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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/1 (Vol. 44)

  • Pages : 120
  • DOI : 10.3917/docsi.441.0058
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’HOMME A TOUJOURS UTILISÉ DES systèmes de classification dans les divers domaines de la connaissance. C’est en traçant des frontières, en définissant des catégories d’objets, des familles de plantes ou d’animaux que nous arrivons à mieux comprendre le monde. Nous dessinons des plans, des graphes et des diagrammes pour représenter des idées. Nous avons besoin de tels outils pour trouver notre chemin dans un monde virtuel où les corpus sont de moins en moins identifiables. Ces techniques et ces outils, les professionnels de l’information-documentation les connaissent bien :

  • description documentaire selon des structures normalisées ;

  • indexation documentaire pour décrire et caractériser un document à l’aide de représentations des concepts contenus dans ce document, mais sans oublier que l’indexation permet d’alimenter des index et donc d’ouvrir un chemin d’accès pour parvenir aux informations relatives aux documents ;

  • classifications comme moyens de mettre de l’ordre dans une collection, d’aider voire d’enrichir les recherches des utilisateurs. Les requêtes de type booléen, parce qu’elles ne sont pas contextualisées, trouvent vite leurs limites : bruits importants dans les résultats, quand ce n’est pas aberrations...

Par sa nature même, le Web ne peut exister sans ces techniques documentaires, et ceci est d’autant plus criant que le volume d’informations et de documents potentiellement accessibles croît chaque jour. Les pionniers de la Toile se sont approprié ces techniques parfois sans le savoir, répondant ainsi aux besoins des consommateurs d’information ; mais aujourd’hui ces consommateurs deviennent acteurs et, de la même manière qu’ils alimentent le Web, qu’ils y apportent des commentaires et y créent des communautés actives, ils s’approprient à leur tour ces techniques et ces outils.

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Dans ce contexte il n’est pas inutile de rappeler qu’indexer un corpus selon les règles de l’art nécessite un environnement ad hoc. Traditionnellement, un système de classification travaillé et évolué est de nature hiérarchique. Une liste plate de catégories peut souvent être utile, mais un système hiérarchique est plus riche et permet une utilisation plus précise et plus exhaustive.

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Indexer un corpus avec un thésaurus est naturel pour un documentaliste. Mais ce n’est pas le cas d’un utilisateur d’Internet qui a pour simple but d’organiser les références et les sites qui l’intéressent. Ce qui forme un atout pour une utilisation professionnelle peut alors apparaître comme un handicap pour une utilisation personnelle. Voici quelques points qui peuvent rendre l’indexation documentaire difficile pour un non-documentaliste.

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• Un document ne correspond pas nécessairement à une seule catégorie. Ce qu’il est possible d’appliquer à un champ multivalué dans un système professionnel de gestion documentaire s’appuyant sur un référentiel l’est beaucoup moins quand on ne dispose que d’un système arborescent de classement.

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• Une hiérarchie est par définition rigide. Il est difficile de déplacer un sous-dossier d’un dossier à un autre. Cette difficulté n’est pas d’origine technique mais sémantique.

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• En ce qui concerne l’indexation documentaire, la représentation est dans une certaine mesure subjective et dépend du documentaliste.

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• La structure ainsi que le contenu d’un thésaurus dépendent du métier et du contexte. Ce qui est contradictoire avec la navigation libre sur Internet, avec le besoin d’indexer des sites correspondant à des domaines très différents.

1 - Méthodes d’indexation et de classification sur le Web

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En étudiant l’évolution de l’utilisation d’Internet, nous constatons une amélioration parallèle des outils et méthodes de classification. Nous en distinguons quatre niveaux : la classification personnelle, l’indexation par l’auteur, l’indexation par l’utilisateur et la classification à usage global.

La classification personnelle

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Les navigateurs web peuvent être plus ou moins sophistiqués, mais ils disposent tous d’un élément indispensable : la boîte de saisie de l’uniform resource locator (URL). C’est cet élément qui nous permet de choisir la page que nous voulons charger et consulter. Voulant faciliter la vie aux utilisateurs, les éditeurs ont depuis longtemps pensé à intégrer une fonctionnalité nous permettant de mémoriser une ou plusieurs adresses dans des « favoris » ou « signets ». De cette manière, l’internaute a commencé à disposer de son premier outil d’organisation de données web.

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La nouvelle génération de navigateurs nous donne la possibilité d’organiser nos favoris dans des dossiers à plusieurs niveaux. Nous pouvons même demander l’ouverture automatique de toutes les adresses qui se trouvent dans un dossier de favoris. Le problème de perte de ces informations lors de l’installation d’une nouvelle version, d’un navigateur différent ou même d’un nouvel ordinateur, a été résolu par les éditeurs à l’aide d’outils d’import/export de fichiers contenant ces favoris.

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Ce type d’organisation reste suffisant pour un nombre limité de dossiers et à condition d’utiliser un seul poste de travail. Les portails grand public ont permis de dépasser cette limite par la mise à disposition en ligne de ce que l’on désigne par page personnelle. En fait, ces portails ont proposé un système de gestion de liens. Au lieu d’enregistrer une URL dans le système de favoris de son navigateur, l’utilisateur pourra l’enregistrer directement sur le Web, dans sa page personnelle. De cette manière, la référence d’un site archivée au bureau pendant la journée sera directement accessible le soir à partir de l’ordinateur familial.

L’indexation par l’auteur

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L’auteur d’une page web dispose au minimum d’un moyen simple de décrire son œuvre par les métatags. La balise HTML <meta>, quand il s’agit de l’attribut « name » égal à « keywords », peut contenir un ou plusieurs mots clés qui décrivent le contenu de la page en question. L’usage des mots clés par les auteurs prend aussi toute son importance avec le développement des blogs et de l’autoréférencement des sites dans les annuaires. Ces mots clés sont visibles pour les moteurs de recherche et sont parfois utilisés dans le calcul du rang d’affichage du document dans une liste de réponses.

Folksonomie (selon Wikipedia)

Une folksonomie est un néologisme désignant un système de classification collaborative décentralisée spontanée. Le concept étant récent, sa francisation n’est pas encore stabilisée, bien que le grand dictionnaire terminologique l’ait ajouté à sa base de données. Le terme folksonomie est une adaptation française de l’anglais folksonomy, combinaison des mots folk (le peuple, les gens) et taxonomy (la taxinomie). Certains auteurs utilisent à la place les termes potonomie ou peuplonomie.

À l’inverse des utilisateurs de systèmes hiérarchiques de classification, les contributeurs d’une folksonomie ne sont pas rivés à une terminologie prédéfinie, mais ils peuvent adopter les termes qu’ils souhaitent pour classifier leurs ressources. Ces termes sont souvent appelés mots clés ou tags ou, en français, étiquettes.

L’intérêt des folksonomies est lié à l’effet communautaire : pour une ressource donnée, sa classification est l’union des classifications de cette ressource par les différents contributeurs. Ainsi, partant d’une ressource et suivant de proche en proche les terminologies des autres contributeurs, il est possible d’explorer et de découvrir des ressources connexes.

Le concept de folksonomie est considéré comme faisant partie intégrante du Web 2.0.

Open directory (extrait de la présentation en ligne [*])

La croissance du Web se poursuit à une vitesse stupéfiante. Les moteurs de recherche automatisés ont de plus en plus de difficultés à fournir des résultats satisfaisants. Les petites équipes d’édition professionnelles travaillant sur les sites commerciaux des répertoires ne peuvent plus répondre aux requêtes, et la qualité comme le contenu de leurs répertoires s’en ressentent. Les liens deviennent obsolètes et ne peuvent plus suivre le rythme de croissance d’Internet.

Au lieu de combattre la croissance explosive d’Internet, le projet Open Directory [**] permet à celui-ci de s’organiser. Parallèlement à ce développement d’Internet, le nombre de citoyens du Web augmente.

Ces citoyens sont habilités à organiser une petite partie du Web et à la présenter au reste de la population, en supprimant les éléments inutiles ou inintéressants à leurs yeux et en conservant les meilleurs éléments.

L’Open Directory marche dans les pas de certains des plus importants projets collaboratifs du XXe siècle. Tout comme l’Oxford English Dictionary qui a fini par l’emporter en matière de mots de la langue anglaise grâce aux efforts de bénévoles, l’Open Directory tente de devenir « le » catalogue du Web.

Il compte aujourd’hui, entre autres, environ quatre millions de sites en anglais et cent mille sites en français.

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Malgré leur utilité, ces catégories trouvent vite leur limite : l’utilisateur final, selon son profil, peut s’intéresser à des aspects d’un document qui ne sont pas forcément « taggés » par l’auteur ; les catégories choisies sont indépendantes des autres catégories utilisées par d’autres auteurs ; enfin, si le choix des mots clés est toujours subjectif, la présence d’un langage documentaire contrôlé n’est pas là pour faire garde-fou. On ne prendra pour exemple que l’indexation sur deux blogs différents d’un post sur l’exil en Suisse d’un certain chanteur français. Pour le premier : Musique/Nicolas Sarkozy/Rap et HipHop, Suisse, Transports ; pour le second : Emploi, MEDEF, Ministère de l’intérieur, Musique, Suisse.

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L’indexation par l’auteur est pensée dans une perspective de promotion de l’information, il lui faut utiliser des tags correspondants au vocabulaire et aux centres d’intérêt des utilisateurs. L’auteur se confronte là à toute la difficulté de l’indexation documentaire.

L’indexation par l’utilisateur

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Pour aller plus loin, et en s’inspirant de la fonctionnalité offerte par les champs multivalués, des sites tels que del.icio.us, furl ou encore yoono ont donné à l’utilisateur la possibilité de décrire une URL à l’aide de plusieurs mots clés (ou étiquettes, d’où le terme anglais tag). L’évolution la plus intéressante offerte par ces sites est celle qui consiste à mettre les mots clés proposés par une personne à la disposition de la communauté. Quand un terme est utilisé par plusieurs personnes pour indexer la même URL, il obtient la mention « populaire » pour celui-ci. Ainsi, avant d’indexer une URL, le système peut suggérer à l’utilisateur les mots clés considérés comme « populaires ». Très souvent, ceux-ci correspondent (partiellement ou totalement) aux besoins d’indexation du nouvel utilisateur.

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L’indexation du même site par plusieurs personnes profite de l’effet de masse pour constituer un tronc commun de mots clés qui sera une sorte de consensus acceptable par une majorité d’utilisateurs. Ce type d’indexation nous permet de parler de folksonomie [voir ci-contre].

La classification globale

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Avec la multiplication rapide du nombre de documents sur le Web, le besoin de trouver les documents intéressants a suscité le développement de deux types d’outils :

  • un outil de classification de documents sous forme de répertoire : Yahoo!, qui est très vite devenu populaire grâce à son système, a profité de la fonctionnalité des liens « HyperText » pour la mise en place de pages de liens contenant des catégories et des sous-catégories. Dans chacune, il a placé des liens vers des URLs ayant un contenu qui lui correspond. Le système de navigation offert par le logiciel et par les liens permettait à l’utilisateur de passer d’une catégorie à l’autre pour trouver les informations recherchées ;

  • un outil de recherche en texte intégral : plusieurs sites ont fait leur apparition sur le net pour aider l’utilisateur à trouver, à partir de quelques mots clés, les pages web souhaitées. Nous ne développerons pas ce type d’outils qui sortent du cadre de cet article.

Plusieurs éditeurs de sites ont adopté ce type de catégorisation, avec plus ou moins de succès. Cependant, ce qui est clair dans ce type de démarche, c’est l’aspect subjectif de cette catégorisation. La personne qui analyse un document (ou une URL) décide de le classer sous une ou plusieurs catégories existantes. L’ajout d’une nouvelle catégorie obéit aux mêmes règles que celles qu’appliquent les documentalistes depuis des dizaines d’années.

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Au-delà de la classification automatique par les éditeurs, on trouve également ce type de classification sous la forme d’indexation collaborative. Un des premiers projets collaboratifs sur Internet qui ait vu le jour est l’Open Directory Project [voir ci-contre]. Cet annuaire s’est construit et se construit chaque jour grâce à des milliers d’utilisateurs d’Internet dans le monde ; toutefois les catégories proposées ne sont pas libres comme elles le seraient dans une folksonomie. On est ici dans une démarche documentaire plus stricte que l’on retrouve dans les modes de recherche : recherche sur l’URL, sur le titre, sur les descriptifs ou sur les catégories.

2 - Propriétés des folksonomies

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Les folksonomies prennent donc une place croissante dans l’internet d’aujourd’hui. Sans préjuger de ce qu’elles deviendront dans la durée, il semble intéressant de creuser un peu leurs mises en œuvre et leur efficacité.

Espace de noms plat

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Une folksonomie n’est pas structurée. Un terme faisant partie de celle-ci n’a pas de liens avec les autres termes de la même folksonomie (synonymes, génériques, spécifiques, etc.). Cette propriété n’a pas empêché les sites tels que del.icio.us d’aider l’utilisateur en détectant des liens d’une manière automatique, non pas par rapport au sens des mots employés, mais en utilisant les associations existant entre les termes d’indexation.

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Exemple : considérons quelques documents relatifs aux outils et langages de développement indexés comme le montre le tableau 1. À l’utilisation, le système pourra proposer une interface de navigation basée sur les combinaisons des différents termes. En sélectionnant JavaScript, les termes relatifs suivants seront détectés : AJAX, DHTML et Composant.

Liberté de choix des termes

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Un terme employé pour indexer un document peut être n’importe quel mot reconnu et accepté par l’utilisateur. Ce mot peut ne pas exister dans le dictionnaire. Mais, du moment où il sert à faciliter la vie de l’utilisateur au niveau de l’organisation de ses pages web, ce terme sera considéré comme valide du point de vue individuel. Précisons cependant que la plupart des internautes prennent l’habitude d’employer des termes qui peuvent être utiles pour les autres personnes qui s’intéressent au même document !

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Le principal inconvénient de cette liberté est la possibilité de se trouver, dans sa liste de mots clés, en présence de termes écrits de différentes manières mais ayant le même sens. Plusieurs raisons peuvent être à l’origine de cette multiplicité. Les plus fréquentes sont :

  • l’utilisation ou non d’un trait d’union dans les noms composés (exemple : Open-Source, Open Source ou OpenSource) ;

  • l’utilisation des initiales (exemple : IE ou Internet Explorer) ;

  • des erreurs de frappe ;

  • l’utilisation ou non du pluriel.

Liberté de description

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En analysant les étiquettes les plus populaires dans del.icio.us, nous constatons que les utilisateurs choisissent des termes qui ont des fonctions différentes au niveau de l’indexation descriptive du document. Nous prenons quelques exemples dans le tableau 2 en indiquant, pour chaque rubrique, la nature des termes utilisés.

Ambiguïté

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Les termes utilisés par une personne peuvent être très clairs pour elle mais plus ou moins ambigus pour la communauté. L’utilisation de plusieurs termes peut réduire cette ambiguïté, et souvent l’éliminer.

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Une dernière limite de taille est bien sûr que chacun ne rattache pas la même réalité conceptuelle à un même descripteur…

Tableau 1 - Exemple d’indexation de documents relatifs aux outils et langages de développementTableau 1

3 - Les raisons du succès de l’indexation folksonomique

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Les systèmes qui deviennent populaires ne sont pas nécessairement ceux qui sont très bien préparés, analysés et étudiés pendant des années, mais ceux qui répondent le mieux aux besoins de l’utilisateur. Quels sont les éléments qui ont aidé à populariser les systèmes à indexation folksonomique ?

Facilité - Simplicité

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Pour indexer un document de cette manière, l’utilisateur n’a pas besoin de comprendre la structure d’un thésaurus, le niveau de spécificité qu’il doit appliquer ni les termes associés auxquels il doit réfléchir. Tout ce qu’il a à faire, c’est de poser les termes auxquels il pense même d’une manière spontanée. L’effort à fournir est donc négligeable et son coût est proche de zéro.

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Du côté technique, les interfaces homme-machine proposées sont très simples et intuitives pour ne pas décourager l’utilisateur de recourir aux services du site.

Pertinence des termes utilisés

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L’indexation folksonomique ne consiste pas uniquement en l’indexation d’un document par un utilisateur pour ses propres besoins. Sa force provient surtout de l’agrégation des termes proposés par les différents utilisateurs et de l’affectation d’une importance supérieure aux termes les plus fréquemment utilisés.

Tableau 2 - Exemples de termes choisis par des utilisateurs pour indexer des documentsTableau 2

Assistance à l’indexation

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Les sites fonctionnant sur ce principe assistent l’utilisateur au moment de l’indexation d’un document. En fait, ils lui proposent les termes les plus populaires. À ce moment là, trois actions sont possibles.

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• Accepter les termes proposés sans aucune modification. Ceci renforce les poids accordés à ces termes.

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• Ajouter un ou plusieurs termes. Selon leur rang, les termes ajoutés pourront être pris en compte par le système lors d’une prochaine assistance offerte à un autre utilisateur. S’ils sont acceptés par les nouveaux arrivants, ils pourront prendre de l’importance et feront partie des termes populaires qui catégorisent le document. Sinon, et si la différence continue à augmenter entre les termes populaires et ceux-ci, ils disparaîtront des prochaines propositions, tout en restant disponibles pour l’utilisateur qui les a créés.

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• Supprimer un ou plusieurs termes. Le poids des termes supprimés baissera, en comparaison avec les autres termes. Si cette opération est répétée par plusieurs personnes, ces termes finiront par disparaître de la liste des mots proposés à cause de leur faible popularité.

Raisons psychologiques

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Plusieurs sentiments de nature positive peuvent pousser une personne à participer à ce type d’expériences.

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• Être « vu » sur Internet dépasse le sentiment de jouer un rôle de figurant au cinéma, car c’est la personne elle-même qui décide de l’action à effectuer.

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• Voir son avis « accepté » par les autres internautes donne à la personne (consciemment ou non) une confiance en soi.

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• Se sentir utile en participant à l’organisation du net encourage l’utilisateur à ne pas hésiter à continuer, d’autant plus qu’il est le premier à profiter directement de la catégorisation d’un document.

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De la même manière que le Web a « libéré » le lecteur de l’auteur, le laissant libre de son parcours, le lecteur par empirisme a découvert le besoin d’indexation et celle-ci a vu son statut désacralisé.

Possibilité de « parcourir » et de « rechercher »

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Les sites utilisant ce type d’indexation offrent les outils nécessaires pour effectuer des recherches sur les termes de la folksonomie. Ceci est surtout utile quand les documents indexés ne contiennent pas du texte (par exemple : les images sur www. flickr. com ou les vidéos sur www. youtube. com).

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D’un autre côté, la possibilité de « parcourir » les listes de termes en affinant ses choix ressemble à la notion de construction assistée d’une requête en choisissant les critères à la souris. Ainsi, en choisissant un premier terme, le système affiche les termes liés. En en sélectionnant un autre, le système l’ajoute à ses critères en arrière-plan et filtre les documents selon les deux critères. Le nombre de niveaux d’affinage dépend surtout de l’outil logiciel utilisé par le site et du nombre de mots clés utilisés pour indexer les différents documents.

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Un des outils les plus novateurs dans la présentation des mots clés est celui du « nuage de mots-clés » (de l’anglais tag cloud). Il consiste à afficher les n mots clés les plus populaires, triés par ordre alphabétique. Il donne à chacun un style qui dépend de la fréquence de son utilisation pour indexer les documents.

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Les nuages permettent de rattraper la disparité de l’indexation au sein d’un site.

4 - L’indexation collaborative dans les organisations

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Il est difficile d’imaginer l’utilisation des sites publics pour l’indexation collaborative dans les organisations. En revanche, l’implémentation d’outils spécifiques à l’enrichissement du contenu pourrait être très utile. Cette tâche consisterait à ajouter des mots clés libres, mais permettant d’accentuer certains aspects du document, ou tout simplement à indiquer, à l’aide d’un système de notation, que tel document est intéressant pour les personnes présentant le même profil que l’utilisateur.

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Ce type de collaboration ne pourra pas être accepté sans respecter un certain nombre d’exigences :

  • l’interface doit être très simple et intuitive pour que le temps passé à l’utiliser soit négligeable ;

  • comme sur Internet, l’utilisation doit être fondée sur le volontariat ;

  • la sécurité des données doit être préservée à tous les niveaux. En fait, les droits d’accès aux documents par les différents services doivent être appliqués aux termes utilisés pour les catégoriser ;

  • pour qu’une folksonomie reste la plus propre possible, il faut conférer l’importance nécessaire aux outils d’assistance à la saisie des mots clés ;

  • il ne faut pas délaisser l’indexation professionnelle quand elle existe.

L’indexation collaborative trouvera dans ce contexte une plus grande pertinence parce que les personnes concernées appartiennent aux mêmes services et que leur vocabulaire et leurs besoins sont communs. On connaît bien sûr la difficulté aujourd’hui de mobiliser ses collaborateurs simplement pour déposer leurs productions documentaires dans un système commun, mais nous ne sommes qu’au début de ces pratiques sur Internet et tout reste ouvert.

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Pour les professionnels, nous rejoindrons ici certains auteurs comme Gilles Balmisse sur l’idée que l’étude de l’écart entre le langage des documentalistes et celui des utilisateurs-contributeurs permettrait d’améliorer la pertinence du service de recherche d’information, mais aussi de mieux identifier les collaborateurs susceptibles d’aider dans tel ou tel domaine et, au-delà, de localiser les experts.

L’indexation collaborative, à la croisée de la qualité et de la désinformation ?

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En quelques années, nous sommes partis de pages vierges ou presque de méthadones puis, progressivement, ces méthadones se sont développées sous le contrôle des auteurs et des webmestres pour arriver aux tags attribués par les lecteurs ou les auteurs en toute liberté, et maintenant à la hiérarchisation de ces tags. Les professionnels de l’information-documentation ne seront pas surpris d’une telle évolution, même si souvent ils n’ont pas pu ou pas su faire valoir leur professionnalisme dans ce monde virtuel. Nous ne chercherons pas à trancher ici sur l’identité de ceux qui devraient construire ces folksonomies.

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Les utilisateurs finals ont l’avantage d’effectuer une indexation en nombre, à un coût moindre, et d’être représentatifs de la diversité des profils qui naviguent et recherchent. En l’absence de langage documentaire, l’indexation ainsi effectuée pose toutefois des problèmes de cohérence et, si un consensus peut émerger, on est en droit de se poser la question de savoir si les « taggeurs » ne s’influencent pas mutuellement.

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Nous souhaiterions toutefois conclure sur une réflexion plus globale et un peu provocatrice sur le passage de la consommation à l’« activisme » sur Internet. L’indexation par l’utilisateur répond à l’atomisation de la production d’information mais, quel que soit le mode d’indexation, il semble aujourd’hui difficile de distinguer ce qui relève de l’opinion commune de ce qui relève de la connaissance scientifique, juridique, historique, etc. Le « Je crois que » ne pourrait-il devenir un nouveau mot clé à s’approprier ? Il nous semble qu’aujourd’hui l’indexation collaborative permet autant de valider la qualité de l’information que de promouvoir la non-qualité.

Résumé

Français

Etude
À l’heure où, de multiples façons, les consommateurs d’information deviennent acteurs sur le Web, ils s’approprient peu à peu les techniques et les outils qui étaient auparavant l’apanage des professionnels de l’I-D. Élie Francis et Odile Quesnel présentent ici quatre modes d’indexation et de classification sur la Toile : la classification personnelle, l’indexation par l’auteur, l’indexation par l’utilisateur et la classification globale. Ils précisent ensuite les propriétés, le fonctionnement et les raisons du succès des folksonomies, systèmes d’indexation collaborative libre, décentralisée et spontanée qui peuvent apporter le meilleur (qualité d’information) mais dont on peut redouter le pire (désinformation).

Plan de l'article

  1. 1 - Méthodes d’indexation et de classification sur le Web
    1. La classification personnelle
    2. L’indexation par l’auteur
    3. L’indexation par l’utilisateur
    4. La classification globale
  2. 2 - Propriétés des folksonomies
    1. Espace de noms plat
    2. Liberté de choix des termes
    3. Liberté de description
    4. Ambiguïté
  3. 3 - Les raisons du succès de l’indexation folksonomique
    1. Facilité - Simplicité
    2. Pertinence des termes utilisés
    3. Assistance à l’indexation
    4. Raisons psychologiques
    5. Possibilité de « parcourir » et de « rechercher »
  4. 4 - L’indexation collaborative dans les organisations
  5. L’indexation collaborative, à la croisée de la qualité et de la désinformation ?

Pour citer cet article

Francis Élie, Quesnel Odile, « Indexation collaborative et folksonomies », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2007 (Vol. 44), p. 58-63.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-1-page-58.htm
DOI : 10.3917/docsi.441.0058


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