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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/2 (Vol. 45)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.452.0052
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Quels savoir-faire pour acheter et utiliser des produits électroniques ?

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Repères. Sens de l’écoute, du dialogue et de la pédagogie, capacités de négociation, connaissance des contenus mais aussi des arcanes budgétaires, juridiques et techniques... Marie Crèvecœur et Marie-Pascale Krumnow passent en revue les savoirs à mobiliser dans le cadre d’un achat électronique et qui ne sont pas encore tous enseignés en formation initiale.

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La pratique de l’abonnement électronique a changé la nature du travail des professionnels de l’information qui sont en charge des achats. Ceux-ci ont été conduits à s’adapter à une nouvelle donne, bien plus complexe qu’à l’ère désormais révolue du « tout papier ». Apparition d’une offre plus abondante mais aussi plus sophistiquée, prise en compte de nouveaux acteurs, émergence de nouvelles formes contractuelles, prédominance des aspects techniques : aujourd’hui, la pratique de l’achat d’abonnement requiert, de la part des professionnels de l’information documentaire, des compétences particulières, non enseignées en formation initiale.

Connaître en profondeur offres, contenus et acteurs

Une grande palette d’offres

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Première constatation : pour effectuer des choix efficaces et pertinents en matière d’abonnement, le responsable des achats numériques doit acquérir une connaissance très précise de l’offre. Or cette offre numérisée est complexe. Sous l’effet de la répartition des titres en bouquets, des logiques de packages et des accords entre éditeurs et agrégateurs, les offres peuvent se superposer, imposant à l’acheteur des redondances pour éviter les manques. Rares sont les cas où la « bonne » formule, convenant à la fois à l’institution, aux utilisateurs, à leurs usages et au budget alloué, se dégage d’emblée. Il faut calculer et recalculer les coûts, parfois savoir additionner le nombre de titres pour augmenter l’offre sans augmenter les prix...

De multiples intervenants

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Complexe, l’offre l’est également parce qu’elle émane d’acteurs divers et hétérogènes. Le responsable des abonnements est amené à comprendre les logiques éditoriales et commerciales de plusieurs types de producteurs de contenu : les éditeurs « classiques » dont le catalogue numérique est souvent la déclinaison d’une offre papier, les sociétés spécialisées qui proposent des contenus sous forme de bases de données et les agrégateurs offrant des bouquets. De plus, dans la mesure où ce secteur connaît actuellement de nombreuses restructurations (fusions, rachats, etc.), l’offre n’est pas stable : les réorganisations des fournisseurs peuvent entraîner des changements de tarification ou d’interlocuteur.

Un contenu qui régit la commande

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Les choix de formules d’abonnement découlent aussi de la bonne connaissance du mode de commercialisation des sources [1][1] Outre les questions d’embargo, il y a aussi les problèmes..., des besoins (par exemple, l’urgence : les données électroniques sont parfois en avance ou parfois en retard sur les versions papier !) et des usages. L’adéquation aux usages suppose la connaissance du domaine et pose une nouvelle fois la question récurrente de la « double compétence » du documentaliste : la maîtrise technique du métier doit ici s’adosser à celle de la discipline concernée et des contenus diffusés.

Fonder la négociation sur de solides bases juridiques et techniques

Dialogue et négociation

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Face à la diversité des offres et des acteurs, l’acheteur numérique a intérêt à développer un sens aigu du dialogue et de la négociation. Dans cet univers mouvant, les éditeurs présentent parfois leurs formules comme non négociables. Pourtant, le documentaliste expérimenté sait qu’il est possible de forger, à force de discussions et de contre-propositions, des solutions plus adaptées à son environnement, à ses utilisateurs et à son budget... On peut, par exemple, faire baisser le prix unitaire d’un accès en s’engageant sur un seuil minimal d’achat.

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Le « savoir-dialoguer » et le « savoir-négocier », indispensables pour parvenir à des formules plus satisfaisantes avec les éditeurs, sont également précieux avec d’autres interlocuteurs : les agences d’abonnements qui peuvent jouer un rôle dans la mise en place des abonnements, et les informaticiens, qu’ils soient en interne ou chez les éditeurs. Faire comprendre à l’éditeur les règles informatiques découlant des contraintes de sécurité de l’organisme n’est pas chose aisée mais est pourtant essentielle pour poser les bases d’une activité efficace.

De bonnes notions informatiques et juridiques

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Il faut donc de l’énergie, mais aussi la maîtrise de savoirs qui ne figurent pas dans le cursus de l’étudiant documentaliste. L’acquisition d’une certaine culture technique permet de participer efficacement à des choix importants.

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L’organisation des accès électroniques (qui, dans l’entreprise, a accès à quoi ?) a de lourdes répercussions sur la diffusion des contenus et au final sur le bénéfice des utilisateurs. Faut-il opter pour une diffusion fondée sur la reconnaissance des adresses IP des ordinateurs ? Distribuer des codes et mots de passe individuels ou collectifs ? Privilégier ou non les accès simultanés ? Chaque formule a ses avantages et ses inconvénients et il vaut mieux être armé pour les évaluer à temps. Le choix des navigateurs (FireFox, Internet Explorer, etc.) n’est pas neutre non plus ni sans conséquences sur l’accès aux contenus, sans parler des difficultés pour intégrer les accès électroniques dans les intranets et portails existants.

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De plus, bien négocier en vue de servir au mieux son utilisateur et de boucler son budget, suppose de maîtriser certaines bases juridiques permettant une lecture éclairée des contrats. La relation contractuelle est plus difficile à établir dans le domaine électronique que pour les abonnements papier parce qu’elle met en jeu davantage de conditions juridiques et techniques. Souvent très détaillés, les textes contiennent des formules obscures qu’il faut savoir interpréter. Le documentaliste averti saura repérer les clauses qui peuvent poser problème (par exemple, l’épineuse question des rediffusions) et pourra contribuer à faire évoluer le texte en cas de désaccord.

L’accompagnement des utilisateurs

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Pour terminer ce tour d’horizon des compétences, il faut rappeler le nécessaire accompagnement des utilisateurs dans leur apprentissage des nouvelles pratiques de lecture sur écran. Cette mutation est certes largement observée, mais des résistances persistent dans les milieux dont la culture, plus livresque, reste attachée à la consultation papier.

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Face à l’évolution inéluctable de la diffusion numérique, le documentaliste gagnera à faire preuve de pédagogie pour guider les utilisateurs dans l’univers des contenus virtuels. Il s’emploiera aussi à construire une stratégie d’offre, cohérente mais forcément hybride, en direction des utilisateurs afin de communiquer sur le produit.

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Les pièges sont nombreux et, comme dans tous les domaines professionnels, l’expérience peut gommer les maladresses des débuts. L’important est que l’organisation identifie clairement les responsabilités et les compétences et qu’elle facilite leurs interactions en instaurant un dialogue entre la personne chargée des aspects informatiques et celle qui s’occupe des achats ou qui maîtrise les aspects contractuels. La spécialisation ainsi acquise est un atout que le documentaliste pourra valoriser dans son parcours professionnel. C’est aussi une opportunité pour un dialogue renouvelé avec les utilisateurs. C’est enfin un investissement largement récompensé par le bénéfice tiré. Élargissement du périmètre des ressources, accès à distance, outils d’enrichissement, liens intertextuels, cartographie, espace personnalisé : la valeur ajoutée de l’abonnement électronique est aujourd’hui largement reconnue.

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Propos recueillis par Dominique Brisson

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Marie Crèvecœu

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Marie Pascale Krumnow

Témoignage. « Une transition avancée du papier à l’électronique, avec la gestion des contraintes des deux médias »

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Élisabeth Gayon est directrice Information du groupe Total. Chez Total, la gestion des abonnements concerne une centaine de contrats qui servent quelque trois cents métiers différents. Élisabeth Gayon analyse la fonction Achat dans son groupe : quelles compétences, quelles procédures et quelle insertion dans la stratégie de l’entreprise ?

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La gestion des abonnements est un élément clé de la politique documentaire de Total. Les abonnements ont pour finalité l’excellence professionnelle des trois cents métiers exercés dans le groupe, principalement des métiers techniques (géologue, ingénieur forage, ingénieur procédés, etc.), mais aussi des métiers transverses (financier, informaticien, etc.) ou commerciaux. Les besoins en information sont donc très variés, et la diversité des sources achetées très grande. Le temps consacré aux lectures professionnelles étant nécessairement limité, les abonnements individuels portent sur les sources « cœur de métier » indispensables et, pour le reste, la politique documentaire consiste à diffuser des revues de presse spécialisées et des alertes ciblées sur les problématiques définies par les métiers.

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CALER LES DÉPENSES. Les décisions d’abonnements individuels sont entièrement décentralisées aux entités opérationnelles et validées par leurs responsables budgétaires ; la gestion des abonnements en revanche est centralisée et mutualisée afin de réaliser des économies d’échelle. Pour caler les dépenses d’abonnements sur les budgets, la campagne annuelle de réabonnement est envoyée par la direction Information en juin, avec arbitrage pendant l’été, et finalisation des propositions de budget remises en septembre.

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Les listes d’abonnements sont communiquées par message dans un système de workflow incluant la validation budgétaire ; en cours d’année, les nouvelles demandes d’abonnements sont traitées dans le même workflow, mis au point avec l’éditeur de logiciel de gestion d’abonnements Assistere. Les abonnements sont refacturés à prix coûtant. Les procédures comptables de Total sont assez contraignantes, avec une clôture trimestrielle des comptes. Afin que le budget de la direction Information soit équilibré tout au long de l’année, il convient de répartir trimestriellement à la fois les dépenses pour les abonnements payés d’avance (charges constatées d’avance) et les recettes (refacturations) et ce, pour les factures supérieures à 15 k€.

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UNE CENTAINE DE CONTRATS NÉGOCIÉS. L’achat des abonnements est confié pour ce qui peut l’être à une agence d’abonnements sélectionnée après appel d’offre (Ebsco), et pour le reste en direct avec les éditeurs :

  • les éditeurs juridiques (qui refusent de passer par les agences d’abonnements),

  • les éditeurs de la presse pétrolière internationale qui publient de nombreuses newsletters et études (Platt’s, Argus Media, IHS Energy, Energy Intelligence Group, CERA, Groupe Moniteur),

  • les éditeurs de portails d’études technico-économiques (SRI consulting, Enerdata, Global Insight, Afnor, etc.),

  • les éditeurs de portails d’information économique (World Bank, OCDE, AIE, Les Échos, etc.),

  • les agrégateurs d’articles (Factiva, Lexis-Nexis, EDD, Ingenta, etc.),

  • les éditeurs de portails de revues électroniques (comme Elsevier).

Une centaine de contrats sont négociés chaque année, en plus du contrat triennal avec l’agence d’abonnements. La plupart des fournisseurs proposent des publications électroniques, mais les préférences des abonnés doivent être respectées, et l’on peut parler de « transition avancée du papier à l’électronique » avec la nécessité de gérer les contraintes des deux médias...

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STRATÉGIE DE DÉMATÉRIALISATION. Les bibliothèques de Total (une dizaine dans le monde), dont les deux principales sont situées à La Défense et à Pau, dépendent de la direction Information. Elles mènent une stratégie de dématérialisation des fonds documentaires et de valorisation d’un lieu physique, point d’accueil et de formation des nouveaux arrivants, des personnes en mobilité, des stagiaires. Les abonnements qui servaient pour une grande part à alimenter les bibliographies des chercheurs ont progressivement diminué au profit des centrales d’articles (Tulsa, Géoref, INIST) ou des agrégateurs.

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Les contraintes matérielles et juridiques ont incité les bibliothèques à recourir de plus en plus systématiquement à la commande d’articles à des fournisseurs s’acquittant du copyright auprès des éditeurs. Elles concentrent leurs collections en libre accès sur les revues « cœur métier » et, pour le reste, assurent la diffusion de revues de presse sur les intranets.

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DIFFUSION DES REVUES. Des portails de revues électroniques ont été développés depuis une dizaine d’années dans le groupe. Petroweb, portail de presse et d’études pétrolières dédié à la branche Exploration-Production, est pris en charge financièrement par la documentation de la branche. Le portail Press OnLine (POL), développé à l’initiative de la direction Information, pourtant très performant du point de vue des fonctionnalités de recherche et d’alerte, a été fermé fin 2007 faute d’utilisation suffisante. Seuls les professionnels de l’information se servaient efficacement de ses fonctionnalités avancées, la plupart des abonnés se contentant de la réception des revues électroniques. La diffusion des revues de l’ancien portail est maintenant directement assurée par les éditeurs sur les boîtes aux lettres électroniques des abonnés.

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DE BONNES CAPACITÉS RELATIONNELLES. Deux postes sont en charge des abonnements aux sources d’information : un poste de gestionnaire des abonnements et un autre de responsable des contrats d’achat d’information.

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Le poste de gestionnaire requiert un grand sens de l’organisation pour gérer les 6 000 abonnements de salariés ayant une forte mobilité géographique et fonctionnelle (la norme pour les cadres étant de changer d’affectation tous les trois ans), et de bonnes capacités relationnelles pour traiter les réclamations. L’agence d’abonnements gère correctement les abonnements papier et les abonnements électroniques, moins bien les abonnements mixtes (papier plus accès à un site web).

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De son côté, le responsable des contrats d’achat d’information maîtrise parfaitement le marché de l’information en ligne pour adapter l’offre à la demande. Il doit allier des qualités de négociateur international (une centaine de contrats, un budget de plus de 8 millions d’euros, dont 90 % d’électronique) et de soutien technique pour plusieurs milliers d’utilisateurs. Ceux-ci consultent toutes sortes d’informations (normes, banques de données, revues électroniques) et rencontrent des problèmes informatiques liés aux changements dans les configurations des postes, aux versions désynchronisées d’Acrobat, aux changements d’adresse IP, etc. Le responsable des contrats assure aussi un rôle de formateur aux sources électroniques auprès des professionnels de l’information et des utilisateurs finals. Enfin, il doit arbitrer les refacturations pour respecter les budgets, exercice qui demande tact et imagination.

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PERSONNALISATION DE L’INFORMATION. Face à la concentration des fournisseurs et à l’augmentation du prix des publications électroniques, justifiée – selon les éditeurs – par le nombre d’utilisateurs potentiels, nous avons un besoin de statistiques précises sur l’utilisation des sources d’information électronique. Ces données sont nécessaires à la fois pour la négociation du juste prix avec les fournisseurs, pour l’adéquation au besoin des utilisateurs, et pour la refacturation auprès des métiers. Nous sommes par ailleurs demandeurs d’outils de catégorisation et de recherche dans les sources d’information accessibles sur les intranets. Un portail des portails, appelé « intranet de veille », est à l’étude, avec un objectif de personnalisation de l’information.

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Nous menons aussi une réflexion sur l’archivage électronique des revues, l’archivage papier étant devenu assez sélectif et confié au prestataire gérant les archives papier du groupe.

Carte d’identité

Groupe énergétique international, Total est présent dans plus de 130 pays et emploie 95 000 collaborateurs. Ses activités couvrent l’ensemble de la chaîne pétrolière et gazière : exploration, développement et production du pétrole et du gaz, aval gazier, raffinage et distribution pétrolière, commerce et transport du pétrole brut et de produits pétroliers. Total est également un acteur majeur de la chimie de base et de spécialités et détient en outre des participations dans les secteurs des mines de charbon, de la cogénération et de l’électricité. Enfin, Total prépare l’avenir énergétique en développant des énergies renouvelables et des carburants alternatifs.

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Élisabeth Gayon

Témoignage. « Négociateur Couperin : un bibliothécaire expérimenté, mais qui met en œuvre d’autres compétences multiples »

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Catherine Étienne est responsable de la coordination des négociations documentaires chez Couperin. Le fonctionnement du consortium Couperin repose sur la mutualisation des expertises et des ressources ainsi que sur l’engagement bénévole de ses membres. Au cœur du dispositif, la fonction de négociateur nécessite une large palette de compétences.

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Chez Couperin, une cinquantaine de conservateurs, bibliothécaires ou documentalistes, en poste dans des bibliothèques universitaires ou des structures de recherche, mènent les négociations qui ont abouti, en 2006, à la signature de 1 803 contrats, dont 578 dans le cadre de groupements de commandes.

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DE LA PATIENCE ET DE LA PÉDAGOGIE... Un négociateur Couperin doit associer les compétences nécessaires à la conduite des négociations dans le cadre de marchés avec l’expertise sur le contenu. C’est donc un bibliothécaire expérimenté, capable d’évaluer les ressources documentaires dans la discipline de son expertise, mais qui met en œuvre d’autres compétences multiples : connaissance des différents modèles économiques des éditeurs, souvent complexes, et de leur évolution ; pratique des marchés publics ; expertise juridique pour les contrats de licence ; techniques de négociation ; mais aussi savoirs techniques.

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Il doit en effet connaître les protocoles d’accès distant à faire accepter par le fournisseur, et négocier les usages nécessaires aux utilisateurs finals (y compris l’utilisation des documents dans le cadre pédagogique). Son argumentation doit être nourrie par l’évaluation des usages qu’il faut rapporter aux conditions financières faites par l’éditeur.

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Bien sûr, une bonne connaissance du paysage éditorial, de celui de l’information scientifique et technique française (très complexe, imbriqué, et en évolution avec de nouvelles structures telles que les UNR [2][2] UNR : Université numérique en région. ou les PRES [3][3] PRES : Pôle de recherche et d’enseignement supérie..., et du réseau des bibliothèques, potentiellement utilisatrices de la ressource, est plus que nécessaire.

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La relation du négociateur avec les chercheurs est délicate : bien que critiques vis-à-vis des positions dominantes de certains éditeurs, les chercheurs ne font rien pour desserrer l’étau puisqu’ils publient toujours dans les revues à fort « impact factor ». On exigera donc du négociateur de la patience, de la pédagogie, de l’aisance relationnelle, le sens de l’écoute et l’aptitude au dialogue...

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SUR LE TAS. Alors, bien sûr, on ne devient pas négociateur du jour au lendemain : la fonction s’apprend d’abord sur le tas, avec l’aide d’un ou de plusieurs collègues plus expérimentés.

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L’appui principal vient du travail collectif et des procédures qui ont été mises en place et formalisées au fil du temps. Un cadre général des négociations a été élaboré, une charte et un guide technique (sur les aspects contractuels, juridiques ou technologiques) vont prochainement voir le jour. Une licence type sera également mise à la disposition des négociateurs, après validation par un juriste.

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Le négociateur s’appuie aussi sur les travaux réalisés dans le cadre du département Études et prospectives de Couperin pour apporter les éléments d’analyse utiles aux futures négociations :

  • études sur la mesure réelle des usages, avec le standard Counter, le protocole Sushi ;

  • étude sur l’évolution des modes de publication, sur les nouveaux équilibres entre édition commerciale et accès libre et sur les conséquences de l’apparition du modèle auteur-payeur ;

  • étude sur la mise en place d’un ERMS (electronic resources managment system) qui permettrait de suivre plus efficacement chaque négociation dans toute ses dimensions d’usage, financière, contractuelle.

FREINS ET DIFFICULTÉS. Pour autant, un négociateur, même bien préparé, rencontre des difficultés inhérentes au marché : les principales viennent d’une part de l’hégémonie de certains éditeurs dans le paysage éditorial et d’autre part de l’attachement de ceux-ci aux modèles économiques hérités du papier.

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Il se heurte aussi à des modèles toujours largement appuyés sur le chiffre d’affaires papier « historique », qui laissent peu de marge de manœuvre aux négociateurs et aux établissements qui souhaitent faire évoluer leur politique documentaire. Si nous sommes dans une période de transition, elle dure depuis longtemps, et les lignes bougent peu.

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Le taux de TVA élevé pour l’électronique contribue à maintenir en vie le modèle « papier », même si un éditeur (American Chemical Society) a cette année mis en œuvre une nouvelle tarification déconnectée de la valeur des abonnements imprimés. Il reste, en tout état de cause, que les grands éditeurs exigent le maintien de leur chiffre d’affaires, avec une progression annuelle assurée d’en moyenne 6 %, chiffre qu’il est très difficile de faire baisser.

COUPERIN : DE LA NÉGOCIATION À LA COMMANDE, UNE DÉMARCHE DE MUTUALISATION

Créé en 2000, le consortium Couperin rassemble aujourd’hui plus de 210 membres, de taille et de type divers, faisant l’acquisition de ressources numériques dans tous les domaines scientifiques au sens large du terme. Les membres sont des universités, des grandes écoles, des organismes de recherche.

Il est organisé en deux grands départements.

Le département Coordination des négociations documentaires discute les contrats avec les éditeurs ; il comprend les pôles Lettres et sciences humaines, Sciences économiques et de gestion, Sciences juridiques et politiques, Sciences techniques et pluridisciplinaires, Sciences de la vie et de la santé.

Le département Études et prospectives mène les travaux indispensables sur l’évolution des technologies d’archivage, l’évaluation des usages, la gestion des ressources, le libre accès et les archives ouvertes avec leur répercussion sur les modèles économiques.

Un pôle Grands comptes a été créé en 2006 pour les grandes négociations emblématiques, avec des éditeurs dont les modèles financiers sont mondiaux et souvent pilotes (Elsevier, Springer, Wiley, etc.). Ces négociations sont menées en partenariat avec les organismes nationaux de recherche (CNRS, INRA, INSERM).

Une fois les négociations conclues, les établissements regroupent les commandes, ce qui permet d’assurer un paiement unique et une simplification de gestion. Les groupements de commandes représentent une part considérable des dépenses totales réalisées dans le cadre des négociations menées par le consortium et sont portés par l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES) ou par un établissement membre. Les groupements de commandes sont encadrés par les marchés publics. Ils représentent une charge importante de travail puisqu’ils sont réalisés dans le cadre d’un marché national : étant donné le montant élevé de l’enveloppe financière concernée, le marché Elsevier, par exemple, est soumis à la CMPE (Commission des marchés publics de l’État).

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Autre frein pour le négociateur : la concentration de l’offre, au plan mondial, sur quelques grands éditeurs commerciaux dont certains ont fusionné (Elsevier, Springer-Kluwer, Wiley-Blackwell). Leur position de plus en plus dominante rend très difficile toute forme de négociation...

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Catherine Étienne

Notes

[1]

Outre les questions d’embargo, il y a aussi les problèmes d’accès aux informations selon leurs dates de parution : certaines données ne sont accessibles que sur papier, d’autres via l’électronique, d’autres des deux façons mais avec des variantes.

[2]

UNR : Université numérique en région.

[3]

PRES : Pôle de recherche et d’enseignement supérieur.

Résumé

English

Knowing how to listen and staying open to dialogue and pedagogy, being able to negotiate, knowlegdeable of contents along with budgetary, legal and technical secrets... The authors review the skills (as yet not fully explored in basic librarian training programs) you need to deploy when making an electronic purchase.
Two first-hand reports conclude this section: “An advanced transition from paper to electronic, while managing the constraints of both media”, and “The Couperin Negotiator, an experienced librarian who can implement multiple other skills”.

Español

Sentido de la capacidad de escucha, de diálogo y de pedagogía, capacidades de negociación, conocimientos de los contenidos pero también arcanos presupuestarios, jurídicos y técnicos... Marie Crèvecœur y Marie-Pascale Krumnow presentan aquí los saberes que uno ha de mobilizar en el caso de una compra electrónica y que no se han aprendido aún en formación inicial.
Dos testimonios completan esta parte : « Una transición avanzada del papel hacia la electrónica, con la gestión de los inconvenientes de ambos medios de comunicación» y « Negociador Couperin : un bibliotecario experimentado, que realiza además otras competencias múltiples ».

Deutsch

Bereitschaft zum Zuhören, zum Dialog und zur Erklärung, Verhandlungsgeschick, Kenntnis der Inhalte, aber auch budgetäres, rechtliches und technisches Geheimwissen... Marie Crèvecœur und Marie-Pascale Krumnow besprechen die Kenntnisse, die im Rahmen von elektronischen Akquisitionen nötig sind, und die in der Erstausbildung noch nicht alle gelehrt werden.
Zwei Praxisberichte ergänzen diesen Teil: „Ein fortschrittlicher Übergang vom Papier zur elektronischen Version, unter Berücksichtigung der Einschränkungen beiden Medien" und „Der Unterhändler „Couperin“: ein erfahrener Bibliothekar, der aber diverse andere Kompetenzen einsetzt".

Plan de l'article

  1. Quels savoir-faire pour acheter et utiliser des produits électroniques ?
    1. Connaître en profondeur offres, contenus et acteurs
      1. Une grande palette d’offres
      2. De multiples intervenants
      3. Un contenu qui régit la commande
    2. Fonder la négociation sur de solides bases juridiques et techniques
      1. Dialogue et négociation
      2. De bonnes notions informatiques et juridiques
    3. L’accompagnement des utilisateurs
  2. Témoignage. « Une transition avancée du papier à l’électronique, avec la gestion des contraintes des deux médias »
  3. Témoignage. « Négociateur Couperin : un bibliothécaire expérimenté, mais qui met en œuvre d’autres compétences multiples »

Pour citer cet article

Crèvecœur Marie, Krumnow Marie Pascale, Gayon Élisabeth, Étienne Catherine, « Vers de nouvelles compétences », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2008 (Vol. 45) , p. 52-57
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-2-page-52.htm.
DOI : 10.3917/docsi.452.0052.


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