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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/3 (Vol. 45)

  • Pages : 94
  • DOI : 10.3917/docsi.453.0042
  • Éditeur : A.D.B.S.

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« Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et les renseignements. [...] De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone, avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devait être aidée par une donnée ouïe, si la vision devait être complétée par une audition. [...] Et ce perfectionnement pourrait aller peut-être jusqu’à rendre automatique l’appel des données sur l’écran. »

Un véritable capital immatériel

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Malgré la clairvoyance de la description, Paul Otlet s’est trompé en écrivant en 1934 ce passage de son fameux Traité de Documentation[1][1] Paul Otlet, Traité de Documentation : le Livre sur.... Aucun « édifice immense » ne renferme aujourd’hui tout le savoir du monde. Grâce à l’avènement du web et des outils de gestion de contenu, ce sont des millions d’entreprises, de bibliothèques, de centres de documentation et d’individus qui publient des informations et font part de leurs connaissances.

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Après avoir bouleversé l’accès documentaire à distance, puis les réseaux internes avec les intranets, le paradigme du web est désormais remonté jusqu’à la production d’informations avec le concept de « gestion de contenu ». Le pragmatisme si caractéristique de l’innovation sur le Net s’est emparé de toute la chaîne documentaire : des applications sophistiquées et puissantes pour les grands comptes, mais également de petits logiciels faciles et rapides pour le reporter du dimanche. Au lieu d’en diluer l’importance, comme on aurait pu le craindre, cette omniprésence du contenu n’a fait que renforcer la valeur stratégique de l’information. Les entreprises découvrent qu’elles possèdent un véritable capital immatériel. Les militants, en démocratie ou ailleurs, utilisent leurs blogs pour s’exprimer. Dans la presse, les contenus sont au cœur de toutes les stratégies de développement, même si on ne les considère trop souvent que comme une « surface d’exposition » pour la publicité.

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L’idée de gérer le cycle de vie de ses contenus, de les catégoriser, les sauvegarder, les diffuser, n’est évidemment pas nouvelle. Dès les années quatre-vingt, le terme d’archivage électronique est apparu par analogie avec l’archivage papier traditionnel. La décennie suivante, les professionnels créèrent celui de GED (gestion électronique de documents) pour mieux signifier que le monde numérique devait d’abord se traiter depuis son versant vivant avant même d’envisager l’archivage de fonds clos.

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Le web du début des années quatre-vingt dix ne s’occupe, lui, que du « front », l’interface, et de l’accès aux données. Mais quand il s’est agi d’automatiser les processus de production, avec la création des premiers grands sites de multinationales, il a naturellement bénéficié de l’ensemble des progrès des technologies de l’information : groupware, workflow, knowledge management, etc. Les premiers systèmes de gestion de contenu ont donc rapidement mis en œuvre des concepts en développement depuis plusieurs années tels que la séparation du fond et de la forme, l’indexation de contenus, la gestion complexe de droits d’utilisateurs, puis la publication sur de multiples canaux. Des problématiques concernant au premier chef les professionnels de l’information.

Un pôle de découverte

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Nous avons souhaité vous proposer un dossier d’une grande lisibilité, bâti autour de trois pôles indépendants, à lire linéairement ou dans le désordre, selon les besoins et les envies : découvrir le domaine, lancer le projet, approfondir les enjeux. L’initiation, la méthodologie, la réflexion.

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Car la gestion de contenu, c’est d’abord un univers lexicologique et fonctionnel assez complexe à appréhender. C’est également un marché dont l’offre peut s’avérer parfois difficilement lisible : grand nombre de logiciels, palette fonctionnelle large, effets de mode, importance du modèle libre et de ses particularités, etc. En outre, la gestion d’un site web n’est plus aujourd’hui l’affaire d’un seul individu, le mythique webmaster, mais implique une équipe de professionnels aux compétences multiples, au sein de laquelle les professionnels de l’information ont tout naturellement une place à conquérir. Le premier pôle de ce dossier s’attache donc à dresser un état des lieux de la gestion de contenu web afin de donner au lecteur les premières clés de compréhension.

Un pôle orienté vers l’action

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Sur le plan méthodologique, un projet de gestion de contenu ne diffère guère dans ses grandes lignes d’un projet informatique classique. Il comporte néanmoins un certain nombre de particularités qu’il convient de bien connaître si l’on veut parvenir à ses objectifs, comme vient nous le rappeler l’article introductif du deuxième pôle. Impactant l’organisation parfois dans sa globalité, le projet de gestion de contenu peut s’avérer une opportunité pour les documentalistes de recentrer leur activité en direction des principaux flux informationnels de l’entreprise. Au quotidien Libération, le projet d’ouvrir les archives à tous les internautes directement depuis le site a permis au service de documentation d’intégrer le système de gestion de contenu, pour travailler côte à côte avec les journalistes.

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Cependant, en digne enfant du web, la gestion de contenu est accessible à tous, du moins dans ses principes de base. De multiples logiciels de création de sites ou de blogs permettent de démarrer à moindre frais un projet de gestion de contenu, avant d’adopter éventuellement des solutions fonctionnellement plus complètes.

Un pôle stratégique

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Il nous semblait enfin important de consacrer un pôle entier aux enjeux de la gestion de contenu sur le web. Au premier rang desquels doit figurer la qualité. Industrialisation des processus, respect des standards et accessibilité des contenus : des termes dont on parle de plus en plus sur le web et qui ne peuvent que mobiliser des professionnels rompus à la qualité documentaire.

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Autre enjeu : la préservation de son capital numérique. Pour y parvenir, un seul mot d’ordre : l’interopérabilité. Une notion en apparence complexe mais qui peut se résumer à la production de contenus exploitables par le plus grand nombre de personnes ou de machines, indépendamment des systèmes techniques utilisés. L’idée peut sembler évidente mais nous sommes encore loin du compte, tentés quotidiennement d’utiliser sans trop réfléchir les logiciels installés d’office sur notre bureau.

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Le capital numérique se valorise non seulement par ses actifs, mais également par les informations qui les décrivent. Un contenu non ou mal décrit ne pourra en effet être exploité, diffusé, échangé ni même vendu. Les métadonnées sont donc devenues des outils indispensables à la distribution, la réutilisation et l’agrégation des informations numériques.

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En terme de diffusion, le phénomène 2.0, s’il n’a pas révolutionné le web, a révélé de nouvelles règles du jeu autour de la notion même de contenu : irruption du commentaire, dilution de la source, recomposition continuelle de l’information. Parallèlement, sans faire la « une » des journaux, le modèle de l’hypertexte, fondement même de l’expérience web, continue d’évoluer et de faire l’objet de recherches.

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Un constat rassurant qui promet un bel avenir à la gestion de contenu web, aux professionnels impliqués et… à la prophétie d’Otlet !

Notes

[1]

Paul Otlet, Traité de Documentation : le Livre sur le Livre. Théorie et pratique, Bruxelles, Editiones Mundaneum, Palais Mondial, 1934, p. 428.

Résumé

Français

Certes démocratisée, la gestion de contenu n’en possède pas moins son versant expert. Un versant plus abrupt, complexe dans ses dimensions techniques, en pleine évolution quant à la répartition des rôles et porteur d’enjeux fondamentaux d’accessibilité et de préservation des contenus qui ne peuvent que mobiliser l’intérêt et les ressources des professionnels de l’information. Ce dossier en trois temps, bâti par Olivier Roumieux, leur met le marché en main...

English

Available to all, content management still requires a professional approach, along a steeper slope, technically complex, with ever-evolving roles. These issues raise fundamental questions about accessibility and preservation that cannot fail to mobilize the interest and the resources of information professionals.

Español

Aunque democratizada, la gestión del contenido tiene sin duda su vertiente experta. Una vertiente más abrupta, compleja en sus dimensiones técnicas, en plena evolución en cuanto a la repartición de las funciones y con apuestas fundamentales de accesibilidad y de preservación de los contenidos que presentan un interés y los recursos de los profesionales de la información

Deutsch

Das Contentmanagement ist zwar demokratisiert, erfordert aber trotzdem eine gute Portion Fachwissen. Dieser Hang zum Fachwissen ist unvermittelt, komplex in seinen technischen Dimensionen, in fortlaufender Entwicklung in Bezug auf die Rollenverteilung, und Träger bedeutender Herausforderungen der Zugänglichkeit und der Konservierung von Inhalten – Themen, die das Interesse und die Ressourcen von Information Professionals mobilisieren.

Pour citer cet article

Roumieux Olivier, « Une place à conquérir », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2008 (Vol. 45) , p. 42-43
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-3-page-42.htm.
DOI : 10.3917/docsi.453.0042.


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