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Documentaliste-Sciences de l'Information

2006/5 (Vol. 43)

  • Pages : 86
  • DOI : 10.3917/docsi.435.0330
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Enjeux de mots : regards multiculturels sur la société de l’information, Coordonné par Alain Ambrosi, Valérie Peugeot, Daniel Pimienta, Caen : CαF Éditions (35c, rue des Rosiers, 14000), 2005. – 649 p. – (Sociétés de l’information). – ISBN 2-915825-03-3 : 39 €

Discours multiculturels sur la société de l’information

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LE LECTEUR TIENT ENTRE SES MAINS UN LIVRE qui étonne. D’abord par son imposant volume de près de six cent cinquante pages. Ensuite par la disposition des textes sur quatre colonnes, chacune d’elles étant dédiée à une langue vivante : espagnol, anglais, portugais et français. Puis par l’idée profondément originale de faire réfléchir des hommes et des femmes venus de tous les coins du monde sur le même thème ouvert par le SMSI, « seul Sommet qui porte dans son intitulé le terme de "société" ». Enfin par le nombre de « coopérants » engagés dans l’aventure initiée par Alain Ambrosi, actuel directeur du Carrefour mondial de l’internet citoyen, Valérie Peugeot, consultante en télécommunication et Internet, et Daniel Pimienta, directeur de l’association Réseaux et développement pour la promotion de l’internet dans les Caraïbes. Vingt-sept auteurs, douze traductrices, auxquels il faut ajouter relecteurs, coordinateur, chargé de communication, etc. participent à la réalisation de ce projet linguistique, sémantique et humain.

Un livre symbole

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Le lecteur comprend vite qu’il a en mains un livre symbole fondé sur le besoin de connaître, de se connaître, mais surtout de se reconnaître à travers les mots et par les mots, comme l’indique le titre de cet ouvrage dont le sous-titre eût pu être, pour insister, « Paroles multiculturelles ». Société de l’information, société du savoir, ces concepts complexes concernent le monde tout entier dans ses multiples facettes et problèmes. Ceux-ci sont nombreux : la gouvernance électronique, la sécurité des réseaux, la cybercriminalité... mais aussi les problématiques liées aux accès à l’information (fracture numérique, accès impossible pour des raisons techniques, économiques, politiques, etc.). Ces difficultés n’en offrent pas moins l’opportunité de travailler ensemble, de coopérer, d’éduquer. Sont soulevées enfin des problématiques juridiques et économiques. Pour chacune d’entre elles, un auteur dit son savoir, ses réflexions, ses espoirs...

Le lecteur « tout entier » entre dans ce livre

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Il est le citoyen fortement et totalement concerné par toutes les interrogations qui en constituent la raison d’être. Il est le professionnel de l’information plus spécifiquement intéressé par certains chapitres comme les bibliothèques numériques, la gestion des savoirs, le logiciel libre, etc. Mais ce livre ne veut pas seulement informer. Il se veut levier pour susciter, inspirer, approfondir nos réflexions sur cette société de l’information dans laquelle nous vivons ensemble et, à ce titre, il mérite d’être lu par le plus grand cercle de lecteurs.

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Marie-France Blanquet

Pérenniser le document numérique séminaire INRIA, 2-6 octobre 2006, Amboise, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; ouvrage coordonné par Lisette Calderan, Bernard Hidoine et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 206 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). ISBN 10 : 2-84365-087-9, ISBN 13 : 978-2-84365-087-1 : 22 €

Un véritable état de l’art sur la pérennisation du document numérique

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LES PROFESSIONNELS DE L’INFORMATION CONNAISSENT ET SUIVENT, tous les deux ans, directement ou par l’intermédiaire des publications assurées par l’ADBS, les rencontres organisées depuis 1982 par l’INRIA sur des thèmes d’actualité et toujours novateurs liés à « l’information scientifique et technique et l’informatique ».

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Signée par Lisette Calderan, l’introduction du présent ouvrage explicite les raisons du choix de l’archivage du document numérique, thème du séminaire de 2006 : « La pérennisation du document numérique pose des problèmes nouveaux : la conservation du support ne suffit plus à en assurer la lecture, voire la compréhension. Le véritable défi est celui de la pérennisation de son intelligibilité. » Huit auteurs, venus d’horizons divers et complémentaires, présentent leurs connaissances pour aider le lecteur à relever ce défi.

« Bien créer et ordonner pour assurer la pérennisation des documents numériques »

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Tel est le propos liminaire de Catherine Dhérent. « Un peu brutalement, déclare-t-elle, la production électronique est venue rappeler des règles essentielles » d’archivage nécessitant l’analyse des fonctions administratives et techniques, celle des risques et les types de métadonnées indispensables à la gestion à court ou long terme des documents administratifs et des incontournables dossiers. Une des tâches concomitantes au programme d’entretien est de repérer tous les référentiels de l’organisme pouvant être utiles à la gestion des documents : les deux plus importants étant le plan de classement et la typologie des documents, illustrés par des exemples empruntés à la Bibliothèque nationale de France où travaille l’auteure. L’archivage électronique, l’application des normes relatives au records management entraînent une évolution des métiers en déplaçant notamment un certain nombre d’activités vers l’amont de la chaîne de traitement. C’est ce que traduit explicitement le titre de ce premier chapitre au style très clair.

« Économie du document scientifique : pour des archithécaires »

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Qui paie la production de documents ? Jean-Michel Salaün répond à cette interrogation dans le deuxième chapitre. « Le numérique a inversé le rôle du papier », prévient-t-il. Cela a des conséquences sur les éditeurs qui s’appuient sur les résultats d’une enquête menée par l’Association of Learned and Professional Society Publishers pour dire l’ampleur de la redocumentarisation des revues scientifiques. Le libre accès, quant à lui, connaît à la fois succès et hésitation, le mouvement n’avançant pas aussi vite que le souhaitaient ses promoteurs. Les raisons en sont en partie d’ordre économique, explique de façon très nette et documentée ce chercheur, actuel directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de Montréal.

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Il faut aussi ouvrir la réflexion sur le développement d’initiatives regroupées sous le nom de baptême de Web 2.0, « mouvement de partage d’informations qui s’est brutalement accéléré ces deux dernières années grâce à des outils conviviaux de publication ». Wikis (et plus spécifiquement Wikipédia), blogs, plates-formes d’échange entraînent à réfléchir sur l’économie du don mais aussi sur la domination des moteurs au succès économique incontestable, avec des répercussions évidentes sur les professions de l’information. Cela entraîne l’auteur à décrire les paradoxes de l’économie du document numérique et à plaider pour l’apparition d’un « archithécaire » synthétisant le rôle de l’archiviste et celui de bibliothécaire tout en évoquant l’architecte !

« Gestion de la pérennisation des objets numériques : aspects fonctionnels et techniques »

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Directrice de la Bibliothèque numérique à la BnF, Catherine Lupovici aborde dans le chapitre 3 un sujet très technique mais absolument essentiel. Elle s’applique d’abord à décrire le modèle fonctionnel de référence Open Archival Information System (OAIS) : ses objectifs et son domaine d’application, son environnement, ses principales fonctions, son modèle d’information. Toutes ses explications sont synthétisées dans des figures complexes, mais en même temps très utiles pour assimiler ce propos très technique mais capital. Sont ensuite décrites les stratégies de pérennisation, avec les migrations des données et la conservation des services d’accès. La gestion des risques est exposée de façon rapide mais très nette, de même que celle des formats d’objets numériques. Le dernier point de ce chapitre porte sur la certification d’un entrepôt de données et conclut sur l’importance de conserver la maîtrise de la politique de conservation.

« Des outils informatiques pour accéder au contenu des textes : l’apport des outils de traitement de la langue et de fouille des textes »

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Que faire lorsque nous sommes confrontés à une masse de documents numériques non traités ? Des outils existent, qui peuvent nous y aider, répond Yannick Toussaint, chercheur à l’INRIA, dans le quatrième chapitre. Dans un premier temps, il donne des précisions sur les travaux actuels sur la terminologie textuelle, « premier niveau de structuration de connaissances dans un processus documentaire ». Il décrit les étapes de la construction d’une terminologie et les outils permettant l’analyse du corpus. L’ontologie est, par la suite, rapidement décrite comme « une base de connaissances représentée dans un langage formel » et comme support à l’annotation sémantique d’un document. L’importante bibliographie, donnée en conclusion de ce texte, confirme la profonde technicité de cet état de l’art exposé par Yannick Toussaint et qui permet au lecteur de faire le point sur tous ces outils informatiques qui sont encore loin d’être présents dans tous les services de documentation.

« L’archivage du web »

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L’explosion des publications, explique Julien Masanès dans le chapitre 5, et la multiplication des auteurs font du web « un des médias les plus fragiles en l’absence d’une politique de préservation active ». Dans cette perspective, il convient dans un premier temps de caractériser le web dans cet objectif de préservation. L’auteur le fait en explicitant le concept de cardinalité, en décrivant le web comme un système de publication active et comme artefact culturel. Ce nouveau média exige de nouvelles méthodes non seulement pour collecter et pour organiser les archives du web : collecte en ligne, archivage transactionnel, archivage des serveurs ; mais également pour les stocker et pour assurer l’accès aux archives ainsi préservées. Mais, constate Julien Masanès, directeur de l’European Web Archive, « nous n’en sommes encore qu’au début en matière de préservation du web » ; au moins la prise de conscience de sa nécessité a eu lieu. Ce qui, pour l’auteur dont la contribution s’appuie sur une riche bibliographie, est encourageant.

« Pérenniser la publication scientifique : le mode "Archives Ouvertes" »

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Dans ce sixième chapitre, Gabriel Gallezot, maître de conférences en sciences de l’information, analyse d’abord, en s’appuyant sur des figures très synthétiques et parlantes, l’inscription de la publication scientifique dans le cycle de l’IST, la place de ce dernier dans la communication scientifique et la compartimentation croissante des savoirs. L’enjeu de la pérennisation des publications scientifiques est pluriel et recouvre différentes facettes qui ouvrent sur les questions clés : pourquoi pérennise-t-on ? qui assure cette pérennisation ? que pérennise-t-on ? comment ? Les archives ouvertes sont l’occasion pour Gabriel Gallezot de rappeler la place et le rôle du libre accès dans le processus de la communication scientifique, d’ouvrir sur les problématiques d’évaluation posées par l’auto-archivage et les prépublications, et de dresser une typologie des documents concernés ainsi que des acteurs. L’auteur rejoint ainsi Jean-Michel Salaün et ses « rêves d’une "archithèque" […] : il s’agit bien de gérer le patrimoine informationnel numérique de la communauté qu’elle sert et qui lui fournit ses moyens. »

« Archivage numérique des documents anciens : nouveaux systèmes d’accès aux documents manuscrits numérisés »

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Bertrand Coüasnon, enseignant-chercheur, opère une rupture avec les précédents chapitres axés sur les documents natifs en s’intéressant aux documents anciens. Il présente les nouveaux outils permettant d’accéder aux documents manuscrits à partir de leur contenu en proposant deux types d’annotation pour les documents d’archives : annotations géométriques et annotations textuelles. Celles-ci sont produites automatiquement, grâce aux techniques de reconnaissance de documents et d’écriture manuscrite, puis collectivement sur Internet, grâce à la participation des lecteurs au cours de leurs consultations. L’auteur décrit ensuite la plate-forme de gestion/consultation des annotations et son utilisation pour des documents diversifiés : registres paroissiaux, décrets de naturalisation, matricules militaires…

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Richement illustrées, ces explications permettent au lecteur de comprendre l’énorme et passionnant travail entrepris. Actuellement, les recherches portent sur d’autres types de documents tels que les registres d’état civil ou les journaux anciens. Un nouveau type de document signifie généralement le développement complet d’un nouveau système de reconnaissance. Le système DMOS, méthode générique de reconnaissance de structures de documents explicitée dans cette communication, permet d’échapper à cette lourde contrainte et ce même pour des documents qui se révèlent difficiles à lire !

« Approche juridique et technique de la dématérialisation des documents »

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Le droit fait partie des préoccupations constantes des professionnels de l’information. C’est donc sans surprise que le lecteur trouvera dans cet ouvrage un dernier chapitre sur ce sujet. L’avocat Philippe Bazin y établit un panorama des problèmes juridiques posés par la pérennité du document numérique, en s’efforçant, dans un premier temps, de lever nos préjugés et stéréotypes en matière de dématérialisation. Malgré son intitulé trompeur, la signature électronique semble être l’instrument privilégié de la sécurité juridique de la dématérialisation et fait l’objet d’une solide mise au point par l’auteur. Il en va de même pour le vocabulaire. L’auteur précise en effet, de façon très pédagogique, le contenu des notions d’archive et d’archivage, de celles d’archives publiques et d’archives privées, d’archivage et de stockage, de conservation et de conservation « intègre », de données et de métadonnées, d’archivage légal et d’archivage à valeur probante, pour permettre au lecteur d’éviter de confondre ces notions voisines mais distinctes. Il s’agit surtout de ne pas avoir une attitude attentiste : « Il n’est pas urgent d’attendre, plaide cet avocat. Il est urgent de faire. »

De multiples familles de lecteurs potentiels

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Le lecteur n’est nullement tenu de suivre l’ordre linéaire des chapitres qui composent cet ouvrage, chacun abordant de façon très synthétique et autonome les facettes différentes mais complémentaires d’une même problématique. La description de ces chapitres dit la qualité scientifique de ce recueil et le bien-fondé de sa publication. Il est vrai que les séminaires de l’INRIA n’ont jamais déçu les participants ni les lecteurs. L’étudiant découvre les recherches menées dans son futur domaine professionnel. L’enseignant et le chercheur sont mis au courant de l’actualité concernant la pérennité du document numérique, décrite par des experts. Malgré la relative difficulté d’appréhension de certains textes aux qualités pédagogiques cependant certaines, le professionnel de l’information, actif sur le terrain, doit également lire cet ouvrage : il lui apportera un véritable état de l’art sur ce qui est en train de se passer dans son environnement professionnel devenu numérique. Il est d’ailleurs directement interpellé dans certains chapitres pour devenir – et pourquoi pas ? – archithécaire ! Ce livre pourra également intéresser les chercheurs engagés dans d’autres disciplines que les sciences de l’information – préoccupés par la conservation des publications scientifiques et concernés par le mouvement du Libre Accès. Et les éditeurs pourront y trouver matière pour dialoguer avec les auteurs.

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Marie-France Blanquet

L’ABF a 100 ans, Coordonné par Jacqueline Gascuel, Paris : Association des bibliothécaires français, 2006. – 112 p. Numéro de : BIBLIOthèque(s), ISSN 1632-9201, juin 2006, n° 28. – 15 €. Regards sur un demi-siècle : cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Numéro coordonné par Anne-Marie Bertrand et Annie Le Saux, Villeurbanne : Enssib, 2006. – 294 p. Numéro hors série de : Bulletin des bibliothèques de France, 2006 : 25 €

Un siècle de la vie des bibliothèques et des bibliothécaires

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UN NUMERO SPECIAL DE CHACUNE DES deux principales revues françaises destinées au monde des bibliothèques commémore des anniversaires qui auront marqué l’année 2006 : le centenaire d’une association professionnelle, l’Association des bibliothécaires français récemment rebaptisée Association des bibliothécaires de France, et le cinquantenaire d’une revue professionnelle, le Bulletin des bibliothèques de France, dont nous analysons régulièrement les livraisons dans la deuxième partie de cette rubrique bibliographique.

L’évolution du métier

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C’est autour du métier de bibliothécaire que s’articule le dossier publié par l’ABF dans sa revue BIBLIOthèque(s). Qu’était-il donc il y a un siècle, comment a-t-il évolué et où en est-il maintenant ? On va l’apprendre – ou se le remémorer –, grâce aux archives de l’association, certes, mais surtout par les témoignages des acteurs de cette évolution.

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Au fil des articles sur la naissance de l’ABF, ses rapports avec l’IFLA, son activité de formation, les prémices du développement de la lecture publique (Congrès d’Alger, 1931), les Assises de 1968 qui voient surgir « un foisonnement d’idées » (p. 59), l’arrivée d’un nouveau type de professionnels, les « territoriaux », on mesure en effet l’ampleur des tâches et des expériences qui ont façonné la profession et la valeur des hommes et des femmes qui s’y sont consacrés. Certains problèmes émergent plus particulièrement : nauséabond appel à la censure « toujours bien présent en 2006 » (Yves Sartiaux, p. 92), faiblesse des moyens des BU (dénoncés dès 1973 par un Livre noir, repris en 1978 dans un SOS BU encore mal entendu), bataille des statuts lancée en 1988 et engluée dans un nouveau système de formation et d’emploi très contesté et actuellement en révision du fait de l’harmonisation européenne, problème de droit de prêt auquel se confronte l’ABF depuis 1992, etc.

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Ce dossier s’ouvre sur une vaste synthèse d’Anne-Marie Chartier, « Discours de bibliothécaires et représentations de la profession (1906-2006) », et se clôt par la liste commentée de celles et ceux qui ont présidé l’ABF durant ce siècle, liste enrichie de notices, utiles supports de la mémoire.

Les bibliothèques et leur environnement

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On ne s’étonnera pas que le numéro spécial édité pour le cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France traite essentiellement de cinquante ans d’évolution des bibliothèques et du monde qui les entoure. Agnès de Saxcé, dans son « Histoire du BBF », montre bien en effet combien cette revue, par sa longévité et son écoute du milieu, reflète l’évolution de l’institution, tant en France qu’à l’étranger.

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Replacer les bibliothèques dans leur contexte social et politique et prendre la mesure des « bouleversements opérés », tel est le dessein de la première partie : « Les bibliothèques et leur environnement ». Un fil conducteur court tout au long de ces pages : le poids des politiques publiques de la lecture sur l’institution et l’intensité des efforts que celle-ci a dû et doit toujours mener pour améliorer une situation « pas toujours brillante » (p. 14) et parfois peu lisible. La longue récapitulation et l’analyse qu’en fait Max Butlen, de l’INRDP, débouche sur la nécessité de nouvelles avancées fondées sur « une prise en main des politiques d’offre au niveau local » et sur « une déconcentration et une décentralisation réelles du pouvoir d’offrir à lire » (p. 67). Il y a là matière à réflexion et à expérimentation.

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La question des partenaires de la bibliothèque – université, édition, enseignement – laisse apparaître bien des contrastes. Avec le secteur marchand du livre, les choses avaient plutôt bien commencé lorsque le monde de l’édition, au XIXe siècle, avec Martin Bossange et Louis Hachette, posa les bases d’un réseau de lecture publique, puis, au XXe siècle, « soutint sans faille » par divers moyens le développement de la lecture dans le pays et la promotion des œuvres à l’étranger. Mais l’emballement même des chiffres du prêt va conduire « de l’entente cordiale au désamour » avec, à partir de 1980, la campagne bien connue contre la gratuité du prêt – dont l’auteur montre combien elle fut déraisonnable mais posa un vrai problème. Ceux-ci ne manquent pas non plus pour les bibliothèques universitaires, certes tirées du marasme dans les années soixante-dix mais insuffisamment légitimées au sein de l’université et médiocrement dotées. Là encore, malgré l’augmentation des ressources et la modernisation du réseau, les obstacles demeurent, inégaux selon les sites.

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Avec « Médiation et transmission », Anne-Marie Chartier pose le problème même de la mission du bibliothécaire, telle qu’elle a évolué en face de celle de l’enseignant, et en analyse convergences et divergences. Le partenariat souhaité et proclamé entre ces deux professions du savoir est-il aussi réel qu’on le proclame ?

Cinquante ans d’évolutions des modèles

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La seconde partie de ce numéro, « Cinquante ans d’évolution », traite du métier, du public et du bâtiment lui-même – concevoir une médiathèque intéressant de plus en plus les meilleurs architectes. Ces divers éléments souffrent-ils tous autant de l’« éternel retard » que rappelle et dénonce Anne-Marie Bertrand ? Retard « interne » par rapport au développement socio-économique, retard externe vis-à-vis de nombreux autres pays. S’agit-il d’un désintérêt structurel, du poids de la religion catholique longtemps défiante à l’égard de la lecture, ou du poids de l’élite culturelle indifférente ou suspicieuse ? Après avoir toutefois rappelé l’effort considérable assumé par l’État depuis les années quatre-vingt, l’auteur souligne que la « rhétorique du retard » (p. 134) est bien utile pour « légitimer les efforts attendus » et « a encore de beaux jours devant elle » (ibid.).

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Comment a donc évolué le métier de bibliothécaire pendant ces cinquante dernières années ? Pour y répondre, Laurence Tarin a croisé les informations statutaires, les référentiels d’activité et les programmes de formation avec la littérature professionnelle, riche et variée. Dégageant de ce corpus quelques grandes tendances, elle constate le glissement du centre d’intérêt que sont les collections vers le public. Elle souligne aussi le poids excessif des fonctions managériales aux dépens de l’identité propre du bibliothécaire. Pourra-t-il y remédier en retournant « au cœur du métier » - le savoir – dont il est le lien avec le public (p. 155) ?

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Les relations avec le public ont toujours été ambiguës, mouvantes. Deux contributions illustrent ce « mélange d’évidence et de complexité » dont parle Dominique Arot (p. 181). Pour sa part, il décrit l’évolution de la mission que se donne le bibliothécaire : plutôt directive et militante dans les années soixante, elle est actuellement à l’heure de la « lecture extensive », brassant toutes sortes de textes et d’images, et ouverte au partenariat. En témoignent les efforts accomplis en ce sens vers les jeunes et les faibles lecteurs, la diversification des acquisitions, les stratégies de lecture « hors les murs », etc. Là encore, rien n’est simple mais au moins est-on sorti de l’illusion et a-t-on pris conscience de la réalité des pratiques de lecture – en baisse.

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Les bibliothèques pour enfants, elles aussi, cherchent « un nouveau modèle », différent de ceux traditionnels mais opposés qu’ont représenté l’Heure joyeuse et la Joie par les livres que compare Hélène Weiss (IUFM Versailles). Sans doute cette recherche de nouvelles spécificités est-elle aussi le champ de nouvelles découvertes.

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De ces mutations, un des signes les plus apparents est l’émergence et la réussite du concept de « médiathèque ». Michel Melot en rappelle les origines avec l’exemple américain, avant même l’invention du terme, en fait l’historique – avec mention particulière pour la BPI ouverte en 1977 –, en souligne l’« évidence » (p. 231) et le rôle que peut-être elle a joué pour dégager « la bibliothèque de ses connotations passéistes » (ibid.) !

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On lira avec intérêt le « Petit exercice de discernement architectural » de Jean-Claude Annezer et avec amusement l’opinion d’un ex-étudiant américain en France sur ses bibliothèques et son « fascinant » Minitel (p. 248).

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Claire Guinchat

Les bibliothèques numériques, Sous la direction de Fabrice Papy, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 220 p. – (Traité IC2 Information - Commande - Communication, série Management et gestion des STICS). – ISBN 2-7462-1036-3 : 75 €

Les multiples problématiques de la bibliothèque numérique

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LE NUMERIQUE INTRODUIT-IL UNE « INEVITABLE redéfinition du rôle et des missions de la bibliothèque ? », interrogent Fabrice Papy et Gil-François Euvrard qui signent la préface de cet ouvrage. Pour répondre à ce questionnement, une quinzaine d’auteurs prennent leur plume et donnent le résultat de leur réflexion dans onze chapitres aux titres évocateurs.

« L’évolution du rôle des bibliothécaires et documentalistes dans le cadre de la bibliothèque numérique »

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Christian Lupovici ouvre le premier en analysant tous les facteurs de changement, changement d’environnement documentaire par le numérique et transformations de l’environnement bibliothéconomique, qui le conduisent à écrire : « Vive le bruit ! » Ce sont aussi les changements de paradigme de l’information qui mènent vers une nouvelle bibliothéconomie, un nouveau positionnement. Dans cette « vraie » bibliothèque qu’est une bibliothèque numérique, il faut considérer qu’il y a « marcottage[*][*] « Mode de multiplication d’un végétal par lequel une... » à partir du cœur de ce métier appelé à se réinventer « chaque fois qu’il trouve un terrain favorable pour des fonctions analogues ». Tous les professionnels de l’information dont les compétences et les responsabilités sont appelées à s’élargir doivent lire cette analyse percutante et claire.

« Le Tao de la bibliothèque numérique : bibliothèque sans bibliothécaire ? »

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Joachim Schopfel et Jacques Creusot décrivent la constante crise identitaire d’un métier aujourd’hui malmené par la menace du numérique. « Pourquoi ne pas remplacer la bibliothèque à terme par un centre d’appels au Maroc ou en Inde ? », écrivent-ils par provocation. Il faut d’abord dire les facteurs de transformation des métiers de la bibliothèque, liés au concept fondamentalement informatique de digital library, sans lien avec le lieu d’exercice du professionnel de l’information. L’accès aux documents, sans passage physique par l’institution, permet de penser que cette bibliothèque virtuelle est avanttout l’affaire des informaticiens. Les éditeurs, quant à eux, mettent en place des stratégies commerciales et semblent « décidés à se passer de la médiation par d’autres professionnels ». Au mieux, la bibliothèque peut devenir une sorte de service d’annexe de l’industrie de l’IST, sans véritable valeur ajoutée, les enquêtes montrant une désaffection des lecteurs qui ne recherchent que des ressources électroniques.

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Face à toutes ces affirmations, les auteurs proposent de regarder concrètement comment s’inscrit l’évolution des métiers de l’information dans les répertoires du CNRS de 1982 à 2002. Cette étude débouche sur l’émergence d’un nouveau profil : le e-serials librarian, à l’origine de problématiques originales portant sur le degré de technicité, les compétences juridiques, la relation avec le lecteur et le niveau décisionnel. Une autre manière d’observer l’évolution des métiers passe par l’étude des formations. Les auteurs analysent les formations de l’association UK Serials Group de 1990 à 2004. « Prises dans l’ensemble, ces formations offrent un vaste panorama qui reflète l’élargissement des compétences et la modification des profils » des professionnels de l’information. Alors, interrogent-ils à nouveau au terme de leur étude passionnée et passionnante, la bibliothèque numérique du futur aura-t-elle un centre vide ? Il existe beaucoup d’inconnues sur l’avenir. Mais « la virtualité pour la virtualité ne peut qu’être vide de sens. À partir des rayons autour du vide, au professionnel de l’information de donner du sens à cette bibliothèque numérique. »

« L’usager face à la bibliothèque numérique : l’expérience du portail d’information scientifique de l’Institut Pasteur »

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Après avoir décrit la nature des contenus et les services offerts par le portail de l’Institut Pasteur, Emmanuelle Jannes-Ober rend compte, à travers la connaissance empirique des pratiques des usagers et en s’appuyant sur une analyse statistique, de l’adéquation de l’outil mis en place à leurs besoins. Ce regard permet de comprendre les problématiques actuelles : comment organiser le bruit ? peut-on maîtriser les coûts ? comment instaurer un nouveau dialogue avec l’usager ? L’apport de cet auteur constitue, en ce sens, une réponse au précédent texte en affirmant le rôle important des professionnels de l’information de l’Institut Pasteur, conduits à offrir de nouveaux services correspondant aux comportements des usagers.

« L’esprit du numérique : bibliothèques numériques et démocratie »

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De nombreuses études s’accordent pour considérer le livre et la bibliothèque comme esprits objectifs. Le livre est à la fois esprit objectivé et esprit objectif. L’identité d’un livre n’est pas seulement intellectuelle mais aussi symbolique, valeurs qui s’étendent naturellement aux bibliothèques. Comment, alors, une bibliothèque numérique est-elle possible ? se demande Olivier Fressard qui constate dans un premier temps leur relative rareté. Gallica, la plus grande bibliothèque numérique française mise en place en 1992, ne comporte [en 2005] que 70 000 documents. C’est vers « l’esprit du numérique » qu’il faut se tourner pour en comprendre l’essence. La problématique soulevée repose sur les modes de lecture avec la perspective « vertigineuse », via la numérisation, de la manipulation des textes. Au modèle traditionnel de lecture intégrale et attentive s’ajoute aujourd’hui celui d’une lecture pragmatique dans laquelle le lecteur, « peu soucieux de révérence », sélectionne ce qui lui convient et le mobilise à ses propres fins.

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Existe-t-il alors un « modèle bibliothécaire de la démocratie » ? Pour répondre, Olivier Fressard s’appuie sur de nombreuses études traitant de l’accès et de l’usage des textes. Il fait appel à Tocqueville pour décrire un modèle sociologique de la démocratie qui l’entraîne à préciser que « l’accès égal de tous aux bibliothèques ne détermine en rien les usages qui en sont faits ». Il importe donc que les dispositifs bibliothécaires répondent à des besoins de publics pour lesquels éducation et socialisation jouent les premiers rôles. Plusieurs conditions pourraient contribuer à faire du numérique et du réseau Internet les vecteurs d’une véritable démocratisation des savoirs et le lieu stratégique de la formation du jugement citoyen. L’auteur de ce texte profond et documenté expose en conclusion ces conditions que les formateurs en sciences de l’information et de la documentation comme les professionnels de terrain ne peuvent qu’approuver : la constitution de véritables bibliothèques numériques, une formation à la recherche documentaire et l’acquisition d’une solide culture générale.

« L’accès aux catalogues des bibliothèques à l’âge des bibliothèques numériques et des moteurs de recherche : écarts, perturbations, mutation ? »

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Partant de la préhistoire – c’est-à-dire de l’âge préinformatique ! – Dominique Lahary analyse le concept d’information secondaire et les conditions d’accès aux documents. Puis vint l’âge des OPAC créant un uniforme pour tous ces catalogues en ligne, organisés à partir de langages documentaires sans rapport avec les langages des utilisateurs, ainsi privés du bruit au profit du silence. Mais ces catalogues sont-ils utilisés par le public ? Les enquêtes en confirment la faible utilisation sur place par le lecteur. Alors l’auteur, dans cette prise de conscience, a mis au point une conjuration dont le manifeste a été rendu public en novembre 2002. Il porte sur les catalogues systématiques. L’auteur présente des réalisations permettant la découverte thématique – et non plus seulement alphabétique – des catalogues mis en ligne par des « conjurés ». Il présente également les logiciels du marché permettant ce type d’accès.

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Le bilan établi de cette conjuration porte sur la taille des lots de résultats. Car, si le silence est pire que le bruit, celui-ci n’est pas non plus un but en soi. Le bilan porte également sur la conception et les usages de l’arborescence. « Nul besoin du passé faire table absolument rase, note Dominique Lahary en conclusion de ce texte alerte et plein d’humour. Il s’agit de décrire, indexer, classer, trouver : les fondamentaux des techniques documentaires connaissent même avec Internet une expansion inédite. » Une affirmation qui réjouira tous les documentalistes !

« Pour une approche visuelle et ergonomique dans la recherche et l’exploration d’information au sein d’un OPAC de SCD. L’exemple du Visual…Catalog »

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Les TIC permettent aux bibliothèques d’améliorer l’accès aux savoirs. Les catalogues en ligne poursuivent cet objectif. Mais correspondent-ils toujours aux attentes des utilisateurs ? Fabrice Papy et Sophie Chauvin expérimentent un catalogue en ligne en testant les différents champs interrogeables et en analysant les résultats obtenus, pas toujours aisés à comprendre pour le lecteur non formé aux usages d’une bibliothèque. C’est pourquoi a été créé Visual…Catalog, programme de recherche interdisciplinaire sur l’accessibilité du catalogue au moyen des TIC. Ce dernier invite à la navigation dans le fonds bibliographique de la bibliothèque universitaire de Paris-8. Ce que voit l’usager de ce logiciel, le lecteur de l’ouvrage peut également le voir, car cette contribution comporte de très utiles illustrations pour comprendre la cartographie des réponses, principalement leur signification, aux questions posées par un utilisateur. La bibliothèque est un instrument intellectuel que l’usager doit s’approprier. Nul doute que Visual…Catalog lui apporte une aide précieuse.

« Interaction 3D pour les bibliothèques numériques »

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Pierre Cubaud décrit quelques expériences menées au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) en explicitant des techniques permettant de restituer les caractéristiques 3D d’un livre à partir de ses pages, en en permettant le défilement ou en le resituant dans sa collection. Comme le chapitre précédent, ce texte un peu technique est illustré de façon très pédagogique pour permettre au lecteur de le bien comprendre, pour lui permettre aussi de s’enthousiasmer des résultats obtenus. « Passer de l’interface textuelle, unidimensionnelle, au volume, comme les technologies 3D temps réels l’autorisent dès à présent, pourrait permettre d’élargir le flux de communication entre les bibliothèques numériques et leurs usagers. » Le lecteur de ce texte en est convaincu !

« Accès thématique en bibliothèque numérique : le rôle du langage documentaire de type "thésaurus" »

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Établissant des parallèles avec des situations similaires qui ont touché, à diverses époques, les milieux documentaires traditionnels, Michèle Hudon s’interroge sur la place du thésaurus dans une bibliothèque numérique. Cette interrogation ouvre la discussion sur la multiplicité des thésaurus, leur interopérabilité et les solutions possibles pour y faire face : le mapping, le merging, le switching language et le développement de méta ou macrothésaurus. Elle s’attarde en particulier sur les macrothésaurus en action dans le cadre des projets dits de gouvernements en ligne ou « e-gouvernement ». Cela la conduit à comparer quatre macrothésaurus : Eurovoc, « grand-père » des macrothésaurus gouvernementaux contemporains, le thésaurus des sujets de base du gouvernement du Canada, l’américain Tropic Tree et la Government Category List du gouvernement britannique. Sa comparaison, clairement synthétisée dans des tableaux, porte sur la couverture sémantique et la structure catégorielle de ces macrothésaurus, les aspects lexicaux, leur structure relationnelle, la profondeur des hiérarchies, la conformité aux normes et l’utilisation.

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Outil incontournable des services de documentation, le thésaurus conserve son importance à l’heure du numérique. Mais il ne pourra survivre « à long terme que s’il peut devenir un instrument d’ingénierie linguistique… La communauté de spécialistes reste en attente d’une mise à jour des normes internationales qui feront passer le thésaurus au XXIe siècle. » Le professionnel de l’information ne peut que se réjouir de ce diagnostic établi par une spécialiste des langages documentaires sur l’avenir du thésaurus, dont si souvent, au nom des travaux réalisés dans le cadre du traitement automatique du langage naturel, l’on a annoncé la définitive disparition !

« Les bibliothèques numériques : l’édition juridique on line au service de l’infomédiation »

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« Toute la vocation de l’édition online est bel et bien de dépasser le cadre du simple contenu informationnel, pour accompagner le documentaliste, devenu au fil des âges des NTIC, infomédiateur, c’est-à-dire le pivot de la gestion des savoirs au sein de l’entreprise, dans sa recherche de disponibilité, d’instantanéité et de simplicité de l’information ; dans son travail quotidien de sélection de l’information pertinente et dans ses nouvelles missions de mutualisation de l’information ». C’est ce que développe Fabien Girard De Barros dans trois sous-chapitres aux titres explicites : « Disponibilité, instantanéité et simplicité de l’information, les minima de l’édition juridique », « Pertinence de l’information : des savoirs du documentaliste au faire-savoir du documentaliste-infomédiateur », « La mutualisation de l’information juridique : quand l’éditeur juridique revêt sa casquette de SII ». Le documentaliste devient définitivement infomédiateur et joue, dès lors, pleinement son rôle.

« Quelle offre éditoriale numérique pour l’usager "virtuel" des universités françaises ? »

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Dans un premier temps et à partir d’une grille distinguant trois modèles (libre accès, accès marchand et échange communautaire), Ghislaine Chartron et Marc Minon dressent un état des lieux de cette offre éditoriale avant d’inventorier et de qualifier les ressources éditoriales numériques des universités et les dispositifs d’enseignement à distance. Cela les conduit à poser le diagnostic d’une synergie encore faible entre toutes les ressources présentes sur les campus numériques. Ils peuvent ainsi prévoir les évolutions des activités des bibliothèques et poser des priorités. Ces dernières sont résumées dans un tableau en deux temps présentant les activités fondamentales centrées sur la constitution des fonds (back-office) et à partir desquels sont déclinés divers services pour les usagers (front-office). Deux priorités restent à venir pour les bibliothèques. Elles concernent le développement des liens avec les enseignements : enseignants et bibliothécaires ne travaillent pas réellement ensemble alors que les enjeux pédagogiques sont importants. Par ailleurs, il est nécessaire de mettre en place des partenariats avec des éditeurs pour la constitution des fonds numériques. Le projet expérimental de bibliothèque numérique pour les sciences humaines et sociales (Manum) mis au point par Marc Minon permettrait de mettre en place un guichet unique, bien utile pour tous les utilisateurs.

« Revel@ NiceProjet,réalisation et perspectives d’un site institutionnel de périodiques électroniques »

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Michel Roland clôture ces savantes communications par la description du site RRevel@ NiceProjet. Il expose la genèse de ce projet dédié à la mise en ligne de revues électroniques issues de ses équipes de recherche, sa réalisation et ses perspectives actuelles de pérennisation éditoriale, technologique et institutionnelle.

Un ensemble très riche et de grande actualité

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L’index proposé au lecteur confirme la richesse et l’actualité des sujets abordés dans cet ouvrage, tous propres à grandement intéresser les professionnels (actuels et futurs) de l’information de toutes familles. Les textes proposés sont tous écrits dans un style clair et précis. Les auteurs y abordent souvent la problématique du bruit et du silence. Des documents d’une telle qualité scientifique ne font jamais partie du bruit. Mais qu’il serait dommage qu’ils restent dans le silence !

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Marie-France Blanquet

Document numérique et société, actes de la conférence DocSoc organisée dans le cadre de la Semaine du document numérique à Fribourg (Suisse) les 20 et 21 septembre 2006, Sous la direction de Ghislaine Chartron et Évelyne Broudoux, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 342 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 10 : 2-84365-089-5, ISBN 13 : 978-2-84365-089-5 : 24 €

Une variété d’aspects de la production éditoriale de documents numériques

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« POUR SA PREMIERE EDITION, ANNONCENT Ghislaine Chartron et Évelyne Broudoux, cosignataires de l’introduction de cet ouvrage, la conférence Document numérique et société s’est fixé l’objectif d’apporter des éclairages sur les dimensions économiques et sociétales liées à la production éditoriale des documents numériques ». L’économie est bousculée, partagée entre économie de la rareté et économie de la notoriété. Les pratiques et les genres sont renouvelés. De nouveaux acteurs, de nouveaux genres éditoriaux et des missions nouvelles assurées par les usagers dans le partage de leurs ressources sont à l’origine de nombreuses interrogations que les participants à cette conférence se posent et auxquelles tentent de répondre les très nombreux auteurs présents dans cet ouvrage divisé en quatre parties.

« Enjeux économiques et stratégies d’acteurs »

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« Les DRMs pourraient-ils être des outils de régulation fiables ? » interrogent Michèle Francine Mbo’o Ida et Grazia Cecere, ouvrant ainsi le débat. Les Digital Rights Management systems sont des outils techniques de protection et de contrôle de biens numériques. Les auteurs en apportent une définition précise et en exposent les implications. Ces outils semblent devenir les instruments d’une régulation envisagée selon deux modalités : régulation par la protection technique et régulation par les contrats répondant à des intérêts différents mais complémentaires. Se questionner sur les perspectives d’évolution des systèmes de DRM entraîne les auteures à examiner quelques possibilités institutionnelles pour leur déploiement et à envisager la perspective de leur légalisation.

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À leur suite, Hervé Le Crosnier, dans sa contribution « Architecture informatique et économie du document numérique : deux questions étroitement liées », analyse les deux tendances : économie de la notoriété ou contrôle des usages, à travers les stratégies différentes de deux grands quotidiens américains. D’autres stratégies existent, qui vont jusqu’à gérer directement les règles d’usage. C’est le principe des systèmes de DRM qui s’appuient sur des langages d’expression des droits. Le contrôle des usages culturels présente des dangers économiques. La licence globale, décrite par l’auteur comme « un financement adapté au fonctionnement des médias », est-elle une solution originale à ces problématiques ? Par ailleurs, les producteurs de documents souhaitent pouvoir mesurer clairement les lectures de leurs œuvres. Or ce calcul des usages a besoin de systèmes de numérotation unique des œuvres, indépendamment des instances de celles-ci. Plusieurs systèmes existants montrent les enjeux géopolitiques et économiques qui se jouent, avec un important impact sur la conception de la propriété intellectuelle.

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Dans « L’infomédiation de l’information en ligne : le cas des filiales françaises de Google et Yahoo ! », Robert Boure et Nikos Smyrnaios analysent les positionnements fortement différents de ces filiales et dressent une typologie et une hiérarchie des sources et des informations de ces acteurs aux stratégies dissemblables. Que sera leur avenir face aux nouveaux venus qui émergent sur le marché ? interrogent-ils en conclusion.

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Guillaume Roussel, quant à lui, porte son regard sur le seul « Google, ou comment s’imposer comme un point de passage obligé ». Google a réussi à construire un modèle économique adapté au secteur de l’accès à l’information sur le web. L’aventure de ce moteur commence en 1996 et très vite bénéficie d’un avantage concurrentiel sur le marché de la recherche ainsi que d’une renommée mondiale. Son modèle économique, fondé sur la publicité, est un indéniable succès. Il s’avère pourtant fragile en raison de sa dépendance à la confiance accordée par une multitude d’annonceurs, de l’importante fraude aux clics, de l’inflation de sites partenaires aux conséquences néfastes pour la recherche d’information. Or, contrairement à ses concurrents, Google ne développe pas une stratégie de portail. Il mise sur le développement de la technologie, celui du réseau publicitaire et de l’audience, se heurtant ainsi à des limites juridiques, éthiques et économiques. Google saura-t-il supporter une concurrence de plus en plus rude et restera-t-il sourd aux innovations actuelles fondées sur la recherche collaborative, s’interroge en conclusion l’auteur de ce texte passionnant ?

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François Horn et Thomas Lamarche posent un autre type d’interrogation dans « Diffusion des ressources pédagogiques numériques : un modèle éditorial ? Éléments à partir de la profession médicale ». La diffusion de ressources pédagogiques par Internet est à l’origine d’une nouvelle fonction d’« éditeurs numériques » illustrée par l’étude du cas de l’Université médicale virtuelle francophone. L’UMVF est un portail de ressources médicales numérisées répondant à une logique non marchande, devenant ainsi « un éditeur de contenus numérisés "hors marché" » dont les auteurs explicitent la stratégie. Ce modèle éditorial présente toutefois certaines particularités car il est dédié à une profession qui s’autorégule, légitimant ainsi la création d’un monopole de ressources. L’expérience de l’UMVF peut-elle être étendue à d’autres domaines que la médecine et quels indicateurs utiliser pour évaluer un éditeur non soumis à la contrainte économique ? Ces deux questions restent ouvertes et invitent le lecteur, pour tenter d’y répondre, à réfléchir aux spécificités propres de sa profession.

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Chérifa Boukacem-Zeghmouri conclut cette première partie en procédant à « Une relecture du champ de la bibliothèque académique par ses potentialités éditoriales ». « L’édition et la production de contenus académiques ne seraient-elles pas en train de devenir des fonctions importantes pour les bibliothèques académiques dans le contexte élargi de la e-science ? », problématise l’auteur. À partir du modèle d’analyse de la « chaîne de la valeur », elle montre l’évolution vers un renforcement du rôle de l’université et de sa bibliothèque pour une communication plus directe entre auteur et lecteur. Pour cela, elle compare, à partir de paramètres différenciés (masse critique, validation, infrastructures techniques et interopérabilité des ressources, partenariat et concurrence), la bibliothèque de Cornell et les bibliothèques françaises. Ce qui la conduit à la conclusion que les bibliothèques académiques passent d’un modèle centré sur les collections à un modèle centré sur l’auteur/lecteur. Elle regrette toutefois que le dynamisme des bibliothèques françaises, marqué par de nombreuses initiatives, reste incohérent par manque de coordination nationale réelle, au contraire de Cornell, devenu, dans cette optique, un pôle d’excellence.

« Navigation sociale et outils »

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Pour commencer la deuxième partie, Christophe Alcantara, Jean-Thierry Julia, Jean-Marie Pécatte, Nicolas Singer et Sylvie Trouilhet présentent « MAWA, dispositif de "navigation sociale" ». Ils explicitent le contexte ayant présidé à la réalisation de ce système multi-agents destiné à permettre le recueil de parcours individuels, puis de les rassembler en comportement collectif. Mawa n’est pas le seul outil du web coopératif. Le comparer aux systèmes d’annotation, annuaires partagés de favoris et outils de filtrage collaboratif permet aux auteurs de souligner la spécificité de cet outil dont ils rapportent les premiers retours d’expérimentation auprès des usagers.

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« La diffusion de l’information documentaire et des actualités en format RSS » entraîne Pablo Iriarte à affirmer que ce type de diffusion « est en train de modifier radicalement la façon dont humains et machines s’approprient l’information en provenance d’Internet, ainsi que les méthodes employées par les professionnels de l’information pour tenter de maîtriser ce flux exponentiel ». Les fils RSS permettent de faire un pas vers le Web 2.0, centré non plus sur les serveurs et les grands centres créateurs de contenus mais sur les utilisateurs. L’auteur relate la mise en place de ces nouveaux outils dans le cadre du Centre de documentation en santé publique de la Bibliothèque universitaire de médecine à Lausanne et insiste sur leurs intérêts tant pour les usagers que pour les professionnels de l’information. Cette communication fortement documentée (204 notes de bas de pages !) et enthousiaste propose en annexe un récapitulatif sur « L’offre et la demande d’information en format RSS ».

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Un chapitre rédigé par Vincent Mabillot, « Dispositifs wikis dans les systèmes de publications collectives : contours d’une malléabilité éditoriale », clôture cette deuxième partie. Les modèles socio-techniques de publication en ligne sont répartis en deux principales familles : sites statiques caractérisés par l’édition individualisée et sites dynamiques, aujourd’hui très utilisés. Le système wiki est le moteur central du site dynamique Wikipédia, « success story légitimante et formative », « ancêtre » de l’écriture collective. Cette édition collaborative et consensuelle, à laquelle les dispositifs wikis semblent les plus adaptés, même si leurs usages ne sont pas encore tout à fait stabilisés, est décrite dans une perspective historique.

« Nouveaux genres éditoriaux »

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En ouverture de la troisième partie, Lionel Barbe s’interroge sur « Wikipédia et Agoravax : de nouveaux modèles éditoriaux ? » Après avoir présenté ces deux sites, l’auteur qualifie le modèle éditorial de Wikipédia de « libre », avec une structuration de plus en plus complexe, et celui d’Agoravox de participatif, soumis aux impératifs de l’audience. Mais que se cache-t-il derrière « cette voix de rassemblement », demande-t-il en conclusion ouverte ? Dans une autre perspective, « Wikipédia : de la co-rédaction au co-développement de la communauté », Laure Endrizzi explique l’architecture complexe de cette encyclopédie, ses modes d’appropriations diversifiés, le fonctionnement des règles et la régulation, et soulève la problématique de la qualité. Qui sont les Wikipédiens ? Les enquêtes n’en dessinent pas toutes le même portrait, mais elles permettent de soulever nombre de questions sur l’acculturation, l’anonymat, la validation…

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Dans « Le blog, nouveau dispositif éditorial générateur de liens sociaux sur Internet », Nolwenn Henaff examine, dans un premier temps, les blogs au service des entreprises, puis se préoccupe de l’identification du blogueur placé dans des espaces multiples confondus. Véritable phénomène de société, le blog est une nouvelle forme technique mais aussi une nouvelle pratique sociale.

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Frank Rébillard analyse « L’information journalistique sur l’internet, entre diffusion mass-médiatique et circulation réticulaire de l’actualité ». Cette offre est abondante et revêt des formes plurielles ; l’auteur les examine de façon exhaustive pour tenter d’évaluer la contribution de l’internet à un enrichissement de l’offre journalistique et de déceler sa réelle plus-value informationnelle.

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« Pratiques textuelles et genre en contexte de travail au gouvernement fédéral canadien » : Inge Alberts, Suzanne Bertrand-Gastaldy et Stéphanie Pouchot unissent leurs plumes pour exposer les résultats préliminaires d’un projet-pilote du gouvernement canadien pour mieux connaître les pratiques textuelles des employés fédéraux (directeurs, adjoints administratifs, etc.) et relever les différents genres de textes produits (courriel, formulaire gouvernemental, ordre du jour, etc.). L’objectif est aussi d’évaluer la capacité des environnements de travail électroniques à supporter les pratiques textuelles et de déterminer comment le genre du texte pourrait être exploité afin de faciliter le travail de ces employés. La conclusion mène vers des pistes de solution fondées sur ce dernier aspect.

« Pratiques sociales innovantes »

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Anne Piponnier ouvre la dernière partie de cet ouvrage en analysant les « Dispositifs éditoriaux émergents dans les communautés scientifiques internationales de réseau ». Son étude porte sur un corpus de projets en sciences humaines et sociales, présentés dans le cadre de la priorité thématique Citizens and Governance. Elle analyse les conditions d’une communication scientifique de réseau et la mise en œuvre des dispositifs éditoriaux, pour conclure sur l’émergence d’une « pragmatique éditoriale », concept original défini comme une activité réflexive permettant les conditions de mise en œuvre et de régulation de l’action dans l’environnement socio-technique du média informatisé.

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« Encyclopédies en ligne : quels enjeux pour le lecteur ? » Claire Bélisle, Eliana Rosado, Alexandra Saemmer, Nicolas Lecointe et Latifa Limam rendent compte d’une enquête en ligne menée sur ces outils originaux qui mettent en lumière des modalités de lecture en évolution, un rapport au savoir qui se complexifie et des pratiques plus opérationnelles et plus utilitaires.

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Dans « Interactivité des sites de presse : relégation et exploitation de la parole profane », Annelise Touboul note un important décalage entre les promesses des discours sur la presse en ligne et la réalité de l’offre, qu’elle présente dans une première partie (chats, forums et blogs). Cela lui donne l’occasion de vérifier la problématique émise dans son titre et de s’interroger sur les nouveaux pouvoirs du public face aux médias.

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Une contribution intitulée « Indexation sociale et continents documentaires » conduit Olivier Ertzscheid et Gabriel Gallezot à aborder les nouvelles logiques documentaires où l’indexation sociale sous toutes ses formes rencontre un réel succès dont ils explicitent les raisons. « La nouvelle donne documentaire : vers un nouveau big bang ? », concluent-ils.

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« Le bookcrossing, nouveau genre éditorial et nouvelle pratique sociale numérique » nous fait découvrir, par la plume de Philippe Molines, ce « passe-livre » fondé sur le don. Il en souligne l’importance quantitative à travers quelques sites web mis à disposition pour y déposer les livres concernés, mais surtout l’importance qualitative par la promotion des livres mais aussi par la création de communautés virtuelles, ou réelles, fondées sur le partage. Cette nouvelle pratique sociale numérique interpelle tous les professionnels du livre mais aussi tous les lecteurs !

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Avec « Médias et espace public en Mauritanie : l’exemple d’Internet », Taleb Ould Sid’Ahmed fait voyager le lecteur en Afrique. Il rappelle le complexe contexte politique de l’Afrique en général et de la Mauritanie en particulier (esclavage et réfugiés, religions et coups d’État militaires) ainsi que le contexte médiatique dans lesquels le réseau Internet prend place. À travers deux exemples (le groupe Conscience et résistance et le blog anonyme de X ou Y), il dit le passage ouvert de « l’information sous surveillance vers la parole libérée » et donc vers l’espoir. Cette contribution est extrêmement intéressante, pour sa qualité et sa rigueur intellectuelle, certes, mais aussi pour sa présentation d’Internet comme un « nouveau territoire de liberté ».

Un ensemble inégal mais d’une grande richesse

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Il est difficile de rendre compte d’un ouvrage aux communications aussi diversifiées et parfois peu coordonnées, apportant quelquefois des informations redondantes, aux auteurs très (trop ?) nombreux (ils sont trente-six à participer à celui-ci) et aux sujets couvrant un champ aussi étendu. Le titre trop générique donné à cette conférence laissait prévoir cette grande diversité ; peut-être eût-il fallu le préciser. Par ailleurs, le lecteur regrettera que trop peu de textes ne portent sur cette « économie bousculée » dont parlent Ghislaine Chartron et Évelyne Boudroux dans leur introduction. Le cadre d’organisation donné aux vingt communications est également discutable, qui disperse des informations portant sur le même sujet (les encyclopédies, par exemple) ou qui catégorise des contributions susceptibles d’être classées dans plusieurs parties (celle d’Anne Piponnier, par exemple).

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Ces réserves n’empêcheront pas les lecteurs de découvrir avec grand profit un document destiné à un large public, curieux d’appréhender des pratiques, des concepts, des réflexions, des expérimentations, des enquêtes portant sur cet environnement numérique qui est devenu le nôtre.

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Marie-France Blanquet

Le Marketing du livre : études et stratégies, Suna Desaive, Noëlle Poggioli, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2006. – 153 p. – (Pratiques éditoriales). – ISBN 10 : 2-7654-0929-3, ISBN 13 : 978-2-7654-0929-8 : 24 €

Réconcilier le marketing et la création au service de l’activité éditoriale

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OU IL EST DEMONTRE QUE LES TECHNIQUES du marketing peuvent être appliquées au secteur culturel et qu’il ne faut pas « diaboliser » les objectifs commerciaux lorsque l’on est une maison d’édition. Cet ouvrage entend offrir, en effet, « des pistes de réconciliation et de bonne intelligence entre marketing et création au service de l’activité éditoriale ». Très concret, il illustre les différentes techniques du marketing de nombreux exemples tirés du secteur de l’édition. Voilà un livre dont les professionnels de l’information et documentation pourront sans nul doute retirer des enseignements utiles.

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Sept chapitres d’inégale longueur constituent la trame d’un manuel qui donne des explications sur le marketing d’étude et stratégique, celui qui doit être entrepris en amont du lancement d’un ouvrage ou d’une collection. Le marketing opérationnel, celui qui concerne la promotion, la communication et le service après-vente, devrait être abordé ultérieurement, dans un autre ouvrage.

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Quatre pages liminaires rappellent l’historique du marketing et expliquent son apparition récente dans l’édition. Des pages denses puisqu’on y présente aussi tour à tour les trois axes du marketing (d’étude, de stratégie, opérationnel) et sa finalité pour l’objet « livre ». Si l’on recourt au marketing pour convaincre et séduire, on notera qu’une telle étude permet aussi de se pencher sur les valeurs d’usage et d’image, si importantes pour un tel produit. Le temps d’arrêt et le recul que demande une telle analyse ne peuvent manquer, en effet, d’être profitables.

Les fondamentaux de la discipline

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Dans le chapitre suivant, les auteurs expliquent comment les techniques du marketing peuvent être appliquées au livre. On y reprend tous les fondamentaux de la discipline : l’analyse du marché, la prise en compte de la mission de l’entreprise, la segmentation des produits et des consommateurs, les techniques qui permettent de cibler les différentes actions en fonction des objectifs fixés et des segments choisis, la manière aussi dont il faut situer son offre « sur un territoire spécifique, perceptible et attractif » et celle selon laquelle on peut décliner le marketing mix, entre politiques de produit, de prix, de communication et de commercialisation. Pour ce produit qu’est aussi le livre, il semble qu’il faille choisir entre des stratégies d’innovation technologique, de supériorité qualitative et de spécialisation, et savoir agir aussi sur ses caractéristiques fonctionnelles et sur son image.

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Un chapitre bien plus court présente les sources d’information du marketing qui jouent pourtant un rôle important. Sources formelles et informelles, internes et externes, ouvertes et fermées – elles sont nombreuses. Il convient naturellement de faire l’état des lieux, de les sélectionner et d’en faire la synthèse grâce à la mise en place d’un système de veille concurrentielle, environnementale et technologique formalisé, et parfaitement intégré dans une stratégie de connaissance du marché (offre et demandes, attentes et besoins).

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Dans le chapitre suivant est expliqué comment établir un choix entre les différentes études marketing possibles, entre les études quantitatives qui répondent à la question « Combien ? » et les enquêtes qualitatives qui répondent à la question « Pourquoi ? » Elles sont, bien sûr, souvent complémentaires, elles présentent chacune des avantages et des inconvénients, et le choix se fera naturellement en fonction des nombreuses questions que l’on doit se poser avant toute décision. On notera aussi qu’il convient non seulement de formuler correctement le problème que l’on souhaite aborder, tâche particulièrement délicate, mais également d’être prêt à accepter tout type de réponses et à envisager dès le départ les suites de l’étude.

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Une multitude de détails concrets sont fournis par cet ouvrage : des détails très précis, par exemple, sur la manière de calculer le budget nécessaire, d’évaluer son calendrier, mais aussi sur les réunions à organiser et sur l’apport des « créatifs » ; des conseils pour obtenir un échantillonnage non biaisé, sans oublier les rapports à rédiger pour son institution ou pour lancer un appel d’offres… On y trouvera aussi des conseils pour décider ou non de sous-traiter l’étude, pour choisir le sous-traitant, et sur la formation quelquefois nécessaire. Autant d’éléments pratiques, souvent liés au bon sens, mais qu’il n’est pas inutile de rappeler.

Études qualitatives et quantitatives

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Les études qualitatives sont traitées en un long chapitre, ce qui souligne qu’elles répondent à des questions capitales et complexes – les comportements humains n’étant pas toujours rationnels. Les freins et les motivations à l’achat peuvent être étonnants et appellent un mode d’investigation plus approfondi. L’approche qualitative s’impose alors pour répondre à des questions très variées : éclairer un contexte, dresser un bilan d’image et dégager des axes de développement pour une ou plusieurs marques, établir des typologies d’acheteurs et de consommateurs, tester plusieurs concepts, expliquer les raisons d’un échec ou d’une réussite, etc. Les auteurs détaillent les différentes manières de recueillir l’information (types d’entretiens et techniques diverses).

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L’information recueillie doit ensuite être traitée. Sur ce point aussi, plusieurs techniques plus ou moins sophistiquées, faisant appel à un nombre plus ou moins grand de disciplines connexes, s’offrent à nous. Il faut enfin interpréter les résultats, et l’on imagine alors tous les pièges dans lesquels on peut tomber mais que les auteurs permettront d’éviter. L’accent est mis longuement sur les techniques d’observation et sur la sémiologie (étude des signes), deux approches complémentaires, particulièrement utiles, illustrées de nombreux exemples.

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Les études quantitatives sont plus brièvement présentées : leur objet, le recueil d’informations (échantillonnage, questions), les techniques d’échantillonnage, les différents types de questionnaires, le choix du mode d’administration du questionnaire selon la problématique abordée, le traitement de l’information collectée et même la présentation du rapport d’analyse. Les avantages et les inconvénients du recours à des panels permanents sont aussi abordés.

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Un point, enfin, à ne pas négliger : la manière dont on peut tirer parti des résultats d’une étude marketing en fonction de ses compétences mais aussi de celles des autres. Des confrontations sont indispensables et utiles.

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Le marketing ne répond pas forcément à toutes les questions, mais il a au moins le mérite de donner un fondement à des réflexions, d’alimenter la créativité, de servir d’outil de négociation… autrement dit de conduire à imaginer d’autres pistes, à aller au-delà d’une certaine routine – et ce n’est pas là le moindre de ses intérêts !

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Le livre reste assurément un produit bien particulier, qui jamais ne sera un objet de consommation traditionnelle. Mais les éditeurs doivent aussi répondre à une logique industrielle, et nous ne pouvons manquer de reprendre cette jolie conclusion qui souligne que le marketing peut permettre à un « désir d’auteur et à un désir d’éditeurs de rencontrer un désir de lecteur ».

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Michèle Battisti

Management des connaissances en entreprise, Sous la direction de Imed Boughzala et Jean-Louis Ermine, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2004. – 310 p. – (Collection technique et scientifique des télécommunications). – ISBN 2-7462-0849-0 : 55 €

Stratégie du knowledge management et études de cas

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BIEN QU’IL DATE DE 2004, CET OUVRAGE n’est de loin pas dépassé dans la mesure où le thème traité est abordé de manière classique : il fait la part belle aux différentes théories du knowledge management, avec un certain nombre d’études de cas. Ce livre de Imed Boughzala et Jean-Louis Ermine, qui rassemble une douzaine d’auteurs (parmi lesquels Michel Grundstein, Ahmed Bounfour, Guy Wallerand ou Rose Dieng-Kunst), s’insère donc parfaitement dans une bibliothèque consacrée à la gestion des connaissances.

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Nous ne reprendrons pas ici les différentes théories du knowledge management qui sont maintenant bien connues et exposées dans sa deuxième partie de cet ouvrage. Préalablement, la première partie aborde l’aspect stratégique du domaine et principalement les méthodes d’évaluation. Plusieurs questions essentielles y sont posées : comment piloter le knowledge management dans les organisations ? comment mesurer l’efficacité d’actions de gestion des connaissances ? Des outils d’évaluation du capital immatériel sont proposés : grilles de lecture, cartographie des connaissances d’un organisme, analyse de « criticité » (c’est-à-dire de l’indice de risque, permettant de hiérarchiser les défaillances potentielles et donc les actions à engager).

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Les troisième et quatrième parties sont consacrées à des études de cas. Chez Thales, entreprise de haute technologie (défense, aéronautique, TIC), l’accent est mis sur le partage des connaissances, avec la création d’un portail des métiers. Chez PSA, il faut « économiser dans les projets » en permettant de mieux exploiter ce que l’entreprise sait déjà, en limitant la perte de compétences. Chez Eisai, groupe pharmaceutique japonais, le concept du Ba[**][**] « Le Ba représente un lieu d’interaction et de partage,... – en clair : un niveau de conscience collective doit émerger et se développer au sein d’un groupe, l’objectif étant de créer des interactions internes – est appliqué dans un programme intitulé Human Health Care ; une « communauté stratégique de connaissance » se met ainsi en place, intégrant les conditions humaines, organisationnelles et relationnelles relatives au projet, en lien étroit avec les technologies de l’information.

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Jean-Philippe Accart

La dimension humaine de l’intelligence économique, Pierre Achard, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 256 p. – (Finance, gestion, management). – ISBN 2-7462-1089-4 : 40 €

Une approche originale et efficace de l’intelligence économique

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L’INTELLIGENCE ECONOMIQUE EST GENERALEMENT traitée d’un point de vue conceptuel, ce qui rend les ouvrages qui lui sont consacrés un peu abstraits, avec des applications pratiques peu apparentes. Ancien administrateur de l’Association française pour la promotion de l’intelligence économique (SCIP-France, www. scip-france. org), Pierre Achard propose ici une approche pragmatique de l’IE, en y intégrant la dimension humaine et impliquant ainsi « les créateurs de valeur » au sein de l’entreprise. Les professionnels de l’information et de la documentation trouveront dans ce livre de nombreuses références à la gestion et à la circulation de l’information, ainsi qu’à son partage.

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Une des inquiétudes majeures des décideurs est de connaître leurs concurrents, de ne pas se laisser surprendre. L’intelligence économique permet d’appréhender les menaces éventuelles, mais également de trouver des solutions et de saisir les opportunités. Partant du postulat que « l’entreprise n’a pas besoin d’informations, mais d’intelligence », l’auteur démontre que l’intelligence est en fait une information à valeur ajoutée : analyse, synthèse de l’information, créativité, sens pratique et relationnel, intelligence collective sont autant de composants de l’intelligence. Celle-ci aide l’entreprise à s’adapter face à la complexité et au changement.

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L’expression « information utile » prend ici tout son sens : sa diffusion, sa circulation dans l’entreprise sous-entend qu’elle doit être claire et compréhensible, reformulée le plus souvent. Selon Pierre Achard, comprendre un événement est « un must en intelligence économique » car il faut considérer à la fois les stratégies et les moyens employés, mais également l’affectivité, la raison et la culture qui relèvent de l’individu. Le travail en réseau s’avère essentiel dans ce contexte. La mise en place d’un système d’intelligence économique dans l’entreprise repose sur un plan en cinq étapes : planifier, trouver les personnes et les compétences, installer l’IE au cœur de l’entreprise, élaborer le processus d’IE et enfin interroger l’IE sur sa performance.

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Lorsqu’elle doit faire face à des situations complexes ou incertaines, l’intelligence économique rejoint la gestion des connaissances : le réseau mis en place devient alors précieux car il permet de mieux exploiter l’information informelle. À ce stade de sa réflexion, l’auteur aborde le quotidien de l’intelligence économique et pose un certain nombre de questions : que partager ? comment partager l’information ? quels sont les obstacles ? quel est le rôle du veilleur ? La question du partage de l’information, vu comme un avantage concurrentiel, est cruciale : le facilitateur d’information qu’est le veilleur trouve alors toute sa raison d’être.

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Au cœur de la stratégie de l’entreprise, l’intelligence économique devient alors « la veille performance ». Mais des erreurs peuvent être commises : collecter trop d’informations ou vouloir tout faire tout seul, par exemple, peut entraîner une désinformation. Pour véritablement partager l’information, l’auteur préconise de viser une personne par rapport à ce qu’elle fait de mieux, plutôt que de la choisir selon sa réputation. Le dernier chapitre introduit le concept de « veille personnelle » qui se fonde sur le potentiel des individus, et le concept de « co-prospective » qui envisage les changements à la fois par rapport à l’environnement, à l’entreprise et à l’individu.

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Cet ouvrage de Pierre Achard s’adresse véritablement à tout professionnel de l’information et de la documentation. Écrit avec clarté, fourmillant d’exemples, de tableaux explicatifs, de procédés d’auto-évaluation, il propose une méthode efficace de gestion de l’information à valeur ajoutée. Il se situe à la croisée des chemins entre le management de l’information et des connaissances et l’intelligence économique. Ce qui en fait un ouvrage hautement recommandable !

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Jean-Philippe Accart

Notes

[*]

« Mode de multiplication d’un végétal par lequel une tige aérienne est enterrée et prend racine. » Le Petit Robert, 1993

[**]

« Le Ba représente un lieu d’interaction et de partage, où se crée une culture partagée : confiance, estime mutuelle, empathie ; chacun s’enrichit de l’autre, puise son énergie dans le groupe, mais on n’y cherche pas le consensus, on y respecte les différences de points de vue, les tensions nécessaires à l’apprentissage. » (Jean-Yves Prax, La voie japonaise du KM, www. polia-consulting. com/ La-voie-japonaise-du-KM. html)

Titres recensés

  1. Enjeux de mots : regards multiculturels sur la société de l’information, Coordonné par Alain Ambrosi, Valérie Peugeot, Daniel Pimienta, Caen : CαF Éditions (35c, rue des Rosiers, 14000), 2005. – 649 p. – (Sociétés de l’information). – ISBN 2-915825-03-3 : 39 €
    1. Discours multiculturels sur la société de l’information
      1. Un livre symbole
      2. Le lecteur « tout entier » entre dans ce livre
  2. Pérenniser le document numérique séminaire INRIA, 2-6 octobre 2006, Amboise, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; ouvrage coordonné par Lisette Calderan, Bernard Hidoine et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 206 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). ISBN 10 : 2-84365-087-9, ISBN 13 : 978-2-84365-087-1 : 22 €
    1. Un véritable état de l’art sur la pérennisation du document numérique
      1. « Bien créer et ordonner pour assurer la pérennisation des documents numériques »
      2. « Économie du document scientifique : pour des archithécaires »
      3. « Gestion de la pérennisation des objets numériques : aspects fonctionnels et techniques »
      4. « Des outils informatiques pour accéder au contenu des textes : l’apport des outils de traitement de la langue et de fouille des textes »
      5. « L’archivage du web »
      6. « Pérenniser la publication scientifique : le mode "Archives Ouvertes" »
      7. « Archivage numérique des documents anciens : nouveaux systèmes d’accès aux documents manuscrits numérisés »
      8. « Approche juridique et technique de la dématérialisation des documents »
      9. De multiples familles de lecteurs potentiels
  3. L’ABF a 100 ans, Coordonné par Jacqueline Gascuel, Paris : Association des bibliothécaires français, 2006. – 112 p. Numéro de : BIBLIOthèque(s), ISSN 1632-9201, juin 2006, n° 28. – 15 €. Regards sur un demi-siècle : cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Numéro coordonné par Anne-Marie Bertrand et Annie Le Saux, Villeurbanne : Enssib, 2006. – 294 p. Numéro hors série de : Bulletin des bibliothèques de France, 2006 : 25 €
    1. Un siècle de la vie des bibliothèques et des bibliothécaires
      1. L’évolution du métier
      2. Les bibliothèques et leur environnement
      3. Cinquante ans d’évolutions des modèles
  4. Les bibliothèques numériques, Sous la direction de Fabrice Papy, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 220 p. – (Traité IC2 Information - Commande - Communication, série Management et gestion des STICS). – ISBN 2-7462-1036-3 : 75 €
    1. Les multiples problématiques de la bibliothèque numérique
      1. « L’évolution du rôle des bibliothécaires et documentalistes dans le cadre de la bibliothèque numérique »
      2. « Le Tao de la bibliothèque numérique : bibliothèque sans bibliothécaire ? »
      3. « L’usager face à la bibliothèque numérique : l’expérience du portail d’information scientifique de l’Institut Pasteur »
      4. « L’esprit du numérique : bibliothèques numériques et démocratie »
      5. « L’accès aux catalogues des bibliothèques à l’âge des bibliothèques numériques et des moteurs de recherche : écarts, perturbations, mutation ? »
      6. « Pour une approche visuelle et ergonomique dans la recherche et l’exploration d’information au sein d’un OPAC de SCD. L’exemple du Visual…Catalog »
      7. « Interaction 3D pour les bibliothèques numériques »
      8. « Accès thématique en bibliothèque numérique : le rôle du langage documentaire de type "thésaurus" »
      9. « Les bibliothèques numériques : l’édition juridique on line au service de l’infomédiation »
      10. « Quelle offre éditoriale numérique pour l’usager "virtuel" des universités françaises ? »
      11. « Revel@ NiceProjet,réalisation et perspectives d’un site institutionnel de périodiques électroniques »
      12. Un ensemble très riche et de grande actualité
  5. Document numérique et société, actes de la conférence DocSoc organisée dans le cadre de la Semaine du document numérique à Fribourg (Suisse) les 20 et 21 septembre 2006, Sous la direction de Ghislaine Chartron et Évelyne Broudoux, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 342 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 10 : 2-84365-089-5, ISBN 13 : 978-2-84365-089-5 : 24 €
    1. Une variété d’aspects de la production éditoriale de documents numériques
      1. « Enjeux économiques et stratégies d’acteurs »
      2. « Navigation sociale et outils »
      3. « Nouveaux genres éditoriaux »
      4. « Pratiques sociales innovantes »
      5. Un ensemble inégal mais d’une grande richesse
  6. Le Marketing du livre : études et stratégies, Suna Desaive, Noëlle Poggioli, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2006. – 153 p. – (Pratiques éditoriales). – ISBN 10 : 2-7654-0929-3, ISBN 13 : 978-2-7654-0929-8 : 24 €
    1. Réconcilier le marketing et la création au service de l’activité éditoriale
      1. Les fondamentaux de la discipline
      2. Études qualitatives et quantitatives
  7. Management des connaissances en entreprise, Sous la direction de Imed Boughzala et Jean-Louis Ermine, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2004. – 310 p. – (Collection technique et scientifique des télécommunications). – ISBN 2-7462-0849-0 : 55 €
    1. Stratégie du knowledge management et études de cas
  8. La dimension humaine de l’intelligence économique, Pierre Achard, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2005. – 256 p. – (Finance, gestion, management). – ISBN 2-7462-1089-4 : 40 €
    1. Une approche originale et efficace de l’intelligence économique

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 5/2006 (Vol. 43), p. 330-344.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2006-5-page-330.htm
DOI : 10.3917/docsi.435.0330


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