Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/5 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.435.0294
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 294 - 302 Article suivant
1

LE CONCEPT DE LIBRE ACCES A L’INFORMATION scientifique et technique (IST) a pris en quelques années une place centrale dans le monde scientifique et dans les services documentaires qui lui sont liés. Le mouvement en faveur des « Archives Ouvertes » s’est développé au point que ce principe est maintenant communément admis comme essentiel à la communication des résultats de la recherche et à la diffusion des connaissances. On sait que ce libre accès à l’IST peut prendre deux formes : l’auto-archivage d’articles sur le web en général et particulièrement sur les serveurs à accès public (archives ouvertes) [1][1] Cet aspect est au centre d’un ouvrage coordonné par..., et la publication de revues électroniques librement consultables [2][2] Un ouvrage de Thierry Chanier [4] aborde plus précisément....

2

En 2001, dans le cadre de la collaboration entre le CNRS [3][3] CNRS : Centre national de la recherche scientifique,... et l’INRIA [4][4] INRIA : Institut national de recherche en informatique... et en partenariat avec la Cellule de coordination documentaire nationale pour les mathématiques (cellule MathDoc [5][5] MathDoc : www-mathdoc. ujf-grenoble. fr), le Centre pour la communication scientifique directe (CCSD [6][6] CCSD : www. ccsd. cnrs. fr) du CNRS a développé la plate-forme HAL : Hyper Article en Ligne [7][7] Hal : www. hal. ccsd. cnrs. fr. Cet outil de communication scientifique, dans le cadre du mouvement OAI (Open Archive Initiative), prévoit la promotion d’un auto-archivage institutionnel. Depuis des années, les chercheurs en mathématiques, physique et autres « sciences dures » ont l’habitude de déposer leurs prépublications dans ArXiv [8][8] ArXiv : base de référence en sciences physiques et.... Grâce à une collaboration entre HAL et ArXiv, pour éviter aux auteurs un dépôt double, chaque fois que la sous-discipline correspondant au sujet d’un document archivé dans le serveur HAL existe dans ArXiv, HAL y envoie automatiquement une copie de ce document.

3

Le CNRS, l’INSERM [9][9] INSERM : Institut national de la santé et de la recherche..., l’INRA [10][10] INRA : Institut national de la recherche agronomique,... et l’INRIA figurent parmi les signataires de la déclaration sur le libre accès à l’information scientifique et technique (dite « Déclaration de Berlin », octobre 2003 [11][11] Déclaration de Berlin, 2003 : www. zim. mpg. de/ openaccess-berlin/...). Le 22 mars 2005, ces organismes ont signé un accord portant sur une politique commune pour développer des archives ouvertes et la création d’archives institutionnelles propres à chaque établissement et compatibles entre elles, permettant ainsi aux chercheurs de déposer leurs publications. Le 11 octobre dernier, une conférence de presse tenue à l’Académie des sciences a formalisé le protocole d’accord pour préparer une archive unique qui avait été signé le 6 juillet 2006 par les organismes français de recherche et les présidents d’université [12][12] Voir détails dans Documentaliste – Sciences de l’information,....

4

Récemment de nombreuses études d’usage des archives ouvertes se sont développées. Elles portent surtout sur les pays anglo-saxons qui sont très engagés dans le mouvement OAI [1] [9]. Ces études se sont penchées sur les problèmes techniques et organisationnels, ainsi que sur la manière dont les usagers appréhendent ce nouveau mode de diffusion. Ces études recourent principalement aux méthodes de questionnaires et d’entretiens pour analyser le comportement des chercheurs et des doctorants. La taille de leurs échantillons est très variable, de moins de vingt personnes pour certaines d’entre elles jusqu’à plusieurs centaines.

5

L’enquête par questionnaire que nous avons entreprise visait à étudier les pratiques et les besoins des chercheurs français en matière de dépôt de publications dans des archives ouvertes. Elle s’est poursuivie par des entretiens avec un certain nombre de participants choisis d’après leurs réponses au questionnaire, de manière à constituer un échantillon de profils différents et contrastés.

1 - Présentation de l’enquête

Le questionnaire

6

Un questionnaire sur l’utilisation des archives ouvertes a été adressé aux mathématiciens et aux informaticiens usagers des bibliothèques du Réseau national des bibliothèques de mathématiques (RNBM [13][13] RNBM : www. rnbm. org).

7

La première version de ce questionnaire avait été testée au mois de mai 2005 auprès de certains chercheurs du Laboratoire d’analyse, topologie et probabilités (LATP) à Marseille [14][14] Si on parle actuellement beaucoup des archives ouvertes.... Des entretiens avec eux ont permis de reformuler des questions, d’en supprimer certaines et d’en ajouter d’autres. La version corrigée a été envoyée début juillet 2005 aux membres de laboratoires marseillais. Les résultats obtenus ont permis d’apporter encore quelques corrections à la version finale du questionnaire qui a été envoyée par courriel au mois de novembre 2005 aux mathématiciens et aux informaticiens par l’intermédiaire des documentalistes du RNBM. Nous estimons à 2.200 le nombre de personnes qui en furent destinataires. 128 personnes ont répondu.

8

Le questionnaire était composé de trente-six questions réparties en quatre parties portant respectivement sur la recherche de l’information, sur les publications, sur les connaissances relatives aux archives ouvertes et sur des informations générales (fonction, âge, etc.).

9

Après analyse des réponses obtenues, un autre questionnaire, visant cette fois les professionnels de la documentation, a été envoyé aux bibliothèques du RNBM.

Les participants

10

Des membres de douze centres de recherche ont participé à cette enquête : Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble (IMAG et Institut Fourier), Marseille, Nancy, Paris (Jussieu et Orsay), Rouen, Strasbourg. Des réponses incomplètes n’ont pas toujours permis de connaître avec précision la répartition des répondants entre mathématiciens et informaticiens. Il nous semble regrettable de ne pas pouvoir faire cette distinction. Les différences de comportement et de publication (revues, conférences, etc.) entre les uns et les autres doivent induire des différences dans leur pratique de dépôt et de consultation d’articles.

11

Parmi les personnes qui ont participé à l’enquête, presque 77 % étaient des enseignants-chercheurs et des chercheurs du CNRS. Les autres étaient des doctorants, des post-doctorants et des retraités.

12

La productivité d’un chercheur n’est pas la même au début, au milieu ou à la fin de sa carrière. L’utilisation qu’il fait des nouvelles technologies pour accéder à l’information n’est pas non plus la même. D’où l’intérêt d’informations concernant l’âge des participants pour tenter de dégager des différences dans les pratiques en fonction de ce critère. Dans notre échantillon, presque 70 % des participants ont moins de 40 ans.

2 - Les chercheurs et leur connaissance des archives ouvertes

13

Presque la moitié de chercheurs participant à l’enquête disent connaître le terme « archives ouvertes ». Un entretien avec certaines personnes quelques mois après l’enquête a permis de préciser cette connaissance. Pour la majorité, les archives ouvertes correspondent à un endroit où ils peuvent déposer leurs articles. Quelques chercheurs seulement parlent de l’accès libre aux articles déposés dans ces archives et, dans ce cas, ils citent Arxiv. Nous avons eu l’impression d’une connaissance très partielle du sujet. La même question a été posée aux documentalistes, dont une grande majorité connaît le terme « archives ouvertes ».

14

Nous avons voulu savoir comment les chercheurs ont appris l’existence des archives ouvertes, quelles sont leurs motivations pour effectuer les dépôts et ce qu’ils savent sur le droit d’auteur et sur les journaux ouverts.

15

Le questionnaire proposait une liste des sources probables d’informations sur les archives ouvertes. 110 personnes ont répondu à la question « Comment avez-vous appris la possibilité d’archiver vos publications dans les archives ouvertes institutionnelles ? » (plusieurs réponses possibles). Les pourcentages par rapport aux réponses obtenues sont les suivants :

  • grâce aux collègues : 49 % ;

  • j’ai reçu des informations de la bibliothèque : 18 % ;

  • j’ai reçu des informations du CNRS : 11 % ;

  • autres : 11 %.

  • j’ai suivi les débats sur l’accès libre : 9 % ;

  • grâce aux coauteurs : 8 % ;

  • j’ai reçu des informations du ministère : 1 % ;

  • j’ai reçu des informations de l’université : 1 % ;

« Les collègues » sont donc la source d’information sur l’existence des archives ouvertes institutionnelles pour le plus grand nombre de chercheurs. Autres sources signalées : ce questionnaire, les informations de l’INRIA. La même question a été posée aux documentalistes : sans surprise, la formation (assez fréquente au CNRS) et les collègues sont des sources d’information pour la majorité d’entre eux.

16

Parmi ceux qui déposent leurs publications dans les archives ouvertes institutionnelles, 55 % le font par principe et 25 % parce que les archives ouvertes existent.

3 - Les chercheurs et la recherche de l’information

17

Les chercheurs sont aussi bien les auteurs que les lecteurs des articles publiés et/ou déposés dans des archives. Pour cette raison, la première partie des questions posées concernait les chercheurs- lecteurs et leur pratique de recherche de l’information scientifique nécessaire à leur travail. Il s’agit surtout des recherches de références bibliographiques et de textes intégraux d’articles, aussi bien récents qu’anciens.

18

Nous avons voulu savoir où les chercheurs les trouvent, comment ils y accèdent et avec quelle facilité, s’ils ont besoin de l’aide de professionnels de la documentation, quel est l’âge des articles qu’ils consultent et la fréquence des consultations des articles électroniques et des prépublications.

19

À la question « Où obtenez-vous les articles dont vous avez besoin ? », les chercheurs pouvaient donner plusieurs réponses (figure 1).

Figure 1 - Sources des articles consultésFigure 1
20

Même si 76 % des personnes interrogées trouvent les articles (ou leurs références) dans la bibliothèque de leur laboratoire, 56 % déjà citent les bases de données [15][15] Surtout MathSciNet, http:// e-math. ams. org/ mathscinet,... comme sources d’information. Les journaux en texte intégral (accessibles par les abonnements payants de la bibliothèque) sont de plus en plus consultés : 45 % de chercheurs trouvent les articles dans Springer Link [16][16] SpringerLink : accès payant aux journaux en texte intégral... et 40 % dans ScienceDirect [17][17] ScienceDirect : journaux en texte intégral d’Elsevier,.... 32 % donnent d’autres sources d’articles, comme les pages web personnelles, ArXiv, HAL, d’autres abonnements en ligne, comme Jstor [18][18] Jstor : The Scholarly Journal Archive, www. jstor.... ou CiteSeer [19][19] CiteSeer : Scientific Literature Digital Library, http://..., ou le contact direct avec les auteurs, et seulement 5 % pensent à l’INIST [20][20] INIST : Institut de l’information scientifique et technique,... !

21

Parmi les sites proposés comme points d’accès aux articles en texte intégral en accès ouvert, les chercheurs en majorité ont répondu Google (66 %) et ArXiv (66 %). Parmi d’autres réponses on peut trouver les pages personnelles ou Numdam [21][21] Numdam : fonds ancien en mathématiques numérisé, www.... (figure 2).

Figure 2 - Moyens d’accès aux articles en texte intégralFigure 2

EMIS (www. emis. de/ ) : the European Mathematical Information Service de l’European Mathematical Society (EMS) qui a mis en ligne the Electronic Library of Mathematics (http:// emis. u-strasbg. fr/ journals/ short_index. html).

22

Google permet en effet de trouver les pages personnelles, les pages des laboratoires ou des bibliothèques qui possèdent les serveurs locaux où les publications scientifiques sont stockées ; ce moteur permet aussi d’accéder directement aux articles déposés. L’utilisation d’ArXiv concerne surtout l’accès aux prépublications électroniques, même si on y trouve aussi des articles publiés.

23

La question concernant les points d’accès aux preprints électroniques a confirmé que les chercheurs (pour 58 % d’entre eux) ont une bonne connaissance de HAL et d’ArXiv, mais 77 % d’entre eux accèdent cependant à ces preprints électroniques par l’intermédiaire de pages personnelles. L’accès par les sites des laboratoires ou des bibliothèques a été signalé par 19 % des répondants, ce qui signifie qu’il existe des dépôts locaux. Le questionnaire adressé aux documentalistes a confirmé l’existence de tels dépôts locaux de prépublications dans la majorité des bibliothèques.

24

Les réponses obtenues à la question « Pouvez-vous accéder facilement aux articles dont vous avez besoin pour votre travail ? » montrent que plus de 80 % des chercheurs ont un accès facile à la plupart des articles qui leur sont nécessaires. Et cela ne pose pas de difficultés quel que soit l’âge de ces chercheurs (figure 3).

Figure 3 - Facilité d’accès aux articlesFigure 3
25

La recherche documentaire ou bibliographique fait toujours partie du travail des documentalistes. Les chercheurs s’adressent habituellement aux centres de documentation et aux bibliothèques pour trouver les références ou les publications dont ils ont besoin. Avec la possibilité de trouver l’information scientifique en ligne, ces recherches ont été simplifiées.

26

Nous avons voulu savoir si cette facilité d’accès aux articles est obtenue grâce à l’aide des documentalistes. Presque 60 % de chercheurs disent utiliser « parfois » les compétences professionnelles des documentalistes et 35 % n’ont pas besoin d’aide pour faire leurs recherches documentaires ; cela concerne toutes les tranches d’âge. Et pourtant les documentalistes considèrent que les demandes d’articles extérieurs ainsi que les demandes d’aide des lecteurs lors de leurs recherches documentaires sont restées en 2005 au même niveau que les années précédentes.

27

Nous savons que les articles accessibles en texte intégral sont plutôt récents (ils ont été rédigés et/ou publiés en général à partir de 1995). Il existe aussi de plus en plus d’articles anciens numérisés a posteriori dans le cadre de divers projets locaux, nationaux ou internationaux, qui sont aussi en ligne en accès libre. Si les chercheurs n’ont pas forcément besoin d’aide pour leurs recherches documentaires, c’est justement parce que presque 40 % d’entre eux utilisent les articles qui ont été publiés pendant les dix dernières années, c’est-à-dire ceux qui sont en majorité disponibles en texte intégral en ligne ou dans les bibliothèques en version papier.

28

Les publications électroniques sont consultées par presque 60 % des personnes interrogées au moins une fois par semaine et, comme indiqué précédemment, il s’agit d’articles publiés pendant les dix dernières années.

29

Presque tous (93 %) consultent les preprints en ligne, mais, comme nous allons le voir plus loin, ils sont moins nombreux à déposer leurs prépublications en ligne en accès libre.

4 - Les chercheurs et leurs publications

30

Nous nous pencherons à présent sur le volume de publication des chercheurs, sur leur façon de déposer ces publications dans les archives ouvertes, sur le nombre et les types de dépôts qu’ils effectuent.

31

Une publication peut avoir la forme d’une prépublication (preprint), c’est-à-dire d’un texte rédigé mais non encore publié (évalué) ou en cours de validation, ainsi que celle d’un article référé, validé par un comité scientifique et publié. 46 % des chercheurs interrogés publient au maximum un article par an, mais il s’agit ici surtout des doctorants ou des jeunes enseignants. 46 % des personnes interrogées déclarent en publier deux ou trois par an (figure 4).

Figure 4 - Nombre de publications par an. Nombre de publications selon l’âgeFigure 4
32

La publication d’un article correspond généralement à une avancée de travaux de recherche. C’est sur la base de ces articles que le chercheur est évalué et financé. Pour les chercheurs qui ont répondu au questionnaire (chacun pouvait donner plusieurs réponses), la priorité est de communiquer les résultats de leur recherche à la communauté scientifique (86 %), ensuite d’avancer dans la carrière (38 %), d’acquérir du prestige personnel dans son domaine (17 %) et d’augmenter leurs chances d’obtenir un financement (9 %). Les autres réponses (curiosité scientifique, volonté de reconnaissance des résultats, volonté de préciser la formulation des résultats obtenus, etc.) ne représentent qu’un peu moins de 6 %.

Expérience d’auto-archivage

33

L’auto-archivage consiste à déposer un document électronique sur un site web pouvant être consulté gratuitement par tous. Il est effectué afin d’optimiser la visibilité de la recherche et l’accessibilité aux travaux qui en rendent compte.

34

Il existe plusieurs façons d’auto-archiver un article (pré ou postpublication). Le chercheur peut déposer une copie de son article sur son site web personnel, dans des archives ouvertes institutionnelles (HAL, par exemple) ou dans des archives ouvertes spécialisées (ArXiv, par exemple).

35

Les publications scientifiques sont en grande partie déposées en ligne par les auteurs (74 %) et/ou les coauteurs (11 %). Certains auteurs publient entre deux et quatre articles par an, mais ne les auto-archivent pas (les articles sont envoyés directement chez les éditeurs commerciaux). Les dépôts effectués par les secrétariats des laboratoires (12 %) ne contiennent ordinairement pas de textes intégraux ; il s’agit ici de dépôts des notices bibliographiques.

36

La question « Quel genre de publications déposez-vous dans les archives ouvertes ? » a permis de faire le point sur les types de publications déposées le plus souvent en ligne :

  • prépublications : 77 % ;

  • articles référés : 65 % ;

  • dissertations, habilitations, thèses : 23 % ;

  • actes de colloques : 23 % ;

  • cours : 18 % ;

  • exercices : 18 % ;

  • rapports techniques : 13 % ;

  • chapitres des livres : 6 % ;

  • autres (des errata et des fichiers de conférences à projeter, de type PowerPoint) : 2 %.

Soixante-treize pour cent des chercheurs interrogés ne craignent pas le « pillage » ni l’usage abusif des prépublications en ligne, ce qui correspond presque à la proportion de déposants de preprints dans les archives ouvertes.

37

À la question « Combien d’articles avez-vous déposés pendant les trois dernières années dans des archives ouvertes ? », une partie des chercheurs a déclaré le dépôt des articles sur les sites web personnels. Parmi ceux qui n’ont déposé aucun article, la majorité ne possède pas de pages web personnelles.

38

Cette question a été divisée en plusieurs sous-questions permettant d’évaluer séparément les dépôts des prépublications et des articles référés sur les sites personnels et institutionnels. Certaines personnes n’ont pas répondu à ces questions : le dépôt peut avoir été fait par le coauteur ou par le secrétariat de son laboratoire ; ou tout simplement le chercheur n’a pas donné de réponse.

39

Les personnes interrogées pouvaient donner plusieurs réponses, ce qui veut probablement dire que ceux qui ont archivé des articles sur leur site web l’ont également fait (en partie) dans des archives institutionnelles. Les résultats globaux n’indiquent donc pas le vrai niveau de l’auto-archivage, d’autant moins que les articles peuvent être déposés par d’autres personnes (figure 5).

Figure 5 - Dépôts de publicationsFigure 5
40

Il est impossible de comparer le nombre d’articles publiés par un chercheur par an avec le nombre de dépôts effectués pendant les trois dernières années, car souvent les chercheurs déposent aujourd’hui les publications plus anciennes.

41

Ensuite, nous avons voulu connaître l’opinion des chercheurs sur l’ergonomie de HAL et d’ArXiv. 124 d’entre eux ont donné une réponse sur l’utilisation de HAL et 127 sur l’utilisation de ArXiv (figure 6). Parmi ceux qui ont donné une opinion sur l’utilisation de Hall, 63 % le trouvent facile. Parmi ceux qui ont donné une opinion sur ArXiv, presque 50 % le trouvent facile et 31 % très facile d’utilisation. Parmi les réponses « sans opinion », il y a un certain nombre de personnes qui n’archivent pas d’articles.

Figure 6 - Facilité d’utiliser HAL – Facilité d’utiliser ARXIVFigure 6
42

En ce qui concerne le temps nécessaire pour effectuer un dépôt sur HAL, nous avons remarqué que le premier dépôt prend moins de trente minutes pour 35 % des chercheurs et le dépôt suivant moins de quinze minutes pour 82 % de ceux qui en ont effectué. Sur ArXiv, le premier dépôt prend moins de trente minutes pour 41 % des répondants et le dépôt suivant moins de quinze minutes pour 73,3 % de ceux qui en ont effectué.

43

Les directeurs des départements scientifiques du CNRS ont envoyé aux laboratoires une demande de dépôt sur le serveur HAL de l’ensemble des publications produites, mais le CNRS ne prévoit pas d’obligation de le faire. Notre question « Quelle serait votre réaction si votre employeur (CNRS ou ministère) exigeait le dépôt de vos publications dans les archives ouvertes ? » était volontairement provocatrice, et pourtant 74 % de personnes interrogées se sont déclarées d’accord avec cette exigence.

Les connaissances du droit d’auteur

44

Un auteur peut déposer dans des archives ouvertes tout type de document dont il possède la propriété intellectuelle. Cela concerne les documents déjà publiés ou en cours de publication, les documents en cours de validation scientifique (prépublications) ou les documents de travail. Les auteurs ont le droit de mettre en accès libre leurs propres résultats de recherche même si, lors de la publication dans une revue, un chercheur a signé un contrat d’édition. Il faut une interdiction explicite dans un contrat de cession de droits (qui n’autorise l’exploitation électronique du document que par l’éditeur) pour être obligé de demander à l’éditeur le droit de déposer ce document dans les archives ouvertes.

45

Nous avons voulu vérifier les connaissances qu’avaient les chercheurs des aspects juridiques de la publication scientifique et savoir s’ils lisent les contrats signés avec les éditeurs commerciaux. À la question « Qui a le droit d’auteur de votre dernier article publié ? », 56 % disent qu’il s’agit de l’éditeur, 30 % ne le savent pas. Seulement 6 % confirment avoir conservé leur droit d’auteur sur le dernier article publié.

46

Les chercheurs qui ont auto-archivé (surtout sur leurs pages personnelles) leur dernier article publié ne savent en majorité pas si la permission de l’éditeur était nécessaire pour le faire. Dix personnes ont demandé à l’éditeur la permission d’auto-archiver et sept disent détenir le copyright sur leur dernier article publié.

47

À la question « Est-ce que vous savez que vous pouvez négocier avec les éditeurs la possibilité de déposer le même article simultanément dans les archives ouvertes ? », 77 % répondent ne pas connaître cette possibilité.

Les connaissances des journaux ouverts

48

La publication de revues électroniques librement consultables constitue la deuxième forme du libre accès à l’information scientifique.

49

À la question « Avez-vous soumis un manuscrit dans un journal libre pendant les trois dernières années ? », seulement 17 % donnent une réponse positive.

50

Parmi les chercheurs invités à indiquer leurs raisons de publier dans un journal libre, ceux qui le font sont généralement motivés par le principe d’accès libre (64 %) et, en deuxième lieu, par la bonne réputation dans leur domaine du journal qui accueille leur article (36 %). On trouvera les autres raisons invoquées dans le tableau de la figure 7.

Figure 7 - Raisons invoquées pour publier dans un journal libreFigure 7
Raisons invoquées pour publier dans un journal libre

1. L’accès libre pour tous les lecteurs

2. Ce journal est prestigieux dans mon domaine

3. Ce journal est édité par les gens que je connais

4. Je suis contre les publications dans des journaux commerciaux

5. Je me sens concerné par les frais des abonnements de ma bibliothèque

6. La publication des articles est plus rapide

7. J’étais attiré par l’éditeur ou le comité éditorial

8. Le lectorat est plus large que dans le cas d’un journal normal (commercial)

9. Je pense que mon article va être cité plus souvent

10. Autre

11. J’étais influencé par mes collègues

12. J’étais influencé par mon laboratoire

Classement par ordre décroissant de motifs invoqués. Plusieurs réponses étaient possibles

51

Nous avons aussi demandé aux personnes qui n’ont pas publié dans des journaux libres d’indiquer les raisons de ne pas l’avoir fait. Les raisons principales de ne pas publier dans un journal à l’accès libre sont que les chercheurs ne connaissent pas de journaux libres dans leur domaine (72 %) et, dans une moindre mesure, qu’ils craignent que les journaux libres de leur domaine ne soient pas considérés comme assez prestigieux (10 %) ou qu’ils sont opposés au principe auteur–payeur (7 %). Autre raison : les articles refusés (figure 8).

Figure 8 - Raisons de ne pas publier dans un journal libreFigure 8
Raisons de ne pas publier dans un journal libre

1. Je ne connais pas assez bien les journaux libres dans mon domaine pour y déposer l’article

72%

2. Les journaux libres dans mon domaine ne sont pas considérés comme assez prestigieux

10%

3. Je suis contre le principe auteur – payeur

7%

4. Je n’ai pas trouvé de journaux libres dans mon domaine

4%

5. Je publie toujours dans les même journaux et je suis satisfait

3%

6. Ma décision a été influencée par mes collègues

2%

7. Le lectorat d’un journal libre est moins important

2%

8. Autre

2%

9. Ma décision a été influencée par mon laboratoire

1%

10. La publication des articles est moins rapide que dans des journaux traditionnels

-

11. Je n’ai pas trouvé de financement pour publier dans un journal libre

-

Pourcentage

Les pourcentages ont été calculés par rapport aux 100 personnes qui ont déclaré de ne pas avoir publié dans des journaux libres. Plusieurs réponses étaient possibles

52

Nous avons demandé aux documentalistes de citer trois titres des revues ouvertes en mathématiques ou en informatique ; seulement deux personnes ont pu citer trois titres.

53

Les journaux libres sont mal connus et pourtant il en existe une centaine en mathématiques [22][22] www. doaj. org. Le modèle économique « auteur-payeur » qui est appliqué dans d’autres pays n’a pas la faveur des Français qui, probablement, le connaissent mal [23][23] Par exemple, le nouveau groupe Springer-Kluwer a lancé....

54

Nous avons enfin voulu connaître les intentions des chercheurs par rapport aux publications dans des journaux libres. D’où la question « Si vous n’avez jamais publié dans un journal libre, est-ce que vous envisagez de le faire ? » : 34 % de chercheurs envisagent de publier dans un journal libre dans le futur et 38 % ne savent pas encore s’ils vont le faire.

5 - Conclusions

55

Malgré la taille de notre échantillon, qui ne permet sans doute pas de généraliser les résultats obtenus à l’ensemble des chercheurs français, l’analyse des résultats de cette enquête permet de faire quelques constatations éclairantes sur leur attitude face au libre accès.

56

Dans leur majorité, les chercheurs en mathématiques et en informatique trouvent dans les bibliothèques les articles (ou leurs références) nécessaires à leur travail, mais ils consultent souvent les journaux en ligne en texte intégral (grâce aux abonnements payants de leurs bibliothèques).

57

Pour accéder au texte intégral des articles en accès libre, les chercheurs utilisent surtout ArXiv (pour prendre connaissance des prépublications électroniques) et Google (pour la recherche des pages web personnelles).

58

Les sources des articles en accès libre ne sont pas toujours très bien connues, comme par exemple les journaux libres.

59

Plus de 80 % des chercheurs déclarent ne pas éprouver de difficultés à trouver la plupart des articles dont ils ont besoin pour leur travail. Les recherches documentaires leur ont été simplifiées par la possibilité de trouver l’information scientifique en ligne. Presque 60 % des chercheurs ne recourent qu’occasionnellement aux compétences professionnelles des documentalistes et 35 % des répondants affirment ne plus avoir besoin de leur aide pour effectuer leurs recherches.

60

D’une manière générale, les offres des bibliothèques sont assez riches pour satisfaire les chercheurs. Les documentalistes confirment cette situation en affirmant que la fréquentation des bibliothèques en 2005 est restée au même niveau qu’auparavant. Si, dans certains cas, les abonnements aux revues imprimées ne sont pas suffisants, les accès en ligne aux textes intégraux et aux bases de données complètent bien cette lacune.

61

Les articles disponibles en ligne en texte intégral les plus consultés (au moins une fois par semaine) ont été publiés pendant les dix dernières années.

62

Pratiquement la moitié des chercheurs publient entre deux et trois articles par an. La majorité les archivent sur leurs pages web personnelles et 28 % déclarent le faire depuis au moins cinq ans.

63

Une partie des chercheurs qui déposent des publications sur les sites personnels le font simultanément dans les archives ouvertes institutionnelles. Mais les chercheurs déposent toujours beaucoup plus d’articles sur leurs pages personnelles (plus de 60 %) que dans HAL (12 %) ou ArXiv (16 %).

64

Les personnes qui ont déjà effectué des dépôts de publications dans HAL ou ArXiv trouvent facile l’utilisation de ces outils et précisent qu’il leur faut moins d’une demi-heure pour le premier dépôt et moins d’un quart d’heure pour le suivant.

65

Les auteurs affirment que c’est surtout grâce à la communication avec leurs pairs qu’ils ont été sensibilisés au libre accès et ont appris l’existence des archives ouvertes institutionnelles. Les informations officielles provenant du CNRS ou du ministère semblent avoir été plutôt moins bien perçues.

66

Ceux qui archivent déjà leurs publications dans les archives ouvertes le font par principe et en raison de l’existence de ces archives. Les entretiens ont précisé ces raisons : donner au plus grand nombre de personnes un accès rapide aux résultats de leur recherche, et valider et justifier leur travail.

67

L’environnement économique et juridique de la publication scientifique est assez mal connu des chercheurs. Dans leur majorité, ils ne lisent pas très attentivement les contrats signés avec les éditeurs, ils ne savent pas qu’ils ont le droit d’archiver les articles publiés et qu’ils peuvent négocier cette clause dans le contrat d’édition.

68

Même si cela n’est pas le but du CNRS ou du ministère de la Recherche, la majorité des déposants accepteraient l’exigence du dépôt des publications dans les archives ouvertes institutionnelles.

L’auto-archivage d’articles dans des entrepôts électroniques à accès public

69

Pour augmenter le nombre de publications déposées dans les archives institutionnelles, il faudrait inciter les chercheurs et les aider à adopter ce nouveau mode de publication afin d’améliorer la diffusion de leur production intellectuelle.

70

Les difficultés du développement des archives ouvertes ne sont pas techniques, mais sociales. Si les pratiques d’archivage font déjà partie des habitudes des chercheurs en mathématiques et en informatique, il s’agit ici du « réflexe Google » : ils déposent leurs publications sur leurs sites personnels en s’assurant que l’on parvient à les retrouver grâce au moteur de recherche le plus courant… L’utilité des archives ouvertes institutionnelles en tant que telles n’est pas encore bien comprise.

71

Le développement des archives ouvertes est fondé sur l’auto-archivage des publications scientifiques par les auteurs. Il faudrait prévoir des formations à l’utilisation de HAL destinées aux chercheurs et, dans certains cas, envisager le dépôt des publications avec l’aide des documentalistes.

72

L’évolution actuelle du mouvement des archives ouvertes demande aussi une plus grande visibilité des informations officielles provenant du CNRS ou du ministère. La pratique a démontré que, chaque fois qu’une information concernant HAL est transmise, le nombre de dépôts augmente ; à l’inverse, on constate une baisse des dépôts pendant les périodes de « silence ».

73

Il apparaît indispensable de faire connaître de manière plus large et plus précise les aspects juridiques de la publication scientifique et de sensibiliser les chercheurs à la vérification des contrats qu’ils signent avec leurs éditeurs.

La publication de revues électroniques librement consultables

74

Les sources des articles en accès libre ne sont pas toujours très bien connues, comme par exemple dans les journaux libres. Mais, selon une étude menée par le Centre for Information Behaviour and the Evaluation of Research (CIBER) [24][24] CIBER : www. ucl. ac. uk/ ciber/ ciber_2005_survey_final...., de plus en plus de scientifiques publient dans des journaux en libre accès.

75

En ce qui concerne les mathématiciens et les informaticiens, l’appropriation de ce nouveau mode de diffusion demeure lente. Pour les chercheurs, une publication électronique reste moins « valorisante » sur un curriculum vitae qu’une publication dans une revue imprimée.

76

En attendant, il faudra diffuser plus d’information sur les journaux libres qui, selon les résultats de notre enquête, restent sous-exploités. Diffuser des informations provenant des éditeurs de ces journaux relève en grand partie de la mission des bibliothèques.

77

Avril 2006

78

Texte révisé en décembre 2006


Références

Notes

[1]

Cet aspect est au centre d’un ouvrage coordonné par Christine Aubry et Joanna Janik [2].

[2]

Un ouvrage de Thierry Chanier [4] aborde plus précisément cet aspect-là.

[3]

CNRS : Centre national de la recherche scientifique, www. cnrs. fr

[4]

INRIA : Institut national de recherche en informatique et en automatique, www. inria. fr

[8]

ArXiv : base de référence en sciences physiques et mathématiques, http:// arxiv. org ou http:// fr. arxiv. org/

[9]

INSERM : Institut national de la santé et de la recherche médicale, www. inserm. fr

[10]

INRA : Institut national de la recherche agronomique, www. inra. fr

[12]

Voir détails dans Documentaliste – Sciences de l’information, oct. 2006, vol. 43, n° 3-4, p. 193.

[14]

Si on parle actuellement beaucoup des archives ouvertes en sciences humaines, les domaines scientifiques sur lesquels porte cette enquête n’ont pas été choisis par hasard : il s’agit des domaines qui concernent l’auteure de cette enquête, documentaliste dans une bibliothèque de mathématiques et informatique et qui a voulu vérifier les connaissances et les usages des archives ouvertes de son entourage professionnel.

[15]

Surtout MathSciNet, http:// e-math. ams. org/ mathscinet, et Zentralblatt, www. emis. de/ ZMATH, accès payés par les bibliothèques.

[16]

SpringerLink : accès payant aux journaux en texte intégral de Springer, Birkhauser et Kluwer, www. springerlink. com

[17]

ScienceDirect : journaux en texte intégral d’Elsevier, accès payant dans le cadre du consortium Couperin, wwww. sciencedirect. comet www. couperin. org

[18]

Jstor : The Scholarly Journal Archive, www. jstor. org, accès payant.

[19]

CiteSeer : Scientific Literature Digital Library, http:// citeseer. ist. psu. edu, accès payant.

[20]

INIST : Institut de l’information scientifique et technique, www. inist. fr

[21]

Numdam : fonds ancien en mathématiques numérisé, www. numdam. org

[23]

Par exemple, le nouveau groupe Springer-Kluwer a lancé l’Open Choice : un auteur peut choisir de payer (3.500 dollars) pour publier, de façon à ce que son article soit accessible sans abonnement.

Résumé

Français

Le mouvement en faveur du libre accès commence à s’implanter dans la communauté scientifique française – du moins en parle-t-elle de plus en plus. Mais très peu d’études ont encore été consacrées aux pratiques réelles d’auto-archivage et de publication dans des revues électroniques libres d’accès. Cet article présente une enquête menée dans un domaine limité – celui des mathématiques et de l’informatique – et auprès d’un nombre relativement restreint de chercheurs. Malgré la taille de cet échantillon, qui ne permet sans doute pas de généraliser tous les résultats obtenus à l’ensemble des chercheurs français, l’analyse des résultats de cette enquête permet de faire quelques constatations éclairantes sur leur attitude face au libre accès.

Plan de l'article

  1. 1 - Présentation de l’enquête
    1. Le questionnaire
    2. Les participants
  2. 2 - Les chercheurs et leur connaissance des archives ouvertes
  3. 3 - Les chercheurs et la recherche de l’information
  4. 4 - Les chercheurs et leurs publications
    1. Expérience d’auto-archivage
    2. Les connaissances du droit d’auteur
    3. Les connaissances des journaux ouverts
  5. 5 - Conclusions
    1. L’auto-archivage d’articles dans des entrepôts électroniques à accès public
    2. La publication de revues électroniques librement consultables

Pour citer cet article

Wojciechowska Anna, « Usage des archives ouvertes dans les domaines des mathématiques et de l'informatique », Documentaliste-Sciences de l'Information 5/2006 (Vol. 43) , p. 294-302
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-5-page-294.htm.
DOI : 10.3917/docsi.435.0294.


Article précédent Pages 294 - 302 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback