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Documentaliste-Sciences de l'Information

2007/6 (Vol. 44)

  • Pages : 64
  • DOI : 10.3917/docsi.446.0392
  • Éditeur : A.D.B.S.

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NOUS EMPRUNTONS NOTRE TITRE AU RECUEIL DES CHRONIQUES DE Boris Vian – un Boris Vian qui serait sûrement heureux de voir combien cette musique qu’il aimait tant suscite maintenant de publications. De trois à cinq titres par an lors de la disparition de l’écrivain, nous sommes en effet passés à dix-huit titres en 2005. Il est fort intéressant d’étudier la production éditoriale en langue française depuis la publication du premier ouvrage sur ce sujet paru en France en 1926, Le jazz, d’André Schaeffner et André Coeuroy.

La production éditoriale

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Sur les quatre cent dix-neuf titres parus depuis la publication de ce premier livre [tableau 1] – les ouvrages de références (essentiellement les discographies), les livrets des livres disques, les albums photographiques (fort nombreux car le jazz est photogénique) ou iconographiques (dont les bandes dessinées) ayant été exclus de cet inventaire – il convient d’abord de considérer d’une part les ouvrages originaux en langue française et d’autre part les traductions.

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Quatre-vingt-sept des quatre cent dix-neuf ouvrages répertoriés dans la période considérée sont des traductions (quatre-vingt-un de l’anglais, trois de l’allemand, deux de l’italien et un de l’espagnol), soit 20 % des publications en français consacrées au jazz. Vingt de ces traductions sont des autobiographies de musiciens, ce qui représente 5 % des publications et un quart des traductions. Dans leur très grande majorité, ces traductions ont été publiées en France moins de cinq ans après l’édition originale. Cependant 13 % d’entre elles ont été éditées au-delà de ce délai, avec quelques retards notables. Ainsi L’histoire du jazz de Gunther Schuller a été publiée trente ans après sa première édition en langue anglaise, Bird : la légende de Charlie Parker, de Robert Reisner, a attendu vingt-sept ans et les mémoires de Sidney Bechet, La musique, c’est ma vie, dix-sept ans !

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Cent quarante-quatre ouvrages, soit 34 % du corpus, sont consacrés à cinquante-cinq musiciens. Parmi ces livres, les autobiographies ou souvenirs sont au nombre de vingt-huit, soit 7 % du corpus [tableau 2]. Les cent seize titres non autobiographiques concernent quarante-sept musiciens [tableau 3], dont seulement quatre français, un belge et un hollandais. Sur ces quarante-sept artistes, les deux tiers environ se sont fait connaître après 1940.

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Sur l’ensemble du corpus, on peut également remarquer que trente-trois ouvrages, soit 8 %, sont consacrés au blues (huit à un bluesman, vingt-cinq au genre) et que neuf ouvrages ont pour objet les spirituals ou le gospel.

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À propos des auteurs, on constate que vingt-neuf d’entre eux ont publié plus de deux titres, pour un total de cent quarante-cinq titres, soit 34 % de la production de la littérature jazzistique [tableau 4]. Parmi ces vingt-neuf personnes, on note un seul auteur traduit, Joachim Ernst Berendt.

Tableau 1 - Nombre de titres publies par an (Total : 419)Tableau 1
Tableau 2 - Musiciens ayant publié leur autobiographie ou leurs mémoiresTableau 2
Tableau 3 - Nombre de titres publiés par an (Total : 419)Tableau 3
Tableau 4 - Nombre de titres par auteurTableau 4
Tableau 5 - Nombre de titres publiés par périodesTableau 5
Figure 1 - Cumul des titres publiés par périodes de cinq ansFigure 1
Figure 1 - Moyennes des titres publiés par périodes de cinq ansFigure 1

Analyse bibliométrique

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Le nombre de titres publiés annuellement est en constante augmentation [tableau 1] mais, comme le montre la courbe de la figure 1, trois périodes peuvent être observées dans la production littéraire consacrée au jazz.

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La première s’étend de 1926 à 1945. Les publications sont alors épisodiques. Dix-sept titres sont édités pendant ces quelque vingt années, soit une moyenne de 0,85 titre par an.

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La deuxième période va de 1946 à 1985, au cours de laquelle les publications sont régulières mais relativement peu nombreuses. Cent quarante-deux titres ont été édités au cours de ces années, avec une moyenne de 3,5 par an. On peut remarquer, en outre, une légère flambée dans la production juste après la fin de la guerre.

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Enfin la troisième période s’étend de 1986 à 2005. Elle voit paraître de nombreuses publications : pas moins de deux cent soixante titres voient le jour pendant ces années, soit une moyenne de treize par an. C’est à partir de la tranche 1981-1985 que l’on dépasse la moyenne annuelle de production depuis le début de la période étudiée, soit 5,23, et que l’on assiste à une véritable explosion de cette production qui prend une allure exponentielle. Les chiffres donnés dans le tableau 5 sont explicites aussi à cet égard. Au cours des vingt dernières années, soit le quart de la période observée, ce sont 62 % de la totalité de la production qui ont été édités [figure 2].

L’édition

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L’édition d’ouvrages sur le jazz se répartit en trois groupes d’éditeurs. D’abord, on trouve quelques grands éditeurs traditionnels faisant une place au jazz comme Buchet Chastel, Fayard (sept titres à son catalogue, éditeur en particulier d’Alain Gerber) ou le Seuil. Puis quelques éditeurs spécialisés comme les Éditions du Layeur, Outre Mesure (quinze titres) ou les éditions Parenthèses (dix-neuf titres). Et enfin on trouve une multitude de petits éditeurs qui consacrent quelques titres au jazz.

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On remarque également que nombre d’ouvrages ont été édités en collection de poche – collections générales ou spécifiquement consacrées au jazz. Parmi les collections de poche généralistes vient en premier la collection Que sais-je ?, qui a publié huit titres sur notre sujet. Le premier, Les maîtres du jazz, édité pour la première fois en 1952 et dû à la plume de Lucien Malson, devait connaître dix éditions jusqu’en 1993. Ce titre sera remplacé par un ouvrage plus général sous le titre Le jazz et cosigné par Lucien Malson et Christian Bellest. Les autres titres consacrés au jazz dans cette collection ont pour objet le latin jazz, le ragtime, le blues, le rythm and blues, le negro-spiritual et le zydeco.

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La collection Solfèges des éditions du Seuil propose quatre titres importants : Jazz, d’André Francis, publié en 1958 et toujours réédité, Louis Armstrong, de Jean-Marie Leduc et Christine Mulard, Duke Ellington de François Billard et Gilles Tordjman. Ces deux derniers titres ont été également proposés en coffret, avec L’histoire du jazz et de la musique afro-américaine de Lucien Malson.

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Ce dernier titre avait vu son édition originale également en poche dans la collection 10/18, qui a également publié Les mondes du jazz d’André Hodeir, les mémoires de Chet Baker, Comme si j’avais des ailes, Jazz impro de Geoff Dyer et Strange fruit : Billie Holiday de David Margolick.

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La collection Folio, quant à elle, a accueilli trois titres : un inédit, le Monk de Laurent de Wilde et deux rééditions importantes, Free Jazz. Black Power de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli et Le peuple du blues de Leroi Jones.

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Dernière en date des collections de poche généralistes à proposer des titres consacrés au jazz, la collection Librio, le livre à dix francs lors de la création de cette collection, propose six titres.

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Deux collections de poche consacrées au jazz ont publié des monographies sur les musiciens. La collection Jazz des éditions Garancières comporte six titres et la collection Mood Indigo, publiée par les Éditions du Limon et reprise par les éditions Parenthèses, en propose douze. Mais ces collections spécialisées ne sont pas suivies et disparaissent après des annonces de titres qui ne verront jamais le jour...

Et demain ?

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La production littéraire sur le jazz va-t-elle continuer sur sa lancée et rester florissante ? Nous serions enclin à le penser. Pour l’année 2006, au moins quinze titres ont été publiés. Le jazz est devenu objet d’étude pour les universitaires qui y consacrent de nombreuses thèses ou travaux d’études supérieures. Une partie de ces recherches fait l’objet de publications (Alain Gerber, Ludovic Tournès, Robert Springer, Gilles Mouellic, Olivier Roueff ou A. Legrand, par exemple). Certaines de ces publications sont d’ailleurs produites par des éditeurs universitaires comme les Presses universitaires de Rennes ou celles du Mirail.

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Mais cela veut-il dire que nous assistons à un regain d’intérêt pour le jazz, musique vivante, ou que l’on s’y intéresse en tant que sujet d’étude, comme on le fait d’une langue morte ou d’un phénomène historique ?


Chronologie des ouvrages marquants

  • 1926 Schaeffner, André Coeuroy : Le jazz Premier ouvrage publié en France abordant ce domaine
  • 1932 Robert Goffin : Aux frontières du jazz
  • 1934 Hugues Panassié : Le jazz hot Premier ouvrage d’Hugues Panassié
  • 1941 Charles Delaunay : De la vie et du jazz
  • 1945 André Hodeir : Le jazz cet inconnu Premier ouvrage d’André Hodeir
  • 1946 Hugues Panassié : La véritable musique de jazz Ouvrage le plus marquant d’Hugues Panassié
  • 1947 Charles Delaunay, Robert Goffin : Jazz 47 Numéro spécial d’America
  • 1951 Mezz Mezzrow : La rage de vivre
  • 1952 Lucien Malson : Les maîtres du jazz
  • 1954 Charles Delaunay : Django Reinhardt
  • 1954 André Hodeir : Hommes et problèmes du jazz Ouvrage majeur d’André Hodeir
  • 1955 Barry Ulanov : Histoire du jazz
  • 1958 André Francis : Jazz Premier ouvrage dans une collection de poche
  • 1960 Raymond Horricks : Jazzmen d’aujourd’hui Premier ouvrage sur le jazz moderne
  • 1961 Francis Newton : Une sociologie du jazz
  • 1962 Paul Olivier : Le monde du blues
  • 1963 Joachim Ernst Berendt : Le jazz des origines à nos jours
  • 1966 André Clergeat : Dictionnaire du jazz
  • 1967 Boris Vian : Chroniques de jazz Premier recueil des articles de Boris Vian
  • 1968 Leroi Jones : Le peuple du blues
  • 1971 Philippe Carles, Jean-Louis Comolli : Free Jazz. Black Power Une nouvelle approche de la musique de jazz
  • 1980 Jacques Reda : L’improviste. Une lecture du jazz Une nouvelle écriture sur le jazz
  • 1985 Alain Gerber : Le cas Coltrane Premier ouvrage d’Alain Gerber
  • 1999 Ludovic Tournés : New Orleans sur Seine Le plus important ouvrage en France
  • 1999 Pascal Bussy : John Coltrane Le jazz à 10 francs.

Notes

[1]

Écrits sur le jazz, Librairie générale française, 1999.

[2]

À noter d’ailleurs que cet ouvrage a fait l’objet d’un reprint en 1988 sur un financement de la DBMIST.

Résumé

Français

Cette petite étude de la production bibliographique de langue française relative au jazz se penche d’abord sur l’origine, la nature et la structure de ces éditions. À la manière d’une analyse bibliométrique, elle scrute ensuite les grandes phases du développement de cette production éditoriale depuis quatre-vingts ans, avant d’examiner succinctement l’offre des principaux éditeurs.

Pour citer cet article

Chaumier Jacques, « Écrits sur le jazz. La production éditoriale francophone de 1926 à 2005», Documentaliste-Sciences de l'Information 6/2007 (Vol. 44) , p. 392-395
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2007-6-page-392.htm.
DOI : 10.3917/docsi.446.0392.


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