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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/5 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.435.0304
  • Éditeur : A.D.B.S.

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PARMI LES PERSONNALITÉS QUI, EN EUROPE, ONT MARQUÉ LES DERNIÈRES décennies du XXe siècle dans le domaine des technologies de l’information, il convient de ne pas oublier Georges Anderla. Son nom est étroitement lié, en particulier, au développement du réseau Euronet.

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Georges Anderla est né le 27 mars 1921 à Prague. Celui qui s’appelait alors Jiri Anderla fit des études d’économiste et de statisticien. Il fut d’abord enseignant, notamment à l’Institut d’études politiques et à l’Université de Paris.

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Sa première publication, dans le cadre de travaux menés à l’Université d’Aix-Marseille, sera une étude sur la balance des paiements dans le domaine des échanges touristiques. Puis il publiera, avec la collaboration de son épouse, le premier ouvrage qui le fera connaître, le Dictionnaire Delmas des affaires, dictionnaire bilingue français-anglais qui verra plusieurs rééditions. Déjà à la retraite et toujours attentif aux nouvelles technologies, Georges Anderla songera à une édition de son dictionnaire sur cédérom.

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En 1973, ses travaux de statisticien avaient conduit Georges Anderla à proposer un modèle statistique sur l’accumulation des connaissances humaines. Selon ce modèle, la somme des connaissances humaines aurait été alors 128 fois plus grande que celle de la période de départ (l’an un), après avoir doublé en 1500, puis à nouveau en 1750 et encore en 1900, puis en s’accélérant pour croître vers l’infini.

Une étude prévisionnelle des besoins et des ressources en IST

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La même année, à la demande de la Direction des affaires scientifiques de l’OCDE et dans le cadre du programme de travaux du groupe sur la politique de l’information de cette organisation, il publie un rapport devenu une référence et qui le fait connaître dans le monde de l’information : L’information en 1985 : une étude prévisionnelle des besoins et des ressources. Selon son auteur, cette étude doit « contribuer à la définition d’une politique de l’information dont la nécessité se fait de plus en plus sentir dans tous les pays membres de l’Organisation ». Elle est, toujours selon son auteur, « pour l’essentiel consacrée à l’évaluation de l’offre, et surtout de la demande d’information scientifique et technique, et, subsidiairement, à celle des besoins en spécialistes de l’information, dans une perspective à long terme, en tenant compte par conséquent des possibilités technologiques prévisibles ».

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Cette étude, la première ayant un réel caractère scientifique, aura un grand retentissement. Les prévisions d’Anderla, en particulier sur le plan technologique, seront confirmées par l’histoire. Ainsi celle sur l’informatisation des systèmes d’informations : « Après 1990, donc en l’espace d’une seule génération, l’information automatique sera devenue la règle et l’information traditionnelle l’exception. »

La naissance d’Euronet

Le 15 décembre 1975, la Communauté économique européenne passait un contrat avec les PTT français, agissant comme représentant d’un consortium de neuf administrations nationales de postes et télécommunications. Ce consortium confiait la réalisation du réseau à un groupement de sociétés sous la direction de SESA (France) et Logica (Royaume-Uni). En août 1976, un rapport de SESA-Logica définissait les grandes lignes d’Euronet. En février 1977, le consortium décidait d’adopter la technologie de la transmission de paquets avec le protocole X25. Euronet, avec les vingt-trois serveurs du réseau de serveurs Diane, ouvrit le 31 mars 1980. Le réseau Euronet fonctionnera jusqu’en 1985, date à laquelle l’interconnexion des réseaux européens de transmission de paquets prendra la relève. (Extrait de : Les techniques documentaires au fil de l’histoire : 1950-2000, par Jacques Chaumier, en collaboration avec Florence Gicquel. ADBS Éditions, 2002.)

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Parmi les recommandations finales de ce rapport, on peut noter celles-ci : l’élaboration d’une charte internationale de l’information, la création d’un organe de coordination technique, la création d’un institut international des sciences et des technologies de l’information. Ces recommandations visaient à la mise en place d’une politique internationale en matière d’information, mais elles resteront malheureusement des vœux pieux.

Un engagement pour l’Europe de l’information

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Peu après la publication de cette étude, Georges Anderla est nommé directeur général de la Direction information scientifique et technique – gestion de l’information à la Commission des Communautés européennes à Luxembourg. Ce mondialiste convaincu va s’y impliquer fortement dans la problématique de l’Europe de l’information. Il sera une des chevilles ouvrières du lancement du premier réseau européen de transmission de données consacré à l’information, le réseau Euronet (voir le hors texte ci-dessus).

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Georges Anderla reste toujours attaché à la prospective de l’information. C’est ainsi qu’en 1987 il publie, avec Antony Dunning, un ouvrage de prospective sur l’informatique : Computer strategies 1990-99 – Technologies, Costs, Markets.

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En 1988, après avoir été nommé directeur honoraire à la Commission européenne, il rédige, pour un numéro du Bulletin des bibliothèques de France consacré à l’Europe, un important article de prospective sur l’Europe de l’information, article organisé autour de « quatre thèmes, fortement imbriqués, à savoir : stratégie d’intégration, politique de produits, autonomie des partenaires, applications exemplaires ». Ce schéma définit, en un raccourci rapide, ce que devraient être, selon l’auteur, les principales orientations d’une politique de l’information pour l’Europe, résolument tournée vers le XXIe siècle. Près de vingt ans après, peut-on dire que l’Europe de l’information a suivi et réussi ce schéma ?

Dernières réflexions sur les systèmes complexes et l’économie de la connaissance

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Georges Anderla publiera en 1997, en collaboration avec Antony Dunning et Simon Forge, un dernier ouvrage : Chaotics. An agenda for business and society in the 21st century. Cet ouvrage, « inhabituel » comme l’a écrit un critique, est fondé sur les théories du chaos et des systèmes complexes. Il veut répondre au « besoin d’une synthèse intégrante nécessitant une approche plus holistique qui brise les barrières et les frontières des disciplines existantes », mais également à celui « de comprendre la nature chaotique de l’économie de la connaissance et au besoin urgent d’améliorer les outils et les méthodes de prévision technologique ».

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On ne peut que vivement regretter que cet ouvrage, non traduit en français, ait été ignoré en France de la communauté des chercheurs et spécialistes de l’information et de la prévision technologique.


Bibliographie sommaire de Georges Anderla

  • • La balance des paiements, les invisibles et le compte voyages : étude méthodologique. – Université d’Aix-Marseille - Centre des hautes études touristiques, 1971. – 118 p.
  • • L’informatisation en 1985 : une étude prévisionnelle des besoins et des ressources. – Paris : OCDE, 1973. – 162 p.
  • • Dictionnaire Delmas des affaires (français/anglais et anglais/français) [avec Georgette Anderla]. – Paris : Delmas, 1976. – 524 p.
  • • Euronet et l’évolution de son environnement. – 2e Congrès européen sur les systèmes et réseaux documentaires, Luxembourg, 27-30 mai 1975. – Munich : Verlag Dokumentation, 1976. – p. 72-87.
  • • Computer strategies 1990-99 - Technologies, Costs, Markets [avec Anthony Dunning]. – John Wiley and Sons, 1987. – 322 p.
  • • La problématique de l’Europe de l’information. – Bulletin des bibliothèques de France, t. 33, n° 1-2, 1988.
  • • Chaotics. An agenda for business and society in the 21st century [avec Anthony Dunning et Simon Forge]. – Portsmouth (NH) : Praeger Publishers, 1997. – 224 p.

Résumé

Français

Georges Anderla, qui est mort le 21 avril 2005 à Antibes, a été, au cours de la période 1970-1990, un acteur important dans le développement de l’information scientifique et technique. Européen convaincu, cheville ouvrière d’Euronet, il a aussi été un théoricien de la prévision technologique et, à ce titre, mérite d’être redécouvert.

Plan de l'article

  1. Une étude prévisionnelle des besoins et des ressources en IST
  2. Un engagement pour l’Europe de l’information
  3. Dernières réflexions sur les systèmes complexes et l’économie de la connaissance

Pour citer cet article

Chaumier Jacques, « Georges Anderla. Économiste et prospectiviste de l'information», Documentaliste-Sciences de l'Information 5/2006 (Vol. 43) , p. 304-305
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-5-page-304.htm.
DOI : 10.3917/docsi.435.0304.


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