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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/1 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.461.0018
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Traitements et pratiques documentaires : vers un changement de paradigme ?

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Colloque. Pour sa deuxième édition, la conférence Document numérique et Société, qui a eu lieu à Paris les 17 et 18 novembre 2008, avait choisi de privilégier l’observation des pratiques de terrain et d’encourager la construction de réflexions théoriques sur les concepts et les modèles qui renouvellent l’étude du champ documentaire et, par là même, éclairent sur les évolutions en cours des métiers de l’information-documentation.

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Quatre entrées principales étaient proposées lors de la conférence Document numérique et Société 2008 pour rendre compte des évolutions en cours du champ documentaire : les objets qui balisent l’espace documentaire, les acteurs impliqués dans la constitution de l’offre, les traitements documentaires, et les pratiques des usagers ainsi que leur accompagnement.

Les objets du champ documentaire

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Les communications retenues sous ce premier axe ont pointé, lors d’une session présidée par Pierre Cubaud (CNAM), les transformations de l’architecture du web sous-jacente aux documents numériques, les opacs et les logiciels métiers dans les bibliothèques et les centres de documentation.

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Jean-Marc Lecarpentier (Université de Caen) a souligné l’étroite dépendance du document numérique avec les technologies renouvelées du web : web services, syndication, widgets, etc., et les points de vue parfois divergents entre les web designers et les opérateurs de la normalisation du web sur le développement des contenus en ligne. Nicolas Bugnon et René Schneider (HEG Genève), à partir d’une étude quantitative et qualitative de trois opacs suisses, ont caractérisé les comportements de recherche et proposé des évolutions des interfaces, en prise avec le paradigme des moteurs grand public de l’Internet, tout en cherchant à préserver la richesse d’indexation proposée par les opacs. Claire Scopsi (INTD-CNAM) s’est intéressée à l’introduction des SIGB open source dans les bibliothèques et aux motivations associées des professionnels de l’information, l’allègement financier étant l’un des plus manifestes.

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Une seconde session, présidée par Geneviève Lallich (Université Lyon-1), a considéré les plate-formes pédagogiques (Thomas Kreczanik, Lyon-3), le renouvellement des agencements classificatoires dans les systèmes documentaires internes aux organisations, avec notamment l’exploitation de facettes et l’intégration de logiques propres au web socio-sémantique (Manuel Zacklad, Université de Troyes), enfin le renouvellement des pratiques de citations et des technologies de liens qui viennent s’y greffer dans le cadre de la documentation scientifique (Ghislaine Chartron, Elisabeth Caillon, CNAM).

Les acteurs de l’offre documentaire

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Présidé par Marc Minon (Cairn), cette session a porté l’attention sur les nouveaux entrants du web (Google et Yahoo, Amazon, Orange, Verizo, etc.), développant une stratégie au carrefour de l’économie des médias (financement par un tiers) et de l’économie des compteurs (exploitation des traces des usagers), qu’Hervé Le Crosnier a développée sous le concept de « vectorialisme », dans le sillage des travaux de Wark McKenzie (2004) sur les nouvelles formes de domination au travail. Benoît Epron (Enssib) a dressé les évolutions récentes du marché du livre numérique, caractérisée notamment par une offre en croissance, des supports de lecture renouvelés et de nouveaux acteurs de la distribution dans le contexte national. Enfin, une synthèse sur les outils de bookmarking a mis en perspective la maîtrise technique croissante des nouveaux acteurs des réseaux s’appuyant sur l’indexation collaborative et distribuée, ainsi que leur influence progressive dans les pratiques professionnelles (É. Broudoux, UVSQ).

Les traitements documentaires

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La session consacrée à l’évolution des traitements documentaires est celle qui a rassemblé le plus grand nombre de communications, réparties en trois séances présidées par Claudine Masse (ADBS), Stefan Gradmann (Humboldt-Universität de Berlin) et Brigitte Chapelain (Université Paris-13). Y furent principalement abordés les processus d’indexation, d’archivage, d’édition, d’éditorialisation et d’organisation des mémoires.

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Marie-Anne Chabin (Archive17) a ouvert la danse en rappelant les fondements de la diplomatique et son adaptation au numérique avec les normes liées au records management. La définition de la documentation d’entreprise a ensuite été revue par Dominique Cotte (Lille-3) dans son évolution vers le numérique en termes de description, circulation, stockage, recherche, dans l’univers du travail. Poursuivant l’observation de pratiques en entreprise, David Douyère (Paris-13) est revenu sur la distribution des rôles éditoriaux dans le cadre d’une appropriation collaborative d’un CMS installé sur un intranet d’entreprise.

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Marie-Hélène Lay (Université de Poitiers) a présenté une véritable étude de cas autour d’un outil d’aide à la rédaction de devis intégrant une formalisation documentaire facilitant le travail des non-initiés. Dany Bouchard, de l’Université de Montréal, a discuté de deux modèles de dépôts institutionnels d’articles scientifiques et a présenté Fedora, modèle hybride ajoutant les dimensions de réseaux d’acteurs, de services et de datasets à celles des revues et de documents. Poursuivant sur l’édition scientifique, Sylvie Grésillaud et Jacqueline Gillet (Inist-CNRS) présentaient la chaîne documentaire d’édition électronique gérée par l’Inist et rappelaient que « informatiste », terme usité au Maroc, traduisait bien les nouveaux métiers créés par l’informatique documentaire.

Repères

La conférence Document numérique et Société a été fondée en 2006 par Ghislaine Chartron (INTD-CNAM) et Évelyne Broudoux (IUT de Vélizy, UVSQ), à la suite des travaux du RTP-Doc et de l’auteur collectif Roger T. Pédauque.

La deuxième édition de cette manifestation s’est tenue les 17 et 18 novembre 2008 au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Elle a réuni environ 150 participants, enseignants-chercheurs, professionnels, étudiants, à la suite d’un appel ouvert à communications. Celui-ci a recueilli 45 propositions de communication ; 23 d’entre elles ont été sélectionnées par un comité scientifique sous le principe de la double évaluation à l’aveugle.

Les textes de toutes ces communications sont réunis en un volume publié par les éditions de l’ADBS (452 p., 27 €). www. adbs. fr

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Agnieszka Smolczewska et Geneviève Lallich-Boidin (Lyon-1) ont pointé les ambiguïtés provenant de l’édition numérique de collections patrimoniales qui provoquent le repositionnement des acteurs engagés dans ces processus. Thomas Lebarbé et Cécile Meynard (Grenoble-3) ont présenté leur travail collaboratif, nécessairement interdisciplinaire, autour de l’édition de manuscrits et de la création d’une plate-forme de gestion de manuscrits. Marion Consalvi (Sud-Toulon-Var) bouclait la partie « traitements » en présentant un retour d’expérience de médiation de l’information au sein d’un grand groupe industriel.

Les pratiques documentaires

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Sous la houlette de Jean Clément (Paris-8), la conférence s’est achevée sur un tour des pratiques documentaires des usagers. Centrées sur des activités de redocumentarisation et de recherche d’informations sur le web, ces pratiques concernent un large panel d’acteurs. Les amateurs ont ainsi d’abord été observés par Laure Tabary-Bolka (Lille-3) qui s’est concentrée sur les pratiques mimétiques de classement et d’indexation d’images par la « culture fan ». Patrick Pecatte (Soft Expérience) s’est appuyé sur les connaissances des abonnés de Flickr pour améliorer l’indexation d’un fonds historique de photos sur la bataille de Normandie. Autres acteurs concernés, les enseignants-chercheurs : leurs nouvelles manières de lire-écrire des documents numériques ont été recensées par Mohamed Ben Romdhane, Abderrazak Mkadmi et Sami Hachicha, de l’Institut supérieur de documentation de Tunis (ISD). La recherche d’informations fut le dernier thème abordé et l’indispensable intégration de la gestion de l’identité à la culture informationnelle a été circonscrite par Olivier Le Deuff (Université européenne de Bretagne).

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En alternant modèles théoriques, retours sur les pratiques, regards professionnels et études de cas, cette conférence a contribué à rendre compte des mouvements qui affectent un champ documentaire en restructuration : reconfigurations des acteurs autour de la chaîne documentaire, apparition d’une économie liée au captage des traces des usagers s’appropriant par ailleurs des techniques liées de près ou de loin à la documentation, architectures web migrant vers le calcul sur des données, intégration de plus en plus forte des fonctions documentaires dans les activités de travail sont à remarquer. Au même titre que la connexion en cours de mondes aux activités auparavant cloisonnées : monde informatique, monde documentaire professionnel, activités des amateurs, des éditeurs et des archithécaires. •

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Évelyne Broudoux

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Ghislaine Chartron

Compétences et mobilité des professionnels de l’ID

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Journée d’étude. « Exercer son métier dans un autre pays européen : pourquoi et comment ? » Tel était le sous-titre d’une journée proposée le 5 décembre 2008 par l’ADBS. Si l’espace européen permet à ses citoyens d’y travailler librement, quelle est la situation réelle des professionnels de l’information-documentation ?

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Le thème de cette journée a permis à huit intervenants de témoigner de leur expérience et de débattre sur les formations, les dispositifs et outils utiles pour réussir une mobilité géographique ou fonctionnelle.

Dispositifs pour étudier à l’étranger

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Jan Douat [1][1] Webmestre au service des relations internationales... a présenté les dispositifs favorisant la mobilité des étudiants en Europe. Le Processus de Bologne a facilité cette démarche grâce à la convergence des systèmes universitaires européens, l’adoption des crédits ECTS [2][2] ECTS : European Credits Transfer System. et la création d’autres dispositifs. Étudier à l’étranger offre plusieurs avantages : financiers (aides, bourses) et pédagogiques (crédits ECTS, double diplôme). Cela peut se faire dans le cadre d’un programme d’échange, type Erasmus, ou à titre individuel. Les stages, intégrés au cursus universitaire ou en entreprise (VIE [3][3] VIE : volontariat international en entreprise.), peuvent aussi déboucher sur une insertion professionnelle. Il reste cependant à convaincre les recruteurs de l’intérêt d’une formation à l’étranger alors que l’internationalisation des cursus se met en place.

Mobilité des professionnels : quelles compétences ?

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Corinne Delord [4][4] Consultante au Cedoc. a démontré que la mobilité professionnelle pouvait résulter d’atouts personnels tels que la maîtrise de plusieurs langues étrangères, l’envie de s’expatrier ou la capacité d’adaptation, et pallier ainsi le manque de diplômes. Carine Forzy [5][5] Cyber-documen?taliste à l’Office international des... a ajouté que l’esprit d’aventure et l’envie de faire évoluer son poste par des formations adéquates lui ont permis de s’expatrier. Jean-Philippe Accart [6][6] De la Bibliothèque nationale Suisse et chargé des relations... a souligné qu’il devait sa mobilité à la reconnaissance de ses diplômes français ainsi que de ses compétences professionnelles et managériales. Son appartenance à différentes associations lui a aussi été très utile. Kendra Gates Derousseau [7][7] Chef de projet américaine au Pacific Legal Information... a décrit son expérience d’expatriation aux antipodes grâce à ses compétences linguistiques.

Certification et attentes des employeurs

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Anne-Marie Charraud, de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), a présenté le Cadre européen des certifications (CEC [8][8] En anglais Euro?pean Qualification Framework.), document officiel qui sera appliqué en 2010. Elle a souligné l’ambiguïté du terme français « certification » employé dans ce texte et précisé que cela ne devait pas être confondu avec le concept de « grade universitaire ». La certification vise les acquis de compétence (learning outcomes), obtenus par la formation initiale, la formation continue et l’expérience professionnelle validée. L’objectif est de rendre « lisibles » les compétences en vue de l’insertion professionnelle.

Repères

Cette journée d’étude a été organisée par l’ADBS au ministère de la Recherche à Paris le 5 décembre 2008, avec le soutien de la Délégation aux usages de l’Internet (DUI). Elle était conduite par Jean Michel, président du Comité directeur d’ADBS-Certification, en collaboration avec Mireille Lamouroux, présidente de la Commission internationale de l’association.

Le programme détaillé et les supports des intervenants sont en ligne sur le site de l’ADBS : www. adbs. fr

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Le travail en cours de la CNCP pour le CEC comporte deux volets : établir un descriptif d’une certification donnée utilisable par tous ; établir la correspondance entre les grilles (cinq niveaux français et huit niveaux du CEC). Il faudra donc préciser pour chacun des huit niveaux les savoirs (connaissances), les aptitudes (savoir-faire) et les « compétences » (au sens d’autonomie, responsabilité et capacité à combiner savoirs et aptitudes dans une finalité professionnelle).

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Caroline Draughn [9][9] Du cabinet de recrutement anglais Intelligent Ress... a listé les exigences des employeurs anglais. Un candidat doit démontrer son expérience internationale, sa capacité d’adaptation à la culture du pays d’accueil et à l’entreprise, ses connaissances linguistiques et professionnelles.

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Après la présentation, par Éric Sutter, de l’Euroréférentiel des compétences en I-D et de l’Eurocertification CERTIDoc, Jean Michel a résumé la journée en soulignant trois points importants sur la mobilité. Elle est possible si le candidat est réellement motivé, s’il connaît tous les outils et dispositifs existants et s’il a conscience des contraintes économiques. Elle est facilitée par la reconnaissance des différents acquis. •

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Véronique Salaün

Notes

[1]

Webmestre au service des relations internationales de l’Université Paris-3.

[2]

ECTS : European Credits Transfer System.

[3]

VIE : volontariat international en entreprise.

[4]

Consultante au Cedoc.

[5]

Cyber-documen?taliste à l’Office international des marques à Alicante.

[6]

De la Bibliothèque nationale Suisse et chargé des relations internationales à l’association Biblio?thèque Information Suisse.

[7]

Chef de projet américaine au Pacific Legal Information Institute au Vanuatu.

[8]

En anglais Euro?pean Qualification Framework.

[9]

Du cabinet de recrutement anglais Intelligent Ressources.

Plan de l'article

  1. Traitements et pratiques documentaires : vers un changement de paradigme ?
    1. Les objets du champ documentaire
    2. Les acteurs de l’offre documentaire
    3. Les traitements documentaires
    4. Les pratiques documentaires
  2. Compétences et mobilité des professionnels de l’ID
    1. Dispositifs pour étudier à l’étranger
    2. Mobilité des professionnels : quelles compétences ?
    3. Certification et attentes des employeurs

Pour citer cet article

Broudoux Évelyne, Chartron Ghislaine, Salaün Véronique, « Métiers et compétences », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2009 (Vol. 46), p. 18-20.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-1-page-18.htm
DOI : 10.3917/docsi.461.0018


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