Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/3 (Vol. 44)

  • Pages : 58
  • DOI : 10.3917/docsi.443.0243
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 243 - 247 Article suivant
1

DE NOMBREUSES BIBLIOTHEQUES ET CENTRES DE DOCUMENTATION bâtissent des portails riches et variés. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les sites de la Bibliothèque publique d’information, de la bibliothèque municipale de Lyon, de la Cité des sciences et de l’industrie ou de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine... Toutefois, force est de constater que les réalisations les plus abouties sont portées par des établissements plutôt bien dotés en moyens techniques et humains.

2

Depuis quelque temps sont apparus sur le marché des logiciels portails pour les bibliothèques et les centres de documentation : les tableaux 1 et 2 présentent le cadre technique et les principales fonctionnalités de quelques-uns des produits disponibles en France [voir aussi le hors texte pages 244 et 247].

3

L’émergence de cette offre de logiciels portails laisse penser que les fournisseurs s’attendent à une généralisation de l’utilisation de ces outils par un grand nombre de clients, bien au-delà de la population des très grands établissements. Les arguments mis en avant par les commerciaux sont plus que séduisants : le portail rend possible la conquête d’un public distant, il fidélise l’usager et donne de la visibilité à l’offre de services…

4

Alors ce portail est-il un nouveau miroir aux alouettes ou bien la solution miracle pour inverser le mouvement de désaffection du public ? S’il tient un peu des deux, le portail est avant tout un outil exigeant dont la mise en œuvre s’accompagne de quelques écueils que deux ou trois manœuvres élémentaires permettront d’éviter.

5

S’il est difficile d’appréhender un portail de bibliothèque ou de centre de documentation sous l’angle de son offre de services – ceux-ci variant grandement d’un établissement à l’autre –, il est plus aisé d’en examiner les composants : le système de gestion de contenu d’une part et la recherche fédérée d’autre part.

Maîtriser le CMS

6

Le système de gestion de contenu (ou CMS pour content management system) est un logiciel permettant de gérer de manière aisée et efficace les pages statiques et dynamiques d’un site web. Il dispose de multiples fonctions :

  • gérer l’intervention de plusieurs rédacteurs sur un document ;

  • séparer les opérations de rédaction et de mise en forme pour publication sur le Web ;

  • offrir l’accès à des services de communication entre les usagers et les bibliothécaires et documentalistes (forum de discussion, intervention dans un blog, fenêtre de chat, etc.) ;

  • organiser l’accès des utilisateurs du site web à des contenus structurés (par exemple des listes de questions fréquemment posées, des fils RSS) ;

  • structurer le portail en un ensemble de pages HTML, agréable à consulter et d’un usage facile.

Les logiciels portails pour bibliothèques et centres de documentation : l’offre d’outils de recherche fédérée et de gestion de contenu

Dans un ouvrage récemment paru sous ce titre, Marc Maisonneuve et Cécile Touitou (Tosca Consultants) analysent l’offre française de logiciels portails.

La première partie de ce livre présente les composants et l’architecture fonctionnelle d’un portail, les logiciels qu’il faut éventuellement lui associer, ainsi qu’une sélection de sites portails de bibliothèques françaises et étrangères. Quelques tableaux de synthèse permettent de dégager les grandes lignes de l’offre de progiciels ; deux d’entre eux illustrent cet article.

La deuxième partie décrit les caractéristiques fonctionnelles et techniques de huit solutions disponibles sur le marché français. Les produits sélectionnés pour cette enquête menée en octobre 2006 sont ceux de sociétés intervenant dans le secteur des bibliothèques et des centres de documentation (celles qui diffusent des portails généralistes plutôt destinés aux entreprises commerciales n’ont pas été approchées). Tous ces produits offrent à la fois des fonctions de recherche fédérée (permettant la consultation simultanée de plusieurs sources) et celles d’un système de gestion de contenu (apportant une aide à la publication sur le Web).

Il s’agit des sociétés et progiciels :

  • Archimed pour ses produits Incipio et Ermes ;

  • Cadic pour son progiciel Cadic intégrale ;

  • Ever Ezida pour sa solution Flora ;

  • Ineo media system pour Mediaview ;

  • Infor-Extensity France pour son produit V-Spaces ;

  • Innovative Interfaces Ltd pour quatorze progiciels ou modules assurant des fonctions complémentaires ;

  • Jouve pour Portail Jouve ;

  • SirsiDynix pour Portail HIP 4 (puis EPS associé à Symphony) et les produits de Serials Solutions

Les sociétés contactées correspondent à deux types d’entreprise avec d’un côté des filiales ou des divisions de grands groupes aux activités diversifiées (Infor - Extensity France, Ineo media system, Jouve et Ever Ezida) et de l’autre des fournisseurs spécialisés intervenant essentiellement dans le secteur de la documentation (Archimed, Cadic, Innovative Interfaces Ltd et SirsiDynix). Cinq de ces entreprises sont d’origine française (Archimed, Cadic, Ever Ezida, Ineo media system, Jouve) et deux d’entre elles sont américaines (Innovative Interfaces Ltd, SirsiDynix) ; la dernière (Infor - Extensity France) a des origines canadienne et belge.

Les annexes de cet ouvrage comprennent un glossaire, un index de sigles, des listes de sites de référence et un commentaire détaillé du questionnaire soumis aux fournisseurs rencontrés.ADBS Éditions, 2007, 215 pages, Collection « Sciences et techniques de l’information », ISBN : 978-2-84365-091-8, 25 euros.

7

Ces fonctions doivent permettre à l’administrateur du site tant de concevoir aisément la première version du portail que de faciliter par la suite sa mise à jour régulière. Elles doivent simplifier d’une part l’ajout de textes ou d’illustrations et d’autre part la mise en forme graphique de l’ensemble. L’un des attraits des CMS est également d’éviter la manipulation directe des balises HTML ou l’utilisation d’un éditeur HTML.

8

Sans être une opération délicate, la mise en œuvre du CMS nécessite à la fois une adaptation de l’organisation et l’acquisition de compétences informatiques spécifiques. En effet, pour gérer au mieux l’intervention de plusieurs rédacteurs sur un document, le CMS a besoin de s’appuyer sur une procédure formalisée précisant qui peut proposer un article, qui peut y apporter des corrections, qui peut en valider le contenu ou la mise en forme, qui décide de sa mise en ligne, puis de sa mise à jour ou de son retrait… C’est la première difficulté organisationnelle : il faut définir les procédures de publication avant de penser au déploiement de l’outil.

9

Si le portail donne également accès à des services en ligne, comme une fenêtre de chat pour dialoguer avec un bibliothécaire, nul besoin de souligner qu’il faudra également définir l’organisation support de ce service avant tout début de déploiement.

10

Par ailleurs, si le CMS affranchit effectivement le webmestre de la manipulation des balises HTML, il lui demande néanmoins de sérieuses connaissances en informatique comme l’utilisation de XSL, le langage de description de feuilles de style, la maîtrise du langage XML ou de la technique de la syndication de contenu (Atom, RSS, etc.).

11

La réussite du déploiement du CMS va donc mobiliser de multiples compétences : rédactionnelles, organisationnelles et informatiques. C’est un travail d’équipe pour lequel les savoir-faire des bibliothécaires et des documentalistes sont les bienvenus mais pas nécessairement au cœur des besoins.

Dompter la recherche fédérée

12

Deuxième composant essentiel du portail d’un centre de documentation ou d’une bibliothèque, la recherche fédérée est un service proposé à l’usager lui permettant en une seule requête de consulter plusieurs sources de données, hétérogènes tant du point de vue des formats que des contenus. Un logiciel de recherche fédérée dispose de trois fonctions essentielles :

  • présentation structurée des sources d’information interrogeables afin de faciliter la sélection par l’usager des bases à solliciter ;

  • saisie de la requête de l’usager et transmission de celle-ci aux bases qu’il a sélectionnées dans une syntaxe adaptée aux caractéristiques de chacune ;

  • affichage des résultats de la recherche, avec ou sans dédoublonnage, avec ou sans regroupement des réponses apparentées.

La traduction de la requête dans une syntaxe spécifique à chaque base s’appuie sur un connecteur développé par le fournisseur du logiciel ou plus rarement par un tiers. La charge et la complexité de l’exploitation de la recherche fédérée sont directement en rapport avec le nombre de bases auxquelles l’accès est proposé. Au-delà d’une dizaine de sites, les fréquentes et imprévisibles évolutions de ces bases vont nécessiter d’incessantes mises à niveau des connecteurs. Comme rien ne garantit que l’éditeur d’une base commerciale aura pris le soin de prévenir le fournisseur du portail – ou même la bibliothèque qui bénéficie pourtant d’un abonnement à cette base – des évolutions techniques qu’il a réalisées, il faudra sans cesse être à l’affût afin de repérer ces évolutions, de les qualifier et de trouver l’adaptation à apporter au connecteur. Horreur pour les informaticiens, le module de recherche fédérée est en fait un système jamais stabilisé !

13

Mieux vaut donc disposer non seulement d’un bon contrat de maintenance et d’assistance mais également des compétences internes nécessaires à la surveillance du service. Pour répondre à ces besoins, certains fournisseurs, comme WebFeat [1][1] www. webfeat. org ou Serials Solutions [2][2] www. serialssolutions. com, proposent d’ailleurs d’héberger eux-mêmes le module de recherche fédérée. Même si les compétences documentaires sont tout à fait essentielles pour la qualité du service de recherche fédérée, notamment pour la présentation structurée des sources d’information, le paramétrage des logiques de dédoublonnage ou de grappage [3][3] Présentation des résultats de recherche suivant des... des références, etc., ce sont les compétences informatiques, connaissances des technologies du Web et des spécificités des bases des éditeurs, qui pourront garantir dans la durée le bon fonctionnement du service.

Tableau 1 - L’environnement technique des portailsTableau 1

Intégrer le portail dans une architecture globale

14

Outre les difficultés associées aux deux principaux composants du portail, le CMS et la recherche fédérée, il faut également évoquer les exigences d’une bonne intégration du portail dans le système d’information de la bibliothèque ou du centre de documentation.

15

Bien intégrer le portail, cela signifie qu’il n’y aura pas d’information à ressaisir dans l’un ou l’autre des outils, qu’il n’y aura pas de décalage dans les informations gérées par ces différents logiciels et que les informations utiles au portail mais hébergées par un autre système seront effectivement mises à sa disposition sans intervention humaine.

16

Plus précisément, cela pose le problème du partage de trois types d’information :

  • la base des usagers inscrits, utilisée à la fois par le portail et par le système de gestion de bibliothèque ou le système documentaire ;

  • le catalogue des ressources électroniques susceptibles d’être signalées dans le système de gestion de bibliothèque ou le système documentaire et nécessairement répertoriées par le module de recherche fédérée ;

  • les informations structurées décrivant pour chaque ressource électronique les droits de représentation et de reproduction que la bibliothèque ou le centre de documentation a pu acquérir et qui peuvent être stockées dans le système de gestion de bibliothèque ou dans un ERM [4][4] ERM (electronic resources management). Logiciel applicatif... tiers.

Tableau 2 - La couverture fonctionnelle des logiciels portailsTableau 2
17

Relevant d’une réflexion initiale, avant tout début de réalisation, la définition de l’architecture est associée à d’importants enjeux car c’est d’elle que dépend au bout du compte une bonne partie de la charge d’exploitation de l’ensemble des applicatifs. Cette réflexion nécessite la mobilisation de deux types de compétences, celles du bibliothécaire ou du documentaliste, d’une part, pour définir ses priorités de service, et celles de l’informaticien, d’autre part, pour définir le domaine du possible et proposer les solutions techniques adaptées.

Un outil exigeant des compétences multiples

18

L’exposé des quelques embûches qui pourraient jalonner le parcours du chef de projet ne doit pas décourager les bonnes volontés. Réussir la mise en œuvre du portail, le rendre attrayant lors de son lancement et dans la durée, cela demeure une entreprise passionnante et dont les enjeux justifient grandement les moyens à lui consacrer. La diversité des compétences nécessaires à une parfaite maîtrise du projet – bibliothécaire et/ou documentaliste, technicien du web, organisateur, rédacteur, concepteur d’architecture, etc. – fournit cependant quelques explications au constat effectué en introduction : ce n’est pas un hasard si le portail demeure aujourd’hui l’outil de grands établissements, bien dotés en compétences diverses. Le discours des fournisseurs : « Mon outil réglera vos problèmes ; avec lui tout deviendra simple ! » doit donc probablement être nuancé…

Notes

[3]

Présentation des résultats de recherche suivant des clés de regroupement censées rapprocher les références apparentées. Le terme américain est clusterization.

[4]

ERM (electronic resources management). Logiciel applicatif prenant en charge les fonctions spécifiques de gestion des ressources électroniques : gestion des abonnements, bulletinage automatisé des périodiques électroniques, suivi des collections multi-supports, description structurée des droits de consultation et de reproduction, contrôle de ces droits, statistiques d’utilisation… À la différence des systèmes de gestion des ressources électroniques, les ERM ne prennent pas directement en charge la communication des ressources électroniques. C’est pour cette raison que nous utilisons l’expression américaine.

Résumé

Français

Depuis quelque temps, des grands services et établissements documentaires proposent à leurs usagers des portails, supports d’une offre de services en ligne attrayante et diversifiée. La mise en œuvre de tels portails est une opération délicate qui exige des moyens importants, quelques précautions, et une bonne maîtrise des composantes des outils logiciels disponibles sur le marché : le système de gestion de contenu (aide à la publication sur le Web) et la recherche fédérée (consultation simultanée de plusieurs sources).

Plan de l'article

  1. Maîtriser le CMS
  2. Dompter la recherche fédérée
  3. Intégrer le portail dans une architecture globale
  4. Un outil exigeant des compétences multiples

Pour citer cet article

Maisonneuve Marc, « Bâtir un portail de bibliothèque ou de centre de documentation, un morceau de bravoure ? », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2007 (Vol. 44), p. 243-247.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-3-page-243.htm
DOI : 10.3917/docsi.443.0243


Article précédent Pages 243 - 247 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback