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Documentaliste-Sciences de l'Information

2008/4 (Vol. 45)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.454.0072
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L?introduction des nouvelles techniques dans l'univers du travail

Écrire, calculer, classer : comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940). Delphine Gardey; Paris : La Découverte, 2008. 320 p. (Textes à l'appui). ISBN 978-2-7071-5367-8 : 25 €

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«Ecrire, calculer, classer ». La formule pourrait faire penser au programme d?un ministre de l'Éducation en mal d?innovation pédagogique... Il ne s?agit pas pourtant, pour Delphine Gadrey, d?évoquer - du moins de manière directe - la question de la transmission des connaissances fondamentales, mais d?analyser des actions et des pratiques, dans la veine de l'étude de ce que Michel de Certeau appelait les « arts de faire ». Sont en effet évoqués dans cet ouvrage dense et minutieux les phénomènes liés à l'introduction massive de nouvelles techniques d?écriture et de calcul dans l'univers du travail, notamment les bureaux, durant tout le XIXe et la première moitié du XXe siècle.

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Le sous-titre éclaire le propos du livre et souligne deux phénomènes essentiels : si l'on réserve en général le mot de révolution à la période ultérieure, désignant par là l'apport de l'informatique dans le « traitement de l'information », cette technique n?a été souvent au départ utilisée que dans l'optique de mécaniser, puis d?automatiser des pratiques bien antérieures ; des activités apparemment aussi banales et ancrées dans le quotidien que la copie, le classement, la prise de notes, le calcul, ont des effets considérables en matière d?organisation, de management et de transformation des modes de travail. Tel est le propos qui sous-tend l'ensemble de ce travail.

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C?est donc à la déclinaison de cette idée générale que s?est attelée Delphine Gadrey, historienne et sociologue, à travers une enquête historique fouillée. Mais les préoccupations sociologiques, ethno­graphiques et informationnelles sont loin d?être absentes de son enquête ; elles en constituent même une facette particulièrement originale qui éveille bien des échos sur les analyses faites actuellement par rapport au développement des « TIC » dans l'univers du travail humain. À ce titre, ce travail ne peut manquer d?intéresser les lecteurs de Documentaliste - Sciences de l'information, qu?ils soient praticiens, chercheurs ou pédagogues.

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L?ouvrage est divisé en sept chapitres principaux, dont l'entrée est désignée par un verbe, ou plus précisément par une action, puisque le « faire » est au c?ur des préoccupations de Delphine Gardey. Parmi l'ensemble des pistes de réflexion, très nombreuses, que suscite la lecture de cet ouvrage foisonnant, nous retiendrons trois principales.

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La première concerne le rapport de la technique à l'organisation. De ce point de vue, le passé éclaire fortement le présent. Delphine Gardey montre que la duplication, la normalisation des formes, le calcul, la rigueur du classement ne sont pas produits par les objets techniques tels que le papier carbone, la fiche cartonnée ou la plume métallique, mais qu?ils sont rendus nécessaires par l'expansion du capitalisme qui exige toujours plus de contrôle, d?évaluation et de gains de productivité. C?est surtout mû par ce puissant ressort que l'invention, ensuite, propose, ajuste et combine des apports techniques pour proposer des solutions qui se traduisent immanquablement dans de nouvelles formes d?organisation, dans la firme et, bien au-delà, dans la société. Si l'auteure a choisi, pour séquencer son ouvrage, d?énumérer un certain nombre d?actions qui caractérisent cette mutation, elle ne manque pas de souligner que toutes ces actions se combinent entre elles pour converger vers un véritable système : « Simples jeux de formes, les systèmes informent finalement l'ensemble d?une économie dont ils redéfinissent les conditions de production autant que le produit. » (p. 250)

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La deuxième réflexion concerne la façon dont ces techniques sont adoptées dans différents secteurs de l'économie et comment elles se transfèrent d?un univers à un autre. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, c?est le plus souvent le secteur de l'administration de l'État, notamment en Angleterre, qui est à l'origine de nouveaux modes de « traitement de l'information ». En effet « l'administration de l'État est l'un des rares exemples d?activité de grande échelle pour l'industrie » (p. 272), qui importe directement certaines techniques, dans les chemins de fer, par exemple.

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Enfin - et ce n?est pas le moindre apport de ce travail - l'auteure insiste sur les impacts cognitifs, à la fois de la réorganisation d?ensemble et de l'usage particulier de chacune des nouvelles inventions techniques qui voit le jour pendant la période étudiée. Les outils, calculateurs, machines à écrire et à dupliquer, mais aussi les meubles, les modes d?organisation spatiale des bureaux introduisent une nouvelle distance entre l'individu et sa tâche. Ils l'encadrent et figurent, selon le mot de Bruno Latour, comme des éléments « non humains » dans un ensemble organique. Il ne s?agit pas moins que d?une « nouvelle présence au monde », puisque le monde du travailleur appareillé est un monde pris dans des formes de description qui privilégient la dimension rationnelle du calcul, de la mise en fiches, de la représentation statistique, de la modélisation par les graphiques.

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« Ces nouvelles techniques symboliques et formelles peuvent être définies comme des technologies de distanciation des relations immédiates, affectives ou sensorielles au monde. C?est en ce sens qu?elles contribuent à un nouveau régime très systématique de signification du monde comme donnée. Une expression à la fois conceptuelle et formelle qui autorise d?autres extrapolations, sous la forme de l'exploitation et du traitement statistique mécanique, par exemple, et qui se présente aussi comme un nouveau sens commun et partagé à propos de ce qu?est le monde et de ce qu?il convient d?en faire. » (p.288)

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En concluant son ouvrage sur ces mots, Delphine Gardey nous renvoie directement, par rapport à des techniques et méthodes qui nous paraissent déjà si vieillottes, voire parfois ridicules, à notre présent de travailleurs : rivés à nos ordinateurs, harcelés par les messageries, contraints par les formes à l'écran, redevables de toutes sortes de reporting, soumis en permanence à l'évaluation de nos actions, nous sommes sans doute beaucoup plus proches de nos grands-parents en blouse grise que la mode et l'idéologie voudraient nous le faire croire.

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Dominique Cotte

Un cadre de réflexion stimulant et une salutaire remise en perspective

La grande conversion numérique. Milad Doueihi; Traduction de Paul Chemla. Paris : Seuil, 2008. 275 p. (Librairie du XXe et du XXIe siècles ). ISBN 978-2-02-096490-6 : 19 ?

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Dès lors qu?il est question de TIC et particulièrement de « numérique », nombreux sont les ouvrages qui se situent dans une veine dithyrambique et vantent les lendemains qui chantent, au risque d?être régulièrement démentis par l'évolution des choses. Mais, en cette matière, le mode amnésique qui caractérise l'époque est favorable aux gourous, prédicateurs péremptoires et autres charlatans. Nous ne citerons pas de noms. L?intérêt du livre de Milad Doueihi est précisément d?aborder les questions liées au « numérique » d?une manière beaucoup plus subtile, balancée et interrogative. Si l'on devait résumer en deux phrases le propos qui sous-tend l'essentiel de l'ouvrage, il s?agirait de dire que, loin d?annoncer des ruptures radicales sur le mode du « avant/après » pour caractériser les phénomènes de la société numérique, l'auteur montre que nous sommes désormais placés de manière durable dans une sorte d?entre-deux, de situation de changement, d?hésitation permanente entre des états, mélangeant l'« avant » et l'« après » sans qu?apparaisse de ligne de césure radicale.

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Ainsi, Milad Doueihi aborde-t-il ce qu?il appelle la « conversion numérique » à travers une série d?exemples concrets, concernant la question de l'identité, des fractures numériques, de la démocratie en ligne, du logiciel libre ou de l'archive. Ce terme interpellateur de « conversion », utilisé dans le titre, revêt pour l'auteur deux sens distincts : religieux, dans la mesure où il est question d?un vrai basculement de l'esprit d?un monde de références dans un autre, comme lorsqu?on se convertit d?une religion donnée à une autre ; technique, lorsqu?il s?agit de rapprocher (en les convertissant, précisément), des formats, des documents, des fichiers. Le second sens nous paraît exprimer de manière plus profonde le message sous-jacent de l'auteur, car ce qui est converti une fois en informatique est susceptible d?être reconverti en permanence pour pouvoir perdurer, comme le savent bien tous ceux qui ont à traiter de l'archivage du document numérique, par exemple. Quand au sens religieux du terme, on peut supposer qu?il fait ici référence à la puissance qu?il faut déployer pour se convaincre de la nécessité de passer d?un mode de représentation à l'autre, compte tenu de l'ampleur des changements en vigueur.

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Ici la personnalité et la situation de Milad Doueihi, tel qu?il se décrit lui-même, peuvent nous aider à mieux cerner ce qu?il entend par ce terme de « conversion ». Historien du religieux dans l'Occident moderne, il est fellow à l'université de Glasgow, où il raconte, avec humour, comment ses collègues (dé)considèrent ses travaux en rapprochant ce qui touche à l'ordinateur du jeu, contre le travail sérieux de l'historien. Mais justement, c?est ce statut de « non-numéricien » qui rend légitime sa démarche ; l'auteur déplore que le débat sur le numérique soit « largement monopolisé par les technologues et les juristes : on n?y entend presque aucune voix humaniste » (p. 12).

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À notre sens, il est exagéré de constater, pour ce qui concerne la recherche française, « l'absence de toute participation active des littéraires à ce débat crucial » (p. 12). Toute la réflexion sur les « écrits d?écran », notamment, puise dans les études sur l'économie du texte pour analyser ces nouveaux objets. Mais il paraît juste d?enfoncer le clou et de dire que la vision humaniste, la « culture littéraire et lettrée » sont essentielles pour aborder les mutations en cours. C?est bien à partir de cette approche que Milad Doueihi va s?intéresser à des objets qui sont en eux-mêmes très techniques, comme par exemple le phishing ou les captcha, ou à des questions d?ordre juridique comme la valeur de preuve des documents, en revenant en permanence à la façon dont ces questions et des objets du même type ont évolué à travers l'histoire. Ce recours à la dimension historique fournit un éclairage nuancé puisqu?il permet de saisir ce qui emprunte à des formes déjà connues et qui se recomposent dans un mouvement souvent douloureux, et ce qui relève de l'invention de nouvelles formes, de nouveaux comportements, services et outils.

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L?ouvrage entrelace ainsi constamment description précise d?éléments et objets techniques et pensée réfléchie sur leur destinée et leurs effets de fond à l'échelle de la société. Le lecteur, immergé dans ses pratiques numériques au quotidien, qu?elles relèvent de son activité privée ou professionnelle, y trouvera un cadre stimulant de réflexion intellectuelle et une remise en perspective salutaire.

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Dominique Cotte

Une réflexion de grande actualité sur la société de la connaissance

Tutoyer le savoir : une économie solidaire de la société de l'information et de la connaissance. Cécil Guitart; Préface de Michel Serres. Grenoble : La Pensée sauvage, 2007. 206 p. ISBN 978-2-85919-229-7 : 20 ?

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Cécil Guitart, qui fut directeur du Pôle européen universitaire et scientifique des universités de Grenoble, est conservateur général honoraire des bibliothèques. Dans cet essai, il nous livre ses réflexions critiques sur le monde de l'information dans une perspective visant à relier plusieurs notions entre elles : le savoir et la connaissance, leur diffusion ; l'économie et la société de l'information ; l'économie solidaire et le développement durable. Préfaçant cet ouvrage, Michel Serres demande « aux universitaires [?] d?échanger avec nous le vrai savoir qui nous sauve de la misère ».

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Tout cet essai est contenu dans son titre : « Tutoyer le savoir » signifie être au plus proche de lui et surtout le partager. Comment le savoir s?échange et se partage-t-il ? Le chapitre I, « Société de l'information et du savoir », revient aux sources du savoir, en abordant les savoirs académiques (universités, centres de recherches, politiques de recherche, etc.) et les savoirs populaires (universités populaires, cafés philosophiques, technologies du web 2.0 comme les blogs et wikis, etc.). Le savoir est diffusé par plusieurs médias : les bibliothèques et musées, la culture scientifique et technique, la presse et autres médias.

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Le chapitre II, « Économie sociale et solidaire », rappelle quelques fondamentaux pour comprendre ce qu?est l'économie solidaire. Remontant à la Révolution française, exposant ce que sont le libéralisme et le socialisme, Cécil Guitart en appelle à la doctrine et à un certain nombre d?auteurs tels Karl Polanyi, Ladislav Dowbor, Amartya Sen, Roger Sue. « Les métamorphoses économiques et sociales » sont représentées au travers des écrits de Joffre Dumazedier pour l'économie des loisirs, André Gorz pour le travail et Robert Castel pour la question sociale. Il est nécessaire de comprendre quels sont les nouveaux indicateurs de richesse (notamment environnementaux) et les limites du produit intérieur brut (PIB). Enfin, « le développement humain durable » envisage d?autres regards sur la croissance et ce que l'auteur appelle « l'insécurité sociale ». Comment atteindre « un monde équitable et durable » ? : au travers d?un défi civique, en développant une manière de mieux vivre, en adoptant une économie solidaire qui considère le partage, la générosité, l'engagement, et en « humanisant l'économie ».

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Le chapitre III, « Une économie solidaire de la société de l'information », propose un nouveau modèle de société et se fonde pour cela sur de nouvelles approches scientifiques, cognitives et sociales. Le savoir est produit et se construit grâce à des mutations pédagogiques, à une plus grande ouverture sur le monde. L?accès au savoir est possible avec le nouvel âge numérique, et l'économie générale de la connaissance est transformée par « le bien commun ». Au plan cognitif, l'auteur souligne la démocratisation de l'enseignement et des approches plus solidaires. Enfin, il propose, au plan social, d?enrichir l'intérêt général, de « démocratiser la démocratie » et de terminer le chantier de la décentralisation.

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En conclusion, au vu de l'accumulation des crises diverses (du système éducatif, de l'économie, du politique, etc.), il existe des stratégies pour s?en sortir et changer le monde : en quelques pages, Cécil Guitart développe quelques idées pour « changer le monde », afin de dégager des « énergies pour demain », de définir « l'homme et la société du futur » et « métamorphoser le politique ».

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Faisant appel à de nombreux auteurs et théoriciens, ce livre est un foisonnement d?idées et de propositions pour un monde meilleur, ce qui le rend attachant. La difficulté est d?assimiler ce foisonnement pour que la lecture suive un fil conducteur. Ouvrage généreux et militant, qui pourrait être qualifié d?utopique, Tutoyer le savoir est de grande actualité.

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Jean-Philippe Accart

Un nouveau type de document devenu indispensable

Créer, trouver et exploiter les blogs. Olivier Ertzscheid; Paris : ADBS Éditions, 2008. 64 p. L?essentiel, ISSN 1773-729X). ISBN 978-2-84365-102-1 : 15 ?

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«J?ai dix ans », proclame l'introduction de ce texte qui veut dire l'essentiel sur ce nouveau type de document qui occupe aujourd?hui « une place centrale dans notre accès quotidien à l'information ». Mais pourquoi cet ouvrage et comment s?y repérer ? demande l'auteur qui (sans pour autant citer Bergson !) invite à le considérer « comme celui d?un instant ». Ceci en direction d?un large public aux niveaux de connaissances fort différenciés, allant du débutant à l'expert.

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« Les premiers éléments contextuels » (chapitre 1) entendent situer les blogs dans le temps des pionniers, ceux des early-adopters et le temps d?aujourd?hui. Ceci permet, à travers quelques dates et quelques chiffres, de comprendre l'importance du phénomène blog que l'auteur s?applique à expliquer de façon chronologique.

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« Comment ça marche ? », interroge, dans le deuxième chapitre, le technicien qui explique de façon fort synthétique ce que sont les blogs, les raisons de leur succès, leurs fonctionnalités spécifiques et comment s?y prendre pour créer son propre blog.

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« Où trouver des blogs et qu?en faire ? », interroge ensuite le professionnel de l'information, maître de conférences à l'université de la Roche-sur-Yon. La réponse, très pédagogique, bien illustrée, est synthétisée dans un tableau que les documentalistes ne manqueront pas d?exploiter, puisqu?il donne des conseils pour une recherche efficace.

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« Quelle typologie pour quels contenus ? », interroge enfin le « socioblogeur ». La réponse permet au lecteur de comprendre la diversité de ce nouveau type de document qui intéresse un public très large et hétérogène d?utilisateurs.

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« J?ai dix ans? de plus », constate en guise de conclusion l'auteur de ce document dense et ultra-synthétique qui s?adresse de façon claire et pédagogique aux blogeurs débutants, cibles principales de son texte. Les étudiants en science de l'information ou de la communication y trouveront, comme l'indique la collection, l'essentiel sur? Cependant Olivier Ertzscheid écrit également pour les moins débutants, auxquels il propose une synthèse de grande qualité et qui pourrait faire bonne figure dans une « Encyclopédie de l'instant », dédiée à toutes les nouveautés qui envahissent nos environnements professionnels, mais qui reste à écrire !

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Marie-France.Blanquet

L?évolution du document numérique dans son rapport à l'espace

Entre information et communication, les nouveaux espaces du document. Coordonné par Annette Béguin, Stéphane Chaudiron et Éric Delamotte; Lille : Université Charles de Gaulle- Lille 3, 2007. 154 p. Numéro de : Études de communication : langages, information, médiations, n °30, 2007. ISBN 978-2-9514961-9-4 : 16 ?

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Dans l'introduction, Annette Béguin, Stéphane Chaudiron et Éric Delamotte explicitent la double volonté qui donne naissance à ce dossier. Il s?agit de conforter les échanges scientifiques entre les professionnels de l'information et de la communication et de susciter la réflexion sur la thématique des nouveaux espaces documentaires. Ainsi, les sept articles composant ce travail répondent au souci de questionner l'évolution du document dans son rapport à l'espace quand il devient numérique.

La redocumentarisation

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Jean-Michel Salaün ouvre le débat avec « La redocumentarisation : un défi pour les sciences de l'information ». Pour faire comprendre ce concept, il retrace dans une perspective historique les ordres documentaires et résume dans un tableau les âges successifs de la documentarisation et de la redocumentarisation, « âges accompagnant des organisations sociales et idéologiques différentes ». Ses réflexions sur les trois dimensions du document et de la documentarisation l'entraînent à annoncer le repositionnement des sciences de l'information, véritable défi lancé aux chercheurs, comme l'annonce le titre donné à sa contribution.

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Dominique Cotte se penche sur « L?espace de travail et [la] logique documentaire ». Rappeler que « document et espace sont deux notions qui naturellement ont partie liée » le conduit à examiner l'espace du document et ses avatars puis à analyser l'espace de travail comme lieu de classement. Évoquant les études de Fischler et Lalhou, il montre l'importance de la distribution spatiale des documents dans l'espace du bureau, ce qui l'entraîne à examiner les applications informatiques d?entreprise comme métaphores de l'espace social.

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Cécile Payeur et Manuel Zacklad décrivent les « Dispositifs d?articulation entre espaces physiques et virtuels pour accéder à l'offre de presse ». Ce qui les intéresse, c?est l'intersection des espaces constitués par le kiosque traditionnel et le kiosque numérique de distribution de journaux. En s?appuyant sur des schémas, ils explicitent le modèle PANUD (modèle hybride PApier NUmérique d?édition Diffusion) destiné à proposer une représentation des cheminements du document jusqu?aux espaces de lecture. Cela leur permet de démontrer que le document subit des transformations éditoriales successives pour ouvrir sur un espace hybride, à la fois physique et numérique.

Les espaces documentaires

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Sylvie Dalbin et Brigitte Guyot voient les « Documents en action [c?est-à-dire porteurs d?informations liées à l'action] dans une organisation : des négociations à plusieurs niveaux ». Elles distinguent deux grandes familles d?espaces documentaires liés au modèle auteur (produire pour soi) ou au modèle de service (produire pour autrui). Ainsi le document crée un espace de sens qui anticipe sur une action potentielle. Les auteures illustrent leurs propos avec deux exemples de documents négociés, avant de conclure qu?un certain nombre de malentendus d?ordre organisationnel ou technique peuvent être liés à un défaut de négociations.

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En s?appuyant sur des entretiens menés auprès de professionnels de l'éducation nationale et de l'enseignement agricole, Cécile Gardiès, Patrick Fraysse et Caroline Courbières mesurent « Distance et immédiateté : incidences du document numérique sur le traitement de l'information ». Leur enquête les conduit à poser l'hypothèse que la crainte de la non-accessibilité immédiate du document primaire entraîne les professionnels dans la création accrue de documents secondaires. Les auteurs invitent ces professionnels à revenir sur les fondamentaux documentaires pour « concilier l'absence/présence du document? et [?] faciliter son appréhension tant pour eux-mêmes que pour leurs usagers ».

Les espaces de l'Internet

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Les deux derniers articles de ce dossier ouvrent sur les espaces créés par Internet. Éric Guichard écrit sur « L?Internet et le territoire » pour expliciter la façon dont l'informatique et l'Internet réorganisent, avec la carte électronique, des territoires qui n?ont rien à voir avec des données qui leur sont associées. En s?appuyant sur des exemples concrets, il analyse les territoires de l'Internet, démontrant ainsi qu?une nouvelle écriture informatique permet de fabriquer de nouveaux territoires et de nouvelles cartes.

Un défi pour les sciences de l'information

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Xavier Sence clôture ce dossier en parcourant « De l'espace du document numérique à l'espace d?Internet : projet d?une pensée (im)possible ». Il caractérise l'espace du document numérique comme espace calculé et indéterminé. L?espace d?Internet est, quant à lui, celui d?un réseau fragmenté et in(dé)fini. Mais quelle pensée pour ces espaces ? Comment, en effet, penser les flux d?Internet ou comment penser le document à l'heure d?Internet ?

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Le lecteur qui connaît le GERIICO (Groupe d?Etudes et de Recherche Interdisciplinaire en Information et COmmunication), éditeur d?Études de communication, n?est pas surpris par la scientificité des textes qui composent ce numéro spécial. Certes, les articles sont plus ou moins originaux par rapport au thème proposé ou aux centres d?intérêt des lecteurs. Les deux derniers textes, par exemple, nous semblent apporter une pierre réellement nouvelle pour le professionnel de l'information qui connaît déjà les études du groupe Roger T. Pédauque, (trop ?) présent dans de nombreux articles qui composent ce numéro.

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Pour le lecteur qui ne connaît pas le GERIICO, les titres des articles, leurs notes ainsi que leurs références bibliographiques, toutes issues de la littérature grise, lui permettent d?appréhender le niveau scientifique de ce document auquel il reprochera peut-être quelques redondances et quelques fautes d?orthographe. Espérons toutefois que ce dossier lui donnera envie d?aller à la rencontre du GERIICO et de ses travaux pour permettre que soit relevé le défi dont parle Jean-Michel Salaün et qui nous concerne tous, étudiants, praticiens, enseignants, chercheurs unis par une même science : celle de l'information et de la documentation.

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Marie-France.Blanquet

De nouveaux outils pour rendre les bibliothèques plus attractives

Le catalogue de la bibliothèque à l'heure du Web 2.0 : étude des opacs de nouvelle génération Tosca Consultants ; étude réalisée par Marc Maisonneuve; Paris : ADBS Éditions, 2008. 305 p. (Sciences et techniques de l'information, ISSN 1762-8288). ISBN 978-2-84365-105-2 : 26 ?

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Un livre ? Non : un immense tableau, un état de l'art exemplaire établi par cet ingénieur en informatique, bien connu dans le monde des professionnels de l'information et de la documentation.

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Dans l'introduction, Marc Maisonneuve explique brièvement pourquoi les nouveaux opacs semblent arriver à point nommé pour revaloriser les bibliothèques secouées par les exigences nouvelles des publics. Il y explicite également le contenu de l'étude mais surtout les questions clés qui lui ont permis de la mener de bout en bout.

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La première partie de son travail est consacrée à la présentation des opacs de nouvelle génération : quelle définition, quelle architecture et quels composants caractérisent ces nouveaux outils ? Par la suite, est présentée l'offre des logiciels, leurs fournisseurs, leurs coûts et leurs fonctionnalités principales, ainsi que les critères de choix retenus pour leur étude en profondeur livrée dans la seconde partie de l'ouvrage. La dernière section de ce chapitre propose une sélection de catalogues de bibliothèques à consulter. Ceci permet au lecteur de concrétiser les nombreuses données et les explications, synthétisées dans des schémas et des tableaux, apportées par l'auteur pour dire la spécificité et l'intérêt de ces nouveaux opacs.

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La deuxième partie présente l'analyse de dix logiciels du marché établie à partir d?une même grille que l'on peut décrire en trois temps. Elle contient des informations sur la société concernée, son offre progicielle et ses caractéristiques commerciales. La seconde partie de la grille « zoome » sur le logiciel retenu en présentant la conception générale et l'architecture du produit, en délimitant le périmètre des fonctionnalités de recherche illustrées par des pages écrans, et son accessibilité. La grille se termine par l'examen des prix tout en précisant la liberté de réponse laissée au fournisseur appelé à répondre à cette enquête.

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Les dix logiciels retenus sont proposés dans l'ordre alphabétique de leurs fournisseurs et non de l'appellation du produit examiné. Il s?agit d?AFI-Opac 2.0, Ermès et Incipio, Koha, SéZhame Opac, Primo, WebOpac, Encore, AquaBrowser Library, WorldCat Local et Visual Catalog.

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La présentation du questionnaire, un glossaire bienvenu pour se repérer dans les termes techniques, une liste de sigles ainsi que les adresses de sites web de référence en rapport avec les techniques employées dans la réalisation des opacs nouvelle génération sont donnés en annexe et clôturent cette solide étude. Cette dernière intéresse, certes, en premier chef les décideurs, à la tête de bibliothèques ou de systèmes d?information. Elle concerne également les étudiants curieux de comprendre non seulement les opacs de nouvelle génération mais aussi les évolutions professionnelles qu?ils annoncent. Enfin les enseignants en science de l'information utiliseront ce document comme exemple pour sa démarche de recherche rigoureuse, la clarté et la précision des explications apportées : un modèle d?état de l'art.

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Marie-France.Blanquet

Titres recensés

  1. L?introduction des nouvelles techniques dans l'univers du travail
    1. Écrire, calculer, classer : comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940). Delphine Gardey; Paris : La Découverte, 2008. 320 p. (Textes à l'appui). ISBN 978-2-7071-5367-8 : 25 €
  2. Un cadre de réflexion stimulant et une salutaire remise en perspective
    1. La grande conversion numérique. Milad Doueihi; Traduction de Paul Chemla. Paris : Seuil, 2008. 275 p. (Librairie du XXe et du XXIe siècles ). ISBN 978-2-02-096490-6 : 19 ?
  3. Une réflexion de grande actualité sur la société de la connaissance
    1. Tutoyer le savoir : une économie solidaire de la société de l'information et de la connaissance. Cécil Guitart; Préface de Michel Serres. Grenoble : La Pensée sauvage, 2007. 206 p. ISBN 978-2-85919-229-7 : 20 ?
  4. Un nouveau type de document devenu indispensable
    1. Créer, trouver et exploiter les blogs. Olivier Ertzscheid; Paris : ADBS Éditions, 2008. 64 p. L?essentiel, ISSN 1773-729X). ISBN 978-2-84365-102-1 : 15 ?
  5. L?évolution du document numérique dans son rapport à l'espace
    1. Entre information et communication, les nouveaux espaces du document. Coordonné par Annette Béguin, Stéphane Chaudiron et Éric Delamotte; Lille : Université Charles de Gaulle- Lille 3, 2007. 154 p. Numéro de : Études de communication : langages, information, médiations, n °30, 2007. ISBN 978-2-9514961-9-4 : 16 ?
      1. La redocumentarisation
      2. Les espaces documentaires
      3. Les espaces de l'Internet
      4. Un défi pour les sciences de l'information
  6. De nouveaux outils pour rendre les bibliothèques plus attractives
    1. Le catalogue de la bibliothèque à l'heure du Web 2.0 : étude des opacs de nouvelle génération Tosca Consultants ; étude réalisée par Marc Maisonneuve; Paris : ADBS Éditions, 2008. 305 p. (Sciences et techniques de l'information, ISSN 1762-8288). ISBN 978-2-84365-105-2 : 26 ?

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2008 (Vol. 45) , p. 72-77
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2008-4-page-72.htm.
DOI : 10.3917/docsi.454.0072.


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