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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/3 (Vol. 44)

  • Pages : 58
  • DOI : 10.3917/docsi.443.0256
  • Éditeur : A.D.B.S.

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UNIQUE ÉTABLISSEMENT DE FORMATION EN SCIENCES DE l’information en Tunisie, l’Institut supérieur de documentation (ISD) de l’Université de la Manouba a organisé les 19 et 20 avril 2007 à Tunis un colloque national qui a réunit pendant deux jours des invités de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO), branche de l’Unesco pour les pays arabes, de France et d’Algérie, ainsi que les enseignants de l’ISD et des professionnels des secteurs public et privé.

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Une très forte affluence a marqué les deux jours de ce colloque, ce qui dénote que les étudiants – ils sont près de mille cinq cents en cette année 2006-2007 – et les professionnels ont été interpellés par le thème de la rencontre. Nous proposons ici une lecture transversale des interventions afin d’en extraire les points essentiels.

Enseignement de base : référentiels et compétences

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L’entrée dans le système LMD (licence, master, doctorat) est une innovation et une obligation pour tous les établissements relevant de l’enseignement supérieur. L’ISD a été habilité à l’adopter dès l’année universitaire 2007-2008. Cela nécessite de fonder l’enseignement de base sur des référentiels métiers et de formation, tels que l’Euroréférentiel I&D, référentiel européen des compétences et aptitudes et des niveaux de qualification des professionnels européens de l’information-documentation (ECIA, 2004), le référentiel français des métiers–types des professionnels de l’I&D (ADBS, 2001), le référentiel emploi de l’archiviste d’entreprise (2005), et le rapport Bibliothécaires en prospective (ministère français de la Culture, 2006) cités en exemples. Mais cela resterait insuffisant sans l’introduction d’un changement au niveau des méthodes pédagogiques afin que l’étudiant s’implique de façon plus dynamique dans sa formation [interventions de M. Ben Henda, de A. Ben Sebti, de A. Mkadmi et M. Ben Romdhane].

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La comparaison de la grille actuelle des programmes et de celle projetée dans le cadre du système LMD a montré une évolution de la proportion des cours connotés TICs, mais a attiré l’attention sur le fait que ce type d’enseignement est assuré par d’autres secteurs de formation et que celle de l’ISD est donc de plus en plus concurrencée [interventions de A. Mkadmi et M. Ben Romdhane, et de M. S. Kadri]. Quant à l’archivistique, elle a été présentée comme le parent pauvre dans les programmes de formation des pays arabes d’une façon générale. Sa marginalisation a provoqué des incohérences quant à son domaine d’intervention qui mérite d’être éclairé en terme de spécialisation [R. Bannouri].

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Par ailleurs l’accent a été mis sur les rapides mutations du domaine de l’information-documentation où il s’avère que le management est susceptible de procurer deux compétences simultanément, la première en matière de traque et de détection des informations, la seconde en matière de communication et de diffusion des connaissances. Cela nécessite une reconversion en profondeur des institutions de formation qui devraient mettre en place un dispositif de veille technologique et environnementale leur permettant à la fois d’identifier les innovations et de cerner les besoins réels en information. La compétence en management rendra aussi les services d’information plus nécessaires, plus utiles et plus efficaces de sorte que, à la nouvelle clientèle représentée par l’usager autonome, ne corresponde pas l’archiviste ou le bibliothécaire superflu [interventions de N. Jrad et de S. Kamoun-Chouk].

Les interventions

• L’avenir des métiers de l’information : les secrets et les enjeux. Par Mohamed Salah Kadri, maître-assistant à l’ISD

• Les paradigmes d’une spécialité en mutation en Tunise : entre l’académique et le professionnel de la discipline info-com. Par Mokhtar Ben Henda, maître de conférences à l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux

• Les métiers d’archivistes, bibliothécaires et informatistes en Algérie : état et perspectives. Par Abdelmalek Ben Sebti, Université Mentouri de Constantine

• Les informatistes dans l’administration publique : présent et devenir d’un métier. Par El-Khansa Mkada-Zghidi, maître-assistant à l’ISD, et Ahmed Chaibi, enseignant à l’ISD

• Les statuts des différentes professions de spécialistes de l’information. Par Ahmed Ksibi, maître-assistant à l’ISD

• Les métiers des bibliothèques et de l’information : mutations et compétences. Par Wahid Gdoura, professeur à l’ISD

• Profils des spécialistes de l’information à travers les programmes d’enseignement et les besoins du marché de l’emploi. Par Mustapha H’mila, enseignant à l’ISD

• Le profil du spécialiste des archives à travers les programmes de formation. Par Rabii Bannouri, maître-assistant à l’ISD

• L’apport de l’ALESCO dans la promotion des métiers de l’information dans le monde arabe. Par Ahmed Echeikh, directeur de la documentation et de l’information, Arab League Educational, Cultural and Scientific Organization (ALESCO)

• Droit et métier de « manager de l’information ». Par Najoua Jrad, maître-assistant à l’ISD

• Une profession en mal de reconnaissance : des rendez-vous manqués !… mais jusqu’à quand ? Par Abdelfattah Fakhfakh, documentaliste à la Société tunisienne de banque

• Les métiers de l’information et documentation : quelles nouvelles compétences pour s’imposer dans la société du savoir ? Par Souad Kamoun Chouk, enseignante à l’Institut supérieur de comptabilité et d’administration des entreprises (ISCAE) et à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI)

• La formation à l’ISD entre les réformes et les exigences des nouveaux métiers de l’information. Par Mohamed Ben Romdhane et Abderrazak Mkadmi, maîtres-assistants à l’ISD

• L’adéquation entre formation et emploi du personnel des bibliothèques et de la documentation : une expérience française. Par Jacqueline Bénichou, directrice de la lecture publique du département de l’Essonne et coordinatrice des centres de formation de l’Association des bibliothécaires de France (ABF)

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L’évaluation de la formation par les professionnels en exercice dans l’administration centrale a été abordée à partir d’une étude de terrain. Elle montre que seuls près de 20 % déplorent les lacunes en TICs, tandis que la grande majorité lui reproche d’être loin de la réalité et d’être trop théorique. Par ailleurs, cette étude a confirmé le poids de la tradition : à l’instar de la formation actuelle à l’ISD qui distingue les profils archiviste et bibliothécaire/documentaliste, 81 % des services d’information de l’administration centrale continuent de fonctionner selon la trilogie documentation / bibliothèques / archives alors même que ces services coexistent dans la même institution, et seuls 9 % sont constitués en pôles documentaires. Près de 80 % des professionnels « cloisonnés » se trouvent souvent obligés de préciser leur fonction à leurs collègues, alors que 60 % de ceux qui exercent dans les pôles multifonctions n’en parlent pas car c’est le métier qui parle pour eux. De plus, certains professionnels déplorent le fait que les employeurs n’utilisent pas leurs compétences de façon pertinente et les appellent à effectuer des tâches « hors spécialité ». Parmi celles-ci, deux ont été identifiées comme telles car elles n’ont pas fait l’objet de la formation de base : le service questions-réponses et l’élaboration de produits documentaires autres que les fichiers [intervention de E.-K. Mkada-Zghidi et A. Chaibi].

Emploi et employabilité

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La lenteur du passage vers le numérique a amoindri l’impact du bouleversement qui a touché le secteur de la science de l’information. Cela explique un retard dans l’adoption des nouveaux concepts dans les pays du Sud ainsi que le ralentissement de la numérisation des contenus qui se répercute de façon négative sur l’acquisition des nouvelles compétences du métier et probablement aussi sur les attentes des employeurs. Les résultats d’une enquête en cours, conduite par l’unité de recherche de l’ISD, permettraient de revisiter l’objet d’étude dans la perspective d’une meilleure adéquation de la formation avec le marché de l’emploi [W. Gdoura].

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En outre, la rareté des chances de trouver un emploi dans le secteur privé et les restrictions au recrutement dans le secteur public suffisent à montrer que la valeur ajoutée du professionnel se mesure à présent par rapport à l’internet qui répond désormais aux besoins en documentation et en information : c’est pourquoi les professionnels devraient adapter leur profil à cet outil [M. Hmila].

Formation continue

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L’incapacité de l’ISD de répondre à la variété des dix-neuf métiers-types identifiés a été mise en exergue afin de suggérer la prise en charge d’une partie de ces derniers par la formation continue [intervention de A. Mkadmi et M. Ben Romdhane].

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Or, depuis que la formation en DBA existe en Tunisie (1966), il n’y a jamais eu de formation continue ou de recyclage (sauf sur le papier) ni au sein de l’ISD ni en celui des institutions qui l’ont précédé (ENA, IPSI). Cela constitue pourtant une demande pressante que l’employeur essaie de satisfaire : 87 % des professionnels en exercice dans l’administration publique en ont en effet bénéficié au moins une fois par an pour s’initier à plusieurs logiciels de GED et même pour maîtriser la langue française (bien qu’à l’ISD 20 % des cours du premier cycle soient consacrés à l’enseignement des langues) [intervention de E.-K. Mkada Zghidi & A. Chaibi].

Statut et valorisation de la profession

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Comparé au statut professionnel des informaticiens, celui des documentalistes, des bibliothécaires et des archivistes est obsolète. Il fait ressortir essentiellement la dimension « technique » du métier et les tâches routinières qui reproduisent la « chaîne documentaire » [A. Ksibi]. Tout en soulignant que la valorisation de la profession passe aussi par celle des lieux dans lesquels elle s’exerce, il faut reconnaître que son image est en nette amélioration grâce à l’introduction de l’ordinateur dans les pratiques et grâce à l’organisation du Sommet mondial de la société de l’information par la Tunisie en 2005 [M. S. Kadri]. La valorisation tient aussi aux valeurs et aux principes moraux qui caractérisent depuis toujours les professionnels et dont le nouveau contexte ne doit pas les détourner [J. Benichou].

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Enfin, ce n’est pas la multiplication « formelle » des associations professionnelles (il y en a quatre en Tunisie) qui représenterait la meilleure solution pour la promotion de la profession mais l’intelligence de saisir les opportunités telles que celle qui s’offre actuellement : les professionnels doivent s’engager dans « leur » société de l’information [A. Fakhfkah].

Identification des enjeux locaux

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Pour conclure, signalons une lacune de ce colloque qui n’a que très peu abordé la recherche en sciences de l’information [A. Echeikh], mais mettons à son actif le fait de s’être écarté de la tendance qui consiste à ressasser tous les types d’enjeux qui concernent l’information à l’échelle universelle, au risque de se détourner des actions stratégiques visant certains objectifs immédiats. Ce colloque national a en effet permis d’identifier des enjeux locaux et de poser des problèmes spécifiques, à partir des données du réel, dont la solution est à la portée de nos moyens en tant que pays du Sud.

Résumé

Français

Un récent colloque national organisé à Tunis par l’Institut supérieur de documentation a été l’occasion de faire le point sur la situation en Tunisie et sur les perspectives des métiers de l’information – documentation, bibliothèques et archives : formation initiale et continue, emploi, statut et valorisation de la profession. Loin des grandes envolées planétaires, cette manifestation a permis d’identifier concrètement des enjeux locaux et de poser des problèmes spécifiques à la Tunisie et, plus généralement, au monde arabe.

Plan de l'article

  1. Enseignement de base : référentiels et compétences
  2. Emploi et employabilité
  3. Formation continue
  4. Statut et valorisation de la profession
  5. Identification des enjeux locaux

Pour citer cet article

Mkada-Zghidi El-Khansa, « Colloque ISD. L'avenir des métiers de l'information en Tunisie », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2007 (Vol. 44) , p. 256-258
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-3-page-256.htm.
DOI : 10.3917/docsi.443.0256.


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