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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/4 (Vol. 45)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.454.0030
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Discipline montante des métiers de l’information, la veille commence à s’imposer dans les nombreux rouages des entreprises et organisations, quels que soient leurs tailles, secteur d’activité et type de management. Alors que le « bruit informationnel » atteint des niveaux jamais observés auparavant et que la consommation d’informations se fait frénétique, la perspective de pouvoir détecter changements, dangers, opportunités, idées nouvelles ou partenaires séduit forcément de plus en plus de monde.

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Mais force est de constater que, si la nécessité de la veille fait globalement l’unanimité, de nombreuses questions se posent encore aujourd’hui, tant chez les aspirants à la fonction que chez ses praticiens ou parmi les décideurs et responsables d’entreprises. Quel est le profil type du veilleur, existe-t-il un mode opératoire idéal pour un système de veille, comment rationaliser le choix des outils ? Même entre experts, on constate des divergences sensibles dans le discours et les préconisations.

Des contours encore flous…

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En effet, un immense besoin de clarification se manifeste autour du concept et de la discipline liée. Que la terminologie ait sa part de responsabilité dans ce flou cognitif, n’en doutons pas ! Car le mot « veille » résonne plus comme demi-sommeil (d’un œil !), que comme vigilance extrême. Mais elle n’est pas seule en cause : les incidents frontaliers avec d’autres métiers de l’information (documentation et intelligence économique, pour ne pas les citer), ce côté « pâte à modeler » un peu déstabilisant (la veille se vit majestueusement stratégique, ou discrètement thématique), et un état d’esprit un peu libertaire pour l’entreprise française (affichage des valeurs de transversalité, de partage, d’ouverture, voire d’impertinence) – autant d’éléments qui ne simplifient pas la vision globale…

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Sans parler des fameux outils de la veille qui, s’ils ne s’autoproclament plus « agents intelligents », osent toujours des promesses audacieuses. Or la technologie seule ne suffit pas : un bon traitement de texte ne fera pas de vous un meilleur écrivain, ni ne composera vos rapports, il facilitera seulement le processus de rédaction. Il en est de même des solutions logicielles, toutefois incontournables pour assister la mise en œuvre de la veille.

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L’objectif premier de ce dossier est donc de clarifier les idées sur le sujet de la veille, d’en présenter les « fondamentaux » en termes de concept, de cible, de méthodes, et d’outils : Jean-Pierre Bernat positionnera ainsi clairement la veille comme un « outil de prise de décision » bien loin des pratiques d’espionnage (p.32), quand l’article de Josette Bruffaerts-Thomas (p.36) permettra de mesurer les diversités d’approches selon les pays. On en viendra peut-être alors à « surveiller comme les Chinois, analyser comme les Français, agir comme les Américains », selon le mot récent de Abdemalek Alaoui, gérant de la société de veille marocaine Global Intelligence Partners.

Mais de riches perspectives d’évolution…

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Au-delà d’un passionnant tour d’horizon, ce dossier fait aussi le pari de baliser à la fois les « points de dissonance » de la veille et ses « marqueurs d’évolution » : entreprise essentielle, car ce sont ces éléments qui décideront de l’avenir d’une discipline récente, certes mature, mais qui par de nombreux côtés se cherche encore. Ainsi, on trouvera au fil des articles les « signaux faibles de la veille », soit clairement énoncés, soit plus subtilement évoqués. S’il vous appartient de les détecter tous, voici à mon avis les plus saillants.

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• Tous veilleurs… « Tout collaborateur acquiert peu à peu ses propres compétences en veille » constate Michel Remize (p.69). L’arrivée dans les entreprises de la « web génération » accentue d’ailleurs le phénomène. Et puis, n’est-il pas « souhaitable qu’à terme chaque travailleur du savoir soit capable de surveiller ce qui l’intéresse au quotidien » ?, s’interroge Christophe Deschamps (p.52).

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• De l’analyse à la recommandation. Mais si chacun s’approprie réflexes, méthodes et outils de veille, que reste-t-il de spécifique dans l’action du veilleur ? « L’ingénierie de la veille » répondront Alpha Diallo et Aref Jdey (p.60) ; « l’analyse », nous diront Anne-Marie Libmann (p.38), Muriel Semerini (p.66) ou encore Jacqueline Sala (p.68). Il s’agit là, bien sûr, du travail humain d’analyse à haute valeur ajoutée, mais Philippe Bonny rappellera (p.46) l’aide récente qu’apportent les outils « par une analyse automatique du contenu informationnel ».

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En partant de l’analyse, qui exige déjà une plus grande proximité avec la stratégie, on reste encore loin de la préconisation : Stéphane Dumas (p.64) franchira ce pas en plaidant pour une veille productrice de « documents de recommandation », capable d’« alimenter la réflexion prospective ». Pourquoi alors ne pas parler d’« intelligence décisionnelle », comme le fait Patrice François (p.56) ?

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• Va et vient sur les sources. Mais bien avant l’analyse intervient l’étape de sélection des sources, et l’estimation de leur fiabilité. Après les temps ancestraux de sources bien identifiées mais d’accès difficile, arrive la période euphorique des années 1990 où l’on ne jure plus que par les grands flux multisources, web en tête. Puis, comme le rappelle Véronique Mesguich (p.58), la multiplication du nombre de sources et de producteurs d’information, amplifiée par les nouveaux usages du web 2.0, donne un nouveau sens à la for­mule-choc : « information is where you find it ». Et François Libmann (p.42) de souligner la conséquence logique de cette explosion chez les professionnels de la veille : « une attention renforcée à la qualification des sources d’information ».

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Mais ce n’est pas terminé, prophétise Alain Garnier : « Cette "doxa" des sources en vigueur aujourd’hui va à nouveau être mise à mal par leur multiplication et profusion, ce qui conduira à nouveau à un besoin de filtrage "méta" des sources par leur contenu. » (p.49)

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• Le paradigme du réseau. Jean-Pierre Bernat nous a avertis (p.32) : « un grand danger guette le veilleur, celui de l’isolement », et Alpha Diallo et Aref Jdey (p.60) confirment que le mouvement collaboratif, globalement en marche dans les entreprises, investit toutes les mailles du système de veille. Et si, s’interrogent les auteurs, « une veille considérée comme stratégique était la forme ultime d’un dispositif de veille dite collaborative ? »

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Il est vrai que les plates-formes logicielles favorisent le travail collaboratif, insiste Alain Beauvieux (p.56) : « la transversalité induite (…) oblige à un travail d’équipe et donc à un partage d’informations ».

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C’est aussi la notion de réseau qui est à la base de plates-formes de veille par filières comme celle que nous présente Céline Bergeret (p.63). Attention toutefois de ne pas confondre les principes à la mode de veille mutualisée avec des « revues de presse améliorées », précise Sylviane Descharmes (p.40).

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On pourrait encore parler des mécanismes de confiance dans un système de veille, de l’avènement de veilleurs engagés, des signes de retour à une information à valeur ajoutée payante, de serendipité, de la notion très riche de « tableaux de bord » ou encore du travail à mener sur les « ignorances de l’entreprise »… Mais puisque, selon Bernard Besson, « la vitesse a remplacé le secret », coupons court à cette introduction, et pénétrons concrètement dans le monde de la veille. •

Résumé

Français

Discipline à part entière des sciences de l’information, pratiquée par de nombreux professionnels, la veille continue pourtant de susciter interrogations (voire perplexité) dans le monde protéiforme de l’information-documentation. En reposant la question des objectifs et des compétences, en faisant le point sur les définitions et les usages, et en essayant d’imaginer les évolutions possibles, Armelle Thomas tente, dans ce dossier qui donne la parole à de nombreux experts et praticiens, de proposer une vision plus claire des enjeux et des apports de ce « nouveau monde ».

English

As a distinct field of information science practiced by numerous professionals, strategic intelligence continues nevertheless to raise questions (even perplexity) in the protean world of information and library science. By raising the question of goals and skills, reviewing definitions and usage and envisaging potential developments, Armelle Thomas presents, via this collection of articles by numerous experts and practitioners, a clearer vision of the issues and contributions of this “new world”.

Español

Disciplina de pleno derecho de las ciencias de la información, practicada por muchos profesionales, sin embargo la vigilancia sigue suscitando interrogaciones (incluso perplejidad) en el mundo proteiforme de la información-documentación. Interrogándose sobre los objetivos y sobre las competencias, analizando la situación sobre las definiciones y los usos, e imaginando las evoluciones posibles, Armelle Thomas trata de proponer una visión más clara de las apuestas y de las aportaciones de este « nuevo mundo » en este dossier que concede la palabra a muchos peritos y a los que practican.

Deutsch

Die Beobachtung ist ein Fachgebiet außerhalb der Informationswissenschaft, jedoch von vielen Information Professionals praktiziert, und provoziert daher Hinterfragungen (und sogar Unverständnis) im vielseitigen Bereich der Information und Dokumentation. In diesem Dossier, das viele Experten und Praktiker zu Wort kommen lässt, versucht Armelle Thomas, eine bessere Ansicht der Herausforderungen und Nutzen dieser „neuen Welt“ zu beschreiben, indem sie die Frage nach den Zielen und den Kompetenzen stellt, die Definitionen und Nutzungsarten beschreibt, und mögliche Entwicklungen vorstellt.

Pour citer cet article

Thomas Armelle, « Parce que la veille bouge », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2008 (Vol. 45) , p. 30-31
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-4-page-30.htm.
DOI : 10.3917/docsi.454.0030.


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