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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/5 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.435.0306
  • Éditeur : A.D.B.S.

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APPARU AU ROYAUME-UNI VERS 1998, LE CONCEPT DE bibliothèque hybride, qui mêle à la fois des ressources matérielles et des ressources dématérialisées, a été constamment mis en avant, au cours de ce congrès, et présenté comme la perspective d’avenir la plus probable. Les principaux changements en cours sont en effet liés au développement des documents numériques accessibles par le web : comment réagir face à l’accès généralisé du public, quel qu’il soit, à une information disponible à profusion ? Comment se repositionner par rapport à Google ? Face aux nouveaux enjeux de la connaissance, la logique de l’offre maintenue dans nos systèmes n’est-elle pas déjà en partie dépassée ? Que nous apprend l’examen des usages ? Ne nous induisent-ils pas à rechercher de nouveaux modèles ?

La logique de l’offre. Des problèmes à résoudre

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Il faut opérer une distinction entre deux types de bibliothèques numériques professionnelles. D’une part les bibliothèques patrimoniales constituées principalement de documents libres de droits, d’archives numérisées ou à numériser accessibles en consultation à partir d’un site web. D’autre part les bibliothèques composées d’un corpus réduit de documents sous droits, accessibles à partir d’une plate-forme de téléchargement sécurisée sur le web. Chacune a ses contraintes, ses intérêts et ses limites.

Les bibliothèques patrimoniales. L’exemple de la BnF

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Le problème de la numérisation de masse[1][1] Intervention d’Agnès Saal, directrice générale de la.... Un des chantiers décisifs de la BnF concerne l’augmentation du rythme de numérisation, nécessaire pour rendre pertinente sa contribution à la future Bibliothèque numérique européenne (BnuE). Pour cela, la BnF doit résoudre tous les problèmes que pose une numérisation de masse. Dans un premier temps, l’établissement modernise l’accès à la bibliothèque numérique Gallica en « océrisant » la majorité des documents d’ici la fin de l’année 2006. Puis il engage une nouvelle campagne afin de numériser en 2007 plus de cent mille documents qui viendront alimenter la BnuE, marquant ainsi un tournant dans l’histoire très récente de ce projet arrivé à l’heure des réalisations. Plusieurs étapes décisives ont déjà été franchies. La coopération avec une majorité d’autres bibliothèques nationales, cœur du dispositif, est établie sur la base de la défense de la diversité culturelle.

Demain, la bibliothèque...

« Le thème des bibliothèques de l’avenir veut rassembler un certain nombre des questions que les bibliothécaires se posent aujourd’hui sur eux-mêmes, leur métier et leurs établissements, dans le domaine des bibliothèques publiques comme dans celui des bibliothèques universitaires et des bibliothèques spécialisées. On le sent, la période est charnière : les territoires administratifs, politiques et professionnels bougent, les règles du jeu juridique évoluent, les environnements qui avaient favorisé l’émergence de la médiathèque sont mis à mal tandis que l’édition numérique bouleverse les modes habituels du transfert des connaissances. Les modèles eux-mêmes sont interrogés, de nouveaux recherchés. Sans oublier d’appeler, sinon à l’aide, du moins comme soutien de réflexion, les réalisations et les exemples étrangers, le débat peut dès lors s’articuler autour de trois axes directeurs : la bibliothèque hybride, un nouveau modèle ; l’élargissement des publics et le mouvement du métier ; la bibliothèque comme forum dans la cité et lieu du savoir transmis et partagé. »

Gilles Éboli, président de l’ABF

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Mais les questions à traiter restent multiples : quels documents numériser ? à quel rythme ? selon quelles modalités ? Beaucoup reste à faire sur les différents aspects financiers, techniques et juridiques du projet – faire franchir à la BnuE la limite des soixante-dix ans fixée par le droit d’auteur est un des objectifs annoncés.

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• Le problème de la conservation de masse[2][2] Intervention de Catherine Lupovici, directrice du Département.... L’archivage de l’édition électronique en ligne qui incombe à la BnF, réceptrice du dépôt légal et en vertu de sa mission de conservation du patrimoine publié, pose des problèmes inédits en raison du volume, jamais atteint dans l’histoire, de l’information potentielle à conserver. Devenu en dix ans le principal vecteur de publication électronique, le web véhicule aujourd’hui de nouveaux types de documents qui induisent de nouvelles méthodes de collecte et de traitement. On trouve dans l’évolution récente de l’édition électronique des contenus liés à l’auto-édition comme, par exemple, les blogs dont la production a explosé en 2004. Les unités documentaires des nouveaux types de contenus ne permettent pas toujours d’adapter les typologies connues à ces contenus en constante évolution.

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Ce qui change principalement au niveau du traitement : la constitution d’une bibliographie nationale distincte, encore utilisée pour l’édition électronique sur support, est remplacée pour l’internet par l’utilisation d’outils de data mining permettant de surveiller les nouveautés du web en fonction d’un profil d’intérêt ; l’attribution de mots clés pourrait être remplacée par une indexation en plein texte, à l’étude, pour les prochains instantanés sélectionnés (captures).

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Pour donner une idée des volumes, on rappellera que, fin 2005, le magasin numérique était riche de deux cents téra-octets et que l’estimation minimale à dix ans est de deux pétra-octets. Le projet, qui occupe actuellement cinquante personnes à temps plein ou associées, est aussi un système complexe de gestion des droits liés aux statuts des documents et des usagers permettant de filtrer les accès.

Les bibliothèques universitaires et de lecture publique

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Les bibliothèques universitaires sont plus concernées par la collecte des publications et par l’archivage des productions scientifiques et pédagogiques, celui-ci étant lié à l’accès ouvert de ces publications. En revanche, si le livre électronique est récemment devenu une réalité dans quelques bibliothèques universitaires, ce sont surtout les bibliothèques municipales qui l’expérimentent.

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• Tendances actuelles (dans le secteur universitaire). La documentation de recherche est désormais majoritairement accessible sous forme électronique, y compris les ouvrages de référence. Tous les congrès aujourd’hui donnent lieu à une publication d’actes électroniques. L’éditeur Elsevier a annoncé en 2005 la fin de ses revues papier d’ici dix ans.

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Les ressources documentaires électroniques imposent aux bibliothèques universitaires un choix pour l’ensemble des documents qu’elles doivent rendre accessibles aux usagers : accéder ou posséder.

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Les ressources commercialisées par les éditeurs, le plus souvent hébergées sur des serveurs extérieurs à l’institution, sont hétérogènes et complexes à gérer. La formule proposée en général offre un accès global à des titres utiles à un moment donné pour une durée variable et empêche de fournir un vrai service de catalogue comme il se fait à partir d’une collection de titres. Le modèle économique actuel de distribution vise à vendre un maximum d’unités à la bibliothèque avec l’interface d’accès. Face à cela, les BU tentent de riposter.

Principales interventions

Nous ne mentionnons ici que les sessions et ateliers qui font l’objet d’un commentaire dans ce compte rendu. Le programme complet du congrès de l’ABF peut être consulté à l’adresse suivante : www. abf. asso. fr/ IMG/ pdf/ PROGRAMME_ABF. pdf, et les présentations de tous les intervenants à celle-ci : www. abf. asso. fr/ article. php3? id_article= 674

> La bibliothèque hybride : un nouveau modèle ?

Patrick Bazin, directeur de la bibliothèque municipale de Lyon

Iris Reibel-Bieber, directrice du service commun de la documentation (SCD) de l’Université Strasbourg-1

Anne Korhonen, bibliothèque municipale d’Helsinki

> Les bibliothèques de l’avenir vues de l’étranger

Claudia Lux, vice-présidente de l’IFLA

Réjean Savard, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI) de l’Université de Montréal, membre du bureau des gouverneurs de l’IFLA

Mary Giraldo Renfigo, directrice de la Bibliothèque nationale de Colombie

Paivi Jokitalo, library inspector, Gouvernement régional de la Finlande de l’Ouest

> Des bibliothèques numériques en chantier et en action : enjeux culturels, scientifiques et économiques

Agnès Saal, directrice générale de la Bibliothèque nationale de France (BnF)

Lynne Brindley, directrice de la British Library

Philippe Paban, chef de projet Quaero et représentant technique de Thomson au sein du groupe de travail BnuE

Yannick Maignien, chargé du livre et des bibliothèques à l’Ambassade de France, Rome

Michel Roland, URFIST Provence-Alpes-Côte d’Azur

Gilles Le Blanc, professeur d’économie à l’École des mines de Paris et directeur du CERNA

> La chaîne du livre numérisé

Alain Giffard, président d’Alphabetville

Denis Zwirn, PDG de Numilog

Marc Minon, CAIRN

Alain Patez, responsable des ressources numériques et du multimédia à la bibliothèque de Boulogne-Billancourt

Catherine Lupovici, directrice du Département de la bibliothèque numérique à la Bibliothèque nationale de France (BnF)

> Des modèles en crise ?

Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération Plaine Commune

Yves Pedrazzini, sociologue, département d’architecture de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

Didier Guilbaud, directeur départemental des bibliothèques et de la lecture de Touraine

David Aymonin, directeur de l’information scientifique et des bibliothèques à l’EPFL

> La conservation : pourquoi, pour qui, comment ?

Bernard Huchet, chargé de mission à la Bibliothèque publique d’information (BPI)

Thierry Delcourt, directeur de la médiathèque de l’agglomération troyenne

Florence Schreiber, directrice des médiathèques de Saint-Denis, réseau lecture publique Plaine Commune

Thierry Aubry, expert en restauration, Département de la conservation de la Bibliothèque nationale de France

> La bibliothèque, espace public : savoir transmis, savoirs partagés

Régis Debray, philosophe

Gérald Grunberg, directeur de la Bibliothèque publique d’information (BPI)

Michel Lussault, président de l’Université de Tours

Benoît Lecoq, directeur de la bibliothèque municipale de Nîmes

> L’élargissement des publics

Bruno Maresca, département Évaluation des politiques publiques du CREDOC

Madeleine Deloule, Observatoire départemental de la lecture en Seine-Saint-Denis

Daniel Renoult, doyen de l’Inspection générale des bibliothèques

Gloria Rodriguez, Bibliothèque centrale Comfenalco de Medellin

> Impact et usages des services électroniques des bibliothèques universitaires

Marie-Joëlle Tarin, conservateur en chef à la bibliothèque de la Sorbonne

Roswitha Poll, ex-directrice de la bibliothèque universitaire de Münster

Mondane Marchant, EBSCO

Jérôme Kalfon, directeur du service commun de la documentation (SCD) de l’Université Paris-5

> Les services électroniques : un atout pour la prise en compte des besoins des utilisateurs

Joëlle Muller, consultante

Olivier Chourrot, responsable du pôle « Services au public » de la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Georges-Pompidou

Céline Taponot, URFIST de Paris

Véronique Mesguich, Infothèque du Pôle universitaire Léonard de Vinci

> Un métier en mouvement

Anne-Marie Bertrand, directrice de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB)

Jean-Pierre Durand, professeur de sociologie, directeur du Centre Pierre Naville, Université d’Évry

Frédéric Saby, directeur du service interuniversitaire commun de documentation (SICD2) de Grenoble

Bruno Suzzarelli, inspecteur général de l’administration des affaires culturelles

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Le portail CAIRN [3][3] www. cairn. info est une tenta- tive réussie de diffusion organisée de l’offre périodique francophone en sciences humaines et sociales. Son concepteur, Marc Minon, a choisi le mode collaboratif pour répondre aux attentes du lectorat professionnel concerné par ce secteur de l’écrit, autour d’un concept simple : c’est l’article qui fait sens. Actuellement, soixante-dix revues sont accessibles librement en texte intégral pour les éditions parues depuis 2001, hormis les articles en cours.

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• Le livre électronique (dans les bibliothèques de lecture publique). Les modalités d’accès sont variables d’un éditeur à un autre, mais des tentatives de plates-formes multi-éditeurs existent cependant. Celles-ci, ainsi que toutes les offres e-books des éditeurs, remettent en cause la chaîne du livre : l’acquisition se fait par lots pour une durée qui peut être déterminée ou indéterminée ; le signalement dans l’OPAC n’est plus une valeur ajoutée ; l’éditeur offre l’accès avec son propre moteur de recherche (le prêt est lui aussi géré directement sur cette plate-forme) ; l’élimination est programmée avec des remplacements automatiques de mises à jour ou des abandons en cas de non-consultation.

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Créé en 1999, Numilog, qui diffuse un catalogue d’environ vingt-cinq mille titres d’e-books récents sous droits d’auteur, dont environ quatre mille en français, a conclu affaire avec une trentaine de bibliothèques. Si leurs lecteurs s’en disent satisfaits, le phénomène reste cependant marginal ou d’utilisation limitée à une population particulière, comme les handicapés à la médiathèque Landowski de Boulogne-Billancourt. La société met en avant les avantages fonctionnels liés au support : l’accès 24 heures sur 24 à une bibliothèque à distance, une gestion automatisée des prêts, un stockage illimité, une circulation plus fluide entre les lecteurs.

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Les changements interviennent également au niveau de l’édition puisque le numérique permet l’auto-édition et l’auto-distribution. C’est donc bien toute la chaîne du livre qui voit ainsi se déplacer les médiations.

Les usages. Les usagers (pratiques, besoins, réponses). La transition

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Des enquêtes montrent que la bibliothèque est désormais un lieu de recherche et de libres usages variés plus qu’un service de prêt de livres. Le lieu bibliothèque est en priorité un lieu d’accueil pour ceux qui la fréquentent. Les statistiques le confirment : la proportion d’usagers disposant d’une carte stagne alors que le nombre de visiteurs a doublé entre 1997 et 2005, le temps de séjour s’est allongé et les visites occasionnelles se sont multipliées.

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Autre constat : la concurrence avec Google. Un effet du numérique sur la recherche d’information est que l’accès rapide aux résultats, même s’il fait illusion, diminue le besoin d’accéder aux documents papier. La recherche avec ce moteur est un réflexe partagé par la moitié des personnes interrogées dans une enquête récente du CREDOC [4][4] Fréquentation, usages et image des bibliothèques municipales.... Pour trouver une information, seules 19 % des personnes disent passer en premier lieu par la bibliothèque…

Étudiants et chercheurs

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L’étude des pratiques des étudiants montre qu’ils ont une attitude que l’on peut qualifier de « consumériste ». Les tendances observées aujourd’hui devraient s’accentuer après la généralisation des appareils électroniques.

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Fondée sur une enquête menée à Paris en 2003 auprès des étudiants en lettres et sciences humaines, l’étude Les bibliothèques de Paris et leurs publics[5][5] Voir aussi : Les étudiants face à la lecture, études... révèle que ceux-ci n’utilisent pas les services documentaires spécialisés (catalogues, bibliographies, etc.) avant le troisième cycle [6][6] Intervention de Daniel Renoult, inspecteur général....

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Habitués, eux, à la recherche sur le web, les chercheurs ne se déplacent plus et contactent de plus en plus le guichet de la bibliothèque de manière virtuelle, par courriel ou par téléphone, pour se faire aider à trouver rapidement la réponse à des questions complexes qui se posent à eux. L’utilisateur universitaire est devenu plus exigeant. Il ne demande pas tant une sélection ou une mise en forme « pédagogique » des collections qu’un « équipement » en métadonnées des documents [7][7] Cf. l’intervention de Michel Roland, de l’URFIST P.... Ce qu’il souhaite avant tout, c’est que ces documents soient le plus visibles possible par les moteurs de recherche qu’ils utilisent.

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Avec les technologies du Web 2.0 et en particulier les fils de syndication, les chercheurs paramètrent eux-mêmes les informations dont ils ont besoin dans un environnement qu’ils choisissent. Ils se construisent leur environnement numérique de travail personnel qui devient ainsi leur portail d’accès à l’information dont ils ont besoin.

Abolition des frontières entre usagers et bibliothèque, individualisation croissante des pratiques

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Gérald Grunberg, directeur de la BPI, témoigne de ce nouveau besoin exprimé par le lecteur ordinaire qui demande à pouvoir poursuivre à son domicile le travail entrepris à la bibliothèque. On lui offre d’ores et déjà des espaces personnels de stockage où il peut retrouver ses travaux d’une visite à l’autre. Ce qui était réservé aux chercheurs se généralise – preuve que le numérique abolit les frontières entre les catégories de publics et les bibliothèques. Les usagers ne font plus de différence entre le dedans et le dehors, considérés comme un continuum.

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L’individualisation croissante du rapport aux contenus est un phénomène en expansion. La multiplication des équipements se généralise. Les ordinateurs portables personnels et autres équipements terminaux miniaturisés autorisent le stockage, la lecture, mais aussi la création et la diffusion de contenus à l’échelle personnelle. Connu dans le domaine de la musique ou de l’audiovisuel, ce phénomène se développe au niveau de l’écrit, comme en témoigne l’essor spectaculaire des blogs.

La logique de l’accès. Une tentative de solution ?

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Dominique Lahary affirme qu’il faut rendre sa place à l’usager et accorder une place toute relative aux documents. Il faut « comprendre que les documents sont de passage ».

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C’est le parti adopté pour le projet de développement de la Communauté d’agglomération de Plaine Commune, présenté par sa directrice Dominique Deschamps, convaincue qu’il faut partir des usages plutôt que des collections. Le modèle envisagé privilégie les espaces d’usages sur place plutôt que la consultation de collections très importantes. On prévoit de favoriser les espaces numériques, les cabines de langues, les ateliers, mais aussi les salles de référence, bref tout ce qui permet l’autoformation et la formation permanente, tout ce qui encourage et organise la circulation des documents et des usages.

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Autre projet : celui de l’École polytechnique fédérale de Lausanne [8][8] Site web d’information : http:// learningcenter. epfl.... qui s’est engagée dans un vaste plan de modernisation de ses bibliothèques que David Aymonin, son directeur, présente et qualifie de « bibliothèque augmentée » – augmentée de fonctions de vie et d’étude réparties sur le campus, comprenant salles de travail mais aussi salles de repos, salles de musique, laboratoires de langues, lieux d’exposition, boutiques, restaurants et divers services. Il estime que cela pourrait être l’exemple réaliste de la bibliothèque de demain, la bibliothèque au cœur d’un ensemble équilibré.

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Cette logique de services a déjà été développée dans les pays nordiques. Si la « Bibliothèque 10 » – c’est son nom –, située dans le centre-ville d’Helsinki, n’offre presque plus de livres, elle propose gratuitement tous les autres supports multimédias et électroniques en nombre, ainsi que des services multiples (automates de réservation de billets de train, ordinateurs, studio d’enregistrement, cours et animations), s’apparentant ainsi à un lieu de rencontre où la création et l’apprentissage continu sont facilités.

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Le réseau des établissements finlandais a développé un concept original d’offres de services d’information très riches et diversifiés, proposés aussi bien en bibliothèques que hors des murs de celles-ci.

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La bibliothèque municipale d’Helsinki a inventé la « station-service de l’information » appelée IGS, Information Gas Service, unité mobile se trouvant là où les gens vivent pour répondre à leurs besoins d’information [9][9] http:// igs. kirjatst. fi/ en-GB/ IGS/ . Par le courrier électronique, le chat ou la radio, le service répond à environ sept mille demandes par mois. L’objectif de développement d’infocompétences est clairement affiché : avec la réponse, on fournit les sources et surtout on explique quel a été le cheminement pour trouver l’information. Dans ce système de bibliothèque, le savoir est conçu comme un mode de pensée et non plus seulement comme un corpus de connaissances. L’utilisateur est associé aux services – un forum publie les textes des jeunes. À ce prix, le site web de la bibliothèque est devenu si populaire qu’il se positionne juste derrière Google !

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La recherche de la popularité est aussi ce que défend Réjean Savard venu présenter l’approche marketing utilisée avec succès par des bibliothèques d’Amérique du Nord. « Coopératives du savoir », elles sont très près du citoyen, gratuites, ouvertes jour et nuit, offrant services de référence et de questions-réponses virtuels, n’hésitant pas à communiquer via la publicité télévisée.

Enjeux. Hypothèses pour le futur

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La bibliothèque du futur serait plus distribuée, plus accessible en tous lieux et sur tous supports, et plus collaborative.

L’extension de l’offre

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Yannick Maignien, chargé du livre et des médiathèques à l’Ambassade de France à Rome, soutient que les bibliothèques doivent sortir des débats sur les accès distinguant patrimoine libre de droit et patrimoine soumis à autorisation des ayants droits, qui restreignent l’offre de connaissances [10][10] Prospective du stockage du savoir et avenir des bibliothèques,.... Elles le feront en développant de nouveaux services offerts aux publics les plus divers et de nouvelles formes d’accès pour des missions sociales plus larges, mais aussi en acceptant de ne pas être les seules concernées par la constitution des collections.

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Après avoir rappelé les quatre scénarios possibles pour la bibliothèque de demain envisagés dans le rapport Bibliothécaires en prospective[11][11] Bibliothécaires en prospective, rapport réalisé par..., Gilles Le Blanc, de l’École des Mines de Paris, propose lui aussi que l’on s’engage dans la voie d’une large extension de l’offre, la seule façon selon lui d’augmenter le taux d’utilisation des capacités installées, en imitant le modèle du multiplexe utilisé par le cinéma à partir de 1994 pour stimuler la demande. Celui-ci permettrait de poursuivre une stratégie de différenciation possible des bibliothèques dans l’univers de l’écrit.

Le partage des savoirs

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« Le vrai défi ne réside plus seulement, voire principalement, dans la maîtrise des ressources mais aussi et surtout dans celle des processus dynamiques de partage », affirme Patrick Bazin. Les bibliothèques qui ont fonctionné jusqu’ici dans la représentation doivent devenir les lieux des « expériences concrètes », sensibles, celles dans lesquelles immerge le numérique. Du sens est produit par l’utilisateur dans les communautés du savoir lorsqu’il développe de nouvelles pratiques. Afin d’intégrer celles-ci dans le système, Alain Giffard, président d’Alphabetville, souhaite que l’on crée un service de la lecture numérique.

Le rôle du professionnel : celui de passeur

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Pour rester concurrentiel et réaffirmer leur place dans l’espace public de la connaissance, les professionnels devront sans doute réformer leurs pratiques en acceptant de n’être que des passeurs, conclut Gérald Grunberg. Des passeurs dont la tâche majeure est de garantir la valeur, l’authenticité et l’identité des connaissances mises en réseau, tout en admettant que d’autres usagers ou pratiquants apportent leur contribution dans la « démocratie bibliothéconomique » à venir.

À quoi servent les bibliothèques à l’ère de Google ?

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C’est la question que posait Alberto Manguel dans son discours d’ouverture. Aujourd’hui comme hier, « la bibliothèque est notre autoportait ». Elle sert à « savoir qui nous sommes », quête à laquelle une bibliothèque mémoire du monde ne saurait apporter de réponse et, surtout, serait vaine si l’on considère avec Umberto Eco que « sa fonction principale est d’effacer ce qui ne vaut pas la peine d’être appris[12][12] Entretien paru dans La Republica en juin 2006. ».

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Mireille Lamouroux

Services électroniques et bibliothèques

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Puisqu’il est important de mesurer l’usage des services électroniques, d’en évaluer les bénéfices et d’analyser l’impact de ces nouveaux services sur les bibliothèques, Roswitha Poll évoque divers projets menés à cet effet : les guides de l’International Coalition of Library Consortium (ICOLC), l’enquête de l’Association of Research Libraries (ARL), la norme Counter, le projet « Evidence-base », ainsi qu’une norme ISO en voie de finalisation [13][13] Pour en savoir plus, voir la traduction de la communication.... Après avoir présenté cette norme, à la définition de laquelle elle participe activement, elle souligne les difficultés d’harmoniser les méthodes préconisées par chacun de ces projets. Certes, si l’on juge certains paramètres que l’on entend mesurer – les bénéfices pour les usagers du recours aux services électroniques, tels que la connaissance, la maîtrise de l’information, le succès professionnel, l’intégration sociale, le bien-être, ainsi que le changement des comportements –, on comprend aisément ces difficultés.

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Toute une batterie de mesures à la fois quantitatives (tests de comportement, observation, corrélation entre l’usage et le succès, etc.) et qualitatives (enquêtes, entretiens, focus, faits, anecdotes) est mise en place à cet effet. D’autres statistiques mesurent les impacts des services électroniques au sein des bibliothèques (gain de temps, augmentation des références, nouveaux usagers, etc., ainsi que les problèmes liés à la surinformation, la perte de temps, les surcoûts en termes de formation, d’équipement, etc.). Ce nouvel environnement se traduit par des changements dans les compétences et les comportements du personnel. Il semble que les aspects positifs soient plus prégnants, notamment parce que les coûts par usager baissent et parce que les visites sur site tendent à augmenter lorsque la bibliothèque s’avère « confortable » et attirante.

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L’usage à distance est incontournable – mais pour rendre quels services et en confiant quels rôles aux documentalistes ? Ce sont les questions posées par Jérome Kalfon [14][14] Sur ce thème, voir notamment l’article de Jérôme Kalfon,... qui souligne que la gageure consiste, entre autres, à tenir compte de nouveaux produits comme les e-books, de nouveaux outils de gestion de bibliothèque personnelle, du gratuit, de lutter contre la « googelisation » de la société et d’intégrer l’offre documentaire dans l’environnement du travail. L’environnement de l’enseignant lui-même est modifié puisqu’il lui faut définir des parcours personnalisés, gérer des mots de passe ou « podcaster » ses cours. Documentalistes et enseignants doivent apprendre à travailler différemment et de concert, à s’approprier les services à distance et de nouveaux outils de gestion, à déléguer certains travaux (la rédaction de notices) tout en en assurant d’autres (la structuration et l’indexation des ressources), et à envisager à terme la migration vers le tout en ligne.

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En matière de contenus, le choix doit s’opérer entre différents modèles économiques – la notion d’achat de flux pour certains contenus ou l’accès gratuit vont s’imposer – adaptés à des communautés différentes. La pérennité s’appréhende différemment et le prix va jouer un rôle régulateur important (les accès à distance sont très coûteux). En terme d’organisation, il faut articuler les bases d’information différemment, sans négliger les services traditionnels, en rationalisant la gestion des documents (une délégation de certaines tâches, par exemple) et en évaluant constamment par des indicateurs la pertinence des choix qui ont été faits. Lorsqu’il s’agit d’une cellule documentaire en ligne, l’on passe d’une structure verticale à une structure transversale, ce qui a des conséquences en termes d’organisation du travail et d’espace.

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Après Counter [15][15] Voir aussi « Collecte de statistiques d’utilisation..., projet qui a permis de normaliser le format et la typologie des statistiques remises par les fournisseurs de données électroniques, Mondane Marchand présente un projet de protocole baptisé « Sushi » (Standardized Usage Statistics Harvesting Initiative) qui vise à normaliser la récupération, la gestion et l’analyse des données « compatibles Counter » par les bibliothèques. SUSHI n’est pas un outil d’analyse statistique mais doit faciliter l’intégration des informations récupérées sans intervention humaine auprès de divers fournisseurs d’information ainsi que toute analyse ultérieure. Il fait ainsi gagner du temps et limite le nombre d’erreurs, mais uniquement si le protocole n’est pas trop complexe, si la récupération n’est pas globale et si les problèmes d’authentification auprès des fournisseurs sont réglés.

Services électroniques et usagers

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Pour toute bibliothèque, la notion de service est incontournable. Pour Olivier Chourrot, la réflexion sur ce point, qui englobe services électroniques et non électroniques, s’engage désormais sur d’autres plans puisque l’on passe « d’une offre objectivement structurée » à un « service subjectivement utile ». Prenant pour exemple la Bibliothèque publique d’information (BPI), il explique ensuite comment faire évoluer un processus centré sur l’offre vers un processus centré sur le service, mais aussi comment transformer un échec (en l’occurrence une première version du site web de la BPI) en succès. Si la mise en place d’un système d’évaluation et d’une organisation réactive non centrée sur le métier figure parmi les facteurs clés de succès, il insiste aussi sur la nécessité de mener une réflexion prospective qui tienne compte de la culture d’entreprise (pour la BPI, cela sera notamment l’anonymat et l’absence de prêt) et sur les difficultés – surtout juridiques – liées aux consultations à distance.

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Céline Taponot s’est penchée sur un service très particulier qu’est le fil RSS [16][16] Voir les pages consacrées aux « Modalités d’appropriation.... Son exposé a, dans un premier temps, dressé l’historique de cet outil, détaillé ses composants techniques et la procédure permettant de le lire ou de le créer. Elle s’est attachée ensuite à en présenter les diverses applications qui présentent des opportunités pour les bibliothèques, à partir d’exemples très variés (bibliothèque d’Angers, Université Jean-Moulin, BDIC, Nature, Lexis-Nexis, etc.). Après avoir défini les divers modes d’abonnement aux fils RSS qui sont proposés aujourd’hui, elle a complété sa communication en faisant le point sur leurs avantages et leurs inconvénients.

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En s’appuyant sur les activités du Pôle universitaire Léonard de Vinci, Véronique Mesguich met l’accent sur les services rendus aux utilisateurs en entreprise. Après avoir présenté la gamme des services proposés selon trois axes (pédagogiques, publics extérieurs et formation continue) qui vise notamment à « "dégoogeliser" les esprits » en apprenant à utiliser les moteurs de recherche [17][17] Voir Net recherche : le guide pratique pour mieux trouver... et à maîtriser sa recherche de l’information, elle souligne l’évolution très nette qui porte les centres d’information vers des publics extérieurs, pour des services électroniques ou plus traditionnels. La médiathèque Leonardo accueille ainsi des publics très divers auxquels elle propose des services sur place et à distance adaptés à leur diversité, ainsi que des sessions de formation continue internes ou externes. Ceci implique une évaluation permanente et une attitude proactive recourant à toute la panoplie des outils marketing. Servuction [18][18] Description du processus de création d’un service (servuction..., Web 2.0, autant de concepts qui démontrent que le client est plus que jamais au cœur de la prestation et qu’il faut développer toute une panoplie de services collaboratifs.

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Nous sommes aujourd’hui dans l’âge de l’accès et non plus dans celui de la propriété, souligne aussi Véronique Mesguich. Ce qui change fondamentalement le mode de pensée et oblige à ne pas se focaliser sur le support ni sur la technologie, mais à élaborer une réflexion sur les contenus, en partant du client et de ses besoins. Elle aborde aussi les questions de management : indicateurs de performance, retour sur investissement, limites de l’expertise à fixer, positionnement par rapport à d’autres services internes ou externes, respect du droit d’auteur. Mais, puisque les freins sont quasiment toujours économiques, l’avenir est donc dans différentes formes de partenariat proposant des parcours personnalisables au sein de plates-formes collaboratives.

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Michèle Battisti

Notes

[1]

Intervention d’Agnès Saal, directrice générale de la BnF.

[2]

Intervention de Catherine Lupovici, directrice du Département de la bibliothèque numérique à la BnF.

[4]

Fréquentation, usages et image des bibliothèques municipales en 2005, enquête réalisée par le CREDOC en collaboration avec le service Études et recherches de la BPI pour la Direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture, et présentée par Bruno Maresco.

[5]

Voir aussi : Les étudiants face à la lecture, études réunies par Lise Bois et Corinne Leblond. Artois Presses Université, 2005. (Études et témoignages).

[6]

Intervention de Daniel Renoult, inspecteur général des bibliothèques.

[7]

Cf. l’intervention de Michel Roland, de l’URFIST PACA.

[8]

Site web d’information : http:// learningcenter. epfl. ch

[10]

Prospective du stockage du savoir et avenir des bibliothèques, contribution au rapport mondial de l’Unesco sur les sociétés du savoir. Consultable sur le site http:// archivesic. ccsd. cnrs. fr.

[11]

Bibliothécaires en prospective, rapport réalisé par trois sociologues du travail pour le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture en janvier 2006. www. culture. gouv. fr/ deps/ telecharg/ tdd/ bibliothecaires/ somm_bibliothecaires. pdf

[12]

Entretien paru dans La Republica en juin 2006.

[13]

Pour en savoir plus, voir la traduction de la communication faite par Roswitha Poll lors du congrès de l’IFLA à Séoul, en août 2006 : « Mesures de qualité à une échelle nationale : comparaison de projets » (www. ifla. org/ IV/ ifla72/ papers/ 105-Poll_trans-fr. pdf). Voir aussi, pour en savoir plus sur la norme ISO appliquée aux services électroniques, la présentation faite par Pierre-Yves Renard lors des journées AFNOR organisées à la BnF le 8 juin 2006 (www. bnf. fr/ pages/ infopro/ journeespro/ no-Afnor2006. htm#normeind). Pour consulter les travaux menés sur les « Impact and Outcome of Libraries », on pourra se référer aux pages alimentées par Roswitha Poll sur le site de l’Université de Münster (www. ulb. uni-muenster. de/ bibliothek/ projekte/ outcome. html).

[14]

Sur ce thème, voir notamment l’article de Jérôme Kalfon, « La bibliothèque du XXIe siècle », dans le supplément à Les Dialogues de Descartes, février 2005, n° 33 (http:// yoda. univ-paris5. fr/ WebP5_Fichiers/ focus_SCD. pdf).

[15]

Voir aussi « Collecte de statistiques d’utilisation des revues électroniques : EBSCO finalise avec succès l’intégration de SUSHI », 16 mars 2006 (www. ebsco. com/ france/ collecte. asp).

[16]

Voir les pages consacrées aux « Modalités d’appropriation des fils RSS, blogs et wikis pour une veille informationnelle active » proposées par l’URFIST de Paris (www. ext. upmc. fr/ urfist/ rss).

[17]

Voir Net recherche : le guide pratique pour mieux trouver l’information utile, par Véronique Mesguich et Armelle Thomas, ADBS Éditions, 2006.

[18]

Description du processus de création d’un service (servuction = service + production) centré sur le client.

Résumé

Français

Du 9 au 12 juin dernier s’est tenu à Paris le congrès annuel de l’Association des bibliothécaires de France (ABF). 2006 est l’année du centenaire de la plus ancienne association française de son secteur, qui a saisi cette occasion pour s’interroger, à l’ère de l’électronique et de Google, sur l’avenir des bibliothèques et sur celui du métier. Nous présentons ici le compte rendu de quelques-uns des nombreux ateliers et sessions qui ont marqué ce congrès très suivi.

Plan de l'article

  1. La logique de l’offre. Des problèmes à résoudre
    1. Les bibliothèques patrimoniales. L’exemple de la BnF
    2. Les bibliothèques universitaires et de lecture publique
  2. Les usages. Les usagers (pratiques, besoins, réponses). La transition
    1. Étudiants et chercheurs
    2. Abolition des frontières entre usagers et bibliothèque, individualisation croissante des pratiques
  3. La logique de l’accès. Une tentative de solution ?
  4. Enjeux. Hypothèses pour le futur
    1. L’extension de l’offre
    2. Le partage des savoirs
    3. Le rôle du professionnel : celui de passeur
  5. À quoi servent les bibliothèques à l’ère de Google ?
  6. Services électroniques et bibliothèques
  7. Services électroniques et usagers

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, Battisti Michèle, « Congrès du centenaire de l'ABF. Demain, la bibliothèque... », Documentaliste-Sciences de l'Information, 5/2006 (Vol. 43), p. 306-313.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-5-page-306.htm
DOI : 10.3917/docsi.435.0306


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