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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/2 (Vol. 44)

  • Pages : 56
  • DOI : 10.3917/docsi.442.0171
  • Éditeur : A.D.B.S.

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LA VENUE A BONNE FIN DU PROJET CERTIDOC, EN OCTOBRE 2004, NE signifie pas l’arrêt de l’élan qui a conduit les associations d’une dizaine de pays européens à co-opérer, dans le plein sens du terme, à la réalisation d’une œouvre commune. Au contraire cette pratique coopérative, avec les comportements et les habitudes qu’elle induit, reste un des acquis principaux des projets successifs DECIDoc et CERTIDoc ; après avoir été obtenue, elle doit être entretenue et approfondie.

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De fait, l’ADBS et les autres associations concernées ont continué à travailler ensemble de façon plus ou moins visible, afin d’accroître l’utilité, pour les professionnels de l’information-documentation, des deux produits majeurs de leurs entreprises européennes : l’Euroréférentiel I&D [1] et le Système européen de certification des professionnels de l’I&D (CERTIDoc) [4].

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Cette note récapitule les activités déployées par ces associations pour consolider, exploiter et développer les deux principaux produits des projets DECIDoc et CERTIDoc. Elle propose un état des lieux à la date du 31 mars 2007. (Une version plus développée peut en être consultée sur le site de CERTIDoc : www. certidoc. net.)

Zone de diffusion de l’Euroréférentiel I-D 382 millions d’européens 12 pays. Situation au 02/04/2007

Cette carte a été établie en collaboration avec Sylvie Dalbin.

L’Euroréférentiel I&D

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La deuxième édition de ce référentiel, parue en 2004 [2], a été traduite par plusieurs associations. Elle est maintenant disponible en dix (bientôt onze) langues européennes (voir la carte page 172). Toutes ces versions sont librement accessibles en ligne et régulièrement consultées. Six d’entre elles ont aussi été imprimées, et se vendent encore.

Les usages

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Les usages individuels de cet outil ne laissent souvent pas de trace et sont mal connus. Aucune enquête systématique n’a encore été conduite à ce sujet. Mais on constate que l’ouvrage a souvent fourni la matière de programmes élaborés ou modernisés pour l’enseignement de l’information-documentation.

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Quelques usages sont moins attendus et valent d’être mentionnés :

  • en Espagne, pour préciser le contenu des enseignements universitaires de la discipline [6] ;

  • en Belgique (Communauté française), pour réformer la formation des bibliothécaires ;

  • en France, pour élaborer un nouveau référentiel des métiers-types ;

  • au Portugal, pour structurer une enquête sur l’image des professionnels de l’I&D.

Il est en outre l’outil essentiel de la certification européenne des compétences, mais il est trop tôt pour vérifier en grandeur réelle son adéquation à cet usage.

Le suivi

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Un répertoire d’entités vivantes, comme l’Euroréférentiel, est tenu de refléter l’état le plus récent du domaine qu’il couvre. Pour cette même raison, il est condamné à n’être jamais à jour. Si l’on veut éviter qu’il ne soit périmé aussitôt que publié, il faut assurer son suivi. Cette responsabilité incombe au Comité permanent de suivi de l’Euroréférentiel (CPSE) ; mais celui-ci se trouve dans une position instable qui doit être consolidée.

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Au niveau national, il existe actuellement un groupe-miroir dans huit pays d’Europe (voir page ci-contre). Plusieurs d’entre eux procèdent à un balayage systématique des domaines de compétence, pour en tirer des propositions argumentées de mise à jour ou d’amélioration de l’ouvrage actuel. D’autres et importantes listes de propositions vont être établies comme des sous-produits à l’achèvement de grandes études, comme celles qui ont été citées ci-dessus au titre des usages. Des listes semblables de propositions peuvent aussi résulter de travaux entrepris sans prise en considération de l’Euroréférentiel, comme au Royaume-Uni l’élaboration des positions officielles sur les critères d’évaluation des enseignements de l’I&D au niveau undergraduate. Au total, les matériaux de départ ne manqueront donc pas à qui devra réviser ce référentiel.

Vers une nouvelle révision

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Une mise à jour de l’Euroréférentiel est d’ores et déjà nécessaire. Faut-il aller plus loin et procéder à une nouvelle véritable révision ? Peut-être que oui, si l’on prend en compte les difficultés pratiques que soulèverait la mise à jour simultanée d’une partie quelconque des onze versions linguistiques. Dans cette hypothèse d’une révision, il faut commencer par fixer un calendrier. Un délai de deux ans ne semble pas déraisonnable. Il conduirait à une nouvelle publication avant l’été 2009.

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La décision capitale sera ensuite celle de la méthode de travail. Celle-ci devra être collaborative, et permettre à tous les partenaires de participer sur un pied d’égalité à toutes les discussions et décisions. Elle devra aussi être accueillante à un plurilinguisme discipliné. Elle pourra s’appuyer sur une des applications que proposent déjà les technologies de l’information (blog ? wiki ?.

Outre les compétences

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Les travaux préparatoires évoqués ci-dessus n’ont porté que sur une seule partie de l’Euroréférentiel, celle qui concerne les domaines de compétence. D’autres éléments substantiels de l’ouvrage vont devoir être révisés en même temps.

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• Les aptitudes. Le chapitre qui leur est consacré dans la deuxième édition est encore bien modeste et ne repose pas sur des bases très solides, bien que le rôle essentiel que jouent les aptitudes dans la vie professionnelle soit généralement reconnu. Ce chapitre semble demander à être entièrement réécrit, à partir d’une étude approfondie de la matière.

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• Les qualifications. Il est certes nécessaire de bien distinguer l’un de l’autre le niveau de qualification et le niveau de compétence. Le premier est de nature plus complexe, et les compétences n’interviennent que comme l’une des composantes qui permettent de l’évaluer. On peut néanmoins se demander si cela justifie le maintien de son exil dans un volume distinct et si les utilisateurs n’auraient pas avantage à trouver ensemble les informations sur les compétences, les aptitudes et les qualifications.

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• Le glossaire. Cette courte liste d’une trentaine de termes techniques, avec l’indication du sens qui leur est donné par les auteurs de l’ouvrage, est sans doute nécessaire. C’est sa dimension qui pose problème : on peut la trouver ou trop longue, ou trop limitée. Une réflexion sur les services que l’on attend d’elle, compte tenu de la publication récente de divers glossaires et dictionnaires spécialisés, doit conduire à revoir la liste des termes à définir. Cette révision portera aussi sur les définitions, avec le souci de respecter l’usage mais de refuser ses ambiguïtés, tout en évitant de contredire sans nécessité les choix faits dans une édition antérieure.

La certification européenne

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Le Système européen de certification des professionnels de l’I-D a été défini et réglementé par trois « textes fondateurs » publiés simultanément en quatre langues (allemand, anglais, espagnol et français) et déjà traduits en plusieurs autres : Réglement général (18 novembre 2003), Habilitation des évaluateurs et organisation des jurys (12 février 2004) et Guide de l’évaluation (28 mai 2004).

Mise en place par les membres du consortium

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L’ADBS a pu, dès le début de 2005, mettre progressivement en place les procédures instituées par CERTIDoc, et au milieu de l’année remplacer sa propre certification par la certification européenne. Le dispositif complet est en place, sa publicité est assurée, et cinq professionnels ont déjà pu obtenir la certification européenne. La seule note négative est la rareté actuelle des candidatures. L’ADBS a en outre organisé, le 20 juin 2005, une journée de formation pour des évaluateurs belges et français.

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En revanche les deux autres membres du consortium ont rencontré quelques difficultés à passer à la phase opérationnelle.

Élargissement du système CERTIDoc

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Dans le même temps des associations d’autres pays manifestent leur intérêt pour la certification européenne et leur désir d’entrer dans le système CERTIDoc [7].

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En Italie l’AIDA est la plus avancée dans cette voie. Après plusieurs années de travail préparatoire, elle a conclu un accord avec trois autres associations spécialisées pour créer ensemble, en novembre 2006, un nouvel organisme, CERTIDOC Italia, chargé de gérer en Italie le dispositif de la certification européenne. Les documents de base ont déjà été traduits en italien, les documents d’application sont en cours de traduction ou d’élaboration. Dès que des évaluateurs en nombre suffisant auront été formés et habilités, et que le dispositif sera devenu opérationnel, CERTIDOC Italia demandera formellement son agrément et son admission dans le consortium CERTIDoc.

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Les associations d’autres pays, engagées sur la même route, y sont moins avancées. L’ABD/BVD a rapidement constaté qu’elle n’avait pas les moyens ni la taille nécessaires pour faire fonctionner dès maintenant En Belgique un dispositif propre de gestion. Elle a conclu en avril 2005 un accord de partenariat avec l’ADBS, qui l’assure de l’aide de cette dernière pour ses activités relatives à la certification et qui doit faciliter l’accès à la certification européenne des professionnels travaillant dans ce pays. En Suisse, après de très sérieux travaux préparatoires, trois associations ont uni leurs forces pour créer un groupe de travail Euroréférentiel Suisse. Celui-ci, dans une première étape, a conclu à la fin de 2006 un accord de partenariat avec l’ADBS. En Roumanie enfin, où la pluralité des associations dans le domaine de l’I&D agit parfois comme un frein, l’ABIDOR a pris l’initiative et est sur le point de conclure avec l’ADBS une convention de même nature que celles précédemment citées.

CERTIDoc dans ses contextes

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Ainsi s’est élargi l’espace géographique couvert, ou du moins atteint, par le Système CERTIDoc. La carte page 172 en donne une image synthétique et unifiée.

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Cette expansion territoriale est encourageante, mais ne doit pas dissimuler le fait que la certification est encore mal reconnue et faiblement implantée dans les pays européens. Des efforts systématiques et coordonnés sont nécessaires pour la faire accepter d‘abord, réclamer ensuite, en marquant bien sa place parmi les dispositifs divers qui attirent les professionnels. Une stratégie commune de nombreuses associations européennes sera bienvenue.

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Il est assez paradoxal que, dans le même temps, on célèbre la Société de l’information, mais aussi on voit se perpétuer toutes les résistances et réticences qui ralentissent la généralisation d’un mécanisme aussi nécessaire que la certification des compétences individuelles, conformément à la norme ISO 17024. La certification est pourtant dans l’air du temps ; elle a vocation, par exemple, à servir d’instrument privilégié de la « formation tout au long de la vie ». Mais il lui arrive d’être supplantée par d’autres dispositifs qui prennent une apparence semblable. C’est le cas en France avec la Validation des acquis de l’expérience (VAE), dispositif créé par une loi de 2002 et rapidement rendu lucratif par beaucoup d’établissements d’enseignement supérieur. Tel qu’il est exploité en pratique, il devient un élément participant au culte du diplôme.

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Les problèmes que pose aux institutions la certification de compétences individuelles sont assurément distincts de ceux qui concernent la transmission de ces compétences aux nouveaux arrivants dans la vie professionnelle. Mais ils sont largement interdépendants ; les promoteurs et acteurs de la certification ont besoin de bien connaître tout ce qui concerne la formation dans leur domaine, ne serait-ce que pour éviter de voir leur terrain occupé par d’autres. Il leur revient par exemple de montrer que la certification de compétences, acquises par quelque moyen que ce soit, et l’accréditation des programmes et des établissements d’enseignement sont complémentaires et non pas concurrentes, comme certains veulent le faire croire.


Quelques références

  • 1 –  Euroréférentiel I&D. Volume 1 – Compétences et aptitudes des professionnels européens de l’information-documentation. Volume 2 – Niveaux de qualification des professionnels européens de l’information-documentation / European Council of Information Associations (ECIA). 2e éd. ADBS Éditions, 2004. 107 + 13 p.
  • 2 –  « L’Euroréférentiel nouveau est arrivé ! » / Jean Meyriat. Documentaliste – Sciences de l’information, avril 2004, vol. 41, n° 2, p. 124-125
  • 3 –  « Les professionnels de l’information en France : de la formation initiale à la formation continue jusqu’à la certification professionnelle » / Martine Prévot-Hubert., Documentaliste-SI, juin 2004, vol. 41, n° 3, p. 182-186
  • 4 –  « CERTIDoc : l’achèvement d’un projet, la mise en route d’un système » / Jean Meyriat., Documentaliste-SI octobre 2004, vol. 41, n° 4-5, p. 243
  • 5 –  « Eurocertification des professionnels de l’information & documentation. » Séminaire CERTIDoc, Bruxelles, 4 octobre 2004 / Michèle Battisti., Documentaliste-SI octobre 2004, vol. 41, n° 4-5, p. 281-283
  • 6 –  « Des usages de l’Euroréférentiel I&D : l’exemple des enseignants espagnols » / Jean Meyriat., Documentaliste-SI octobre 2006, vol. 43, n° 3-4, p. 191
  • 7 –  « L’Eurocertification prend de l’ampleur » / Éric Sutter., Documentaliste-SI février 2007, vol. 44, n° 1, p. 5

Résumé

Français

Cette note récapitule les activités déployées par une dizaine d’associations européennes pour consolider, exploiter et développer les deux principaux produits des projets DECIDoc et CERTIDoc : l’Euroréférentiel I&D et le système européen de certification des niveaux de compétence. Elle fait le point de la situation à la fin du premier trimestre 2007 : usages, suivi, projets de révision et d’approfondissement du référentiel européen des compétences en I&D ; mise en place, élargissement et perspectives du système de certification des professionnels européens de l’I&D.

Plan de l'article

  1. L’Euroréférentiel I&D
    1. Les usages
    2. Le suivi
    3. Vers une nouvelle révision
    4. Outre les compétences
  2. La certification européenne
    1. Mise en place par les membres du consortium
    2. Élargissement du système CERTIDoc
    3. CERTIDoc dans ses contextes

Pour citer cet article

Meyriat Jean, « Coopérations européennes pour la promotion des professionnels de l’I&D et de leurs compétences », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2007 (Vol. 44), p. 171-174.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-2-page-171.htm
DOI : 10.3917/docsi.442.0171


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