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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/3 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.433.0247
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Archives ouvertes et publication scientifique : comment mettre en place l’accès libre aux résultats de la recherche ?, Thierry Chanier ; préface de Jean-Max Noyer, Paris : L’Harmattan, 2005. – 186 p. – ISBN 2-7475-7695-7 : 17,80 €. Les Archives Ouvertes : enjeux et pratiques. Guide à l’usage des professionnels de l’information, Sous la direction de Christine Aubry et Joanna Janik ; préface de Laurent Romary, Paris : ADBS Éditions, 2005. – 332 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288) – ISBN 2-84365-079-8 : 30 €

Deux ouvrages indispensables sur le libre accès à l’IST

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LES ARCHIVES OUVERTES SUSCITENT DEPUIS quelque temps un vif intérêt dans le monde de la recherche comme dans celui de l’information et de la documentation [voir par exemple dans ce numéro pages 193 et 232. Ndlr]. Deux ouvrages parus presque simultanément l’an dernier analysent de façon complémentaire, par les angles de vue différenciés qu’ils adoptent, ce mouvement qui bouleverse profondément les modes de diffusion de l’information scientifique et technique.

Archives ouvertes et nouveaux modes éditoriaux

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« Les nouveaux modes éditoriaux, déclare Jean-Max Noyer qui signe la préface de l’ouvrage de Thierry Chanier (p. 11-21), mettent en évidence la transformation profonde des dimensions sociocognitives de la recherche, des formes organisationnelles en cours et de l’économie politique du savoir en devenir. » C’est cette transformation que l’auteur s’applique à démontrer, qui choisit comme axe d’analyse la question des archives ouvertes et des publications scientifiques, essentiellement dans le domaine des sciences humaines et sociales.

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Pour ce faire, Thierry Chanier découpe son travail en sept points et commence par une « Première vue générale sur l’existant où apparaissent en se distinguant profits et qualité scientifique » (p. 29-55). Schémas, courbes et histogrammes à l’appui, il présente le marché parfois « très profitable » des revues, dans toute sa complexité et sa profonde hétérogénéité. Il examine les relations entre les différents acteurs : éditeurs commerciaux ou universitaires, bibliothèques universitaires, sociétés savantes. Il dissocie qualité scientifique et prix élevés et souligne l’importance des relations existant entre citations et accès en ligne. Cela lui permet de révéler l’existence d’un réseau complexe de systèmes de pression provenant de l’extérieur, qui traverse la communauté universitaire pour la dissuader de considérer la publication scientifique comme une partie intégrante de la recherche.

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Dans le chapitre suivant (« Le secteur SHS : l’organisation sociale de la recherche et ses traditions éditoriales », p. 57-67), Thierry Chanier s’efforce d’analyser les facteurs internes qui retardent la prise de conscience par les chercheurs de l’ensemble de ces problématiques, en particulier dans le domaine des sciences sociales caractérisé par une organisation « conservatrice et hiérarchisée ». Le chapitre 4 (« Communautés de chercheurs, publications et réseaux », p. 69-93) s’ouvre par une présentation traditionnelle de la chaîne d’édition et de la place des différents acteurs dans ses composants. Les revues en version papier gardent toute leur importance à l’heure des réseaux. L’imprimerie a profondément bouleversé la société et les communautés de savoir. Elle a permis aux scientifiques de se construire en communautés, en se dotant de modes de communication nouveaux. L’auteur démontre que les technologies de l’information et de la communication induisent d’importants changements dans les communautés de chercheurs et analyse la relation existant entre le développement des réseaux et l’organisation de la communication dans le milieu scientifique.

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Le cœur du processus éditorial explicité permet d’aborder la question des coûts de production d’une revue. C’est l’objectif du chapitre 5 : « Coûts des revues, modèles économiques et première approche de l’accès libre » (p. 95-116). L’auteur s’interroge : « Défaillance du marché de l’édition scientifique ou existence de deux marchés » (académique et commercial) ? Pour répondre à cette question, il faut identifier tous les coûts. Or le modèle économique traditionnel occulte une grande partie des coûts supportés par les acteurs. Il faut donc distinguer le coût des revues « abonné-payeur » et « auteur-payeur », rendre les coûts lisibles et discuter les modèles de revenus, en particulier dans le domaine des SHS.

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Dans les deux derniers chapitres, Thierry Chanier développe une alternative aux revues en accès libre en présentant le paradigme des archives ouvertes. Le chapitre 6 (« L’accès libre à travers les archives ouvertes », p. 117-141) l’entraîne à définir, avec précision et en s’appuyant sur son histoire, ce concept polysémique. Suit l’exposé des éléments logistiques et techniques permettant de mettre en œuvre les serveurs de dépôt de publications en distinguant cette finalité de celle de l’archivage patrimonial. Parmi la variété des archives ouvertes, les archives thématiques, plutôt qu’institutionnelles ou disciplinaires, apparaissent aux yeux de l’auteur comme les plus à même de concentrer l’intérêt des universitaires en SHS ; ces derniers montrant au moment de l’auto-archivage une préoccupation constante concernant les liens contractuels auteur-lecteur et leurs marges de manœuvre par rapport aux éditeurs qui ont publié leurs écrits.

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« Déterminer la place de l’archive ouverte dans les flux de l’IST » (chapitre 7, p. 143-154) implique de redessiner ce flux et de détailler les aspects propres à la documentation (catalogage et indexation). Diffuser et conserver des archives ouvertes implique également d’introduire la notion de « délai de latence » afin d’examiner, à travers des expériences novatrices, la place que les centres d’IST et les éditeurs peuvent occuper dans ce dispositif, mais aussi les limites de ce dernier.

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L’auteur peut enfin donner ses Conclusions (p. 155-165) résumant les enjeux et objectifs prioritaires. Ces dernières sont suivies d’une riche bibliographie, d’une annexe portant sur les droits d’auteur « virtuels » et d’un index qui permet de mesurer la richesse en information de cette étude.

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Écrite dans un style sobre et clair, cette excellente synthèse devrait être lue par tous les universitaires, enseignants et étudiants, quel que soit leur domaine de spécialité et leur niveau de responsabilité, car elle concerne un sujet qui en 2006 est plus que jamais d’actualité. Les chercheurs en sciences de l’information mais aussi les bibliothécaires ou documentalistes ne peuvent ignorer tous les questionnements que suscitent les archives ouvertes de publications scientifiques. Ces acteurs doivent les situer dans leur environnement politique, économique et culturel pour comprendre l’ampleur de leurs enjeux. Ils doivent lire cette étude pour comprendre la dimension professionnelle des archives ouvertes, les traitements documentaires nécessaires et rencontrer ceux qui, sur le terrain, les expérimentent.

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Cet ouvrage de Thierry Chanier rencontre les curiosités et les intérêts d’un grand nombre d’entre nous. Il appelle le professionnel de l’information à la réflexion sur le « bruit » et les auteurs-chercheurs à une plus grande modestie. Les sociologues des sciences ont démontré, en effet, que « dans certains secteurs disciplinaires seulement 1 % des articles publiés ont plus d’un lecteur et que neuf articles sur dix n’ont aucun lecteur ! ». Mais quel chemin à parcourir pour obtenir le « silence » d’auteurs en quête de reconnaissance contre la surinformation et le « bruit » dans lequel nous sommes actuellement plongés !

Archivage ouvert et libre accès à l’IST

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Le travail collectif publié sous la direction de Christine Aubry et Joanna Janik arrive à point pour compléter l’étude de Thierry Chanier en abordant les enjeux et pratiques des archives ouvertes dans une perspective plurielle à destination spécifique du professionnel de l’information.

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Laurent Romary réaffirme dans sa préface un enjeu que l’ouvrage précédemment analysé a bien mis en évidence : « Permettre une communication la plus ouverte possible des résultats de recherche est devenu un enjeu essentiel de toute réflexion sur l’information scientifique et technique. » Dans cette perspective, le réseau Isidora du CNRS, Réseau d’Information Scientifique Interdisicplinaire des DOcumentalistes en Région Alpes et Rhône-Auvergne fondé en 2001, réunit des documentalistes, souvent isolés, pour leur permettre de suivre les mutations technologiques influant sur leurs activités professionnelles. L’une d’entre elles concerne les nouveaux modes de publication. Il appartient aux documentalistes d’inciter les chercheurs à les adopter afin d’améliorer la diffusion de leur production intellectuelle. « Encore faut-il en connaître les tenants et les aboutissants », remarquent Christine Aubry et Joanna Janik en Introduction (p. 9-14). Tel est le but de ce livre structuré en trois parties.

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En préambule, Anne-Marie Badolato et Thérèse Hameau analysent « Le libre accès aux résultats de la recherche » (p. 17-25) pour montrer comment s’est constitué le mouvement du Libre. Elles évoquent, pour cela, les textes fondateurs (qui sont d’ailleurs reproduits en annexe), présentent les acteurs et les premières réalisations, et soulignent que les deux voies du Libre Accès – archivage et publication – ne sont pas antagonistes.

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La première partie traite essentiellement des aspects historiques de ce mouvement. Hélène Bosc les aborde avec : « Archives Ouvertes : quinze ans d’histoire » (p. 31-58), quinze années qui, des premières archives, via des manifestations, des publications et des expérimentations diverses, entraînent vers une prise de conscience élargie à toute la communauté universitaire. Pour appréhender ces Archives Ouvertes, il faut bien comprendre les « Développements du protocole OAI-PMH dans le monde » (p. 63-94). Modèle pour l’échange et la diffusion de l’information, ce protocole soulève des questions techniques et documentaires que Muriel Foulonneau explicite à travers ses différents domaines d’application. Enfin, Gabriel Gallezot focalise son regard sur « Les Archives Ouvertes en France » (p. 97-115) et caractérise l’approche individualiste française en voie de changement avec la prise de conscience des chercheurs sur l’importance des archives ouvertes.

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La deuxième partie de cet ouvrage aborde les aspects techniques à maîtriser pour comprendre pleinement les pratiques de ce nouvel élément du système d’information. Jean-Marc Francony effectue, en ce sens, « Une approche système d’information des archives ouvertes » (p. 119-160). Il y expose de façon claire et pédagogique les problèmes liés au document, ses formes de représentation numérique et soulève la question de la référence au document. Il propose, par la suite, une formalisation des principaux objets et processus accompagnant l’activité éditoriale ; les plates-formes logicielles supportant l’OAI n’ayant pas les mêmes paramètres fonctionnels. Il conclut sur la mise en place d’un projet d’archive institutionnelle.

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« Assurer l’interopérabilité des systèmes documentaires » (p. 163-200) est le souci technique de Muriel Foulonneau qui explicite les concepts et l’architecture du protocole OAI-PMH et décrit le cadre d’interopérabilité des ressources documentaires. Cette contribution, que tous les professionnels de l’information d’aujourd’hui doivent absolument assimiler, permet de comprendre les problématiques liées aux métadonnées, les standards ainsi que les grands principes du protocole OAI-PMH, préliminaires à la mise en œuvre de celui-ci.

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La troisième partie traite des différents aspects de la mise en œuvre des archives ouvertes. C’est d’abord le droit avec Anne-Marie Benoit (« Archives Ouvertes : approches juridiques », p. 225-243). S’inscrivant dans la philosophie du partage de la connaissance, dans cet ample mouvement du Libre Accès, les archives ouvertes suscitent des problématiques originales en matière de droit d’auteur et de droit d’exploitation. Elles ouvrent également sur des solutions originales. Les Creative Commons en sont un exemple.

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Les deux derniers chapitres de ce livre sont plus directement dédiés aux professionnels de l’information. Jean-Philippe Accart et Évelyne Mounier se penchent sur les liens entre « Archives Ouvertes et documentation », et plus spécifiquement sur le « Rôle et [les] responsabilités des professionnels de l’information » (p. 245-265). Après avoir rappelé le contexte actuel des archives en libre accès, ils s’interrogent sur la place qui revient aux professionnels de la documentation dans de tels projets. Ces archives ouvrent de nouveaux chantiers dans lesquels le documentaliste se doit d’avoir un rôle très actif et d’acquérir de nouvelles compétences

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Jean-Michel Salaün synthétise, quant à lui, le rôle des « Bibliothèques et services de documentation dans le mouvement du Libre Accès aux ressources scientifiques » (p. 269-288). Une fois décrite la rupture de l’articulation traditionnelle édition-bibliothèques, il présente les origines du Libre Accès sur le web et une amusante mais très pertinente typologie des habitus des disciplines où l’on distingue « aristocrates », « bourgeois » et « paysans » ! Dans cet environnement, il est indispensable que les bibliothèques se repositionnent.

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Une série d’annexes et d’adresses électroniques données à la suite des textes ou en fin d’ouvrage permettent de concrétiser et d’illustrer les propos des différents auteurs présents dans ce document à la fois exhaustif et pertinent (qualités difficilement conciliables en général). Comme le souligne Jean-Michel Salaün : « Aucun bibliothécaire ou documentaliste servant un public de chercheurs ne peut ignorer aujourd’hui ce mouvement des Archives Ouvertes qui marque une étape décisive du changement de paradigme en cours dans la publication scientifique ». C’est dire en quelques mots synthétiques et précis l’importance de cet ouvrage qui expose tous les enjeux des Archives Ouvertes.

Un rôle déterminant pour les professionnels de l’I-D

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Tous les professionnels de l’information actifs, aujourd’hui ou demain, sur le terrain de la pratique ou de la recherche doivent impérativement lire ces deux ouvrages si différents mais si complémentaires. Ils leur apporteront, dans des perspectives différentes, les réponses aux questions que bon nombre d’entre nous se posent sur le pourquoi ? le pour qui ? le par qui ? et le comment ? des archives ouvertes. Ils leur permettront de comprendre le rôle actif et déterminant qu’il leur appartient de jouer dans ce mouvement qui est grandement le leur, au même titre que celui des chercheurs.

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Marie-France Blanquet

La publicisation de la science : exposer, communiquer, débattre, publier, vulgariser. Hommage à Jean Caune, Sous la direction d’Isabelle Paillart, Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2005. – 206 p. – (Communication, médias et sociétés, ISSN 1158-9876) – ISBN 2-7061-1283-2 : 18 €

La culture scientifique et technique dans la société contemporaine

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REDUIRE CET OUVRAGE, ISSU D’UN COLLOQUE tenu en mars 2004 à l’Institut de la communication et des médias de Grenoble, aux méthodes et techniques de vulgarisation de la science serait en négliger la richesse. En effet, il pose avant tout le problème de la place que fait la société actuelle à la science et s’interroge sur la notion, relativement neuve et ambiguë, de « culture scientifique et technique » (CST).

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La « mise en public » de la science s’inscrit, rappelle Bernard Schiele, « sur fond de désenchantement du Progrès » (p. 13) à partir des années 1960-1970. Faisant l’historique des actions entreprises, et pas seulement en France, il en analyse les idées-forces, « le noyau dur de significations » (p. 16-19). Il en présente un bilan tiré d’enquêtes et d’indicateurs européens et nord-américains, et débouche sur la nouvelle problématique du rapport au savoir : comment saisir, à partir des transformations de la publicisation de la science, passée largement des mains des scientifiques à celles des spécialistes des relations publiques, ce qui constitue actuellement la CST ?

« Mise en culture » de la science et médiatisation de la CST

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Trois enquêtes vont permettre d’en apprendre un peu plus sur la place et le sens que l’on donne à la science dans la société actuelle.

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Cherchant à savoir comment la presse généraliste traite de la CST, dont il ne définit d’ailleurs pas le champ, Daniel Jacobi en a systématiquement relevé toutes les occurrences dans un mois de parution du journal Le Monde (15 juillet – 15 août 2004). Le tableau obtenu est mitigé. D’une part, « ni les sciences ni les techniques ne sont considérées comme des thématiques culturelles majeures par le journal » (p. 57). Mais, d’autre part, elles s’éparpillent un peu partout, ce qui semble conforme à la place qu’elles occupent dans la quotidienneté du lecteur. Ainsi maltraitée, la CST subit un traitement qui ne lui permet guère de jouer le rôle démocratique qu’assigne le discours ambiant à la vulgarisation scientifique.

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Joëlle Le Marec, dont on connaît les travaux sur le public des musées scientifiques, n’est pas plus optimiste dans sa conclusion. S’interrogeant sur ce que recouvre le terme de « public » dans les études faites sur les relations entre science et société, elle scrute et la notion d’enquête et celle de public à travers divers travaux menés régulièrement en Europe et aux États-Unis sur la culture scientifique des individus et leur opinion sur la science. Au terme d’une analyse très fine qu’il est impossible de résumer ici, elle dégage les malentendus croissants entre les visiteurs de musée et ceux supposés comprendre et dévoiler leur rapport à la science – malentendus souvent traduits par l’invocation fameuse du « déficit culturel » du public. Sortir de cette impasse ne paraît pas simple car, « si méfiance il y a, elle peut venir des moyens même utilisés pour la conjurer sans cesse » (p. 102).

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Quant à Suzanne de Cheveigné, elle recherche s’il existe « un espace public scientifique européen » (p. 104) ignorant des frontières. Elle analyse le traitement, dans les journaux télévisés de huit pays européens (soit quinze chaînes en cinq langues), d’informations concernant la science, la technologie, la médecine ou l’environnement. L’approche quantitative est affinée par une analyse qualitative du traitement fait à trois événements importants de l’année 1994 : le naufrage du ferry Estonia en Suède, la fuite de pétrole survenue dans le nord de la Russie et la peste en Inde. L’accent est porté sur deux points : la place faite par le JT au médiateur, censé être détenteur du savoir sur l’événement, et le « cadrage » de la nouvelle présentée, c’est-à-dire les termes – humains, économiques, sociaux ou politiques – selon lesquels le JT l’analyse. Se dessine ainsi une image des relations entre science et société très différente et d’une chaîne à l’autre et d’un pays à l’autre. « Les modes d’énonciation varient d’une chaîne à l’autre, reflétant les attentes des téléspectateurs, autant qu’ils varient d’un pays à l’autre » (p. 122). Si une unité existe à l’échelle européenne, c’est de ce point de vue.

Identité de la culture scientifique et technique

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Enfin, après la « mise en culture » de la science et le questionnement sur la médiatisation de la CST, c’est la science qui est mise en débat dans les trois dernières contributions.

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Qu’en est-il exactement de l’espace public scientifique ? En en admettant l’existence, certes évidente, Bernard Miège en dénonce les faiblesses et les fragilités (p. 130-140). « Englué » dans la promotion des techniques, en liaison de plus en plus étroite avec le développement industriel (comme l’a si bien mis en évidence Jürgen Habernas dès 1968), trop négligé par les acteurs sociaux, l’espace public scientifique est bien loin de former l’« Espace public scientifique sociétal » (p. 140) dont le besoin se fait pourtant sentir.

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Pour sa part, Isabelle Paillart s’attache au processus d’institutionnalisation de la science et aux formes de communication qui le produisent (p. 142-149). Elle en examine les transformations, en particulier devant la « montée en puissance » des collectivités territoriales et l’apparition de nouveaux acteurs et de nouveaux supports. Quel en sera l’impact sur l’espace public scientifique ?

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Jean Caune, en l’hommage duquel l’ouvrage a été réalisé, reprend et élargit le débat en posant une question fondamentale : celle de l’identité de la CST. « Est-elle le substrat d’une culture en formation, celle d’une société de l’information et de la connaissance », ou reste-t-elle « condamnée » à subsister aux côtés d’une culture humaniste, elle-même en crise (p. 162) ? Il conclut son analyse de la globalité de la culture scientifique et de ses « types » de fonctionnement dans la sphère publique en appelant – ce qui reprend tout l’ouvrage – au renouvellement des « conditions du débat et de la confrontation dans l’espace public ».

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On trouvera, en postface, le questionnement posé par Laurent Chicoineau, directeur du Centre culturel scientifique, technique et industriel (CSTI) de Grenoble, sur les missions, les pratiques et les expérimentations de ce type d’institutions et l’appel qu’il fait aux sciences humaines pour leur évaluation, voire leur renouvellement.

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Une importante bibliographie internationale clôt cet ensemble où l’on trouvera ample matière à réflexion.

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Claire Guinchat

La grande numérisation : y a-t-il une pensée après le papier ?, Lucien Xavier Polastron, Paris : Denoël, 2006. – 198 p. – (Impacts). – ISBN 10 : 2-207-25669-3, ISBN 13 : 978-2-207-25669-5 : 17

Un violent pamphlet sans véritable perspective

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LE PREMIER CHAPITRE DONNE LE TON : l’ouvrage commence par une volée de bois vert contre la BnF et les choix qui ont présidé à sa mise en place et à la numérisation de ses fonds. Disons-le d’emblée : il s’agit d’un ouvrage d’opinion, polémique, véritable pamphlet en faveur de bibliothèques gratuites et ouvertes à tous, y compris sous forme numérique, et que l’auteur juge menacées par les décisions politiques prises ces dernières années par les différents acteurs. Lucien X. Polastron est historien des arts de l’écriture et défend bec et ongles la finalité (traditionnelle ?) des bibliothèques : rendre accessibles à tous les œuvres littéraires de qualité.

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Tout en reconnaissant le chamboulement apporté par la numérisation des livres, mais aussi une formidable opportunité pour partager l’accès aux écrits, l’auteur critique successivement l’approche franco-française opposée aux ambitions de Google, Amazon et autres chevaliers de l’industrie anglo-américaine, le conservatisme ou le jeu ambigu des éditeurs, le silence relatif des bibliothécaires et des intellectuels, le développement des contraintes législatives et autres lois DAVSI, la mainmise sur l’écrit et la marchandisation des savoirs, jusqu’à l’inertie des lecteurs et autres usagers des bibliothèques. Il s’appuie sur les idéaux défendus par Paul Otlet avec son Mundaneum ou H. G. Wells et, plus près de nous, par Jean Gattégno, ou encore sur l’esprit présidant au développement de Wikipédia, cette encyclopédie ouverte et libre d’accès, et souligne les initiatives courageuses d’institutions locales pour la numérisation de certains fonds.

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Un chapitre, d’ailleurs, recense les différents projets ou réalisations, en matière de numérisation de livres, montrant au passage l’absence de coordination ou l’incohérence de certains grands programmes, voire l’absurdité, aux yeux de Lucien X. Polastron, de ne pas toucher aux publications récentes du fait des droits attachés aux œuvres. Il annonce la réduction des moyens attribués aux bibliothèques traditionnelles et s’inquiète d’une éventuelle disparition de ces lieux de culture et d’éducation, sous prétexte de numérisation, mais dont les dégâts seraient davantage à attribuer au libéralisme et aux intérêts privés.

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Sur la forme, cet ouvrage donne l’impression d’enchaîner une suite d’articles liés à l’actualité et, contrairement à ce que voudrait suggérer le sous-titre, on a l’impression que l’auteur n’a pas vraiment une « pensée » conductrice proposant une perspective. Mais est-ce la vocation d’un historien ?

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Éric Sutter

Dynamiques informationnelles dans les organisations, Brigitte Guyot, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2006. – 236 p. – (Finance, gestion, management). – ISBN 2-7462-1294-3 : 45 €

Une utile synthèse sur la question complexe de la gestion de l’information

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EN UTILISANT DES TERMES AU PLURIEL, LE TITRE donne le ton de cet ouvrage et reflète bien la thèse de l’auteure, maître de conférences à l’INTD et spécialiste de la communication organisationnelle, à propos de la complexité de la gestion de l’information.

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Le premier chapitre dresse un rapide panorama de l’évolution des organisations et de l’évolution du rôle joué par l’information et, en conséquence, de l’évolution des modes de gestion de celle-ci. Brigitte Guyot rappelle aussi l’influence qu’a eue l’évolution de l’environnement de l’entreprise sur la gestion de l’information. Elle consacre le chapitre suivant à l’approche systémique, démontrant la pluralité des systèmes d’information, des dispositifs d’information et des outils, et la nécessité de les relier. Elle présente aussi dans ce chapitre la problématique des activités de service et celle de la relation avec l’usager.

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Le troisième chapitre présente une typologie et les grandes caractéristiques des dispositifs d’information que l’on peut rencontrer au sein des organisations, en distinguant l’information associée à la gestion d’un processus et à l’organisation du travail et les ressources informationnelles. L’auteure tente de positionner les différents dispositifs tels que la gestion des documents, la gestion de la veille stratégique, les archives, la gestion des connaissances, et de montrer les liens entre ces dispositifs ainsi que la difficulté d’une complète intégration.

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Le chapitre quatre aborde la problématique de la « mise en document » de l’information, autrement dit celle de la mise en forme éditoriale et du marquage documentaire et des incidences que cela peut avoir pour l’usager amené à rechercher des informations. Cela amène à aborder aussi le statut et les caractéristiques des documents.

Les aspects sociologiques du management de l’information

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Le chapitre suivant est consacré aux pratiques professionnelles, c’est-à-dire aux aspects sociologiques. Un chapitre plus conséquent que les précédents, qui permet d’aborder quelques généralités sur les concepts de métier, de culture d’entreprise et de situation de travail, avant de présenter les différents paramètres qui influent sur le besoin d’information et sur son usage. L’auteure détaille l’activité d’information associée à une tâche et la relation entre l’individu et les différents dispositifs d’information, y compris en tant que producteur de document. Il en découle que, pour produire ou rechercher des informations, l’usager doit disposer de certaines compétences et que cela l’amène à mettre en place un système d’information personnel, ce qui peut poser des problèmes de cohérence avec les dispositifs d’information collectifs.

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Le chapitre six constitue d’une certaine façon un guide pour comprendre et représenter une situation d’information, en proposant plusieurs méthodes assez classiques. Trois exemples d’observation sont présentés : le bureau électronique, le serveur de fichiers, l’intranet. Brigitte Guyot soulève à cette occasion le problème de la gestion de la finalité multiple des documents. Un dispositif unique peut-il régler le problème et couvrir des problématiques aussi différentes que celles de la mémoire, de la communication, de la capitalisation, de l’exploitation de l’information, de l’organisation du travail, du fonctionnement en réseau ? Elle ne propose pas de solution mais invite le manageur de l’information à prendre en considération cette diversité d’usages.

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Car les activités d’information doivent être managées. Abordée dans le septième chapitre, cette dimension est analysée à travers le rôle du management et à travers les différentes visions (comptable, organisationnelle, politique, etc.) que l’on peut rencontrer au sein des organisations. En réalité, plusieurs niveaux de management doivent être identifiés ainsi que diverses responsabilités. L’auteure est consciente que le management est soumis à des tensions contradictoires et que les manageurs se trouvent souvent engagés dans une « économie de la convenance » pour faire correspondre les dispositifs à des besoins hétérogènes. Constat est fait que l’uniformisation des modes de traitement de l’information cale, pour partie, devant les spécificités des situations et la complexité des éléments en jeu, devant la diversité des logiques à prendre en considération, devant l’instabilité des organisations.

Trouver la solution propre à chaque organisation

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Cet ouvrage dresse donc un panorama des différentes composantes ou facettes qui constituent le management de l’information, en mêlant discours académique et exemples à fins pédagogiques, en privilégiant un peu la dimension sociologique, ce qui le distingue des autres ouvrages récemment parus sur le management de l’information, plutôt focalisés sur l’organisation. Au contraire des ouvrages théoriques et parfois difficilement compréhensibles, celui-ci aide tout un chacun à « comprendre » un univers qui est loin d’être simple, à identifier les problématiques – ce serait le mot clé qui le caractériserait le mieux – et évitera probablement au manageur qui le lira de se précipiter vers des solutions simplistes ou technicistes.

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Mais il ne va guère au-delà des constats concernant la place des documents et des dispositifs d’information dans l’activité professionnelle. Attirer l’attention sur la complexité des organisations et sur les interactions multiples qu’il faut maîtriser entre les individus et les dispositifs d’information est cependant faire œuvre utile, surtout quand le pragmatisme est, d’une certaine façon, suggéré par l’auteure pour trouver la solution propre à chaque organisation. En tout cas, le jeu de clés à utiliser est donné. Le professionnel de l’information en poste comme l’étudiant en fin d’études en sciences de l’information y trouverons une utile synthèse à lire avant d’aborder les aspects opératoires.

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Éric Sutter

L’Information - communication, objet de connaissance, Bernard Miège, Bruxelles : De Boeck & Larcier ; Bry-sur-Marne : INA, 2004. – 248 p. – (Médias Recherches, ISSN 1378-4099). – ISBN 2-8041-4668-5 : 28,50 €

Une synthèse de la pensée d’un maître des sciences de la communication

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FAUT-IL PRESENTER BERNARD MIEGE ? Professeur de sciences de la communication à l’Université Stendhal Grenoble-3, il est l’auteur de nombreuses publications sur les rapports entre communication, techniques et sociétés. Il réunit ici une vingtaine de contributions publiées entre 1989 et 2004 (ou, pour certaines, inédites), réparties en quatre chapitres et qui permettent de suivre l’évolution de ses travaux.

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« Penser la relation Information-Communication » (1) regroupe essentiellement des textes sur la communication et replace cette notion dans le contexte hautement « techniciste » ou « technicisé » dans lequel nous vivons : elle est multi-dimensionnelle, elle « s’industrialise » au même titre que l’information. L’auteur pose deux questions essentielles : a-t-on véritablement affaire à une révolution informationnelle ? Les moyens d’information et de communication sont-ils à l’origine d’une déterritorialisation des activités humaines ? La mondialisation, terme tant décrié, reste un défi pour les citoyens : cela revient bien entendu à parler du travail, du travail en réseau, de la société de l’information en général. Pour Bernard Miège, les changements qu’apporte la technologie, aussi importants soient-ils, confortent plutôt le mode de production dominant où la communication s’insère de plus en plus.

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« À la recherche des logiques sociales de la communication » (2) aborde divers thèmes tels les industries culturelles, le communicationnel et le social, l’économie politique de la communication. « En référence à une théorie de l’action » (3) évoque différents aspects du concept d’« espace public » confronté à l’essor de la communication : peut-on toujours parler d’espace public dans les sociétés démocratiques occidentales ?

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« Plaidoyer (réaffirmé) pour l’interdisciplinarité et les méthodologies correspondantes » (4) est une défense de la recherche critique. Bien que la recherche en communication occupe une voie étroite, les sciences de l’information et de la communication présentent l’avantage de pouvoir appliquer des méthodologies inter-sciences, avec des problématiques transversales. L’auteur ne livre pas de réelle conclusion à cet ouvrage, estimant qu’il retrace plutôt le parcours intellectuel d’une quinzaine d’années, constituant une étape et un « moment de clarification ».

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Bernard Miège est certainement à l’heure actuelle un des « maîtres à penser » de la communication en France. Ce livre est un bon exemple de sa démarche intellectuelle qui refuse toute théorie générale de la communication. Il est une bonne synthèse des idées directrices qui sous-tendent sa pensée de manière générale.

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Jean-Philippe Accart

Marketing des systèmes et services d’information et de documentation : traité pour l’enseignement et la pratique du marketing de l’information, Nozha Ibnlkhayat ; préface de Réjean Savard, Sainte-Foy (Québec) : Presses de l’Université du Québec (diff. Distribution du nouveau monde, 30 rue Gay-Lussac, F-75005 Paris), 2005. – XXXII-456 p. – (Gestion de l’information). – ISBN 2-7605-1285-1 : 79 $

Un ouvrage de référence sur le marketing documentaire

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CERTAINS LIVRES, PLUS QUE D’AUTRES, attirent l’attention : l’auteur, le titre, la couverture sont autant d’éléments importants qui nous font choisir un livre. Dans le cas présent, l’auteure, Nozha Ibnlkhayat – professeure à l’École des sciences de l’information de Rabat (Maroc) – m’était inconnue, et la question de savoir quel pouvait être ce nouvel ouvrage sur le marketing appliqué aux services d’information était en soi intéressante : les spécialistes de la question sont bien connus, qu’ils portent les noms de Réjean Savard, Jean-Michel Salaün, Florence Muet ou Éric Sutter. Désormais, le nom de Nozha Ibnlkhayat trouve naturellement sa place parmi les leurs.

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La qualité de cet ouvrage, sa complétude, sa présentation, son style sont autant d’éléments qui le distinguent et en font un véritable ouvrage de référence, que l’on peut appréhender à différents niveaux, aussi bien en tant qu’étudiant, enseignant ou professionnel de l’information. Très didactique, il explique pas à pas la démarche marketing à l’aide de schémas ou de figures diverses. Chaque chapitre fait l’objet d’un résumé, comprend une bibliographie, des exemples et une étude de cas. Un glossaire en fin d’ouvrage complète l’information. Rien ne semble avoir été oublié pour rendre cet ouvrage pratique. Il est divisé en quatre grandes parties que nous allons explorer afin de donner une idée concrète du contenu.

« Comprendre le marketing et l’opportunité de son application »

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La première partie montre combien le marketing de l’information est dorénavant un besoin vital dans le contexte de la société de l’information. Pour cela, les concepts et les repères de la notion de marketing sont explicités, parmi lesquels le besoin, la demande, les produits, la valeur, les échanges, les réseaux, les marchés, les clients. L’auteure fait constamment le rapport entre les concepts clés du marketing et leur application aux services d’information et de documentation, à l’aide de schémas et de tableaux comparatifs.

« Analyser le marché ou faire de la recherche marketing »

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La suivante met en relief les étapes requises d’un projet de recherche marketing : planification, identification du problème, de ses symptômes, définition des besoins en information par rapport à l’environnement interne et externe. Un cadre scientifique s’avère nécessaire à toute recherche marketing, que celle-ci soit exploratoire, causale ou descriptive. Les données internes ou externes au service d’information sont également distinguées. Le chapitre qui suit sur les méthodes de collecte des données intéressera sûrement les professionnels : elles sont quantitatives (mesure des besoins des usagers) ou qualitatives (entretien, enquête, questionnaire, analyse de citations). L’exécution du projet de recherche marketing consiste en l’élaboration des outils de collecte des données, en le choix de la population, en la collecte elle-même des données, puis leurs traitement et analyse.

« Élaborer les stratégies marketing »

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Pour ce faire, il faut segmenter et cibler les usagers afin qu’ils forment des sous-groupes homogènes (troisième partie). Les moyens utilisés sont l’enquête, l’analyse et l’identification du segment. En vue d’une implantation sur un marché et du positionnement d’un produit ou d’un service, il est possible de choisir entre trois approches différentes : un marketing concentré, un marketing différencié ou en ciblant une clientèle et en isolant un groupe. Le chapitre six explore un point important pour tout professionnel de l’information : l’élaboration de produits informationnels et leurs prix. Produit et prix, ainsi que la distribution, sont des composants du « marketing mix ». Cependant, la stratégie mise en place serait inopérante sans une communication efficace faisant appel à la publicité, aux relations publiques et à la promotion. L’aspect « personnel » et notamment « personnel d’accueil » n’est pas négligé.

« Planifier et contrôler les activités marketing »

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La quatrième et dernière partie envisage d’analyser la situation du service d’information par rapport à l’environnement interne et externe, mais également en considérant ses forces et ses faiblesses. L’idée générale qui sous-tend la démonstration est de permettre au service d’information de s’adapter aux changements de manière continue.

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Ce résumé ne donne bien entendu qu’un aperçu très partiel du contenu réel de ce livre. Celui-ci peut s’appréhender de différentes manières, chaque chapitre constituant un tout concis et précis sur la notion développée. S’il est difficile d’affirmer que cet ouvrage apporte une vision nouvelle du marketing, il remet cependant en perspective les concepts de la démarche marketing, avec des exemples concrets que l’on suppose tirés de l’expérience de l’auteure : ils sont très variés, allant de la bibliothèque publique au centre de documentation spécialisé en passant par un centre multimédia. Ils ajoutent une valeur certaine à la démonstration générale. Réjean Savard l’affirme à juste titre dans la préface : « Pour la première fois, les nombreux professionnels de l’information de tous les pays francophones pourront avoir accès à un traité qui couvre tous les aspects du marketing appliqués aux services et systèmes d’information. »

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Jean-Philippe Accart

Le droit d’auteur et l’édition, Emmanuel Pierrat, 3e éd. rev. et augm. – Paris : Électre-Éd. du Cercle de la librairie, 2005. – 475 p. + un cédérom PC/Mac. ISBN 2-7654-0914-5 : 40 €

Un précieux manuel sur le droit d’auteur, dense et complet

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DANS CE MANUEL, MISE A JOUR D’UNE PREMIÈRE version proposée en 1995, Emmanuel Pierrat décrypte le code de la propriété intellectuelle et ses évolutions, en mettant l’accent sur plusieurs éléments liés étroitement à l’édition et en s’appuyant notamment sur les notices qu’il rédige depuis plusieurs années pour le magazine Livres Hebdo.

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Il rappelle ainsi, dans une première partie, les conditions de la protection par le droit d’auteur, et propose ensuite une typologie très fine des œuvres susceptibles d’être protégées au titre du droit d’auteur, mais selon un classement qui lui appartient : œuvres premières, œuvres dérivées, bases de données, titres et créations des éditeurs. Dans cette deuxième partie, on trouvera aussi, un peu curieusement car c’est un thème étranger au droit d’auteur, des informations pratiques relatives au droit à l’image.

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Une troisième partie fait le point sur les droits patrimoniaux et moraux accordés aux titulaires de droits, en mettant naturellement l’accent sur les thèmes propres au secteur de l’édition, comme le droit d’exposition, les « nègres », les adaptations audiovisuelles, etc. Puis, après avoir abordé, dans les deux chapitres suivants, la délicate question de la titularité des droits, du régime matrimonial et de la succession, il s’attarde quelque peu sur une autre question tout aussi complexe qu’est la durée des droits. Ce n’est que dans une septième partie que l’on pourra consulter les informations relatives aux différentes exceptions ménagées par la loi au profit des usagers (et dont une loi de 2006 vient d’accroître la liste).

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Les chapitres 8 à 12 donnent alors des précisions sur toute une série de contrats : le contrat d’édition, les contrats à compte d’auteur et de compte à demi, les contrats du domaine de l’audiovisuel, les contrats de traduction, de direction de collection, de coédition, de packaging, de droit « poche » et le contrat multimédia.

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Puis, après avoir évoqué les conventions qui nous gouvernent au niveau international, Emmanuel Pierrat, dans un chapitre conclusif, fait également le point sur un autre aspect incontournable : les actions en contrefaçon et en concurrence déloyale.

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Il s’agit d’un ouvrage dense, certes, puisqu’il occupe plus de 470 pages, mais précieux, qui permet de mieux comprendre les questions liées au droit d’auteur et que l’on appréciera tout particulièrement pour les nombreux modèles de contrats et de demandes d’autorisation, et pour les divers codes d’usages et de conventions propres à divers domaines qu’il propose également sur un cédérom qui lui est joint. Il est complété, d’autre part, par une série d’adresses utiles, une bibliographie, des extraits du Code de la propriété intellectuelle et un index particulièrement utile.

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Michèle Battisti

Le droit du livre, Emmanuel Pierrat, 2e éd. rev. et augm. – Paris : Électre-Éd. du Cercle de la librairie, 2005. – 372 p. – ISBN 2-7654-0913-7 : 38 €

Des réponses aux questions liées au droit du livre

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QUE L’ON NE S’Y TROMPE PAS : « L’AMBITION de cet ouvrage est à la fois modeste et sans limites ». Publié en même temps que le précédent, ce manuel traite à la fois, comme le souligne Emmanuel Pierrat, des questions propres au droit de la propriété intellectuelle, au droit de l’information, au droit du travail, au droit commercial, au droit de la consommation – et la liste n’est pas close. Pour faire le point sur les difficultés nombreuses auxquelles les professionnels du livre sont confrontés, il aborde les questions juridiques sous un autre angle que dans l’ouvrage précédent.

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Dans une première partie, il donne des détails sur les différents acteurs, selon un classement un peu confus puisqu’il traite tour à tour les formes juridiques que sont la société commerciale et l’association à but non lucratif, le droit des revues, le nom et la marque, la cession de fonds de commerce, etc. Cette longue liste se termine par les bibliothèques à propos desquelles l’auteur aborde tour à tour, dans un classement tout aussi étonnant, le statut juridique, le personnel, les archives publiques, le pluralisme, la reprographie et le droit de prêt.

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Après un chapitre consacré au droit de fabrication, Emmanuel Pierrat donne des précisions sur le droit des divers collaborateurs – un aspect éminemment complexe, lui aussi. On retrouve ensuite le droit de la propriété littéraire et artistique, soit le droit d’auteur, mais de manière moins détaillée que dans le manuel précédent. En revanche, une place plus grande est accordée aux problèmes relatifs à la liberté d’expression, aux divers délits de presse, à la responsabilité civile, au respect de la vie privée, au droit de l’image et au régime spécifique des œuvres destinées à la jeunesse.

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Dans les multiples chapitres de cet ouvrage, on trouvera aussi des parties entières consacrées aux dépôts et mentions obligatoires, au droit de distribution et de diffusion, au prix unique du livre, au régime juridique de la publicité et de la promotion des ventes ou de l’opération des ventes, ainsi qu’à la fiscalité. Et le chapitre douze reprend le droit du multimédia appliqué aux métiers du livre, de manière particulièrement détaillée. Quant au dernier chapitre, il présente, en quelques pages, les aides et les subventions en matière de livre et de la lecture.

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En annexe, un index permet de retrouver les informations recherchées, sous un classement un peu déconcertant. C’est un ouvrage aussi dense que le précédent mais tout aussi utile, car il répond à de multiples questions que l’on peut se poser dans la pratique quotidienne, que l’on peine à retrouver dans les textes légaux ou pour lesquelles il serait bien difficile d’établir des synthèses à partir de la jurisprudence ou de la doctrine.

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Michèle Battisti

Photographie : questions de droit, Paris : Victoires Éditions, 2005. – 109 p. Numéro de : Légicom, ISSN 1244-9288, n° 2005/2, n° 34. – ISBN 2-908056-94-1 : 51 €

Un riche support pour une réflexion sur le droit appliqué à l’image

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DROIT A L’IMAGE, DROIT DE L’IMAGE, DROIT des photographes, trois chapitres articulés d’une manière somme toute très classique mais ô combien efficace pour bien cerner ce sujet d’actualité ! La presse n’a-t-elle pas obtenu un amendement au projet de loi sur le droit d’auteur qui lui accorderait la possibilité d’effectuer des reproductions fugitives d’œuvres dans le cadre de ses reportages ? Il semble, en effet, que l’on soit allé très loin dans la volonté de protection de l’image et cet ouvrage, fruit de la collaboration de neuf experts, démontre bien que les effets de balancier, réactions à une protection ou à un laxisme excessifs, ont été fréquents dans ce domaine.

Autour du droit à l’image…

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L’image peut heurter le droit à la dignité. Un premier article fait le point sur l’origine du concept de droit à l’image et donne des détails sur les quelques textes auxquels on peut se référer pour revendiquer une telle protection. On note une volonté progressive de « moralisation de l’image de presse » et c’est un arrêt de la Cour de cassation daté du 4 novembre 2004 qui va tempérer cette évolution, répondant ainsi aux abus constatés. Ce que l’on exige désormais, c’est que soit démontrée l’existence « d’une vraie souffrance subie à la suite de la publication d’une image ». Mais l’auteur met l’accent aussi sur les incertitudes qui subsistent et émet quelques craintes liées à la nature « floue et molle du concept de dignité ». Il souhaite ainsi que l’on veille à ce que le « photographiquement correct » ne puisse « gommer d’un trait de plume judiciaire les souffrances de la société »… ce qui serait « une voie […] dangereuse pour l’information ».

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Après ces concepts quelque peu généraux, un deuxième article propose des détails sur les difficultés liées à l’exploitation de l’image des biens. Mais il convenait aussi de se poser des questions sur les connotations des termes d’« exploitation » et d’« image des biens », de rappeler la diversité des sources de droit, de présenter cette articulation particulièrement délicate du droit avec les libertés fondamentales puisque, derrière les motivations économiques, peut aussi se cacher, tout simplement, une volonté de tranquillité. Mais le risque, est-il aussi souligné, est le « floutage d’une image aseptisée ». Est-ce cela que nous voulons ? Le contrat peut être une réponse qui offre des garanties aux deux parties. Mais l’auteur s’interroge aussi longuement sur la confusion des valeurs et présente des alternatives à la surprotection. Il détaille tous les risques que représentent les troubles à la personne, d’une part, les troubles à la propriété, d’autre part, et rappelle en une analyse très approfondie les décisions jurisprudentielles prises à cet égard, en mettant l’accent sur l’arrêt de la Cour de cassation du 10 mars 1999 qui représente un « revirement » important. Si le principe est désormais celui de la liberté, cette liberté ne doit pas occasionner de trouble. Le professionnel doit être un professionnel responsable.

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Il n’existe finalement que quelques articles du droit pénal qui font directement référence à l’image. Et ce sont ces textes très hétérogènes que présente le troisième article, beaucoup plus court que les précédents. Comme l’auteur le souligne fort justement, « les dispositions concernées ne sont pas le fruit d’une volonté cohérente ».

Autour du droit d’auteur de l’image…

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Il fallait rappeler que la notion d’originalité qui permet de revendiquer un droit d’auteur suscite de nombreuses questions. Comment, en effet, dissocier la création d’un simple savoir-faire ? Établir une distinction entre ces deux processus est une tâche difficile lorsque l’on sait que la valeur de la création finale ne représente pas forcément l’élément discriminant ni même les compétences requises. Par ailleurs, l’auteur ne sera « pas toujours celui qui a appuyé sur le bouton » et l’image peut être de qualité tout en restant banale car identique à bien d’autres. On comprend bien les difficultés d’une telle évaluation par le juge…

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Sans doute fallait-il aussi rappeler que la protection par le droit d’auteur s’applique bien évidemment à l’image numérique, et souligner ainsi la remarquable capacité d’adaptation du droit d’auteur. Il n’en reste pas moins que le support numérique présente des difficultés d’application liées à « l’éclatement des pratiques et des résultats ». Le poids de la technique, par exemple, peut « contrarier l’investissement créatif ». On ne protège pas, en effet, une photocopie par un droit d’auteur, comme il est fort bien rappelé.

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Les auteurs de cet article analysent ensuite toutes les situations que l’on peut rencontrer. L’on constatera ainsi que les questions qui se posent seront différentes selon que les ?uvres sont nées numériques ou simplement numérisées. De sorte que le photographe peut être tour à tour technicien, auteur d’une œuvre composite, voire créateur numérique « lorsque l’œuvre initiale s’efface ». L’analyse juridique qui est proposée est très complète, qui rappelle aussi que les droits sur les formats de fichiers et les droits du producteur de bases de données peuvent aussi entrer en lice et qu’il convient de ne pas les négliger. Par ailleurs, il faut réussir à qualifier juridiquement le photographe et définir notamment s’il est un salarié ou un prestataire extérieur, si sa création est incluse dans une œuvre collective, dans une œuvre de collaboration ou s’il a opéré à titre individuel. L’accent est aussi mis sur les inadaptations de certains usages, sur la nécessité d’obtenir par contrat la preuve de la cession et sur les atteintes aux droits moraux de l’auteur facilitées par le numérique.

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C’est la notion d’équilibre qui est mise en exergue dans l’article suivant, plus exactement un équilibre entre la liberté de l’auteur de l’image et la protection des œuvres réutilisées. Si « la création est par essence une réappropriation », le droit d’auteur ne consacre que certaines limites à la réservation. On imagine bien les difficultés sous-jacentes, surtout à une époque où l’on tend à étendre considérablement le champ protégeable et la durée de la protection. L’auteur fait le point sur la jurisprudence en comparant la situation française à celle de l’Allemagne, pays qui, s’appuyant sur les droits fondamentaux, semble beaucoup plus ouvert. « Droit de savoir comprend droit de voir » et interpréter les textes de manière trop rigide, être un « obsédé textuel », peut avoir des conséquences graves. L’auteur plaide ainsi – et nous le rejoignons dans son approche – pour la préservation d’espaces de liberté et pour une protection différente afin que certaines valeurs tout aussi fondamentales que le droit d’auteur soient également respectées.

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Il était difficile de ne pas aborder dans ce contexte la gestion collective des droits d’auteur. Après avoir noté que le numérique aurait pu bouleverser un paysage relativement figé pour le support papier, l’auteur de cet article aborde dans un premier temps la gestion collective obligatoire des photographes, celle qui couvre la reprographie, la copie privée, la retransmission par câble, sans oublier le droit de prêt en bibliothèque. Puis il souligne qu’il existait parallèlement une gestion collective volontaire des photographes qui couvre la télédiffusion mais aussi la diffusion sur Internet. L’auteur de l’article est, il est vrai, directeur d’une de ces sociétés collectives et l’on peut peut-être regretter que d’autres modes de gestion rendus possibles par l’environnement numérique ne soient pas évoqués, ce qui aurait permis de dresser un tableau réellement complet de la gestion des modes d’exploitation des images.

Et un cas très particulier pour clore ce dossier, celui du statut social du photojournaliste

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« L’état des lieux » sur ce point souligne la disparité, voire les « contradictions » de statuts qui diffèrent selon que le photojournaliste opère pour une entreprise de presse ou pour une agence de presse. Il souligne aussi les solutions de contournement « insatisfaisantes » qui sont proposées aujourd’hui. Internet ayant « réveillé » la question du droit d’auteur, il devient pourtant indispensable de définir les modalités de la rémunération complémentaire en droits d’auteur. Puisque le critère de première publication utilisé désormais pour entreprise de presse s’avère non opérant pour l’agence de presse, doit-on se limiter à l’exploitation initialement convenue pour salaire et une nouvelle exploitation en droit d’auteur ? L’auteur préconise « une approche pragmatique fondée sur la volonté des parties et la réalité économique ».

Une publication, support de réflexion

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Ce numéro de la revue Légicom date de juin 2005. Mais, finalement, aucune nouveauté majeure, nous semble-t-il, n’est apparue ces derniers mois, en dehors bien sûr de l’amendement au projet de loi évoqué dans notre introduction. Ce dossier n’est certes pas un guide pratique mais plutôt un support pour une réflexion sur le droit appliqué à l’image. À ce titre, c’est un document indispensable pour tous les gestionnaires de banques d’images. Mais il n’est pas sans intérêt pour tous ceux qui seraient amenés à gérer ponctuellement des œuvres de ce type (et, dans l’environnement numérique, ils seront de plus en plus nombreux) et pour ceux qui sont préoccupés par les évolutions juridiques. On regrettera peut-être l’absence d’introduction et de conclusion, mais cela n’ôte rien au grand intérêt de cette publication.

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Michèle Battisti

Titres recensés

  1. Archives ouvertes et publication scientifique : comment mettre en place l’accès libre aux résultats de la recherche ?, Thierry Chanier ; préface de Jean-Max Noyer, Paris : L’Harmattan, 2005. – 186 p. – ISBN 2-7475-7695-7 : 17,80 €. Les Archives Ouvertes : enjeux et pratiques. Guide à l’usage des professionnels de l’information, Sous la direction de Christine Aubry et Joanna Janik ; préface de Laurent Romary, Paris : ADBS Éditions, 2005. – 332 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288) – ISBN 2-84365-079-8 : 30 €
    1. Deux ouvrages indispensables sur le libre accès à l’IST
      1. Archives ouvertes et nouveaux modes éditoriaux
      2. Archivage ouvert et libre accès à l’IST
      3. Un rôle déterminant pour les professionnels de l’I-D
  2. La publicisation de la science : exposer, communiquer, débattre, publier, vulgariser. Hommage à Jean Caune, Sous la direction d’Isabelle Paillart, Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2005. – 206 p. – (Communication, médias et sociétés, ISSN 1158-9876) – ISBN 2-7061-1283-2 : 18 €
    1. La culture scientifique et technique dans la société contemporaine
      1. « Mise en culture » de la science et médiatisation de la CST
      2. Identité de la culture scientifique et technique
  3. La grande numérisation : y a-t-il une pensée après le papier ?, Lucien Xavier Polastron, Paris : Denoël, 2006. – 198 p. – (Impacts). – ISBN 10 : 2-207-25669-3, ISBN 13 : 978-2-207-25669-5 : 17
    1. Un violent pamphlet sans véritable perspective
  4. Dynamiques informationnelles dans les organisations, Brigitte Guyot, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2006. – 236 p. – (Finance, gestion, management). – ISBN 2-7462-1294-3 : 45 €
    1. Une utile synthèse sur la question complexe de la gestion de l’information
      1. Les aspects sociologiques du management de l’information
      2. Trouver la solution propre à chaque organisation
  5. L’Information - communication, objet de connaissance, Bernard Miège, Bruxelles : De Boeck & Larcier ; Bry-sur-Marne : INA, 2004. – 248 p. – (Médias Recherches, ISSN 1378-4099). – ISBN 2-8041-4668-5 : 28,50 €
    1. Une synthèse de la pensée d’un maître des sciences de la communication
  6. Marketing des systèmes et services d’information et de documentation : traité pour l’enseignement et la pratique du marketing de l’information, Nozha Ibnlkhayat ; préface de Réjean Savard, Sainte-Foy (Québec) : Presses de l’Université du Québec (diff. Distribution du nouveau monde, 30 rue Gay-Lussac, F-75005 Paris), 2005. – XXXII-456 p. – (Gestion de l’information). – ISBN 2-7605-1285-1 : 79 $
    1. Un ouvrage de référence sur le marketing documentaire
      1. « Comprendre le marketing et l’opportunité de son application »
      2. « Analyser le marché ou faire de la recherche marketing »
      3. « Élaborer les stratégies marketing »
      4. « Planifier et contrôler les activités marketing »
  7. Le droit d’auteur et l’édition, Emmanuel Pierrat, 3e éd. rev. et augm. – Paris : Électre-Éd. du Cercle de la librairie, 2005. – 475 p. + un cédérom PC/Mac. ISBN 2-7654-0914-5 : 40 €
    1. Un précieux manuel sur le droit d’auteur, dense et complet
  8. Le droit du livre, Emmanuel Pierrat, 2e éd. rev. et augm. – Paris : Électre-Éd. du Cercle de la librairie, 2005. – 372 p. – ISBN 2-7654-0913-7 : 38 €
    1. Des réponses aux questions liées au droit du livre
  9. Photographie : questions de droit, Paris : Victoires Éditions, 2005. – 109 p. Numéro de : Légicom, ISSN 1244-9288, n° 2005/2, n° 34. – ISBN 2-908056-94-1 : 51 €
    1. Un riche support pour une réflexion sur le droit appliqué à l’image
      1. Autour du droit à l’image…
      2. Autour du droit d’auteur de l’image…
      3. Et un cas très particulier pour clore ce dossier, celui du statut social du photojournaliste
      4. Une publication, support de réflexion

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2006 (Vol. 43), p. 247-258.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-3-page-247.htm
DOI : 10.3917/docsi.433.0247


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