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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/2 (Vol. 45)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.452.0026
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Le développement spectaculaire de l’information électronique concerne tous les types de documents collectés et traités dans un centre de documentation. Loin d’être un phénomène purement technique, la dématérialisation apporte des changements majeurs dans les modes de diffusion des contenus. Jusque dans les années 1990, la gestion des abonnements était une opération annuelle, reposant soit sur une relation directe entre l’éditeur et le client, soit sur le triangle éditeur, agence, client. Désormais, l’information numérique est un marché international et son développement fait émerger de nouveaux acteurs : consortiums, agrégateurs, gestionnaires de plateformes, y compris d’archives ouvertes. Les pratiques d’acquisition d’information et le cadre de travail des bibliothécaires et des documentalistes en sont bouleversés.

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Quelle est la nouvelle donne en matière d’offre, d’acteurs et d’accès ? Quelles conséquences la numérisation va-t-elle entraîner sur l’organisation intellectuelle et institutionnelle des archives ? Quelles répercussions les nouveaux modes d’accès vont-ils avoir sur les pratiques ?

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Conçu dans une optique résolument opérationnelle, ce dossier, qui s’inscrit dans la dynamique du groupe de travail interassociatif sur les abonnements auquel a participé l’ADBS [1][1] Voir page 67 les deux vade-mecum produits à cette ..., est destiné à aider les professionnels de l’information à faire face aux nouvelles exigences de leur fonction dans leur démarche d’acquisition. Il a aussi pour objectif de fournir quelques éléments de réflexion et d’analyse sur des questions que chacun doit connaître et si possible maîtriser.

Côté marché : massification et mondialisation de l’offre, nouveaux modèles économiques

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La nouvelle donne, c’est d’abord l’explosion de la production d’information, la mondialisation de l’offre et la domination des grands groupes internationaux d’édition, que Ghislaine Chartron décrit dans sa contribution. La multiplication des sources d’information nourrit un marché de l’offre, sur lequel émergent de nouveaux métiers comme les agrégateurs et les gestionnaires de plateformes qui composent, avec les acteurs traditionnels, une galaxie que présente Ruth Martinez. Les entreprises s’efforcent de constituer des groupes puissants, multinationaux, autour de produits à forte valeur ajoutée et, comme le montre Michel Vajou, avec une stratégie de « conquête du poste de travail de l’utilisateur ».

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Dans le domaine de l’information scientifique, le bouquet est un mode de commercialisation nouveau, que les bibliothèques universitaires pratiquent déjà depuis plusieurs années. Il offre un accès simplifié à une très large collection de revues – y compris celles dont on n’a pas besoin – pour un coût certes compétitif ; mais il ne permet plus au professionnel de choisir la sélection de titres qui convient aux utilisateurs.

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Face à ce phénomène, les grandes institutions de recherche se regroupent. Certaines développent des réservoirs de données gratuits sur une base institutionnelle : l’open access. En effet, la dématérialisation déstabilise le schéma traditionnel de financement des revues par leurs lecteurs et met en avant un autre modèle économique, celui d’un financement institutionnel en amont, qui permet une diffusion gratuite des résultats de la recherche.

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Cette logique de communication scientifique directe, que présente Jean-François Lutz, comporte aussi, dans son aspect archivage, une dimension institutionnelle. L’obligation de dépôt qui se met en place est-elle le signe du grand retour des institutions publiques ?

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Deux logiques opposées cohabitent dorénavant : celle du partage de la connaissance entre chercheurs et entre chercheurs et utilisateurs, fondée sur le financement en amont des activités, et celle de la profitabilité de produits à forte valeur ajoutée, avec un financement en aval par les abonnements des clients.

Côté acheteur : regroupements et nouvelles compétences

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Voici donc l’utilisateur dans une position paradoxale : client captif d’une information professionnelle très coûteuse et parfois inadaptée, il est aussi bénéficiaire de sources d’information issues du monde de la recherche désormais gratuites ! La politique d’acquisition doit prendre en compte aussi bien les ressources gratuites que les données payantes.

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Au quotidien, le professionnel doit choisir parmi les formules de diffusion des contenus que proposent les éditeurs et les agrégateurs, tout en respectant le budget imparti aux achats. Là aussi, comme en témoigne Roselyne Bloch, il y a nouvelle donne : le contrat, devenu un instrument incontournable. Le document n’est plus seulement le support de l’information, il est aussi l’objet d’un contrat pour l’accès à l’information qu’il contient. Et ce contrat est lui-même lié aux droits, concédés ou pas, par l’auteur ou le producteur.

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Confronté à cet exercice difficile, le documentaliste est tenu de devenir un acheteur spécialisé, en développant des compétences nouvelles, dont témoignent Marie Crèvecœur et Marie-Pascale Krumnow. Aujourd’hui, la connaissance des contenus, des circuits de diffusion et des modes de commercialisation est indispensable. De plus, du fait de leur fonction pivot dans la négociation des achats, bibliothèques et services documentaires jouent un nouveau rôle d’opérateurs techniques, en liaison avec les informaticiens, pour la gestion des accès et la mise en place des portails. Sans oublier – et c’est ce que montre aussi Elisabeth Gayon – le nécessaire accompagnement des utilisateurs dans leurs pratiques de recherche, tout en valorisant la gamme de produits et services.

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Autre tendance forte, le regroupement des acheteurs, soucieux d’avoir plus de poids face à des éditeurs jugés trop puissants. C’est ainsi que les bibliothèques universitaires françaises ont fait le choix de se regrouper dans le consortium Couperin afin d’obtenir de meilleures conditions tarifaires pour l’acquisition des revues. Peser pour mieux acheter, ce peut être aussi, par le biais des marchés publics, mutualiser les compétences et les périmètres pour réaliser des appels d’offres en commun : c’est le projet des CHU à travers une action, relatée par Valérie Arsouze-Fadat, de mutualisation des commandes au plan national.

Accès contre conservation : quels scénarios ?

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Autre changement majeur : la prééminence de l’accès sur l’acquisition et la conservation, qui modifie les règles à la fois techniques et contractuelles. La notion de flux prend le pas sur celle de stock, donc de collection. C’est aussi un saut dans l’inconnu pour ce qui concerne l’accès différé à des ressources auxquelles on s’est désabonné. Ainsi, François Cavalier montre que l’accès aux archives sur une longue durée est un problème très complexe, d’autant qu’aucun établissement n’a pour l’instant été amené à faire valoir ses droits à un accès différé à des collections de revues en cas de fin d’un contrat. La négociation de licences nationales constitue-t-elle une réponse à la nécessité de pérenniser la conservation de l’IST ?

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Dans l’univers numérique – celui de la profusion désordonnée et du mouvement permanent –, le besoin de l’utilisateur est clair : bénéficier d’un accès libre et direct, sur son poste de travail, à une information utile et validée, ainsi que d’outils de recherche faciles à utiliser et s’intégrant dans son environnement numérique.

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Aux professionnels de l’information de répondre à ce défi, par l’enrichissement de leurs compétences et leur volonté de mettre en place des services d’information de valeur !

Notes

[1]

Voir page 67 les deux vade-mecum produits à cette occasion.

Résumé

Français

La dématérialisation bouscule les notions d’acquisition de fonds documentaires, de collections et de pérennité des accès. L’information numérique entraîne l’émergence de nouveaux acteurs sur un marché de l’abonnement dont les professionnels doivent se réapproprier les règles. Ce dossier, coordonné par Catherine Baude, propose repères et éléments de réflexion.

English

Virtualization has upset fundamental notions of library acquisition, collections building and preservation, while attributing increased importance to technological and legal issues. Today, major publishing houses dominate the subscriptions market, costs are sky-rocketing and contracts are the rule – while long-term access to information is no longer assured. This dossier provides professionals with guidance and a framework for reflection.

Español

La desmaterialización modifica las nociones de adquisición de fondos documentales, de colecciones y de conservación y otorga una importancia acrecentada a los asuntos técnicos y jurídicos. Hoy, el mercado de suscripción es dominado por la oferta de grandes editoriales, los costes explotan, los contratos son la norma pero la perennidad del acceso a la información ya no es segura...Este dossier propone a los profesionales indicaciones y elementos de reflexión.

Deutsch

Die Entmaterialisierung bricht mit den Konzepten der Akquisition von Dokumenten, Sammlungen und Erhaltung, und verleiht technische und rechtlichen Aspekten einen höheren Stellenwert. Der heutige Markt für Abonnemente wird von Angebot der großen Verlage dominiert, die Kosten explodieren, Verträge sind die Regel aber die langfristige Verfügbarkeit des Informationszugangs ist nicht mehr gewährleistet... Dieses Dossier möchte Professionals Zeichen setzen und Ansätze zur Reflexion anbieten.

Pour citer cet article

Baude Catherine, « Bienvenue dans le monde de l'achat électronique », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2008 (Vol. 45), p. 26-27.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-2-page-26.htm
DOI : 10.3917/docsi.452.0026


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