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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/2 (Vol. 45)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.452.0068
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Une réflexion sur l’objet livre et son rapport au numérique

L’échec du livre électronique de Cytale au prisme des processus de traduction, Dominique Nauroy, Préface de Pascal Durand. – Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2007. – 396 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 978-2-910227-67-8 : 40 €

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Avant de rendre compte de l’enquête très serrée que livre Dominique Nauroy sur la mise au point puis l’échec du livre électronique Cybook conçu par le constructeur français Cytale à l’aube des années 2000, il convient d’en expliciter le titre. L’auteur, docteur en sciences de l’information et de la communication et membre du centre de recherche sur les médiations (CREM) à l’Université Paul-Verlaine de Metz, fait ici référence à la « sociologie de la traduction », développée en France notamment par Bruno Latour et Michel Callon dans les années 1990.

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En quelques mots, cette théorie suppose qu’une innovation [1][1] Voir sur ce sujet l’ouvrage de Bruno Latour : Aramis... ne fonctionne – c’est-à-dire ne s’installe durablement dans un usage – qu’à la suite d’une série d’« enrôlements » d’acteurs qui suppose elle-même une chaîne de « traductions » successives (ici, par exemple, entre les discours et intérêts des éditeurs, diffuseurs, libraires, constructeurs informatiques, etc.). L’évolution d’un projet de cette nature est donc faite de négociations au cours desquelles les positions des uns et des autres se stabilisent sous forme de compromis.

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L’autre parti pris de Dominique Nauroy est de considérer que l’étude des échecs des nouveaux objets de la technologie n’est pas moins passionnante que celle des success stories dont la presse se fait souvent l’écho. Or la sociologie de la traduction postule que l’on ne peut pas réduire l’analyse de ces échecs à des causes purement techniques ou économiques ; il y faut faire intervenir les interactions entre toutes les forces qui sont censées concourir à la mise en place de l’objet et observer les moments clés où se noue la destinée de l’objet en question.

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C’est pourquoi cet ouvrage épais et dense se présente avant tout comme une enquête, serrée, minutieuse, de l’histoire complète du projet, depuis les premières études jusqu’au dépôt de bilan de l’entreprise en 2002. Pour réaliser cette étude, l’auteur a multiplié les entretiens, non seulement auprès des acteurs directs de l’époque (responsables de l’entreprise, anciens salariés), mais aussi de tous les acteurs concernés, soit de près (partenaires, éventuels repreneurs), soit de plus loin comme les acteurs du monde de l’édition et de l’édition numérique ou de la politique culturelle en général. Au-delà des entretiens, de très nombreuses sources écrites ont été dépouillées, en plus de la littérature scientifique sur laquelle l’auteur appuie son propos théorique.

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Habilement découpé en chapitres qui font chacun le point sur un des aspects qui caractérisent l’étude d’une innovation – et de son échec : la technique, les prises de décision, les résistances, le marketing, les associations entre acteurs, etc., cet ouvrage composé comme un récit peut être aussi abordé point par point, selon que l’on s’intéresse plus particulièrement à l’un ou l’autre de ces aspects.

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Car, au-delà de l’histoire de la vie et la mort d’une entreprise, donc aussi d’un groupe humain (les propos, projets et doutes des fondateurs et responsables de la firme font l’objet d’une analyse approfondie), ce livre est aussi une réflexion sur l’objet livre lui-même et son rapport au numérique. Dans notre chronique du dernier numéro de Documentaliste-SI, nous évoquions le retour d’une nouvelle génération de livres électroniques, fondés pour une part sur des technologies différentes (notamment l’« encre électronique »). À cet égard, la lecture du chapitre 4, « L’exploit technique », intéressera tous ceux qui réfléchissent aux problématiques de la lecture sur écran et aux questions liées à la morphologie des supports de la connaissance en relation avec leur mission de médiation.

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Reprenant les éléments discutés par des chercheurs comme Roger Chartier, Claire Beslile, ou invoquant plus lointainement Paul Valéry, Dominique Nauroy s’interroge sur ce qui définit le livre, dans sa double confrontation au numérique : confrontation aux techniques de mise en forme du texte, langages de programmation et de balisage, et confrontation à l’appareillage lui-même, la plate-forme informatisée qui permet la lecture. Car l’histoire du Cybook et de la société Cytale, au-delà d’une aventure industrielle, est aussi un moment d’une histoire plus longue, qui est celle de l’évolution heurtée des supports de la communication.

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Nous savons que cette évolution n’est ni linéaire, ni unilatérale et qu’un support de communication ne chasse pas l’autre. Du livre au livre électronique, il y a plus qu’un changement de technique, il y a la redtion complète d’un objet dont Dominique Nauroy (il parle ici de Cytale, mais cette définition nous paraît parfaitement convenir au livre imprimé) dit qu’il est « un objet qui agrège des composantes commerciales, technologiques, managériales, communicatives, économiques, évolutionnistes, culturelles, esthétiques et même religieuses ». On peut donc facilement admettre que la mise en facteur de cet ensemble d’éléments ne permette ni de garantir à coup sûr la réussite d’une entreprise, ni de prévoir facilement le succès d’un nouvel objet technique.

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Mais, si le livre électronique renaît sous d’autres formes, il montrera à nouveau ce qu’est le cycle de l’innovation dans l’économie capitaliste : ce sont rarement les pionniers qui deviennent, ensuite, les exploitants des solutions qui, finalement, ont réussi à trouver leur chemin.

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Dominique Cotte

Une vision renouvelée de l’indexation documentaire

Ingénierie des connaissances et des contenus : le numérique entre ontologies et documents, Bruno Bachimont, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 279 p. – (Science informatique et SHS). – ISBN 978-2-7462-1369-2 : 60 €

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Enseignant-chercheur à l’Université de technologie de Compiègne et directeur scientifique à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), Bruno Bachimont est bien connu pour ses recherches sur l’ingénierie audiovisuelle et multimédia. Il livre ici les résultats de ses travaux les plus récents sur la représentation des connaissances et la structuration ontologique pour l’indexation et la gestion des métadonnées.

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« L’une des thèses de ce travail est que la connaissance n’est pas un objet, mais qu’elle ne s’appréhende qu’à travers des objets dont elle est l’interprétation » (p. 10), objets que l’auteur nomme « inscriptions ». Dans ce cadre général, Bruno Bachimont traite deux problématiques liées à l’inscription numérique des contenus : l’inscription logique et formelle des connaissances à travers les ontologies, et l’inscription documentaire, c’est-à-dire la forme d’inscription des contenus et non leur sens, à travers l’indexation. Ces deux problématiques sont traitées selon une même grille de trois chapitres chacune : exposé de la problématique, modélisation et pratiques ontologiques ou documentaires.

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Nous ne pouvons en quelques mots résumer la richesse de cet ouvrage ni la précision des définitions et argumentaires qui étayent les propos de l’auteur, mais nous souhaiterions relever certaines des directions qu’il propose.

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De la dématérialisation des contenus et de l’intégration des médias, l’auteur étend le contexte de ses travaux à la notion d’hypertextualisation des contenus et à la numérisation des objets temporels que sont les objets sonores et audiovisuels. En offrant un accès aléatoire au contenu, à savoir à une partie du document, sans que l’on ait à consulter l’ensemble du document, le numérique amène à revoir les principes mêmes qui régissent la notion d’unité documentaire et d’unité de manipulation (granularité) ainsi que les méthodes et techniques d’indexation associées (« indexation fine du contenu »). On passe d’une « indexation servant à trouver un document parmi une collection » à la « sélection de parties pertinentes de plusieurs documents pour traiter une requête » (p. 195). À partir de quoi l’on peut envisager d’« indexer un contenu documentaire par des index de nature imagée ou sonore » (p. 201), c’est-à-dire des indexations non linguistiques.

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Dans ce contexte, l’indexation se décompose en trois étapes, intimement liées, qui retrouvent les fonctions assignées à cet exercice : la localisation de la zone d’intérêt dans le document, une étape de qualification où l’information contenue est caractérisée et une étape de structuration où les index, qualifiés et localisés, sont agencés et articulés entre eux (p. 206).

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Cette architecture des systèmes de représentation s’appuie sur une analyse en profondeur de nos pratiques traditionnelles, sur un repositionnement de celles-ci dans ce contexte numérique et sur des définitions renouvelées des notions qui fondent nos métiers : document, genre, support et forme ou indexation.

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Si cet ouvrage peut sembler difficile d’accès, c’est par la nouveauté des propos tenus sur l’indexation documentaire – sujet structurant fortement nos métiers. Le positionnement de ces méthodes et techniques documentaires proposé par Bruno Bachimont, dans un contexte plus large que celui de l’ingénierie des inscriptions, offre un cadre à la mesure des enjeux et des questions qui se posent concrètement aux professionnels de l’information-documentation.

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Sylvie Dalbin

Pratique et théorie de l’écriture des documents numériques

L’écriture des documents numériques : approche ergonomique, Stéphane Caro Dambreville, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 279 p. – (Science informatique et SHS). – ISBN 978-2-7462-1369-2 : 60 €

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Il n’est pas facile d’allier, dans un même ouvrage, considérations théoriques – a fortiori sur des phénomènes qui sont loin d’être stabilisés – et informations pratiques pour la réalisation. Stéphane Caro Dambreville, dont l’expérience est elle-même double (consultant en ergonomie, puis maître de conférences en SIC à l’IUT de Dijon depuis 1998), montre, dans sa conclusion notamment, qu’il est parfaitement conscient de cette difficulté et que son travail « est une esquisse qui présente davantage une perspective qu’un dessin achevé » (p. 189). La même difficulté vaut pour le lecteur, qui ne cherchera pas forcément dans le même type d’ouvrages, ni dans les mêmes collections, les réponses à ses questions selon que celles-ci sont de nature théorique ou pratique. C’est pourquoi nous rendrons compte de cet ouvrage en deux parties, en commençant par l’aspect pratique et en terminant par l’aspect théorique dans la mesure où ce dernier renvoie à d’intéressantes questions concernant le futur de l’ergonomie des documents numériques.

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Le cœur de l’ouvrage (chapitres 3 à 8) présente les aspects plus pratiques de la conception ergonomique des documents numériques, incluant les méthodes de réalisation et d’évaluation. Au cours de cet exposé, l’auteur adopte lui-même une structure d’exposition en pyramide, partant des principes de macro-structuration du document (les structures de navigation, chap. 3 et 4) pour arriver finalement aux questions de mise en forme matérielle (chap. 7) liées, par exemple, à la typographie. De ce point de vue, l’ouvrage sera effectivement utile à la personne désireuse de concevoir ou d’évaluer un site en fonction de critères de lisibilité relativement généraux. Mais c’est en même temps une des difficultés, soulignées par l’auteur, car toute exposition générale de principes d’écriture/lecture dans ce domaine doit être pondérée par la prise en compte de contextes spécifiques, liés à des besoins ou des usages afférents à une application particulière. D’autant plus que, ramenées à des considérations générales applicables en toutes circonstances, les recommandations évoquées peuvent paraître relever du simple bon sens plus que de l’analyse scientifique évoluée.

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Un certain nombre de rappels généraux sont néanmoins importants, dans la mesure où la généralisation des outils de conception de documents numériques (essentiellement ici pour le web) a lancé toute une série d’« auteurs » sur la voie de la publication, sans forcément maîtriser les codes propres à ce nouveau type d’édition. De ce fait, les rappels sur l’indispensable simplicité d’écriture, sur la nécessité de dominer des niveaux d’arborescence qui ne soient pas trop complexes ou sur les artifices typographiques à utiliser, ne sont pas inutiles. Une part importante du chapitre 6, par exemple, est consacrée à l’utilisation des escamots, ces petites fenêtres contenant du texte (pop up windows, appelées aussi parfois infobulles, notamment dans les contextes d’aide en ligne) qui s’affichent au passage de la souris et permettent, de manière économique, d’ajouter une quantité d’informations à celle déjà contenue dans une page.

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Au-delà de ces considérations pratiques, trop nombreuses et détaillées pour être toutes citées ici, l’ouvrage renvoie également aux discussions théoriques qui ont cours actuellement sur la notion de document numérique, considérations qui occupent plutôt le début (chap. 1 et 2) et la fin (chap. 8 et conclusion) de l’ouvrage. Il s’agit notamment de poser la question de l’identité du document numérique par rapport au document papier, le premier ne correspondant pas, évidemment, à une simple transposition du second mais à un véritable changement de plan, aussi bien en ce qui concerne l’écriture que les usages (d’ailleurs, l’ouvrage est autant consacré à la lecture qu’à l’écriture du document numérique).

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On saura gré à Stéphane Caro de la critique qu’il adresse au début de son livre à ce qu’il appelle « l’utopie hypertextuelle » et du rappel des difficultés de penser cet objet « hybride » (le document numérique), compte tenu de la dispersion disciplinaire de ceux qui sont appelés à l’étudier (linguistes, informaticiens, designers, sémioticiens, littérateurs, psychologues, ergonomes, etc.). La conséquence en est, jusqu’à présent, la difficulté de capitaliser sur les résultats de recherche pour dresser un état de l’art convaincant et méthodique. En ce sens, cet ouvrage se veut un jalon dans le défrichage de cet immense continent que forme la sphère des « documents numériques ».

Également paru chez le même éditeur

L’écriture des médias informatisés : espaces de pratiques / sous la dir. de Cécile Tardy et Yves Jeanneret. – Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 222 p. – (Systèmes d’information et organisations documentaires). – ISBN 978-2-7462-1653-2 : 40 €

Cet ouvrage « propose une approche théorique de ces questions. S’appuyant sur des études de terrain précises, il observe l’influence et le rôle de l’informatique dans l’univers des pratiques d’écriture et étudie la manière dont les acteurs sociaux développent face à elle et avec elle leur propre univers d’usages, de pratiques et de sens. »

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On pourra regretter ici que la plupart des exemples analysés soient des sites web et qu’on ne « descende » pas plus vers le composant même de la matière numérique : le document lui-même, voire l’unité d’information. Mais ceci fait partie des questions qui préoccupent les chercheurs du domaine et qui sont à l’étude dans de nombreux cercles. La tâche est d’autant plus ardue que, comme le précise l’auteur dans son dernier chapitre, dont la teneur, pour le coup, est prospective, les avancées dans le domaine sont loin d’être terminées. Particulièrement intéressants sont les passages où Stéphane Caro évoque la façon dont les futurs dispositifs techniques chercheront à intégrer la dimension corporelle – facteur essentiel de la cognition – dans l’appréhension des contenus numériques : effets d’« enfoncement » dans la profondeur du site avec la souris, effets de loupe sur les parties du sommaire à mettre en relief, bref, autant de stimulations sensorielles qui risquent à leur tour (comme pour la PAO en son temps, et le web à ses débuts) d’envahir les applications par un effet d’engouement avant de trouver une utilisation raisonnable.

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Pour être parfaitement dominée, la maîtrise de « l’écriture des documents numériques » nécessitera certainement encore de nombreux ouvrages.

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Dominique Cotte

D’utiles pistes sur l’ergonomie et les usages des bibliothèques numériques

Usages et pratiques dans les bibliothèques numériques, Sous la direction de Fabrice Papy, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 364 p. – (Traité IC2, série Management et gestion des STIC). – ISBN 978-2-7462-1655-6 : 85 €

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Deux ans après une première édition rapidement épuisée, cet ouvrage collectif riche de dix-sept contributions s’est largement ouvert aux problématiques des usages et pratiques des bibliothèques numériques. Un titre et un contenu alléchants tant les thèmes des usages et pratiques restent encore trop peu développés dans le contexte des bibliothèques.

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Plusieurs contributions abordent l’épineuse question de l’utilisabilité d’un système à la fois « bibliothèque » et « numérique », en traitant plusieurs de ses composants : les normes ergonomiques et leurs usages dans le contexte des bibliothèques numériques (chapitre 1), le potentiel des techniques d’interactions 3D à travers quelques expériences (chap. 2), l’apport de l’ergonomie dans l’étude des comportements des utilisateurs et des processus mentaux mis en œuvre (chap. 12) ou les stratégies de recherche des étudiants (chap. 10).

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Ce centrage sur l’utilisateur, favorisé par ces approches ergonomiques, permet d’identifier plusieurs sujets d’étude ou recommandations : la pertinence, dans un monde qui privilégie l’écrit, du développement de techniques multimodales pour la sélection, le filtrage, l’organisation des informations dans une bibliothèque numérique (chap. 12, p. 263) ou, sur un plan méthodologique, de ne pas séparer « artificiellement la recherche documentaire des autres pratiques » [des étudiants], de ne pas faire « comme si » les étudiants séparaient leurs différentes activités (chap. 10, p. 217).

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La bibliothèque numérique elle-même fait l’objet de plusieurs chapitres selon trois axes d’ampleur variable : organiser pour donner accès, développer des collections numériques, et mieux appréhender le document numérique.

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Deux chapitres, à rapprocher des contributions de nature ergonomique, posent la question de l’organisation d’une bibliothèque numérique pour en améliorer l’exploitation. Michèle Hudon présente une étude conduite sur l’utilisation d’une structure classificatoire à facettes pour l’organisation et l’accès aux ressources numériques dans une collection virtuelle en éducation, structure destinée à remplacer l’organisation strictement hiérarchique (chap. 7). Sophie Chauvin, dont les travaux menés avec Fabrice Papy sur le VisualCatalog sont maintenant bien connus, aborde les perspectives de la visualisation heuristique dans la présentation et la navigation au sein des bibliothèques numériques (chap. 11).

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Deux contributions sur la bibliothèque en tant que telle privilégient l’existant : l’une montre comment développer des collections numériques dans la continuité (chap. 5), l’autre étudie, selon une approche sociologique, la bibliothèque numérique comme outil de transmission démocratique de l’héritage culturel (chap. 6).

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La troisième approche fait une entrée très timide dans le monde du document numérique. Un premier texte (chap. 13) rend compte d’une étude conduite à l’université de Picardie sur les forums de discussion produits dans le cadre d’un dispositif de formation à distance. Un deuxième (chap. 16) rend compte de la dimension collective du document numérique lorsqu’il est au centre de communautés virtuelles et traite de la nécessaire régulation des pratiques communautaires dans ce contexte (p. 341).

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À côté de communications à caractère scientifique, plusieurs contributions portent sur des applications ou programmes mis en place dans le contexte de l’université et de la recherche : le service commun de la documentation de l’Université d’Artois (chap. 3) ou le portail d’information scientifique de l’institut Pasteur (chap. 4), le programme Persée de valorisation des revues francophones en sciences humaines et sociales (chap. 8) ou encore le CERIMES, service de ressources audiovisuelles scientifiques (chap. 9). La dernière contribution dresse un panorama fonctionnel de la « bibliothèque juridique numérique [...] plus qu’une simple transposition des modes de classement, de recherche et de synthèse de l’information existant dans nos services de documentation » (chap. 17, p. 362).

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Enfin, l’évolution des métiers est abordée dans deux chapitres. La contribution de Catherine Lupovici (chap. 14) pointe le changement de paradigme lié à la mutation même de l’objet de l’information et à ses impacts sur les activités et les compétences. Centrée sur le secteur de la recherche en IST, celle de Joachim Schöpfel et Jacques Creusot propose à ceux qu’ils nomment « professionnels de l’information » d’engager « des rapprochements organisés entre les métiers de chercheurs et de professionnels de l’IST au travers de la thématique "information" ». La bibliothèque numérique nous rapprocherait donc des utilisateurs...

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On ne cherchera pas ici d’élément technique sur la constitution des bibliothèques numériques. Mais une orientation résolument « usage » fait tout l’intérêt de cet ouvrage pour celles et ceux qui œuvrent dans le secteur universitaire ou de la recherche, mais également pour les professionnels de l’I-D concernés depuis de nombreuses années déjà par la GED ou le développement d’intranets : ils trouveront ici d’utiles pistes sur l’ergonomie et les usages.

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Sylvie Dalbin

Un tour d’horizon des problématiques actuelles des archives d’entreprises

Les archives d’entreprises : entre gestion patrimoniale et veille technologique. 6e journée des archives organisée par le service des archives de l’Université catholique de Louvain, 21 avril 2006, sous la direction de Véronique Fillieux, Louvain-la-Neuve : Academia-Bruylant, 2007. – 166 p. – (Publications des archives de l’Université catholique de Louvain ; 16). – ISBN 978-2-87209-870-5 : 19 €

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Les archives d’entreprises ont une très vieille histoire que racontent avec beaucoup d’érudition Paul Servais et Jean-Marie Yante « En guise d’introduction », avant d’arriver au présent pour dire leur importance comme base pour l’histoire de l’entreprise et comme fondement d’une gestion stratégique de l’information de celle-ci. Mais les archives d’entreprises sont à l’origine de nombreuses problématiques qu’entreprennent d’analyser les participants à cette sixième Journée des archives, tenue à Louvain en avril 2006.

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L’historien Robert Halleux propose tout d’abord de dire les « Enjeux et défis des archives industrielles dans le bassin liégeois » pour en tirer des préceptes pratiques, des pistes d’exploitation et des leçons déontologiques.

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Caroline Six et Chantal Vancopenolle analysent « Les archives d’entreprises face aux lacunes de la législation » avant de conclure sur les besoins d’une réglementation pour protéger des décisions arbitraires qui conduisent à leur destruction ou leur disparition.

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L’Amérique du Nord possède une tradition de gestion des archives particulièrement avancée et formalisée, comme l’explique Francis Leblond en analysant « La prise en compte du records management dans les entreprises au Québec ». Il en souligne les points préoccupants et s’interroge sur l’avenir des archives papier dans un contexte où l’on passe conceptuellement de la gestion du document à la gestion de l’information. Dans cette optique, André Gareau commente un Guide de gestion d’entreprises, publié en 2003 dans le cadre du Réseau des archives du Québec, qui s’intéresse essentiellement à la gestion de l’information et aux durées de conservation et connaît un impact positif sur le terrain.

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En Belgique, la situation diffère grandement, comme le montre Emmanuel Collet en présentant « L’archiviste au sein du groupe [de distribution alimentaire] Delhaize ». Le professionnel de l’information lira avec un grand intérêt ce portrait en découvrant les missions de plus-value opérationnelle, culturelle et d’image qui incombent à cet archiviste « étroitement lié à la vie de l’entreprise ».

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« Vingt ans au service des archives d’entreprises » conduit Jean-Louis Moreau à expliquer les actions de promotion dans la gestion rationnelle du patrimoine archivistique de l’Association pour la valorisation des archives d’entreprises. À sa suite, ce sont des témoignages riches qu’apportent Johana Gisler en présentant « ArCheco : le répertoire en ligne des fonds d’archives d’entreprises en Suisse et au Liechtenstein » et Philippe Destatte avec « La banque de données des archives d’entreprises wallonnes de l’Institut Jules-Destrée » construite à partir d’une vaste enquête menée par des universitaires.

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« Saint-Gobain archives : un patrimoine valorisé, une plus-value pour l’entreprise » offre à Didier Bondue l’occasion de souligner le rôle pionnier de Saint-Gobain pour intégrer les archives dans la vie de l’entreprise et les valoriser et, en s’appuyant sur des schémas et des organigrammes, à expliquer comment Saint-Gobain archives parvient à son autonomie financière.

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« Les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson : patrimoine d’entreprise, trésor public » permettent à Maureen Dolyniuk d’exposer le sauvetage des archives de la « plus vieille entreprise canadienne » et leur mise à disposition aujourd’hui à un public sans cesse croissant.

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Il revient à Ginette Kurgan-van Hentenryk de conclure sur la richesse et la diversité de conférences qui montrent tous les défis posés aux archivistes face à la fragilité constatée des services d’archives et à leur position souvent peu avantageuse dans l’organigramme de l’entreprise. Toutefois, tous s’accordent à dire l’importance de leur action pour offrir à l’entreprise une gamme de services valorisante et permettant la sauvegarde de documents qui racontent toujours le présent.

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Véronique Fillieux propose une longue liste de documents (« Orientation bibliographique », p. 135-159), une liste peu utilisable par le lecteur qui eut préféré la voir organisée par thème plutôt que par types de documents, ce qui fait apparaître la pauvreté proposée en ressources électroniques (6 contre 270 articles et 128 ouvrages !). C’est là le seul point noir de ce document qui devrait intéresser tous les documentalistes pour aller à la rencontre de leurs cousins germains et partager leur enthousiasme.

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Marie-France Blanquet

Un panorama des technologies de gestion de l’information non structurée

L’information non structurée dans l’entreprise : usages et outils, Alain Garnier, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 247 p. – (Management et informatique). – ISBN 978-2-7462-1605-1 : 55 €

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La gestion de l’information dite non structurée – entendons par là celle qui ne répond pas, de façon ou d’une autre, à un modèle extérieur aux données elles-mêmes – est un des grands défis managériaux actuels. C’est en tout cas le point de vue d’Alain Garnier qui dresse un état des lieux très complet des usages potentiels de ce type d’information et des solutions techniques disponibles aujourd’hui pour la traiter. Dans un ouvrage illustré de nombreux exemples issus de l’industrie ou des services, le co-fondateur d’Arisem, actuellement consultant expert auprès des entreprises, montre comment la maîtrise de l’information non structurée peut non seulement induire de très importants gains de productivité mais, au-delà, comment elle peut être un véritable relais de croissance pour les entreprises.

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L’information non structurée, qui recoupe en bonne part l’information textuelle – celle notamment produite dans les courriels, les rapports, les notes diverses de même que celle collectée dans des sources hétérogènes –, constitue en effet la majeure partie de l’information produite et reçue par les acteurs de l’entreprise. Elle se caractérise par une grande diversité dans la forme et le fond des messages véhiculés et ressemble parfois à un grand « bazar » organisé même si des standards de fait (PDF, XML) se sont imposés au cours des dernières années. Son importance, déjà grande par le passé, a crû de manière exponentielle avec la généralisation d’Internet et la démultiplication des moyens de création et de collecte de données. Pour maîtriser sa création (cycle de vie du document) ou filtrer son acquisition, il existe aujourd’hui un grand nombre de dispositifs à hauteur de chaque budget et adaptés à chaque finalité.

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C’est un des objectifs de cet ouvrage que de donner des clés pour se repérer dans les dispositifs techniques existants pour être capable de choisir les solutions les plus conformes à chaque problématique. En ne s’arrêtant pas aux fonctionnalités immédiates des outils mais en les mettant en perspective par rapport aux besoins profonds de l’entreprise (mieux connaître ses clients, mieux maîtriser sa chaîne de production, mieux vendre, etc.), Alain Garnier livre un opus qui peut se lire à la fois comme un guide pratique (outils et usages) et comme un mini traité de management de l’information.

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Si, selon l’auteur, toutes les entreprises ont en gros les mêmes besoins fondamentaux, chaque fonction (RH, achat, marketing, commercial, R et D, production) a un angle particulier d’exploitation de l’information en fonction de ses objectifs propres. C’est pourquoi, systématisant l’utilisation du modèle FC3T (finalité, criticité, type de liens, temporalité, type d’échanges), il propose une grille de lecture globale des processus informationnels dans l’entreprise. Il met en particulier en évidence la problématique informationnelle de chaque grande fonction de l’entreprise (par exemple, la dimension normative pour un bureau d’études) et les conséquences que cela entraîne en termes de gestion et de suivi. Il montre également à chaque fois quels bénéfices peuvent être escomptés : meilleure réponse aux clients, amélioration de gestion de crise, limitation des redondances, prévention des évolutions de marché, etc.

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À travers un certain nombre d’exemples de projets concrets (déploiements de moteurs verticaux, de solutions de veille ou de text-mining), il indique comment ces principes généraux ont été mis en œuvre dans certains métiers et secteurs (fonction achat dans l’automobile, département R et D dans l’industrie pharmaceutique, ou encore service juridique dans une SSII). Pour chaque exemple, il expose de façon synoptique les caractéristiques principales du projet, les fonctionnalités attendues, les principales difficultés, les principaux bénéfices, la solution retenue et le coût global du projet.

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Alain Garnier n’oublie pas les sources d’information externes en consacrant un chapitre aux critères d’évaluation et aux tendances profondes qui se dessinent en matière d’accès gratuits ou payants.

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La présentation des outils, qui se veut exhaustive, est répartie en deux grands chapitres : les outils à usage prioritairement individuels et les outils collectifs. Alain Garnier rappelle tout d’abord que certaines solutions ont largement débordé de la sphère personnelle et privée pour devenir des outils de travail dans l’entreprise. Puis il recense les dispositifs qui facilitent l’exercice professionnel et le management des données personnelles (messageries synchrone et asynchrone, outils de recherche personnalisés, lecteurs RSS, outils d’alerte mais aussi outils « linguistiques » : dictionnaires, traducteurs, résumeurs, outils de représentation cartographique, etc.).

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En ce qui concerne les outils « collectifs », c’est une des richesses principales de l’ouvrage que de tenter de dresser un panorama global des technologies actuelles de traitement de l’information non structurée, permettant de positionner les unes par rapport aux autres toutes les solutions et leur possible articulation : outils de communication (messagerie, blogs, forums), outils référentiels (bases de connaissances, bases documentaires), outils de collecte sur le web, outils d’extraction d’informations, moteurs de recherche, outils de filtrage et de classement, portails de veille et de fédération de contenus.

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L’une des leçons de l’ouvrage est que – si l’analyse du besoin et celle du contexte de déploiement sont correctement menées – le choix d’un outil de gestion du « non-structuré » est la garantie de bénéficier assez rapidement d’importants gains de productivité. C’est donc sur ces aspects méthodologiques de conduite de projet que l’auteur insiste tout particulièrement au final, montrant que, même si toutes les technologies sont à disposition, leur intégration réussie dans le contexte d’une entreprise donnée est le fruit d’interactions et de leviers techniques et organisationnels parfois complexes. Il balaie par la même occasion le mythe de la complète automatisation dans la gestion du non-structuré et insiste sur l’importance d’y consacrer des ressources (humaines) à la hauteur des objectifs identifiés.

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Loïc Lebigre

Production, identification, diffusion, conservation, usages de la photographie

Des clichés et des clics : le poids de l’image photographique dans la société de l’information, Groupe de travail Image numérique du Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) ; coordonné par Ruth Martinez, Paris : ADBS Éditions, 2007. – 113 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-094-9 : 22 €

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Dans l’avant-propos de cet ouvrage, Martine Dejean expose comment, face à l’essor des technologies de l’information dans le domaine de l’image, le Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) a ouvert des ateliers collaboratifs de réflexion au sein d’un groupe de travail « Image numérique ». Le résultat de ces travaux se concrétise sous la forme de sept chapitres consacrés chacun à une facette spécifique de l’image photographique ; certains d’entre eux proposant de courts extraits de diverses conférences tenues sur l’image lors de ces ateliers.

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« La production de la photographie : aspects techniques », étudiée par Annie Boisquillon, montre l’évolution galopante des techniques photographiques de plus en plus complexes. Après avoir tracé très brièvement l’itinéraire qui mène de l’argentique au numérique, l’auteure s’intéresse à la résolution et aux principaux formats d’image, aux couleurs et à leur gestion dans la chaîne graphique. Les fichiers images et leur utilisation sont ensuite déclinés, ainsi que les espaces de travail et les profils. Annie Boisquillon conclut ce texte très dense et documenté par un trop bref paragraphe sur les aspects économiques.

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« L’identification des photographies », déclare Cécile Kattnig dans le chapitre 2, et l’indexation des images s’imposent comme une nécessité qu’accompagne une double exigence : structurer correctement les informations pour les pérenniser et faciliter la recherche iconographique. C’est la raison pour laquelle, après avoir décrit les métadonnées descriptives (ISBD et Dublin Core), l’auteure s’attelle à expliciter les informations minimales permettant d’atteindre ces objectifs. Parmi elles, l’analyse et l’indexation font l’objet d’un développement appuyé et illustré de façon très pédagogique.

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Nathalie Bocher-Lenoir suit « La recherche et la sélection des photographies » faites par les pionniers de l’iconographie et les iconographes contemporains placés dans « une situation paradoxale » due aux mutations économiques, juridiques et techniques. Elle résume dans les termes de « numérique » et de « citoyen » les années récentes du point de vue des pratiques de l’image et en explicite le pourquoi.

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Le chapitre suivant entraîne Antoine Raulin à mesurer, en s’appuyant sur des schémas extrêmement explicites, l’impact global des nouvelles technologies sur l’image numérique à travers les différentes phases du cycle de vie de celle-ci. Il dresse l’inventaire des différents types de moteurs de recherche d’images et, dans des tableaux précieux et utiles, en récapitule les principales caractéristiques.

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Dans le chapitre suivant, avec Serge Cacaly, Antoine Raulin travaille sur « La diffusion des photographies ». Ce chapitre permet au lecteur de comprendre le titre général donné à ce document. Les auteurs y décrivent, en effet, les utilisations de l’image dans notre société de la communication et, en s’aidant de données numériques nombreuses, les facteurs de maturité de ces usages et leur typologie. Sont ensuite présentés les acteurs de la diffusion des photographies à l’origine de bouleversements économiques, technologiques et culturels. « Vers un Yalta des images » ? « Images (cultures ?) à vendre » ? interrogent les auteurs de ce passionnant chapitre qui se conclut par la présentation du marché de la diffusion des photographies et celle des modèles économiques en présence.

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L’ouvrage retrouve une tonalité technique avec le chapitre suivant portant sur « La conservation et la restauration des photographies » argentiques ou numériques explicitées de façon très minutieuse par Michel Depardieu.

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Enfin, Patrick Mirot clôt ce document avec « Les questions juridiques » incontournables dans nos sociétés de consommation de l’image. Après avoir proposé une grille d’identification des droits, l’auteur présente les outils de gestion de ces droits et de l’acquisition juridique.

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En annexe, le lecteur trouvera une bibliographie qui propose, dans une première partie, les textes de base relatifs au droit de l’image. Une deuxième partie propose une liste de soixante-sept documents classés par ordre alphabétique. Il eût été intéressant de proposer une classification de ces références, dispensant ainsi le lecteur d’une lecture intégrale de cette bibliographie. Enfin sont recensés les organismes et les sites utiles à tous les professionnels de l’information orientés vers l’image.

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Cet ouvrage s’adresse en priorité aux professionnels de l’information déjà présents sur le terrain iconographique. Certains chapitres interpellent les techniciens de l’audiovisuel, tels les photographes, quand d’autres peuvent intéresser plus particulièrement le chercheur ou le juriste non spécialiste de l’image. Ce livre éveille la curiosité de tous ceux qui ne sont pas sur ce terrain mais comprennent l’importance que l’image a prise dans nos vies. Les étudiants en science de l’information ou de la communication doivent également lire cet ouvrage. Il se révèle, en effet, très précieux par le souci d’exhaustivité et de pertinence que laisse apparaître chaque chapitre. On peut déplorer, toutefois, l’absence d’un point dédié aux problèmes économiques. On peut également regretter le sous-titre donné à ce document qui oriente le lecteur sur la promesse de textes appelant à la réflexion. À moins que les données techniques et les nombreuses informations qu’apporte ce livre expriment en filigrane le poids de la photographie dans la société de l’information ?

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Marie-France Blanquet

Une histoire de l’image très stimulante

Une brève histoire de l’image, Michel Melot, Paris : L’œil Neuf, 2007. – 150 p. – (Une brève histoire). – ISBN 978-2-915543-20-9 : 14,90 €

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Editeur de la collection Une brève histoire, Jean-Claude Béhar demande à un auteur de dessiner en neuf chapitres l’histoire de son sujet. C’est ce que fait brillamment Michel Melot dans ce livre de pure érudition.

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Respectant la règle du jeu, l’auteur invite dans un premier temps son lecteur à le suivre dans le difficile exercice consistant à définir son sujet : l’image. « Du rêve à l’écran » met l’image au pluriel, face à l’insoluble problématique : « Exprimer ou reproduire ? Toute la question est là. Elle tisse l’histoire de l’image et fait tout son mystère ». Une fois posé le décor de cette image « indocile », le lecteur visite « Des grottes aux temples » pour découvrir les premières images, en Chine, en Égypte, en Grèce... Mais, déclare Michel Melot, « l’origine de l’image n’est pas à chercher dans les siècles. Elle est toujours en nous ».

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Les anciennes religions polythéistes sont prodigues en images. « Mais que deviennent les dieux sans image ? ». Le chapitre suivant, « Des idoles aux icônes », permet au lecteur de comprendre que « les images ne tombent pas du ciel » et le conduit à réfléchir sur l’image scientifique. Pendant des millénaires, l’image demeure un objet lié aux cultes. « Des reliques aux tableaux » raconte le glissement progressif qui, éloignant l’homme de la religion, le pousse à peindre les premiers tableaux et, avec les progrès de l’imprimerie, à démultiplier l’image. « Et le peuple s’empare des images », explique l’auteur en traçant l’itinéraire menant « De l’empreinte à la page », itinéraire plein de réflexions sur le livre et sur l’image qui « souffre dans le livre ». « L’image n’est pas la parole et ne lui doit rien ». Cependant l’abus d’images peut être dangereux.

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Or, dans le même temps, « Le miracle de la reproduction » est à l’origine du développement d’un art mineur mais aussi à l’origine de l’industrialisation de l’image. La photographie, dont l’invention provoque « un enthousiasme sans mesure », joue, en ce sens, un rôle considérable donnant naissance à une problématique originale : « Photographie : l’adhérence au réel ? ». Mais le progrès s’accélère, ouvrant sur l’image animée. Cette dernière, qui « n’est pas une image fixe en mieux », prend naissance dans les théâtres d’ombres joués par des marionnettes en Asie et se concrétise dans le cinéma, la télévision et le magnétoscope (« Du théâtre d’ombres au magnétoscope »). Aujourd’hui l’image explose. Alors « Bienvenue dans la vidéosphère », dernier chapitre de ce concentré de science, suivi d’une brève bibliographie commentée et présentée de façon extrêmement pédagogique.

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Voilà un livre qui doit trouver sa place dans toutes les bibliothèques privées ou publiques pour des lectures plurielles faites à titre professionnel ou à titre personnel : lectures plurielles car sa densité et sa richesse imposent plusieurs reprises de ce texte. Le lecteur y apprend à tout moment, incité sans cesse à la réflexion et au voyage, invité à enrichir son vocabulaire et sa culture. De plus, certaines pages mériteraient de paraître dans un livre de poèmes.

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Pour être brève, cette histoire de l’image apporte beaucoup !

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Marie-France Blanquet

Nous avons aussi reçu

Peu importe le support, l’écrit reste

L’écrit confronté aux nouvelles technologies, Élisabeth Joly-Passant, Paris : Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ), 2006. – XIV-566 p. – (Bibliothèque de droit privé, ISSN 0520-0261 ; 465). – ISBN 2-275-03059-X : 44 €

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Les informations sur support numérique seraient-elles moins fiables que sur support papier ? On pourrait le penser... Mais, dans sa thèse, Élisabeth Joly-Passant cerne la notion d’écrit sans tenir compte des qualifications habituelles, ce qui lui permet d’affirmer qu’elle subsiste bien dans l’environnement numérique, qu’un document est un vecteur de communication, quel qu’en soit le support, et que ce qui importe est l’utilisation que l’on en fait.

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Dans une deuxième partie, elle met l’accent sur les formes scripturales requises pour qu’un document puisse servir de preuve et/ou être reconnu valide par les tribunaux. Ceux-ci avaient d’ailleurs anticipé l’action du législateur lorsqu’ils avaient admis la validité de l’écrit électronique. Aujourd’hui les lois reconnaissent clairement celle de la signature électronique et le caractère probatoire du support électronique.

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Finalement, affirme l’auteure, l’écrit électronique ne représente pas une révolution. Il n’en reste pas moins que des adaptations restent nécessaires, telles que les conditions de conservation de la preuve ou encore la forme de la mise en œuvre des archives. Mais elle ajoute que la pratique et l’expérience permettront d’en juger.

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Plusieurs questions restent toutefois en suspens. Ainsi, par exemple, l’illusion de sécurité que la loi pourrait donner, et le fait que les procédures demeurent complexes et risquées pour l’utilisateur profane.

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Cette somme présente assurément un très gros volume, mais elle intéressera tous ceux qui veulent approfondir la notion de document.

Questionnements sur l’organisation des connaissances

Organisation des connaissances et société des savoirs : concepts, sages, acteurs, 6e colloque international du chapitre français de l’ISKO, 7 et 8 Juin 2007; Toulouse ; sous la direction de Gérard Régimbeau et Vivianet Couzinet, Toulouse : Université Paul Sabatier - LERASS-MICS Toulouse III, 2007. – 438 p. – 20 €

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Toujours très active au plan international comme dans le cadre de ses relais nationaux, l’International Society for Knowledge Organization ne cesse d’approfondir sa réflexion sur le concept d’« organisation des connaissances ». Depuis sa création, le Chapitre français de l’ISKO a consacré plusieurs manifestations scientifiques à cette question, envisagée sous l’angle des schémas d’organisation qui sont au cœur des mécanismes de récupération d’information, de production de connaissances nouvelles et de médiation des savoirs.

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Toutefois, « l’émergence d’une société des savoirs dépasse la seule question des outils et des dispositifs. Se posent en effet d’autres questions telles que la démocratisation de l’accès au savoir, la privatisation et la marchandisation croissantes de l’information et des connaissances ou le rôle des politiques publiques dans ce domaine. Ce croisement de dimensions techniques et de dimensions sociales invite chercheurs et praticiens à s’interroger sur les divers aspects de l’organisation des connaissances et à analyser leurs incidences afin de comprendre les enjeux politiques, sociaux, culturels qui les sous-tendent. »

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C’est dans cette perspective que le sixième colloque, dont cet ouvrage propose les actes, envisageait de rassembler des apports théoriques et appliqués, issus des sciences de l’information et d’autres disciplines, qui « questionnent l’organisation de la connaissance dans ses principes, méthodes, schémas et usages ». Si certaines des vingt-cinq contributions rassemblées ici, rédigées pour la plupart par des chercheurs (dont un tiers d’Amérique latine ou d’autres pays francophones), présentent un caractère un peu abstrait, d’autres relèvent d’observations de terrain ; elles seront très profitables aux professionnels confrontés aux mêmes interrogations comme aux praticiens et enseignants qui se préoccupent de la formation à la maîtrise l’information.

Apprendre à faire face à des contrôles administratifs et judiciaires

Guide pratique des visites inopinées et perquisitions dans l’entreprise : comment bien se préparer ? Quelle attitude adopter ? Que faire ensuite ?, Thomas Baudesson et Karine Huberfeld, Préface de Bernard Bouloc. – Paris : LexisNexis Litec, 2007. – XIII-154 p. – (LITEC professionnel : entreprise). – ISBN 978-2-7110-0776-9 : 20 €

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Se faire inspecter par les administrations et les autorités de régulation pour contrefaçon, déclarations de traitements de données personnelles, vérifications de déclarations Urssaf, etc., est une expérience à laquelle il faut se préparer.

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Dans une approche volontairement pragmatique, Thomas Baudesson et Karine Huberfeld donnent ici les clefs qui permettent de gérer ces situations angoissantes en détaillant, dans une première partie, les étapes de ces visites « inopinées » et en répondant à toutes les questions que l’on peut se poser, notamment sur les documents dont il faut disposer.

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Dans une deuxième partie, les auteurs ont distingué vingt-trois cas - objets d’enquêtes pénales, d’enquêtes administratives, de visites d’huissiers ou d’experts - qui peuvent donner lieu à une inspection et donnent, pour chaque situation, des conseils pratiques complétés par une série de recommandations.

Notes

[1]

Voir sur ce sujet l’ouvrage de Bruno Latour : Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, 1992.

Titres recensés

  1. Une réflexion sur l’objet livre et son rapport au numérique
    1. L’échec du livre électronique de Cytale au prisme des processus de traduction, Dominique Nauroy, Préface de Pascal Durand. – Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2007. – 396 p. – (Référence, ISSN 1621-3084). – ISBN 978-2-910227-67-8 : 40 €
  2. Une vision renouvelée de l’indexation documentaire
    1. Ingénierie des connaissances et des contenus : le numérique entre ontologies et documents, Bruno Bachimont, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 279 p. – (Science informatique et SHS). – ISBN 978-2-7462-1369-2 : 60 €
  3. Pratique et théorie de l’écriture des documents numériques
    1. L’écriture des documents numériques : approche ergonomique, Stéphane Caro Dambreville, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 279 p. – (Science informatique et SHS). – ISBN 978-2-7462-1369-2 : 60 €
  4. D’utiles pistes sur l’ergonomie et les usages des bibliothèques numériques
    1. Usages et pratiques dans les bibliothèques numériques, Sous la direction de Fabrice Papy, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 364 p. – (Traité IC2, série Management et gestion des STIC). – ISBN 978-2-7462-1655-6 : 85 €
  5. Un tour d’horizon des problématiques actuelles des archives d’entreprises
    1. Les archives d’entreprises : entre gestion patrimoniale et veille technologique. 6e journée des archives organisée par le service des archives de l’Université catholique de Louvain, 21 avril 2006, sous la direction de Véronique Fillieux, Louvain-la-Neuve : Academia-Bruylant, 2007. – 166 p. – (Publications des archives de l’Université catholique de Louvain ; 16). – ISBN 978-2-87209-870-5 : 19 €
  6. Un panorama des technologies de gestion de l’information non structurée
    1. L’information non structurée dans l’entreprise : usages et outils, Alain Garnier, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2007. – 247 p. – (Management et informatique). – ISBN 978-2-7462-1605-1 : 55 €
  7. Production, identification, diffusion, conservation, usages de la photographie
    1. Des clichés et des clics : le poids de l’image photographique dans la société de l’information, Groupe de travail Image numérique du Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) ; coordonné par Ruth Martinez, Paris : ADBS Éditions, 2007. – 113 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-094-9 : 22 €
  8. Une histoire de l’image très stimulante
    1. Une brève histoire de l’image, Michel Melot, Paris : L’œil Neuf, 2007. – 150 p. – (Une brève histoire). – ISBN 978-2-915543-20-9 : 14,90 €
  9. Nous avons aussi reçu
    1. Peu importe le support, l’écrit reste
      1. L’écrit confronté aux nouvelles technologies, Élisabeth Joly-Passant, Paris : Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ), 2006. – XIV-566 p. – (Bibliothèque de droit privé, ISSN 0520-0261 ; 465). – ISBN 2-275-03059-X : 44 €
    2. Questionnements sur l’organisation des connaissances
      1. Organisation des connaissances et société des savoirs : concepts, sages, acteurs, 6e colloque international du chapitre français de l’ISKO, 7 et 8 Juin 2007; Toulouse ; sous la direction de Gérard Régimbeau et Vivianet Couzinet, Toulouse : Université Paul Sabatier - LERASS-MICS Toulouse III, 2007. – 438 p. – 20 €
    3. Apprendre à faire face à des contrôles administratifs et judiciaires
      1. Guide pratique des visites inopinées et perquisitions dans l’entreprise : comment bien se préparer ? Quelle attitude adopter ? Que faire ensuite ?, Thomas Baudesson et Karine Huberfeld, Préface de Bernard Bouloc. – Paris : LexisNexis Litec, 2007. – XIII-154 p. – (LITEC professionnel : entreprise). – ISBN 978-2-7110-0776-9 : 20 €

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2008 (Vol. 45) , p. 68-77
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-2-page-68.htm.
DOI : 10.3917/docsi.452.0068.


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