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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/1 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.461.0030
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Parmi les experts fort judicieusement réunis en 2004 à l’instigation de Tim O’Reilly, Dale Dougherty, pour éclairé qu’il fût, n’avait probablement pas imaginé la fortune de son appellation : le désormais fameux « web 2.0 ». Un succès à faire pâlir les meilleurs talents du web-marketing. En quelques années, le « 2.0 » est devenu l’étendard de toutes les innovations, mini-innovations, nano-innovations ou pseudo-innovations dans une foule d’activités humaines : documentation 2.0, économie 2.0, entreprise 2.0, culture 2.0, etc. Ce logo est aux années 2000 ce que fut l’arobase aux années 1990 (on en voyait partout, dans les noms d’agences, les titres de webzines et même sur les pin’s et les cr@v@tes...). La formule pourrait se résumer ainsi : 2.0 égale tendance. Après quelques années, en attendant le 3.0, le 4.0, le n.0, il est temps de faire un point critique. Les professionnels avides d’innovation que sont les lecteurs assidus de Documentaliste – Sciences de l’information ont-ils vraiment une tête de deuxpointzéro ?

Quelques ruptures mais beaucoup de continuités

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Entre les années 1990 et les années 2000, le web a quelque peu changé... ce n’est pas vraiment un scoop. Et l’explosion de la bulle Internet, au tournant du millénaire, a certainement joué un rôle d’accélérateur salutaire. Il y a incontestablement un avant et un après, que l’on observe aussi dans le monde documentaire. Mais le passage du 1 au 2 sous-entend une rupture, un changement radical frappant brusquement d’obsolescence tous les anciens modèles. Malheureusement, ce sous-entendu tend à masquer certaines continuités, nous privant par là même d’une compréhension plus fine du web actuel et des mutations en cours. Il y a, certes, des technologies marquantes, natives du web 2.0 : le Ruby on Rails et l’Ajax, par exemple (2004-2005). Mais que dire des applications phares que sont le blog et le wiki ? Toutes deux datent des années 1990 ! En somme, dans le web 1, il y avait le blog, mais pas la blogosphère, le wiki, mais pas Wikipédia.

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Un regard rétrospectif attentif nous rappelle que le passage du 1 au 2 procède plus d’un effet de seuil que d’une rupture technologique et, plus précisément, d’un effet de seuil combinant les plans socioculturel, technique, économique. Sur le plan de la démographie des internautes tout d’abord, le nombre de connectés s’est accru d’une manière continue des années 1990 aux années 2000. Parallèlement, les ménages ont augmenté leurs équipements (de un à plusieurs ordinateurs par famille). Les utilisateurs, toutes générations confondues (des retraités aux petits-enfants), se sont accoutumés aux règles de l’Internet et aux navigateurs, tandis que l’ergonomie des services s’est améliorée. Les débits n’ont cessé d’augmenter…

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Plus d’internautes, plus de matériel, plus de débit, plus d’ergonomie… et surtout plus d’usages. C’est davantage dans le « plus » que dans l’« autre » qu’il faut chercher les clés du web 2.0. C’est en fait le « plus » qui fait ici l’« autre ». Le changement est net et même spectaculaire, mais il procède d’abord d’un phénomène de masse critique. C’est en effet cette masse critique, cette acculturation massive des utilisateurs, qui constitue la nouveauté majeure, y compris pour le champ documentaire.

Une vague 2.0 déjà bien intégrée dans les pratiques professionnelles

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Le propos de ce dossier est de fixer des repères, pour mieux saisir l’impact du phénomène web 2.0 sur la sphère de l’information-documentation-connaissance. Il vise aussi à fournir quelques retours d’expérience et éclairages pratiques pour les usages professionnels. L’ensemble se répartit en trois volets : le monde documentaire et le web 2.0, la gestion de projet web 2.0 et, pour finir, un regard sur certains points critiques porteurs de mutations à venir.

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La vague 2.0 n’a peut-être pas été anticipée par les documentalistes, mais elle ne les a pas pour autant submergés, ni même surpris. En 2009, elle est déjà largement intégrée dans nombre de pratiques professionnelles. Certes à des degrés divers, dont le premier offre une simple amélioration des prestations, via une meilleure interactivité avec les utilisateurs. Mais elle peut aller jusqu’à une restructuration profonde des processus documentaires, engageant l’organisation sur le terrain parfois périlleux de plates-formes captatives de contenus. Dans ce cas, les professionnels – et c’est leur rôle d’experts – doivent se montrer critiques et éclectiques.

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Deux outils phares, les wikis et les blogs, donnent lieu, ici, à des retours d’expérience. Il s’agit de montrer la valeur de ces outils en tant que plates-formes de travail collaboratif ou lieux d’expression paraprofessionnelle.

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L’intérêt du wiki ne se limite pas aux grands projets de type Wikipédia. Il constitue, à petite échelle, un moyen très adapté à des contenus évolutifs, produits collectivement. Mais il exige, dans tous les cas, un véritable suivi éditorial. Les blogs, quant à eux, ouvrent un espace intermédiaire entre l’activité professionnelle et des engagements personnels. Sur les plans intellectuel et psychologique, l’interpénétration du « pro » et du privé, si elle ne va pas sans une certaine fragilité, favorise une fécondité de discours typique de la blogosphère. Elle stimule particulièrement le désir de comprendre, d’analyser et communiquer avec une communauté. Quant aux agrégateurs RSS, ils fournissent le moyen le plus simple de syndiquer les contenus de la blogosphère. Les éditeurs de Netvibes ont expérimenté, parfois avec étonnement, la manière dont de nombreux porteurs de projets documentaires ou de veille se sont approprié l’outil, au point d’inventer des usages nouveaux.

Des outils légers, créatifs et à détourner…

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La gestion de projets se trouve positivement modifiée par le web 2.0 : plus de souplesse, de réactivité et de pragmatisme. Moins dépendante également d’outils logiciels lourds. De nouvelles méthodes voient le jour, caractérisées par des équipes resserrées et pluridisciplinaires, impliquées dans des cycles de conception courts, mais ouverts sur des processus rétroactifs continus.

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La créativité fonctionnelle et le sens du détournement sont ici de rigueur. Un outil comme Flickr, par exemple, pas spécialement conçu pour les documentalistes, peut devenir un excellent outil transitoire de redocumentarisation collaborative, à coût logiciel zéro. Reste l’épineux problème du partage de l’information au sein des organisations, qu’aucune fonctionnalité informatique ne peut résoudre par elle-même. Cependant, la connaissance des mécanismes de l’intelligence collective, en affinité avec les principes du web 2.0, permet de libérer des forces collaboratives indispensables à la genèse des contenus. Il va sans dire que ce nouveau paysage collaboratif implique une vigilance juridique particulière.

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Ce dossier n’a pas l’ambition de décrire toutes les facettes du 2.0 documentaire, quand bien même il en aurait l’espace. Les outils les plus anciens et éprouvés (blogs, wikis), la gestion de projet et un regard critique y tiennent une place centrale. C’est un parti pris. D’aucuns s’étonneront de l’absence d’articles sur les folksonomies, par exemple, ou sur les réseaux sociaux. Mais ceux-ci renvoient aux identités numériques et celles-là aux langages d’indexation. Sujets éminemment durables, riches et complexes, sous l’angle documentaire. Ils méritent à eux seuls un dossier complet, où le web 2.0 ne serait que l’arrière-plan du moment… •

Résumé

Français

Lame de fond ou simple palier d’évolution du web, certes particulièrement créatif ? Quel est l’impact du phénomène 2.0 dans la sphère de l’information-documentation-connaissance ? Volontairement non exhaustif, le dossier coordonné par Bertrand Sajus se donne pour objectif de fixer des repères et de partager des expériences – tout en laissant une large place à l’analyse critique et à la prospective.

English

Tidal wave or simply another (particularly creative) stage in the ever-changing web? What has been the impact of the 2.0 phenomenon in the information-documentation-knowledge arena? Our objective here is to identify the landmarks and share experien?ce, while offering critical analysis and forecasts.

Español

¿Cambio histórico o simple escalón en la evolución de la Web?, ¿Cuál es el impacto del fenómeno 2.0 en la esfera de la información-documentación-conocimiento? Este dossier se ha puesto como objetivo fijar puntos de referencia y compartir experiencias, dejando lugar para el análisis crítico y las proyecciones de futuro.

Deutsch

Ist 2.0 ein kompletter Umbruch oder nur eine einfache Weiterentwicklung des Web (wenngleich besonders kreativ)? Welche Auswirkung hat das Phänomen 2.0 auf den Bereich Information-Dokumentation-Wissen? Dieses Dossier hat sich zum Ziel gesetzt, den derzeitigen Stand zu skizzieren und Erfahrungen mitzuteilen – unter besonderer Berücksichtigung der kritischen Analyse und der Aussichten.

Pour citer cet article

Sajus Bertrand, « Est-ce que j'ai une tête de deuxpointzéro ? », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2009 (Vol. 46), p. 30-31.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-1-page-30.htm
DOI : 10.3917/docsi.461.0030


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