Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/2 (Vol. 44)

  • Pages : 56
  • DOI : 10.3917/docsi.442.0176
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 176 - 186

Pour une documentation créative : l’apport de la philosophie de Raymond Ruyer, Sylvie Leclerc-Reynaud ; préface de Paul-Dominique Pomart, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 193 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 10 : 2-84365-085-2, ISBN 13 : 978-2-84365-085-7 : 25 €

Un livre rare, précieux, étonnant

1

RAYMOND RUYER, PHILOSOPHE DISPARU EN 1987, joue « un rôle important dans l’éclaircissement de la notion d’information », note Paul-Dominique Pomart dans la préface de cet ouvrage. C’est pourquoi, a priori, ce dernier devrait intéresser tous les professionnels de l’information quels que soient leurs statuts, niveaux ou spécialisations. La lecture du livre confirme largement cet a priori car l’auteure prend appui sur la pensée profonde de R. Ruyer pour « décortiquer le travail documentaire sous l’angle de la relation entre le documentaliste et l’usager », c’est-à-dire celui de l’humain.

2

Pour cela, Sylvie Leclerc-Reynaud découpe son analyse en deux parties qu’elle présente dans l’introduction : la première s’attachera à poser « La distinction radicale de l’information physique et de l’information psychologique » (p. 15-69) quand la seconde analysera « Les retombées sur le métier de documentaliste ». L’introduction est également l’occasion d’indiquer les circonstances dans lesquelles est né l’intérêt de Raymond Ruyer pour la complexe notion d’information : Wiener et Shannon ont publié des ouvrages à l’origine de la célèbre théorie de l’information. Mais ils ne donnent, dans cette théorie, qu’une définition physique de l’information. R. Ruyer y ajoute très vite un sens psychologique. « L’information est soit physique (structure inerte) soit psychologique (sens). La première n’est qu’une "information mutilée" tandis que la seconde est l’"information authentique" ». C’est dans ce sens-là qu’il pose cette triple interrogation : Qu’est-ce que l’information ? d’où vient-elle ? où va-t-elle ? Sa réponse concerne l’homme et interpelle en ce sens le documentaliste, professionnel de l’information face à ses utilisateurs.

3

Chacune des deux parties qui composent ce livre est synthétisée dans un bref et pertinent résumé. Par ailleurs, tous les chapitres sont introduits par une série d’interrogations à laquelle l’auteure entend répondre, donnant ainsi une claire idée de son contenu. De plus, Sylvie Leclerc-Reynaud met en scène deux personnages qui, tout au long de l’ouvrage, dialoguent et s’opposent tout en se complétant : l’un, nommé Elmer, est un documentaliste « traditionnel », plus dans son élément avec l’information physique et son traitement informatique, quand celui qui lui fait face, baptisé Elliot, s’intéresse essentiellement aux utilisateurs. « Il affectionne les usagers indécis et incertains car il voit chez eux l’occasion donnée aux documentalistes de créer. » C’est ce que l’auteure s’efforce de démontrer en s’appuyant sur la pensée de Raymond Ruyer. C’est ce qui explique aussi le titre donné à son ouvrage, qui affiche ce concept rarement associé à la documentation: la créativité.

Information physique et information psychologique

4

La première partie est composée de trois chapitres écrits pour entraîner le lecteur à comprendre le cheminement de la pensée de R. Ruyer, partant de l’information physique pour arriver à l’information psychologique.

5

« L’information physique » (ch. 1, p. 19-29) est décrite comme structure improbable qui ne doit pas être confondue avec signification. Mesurable et visible, elle possède des propriétés claires. « Je vois le livre, écrit l’auteure. Je ne vois pas l’information psychologique comme, par exemple, le besoin de ce livre. »

6

On comprend, dès lors, « La critique ruyérienne de l’information physique » (ch. 2, p. 31-41) qui porte sur trois points. C’est d’abord sa nature qui l’entraîne à écrire que les informations physiques n’ont pas de sens : « Qu’est-ce qu’un livre, un article s’ils ne sont pas lus ? » La deuxième critique porte sur l’origine de cette information physique. Est-ce la machine ? Beaucoup répondent par l’affirmative, ce qui explique, dit Elliot, qu’« on commence à investir lourdement dans la machine en négligeant le contenu ». Enfin, l’information physique a une destination absurde : « Si les informations physiques ne sont pas vues ou écoutées, elles ne sont que des "cadavres" ou "lettres mortes" », ne cesse de répéter Ruyer en illustrant son propos de schémas très significatifs.

7

Le lecteur est alors prêt à comprendre le message que lui livre le troisième chapitre : « L’information psychologique ou "quasi-information" » (p. 43-69). Sa nature, c’est le sens. Cette information est agissante dans ce que le philosophe nomme « la double transition », c’est-à-dire le passage de l’information physique à l’information psychologique et vice versa et la nature de la relation de ces deux types d’information. Au contraire de l’information physique, l’information psychologique, qui se caractérise par le mot clé de sens, ne se mesure pas, ne s’observe pas. Le sens est amorphe et néanmoins dynamique et, au contraire de l’information physique, il échappe à l’entropie.

8

Un tableau récapitulatif permet de bien mesurer les différences entre ces deux types d’information et des schémas répondent clairement à la question : « Qu’est-ce qu’augmenter l’information ? » « C’est ordonner, compléter, multiplier selon un sens » (information psychologique). « Ce n’est pas dupliquer, transporter, interpoler ou extrapoler » (information physique).

La portée de cette distinction sur le métier de documentaliste

9

À la suite de cette partie théorique et savante mais exposée de façon très claire et lisible, l’auteure se préoccupe des retombées que la découverte de l’information psychologique a sur le métier de documentaliste.

10

Ce sont d’abord des retombées sur « L’accueil de l’usager et le climat de confiance » (ch. 4, p. 75-88). « Ruyer nous donne quelques pistes pour réussir cette première prestation, véritable valeur ajoutée de notre métier. » Les informations de présence et la politesse sont au premier plan, explicitées par l’auteur avec des témoignages étonnants et forts. « Les livres peuvent être effrayants », rapporte Claude Duneton qui explique pourquoi de façon passionnante (« Le livre, c’est la Bible à l’origine. C’est un objet sacré. Il reste quelque chose de magique dans le livre ») avant de conclure sur l’importance du climat de confiance et d’empathie à créer avec certains usagers intimidés ou peu familiers des lieux d’information. Et, comme l’affirme Elliot, l’accueil n’est pas une perte de temps. Par ailleurs, attirer les non-usagers nécessite d’inventer des moyens pour le faire et donc de créer !

11

« La compréhension du besoin » fait l’objet du chapitre 5 (p. 89-121). Il faut tout d’abord prendre conscience de la question qui préoccupe l’usager et, en particulier, de « la difficulté à poser une question ». De façon très pédagogique, l’auteure expose une étude de cas, mettant en scène deux nouveaux personnages, « Pierre le précis » et « Jacques le créatif », aux besoins et aux comportements contrastés. Nous les suivons dans le contexte de leurs demandes, à travers leurs questions et leurs attentes très différentes et opposées, magistralement explicitées en contrepoint par Elmer et Elliott.

12

« La satisfaction de l’usager ou les réponses créatives » (ch. 6, p. 123-151) constitue le dernier chapitre de ce document étonnant. « Le documentaliste est un "mind reader" puisqu’il devine le besoin de l’usager. Or deviner, c’est créer ». Les réponses adaptées aux besoins de l’utilisateur (réponses fonctionnement ou réponses inventives) permettent de mettre en valeur le rôle du documentaliste dans des situations diverses, que commentent avec beaucoup de sel et d’originalité Elmer et Elliot à qui l’auteur redonne la parole au moment de conclure : « Documentaliste, un métier d’influence… La documentation est un métier captivant grâce auquel nous apprenons sans cesse car nous sommes toujours dans l’obligation de nous informer nous-mêmes pour mieux informer l’autre. D’autre part, c’est une activité de service et il est fort agréable de voir les gens repartir contents de la prestation qui leur a été proposée. »

Un mélange de savoirs, d’écoute, d’observations et d’optimisme

13

En annexe, Sylvie Leclerc-Reynaud invite son lecteur à découvrir ce philosophe, Raymond Ruyer, sur lequel elle s’appuie tout au long de son étude. Elle livre aussi des entretiens tenus avec le cinéaste Yves Robert : « La [sic] documentaliste doit savoir ouvrir les questions fermées », et avec Claude Imbert, fondateur et éditorialiste de l’hebdomadaire Le Point, qui prend la parole pour affirmer : « Je crois beaucoup aux qualités actives de la documentation ; je crois à l’influence du documentaliste. »

14

« Voici un livre utile. Voici un livre important. Voici un livre indispensable », déclare le préfacier. Nous ajoutons : voici un livre rare. Voici un livre précieux. Voici un livre étonnant. Nous pensons, en effet, que tous les professionnels et futurs professionnels de l’information-documentation doivent lire, relire, garder à portée de main ce document qui ne ressemble à aucun autre car il est un mélange : mélange de savoirs, d’écoute, d’observations – et d’optimisme aussi pour ce métier si souvent défiguré et au déficit d’image si souvent évoqué. L’auteure étonne et on devine qu’elle est, en ce sens, profondément philosophe. Mais elle analyse avec beaucoup d’acuité l’environnement documentaire et on devine qu’elle est, en ce sens, profondément documentaliste.

15

La première partie appelle à la réflexion. Elle permet d’éclaircir, à travers la pensée de Raymond Ruyer, le concept polysémique d’information et de lever l’erreur ou la confusion entre des types d’information complémentaires, certes, mais opposés. On ne peut qu’adhérer à l’humanisme que révèle la distinction de l’information physique et de l’information psychologique. La deuxième partie appelle à l’action. Certains jugeront en accord avec Elmer que la mission du documentaliste ne passe pas par l’analyse des besoins, l’accueil personnalisé… D’autres, comme les enseignants documentalistes, trouveront au contraire ces missions essentielles, qui placent l’usager au cœur de leur action.

16

Tous les Elmer – et ils sont nombreux – se reconnaîtront. Puisse cet ouvrage profond et de qualité leur permettre de comprendre Elliott et d’adhérer à ses idées !

17

Marie-France Blanquet

Les professeurs documentalistes, Coordonné par Sylvie Devis-Duclos ; préface de Jean-Louis Durpaire, Orléans : CRDP de l’académie d’Orléans-Tours, 2006. – 264 p. – (Livre bleu, ISSN 1279-7553). – ISBN 2-86630-189-7 : 27 €. Préparer le CAPES externe de documentation, Brigitte Bacconnier, Jacqueline Dussolin, Isabelle Fructus, Robert Martin, Gilles Perrin, Anna Vicente ; préface de Ghislaine Chartron, Paris : ADBS Éditions : FADBEN, 2006. – 203 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-086-4 : 23 €. Les savoirs scolaires en information-documentation : 7 notions organisatrices, Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, Numéro de : Médiadoc, ISSN 1260-7649, mars 2007. – 36 p. – 9,50 €

Préparer le CAPES de documentation pour devenir professeur documentaliste et former à l’information

19

DEUX OUVRAGES S’ADRESSANT DIRECTEMENT aux enseignants documentalistes de l’enseignement secondaire ont été publiés fin 2006. Le premier s’inscrit délibérément dans le champ de la documentation scolaire, dont il envisage tous les aspects et le contexte particulier. Destiné aux professeurs documentalistes en poste et à leurs partenaires de l’établissement, il sera fort utile aux candidats préparant les concours externe et interne du CAPES de documentation, instauré en 1989 et modifié par une nouvelle loi en 2005. Le deuxième ouvrage est un manuel pratique d’aide à la préparation aux quatre épreuves du CAPES externe.

20

Nous présentons enfin un troisième document, récemment paru, consacré par la FADBEN aux savoirs en information-documentation que le système scolaire doit faire acquérir aux élèves et à la didactique de l’information.

Un panorama complet du métier de professeur documentaliste

21

Cette édition 2006 du « Livre bleu » destiné aux professeurs documentalistes confirme, s’il est nécessaire, la qualité et le sérieux de la première édition parue en 2003. Œuvre collective, elle ne pâtit pas, comme souvent, de différences de style dans ses contributions : un véritable travail de coordination a été effectué, qui rend l’ensemble très cohérent et pertinent. Ce « Livre bleu » a incontestablement sa place dans les CDI et autres structures documentaires pédagogiques. Refondue, repensée, l’édition 2006 prend véritablement en compte le monde actuel de la documentation scolaire, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités.

22

Organisé en cinq chapitres, cet ouvrage examine tour à tour le cadre institutionnel et la fonction (recrutement, carrière, missions) (ch. 1), le système d’information pédagogique (ressources informationnelles, humaines, matérielles ; politique d’acquisition ; traitement, valorisation et communication de l’information ; informatique et réseaux) (ch. 2), la formation à la maîtrise de l’information (document, documentation, apprentissages, référentiels) (ch. 3).

23

C’est à ce niveau-là que la fonction de professeur documentaliste se différencie de celle du documentaliste traditionnel : avec, entre autres, les itinéraires découvertes en collège, l’ECIS (éducation civique, juridique et sociale) et les TPE (travaux personnels encadrés), l’Éducation nationale a véritablement mis en place des dispositifs de formation à l’information pour chaque âge et engagé une collaboration étroite entre le corps enseignant et les documentalistes. La fonction et son utilité sont ainsi institutionnalisées, officialisées, alors que le documentaliste traditionnel doit encore trop souvent se faire reconnaître par son institution.

24

Le chapitre 4, « Éduquer et ouvrir sur le monde », approfondit le rôle du professeur documentaliste vu comme un éducateur « comme les autres » et un médiateur culturel. Enfin, le chapitre 5 détaille la politique documentaire d’établissement avec quatre exemples. Cet ouvrage ne serait pas complet sans de nombreuses fiches explicatives proposées à la fin de chaque chapitre, des encadrés, des schémas et tableaux, des renvois constants à son impressionnante bibliographie et, bien sûr, différents index.

25

On l’aura compris, ce « Livre bleu » sera très utile aux candidats potentiels au CAPES de documentation en ce qu’il leur présente de façon très complète les facettes, les objectifs et les conditions d’exercice du métier de professeur documentaliste. On pourra cependant regretter un certain manque d’ouverture à ce qui se situe en dehors du champ scolaire pur et prend de plus en plus de place dans le monde documentaire : par exemple la numérisation, l’économie, la gestion, l’international sont des dimensions quelque peu absentes. C’est probablement un oubli à réparer dans une prochaine édition.

Les épreuves du CAPES externe de documentation

26

Co-édité par l’ADBS et la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN), cet ouvrage sur le CAPES externe de documentation est sensiblement différent du précédent. Il s’adresse cependant pour partie au même public que constituent les candidats potentiels au CAPES ; il est rédigé par des formateurs en IUFM, assurément aussi compétents que les auteurs du premier ouvrage ; il propose aussi nombre de conseils et de méthodes utiles. Ce qui les différencie, c’est que celui-ci est exclusivement centré sur le concours lui-même, dont une présentation générale est proposée en introduction et dont il adopte la subdivision en deux parties : épreuves écrites et épreuves orales.

27

Les épreuves écrites sont au nombre de deux : la première, dite de « sciences et techniques documentaires », a pour objectif « d’évaluer des connaissances et des compétences dans les domaines des sciences de l’information, de la communication, de la documentation et de l’éducation », ce qui est assez ambitieux et peut effrayer les candidats potentiels. Qu’ils se rassurent, même si elle est difficile, cette épreuve repose essentiellement sur une bonne préparation (on ne le conseillera jamais assez) et quelques lectures judicieuses. Sont donc demandés, à partir de documents distribués lors du concours, un commentaire critique, une analyse de situation et un exposé relatif aux applications pédagogiques. La seconde épreuve écrite a été modifiée et devait se dérouler selon sa nouvelle définition à partir de la session 2007. Elle repose sur l’élaboration d’un dossier documentaire, également fondé sur des documents fournis : il est demandé de proposer un plan cohérent avec une répartition des documents sélectionnés, une synthèse et un résumé l’ensemble.

28

La première épreuve orale est une épreuve « pré-professionnelle sur dossier » : quatre textes sont proposés, que le candidat devra analyser et présenter avant un entretien avec le jury. La seconde est une épreuve pratique de techniques documentaires : le candidat doit analyser le sujet qui lui a été remis, puis procéder à une recherche documentaire, à la sélection de documents pertinents, à leur traitement, tout en en proposant une exploitation pédagogique. Un exposé devant le jury suit cette préparation.

29

Chaque partie de cet ouvrage est agrémentée d’exemples concrets, avec des explications claires sur ce qui est attendu des candidats, des fiches explicatives, des exemples. Des annexes conséquentes et une bonne bibliographie enrichissent l’ensemble. Des exemples de sujets proposés ainsi que des séquences vidéo relatives aux épreuves orales complètent sur le site de la FADBEN le document imprimé.

30

Les deux ouvrages présentés ici sont très complémentaires, leur qualité est égale, avec des avantages pour l’un et pour l’autre. Leur lecture est donc à conseiller en vue de préparer le concours, ce qui ne dispensera pas les candidats de suivre une formation spécifique pour augmenter leurs chances.

31

Jean-Philippe Accart

Quelles compétences informationnelles inculquer aux élèves et comment ?

33

Certes les savoirs scolaires n’intéressent pas ou pas directement les documentalistes engagés sur les terrains des entreprises, des administrations ou des associations. A priori ce document issu de la réflexion d’un groupe de chercheurs et d’enseignants documentalistes ne devrait donc intéresser que le monde scolaire et ses acteurs.

34

Nous pensons pourtant que ce travail mérite d’être connu par l’ensemble des professionnels de l’information-documentation car, malgré quelques lacunes, cette production peut permettre à chacun de faire le point sur certains concepts particulièrement polysémiques, à commencer par le terme même d’information.

35

Mais Les savoirs scolaires en information-documentation peut aussi permettre de rencontrer et de mieux comprendre les priorités et les préoccupations pédagogiques de nos « cousins germains » que sont les enseignants documentalistes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les élèves d’aujourd’hui seront demain – du moins faut-il l’espérer – les usagers de nos services de documentation, cellules de veille et autres centres de ressources…

36

Françoise Albertini, actuelle présidente de la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN), explicite en introduction le chemin qui a mené cette association « Du référentiel de compétences informationnelles des élèves (1997) aux savoirs scolaires en information-documentation (2007) » et qui conduit Pascal Duplessis et Alexandre Serres, dans une deuxième contribution, à s’interroger sur « Une nouvelle étape vers la didactique de l’information ? » Les enjeux sont multiples : éducatif, professionnel, pédagogique, scientifique et didactique. Il importe aussi d’articuler les savoirs en information-documentation avec les champs disciplinaires, scolaires puis universitaires, rencontrés par les élèves puis les étudiants au cours de leurs études.

37

C’est pourquoi le choix des auteurs engagés dans la rédaction de ce numéro de Médiadoc a été de délimiter d’abord un corpus de notions organisatrices, au nombre de sept comme l’indique le titre. On trouve d’abord la notion d’information, puis celles de document, de source, d’indexation, d’espace informationnel, de recherche d’information et d’exploitation de l’information. L’explicitation de ces notions organisatrices, à destination du débutant ou non, permet d’en extraire les notions essentielles (au nombre de 64). Et l’ensemble de ce corpus est présenté de façon originale, explicitée par Ivana Ballarini-Santonocito dans « Un cadre théorique de référence ou la didactique de l’information à l’œuvre ».

38

Comment transformer des savoirs savants en savoirs à enseigner ? Cette nécessaire transposition didactique conduit le groupe de réflexion de la FADBEN à adopter une fiche type structurée autour de chaque notion organisatrice et comportant une entrée qui récapitule les notions essentielles lui étant attachées, le niveau de formulation ainsi que des exemples et des contre-exemples.

39

La lecture de l’ensemble de ce corpus proposé dans un ordre alphabétique puis regroupé par notion organisatrice laisse apparaître des manques importants. Ainsi, on trouve le terme de blog ou de prise de notes, quand les termes de collection, de fonds ou de mémoire documentaire sont absents. Ce sont pourtant des concepts de base, à l’origine de la fonction de documentaliste et absolument nécessaires à maîtriser pour comprendre l’impérative et méthodique organisation des informations qu’il a mission de rechercher et de trouver. Bizarrement, les termes de communication et de diffusion sont absents quand figure celui de discours (rhétorique, intention), rattaché à la notion organisatrice source. Et il manque aussi le terme de normalisation.

40

Malgré ces manques, l’enchaînement des notions essentielles autour des notions organisatrices, sortes de micro-thésaurus ou définitions dynamiques, participe à un effort de clarification toujours fructueux, d’autant plus que, dans une dernière contribution, « L’exploitation pédagogique des fiches » est expliquée par Isabelle Fructus : elle présente sous une autre forme synthétique la piste pédagogique à suivre et qui permettra aux enseignants de travailler au mieux avec leurs élèves.

41

Toutes ces explications débouchent sur la présentation des notions organisatrices, chacune accompagnée de sa piste pédagogique. Le lecteur peut travailler !

42

Marie-France Blanquet

Droit de l’information et de la communication, Bruno Ravaz et Stéphane Retterer, Paris : Ellipses, 2006. – 176 p. – (Infocom). – ISBN 978-2-7298-2885-1 : 13,50 €

Une présentation du droit de la communication utile mais un peu déséquilibrée

44

LA COMMUNICATION SUPPOSE L’EXISTENCE d’un émetteur et d’un récepteur d’informations, un dispositif où les médias jouent souvent le rôle d’intermédiaire. Voilà les trois éléments qui ont servi à structurer cet ouvrage. Si l’approche est sans surprise, elle a le mérite d’être claire et d’aborder les questions essentielles.

45

L’émission d’informations met effectivement en jeu des questions liées à la liberté d’expression, au droit d’auteur et aux droits voisins, à la responsabilité contractuelle et délictuelle. Cet aspect conduit naturellement à détailler aussi les droits et les devoirs du journaliste. Puis, se plaçant du côté du récepteur, les auteurs ont choisi d’examiner les questions liées à la protection du consommateur et à celle du mineur, au droit à l’information et à la réception (du consommateur), mais aussi au secret de l’information, à l’anonymat, ainsi qu’au droit de réponse.

46

Consacrée aux médias, la partie centrale présente successivement les aspects juridiques de la presse écrite, de la communication audiovisuelle et, dans un dernier chapitre, du multimédia, de l’internet et de l’informatique. C’est là que l’on trouvera des explications sur les règles applicables aux bases de données, aux logiciels, aux fournisseurs de contenu et d’accès ou sur la protection des données personnelles.

47

Si tous les éléments importants, et ils sont particulièrement nombreux et variés, sont cités à un moment ou à un autre dans ce livre, on ne peut manquer d’être d’emblée frappé par la place inégale accordée à chaque partie. La première, consacrée à l’émetteur d’information, est particulièrement détaillée ; elle représente d’ailleurs plus de la moitié de l’ouvrage. La troisième partie est traitée beaucoup plus rapidement et, pour parler du récepteur, les auteurs n’ont souligné que les aspects liés à la consommation (contrat et signature électroniques, prospection, publicité en ligne, téléachat, autopromotion, parrainage… mais aussi protection des mineurs contre la cybercriminalité).

48

L’accent mis sur le consommateur est parfois un peu étonnant. C’est le cas, par exemple, pour le droit à l’information, dont la présentation est limitée ici à l’obligation d’obtenir des informations sur le produit fourni. Sans doute ! Mais c’est peut-être un peu réducteur à l’heure où l’on se bat pour l’accès à la connaissance et où le droit à l’information est un concept qui donne lieu à une polémique qu’il eût été intéressant de développer.

49

Il n’en reste pas moins que cet ouvrage propose une approche intéressante pour nombre d’entre nous et à bien des égards. Les textes de loi sont détaillés, accompagnés souvent de commentaires sur leurs origines, sur les difficultés (la qualification de l’œuvre multimédia, par exemple) et les évolutions successives de certains aspects (comme le droit de réponse).

50

Dommage que certaines parties, le troisième chapitre tout particulièrement, n’aient pas été approfondies et que d’autres (les compétences du CSA ou la liste des sociétés du secteur public « du paysage audiovisuel », par exemple) soient inutilement détaillées dans le corps du texte. Elles auraient eu leur place en annexe. Si la loi DADVSI n’était pas connue dans sa version définitive en juin 2006, date de publication de l’ouvrage, la loi sur la réutilisation des données publiques, en revanche, aurait pu être présentée dans le chapitre sur les médias en ligne, ainsi que la loi antiterroriste de janvier 2006 dans le paragraphe consacré aux fournisseurs d’accès. On a pu noter aussi quelques légères inexactitudes – même si elles n’ont naturellement aucune incidence sur l’appréhension globale que l’on peut avoir du droit appliqué à la communication.

51

Michèle Battisti

Le document à la lumière du numérique, Roger T. Pédauque ; présenté par Jean-Michel Salaün ; préface de Michel Melot, Caen : C&F éditions, 2006. – 218 p. – ISBN 2-915825-04-1 : 18 €. La redocumentarisation du monde, Roger T. Pédauque, Toulouse : Cépaduès éditions, 2007. - 213 p. – ISBN 978-2-85428-728-8 : 23,50 €

Des réflexions, riches et innovantes, sur le document numérique

53

ROGER T. PEDAUQUE EST LE NOM COLLECTIF d’un réseau de scientifiques venus de tous les horizons du savoir pour réfléchir aux bouleversements que le numérique entraîne dans nos sociétés : le réseau thématique pluridisciplinaire « Documents et contenus : création, indexation, navigation » (RTP-DOC) du CNRS. Sous ce pseudonyme dont Jean-Michel Salaün, à la fin du premier ouvrage, explicite l’histoire et la signification, les auteurs publient deux manifestes extrêmement savants et parfois très abstraits, témoignages de la réussite d’un travail collaboratif et coopératif. Un effort est nécessaire pour lire et assimiler les trois textes, toujours précédés d’un clair résumé, qui composent le premier document, et les onze chapitres, également mais brièvement résumés, qui composent le second. Le chercheur sera sans doute plus à son aise dans la lecture de ces textes, alors que le praticien sur le terrain pourra ça et là s’interroger sur le lien entre ces réflexions et ses pratiques quotidiennes.

Forme, texte, médium : comprendre le rôle du document numérique dans l’émergence d’une nouvelle modernité

54

Michel Melot ouvre le premier livre par une préface écrite dans un style très imagé (p. 11-15). Le document « classique », explique-t-il, se concrétise dans sa matérialité. C’est un objet solidaire de son contenu. « En pulvérisant les contenus et en traversant les supports, l’information numérique a fait valser cette croyance […] Le document n’est plus un objet enclos dans une enveloppe cachetée, pas plus que l’âme humaine ne s’enferme dans un tonneau. ». Les questionnements de R. T. Pédauque reposent donc tous sur le même mot clé : le document numérique qui, dissociant support et contenu, entraîne une nécessaire réflexion sur l’écrit, sur le texte, sur l’image…

55

Dans une introduction intitulée « S’inspirer de Roger T. Pédauque » (p. 17-23), Jean-Michel Salaün présente ensuite l’ouvrage, en précisant les objectifs des trois textes réunis dans ce livre. Il s’agit de « construire une réflexion transversale aux disciplines et expertises sur le document numérique afin d’orienter les recherches à venir et d’éclairer les stratégies des acteurs institutionnels impliqués dans son développement ou sa manipulation ». Il raconte l’aventure de cette écriture plurielle, ébauche d’une théorie « plus englobante que celles dont nous disposons aujourd’hui pour comprendre réellement les phénomènes documentaires… »

56

« Document : forme, signe et médium, les re-formulations du numérique », ou « Pédauque 1 » (p. 27-78), ouvre le débat.

57

Le concept de document fait l’objet de peu de définitions et de discussions dans les textes scientifiques, mais c’est un concept qui intéresse totalement ou à travers une appréhension partielle un ensemble de chercheurs très différenciés. C’est pourquoi ce premier texte est construit de façon identique quand il considère le document comme forme (objet matériel ou immatériel), comme signe (sens et intentionnalité) et comme médium (statut du document dans les relations sociales). Pour chacune de ces catégories, R. T. Pédauque repère les disciplines ou professions concernées. Il propose ensuite une interprétation de l’évolution des points de vue dans le passage du document traditionnel au document numérique. Ceci permet de construire une définition du document et, enfin, de poser les questions à approfondir.

58

Les professionnels de l’information sont présents à travers la bibliothéconomie et le catalogage dans la réflexion sur le document comme forme. La documentation et les professions de l’information sont plus spécialement interpellées dans la réflexion sur le document comme signe. Les documentalistes peuvent d’ailleurs être heurtés par une erreur manifeste concernant une de leur spécialisation, qui présente les références bibliographiques, les index et les résumés comme « langages documentaires » (p. 53). Ce sont les archivistes et les éditeurs qui occupent les premières places dans la considération du document comme médium. Dans ces trois aspects, l’impact du Web, « vaste bazar où l’on trouve une multitude de documents consultables gratuitement pour le lecteur et reliés entre eux », est importante.

59

Les trois entrées abordées font ressortir plusieurs thématiques fondatrices du document, confortées ou contestées par sa version numérique. Cela permet de souligner, par exemple, la vanité de l’opposition entre papier et numérique.

60

• La deuxième contribution, « Pédauque 2 », intitulée « Le texte en jeu, permanence et transformations du document » (p. 83-155), se propose d’approfondir la catégorie signe décrite dans la précédente sans ignorer pour autant les deux autres.

61

L’objectif est de « comprendre plus finement les relations entre les choix d’ingénierie documentaire et leurs présupposés et conséquences sur les objets (ou services) qu’ils manipulent ». Pour cela, ce chapitre comprend cinq parties proposant chacune, sur la même problématique, un éclairage différent. Ces éclairages se rejoignent dans deux directions : la relation du texte avec la forme, d’une part, dans sa grammatisation (manipulation de l’expression qui la détourne de son intention initiale), dans sa matérialité et dans le difficile problème de l’invariance documentaire ; la relation du texte avec le médium, d’autre part, avec l’interrogation du Web sémantique et des ontologies.

62

R. T Pédauque signale dans le premier argumentaire, « Aux origines des choix d’ingénierie documentaire », la brutale rupture technico-économique qui rend difficile le recul et l’analyse critique fine et nuancée. Puis il propose trois modèles documentaires implicites, analysés par la suite, synthétisés dans un tableau et concrétisés dans une annexe (« Un document médical suivant plusieurs paradigmes »), tous deux bienvenus pour le lecteur en lui offrant un répit dans sa progression de lecture.

63

« L’incertain concept de texte » part de l’hypothèse que le maintien du contenu assimilé au texte est suffisant pour nous permettre de nous orienter dans les documents, grâce à l’efficacité nouvelle des outils informatiques. Cela signifie que le texte lui-même est un invariant simple à identifier ; ce qui paraît fort discutable. Point aveugle de la linguistique, le texte est un objet sémiotique complexe mais c’est aussi un objet fabriqué. En ce sens, le texte numérique associe deux dimensions autrefois réservées à deux médias distincts – l’inscription sur un support (du papier à l’écran) et le flux du signal (de l’audio-vidéo au multimédia) – à prendre en compte pour comprendre ce qui le caractérise.

64

« Invariance et transformation » ouvre sur une problématique, clairement explicitée par son titre, analysée d’abord à travers l’incontournable question de l’intégrité juridique. Par ailleurs, pour élucider la transformation documentaire d’un point de vue technique, l’auteur précise la notion d’invariant en prenant appui sur l’exemple de la photocopie avant de discerner trois niveaux de validité, inquiétude récurrente du monde documentaire, et de conclure sur « la nécessaire "trahison" du traducteur ».

65

Les quatrième et cinquième argumentaires rompent en partie avec les trois précédents. Le quatrième s’interroge sur « La tentative de dépassement du Web sémantique ». Le dernier modèle implicite de construction des documents numériques relève en effet du mouvement du Web sémantique et entraîne vers l’étude du concept d’ontologie informatique dont l’auteur propose une définition complète. Suit la présentation illustrée du « cake » de Tim Berners-Lee, infrastructure commune à l’ensemble des contributeurs au Web sémantique. Mais ce dernier est plus qu’une infrastructure. Il représente aussi tout un ensemble de fonctionnalités : services web, infrastructures pour les systèmes à base de connaissances et annotation des documents. La relation du Web sémantique au langage soulève la question du Global English, un concept qui gagne du terrain.

66

Le cinquième argumentaire, enfin, « Texte, document, et médiation », analyse la problématique proposée en invitant à réviser les relations entre texte et document et à reconsidérer la médiation.

67

• « Pédauque 3 » présente « Document et modernités » (p. 159-210) et met en avant la notion de redocumentarisation, objet de l’ouvrage complémentaire analysé ci-après.

68

Ce troisième texte approfondit la thématique du document comme médium et annonce, après l’imprimé considéré comme première modernisation aux conséquences nombreuses, une seconde modernisation aux retombées tout aussi importantes.

69

La redocumentarisation est issue d’une transformation sociale dont le numérique n’est qu’un vecteur. Il s’agit donc, dans un premier temps, d’une « Révision » d’un ordre documentaire antérieur, à mettre en phase avec une organisation sociale en évolution rapide. R. T. Pédauque rappelle ici les quatre fonctions du document – mémorisation, organisation, création et transmission – à mettre en inter-relation avec ses trois contextes – privé, collectif et public – de médiation. Il analyse les changements sociaux nés des opportunités numériques avant de pointer sur les hésitations d’un nouvel ordre documentaire. Dans un deuxième temps, la « Recomposition » s’attache à souligner l’hybridation en cours, à mi-chemin de ce qui existe mais transformation profonde pourtant. Cette recomposition concerne d’abord les médiations et les changements que connaissent les médiations « classiques » : édition, monde scolaire, etc. Elle entraîne à s’interroger sur le devenir des médiateurs dans cette redocumentarisation. « Doit-on laisser l’usager s’autoformer ? », interroge l’auteur avant d’analyser la « recomposition sémiotique ». Enfin, dans un troisième temps, le « Décadrage » permet de comprendre comment « le privé [est] publicisé », tel le passage du « je » dans l’espace public de certains blogs, le « collectif sur-documenté » et « l’espace public redistribué ».

Penser le document numérique : travaux des actions spécifiques et ateliers du réseau RTP-DOC

70

L’étude de Roger T. Pédauque sur Le document à la lumière du numérique et tous les échanges qui l’ont précédée sur le site du réseau (http:// rtp-doc. enssib. fr) entre une soixantaine de chercheurs élaborant collectivement la substance de ce livre ont rencontré un indiscutable succès. Celui-ci tient à ces regards croisés interdisciplinaires qui l’inspirent, écrit Niels Winfeld Lund, professeur de l’Université de Tromso (Norvège) et signataire de la préface de La redocumentarisation du monde. Ce deuxième ouvrage signé Roger T. Pédauque contraste cependant fortement avec le premier, purement théorique. Il se veut essentiellement un témoignage pluriel de recherche fondamentale et expérimentale, essentiellement française quand le titre promet le monde.

71

L’introduction, « Comprendre et maîtriser la redocumentarisation » (p. 15-25), reprend un certain nombre de points analysés dans le premier livre pour expliquer son titre (ainsi que le terme de redocumentarisation !). La documentarisation concerne le document papier imprimé et son rôle dans l’émergence des sociétés modernes. La redocumentarisation concerne, quant à elle, le document numérique et les transformations sociales auxquelles nous assistons. Reprenant les trois catégories explicitées dans la première étude, l’auteur rappelle les termes de la principale problématique : « S’il ne peut être "vu" ou repéré, "lu" ou compris, "su" ou retenu, un document n’est d’aucune utilité. » C’est pourquoi les chapitres 2 à 5 s’attachent à étudier la redocumentarisation par rapport au document considéré dans sa forme, les chapitres 6 à 8 sont consacrés au document texte quand les derniers chapitres portent sur le document médium.

72

• Dans la première partie, le document est étudié comme forme ou signe.

73

« La numérisation en question » (p. 27-46) s’intéresse à l’avènement du numérique et de la GED pour définir la numérisation, à l’aide de schémas, et en préciser les enjeux stratégiques de mémoire collective. S’interroger sur les challenges pour la recherche conduit à une réponse en termes de mutualisation, d’interopérabilité et de gestion des connaissances. Ce texte synthétise les résultats des réflexions menées dans le cadre de l’action concertée incitative Masses de données « Madonne » et de l’atelier Numérisation du programme interdisciplinaire « Société de l’information » du CNRS, confrontés à une numérisation massive du patrimoine historique et culturel.

74

« La lecture sur supports numériques : des repères pour une activité complexe qui se diversifie » (p. 47-64) synthétise les recherches françaises sur la lecture numérique. « Peut-on encore parler de lecture ? », interrogent de plus en plus les chercheurs analysant la lecture sur écran et les navigations hypertextuelles. Les recherches, en cours de structuration, pour résoudre cette question s’orientent vers l’étude d’un mode prototypique de lecture, l’observation scientifique et outillée de l’acte de lecture, l’étude de l’osmose écriture-lecture, l’étude de la lecture comme activité intentionnelle en cours de transformation. Les recherches à venir devront s’intéresser aux aides à la lecture, aux lectures fortes et réussies ainsi qu’aux activités des lecteurs, à leurs besoins et à leurs attentes.

75

« Au-delà du Web : les interfaces de visualisation et d’annotation pour les bibliothèques numériques » (p. 65-84) constate les limitations des interfaces du Web dont souffrent les bibliothèques numériques. Ce texte synthétise les travaux des membres de l’atelier et décrit, en s’appuyant sur des photographies très concrètes, des expériences menées au Conservatoire national des arts et métiers et à l’Université technologique de Troyes sur les interfaces de visualisation. Les interfaces d’annotation, quant à elles, font l’objet de tableaux récapitulatifs et comparatifs des différentes interfaces des systèmes hypermédias expérimentées dans diverses universités ou laboratoires de recherche.

76

« Les temps du document numérique » (p. 85-98) présente les résultats d’une action spécifique Fant-AS-STIC menée par des chercheurs de différentes disciplines rapprochant le concept de temps de celui de document numérique. En s’appuyant sur les archives audiovisuelles dont l’INA a en France la responsabilité, ils discernent trois dimensions temporelles : celles de l’informaticien, de l’historien et du lecteur, et dégagent deux points d’entrée de leur recherche situés aux pôles de la production et de la diffusion des documents numériques multimédias.

77

• La deuxième partie s’intéresse au document comme texte ou contenu.

78

« Sur des aspects primordiaux du Web sémantique » (p. 99-116) : le projet du Web sémantique est de dépasser les limites actuelles du Web. Une de ses principales propositions passe par des informations complétant la ressource trouvée, c’est-à-dire les métadonnées ou annotations. Les ontologies ainsi que les langages du Web sémantique jouent un rôle central. L’auteur examine également l’intégration de sources d’informations hétérogènes, l’adaptation et la personnalisation, avant de conclure sur les services Web sémantiques.

79

« Corpus scientifiques numérisés : savoirs de référence et points de vue des experts » (p. 117-130) porte sur l’instrumentation de l’usage de corpus documentaires par la communauté scientifique et rend compte des travaux du réseau transdisciplinaire ARTCADHi (Atelier de recherches transdisciplinaires sur la construction du sens en archéologie et autres disciplines historiques). En s’appuyant sur d’étranges illustrations, R. T. Pédauque analyse la notion de point de vue et celle d’activité éditoriale puis propose une étude de cas sur les recherches en architecture antique.

80

L’étude des liens entre ressources onto-terminologiques et corpus (« Corpus et terminologie », p. 131-147) constitue une problématique transdisciplinaire mais sollicite des histoires et des besoins différents pour chacune des disciplines concernées : informatique, linguistique, sciences de l’information liées au thésaurus [1][1] Une fois encore le lecteur documentaliste sera surpris... et ingénierie des connaissances liée à l’ontologie. À travers ces différences disciplinaires, il est possible de trouver des objectifs et des méthodes proches pour ouvrir, dans des perspectives communes, une étude sur la notion de genre, pour prendre en compte les applications et usages, anticiper la maintenance des ressources termino-ontologiques et définir des modes d’évaluation et de validation.

81

« Processus d’annotation dans les documents pour l’action » (p. 149-166) clôture les chapitres consacrés au texte et au contenu. Ce chapitre traite des documents numériques utilisés comme supports à une pratique collective. L’auteur pose d’abord un cadre théorique autour des notions de document pour l’action (DopA) et d’annotation contributive, d’annotation index et d’annotation attentionnelle, pour présenter brièvement des recherches menées dans les domaines de la santé, de la conception, des bibliothèques numériques et des pratiques scientifiques.

82

• Dans la dernière partie, nous retrouvons le document comme médium ou relation.

83

À partir de deux études de terrain, « Interactions document organisation : document enaction » (p. 167-182) s’efforce de répondre à l’interrogation suivante : « Que pouvons-nous attendre d’une approche du document par le biais organisationnel ? ». La première étude concerne des travailleurs sociaux au sein d’un Centre d’information et d’accueil départemental ; la seconde considère des ingénieurs brevets dans un cabinet conseil. Les éléments à prendre en compte sont le processus d’éditorialisation, une distanciation préparatoire à l’appropriation, la localité d’information. Les propositions de recherche portent sur le document, objet doté d’un statut social, sur des focales pour une appropriation du document numérique et ouvrent sur des perspectives « enactives » pour l’interprétation assistée d’images de documents.

84

« Auctorialité : production, réception et publication de documents numériques » (p. 182-200) pose quelques repères à la diversification du champ d’action des auteurs dans leurs relations avec la création des documents numériques. L’auctorialité est analysée dans son processus de production, de réception et de liaison permettant de retrouver auteur et document. Les conclusions de cette étude portent sur l’auctorialité numérique par rapport au papier, l’interaction entre auteur et lecteur qui voit s’affaiblir la position de l’auteur et, enfin, les outils qui bouleversent les étapes de production et de diffusion des textes.

85

Enfin, « La publication sur le Web, entre filiations et innovations éditoriales » clôture cette étude en analysant les nouvelles opportunités de publications pour les contenus informationnels et culturels offerts par le développement d’Internet. Les potentialités nouvelles du Web ne doivent pas faire oublier la prégnance des modèles antérieurs. Les études permettent d’identifier les idéaux-types de publication sur le Web, qui sont au nombre de quatre et récapitulés dans un tableau bien éclairant. Les pistes d’investigation se tournent, en amont, vers des dispositifs de structuration des contenus et, en aval, vers une offre agrégée.

86

Au terme de la lecture de ce second ouvrage, le lecteur, épuisé, s’interroge sur le sens profond à donner à ce qui peut, parfois, apparaître comme pure spéculation, utile aux chercheurs mais très loin du terrain. Par ailleurs, un manque de coordination entre équipes invitées à témoigner et à dire leurs expérimentations entraîne des redondances, en particulier dans le second document. Elles sont parfois lassantes étant donné la difficulté de lecture de ces textes au vocabulaire scientifique ardu. Roger T. Pédauque a plusieurs têtes et le prouve bien dans ces redites.

87

Certes, ces deux livres sont à lire par tous les chercheurs – y compris et à commencer par les chercheurs en science de l’information et de la documentation – car ils ouvrent de nombreuses portes et forcent la réflexion. Ce qui est toujours très productif. Ils apportent de nombreux éclairages innovants sur la notion de document. C’est pourquoi le praticien ne doit pas bouder la lecture de ces textes difficiles.

88

Marie-France Blanquet

Notes

[1]

Une fois encore le lecteur documentaliste sera surpris de voir la Classification décimale universelle considérée comme un thésaurus (p. 134) et se demandera s’il y avait un professionnel de l’information dans ce groupe de travail…

Titres recensés

  1. Pour une documentation créative : l’apport de la philosophie de Raymond Ruyer, Sylvie Leclerc-Reynaud ; préface de Paul-Dominique Pomart, Paris : ADBS Éditions, 2006. – 193 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 10 : 2-84365-085-2, ISBN 13 : 978-2-84365-085-7 : 25 €
    1. Un livre rare, précieux, étonnant
      1. Information physique et information psychologique
      2. La portée de cette distinction sur le métier de documentaliste
      3. Un mélange de savoirs, d’écoute, d’observations et d’optimisme
  2. Les professeurs documentalistes, Coordonné par Sylvie Devis-Duclos ; préface de Jean-Louis Durpaire, Orléans : CRDP de l’académie d’Orléans-Tours, 2006. – 264 p. – (Livre bleu, ISSN 1279-7553). – ISBN 2-86630-189-7 : 27 €. Préparer le CAPES externe de documentation, Brigitte Bacconnier, Jacqueline Dussolin, Isabelle Fructus, Robert Martin, Gilles Perrin, Anna Vicente ; préface de Ghislaine Chartron, Paris : ADBS Éditions : FADBEN, 2006. – 203 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-086-4 : 23 €. Les savoirs scolaires en information-documentation : 7 notions organisatrices, Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale, Numéro de : Médiadoc, ISSN 1260-7649, mars 2007. – 36 p. – 9,50 €
    1. Préparer le CAPES de documentation pour devenir professeur documentaliste et former à l’information
      1. Un panorama complet du métier de professeur documentaliste
      2. Les épreuves du CAPES externe de documentation
      3. Quelles compétences informationnelles inculquer aux élèves et comment ?
  3. Droit de l’information et de la communication, Bruno Ravaz et Stéphane Retterer, Paris : Ellipses, 2006. – 176 p. – (Infocom). – ISBN 978-2-7298-2885-1 : 13,50 €
    1. Une présentation du droit de la communication utile mais un peu déséquilibrée
  4. Le document à la lumière du numérique, Roger T. Pédauque ; présenté par Jean-Michel Salaün ; préface de Michel Melot, Caen : C&F éditions, 2006. – 218 p. – ISBN 2-915825-04-1 : 18 €. La redocumentarisation du monde, Roger T. Pédauque, Toulouse : Cépaduès éditions, 2007. - 213 p. – ISBN 978-2-85428-728-8 : 23,50 €
    1. Des réflexions, riches et innovantes, sur le document numérique
      1. Forme, texte, médium : comprendre le rôle du document numérique dans l’émergence d’une nouvelle modernité
      2. Penser le document numérique : travaux des actions spécifiques et ateliers du réseau RTP-DOC

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2007 (Vol. 44), p. 176-186.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-2-page-176.htm
DOI : 10.3917/docsi.442.0176


Article précédent Pages 176 - 186
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback