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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/4 (Vol. 44)

  • Pages : 60
  • DOI : 10.3917/docsi.444.0327
  • Éditeur : A.D.B.S.

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UN RAPIDE SURVOL DES INTITULÉS DES COMMUNICATIONS DONNE UNE IDEE DE la variété et de la nature des thèmes abordés au cours de ce congrès, récurrents pour la plupart mais sans cesse renouvelés par les problématiques actuelles liées aux évolutions technologiques et, plus encore, aux modifications des usages. Avec le thème du Web 2, le thème de l’utilisateur était au centre de ce congrès. Le choix du pays qui cette année accueillait l’Ifla incitait à donner une large place aux questions linguistiques, à la sauvegarde des patrimoines, aux publics défavorisés ou en difficulté ainsi qu’à la diversité culturelle.

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Abdul Wahid Khan, directeur général adjoint de l’Unesco, a introduit le cycle de conférences de la première journée sur le thème des « bibliothèques et la société du savoir » en rappelant que la connaissance est un élément fondamental sur lequel repose le développement de tous les pays. Quatre piliers fondent les sociétés du savoir : la création de la connaissance, sa préservation, sa diffusion et son utilisation. Les bibliothèques ont un rôle majeur à jouer pour organiser et partager le savoir transmis de génération en génération. Alors que la numérisation devrait favoriser l’accès universel, on constate que la fracture numérique s’accroît. Un grand nombre de plans et programmes conjoints Ifla-Unesco cherchent à lutter contre ce phénomène par un travail de mise en réseau, la définition de lignes directrices et la création de services modèles.

La formation à la maîtrise de l’information

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C’est aussi Abdul Wahid Khan qui a introduit les ateliers de la section Information literacy, en insistant sur l’enjeu majeur de ce concept dans nos sociétés et l’intérêt qu’y porte l’Unesco, attesté par la multiplicité de programmes et d’actions mis en œuvre. C’est avec son soutien que la section de l’Ifla a élaboré depuis deux ans plusieurs documents dont un répertoire mondial de données utiles pour la formation [1][1] www. infolitglobal. info. (en cours d’alimentation pour les ressources francophones), des directives concernant la place de la maîtrise de l’information dans la formation tout au long de la vie, une ébauche d’« état de l’art » qui doit être complété au niveau scolaire, ainsi qu’une monographie, à paraître fin 2007, recensant un certain nombre d’expériences originales d’information literacy.

L’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA)

Fondée en 1927, la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques compte environ 1.700 membres (associations, institutions, membres individuels) représentant 147 pays. Son siège à La Haye. L’exécutif est assuré par un président élu pour deux ans, un « bureau des gouverneurs » et un comité exécutif qui comptent actuellement cinq membres francophones. L’actuelle présidente qui, succédant à l’Australien Alex Byrne, vient d’entrer en fonction, est l’Allemande Claudia Lux, directrice de la Zentral- und Landes-bibliothek de Berlin.

La politique de l’Ifla repose sur trois piliers : la société, la profession et les membres. Dans cette logique, trois axes principaux ont été définis pour le plan stratégique des années 2006-2009 : la poursuite de l’action du SMSI [voir en hors texte page 335], dont la défense et la promotion de la diversité linguistique et culturelle ; le renforcement du rôle de lobbying, de défense et de promotion des bibliothèques (thème principal de campagne de l’actuelle présidente) ; l’accroissement du nombre de membres (objectif : les 192 pays représentés à l’Organisation des Nations Unies) pour assurer une véritable légitimité internationale à la profession.

L’essentiel des activités de l’Ifla se répartit dans celles de quarante-sept sections thématiques regroupées en huit divisions, ainsi que de six programmes fondamentaux et sept groupes de discussion. Les sections ont la charge d’organiser des sessions de conférences et des ateliers à l’occasion des congrès annuels et d’établir des guides et directives à destination de l’ensemble des professionnels concernés.

Le Comité français Ifla (CFI) joue un rôle majeur dans la défense du multilinguisme et la promotion de la langue française. Il co-assure, au sein du groupe francophone, des traductions mises en ligne sur son site.

Le site de l’Ifla : www. ifla. org

Le site du Comité français Ifla : www. cfifla. asso. fr

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De toutes les définitions répertoriées de cette notion – dont les plus connues, proposées par le Chantered Institute of Library and Information Professionals (CILIP) et l’Unesco, reprennent des interprétations américaine et australienne antérieures – quelques points communs sont à relever que l’on peut synthétiser dans cette formule : « La maîtrise de l’information, c’est savoir quand et pourquoi on a besoin d’information, où la trouver et comment l’évaluer, l’utiliser et la diffuser dans un mode éthique. » Cela suppose que l’on soit capable de maîtriser les outils, les sources, le contexte socioculturel et la recherche, la publication, les technologies émergentes, et d’exercer un esprit critique.

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Point clé de l’apprentissage tout au long de la vie, la maîtrise de l’information est aujourd’hui reconnue comme un élément indispensable dans la formation des étudiants et comme une obligation par différentes habilitations disciplinaires qui l’ont intégrée dans leurs cursus. Sa mise en œuvre n’est jamais simple parce qu’elle nécessite que soient conjugués les efforts des enseignants, des bibliothécaires, de l’administration et, la plupart du temps, des services informatiques [2][2] CILIP, A short introduction to information literacy:....

Quelques illustrations

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• L’université de Bergen a profité des changements intervenus dans le cadre du processus de Bologne pour réexaminer ses pratiques et développer des programmes inspirés de la pédagogie de Carol Kulthau [3][3] Carol Kulthaul, Searching meaning, Libraries Unlimited,... et de ses exercices d’écriture, pédagogie mise notamment en pratique dans les écoles polytechniques anglaises. Accessible librement sur Internet, la base d’exercices de recherches et d’écriture comprend un module sur les règles et l’éthique universitaires créé à la demande des enseignants pour lutter contre le plagiat [4][4] www. sokogskriv. no..

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• À l’Université de Brasov, en Roumanie, les cours visent plusieurs groupes d’usagers : les étudiants des différents niveaux, bien entendu, mais aussi les enseignants.

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• La faculté des sciences médicales de Prétoria, en Afrique du Sud, a choisi, quant à elle, d’utiliser une méthode de formation fondée sur la résolution de problèmes. Obligatoire dans tous les départements pendant les trois premières années, y compris pour les étudiants infirmiers, physiothérapeutes et radiographes, l’enseignement met l’accent sur le travail en équipe et sur la maîtrise des compétences informationnelles et informatiques dans un environnement virtuel.

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Cette formation est dite « en spirale » car elle progresse d’une initiation en première année aux outils et techniques de recherches à un approfondissement en troisième année dans des bases de données spécialisées comme Medline, se renforçant au fur et à mesure que s’élargit le savoir médical de base de l’étudiant. L’étude de cas y occupe une place centrale et permet de s’assurer, au travers de l’analyse documentée du cas d’un patient, que l’étudiant a acquis les compétences visées.

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Depuis 2006, le service d’information universitaire, abonné à plus de trente mille titres en plein texte, a décidé de s’associer avec Google Scholar pour faciliter l’accès de ses étudiants à cette offre. Le matériel d’étude, lui, est édité sous la forme d’un manuel en ligne proposé à tous les étudiants et adapté à chacune des six années d’études. À cela s’ajoute une éducation télématique extensive à partir de conférences, exercices et espaces de discussion en ligne.

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• À la bibliothèque de l’Université de Stanford, aux États-Unis, à la suite de la publication d’une étude réalisée en 2006 par le groupement nord-américain Educause qui révèle qu’environ 70 % des étudiants sont familiers du déchargement de fichiers sons et vidéos [5][5] Voir l’enquête citée et une grande variété de podcasts..., on a choisi d’utiliser le podcasting dans les cursus d’enseignement à la maîtrise de l’information. Cette décision est aussi un choix pédagogique d’approche adaptée et résolument centrée sur l’apprenant dont on va développer les pratiques réflexives pour renforcer la qualité de l’enseignement – une théorie défendue par le pédagogue Donald Shör [6][6] Voir le blog de Régina Lee Roberts, auteure de la communication,....

Les multiples aspects de la formation professionnelle

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L’importance désormais accordée à la formation des usagers – des citoyens – à la maîtrise de l’information ne doit pas faire perdre de vue la formation des professionnels des bibliothèques et de la documentation. De quelles compétences ont-ils besoin ? Comment rendre les professionnels de l’information capables de développer des communautés de pratiques en matière de formation ?

La formation en ligne

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De plus en plus utilisé dans la formation des bibliothécaires [7][7] Sarah Chesemore, Rachel Van Noord, et al., Trends in..., ce type de dispositif offre aux bibliothèques une occasion inespérée de collaborer, ce qui comporte de nombreux avantages, notamment la réduction notable des coûts de production et de réelles opportunités de création de cours génériques, susceptibles d’être adaptés au niveau local. Parmi les nombreux exemples présentés, citons le programme gratuit « 23 Things » destiné à explorer les outils du Web 2.0 [8][8] http:// plccleaning. blogspot. com. développé à la Bibliothèque du Charlotte et Meklenburg County en Caroline du Nord.

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Une autre opportunité de collaboration est le groupement d’achat de technologies éducatives et d’outils de développement et de diffusion de cours, comme un service de conférences en ligne. OPAL (Online Programming for All Libraries) en est un exemple réussi [9][9] www. opal-online. org.. D’initiative internationale, ce service est proposé à très faible coût en échange de l’engagement des adhérents à animer deux conférences en ligne.

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Si l’on ajoute à ce dispositif un système de gestion des contenus de formation, on permet l’accès au catalogue de cours qui reste à personnaliser, l’analyse et la mesure de l’usage des cours, mais aussi la création de son propre catalogue. L’assistance et l’accompagnement sont particulièrement importants pour la réussite d’un programme de e-formation. Apprendre aux apprenants à bien maîtriser l’environnement technique est un préalable. Les motiver en les incitant à participer et à valoriser leurs résultats leur permettra d’en tirer le meilleur parti.

La formation mixte

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Le blending learning est sans doute la formule adéquate [10][10] Laura Staley, Blended learning guide, 2007, www. webjunction..... Le déroulement est généralement le suivant : un séminaire en ligne suivi d’une formation individuelle intensive, puis utilisation des groupes de discussion pour publier le travail et partager expériences et ressources. Dans la perspective d’une collaboration à l’international, il faut penser à l’obstacle technique des pays en développement et proposer des modules sur des supports moins élaborés comme le cédérom.

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À l’Université des sciences appliquées de Chur, en Suisse, l’École des sciences de l’information a établi pour son enseignement un cadre intégré et dynamique baptisé DIAMOND (Didactical Approach for Médias cOmpeteNce Development). Il s’agit d’un projet mixte d’enseignement et d’apprentissage, de formation en présentiel et à distance, mettant l’accent sur l’apprentissage collaboratif ou en réseau dispensé au début des études, pendant le premier semestre. Le module s’appuie sur les approches théoriques de l’apprentissage situé de Wenger et Lave ainsi que sur l’approche didactique de l’accompagnement cognitif de Collins, Brown et Newman.

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Les contenus déposés sur le site [11][11] www. informationswissenschaft. ch/ index. php? id=... sous la forme de cartes thématiques (topic maps) où les champs de la connaissance sont représentés dans leurs relations sont considérés comme des notions techniques de base en sciences de l’information. Pour approfondir le contenu sont mises en place des bibliothèques numériques comprenant cours, serveur de pre-prints, bases de données, glossaires et catalogues. Devoirs et travaux pratiques sont rédigés sur un logiciel wiki pour permettre les lectures critiques. La collaboration au cœur du projet s’appuie sur la théorie de la spirale de la connaissance de Nonaka et Takeuchi [12][12] Ikujiro Nonaka, Hirotaka Takeuchi, The knowledge creating.... Elle est encouragée par l’utilisation de multiples moyens de communication synchrones et asynchrones, chat, forum, blog et courrier électronique. Au-delà de cette compétence sociale clé qui s’ajoute aux compétences classiques en information, méthodologie et informatique, c’est le développement personnel de l’étudiant qui concentre les efforts de cette professionnalisation.

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Autre expérience intéressante, celle du consortium WISE (Web-based Information Science Education), qui regroupe treize bibliothèques et écoles en sciences de l’information des États-Unis, du Canada et de la Nouvelle-Zélande. Il fournit un modèle d’enseignement collaboratif à distance inédit, récompensé en 2006 par l’award des pratiques efficaces [13][13] www. wiseeducation. org.. Intitulé « Bibliothèques WISE : concevoir la bibliothèque publique de demain », le premier cours a réuni, avec les enseignants, des designers et des architectes. L’objectif était de répondre à la question de savoir à quoi ressemblera la bibliothèque en 2030, ainsi que d’encourager l’échange d’idées et d’étudiants étrangers membres de WISE.

Orientations stratégiques pour satisfaire les attentes des usagers

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Toutes les bibliothèques cherchent aujourd’hui à savoir ce que veulent les usagers et comment les satisfaire. Deux enquêtes récentes réalisées par l’OCLC (On Line Computer Library Center) révèlent les attentes des utilisateurs [14][14] OCLC, Perceptions of libraries and information resources:.... Les étudiants pensent pouvoir tout trouver sur Internet : 84 % d’entre eux commencent leurs recherches avec Google. Les catalogues apparaissent bien loin dans la liste des sites consultés. Leur conception des services documentaires intègre recommandations, tags et forums de discussion. Ils souhaitent utiliser un environnement en ligne agréable, renouvelé et imaginatif. Les chercheurs, eux, désirent l’exhaustivité avant l’exactitude et la précision des résultats, autant que l’intégration des outils de recherche de manière à accéder plus facilement aux documents.

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De nombreux exemples témoignent de la façon dont les bibliothèques ont repensé leur orientation stratégique pour à la fois « amener l’usager aux services des bibliothèques » et « apporter les services de la bibliothèque à l’usager ». Ce sont là les deux développements majeurs de la bibliothèque 2.0 qui sont aussi deux défis à relever : celui de rendre les catalogues plus faciles pour les recherches et à la fois plus visibles en les intégrant dans les moteurs populaires, et celui d’associer les utilisateurs en intégrant leurs pratiques et leurs préférences.

L’accès simplifié aux catalogues

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Parce qu’il reste un mode d’accès fondamental aux ressources, le catalogue des bibliothèques doit être repensé. Rappelons tout d’abord que l’ISBD (International Standard Bibliographic Description) est en cours d’adaptation et va changer de structure [15][15] À propos des nouveaux développements relatifs à l’ISBD,.... Sa prochaine version, dont la publication est prévue dans deux ans, regroupera en un seul ISBD la description de tous les types de ressources actuellement couverts par les ISBD spécialisés, pour se rapprocher de l’environnement électronique actuel et tenter d’influer sur le contenu et l’utilisation des métadonnées existantes. On prend ainsi en compte le changement des pratiques bibliothéconomiques tout en continuant à maintenir un ISBD à la hauteur des besoins.

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Un important chantier qui accompagne la constitution des bibliothèques numériques consiste à rapprocher les nombreux outils produits dans d’immenses bases de données pour les traduire en un outil unique, un fichier d’autorité international virtuel appliqué au web sémantique [16][16] Corey Harper, Barbara Tillet, « Les vocabulaires contrôlés...

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Bien que la numérisation des collections ait concentré pour le moment la plus grande part des efforts fournis, de nombreux travaux sur les normes ont été conduits, qui devraient pouvoir être exploités rapidement. Pour la conversion des données d’autorité actuelles, citons la norme OWL (Web Ontology Language) et la technologie SKOS Core (Simple Knowledge Organization System) pour le codage du contenu des thésaurus ; et, pour la conversion des données bibliographiques, la norme RDF (Resource Description Framwork) ainsi que les travaux sur le Dublin Core et le RDA (Resource Description and Access).

Du 73e congrès de l’Ifla… au 74e

Le congrès 2007 de l’Ifla s’est déroulé à Durban, en Afrique du Sud, du 19 au 23 août. Il a attiré un peu plus de 3.100 congressistes dont 75 francophones et, ce qui est remarquable, une moitié de participants venus du continent africain. Séances plénières, sessions de travail, ateliers, groupes de discussion, réunions de sections et de commissions… l’éventail des manifestations proposées simultanément était comme toujours extrêmement large et le programme d’une remarquable densité : pas moins de 216 communications prononcées dans sept langues officielles (dont cinq langues de travail, mais l’anglais reste celle qui est majoritairement utilisée).

On trouvera le programme détaillé et en français de ce congrès à l’adresse : www. cfifla. asso. fr/ conferences/ durban/ programme. htm. Les textes d’un très grand nombre de communications sont accessibles en ligne à partir de l’adresse : www. ifla. org/ IV/ ifla73/ Programme2007. htm, certaines d’entre elles traduites en français avec l’appui, notamment, du Comité français Ifla.

Le prochain congrès aura lieu à Québec, au Canada, du 10 au 15 août 2008 sur le thème « Bibliothèques sans frontières : naviguer vers une compréhension globale ». Une quinzaine de conférences satellites sont d’ores et déjà prévues, dont le premier congrès de la toute nouvelle Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (AIFBD) [voir en hors texte page 333].

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OCLC a déjà exploré la voie avec son projet Terminologies qui donne accès sous Word à des vocabulaires contrôlés. Le VIAF (Virtual International Authority File) est le dernier projet qu’OCLC teste avec la Library of Congress, la Deutsche Nationalbibliotek et la Bibliothèque nationale de France.

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Le développement des applications pour les utilisateurs est à l’étude, avec plusieurs applications envisageables. Il semble que le modèle de référence à suivre pour le futur soit le FRBR (Functional Requirements for Bibliographic Records) [17][17] Patrick Le Bœuf, Brave new FRBR world (version 3),.... Notons également le projet de norme FOAF (Friend of a Friend) destiné à coder les relations entre personnes.

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Le développement de ces recherches ne peut qu’être bénéfique à l’ensemble des communautés d’utilisateurs par la précision qu’elles leur permettront d’apporter à leurs requêtes.

Des contenus orientés usagers

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Si développer les accès est actuellement une préoccupation majeure de la profession, le mot d’ordre est aussi de développer des contenus orientés usagers. Quelques exemples.

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La British Library a adopté le logiciel « Tourner les pages » pour faire découvrir les Treasures in full et le principe de post-it qui permet d’annoter et de commenter. Elle a aussi associé Google Earth aux données de la bibliothèque et elle encourage le principe des ajouts par l’usager sur des sites wikis modifiant ou complétant les bibliographies. Elle souhaite développer une base de données sur les chercheurs à partir du travail de l’Ifla sur les FRAR (Functional Requirements of Authority Records) et veut rendre plus visibles ses collections et ses services en intégrant déchargements, podcasts et webcasts[18][18] www. bl. uk..

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Au Brésil, la bibliothèque numérique du Sénat fédéral offre des solutions alternatives comme celle de produire des livres numériques sonores au format DAISY (Digital Accessible Information System), une norme qui intègre le texte narré en disposant de toutes les facilités de recherche à l’écran. Elle répond ainsi au principal objectif fixé par le projet qui est de faciliter l’accès à ses collections le plus largement possible en diversifiant les formes numériques, papier et sonores, et de participer de la sorte à la création d’une « démocratie numérique ».

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L’Institut de l’information scientifique et technique, en France, a bien compris l’intérêt d’utiliser Google pour accroître l’accès à ses produits et services. Premier fournisseur français de copies de documents avec 400 000 copies fournies en 2006, ce service du CNRS a engagé cette année de profondes modifications pour mieux valoriser ses seize millions de références bibliographiques et faciliter la navigation en utilisant la fonctionnalité Library links de Google Scholar. Parallèlement aux développements menés avec ce dernier, l’INIST a négocié avec le moteur généraliste Google pour permettre la commande d’articles par l’intermédiaire d’une interface simplifiée et adaptée aux nouveaux comportements des utilisateurs [19][19] Jacqueline Gillet, « Copyright law in France », Newsletter....

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« Des collections aux connexions », le nouveau slogan de la Bibliothèque du siège de l’Organisation des Nations Unies à New-York, rend compte de la volonté de déplacer les tâches traditionnelles sur les collections vers la création d’un environnement de savoir actif et d’échanges.

La collaboration avec les utilisateurs

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Des échanges collaboratifs que les bibliothécaires ont développés avec les usagers sont testés dans quelques institutions en Suède (Université de technologie de Lulea), aux États-Unis (Université polytechnique de l’État de Californie) et en Australie. Grâce à leurs suggestions exprimant leurs attentes et préférences, les étudiants en informatique concernés ont pu améliorer les interfaces publiques des OPAC [20][20] http:// learningcommons. lib. calpoly. edu.

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Un autre exemple d’opération où le contenu généré par l’usager interagit avec les bibliothèques est fourni par la Bibliothèque nationale de Berlin. Un projet en cours concerne le fichier d’autorité des noms de personnes sur lequel coopèrent Wikipédia et la bibliothèque depuis 2005. 20 % des 600 000 articles du Wikipédia germanophone consacrés à des personnes sont reliés par les usagers au fichier d’autorité de la Bibliothèque, ce qui a pu amener à y corriger des erreurs.

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Tous ces exemples illustrent la progression du web social et de la bibliothèque 2.0. Chaque établissement doit s’interroger aujourd’hui sur son offre et réfléchir aux meilleurs choix à opérer pour les usagers des années futures.

Des questions liées au droit d’auteur

Doit-on protéger juridiquement le savoir traditionnel ?

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Voilà près de dix ans que l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) s’efforce d’identifier les frontières du savoir traditionnel qui couvre des modes d’exploitation aussi variés que l’architecture, l’ornementation, des écrits ou le savoir-faire ; qu’elle tente de surmonter les difficultés liées à la définition de la notion de population autochtone, plus ou moins pertinente selon les régions du monde, et à l’inadaptation des règles de la propriété intellectuelle à ce type de propriété collective [21][21] Page du site web de l’OMPI sur cette question : www..... Il est vrai que certains systèmes juridiques sont plus accueillants que d’autres et c’est ainsi, par exemple, que l’Afrique du Sud, pays de copyright[22][22] De façon schématique, on oppose généralement les pays..., devait adopter en septembre 2007 une loi sur la protection du patrimoine traditionnel qui définit les modalités pratiques d’enregistrement, de gestion par une société de droit d’auteur et d’arbitrage des litiges.

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Mais cette protection rogne le domaine public et les bibliothécaires peuvent légitimement s’interroger sur son impact sur l’accès à la connaissance et la créativité. Ne doivent-ils pas se mobiliser pour répondre aux attentes de l’OMPI ? Celle-ci, en effet, dans son projet de traité international sur le savoir traditionnel, envisage d’instaurer des exceptions qui leur permettraient de poursuivre leur travail de collecte et de diffusion mais qui attend pour cela de recueillir leur avis. C’est d’autant plus urgent qu’une Déclaration des Nations Unies sur les droits des populations autochtones[23][23] Page du site web des Nations Unies sur les droits des..., reconnaissant à ces communautés un droit de contrôle sur leur patrimoine culturel, a été publiée dès la mi-septembre 2007.

Doit-on craindre les sociétés de gestion collective ?

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Le président de l’IFRRO (Federation of Reproduction Rights Organisations) a rappelé que ces sociétés veulent protéger le droit d’auteur pour stimuler la créativité d’un pays et assurer une égalité de traitement entre ayants droits nationaux et étrangers. Il a détaillé les bases légales de leur action, les types d’œuvres protégées et de licences qui peuvent être contractées, l’assiette des collectes des redevances et les systèmes de partage entre ayants droit. Après avoir souligné que cette Fédération internationale des sociétés de gestion des droits de reproduction entend jouer un rôle en matière de normalisation, il insiste particulièrement sur son souci de transparence et d’équité mais aussi de dialogue avec d’autres organismes internationaux comme l’OMPI, l’Unesco, l’Association internationale des éditeurs voire, comme il le souhaite aussi, prochainement avec l’Ifla.

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Il était intéressant de porter ensuite l’attention sur le Canada, pays où la Cour suprême a pris en 2004 [24][24] Voir la rubrique « Copie privée » dans Actualités du... une décision reconnaissant à une bibliothèque, au titre du fair dealing qui autorise la copie à des fins de recherche y compris de recherche privée, de faire des copies en un exemplaire pour ses clients. Ce procès a eu lieu car, si les bibliothécaires avaient été satisfaits du premier accord signé avec la société de gestion collective en 1994, ils avaient vu ses conditions se détériorer progressivement et ont refusé de se laisser intimider. Puisqu’ils ont réussi, par ailleurs, à mettre fin à une campagne de propagande destinée aux enfants qui présentait le droit d’auteur sous un jour trompeur, l’intervenante a souligné qu’il est important de connaître ses droits, qu’il est toujours possible de réviser un contrat, qu’il faut négocier en tenant compte de tous les paramètres y compris à moyen et long termes et qu’il ne faut pas avoir peur de recourir aux tribunaux.

La création officielle de l’AIFBD

Au cours de ce 73e congrès de l’Ifla a été annoncé que les statuts de l’Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (AIFBD), en gestation depuis quelques années, seraient déposés dès septembre 2007 et confirmée la composition du Bureau dont les membres principaux sont Réjean Savard (président), Pascal Sanz (secrétaire) et Jacques Hellemans (trésorier).

Les travaux déjà entamés pour favoriser la coopération et l’échange de compétences [voir nos numéros 1/2006, page 4, et 3/2005, page 173] se poursuivront donc désormais dans un cadre plus officiel, notamment par l’alimentation des dossiers proposés sur le site Bibliodoc (http:// bibliodoc. francophonie. org).

Mais, au cours des mois à venir, les forces vont se porter sur l’organisation du colloque francophone qui se tiendra du 3 au 6 août 2008 à Montréal, quelques jours avant le congrès de l’Ifla qui commencera le 10 août à Québec et en collaboration avec le programme ALP de la fédération (Advancement of Librarianship Programme, www. ifla. org/ VI/ 1/ alp. htm). Le thème proposé pour cette première grande manifestation de l’AIFBD est « Francophonies et bibliothèques : innovations, changement et réseautage » - voir l’appel à communication et plus de détails à l’adresse http:// bibliodoc. francophonie. org/ rubrique. php3? id_rubrique= 61. Les propositions de communication doivent être déposées avant le 1er décembre 2007.

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C’est ce qui s’est passé au Malawi, pays pauvre où le moindre déséquilibre entre ayants droit et usagers a des impacts particulièrement graves. Après avoir découvert que les droits avaient été négociés sans leur avis, les bibliothécaires ont réussi, en avançant des arguments pertinents, à modifier les données du contrat initial.

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L’Australie a choisi de présenter le code de conduite défini en 2002 par les sociétés de gestion collective de droits de ce pays [25][25] Australie, Code of conduct, www. copyright. com. au/..., destiné notamment à augmenter leur transparence et à définir les règles en matière de règlement des litiges. Mais comme l’application de ce code n’est pas obligatoire et que celui-ci a peu de chance d’être réellement révisé, l’intervenante, une bibliothécaire, fait remarquer que, s’il augmente le nombre d’informations disponibles, il ne règle pas tous les problèmes rencontrés par les utilisateurs des œuvres.

Préservation des documents : des questions juridiques toujours sous-jacentes

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Le droit est apparu aussi en filigrane à maintes reprises dans le panorama des projets de numérisation menés par une douzaine de bibliothèques nationales. Notamment lorsque l’on a évoqué une loi récente sur le dépôt légal du Web (Royaume-Uni) ou son absence (Australie), une révision de la loi sur le copyright qui autorise l’accès aux archives ouvertes, à des contenus éducatifs et à des publications gouvernementales (Afrique du Sud), les négociations menées avec les éditeurs (République tchèque et Pays-Bas), les guides conçus en commun par les éditeurs et les universités (Suède), les modèles de gestion de l’obsolescence des droits (Australie) ou encore lorsque des tatouages sont apparus dans les présentations d’éléments du patrimoine égyptien numérisé.

Adopter les techniques du marketing et évaluer ses résultats

Savoir vendre sa bibliothèque

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Se démarquer de ses concurrents (moteurs de recherche, cybercafés, etc.) en utilisant leurs techniques marketing, c’est le pas qu’ont franchi plusieurs bibliothèques. Celle de l’État de Bavière, par exemple, loue ses salles, dont une salle de bal royale, pour organiser des événements mondains ou commerciaux et rappeler que la bibliothèque fait partie de la vie culturelle d’une ville, tout comme un opéra ou un théâtre. Aucun bénéfice financier n’est attendu d’une telle action qui implique que l’on soit convaincu de son intérêt sans méconnaître ses limites.

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Pour attirer l’attention sur la Bibliothèque nationale de Singapour, les bibliothécaires ont banni tout ce qui pouvait être « moyen » pour ne réaliser que des actions démesurées ou minimalistes. Si les ateliers, par exemple, regroupent très peu de monde, ces moments courts doivent être forts pour les participants et diffusés rapidement (la rapidité étant une autre dimension privilégiée) sur YouTube ou d’autres outils du Web 2.0. Trouver une réponse en formulant des questions stupides, organiser des ateliers de créativité pour les personnels de la bibliothèque, voilà quelques autres pistes étonnantes prônées dans une présentation échevelée, à l’image des actions préconisées.

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C’est le Royaume-Uni qui renchérit ensuite. Segmentation du marché, identification des concurrents, étapes du développement d’une stratégie… c’est toute la panoplie des outils utilisés dans le monde de l’entreprise que l’on incite à adopter en prenant pour exemple les applications faites par les supermarchés, les magasins de jouets qui font face à des demandes saisonnières ou encore les librairies. Plusieurs bibliothèques anglaises y ont recouru pour créer des événements, modifier leur architecture intérieure, former leur personnel directement en contact avec le public, se faire parrainer – sans oublier de « construire » ensuite sur les succès enregistrés. Être toujours visible, faire immédiatement bonne impression, mais aussi bien se connaître pour adapter les actions envisagées à ses moyens et à un contexte donné, voilà quelques autres éléments pleins de bon sens à retenir.

Se mettre dans la peau de l’usager

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Voici une autre clé du succès. Pour mieux comprendre le comportement de l’usager, une étude menée au Royaume-Uni, à partir d’un échantillon de bibliothèques anciennes et nouvelles mais aussi de librairies, a comparé la perception qu’il avait des entrées, de la présentation et de l’organisation des collections ou de la signalétique. S’il apparaît que les librairies étaient les plus performantes, juste devant les bibliothèques récentes, cette étude incite aussi les personnels des bibliothèques à participer activement à la conception des locaux et à définir de bonnes pratiques.

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Mais les usagers peuvent avoir une influence plus directe sur les décisions prises par les bibliothécaires. Plusieurs exemples pris aux États-Unis illustrent les apports des étudiants pour la définition de l’interface personnalisée d’un outil de recherche multibases ou d’un espace de formation sur site et en ligne, recourant largement aux outils du Web 2.0 ; ce qui implique aussi que les bibliothécaires soient formés à l’usage de tels outils. Dans les trois cas présentés, le dialogue a permis de combler le fossé entre les concepteurs et les usagers. Mais on a aussi reconnu que, dans ces expériences, les usagers étaient des experts, en l’occurrence des étudiants en informatique, et qu’il fallait trouver un « facilitateur » si l’on voulait que le processus soit maintenu dans le temps.

Des indicateurs pour des bibliothèques spécialisées

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Évaluer ses résultats en termes de produits et de services offerts, de qualité de l’information remise, de degré de satisfaction des utilisateurs et d’impact pour ceux-ci s’impose à ces centres de ressources spécialisés, souvent menacés d’être remplacés par des services extérieurs. La norme ISO 11620 sur les indicateurs de performance des bibliothèques et le guide de l’Ifla pour les bibliothèques universitaires, tous deux en cours de révision, permettent de proposer une batterie d’indicateurs adaptés aux bibliothèques d’entreprises ainsi qu’aux bibliothèques des services d’archives, des musées, d’associations professionnelles, de bibliothèques régionales ou territoriales. Ces données utilisées à des fins comptables et stratégiques seront reprises pour assurer la promotion de ces services même si le manque de budget alloué à certaines de ces structures pose le problème de la démonstration de leur efficacité.

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Une démarche de ce type est préconisée par l’association jamaïcaine de bibliothécaires qui incite les bibliothèques spécialisées de son pays à réaliser les études comparatives qui permettent de démontrer leur efficacité auprès de leur organisation. On les pousse à adopter le concept de qualité totale, à comparer leurs résultats à ceux des autres services de leur organisation et d’autres bibliothèques et à s’impliquer davantage dans des actions de coopération au sein de leur organisation et au niveau national.

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En Afrique du Sud, dans un cabinet d’avocats, un secteur « où il n’y a pas de place pour l’erreur », la performance du centre de ressources est évaluée à partir d’une batterie de statistiques qui sert d’outils de KM et de gestion. On y a adopté un système quasi automatique, facile à alimenter et à adapter, qui, à côté d’indicateurs plus classiques, permet aussi de capitaliser les réponses déjà données aux clients et de gagner du temps.

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Ne pas se focaliser sur des indicateurs relatifs à l’utilisation du système d’information mais sur ceux qui évaluent son impact pour l’entreprise, c’est la démarche à adopter dans un contexte difficile. De ce fait, les audits doivent aussi porter sur les besoins non satisfaits et sur le comportement des usagers face aux systèmes d’information. Ils doivent permettre de classer les informations selon leur importance pour la prise de décision et de les insérer dans les divers processus de travail mis en œuvre au sein de l’entreprise. Cette démarche, qui correspond à une vision stratégique, permet de mettre en relief l’apport du centre de ressources aux objectifs poursuivis par l’entreprise ainsi que sa contribution à la rationalisation des coûts, et ainsi de s’intégrer réellement dans la structure qui l’a créé.

Évaluer son site web

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Le site web est une entrée virtuelle qu’il faut aussi évaluer. Le contenu, le niveau de langage, la structure, la maquette, la navigation, l’accès, etc., sont autant d’éléments qui permettent d’analyser son adéquation aux usages attendus par un public. Après un rappel des méthodes d’enquête auxquelles on peut recourir, en faisant ou non participer l’usager, l’intervenante a détaillé les éléments à prendre en compte pour évaluer la qualité de la page d’accueil et améliorer les résultats obtenus, sans négliger pour autant, après avoir donné quelques éléments sur les systèmes de comptage des visites, d’évoquer les apports de plusieurs outils du Web 2.0 en terme d’audience.

Le Sommet mondial de la Société de l’information

En lien avec l’Unesco, l’Ifla poursuit son action dans le cadre du Sommet mondial de la Société de l’information (SMSI) sur son concept de « Sociétés du savoir ». Elle a réaffirmé les priorités déjà définies : l’accès à l’information et à la connaissance, le rôle des gouvernements et des institutions dans la défense et la promotion des bibliothèques – c’est le thème principal de campagne de la présidente actuelle, Claudia Lux –, la formation pour un usage efficace de l’information, la défense de la diversité linguistique et culturelle.

La fédération s’est impliquée dès le début dans la préparation du SMSI, lors des deux premières phases à Genève en 2003 et à Tunis en 2005. Une deuxième série de consultations est organisée en 2007 et se poursuivra en 2008. Pour l’année en cours, elles se déroulent en deux sessions, en mai à Genève et en octobre à Paris. www. itu. int/ wsis/ index-fr. html

Recueillir l’avis de son public

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Une bibliothèque suédoise a utilisé les outils du Web 2.0 pour améliorer un guide de recherche de l’information et créer ainsi un objet d’apprentissage qui puisse être décliné par d’autres acteurs, grâce notamment aux choix techniques et à la licence adoptée pour favoriser l’esprit communautaire. Une deuxième expérience a permis de modifier l’image traditionnelle de la bibliothèque en donnant l’opportunité d’engager un dialogue à partir des commentaires des usagers (dûment identifiés) mis en ligne sur le site web. De centre d’information, la bibliothèque est devenue un centre de communication, et les usagers, ainsi valorisés, se sont davantage impliqués dans les multiples activités qui y sont proposées.

Le partage de ressources

La gestion des connaissances

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Tout comme le Web 2.0, le bibliothécaire doit être « social » et, à l’aide des nouveaux outils, dialoguer avec l’usager pour construire en commun une réponse à sa question afin que celui-ci puisse en tirer un meilleur profit. Voici comment l’on pourrait résumer un long exposé, illustré par plus d’une centaine de diapositives [26][26] Les diapositives de Stephen Abram sont en ligne à l’adresse..., développé à partir d’un ouvrage par son auteur américain. Plusieurs concepts ont été présentés pour souligner le poids du réseau social, pour attirer l’attention sur les besoins mais aussi sur les comportements très variés des usagers et sur le Web 2.0 qui leur donne un nouveau pouvoir, pour détailler le processus de création de la connaissance… Autant de paramètres qui doivent inciter les bibliothécaires à croiser leurs sources d’informations et les multiples outils du Web 2.0 pour les adapter à la variété des profils de leur public. Pour faire face à la concurrence d’autres acteurs, il souligne que ce sont ses compétences qu’il faut mettre en exergue, lorsque l’on est bibliothécaire, et pas seulement ses collections et ses bases de données.

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DISA (Digital Imaging South Africa) est un projet de numérisation du patrimoine sud-africain qui implique la coopération de plusieurs bibliothèques de recherche et services d’archives. De ce fait, DISA est aussi une plate-forme qui organise à différents niveaux l’échange d’idées sur des questions techniques, linguistiques et juridiques pour définir des stratégies coordonnées et agréger de manière harmonieuse les contenus soumis par les différents partenaires.

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La présentation qui a été faite du réseau animé par l’Université de Prétoria, en Afrique du Sud, mettait plus l’accent sur les aspects organisationnels d’un travail coopératif que sur le KM à proprement parler. Mais l’analogie amusante faite avec le saut en parachute en équipe a permis de rappeler qu’il fallait savoir évaluer les risques que l’on prenait, choisir une méthode, trouver une zone de chute, fixer une date et sauter pour, dans une toute dernière étape, obtenir une licence ; et aussi que l’action comptait plus que le verbe. Apprenons donc à sauter avec succès !

Partager ses ressources documentaires

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AMICAL (American International Consortium of Academic Libraries), un consortium de bibliothèques américaines de plusieurs régions du monde créé en 2004 sur l’initiative de la bibliothèque américaine de Paris, teste un système de partage des ressources baptisé RESPOND (Resource Sharing Projet for Network Discovery). Celui-ci a permis d’améliorer la visibilité de ces bibliothèques dans différents outils tels que WorldCat, catalogue mondial de références bibliographiques géré par OCLC, de créer rapidement plusieurs services à moindre coût et de renforcer leur coopération afin d’améliorer leurs performances. Et ce en dépit du handicap présenté par la variété des aires géographiques, des langages et des pratiques professionnelles.

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Restons aux États-Unis, pour découvrir ALIAS (Full-Service Interlending Aid Connnecting Users with Non–English Resources), un système qui permet aux bibliothèques américaines d’échanger des ressources rédigées dans d’autres langues que l’anglais. Fondé sur le succès du service de référence slave, ALIAS propose aux personnels et aux usagers des bibliothèques des ressources de tous ordres évaluées et mises à jour régulièrement.

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Ce service veut étendre son aire géographique déjà très large pour englober à terme toutes les langues non anglophones. Mais il lui faut pour cela relever des défis de nature bibliographique, linguistique et organisationnelle, obtenir des financements pour maintenir son action et multiplier les projets de coopération !

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Encore les États-Unis pour présenter un service défini pour l’usager par un consortium de soixante bibliothèques de l’État de Pennsylvanie. Une action couronnée de succès, semble-t-il, car le catalogue collectif, créé sans incidence pour les systèmes locaux des bibliothèques, facilite la recherche des documents pour les usagers et décharge les bibliothécaires de nombreuses requêtes. Partenariat fiable, réseau sécurisé, circulation accrue… que des satisfactions !

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Le relais est pris cette fois-ci par la Chine qui a présenté une étude très détaillée sur la collaboration documentaire menée depuis les années quatre-vingt-dix, que l’on a comparée à la situation américaine. Cette enquête a porté sur les réalisations en matière de catalogues collectifs, de services bibliographiques en ligne et de services de prêt entre bibliothèques. Elle a été complétée par une analyse de la littérature sur ce thème et de trois modèles de collaboration (centralisation, consortium, portail) adoptés dans ce pays pour retenir la solution du portail, développé par le CALIS (China Academic Library and Information System), qui s’avère la plus performante au niveau national et international.

La recherche en sciences de l’information sur le continent africain

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Les travaux de Mohamed Fathi démontrent que la recherche dans les pays nord-africains reste peu dynamique au XXIe siècle. Il est vrai que les chercheurs opèrent dans un contexte peu stimulant, comme l’illustre une étude faite par l’orateur dans six pays (Mauritanie, Maroc, Algérie, Libye, Tunisie, Égypte ). Celle-ci dresse l’état des lieux des laboratoires de recherche, des formations universitaires, des associations et des revues spécialisées, des colloques et des sites web actifs. Puisqu’une analyse des axes des travaux actuels montre que l’on tend à privilégier les aspects pratiques et descriptifs, il conviendrait de créer une communauté scientifique et de lui donner des outils de travail, de publier des ouvrages de référence qui ne seraient pas de simples traductions et de donner des orientations précises pour une réflexion théorique libérée du modèle occidental et inscrite dans le prolongement des travaux des savants arabes du Moyen Âge – sans négliger pour autant la collaboration avec la communauté scientifique internationale.

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Une étude sur la productivité et l’impact de la recherche en sciences de l’information dans les cinquante-trois pays du continent africain au cours de la période 1986-2006, réalisée à partir d’une analyse d’ISI Web of Knowledge et de Ebsco on line, fait émerger l’Afrique du Sud et le Nigéria qui publieraient 70 % des articles du domaine. Aucun pays d’Afrique francophone ne se distingue non plus dans les analyses d’impact ou dans la liste des articles les plus cités. Par ailleurs, si l’impact de la recherche africaine au niveau international dans ce domaine est faible, elle occupe un bon niveau par rapport aux résultats de la recherche sociale pour ce continent.

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Une autre étude, menée pour la période 1993-2006 à partir des articles indexés par LISA (Library et Information Science Abstract) et ISI Web of Knowledge, démontre, elle aussi, que le nombre de publications des chercheurs sud-africains en sciences de l’information est plutôt satisfaisant ; mais elle souligne qu’il conviendrait d’accroître la collaboration entre établissements au niveau national et international et de se tourner davantage vers des domaines encore marginalisés. L’attention se porte ensuite sur le Botswana, pays bien classé au niveau africain dans cette même étude. Mais on déplore aussi que les articles publiés portent davantage sur des thèmes descriptifs que sur des recherches théoriques.

Notes

[2]

CILIP, A short introduction to information literacy: professional guidance, policy and research, www. cilip. org. uk/ default. cilip.

[3]

Carol Kulthaul, Searching meaning, Libraries Unlimited, 2004.

[5]

Voir l’enquête citée et une grande variété de podcasts sur le podcasting dans l’enseignement : www. educause. edu.

[6]

Voir le blog de Régina Lee Roberts, auteure de la communication, présentant des podcasts sur la maîtrise de l’information : http:// 2thestacks. blogspot. com.

[7]

Sarah Chesemore, Rachel Van Noord, et al., Trends in e-learning forlibrary staff: a summary of research findings, 2006, www. webjunction. org/ do/ DisplayContent? id= 14077.

[10]

Laura Staley, Blended learning guide, 2007, www. webjunction. org/ do/ DisplayContent? = 13893.

[12]

Ikujiro Nonaka, Hirotaka Takeuchi, The knowledge creating company: how Japonese companies create the dynamics of innovation, Oxford University Press, 1995.

[14]

OCLC, Perceptions of libraries and information resources: a report to the OCLC membership, 2005, www. oclc. org/ reports/ 2005perceptions. htm.

OCLC, College students’ perceptions of libraries and information resources: a report to the OCLC membership, 2006, www. oclc. org/ reports/ perceptionscollege. htm.

[15]

À propos des nouveaux développements relatifs à l’ISBD, voir le site du groupe de révision de cette norme : www. ifla. org/ VII/ s13/ isbd-rg. htm.

[16]

Corey Harper, Barbara Tillet, « Les vocabulaires contrôlés de la Bibliothèque du Congrès et leur application au web sémantique », Cataloging and Classification Quarterly, 2006, vol. 43, n° 3-4.

[17]

Patrick Le Bœuf, Brave new FRBR world (version 3), prepared for the 3rd IFLA Meeting of Experts on an International Cataloguing Code (IME ICC 3), December 12-14, 2005, Cairo, Egypt, www. loc. gov/ loc/ ifla/ imeicc/ pdf/ papers_leboeuf-eng. pdf

[19]

Jacqueline Gillet, « Copyright law in France », Newsletter of the IFLA Document Delivery and Resource Sharing Section, April 2007, p. 8-10, www. ifla. org/ VII/ s15/ pubs/ Document-Delivery-Newsletter-April07. pdf.

[21]

Page du site web de l’OMPI sur cette question : www. wipo. int/ tk/ fr.

[22]

De façon schématique, on oppose généralement les pays de common law (anglo-saxon) qui ont un régime de copyright et les pays de droit civil qui ont un régime de droit d’auteur.

[23]

Page du site web des Nations Unies sur les droits des populations autochtones : www. ohchr. org/ french/ issues/ indigenous.

[24]

Voir la rubrique « Copie privée » dans Actualités du droit de l’information, mai 2004, n° 47, www. adbs. fr/ site/ publications/ droit_info/ adi/ adi47. htm#copieprivee.

[26]

Les diapositives de Stephen Abram sont en ligne à l’adresse www. sirsidynixinstitute. com/ seminar_page. php? sid= 83

Résumé

Français

Le congrès annuel de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) s’est déroulé cette année en Afrique du Sud, à Durban, du 19 au 23 août. La place des usagers dans les services d’information et de documentation était, avec la progression du web social et de la bibliothèque 2.0, au centre des nombreuses communications présentées lors de cette manifestation toujours extrêmement riche. Le présent compte rendu restitue, en un vaste panorama international, la teneur d’une vingtaine de sessions auxquelles ont pu assister deux congressistes.

Plan de l'article

  1. La formation à la maîtrise de l’information
    1. Quelques illustrations
  2. Les multiples aspects de la formation professionnelle
    1. La formation en ligne
    2. La formation mixte
  3. Orientations stratégiques pour satisfaire les attentes des usagers
  4. L’accès simplifié aux catalogues
  5. Des contenus orientés usagers
    1. La collaboration avec les utilisateurs
  6. Des questions liées au droit d’auteur
    1. Doit-on protéger juridiquement le savoir traditionnel ?
    2. Doit-on craindre les sociétés de gestion collective ?
    3. Préservation des documents : des questions juridiques toujours sous-jacentes
  7. Adopter les techniques du marketing et évaluer ses résultats
    1. Savoir vendre sa bibliothèque
    2. Se mettre dans la peau de l’usager
    3. Des indicateurs pour des bibliothèques spécialisées
    4. Évaluer son site web
    5. Recueillir l’avis de son public
  8. Le partage de ressources
    1. La gestion des connaissances
    2. Partager ses ressources documentaires
  9. La recherche en sciences de l’information sur le continent africain

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, Battisti Michèle, « 73e congrès de l'IFLA. Bibliothèques du futur : progrès, développement et partenariats », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2007 (Vol. 44), p. 327-336.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-4-page-327.htm
DOI : 10.3917/docsi.444.0327


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