Veille de l’INRP a été présentée. L’Institut national de recherche pédagogique est un institut au service de la recherche en éducation (bibliothèque, publications) mais aussi un centre de recherche travaillant en partenariat avec d’autres institutions (CNRS, universités, IUFM, etc.) et dont les champs d’intervention sont aussi bien le contenu des enseignements, leurs didactiques, la professionnalité des acteurs du monde éducatif, les inégalités sociales et éducatives.

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À l’origine de la création de la cellule Veille de l’INRP, ce constat : la recherche en sciences de l’éducation était éclatée et peu capitalisée. Il y avait donc nécessité de créer un observatoire de la recherche dans ce domaine et de repérer les problématiques émergentes. La décision a donc été prise de créer une cellule dédiée de huit personnes, composée de documentalistes, d’ingénieurs en sciences humaines et sociales (SHS) et d’enseignants chercheurs, et dotée d’un budget propre. Les atouts majeurs de cette cellule et qui en ont fait un succès sont le soutien de la direction et la convergence avec les missions de l’institut. Il faut néanmoins souligner les limites de ce système dans la mesure où la notion de veille en SHS n’est pas forcément claire et que les chercheurs ont du mal à déléguer cette fonction de veille.

Les projets du service Veille de l’INIST

Le service Veille, (Département des portails et services d’information) s’appuie sur soixante ingénieurs documentalistes, cinquante informaticiens et dix ingénieurs multicompétences. Ce service offre aux entreprises et organismes différentes prestations pouvant s’inscrire dans une démarche d’intelligence économique :

  • des prestations classiques de documentation (recherches bibliographiques, synthèses documentaires) ;

  • des actions de veille, des suivis d’actualités sur le web, des lettres d’information, des listes d’experts ;

  • le développement de solutions techniques comme le reformatage de données, de l’ingénierie XML ou d’outils comme des outils de diffusion d’information, d’exploration dynamique de corpus documentaires ;

  • la production d’indicateurs permettant de suivre et de comparer les évolutions de la production scientifique et technologique ;

  • la mise en forme et l’automatisation de la production de tableaux de bord ;

  • la représentation graphique ou cartographique pour une mise en relation des informations.

La description complète de l’ensemble de ces produits est accessible sur le site : http:// veille. inist. fr.

Pour réaliser ces prestations, l’équipe du service Veille s’appuie sur les compétences de l’organisme tout entier en matière de banques de données (plus de dix-sept millions de références bibliographiques produites), sur les bases de données des serveurs STN, ISI ou Dialog. Il utilise la plate-forme Keywatch© pour la collecte d’information sur le web (visible et invisible), LexiQuest Mine© pour l’analyse et la cartographie des informations, et enfin Pertinence information Network© pour les systèmes d’alerte d’actualités. (Voir le site de benchmark des outils de veille http:// outils. veille. inist. fr/ ou directement www. iscope. fr/ pdf/ KeyWatch-Flyer. pdf, www. spss. com/ lexiquest/ lexiquest_mine. htm et www. pertinence. net/ pin/ index. jsp).

Le site permet également l’accès à un certain nombre de synthèses documentaires sur des sujets d’actualité comme, par exemple, « la grippe aviaire » ou « les femmes et le sida ».

Parmi les clients de ces prestations on peut citer le CNES, le ministère de la Justice, les ambassades de France, etc.

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La stratégie adoptée par la cellule de veille était de permettre la diffusion des résultats de la recherche en éducation, de produire des synthèses sur l’actualité scientifique, et de surveiller les sources internationales. Dans un souci de réactivité et d’autonomie, il était évident d’utiliser les technologies du web, qui permettaient aussi de toucher un plus large public, d’offrir une qualité de service pour un coût acceptable et de favoriser l’appropriation des TIC dans le milieu de la recherche en éducation.

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Outre la mise à disposition d’un certain nombre d’informations (sommaires des revues françaises et internationales, agenda des colloques, monographies, banques de données de thèses ou revues en ligne, etc.), la cellule propose sur son site [7]  www. inrp. fr/ vst [7] des produits : lettres d’information mensuelle et thématique, mises à jour automatiques, dossiers sur l’état de la recherche, blog. En mars 2006, cette cellule compte 1.074 abonnés (institutionnels ou professionnels, enseignants, etc.) et enregistre une fréquentation en constante progression. Les nouveaux défis de la cellule Veille de l’INRP sont maintenant d’amplifier la dimension internationale de la veille et de contribuer à la recherche en éducation.

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Dans sa conclusion, Ghislaine Chartron s’est voulue optimiste, en réaffirmant quelques points essentiels : la nécessité d’être toujours innovant, de s’adapter au contexte de sa structure, de développer la transversalité face à la spécialisation accrue de l’activité scientifique. Sans oublier que la veille, c’est avant tout de l’intelligence humaine et quelques outils.

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Ces deux conférences sur la veille ont été complétées par la présentation d’expériences menées à l’ADEME et à l’INRA : deux exemples de création de dispositifs de veille scientifique et stratégique et d’animation de réseaux. Et par la présentation du service Veille de l’INIST et de ses projets [voir ci-dessus].

Les produits de veilles techniques, scientifiques et stratégiques de l’ADEME

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À l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, le service de la veille technique, scientifique et stratégique comprend quatorze personnes chargées de la gestion de l’information, de l’analyse et de la diffusion des produits de veille destinés à la direction de la recherche, aux experts, aux ingénieurs et aux chercheurs. Une importance particulière est accordée à l’évaluation et à la valorisation des produits de veille, dans une démarche marketing.

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L’observation de l’impact des bulletins de veille et d’information montre qu’ils évoluent dans le temps selon un cycle de vie qui leur est propre, d’un potentiel élevé à faible.

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Une classification des produits de veille en fonction des besoins identifiés, selon un schéma proposé par Paul Degoul, permet de positionner les produits diffusés selon trois niveaux de veille : veille courante, intelligence, prospective. Le Bulletin du développement durable répond aux besoins de veille au quotidien avec des objectifs opérationnels et stratégiques. Le Bulletin de veille environnementale surveille les facteurs clés, identifie les risques et interprète les situations. Les Notes de synthèse, enfin, qui sont conjoncturelles et prospectives, portent sur des points critiques et anticipent le jeu des acteurs et les discontinuités. Ainsi les produits de veille orientés vers la veille au quotidien, vers l’intelligence ou vers la prospective sont porteurs d’une réelle valeur ajoutée pour les utilisateurs.

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La collecte de l’information sur les thématiques d’action de l’ADEME est facilitée par l’utilisation d’agents intelligents de veille, notamment Web Site Watcher. Cependant le rôle humain reste prépondérant. Un comité analyse les informations, identifie les tendances et donne du sens aux faits émergents. Le dispositif de veille repose sur les personnes chargées de recueillir et d’exploiter l’information.

VERSA : un élément du dispositif de veille stratégique de l’INRA

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Dispositif pilote de veille stratégique pour le département de santé animale de l’Institut national de recherche agronomique, VERSA s’appuie sur un réseau d’intelligence collective. La veille stratégique a été mise en place par décision du chef de département. Elle s’inscrit dans une démarche de conduite de projet. Ses objectifs sont de fournir une aide à la décision et à la valorisation des domaines d’expertise du département de santé animale.

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La veille stratégique est segmentée en six champs d’application : veille réglementaire, événementielle, sanitaire, socio-professionnelle, socio-industrielle, européenne. La mise en œuvre de ce projet est réalisée selon le processus classique de la veille, depuis la collecte de l’information, la capitalisation dans les bases de données, jusqu’à la diffusion par Intranet, plate-forme d’échanges, portail, fils RSS.

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Le projet pilote de veille réglementaire a mobilisé les compétences de quatre ingénieurs durant six mois. L’objectif consiste à élaborer un référentiel réglementaire.

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La surveillance des sources d’information sélectionnées est manuelle ou automatisée à l’aide d’outils simples tels que des alertes de bases de données, fils RSS, agents de surveillance du web Copernic Tracker, Google Alert. La collecte de textes, la sélection, l’analyse, l’indexation approfondie et la création de liens permettent d’alimenter une base de données.

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Le réseau d’experts interorganismes est constitué afin de faciliter les échanges de bonnes pratiques et d’expertises. Le cycle de vie d’un réseau évolue naturellement, selon le modèle décrit par E. Wenger, depuis sa constitution vers sa dispersion et éventuellement sa disparition. C’est pourquoi l’animation dynamique du réseau constitue un véritable enjeu.

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Actuellement, le réseau réunit un potentiel de cinquante experts ; plus de cent cinquante connexions à la base de données spécialisée sont enregistrées par mois. Premier élément opérationnel de la veille stratégique en santé animale, VERSA détermine une méthodologie applicable aux autres projets de veille de ce département de l’INRA.

Quelques projets de l’INIST

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LES TROIS ACTIVITÉS PRÉSENTÉES ILLUSTRENT LE RÔLE QUE JOUE L’INIST DANS les domaines de la veille stratégique [voir ci-dessus] et des archives ouvertes.

Les négociations et l’archivage nationaux

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L’INIST mène des négociations au niveau national pour l’accès à des ressources numériques considérées comme indispensables à la communauté scientifique et universitaire française. Ces négociations sont menées avec les éditeurs de ressources numériques (revues, bases de données) au sein d’un regroupement entre le consortium Couperin (association de mutualisation regroupant différentes structures : universités, écoles supérieures, organismes de recherche et autres organismes) et des organismes extérieurs à Couperin [8]  www. couperin. org/ [8] comme le CNRS, l’INSERM, les ministères, l’Observatoire des sciences et des techniques (OST), l’Agence nationale de la recherche (ANR). Avec une équipe de quatre personnes, l’INIST est l’expert pour le CNRS dans ces négociations.

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Le modèle de négociation choisi est le groupement de commandes. Chaque négociation exige un porteur du groupement (l’ABES avec l’éditeur Elsevier, le CNRS avec la société Thomson ISI), des conventions particulières entre les adhérents au groupement, un contrat entre le porteur du groupement et l’éditeur, un cahier des clauses particulières et des licences d’utilisation.

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La licence d’utilisation est un point fondamental des négociations. Au départ les seules licences existantes étaient plaquées sur le modèle américain. Un très important travail a été fait et les licences mises en place commencent à mieux défendre les intérêts des organismes français, en particulier pour la pérennité de l’accès aux ressources électroniques dont les droits ont été acquis. Le temps de négociation est en général assez long, en moyenne un an et demi.

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Pour fonctionner le groupement a mis en place un comité de pilotage pour les aspects politiques et les décisions, des équipes de négociation, des experts techniques et juridiques, un porteur du groupement, un comité de suivi pour régler les problèmes, les renouvel lements, faire les statistiques, etc.

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Un bilan général des coûts a été présenté pour chaque éditeur [9]  Il peut être consulté à l’adresse http:// rpist. inist.... [9] . L’évaluation de ces coûts des abonnements s’appuie sur deux modèles :

Pour l’année 2006, le budget consacré aux ressources électroniques au sein du CNRS est de neuf millions d’euros. Le renouvellement des abonnements a été réparti entre les différents départements du CNRS en basculant la ligne budgétaire papier sur la ligne budgétaire électronique.

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Enfin des solutions techniques pour l’archivage des ressources numériques acquises se mettent en place. Il s’agit d’organiser ces archives pour garantir l’accès en fonction des droits acquis. Deux centres nationaux d’archives ont été constitués : l’INIST-CNRS et l’ABES-CINES. Après diverses expériences de traitement d’archives (chimie, IOP, la Freedom collection, etc.), il s’agit aujourd’hui de permettre l’accès à l’ensemble des ressources couvertes par ce marché au travers d’un seul portail, permettant le contrôle d’accès (respect des différents droits acquis), avec une interface aisée offrant une navigation par sujet, par liste de titres ou par mots clés, la possibilité de faire des recherches simples, avancées ou expertes, une personnalisation de l’environnement, un stockage des requêtes ainsi que la mise en place d’alertes. Le choix s’est porté sur la plate-forme EJOS (ENCompass for Journals OnSite) de la société Endeavor Information Systems [14]  www. endinfosys. com/ [14] . Cette solution, adoptée par d’autres organismes comme la British Library ou l’ICIST au Canada, s’appuie sur des briques fiables et connues : une plate-forme Linux (quadriprocesseur) avec un serveur TOMCAT, Appache, Oracle et un moteur intégré FAT (norvégien). L’ouverture de cette plate-forme est prévue en 2007.

Une innovation en matière d’édition électronique

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Le département Édition numérique et fourniture de documents de l’INIST a présenté en avant-première un nouveau produit. Premier élément d’une nouvelle collection, les actes du congrès SFC Eurochem qui a eu lieu à Nancy en 2005 ont été édités en utilisant une technologie brevetée par la société Droit in Situ [15]  www. droit-in-situ. net/ indexfr. html [15] , maison d’édition numérique. Cette technologie consiste à repérer des « objets de connaissance » au sein d’un discours et à lier ces objets à un certain nombre de documents (tous types de formats possibles) jugés pertinents. Dans le produit proposé par l’INIST, les composés et les réactions chimiques font partie de ces « objets de connaissance ». L’enrichissement a donc consisté, pour ces objets, en l’ajout de liens vers des descriptions, des formules chimiques, des listes bibliographiques, des textes réglementaires, etc.

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Ce travail a été réalisé par les ingénieurs documentalistes de l’Institut en collaboration avec la société Droit in Situ. Les trois disques donnent accès au total à vingt-quatre interventions représentant vingt heures de discours enrichies de 400 composés, 130 réactions chimiques, 300 documents scientifiques, 400 références bibliographiques et une trentaine de textes réglementaires. La navigation proposée permet un accès linéaire (programme du congrès, liste des communications, liste des auteurs, etc.), mais aussi un accès catégoriel (réactions ou composés chimiques, biographie des auteurs, bibliographies, textes réglementaires, etc.), apportant à la fois « des supports de compréhension et des points d’entrée vers différents apports documentaires de tous types ». L’utilisateur peut naviguer entre la retransmission audiovisuelle des interventions et un ensemble de documents textuels en lien direct avec ces dernières.

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Cette nouvelle collection vise trois objectifs : donner accès à un document audiovisuel (congrès, cours, etc.), constituer un support de formation (par l’ensemble des enrichissements apportés), valoriser de manière originale les résultats de la recherche. Ce premier produit sera vendu environ 300 €.

Conclusion des Rencontres 2006

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DANS UNE SYNTHÈSE FINALE, MICHEL VAJOU A FAIT RESSORTIR LES SIGNAUX FORTS ou faibles qui s’étaient dégagés tout au long des débats sur les deux sujets proposés.

Archives institutionnelles / archives ouvertes

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La réalisation de structure d’archives ouvertes ou institutionnelles appelle la mise en place de structurations à différents niveaux.

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• Elle oblige les établissements de recherche à penser les différentes modalités de leur communication scientifique et à créer « une nécessaire articulation entre communication scientifique et gouvernance des laboratoires ». Au-delà de la simple communication directe des résultats de la recherche, les archives institutionnelles apparaissent comme un outil de cartographie de la production scientifique et permettent la mise en place d’indicateurs. De même, les différents acteurs de la recherche (les chercheurs, les professionnels de l’information, les décideurs) doivent à la collectivité la concertation nécessaire à la valorisation des résultats de recherche.

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• Elle renforce la nécessité de coopération entre établissements et le protocole d’accord sur l’archive HAL en est un des signes. Elle appelle l’obligation d’une réflexion approfondie sur les questions suivantes : quelles métadonnées ? quelles possibilités de navigation faut-il imaginer pour créer une réelle valeur ajoutée à cette archive collaborative

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• Elle force également chaque établissement à choisir entre archive autonome, simple réalisation d’un gisement documentaire et archive inscrite au cœur d’un « système d’information intégré » proposant au chercheur des outils d’aide à la rédaction (recherche, citations, listes bibliographiques, etc.). Elle soulève de multiples questions : impact sur la productivité, taux de dépôt des publications, référencement, outils de cartographie et de recherche (comme les moissonneurs), choix stratégiques entre des outils d’origine privée comme Google Scholar dont la durée de vie est soumise aux aléas de la Bourse ou des « solutions consortiales » comme CrossRef (mutualisation des liens de cent quinze éditeurs scientifiques). Autant de questions, autant de débats à venir…

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Mettre en place des archives ouvertes ou institutionnelles demande beaucoup d’effort et d’implication de la communauté scientifique tout entière. Mais quelle sera l’utilité de cet effort si les taux de dépôt n’atteignent pas 80 % de la production scientifique ? L’on peut imaginer cinq scénarios possibles de montée en puissance :

  • le laisser faire : seuls les chercheurs convaincus déposeront leurs travaux ;

  • l’incitation au dépôt par les documentalistes ;

  • la carotte et le bâton : dépôt en contrepartie de « facilités administratives » (documents d’évaluation préremplis, listes bibliographiques, etc.) ;

  • l’obligation institutionnelle (évaluation des chercheurs) ;

  • enfin l’obligation légale. Tout résultat de recherche financé sur fonds publics devrait être déposé dans une archive ouverte. Le milieu de la recherche est peu enclin à ce dernier scénario.

C’est pourtant celui-ci que semble défendre Michel Vajou. Pour lui, l’obligation de dépôt offrira à la collectivité un outil de gouvernance, un moyen de mesurer les retombées des investissements en recherche et développement. Cela justifiera alors tous les efforts nécessaires à la mise en place de telles structures et concrétisera le principe : « L’output de la recherche et ses vecteurs ne concernent pas seulement les chercheurs. »

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Sur le plan juridique, enfin, tout reste à faire ou presque : référentiels, guides de bonnes pratiques (un guide est prêt à paraître), retours d’expériences, relations avec les éditeurs. Il en va de la crédibilité des « accompagnateurs du dépôt » et de la dynamique du dépôt lui-même. Il n’est plus possible de prolonger la « spontanéité du mouvement des preprints » du début des années quatre-vingt-dix. Un cadre juridique doit être mis en place.

Veille scientifique / veille stratégique

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Contrairement à la notion d’archive ouverte dont l’intérêt reste encore à prouver, les besoins de veille ont largement été démontrés depuis plusieurs années. Les débats ont confirmé que, au-delà des problématiques communes, chaque organisme marquait ses actions de veille de sa propre spécificité en offrant des produits d’information adaptés aux usages des chercheurs. Et Michel Vajou conclut sur ce sujet en rappelant que la veille ne se limite pas à des outils…

Notes

[10]

Pour un abonnement tout électronique, 95 % du tarif papier ; pour un abonnement papier et électronique, tarif papier + 10 %.

[12]

Journal of Citation Reports

[13]

Essential Science Indicators

Résumé

Français

Les rencontres 2006 organisées par l’Institut de l’information scientifique et technique (INIST/CNRS) à l’intention des professionnels de l’IST se sont déroulées du 19 au 21 juin 2006 à Nancy où se sont retrouvées plus de quatre cents personnes exerçant principalement dans le monde de la recherche et de l’enseignement. Outre les présentations de différents projets de l’INIST et d’autres organismes de recherche et de nombreuses séances de posters, deux grands thèmes ont été abordés lors des conférences : « Archives institutionnelles et archives ouvertes » et « Veille scientifique, veille stratégique »

Plan de l'article

  1. Archives institutionnelles et archives ouvertes
    1. Une table ronde sur les positions des différentes parties impliquées
      1. • Archives ouvertes – archives institutionnelles : objectifs et recouvrements de deux logiques
      2. • La politique des établissements vis-à-vis des archives : pour ou contre le dépôt obligatoire
      3. • Le rôle des professionnels de l’information dans le dispositif d’archives ouvertes
      4. • Archives thématiques : quels axes de développement ?
      5. • Comment les archives ouvertes / institutionnelles intègrent les questions des nouveaux usages - usages citoyens ?
      6. • La visibilité et la cartographie des archives institutionnelles
      7. • L’articulation des archives ouvertes / institutionnelles avec le circuit classique de l’édition scientifique
      8. • Quelques remarques encore…
    2. Vers un réseau européen des archives institutionnelles : le projet DRIVER
    3. Bibliothèques numériques scientifiques : un enjeu pour les documentalistes de la recherche
    4. Les évolutions de la plate-forme HAL
  2. Veille scientifique, veille stratégique
    1. L’intelligence économique en France
    2. La veille dans le contexte de la recherche
    3. Les produits de veilles techniques, scientifiques et stratégiques de l’ADEME
    4. VERSA : un élément du dispositif de veille stratégique de l’INRA
  3. Quelques projets de l’INIST
    1. Les négociations et l’archivage nationaux
    2. Une innovation en matière d’édition électronique
  4. Conclusion des Rencontres 2006
    1. Archives institutionnelles / archives ouvertes
    2. Veille scientifique / veille stratégique

Pour citer cet article

Chazelas Martine et al., « Les rencontres 2006 des professionnels de l'IST. Les archives ouvertes et la veille scientifique, deux axes de réflexion », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/ 2006 (Vol. 43), p. 232-241
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-3-page-232.htm.
DOI : 10.3917/docsi.433.0232

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