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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/6 (Vol. 44)

  • Pages : 64
  • DOI : 10.3917/docsi.446.0389
  • Éditeur : A.D.B.S.

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UNE LECTURE RAPIDE ET PARTIELLE DES RÉSULTATS DE RÉCENTES ENQUÊTES a alarmé les professionnels et conforté l’idée largement répandue que le projet démocratique de bibliothèques publiques utilisées par tous est encore loin d’être atteint. En effet, la réalité constatée depuis soixante ans est que le public populaire n’est pas vraiment au rendez-vous. Le thème du congrès 2007 de l’Association des bibliothécaires de France a donné l’occasion de revenir sur certaines données, de les compléter par d’autres enquêtes et, surtout, de réfléchir à ce que l’on peut mettre en œuvre pour progresser en observant des expériences réussies.

Les enquêtes sur les publics

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En restituant les résultats complets de l’enquête nationale du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), réalisée fin 2005 à la demande de la Direction du livre et de la lecture, Bruno Maresca a insisté sur l’information optimiste qu’elle nous livre : depuis vingt-cinq ans, la fréquentation des bibliothèques est indubitablement en hausse. Si tous les publics sont concernés, les jeunes le sont davantage encore que ne l’étaient les générations précédentes. Ce que, d’une autre façon, confirment les résultats de l’enquête menée par la bibliothèque universitaire de l’Université Paris-8 : les jeunes étudiants fréquentent le lieu. Et l’affirmation de François de Singly : « Ils lisent encore » semble rester vraie puisque ces mêmes étudiants seraient 95 % à lire les livres recommandés par leurs enseignants.

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Ce qui a changé concerne les usages et a fortiori les nouvelles attentes des utilisateurs des bibliothèques. Si le goût pour la lecture ne se dément pas et reste la raison principale de leurs visites, d’autres facteurs motivent fortement ces dernières, à commencer par l’attrait du lieu physique. À l’Université Paris-8 comme dans d’autres bibliothèques, on s’installe autant sinon plus que l’on ne consulte les documents mis à disposition, en moyenne pour trois ou quatre heures, et on consulte plus que l’on n’emprunte. Les services proposés sur place, tels que la recherche sur Internet, représentent un facteur supplémentaire d’attraction.

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Si certaines attentes sont exprimées, d’autres le sont moins. Les résultats de l’enquête menée par la Bibliothèque nationale de France (BnF) en 2006 sont à ce titre révélateurs.

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La consultation des ressources à distance suscite toujours beaucoup d’intérêt, de même que le « guidage » vers des œuvres sélectionnées et préconisées. Alors que, a contrario, si elle est majoritairement approuvée dans son principe, la mise à disposition d’une grande masse documentaire désoriente le lecteur qui avoue ne pas savoir quel usage en faire personnellement.

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Les raisons invoquées par les non-inscrits sont principalement les contraintes horaires, le manque d’intérêt des collections et l’austérité des lieux. De plus, les enquêtes révèlent que les bibliothèques souffrent d’un déficit de communication – des utilisateurs ignorent encore que les bibliothèques sont aujourd’hui en accès libre et ne connaissent pas l’étendue de l’offre qui y est proposée –, et par conséquent pâtissent aussi d’un déficit d’image.

Les sessions

Voici les sujets des interventions proposées lors des principales sessions de ce congrès. La teneur de plusieurs d’entre elles est restituée dans ce compte rendu. Les textes de toutes les communications proposées en sessions plénières et les synthèses des ateliers peuvent être consultés sur le site de l’ABF : www.abf.asso.fr.

Les enquêtes de publics

Les enquêtes de public en bibliothèques : l’exemple du SCD Paris-8. Julien Logre

Étude sur les publics et les usages de bibliothèques du département de la Seine-Saint-Denis. Catherine Pollet, Bureau du livre au Conseil général

Restitution des résultats complets de l’enquête CREDOC. Bruno Maresca

Questions de méthodologie : petites et grandes enquêtes. Christophe Evans, BPI

Enquêtes de notoriété et image des établissements

L’image et la notoriété de la BnF : résultats de l’enquête menée en juin 2006. Romuald Ripon

Quelles raisons pour brûler des livres ? Une étude exploratoire sur les violences faites aux bibliothèques de quartier. Denis Merklen, Université Paris-7 et EHESS

La British Library : son image, ses publics et le Web. John Tuck

Publics présents, publics absents

Publics présents : quand les pratiques déroutent les professionnels... Elsa Zotian, EHESS

Accueillir les absents. Anne-Marie Bertrand, ENSSIB Conquérir des publics. Jean-Christophe Michel, Agence Aymara

Le Passe-Livre à la Médiathèque d’Albi. Matthieu Desachy

Les nouveaux partenariats

Les partenariats mis en œuvre par la Cité de la santé à la Médiathèque de la Cité des sciences et de l‘industrie. Tù-Tâm Nguyên

Quels partenariats pour développer les services aux entreprises ? Pascal Sanz, BnF

Bibliothèque municipale de Lille, Musée d’art moderne Lille Métropole : travailler autour d’un projet culturel commun. Didier Queneutte, BM de Lille

Les usages à distance

Les usages des bibliothèques numériques : de Gallica à Europeana. Catherine Lupovici, BnF

Les usages à distance par les personnes handicapées. Alain Patez, BM de Boulogne-Billancourt

Les outils et pratiques d’indexation sociale et les sites communautaires à vocation bibliothéconomique. Olivier Ertzscheid, Université de Nantes

Les sites web des bibliothèques publiques nord-américaines. Réjean Savard, EBSI, Montréal

Autour de l’offre

Publics et politique documentaire : entre offre, demande et besoins. Lucie Daudin, Réseau Lecture publique de Plaine Commune

Organisation intellectuelle et architecture des bibliothèques. Fabrice Papy, Université Paris-8

Le bibliothécaire, compagnon de route des enseignants. Annick Lorant-Jolly, CRDP de Créteil

Mise en scène du livre et offre culturelle. Marc Guillon, association « Librairies complices », Nantes

Rendez-vous international

Maija Berndtson, Bibliothèque d’Helsinki

Paolo Messina, Bibliothèque de Turin

Gerard Reussink, BibliotheeK Gemeente de Rotterdam

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Et si l’on s’intéressait aux attentes de ce public, et particulièrement du public « perdu » – les 37 % de lecteurs inscrits qui ont un jour fréquenté une bibliothèque puis, faute d’y trouver les services qui leur convenaient, l’ont désertée ? C’est ce que propose Anne-Marie Bertrand, directrice de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB), qui plaide pour la rédaction d’un nouveau cadre référentiel posant les bases d’une politique d’accueil et de fidélisation pour un public qui ne vient plus. Les bibliothèques ont l’avenir devant elles à condition qu’elles s’adaptent aux besoins des populations et à leurs situations.

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Selon Dominique Peignet, journaliste à Livres Hebdo, cité par Anne-Marie Bertrand, quatre critères décident le public à utiliser une bibliothèque : la gratuité, la proximité, l’accessibilité et la modernité.

La carte de l’ouverture : le développement de partenariats

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Pari réussi pour la Bibliothèque municipale de Lille qui s’est lancée dans l’ambitieux projet de collaborer, avec le Musée d’art moderne implanté à Villeneuve-d’Ascq, au montage d’une exposition mobilisant douze musées autour de leurs collections d’estampes. La bibliothèque a ainsi attiré un nouveau public parmi les 5.500 visiteurs venus voir « La Grèce des modernes » entre janvier et avril 2007. Et, si son investissement dans cette initiative reste modeste en soi puisqu’il consistait principalement à rédiger un catalogue et à accueillir l’exposition dans ses murs, il a porté en germe la décision de pérenniser le partenariat en organisant des actions communes telles qu’un cycle de conférences.

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Autre partenariat en cours : celui proposé par le département Droit, économie, politique de la BnF aux professionnels de l’entreprise. Ce service, dont l’ouverture est annoncée pour fin 2007 ou début 2008, s’adresse aux demandeurs d’emploi et aux créateurs d’entreprise. Il proposera une offre intégrée et diversifiée allant de la formation en atelier pour découvrir les ressources et outils documentaires du pôle PRISME (Pôle de ressources et d’information sur le monde de l’entreprise), qui leur est dédié, à l’accompagnement grâce à un référent dans le département concerné et à une identification dans le service questions-réponses SINDBAD.

Des portails de bibliothèques type Web 2.0

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Comme de nombreux autres grands établissements, la BnF et la British Library ont fait évoluer leur offre pour permettre à leurs utilisateurs tous les modes de recherche, de découverte et de collaboration que l’on trouve dans le Web d’aujourd’hui. Les bibliothèques numériques doivent obligatoirement s’intéresser aux modes d’écriture et de structuration des sites massivement utilisés tels que Google, Amazon ou Wikipédia.

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La British Library a devancé sa consœur française. On accède désormais à son site Internet par un seul point d’entrée de type Google qui cherche dans dix mille pages web, treize millions de notices bibliographiques du catalogue, quatre-vingt-dix mille images et neuf millions d’articles de périodiques. Des blogs sont utilisés pour renforcer les liens avec les lecteurs dont une partie, les experts, est appelée à collaborer à des projets particuliers. Le programme « Turning the pages » permet de consulter virtuellement des manuscrits ou des livres imprimés.

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Le prototype de bibliothèque numérique européenne Europeana, développé par la BnF avec des outils open source et mis en ligne depuis mars 2007, présente un modèle centré sur les fonctions d’accès et d’utilisation des documents ainsi que sur l’utilisateur, et non plus sur les collections. Une seule interface de recherche dans les nombreuses collections intégrées des différentes bibliothèques nationales européennes permet trois modes de recherche : une recherche par mots dès qui devrait être efficace grâce à la richesse des données traitées ; une recherche par thèmes et sous-thèmes, sur le mode découverte, qui s’appuie sur la classification Dewey revisitée par les facettes ; et enfin une recherche plein texte. On permet aussi à l’utilisateur d’étiqueter des portions de documents à l’intention d’autres habitués qui préféreraient ce mode d’accès.

Des bibliothèques centres culturels

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L’évolution de la bibliothèque d’Helsinki, d’un modèle conventionnel vers une offre élargie à de multiples services culturels, est particulièrement intéressante. En 2002, cet établissement est dans la même situation que n’importe quelle autre bibliothèque : le nombre d’usagers est en diminution sensible, pendant que les emprunts arrivent tant bien que mal à se stabiliser et qu’explose l’utilisation du Web. Qu’offre-t-elle aujourd’hui ? Un service quasi continu, une ouverture 78 heures par semaine, des interfaces utilisateurs multilingues, des points d’accès pour les ordinateurs portables, une assistance informatique, des salles de musique, des salles d’édition audio et vidéo, du matériel informatique et des instruments à emprunter, des services d’édition tous supports, des cours d’édition... Bref, la bibliothèque Kirjasto10 d’Helsinki, dont le slogan adopté en 2005 est « Une bibliothèque sans limite, source l’information et de sensations tout au long de la vie », est un lieu où on peut utiliser, créer, présenter et publier la culture.

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La bibliothèque de Rotterdam est devenue le centre culturel et public de son quartier. Ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’est un centre tourné vers le livre mais aussi un lieu d’étude et un lieu de loisir qui possède son propre théâtre ouvert à tous et gratuit. Cette structure comprend six e-centres dans les annexes de quartier et dispose d’un centre d’études de plus de 180 places permettant de travailler sur des ordinateurs portables, connectés gratuitement à Internet. L’intérêt du public allant grandissant pour le renseignement et l’étude, on a déplacé les collections en réduisant la part des fictions et on a renforcé les liens avec les bibliothèques scolaires et universitaires.

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Dans les deux modèles exposés, les tâches du personnel ont changé. De nouvelles fonctions sont apparues. Le bibliothécaire s’est transformé en « instructeur du Web 2.0 », « organisateur d’événements », « assistant média », « animateur de réseau », et la liste n’est pas exhaustive...

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Aux États-Unis, les bibliothèques hybrides ont explosé. Un rapide coup d’œil sur les portails de quelques-unes d’entre elles donne un aperçu de la diversité des services virtuels qu’elles offrent aux côtés des services traditionnels maintenus et élargis à une gamme de nouveaux multiservices. Les bibliothèques publiques de New York, Cleveland, Chicago, Brooklyn, Queens, Denver, Los Angeles, Houston, Toronto sont représentatives de cette tendance désormais confirmée.

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Nul doute qu’elles ont pris en compte trois des sept thèmes clés identifiés par Lynne Brindley, directrice de la British Library, pour définir la bibliothèque du XXIe siècle : aller à la rencontre des publics, y compris des non-usagers, investir dans les innovations technologiques et numériques ainsi que dans les compétences du personnel.

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C’est assurément une gageure. Est-ce la bonne voie pour atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé de voir en 2010 la moitié de la population fréquenter les bibliothèques ? La question reste entière... Plusieurs scénarios sont possibles : la hausse de la fréquentation après son reflux, selon le sociologue Bruno Maresca, ou l’accentuation de la fracture numérique, selon Réjean Savard. Trouver l’équilibre dans la transversalité par les nouvelles démarches adoptées par les bibliothèques est tout à la fois une nécessité et un pari sur l’avenir.

Résumé

Français

Le cinquante-troisième congrès annuel de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) s’est déroulé à Nantes du 8 au 10 juin 2007. Centré sur le thème des publics, il a notamment permis de méditer les résultats de diverses enquêtes auprès des usagers, d’examiner de nouvelles formes de partenariats et d’innovations technologiques permettant aux bibliothèques de conquérir de nouveaux publics, et montré des exemples convaincants d’ouverture et d’« hybridation », conditions du développement et de la fidélisation de ces publics.

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, « Congrès de l'ABF. Les publics des bibliothèques», Documentaliste-Sciences de l'Information 6/2007 (Vol. 44) , p. 389-391
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-6-page-389.htm.
DOI : 10.3917/docsi.446.0389.


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