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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/1 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.461.0032
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La documentation est-elle soluble dans le web 2.0 ?

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Analyse. Pourquoi le web 2.0 serait-il la panacée et le monde documentaire à la traîne ? En fait, pour Jean-Michel Salaün, web 2.0 et activité documentaire peuvent parvenir à s’enrichir mutuellement. Certes, les outils 2.0 ont la capacité d’améliorer, voire de transformer les services documentaires. Mais les professionnels de l’information ont aussi à faire valoir des compétences et des raisonnements susceptibles de les faire évoluer.

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Les dossiers, études, mémoires d’étudiant, blogues, articles ou injonctions diverses relatifs au web 2.0 et aux bibliothèques et à la documentation sont légions (voir p. 67). Pour la plupart, ils constatent l’émergence d’une pratique plus active du web, déplorent la faible implication des institutions et des professionnels de la documentation sur celle-ci et suggèrent des pistes pour enfin renverser ce conservatisme coupable. Il s’agit en quelque sorte de faire accéder un monde documentaire, considéré a priori comme archaïque, à un monde numérique collaboratif porteur de toutes les vertus.

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Le lecteur l’a compris, mon propos sera plus nuancé. Sans doute les services et pratiques, réunis sous le vocable web 2.0, illustrent des changements importants dans les offres et les comportements sur le web, qui concernent directement les professionnels de la documentation car ils interfèrent sur leur mode d’organisation et influent sur les habitudes de leurs utilisateurs. Pour autant, il ne faut pas céder à l’angélisme. Le web 2.0 n’est pas une panacée et l’activité documentaire n’est pas archaïque. Bien au contraire, comparés à d’autres, les professionnels de l’information réagissent sans rigidité et généralement intègrent astucieusement les ruptures nombreuses et souvent brutales du numérique.

Qu’est ce que le web 2.0 ?

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Comme le nom le suggère, le terme web 2.0 voudrait signifier le passage du web à une nouvelle étape, où les internautes sont plus actifs, les applications mutualisées et les services plus collaboratifs. En réalité, il s’agit plus d’une maturation, d’un palier dans un processus à la fois pour les internautes et pour les développeurs, que d’une révolution puisque toutes ces orientations étaient présentes dans le projet originel de la toile au point même d’en former le principe fondateur. C’est une étape importante qui souligne l’originalité du média qui naît sous nos yeux, mais une simple étape qui sera suivie d’autres [1][1] Pour la chronologie des outils, on consultera avec....

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L’article de Tim O’Reilly What is Web 2.0[2][2] Tim O’Reilly, « What is Web 2.0 », O’Reilly, September... en a posé le plus clairement les bases. Extrait : « Terminons donc en résumant ce que nous pensons être le cœur de métier des sociétés du web 2.0 :

  • des services, pas un package logiciel, avec des possibilités d’économie d’échelle ;

  • un contrôle sur des sources de données uniques, difficiles à recréer, et dont la richesse s’accroît à mesure que les gens les utilisent ;

  • considérer les utilisateurs comme des co-développeurs ;

  • tirer partie de l’intelligence collective ;

  • toucher le marché jusque dans sa périphérie à travers la mise en place de service "prêt à consommer" ;

  • libérer le logiciel du seul PC ;

  • offrir de la souplesse dans les interfaces utilisateurs, les modèles de développements ET les modèles d’affaires. [3][3] Traduction de Thomas Chaimbault. »

La proposition de Tim O’Reilly insiste notamment sur la mutualisation des données, sur les effets de réseau et l’ergonomie des interfaces, et sur la mise en place de modèles d’affaires. En réalité, il n’y a pas aujourd’hui d’autre modèle d’affaires que le modèle publicitaire, tout à fait étranger au monde documentaire.

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Malgré ces économies radicalement différentes, les relations avec l’activité documentaire sont fortes. Pour les illustrer, je proposerai ici de reprendre les deux dimensions de la redocumentarisation en cours : la transposition de l’activité documentaire traditionnelle dans un environnement numérique et la transformation de cette activité par le numérique. Dans le premier mouvement, la prise en compte du web 2.0 améliore, perfectionne, affine la prestation des services documentaires sans en changer fondamentalement la nature. Dans la seconde interprétation, le web 2.0 induit des changements dans les services eux-mêmes, il transforme la fonction documentaire.

Web 2.0 et amélioration des services documentaires

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Comme j’ai eu souvent l’occasion de l’écrire [4][4] Jean-Michel Salaün, « Le défi du numérique : redonner..., la réalisation d’un service documentaire est composée de deux moments : en amont la constitution effective ou virtuelle d’une collection de documents qui se fait sans intervention directe de l’utilisateur, même si son avis est pris en compte ; et en aval un service d’accès et de recherche d’information qui, lui, ne peut se passer de l’utilisateur coproduisant le service (servuction). Les outils du web 2.0 peuvent être utilisés par les professionnels de l’information dans l’un et l’autre de ces moments. Ils peuvent même déplacer la frontière entre l’un et l’autre.

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Du côté des collections, les outils collaboratifs entre professionnels seront d’une grande utilité, soit pour témoigner, échanger des compétences, soit directement pour partager et intégrer les données bibliographiques ou les références, par exemple. De plus le partage et l’ouverture des métadonnées autorisent une intégration des collections aux divers services extérieurs.

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Du côté du service aux utilisateurs, tous les éléments de la servuction, de la coproduction du service peuvent être revisités pour intégrer ces éléments depuis la mise en visibilité sur les diverses plates-formes, l’intégration des services dans les interfaces de navigation des internautes, l’appel et la mise en ligne des avis et commentaires des utilisateurs, les alertes, les intégrateurs spécialisés, les services de question-réponses, etc. Les suggestions des documentalistes « branchés » fusent de tous côtés.

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Enfin, par les outils de folksonomies notamment, la frontière entre le traitement du document et sa mise en accès se déplace, puisque l’utilisateur peut « taguer », commenter et donc enrichir les collections.

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Dans le monde de la documentation traditionnelle, matérielle, les professionnels pouvaient avoir l’illusion d’un monopole sur l’accès à l’information pour leur collectivité, faute de côtoyer des concurrents. Cette illusion est balayée sur le web, tout particulièrement dans sa version 2.0. Ici tous les offreurs sont dans une confrontation immédiate et sévère. Ils disparaissent en un clic. L’intégration du service documentaire dans cette dynamique n’est donc pas anodine, c’est une question de survie. La pratique documentaire dominante passe par le web. Sauf à disparaître, il faut non seulement y être présent, mais y faire valoir la valeur ajoutée que l’on apporte.

Web 2.0 et transformations du service documentaire

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Mais l’étape du web 2.0 marque aussi une transformation du service documentaire. Je ne prendrai que trois exemples, sans prétendre être exhaustif : les dépôts institutionnels et l’inversion des flux documentaires ; l’informatique dans les nuages (cloud computing) et l’externalisation de l’activité documentaire ; l’effacement des frontières entre la bibliothéconomie et l’archivistique (archithécaires).

Cartographier le web social

Malgré la qualité, toujours croissante, des moteurs de recherche comme technologies de repérage, le web reste désorientant. Il est un espace sans points cardinaux ni centre, dans lequel on avance à l’aveugle, toujours fermement raccroché à son moteur ou à son portail personnalisé. Là où ce moteur de recherche reconstruit, à partir d’une requête, des listes dans lesquelles la proximité entre documents et leur rang de pertinence sont le fait d’algorithmes protégés par le secret industriel (mot-clé / document / pertinence), la cartographie, par l’analyse des liens, révèle des espaces communautaires et les autorités qui y sont lues / élues (hyperlien / collection de sites web / autorité).

Donner à voir les territoires d’information du web, c’est en quelque sorte manifester à l’internaute l’ensemble des chemins de navigation de page en page, de site en site, qu’il a ou aurait pu emprunter ; c’est rendre explicite une structure documentaire jusque-là implicite. Cartographier le web, notamment la blogosphère, permet de révéler ses dynamiques constitutives, dynamiques sociales bien plus que documentaires, dynamiques engageant des acteurs qui inscrivent leurs sites en proximité en tissant entre eux des liens hypertextes pour progressivement former des communautés affinitaires.

Constituer un atlas du web est enfin un enjeu de pouvoir car ici la carte EST le territoire : celui qui maîtrise ses conventions de représentation maîtrise donc le territoire.

Guilhem Fouetillou est directeur scientifique et cofondateur de RTGI-linkfluence (réseaux, territoires et géographie de l’information), start-up spécialisée dans la veille et l’analyse du web social (blogs, forums, réseaux sociaux).

guilhem. fouetillou@ rtgi. fr

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L’ancêtre du web 2.0 dans la science s’appelle archive ouverte ou aujourd’hui dépôt institutionnel. Selon son principe, les chercheurs déposent eux-mêmes leurs articles dans une plate-forme de partage, le plus souvent gérée par la bibliothèque ou le centre de documentation. Pour ces derniers, le changement n’est pas mince puisque les flux documentaires sont inversés : non plus de l’extérieur vers l’intérieur, mais de l’intérieur vers l’extérieur.

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Les industriels du web développent des services de recherche d’information, d’accès à des collections numériques, de bureautique et de gestion documentaire de plus en plus performants au point que les internautes se trouvent progressivement pris dans une partie de la toile sans pouvoir en sortir. Cette stratégie intéressée pose de redoutables questions aux professionnels de l’information : faut-il s’intégrer à ces dynamiques quitte à risquer de perdre toute indépendance ou au contraire refuser de se compromettre au risque d’être marginalisé ?

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Le web 2.0 utilise, le plus souvent sans le savoir, des raisonnements issus de l’archivistique (unicité du document, évaluation, classement par appariement, etc.) et d’autres issus de la bibliothéconomie (métadonnées structurées, mise en publicité). Il y a là pour les professionnels de l’information un vaste chantier à ouvrir où ils pourraient faire valoir leurs compétences et la validité des raisonnements construits aux cours des siècles pour organiser les savoirs, quitte à les faire évoluer [5][5] Sur ces questions, on peut consulter :.

Homologie et contradiction : dix principes de fonctionnement

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Si la rencontre entre web 2.0 et activité documentaire est inévitable, il n’est pas sûr qu’elle soit à tous coups bénéfique.

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Dominique Cardon et ses collègues ont proposé [6][6] Les paragraphes en italique sont extraits de : Dominique..., à partir de leurs enquêtes et analyses, dix principes de fonctionnement sur lesquels reposerait la réussite des plates-formes relationnelles du web 2.0. Il est intéressant de les confronter avec l’activité des services documentaires afin de mieux percevoir leur compatibilité, leur écart ou même leurs contradictions.

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1/L’INDIVIDUALISME DÉMONSTRATIF. À l’origine de leur engagement sur une plate-forme relationnelle, les personnes sont d’abord motivées par une raison personnelle : parler d’elles, montrer leurs photos, leurs goûts ou leurs connaissances. (…)

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Plusieurs bibliothécaires ou documentalistes ont ouvert un blogue, souvent avec délice et bonheur, faisant de la biblioblogosphère un des espaces professionnels les plus dynamiques et stimulants. Malgré cela, il n’est pas sûr que l’individualisme démonstratif soit très compatible avec les prestations documentaires.

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Le documentaliste, le bibliothécaire ou l’archiviste est le plus souvent un médiateur de l’ombre qui par réflexe s’efface devant ses utilisateurs ou les richesses auxquelles il donne accès. Il risque d’être dérouté par une mise en avant de l’ego de ses utilisateurs ou de ses collègues. Il y a ici pour le moins un choc de cultures.

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2/LA VISIBILITÉ COMME OPPORTUNITÉ DE COOPÉRATION. En rendant publiques des productions individuelles autrefois réservées au cercle des proches, les participants aux sites du web 2.0 offrent un ensemble de prises qui rend possible une mise en relation, un échange ou une coopération avec d’autres. (…)

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Là, il y a beaucoup à prendre et à reprendre. Les centres documentaires disposent de fonds riches, souvent sous-exploités, qu’ils peuvent mettre en valeur sur la toile dans un esprit web 2.0, enrichir virtuellement par des mutualisations et par les apports de professionnels et d’utilisateurs dans une géographie beaucoup plus large que leur collectivité d’origine. Ces opportunités ouvrent des valorisations inédites aux services documentaires qui disposent souvent d’un capital qu’il ne tient qu’à eux de faire fructifier.

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3/LES « AMIS » NE SONT PAS FORCÉMENT DES AMIS. Parmi les différents signes identitaires qu’affichent les participants sur les sites du web 2.0, la liste de leurs relations (contacts, amis, etc.) constitue l’un des principaux vecteurs du développement viral des usages.

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4/LES COMMUNAUTÉS NE SONT QUE DES RÉSEAUX SOLIDIFIÉS. (…) En deçà de la forme « forte » de la communauté, ce sont souvent des « coopérations faibles » organisées en collectif provisoire, imparfait et labile qui, par leur souplesse, leur multiplicité et leur sens du mouvement, sont à l’origine des usages les plus innovants du web 2.0. (…)

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Les services documentaires s’adressent à une communauté qui, le plus souvent, est précisément définie et limitée. Si la viralité peut être utilisée à l’intérieur de la collectivité, élargir le champ modifie la mission originelle. Il y a sans doute ici des correspondances à trouver avec des projets documentaires précis et limités, mais un risque de dispersion dans une ouverture tous azimuts.

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5/LA CIRCULATION HORIZONTALE. La recherche d’informations et la navigation sur les plates-formes du web 2.0 se font rarement sous la forme d’un moteur catégoriel. Elles sont surtout horizontales, les personnes cheminant à travers leur réseau étendu d’amis et, par extension, via les contenus et les traces mis en partage par ce cercle social élargi. (…)

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Il s’agit ici de la simple systématisation d’une pratique courante des utilisateurs, mais de l’exact contre-pied de la tradition documentaire de recherche d’information. Faut-il pour autant renoncer à une compétence professionnelle qui a fait ses preuves ? Il semble plus judicieux de rechercher des complémentarités.

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6/LA DISTRIBUTION D’ENGAGEMENTS HÉTÉROGÈNES. (…) L’intensité de l’engagement dans les plates-formes se répartit ensuite systématiquement selon une loi de puissance (parfois appelée 1/10/100) qui voit une minorité de participants être très actifs, une portion non négligeable participer régulièrement et une grande masse de personnes avoir des usages extrêmement réduits ou quasi nuls. (…)

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7/LES « PETITS » SONT NÉCESSAIRES AUX « GRANDS ». (…) Les petits engagements, comme la correction de fautes d’orthographe sur Wikipédia, sont indispensables au travail collectif de mise en relation, de catégorisation et de production de savoir des plus actifs. (…)

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L’apport des utilisateurs doit être relativisé. L’activité documentaire n’est pas spontanée ni auto-organisée, c’est un service institutionnalisé. Il s’agit surtout de mieux repérer les relais et de s’en servir. Pour autant l’ensemble des utilisateurs doit toujours être servi.

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8/LA QUALITÉ PAR LE NOMBRE. (…) Les univers massivement relationnels ont pour caractéristique de ne pas sélectionner a priori les contributeurs et les contributions, mais de les qualifier a posteriori en fonction de la réputation et de la fréquentation des contenus. (…)

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9/LES HIÉRARCHIES PRODUITES PAR LE COMPORTEMENT DES AUTRES. (…) C’est donc par leurs activités, par la mise en œuvre de leur compétence, par la visibilité qu’ils ont su donner à leurs actions que se dessinent des hiérarchies entre utilisateurs. (…)

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Là encore ces deux principes doivent être repris avec circonspection. Même s’il ne faut évidemment pas se passer des validations a posteriori par le nombre – et le facteur d’impact pour les articles scientifiques en est un exemple. L’activité documentaire est une activité de filtrage qui repère a priori les informations pertinentes.

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10/TOUJOURS REBONDIR ! Enfin, s’il est une règle de comportement essentielle dans l’univers des plates-formes relationnelles, c’est bien celle d’être toujours actif, en mouvement, prêt à s’investir dans un nouveau projet. (…)

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Oui, bien sûr, cette règle s’applique aussi aux professionnels de l’information ! •

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Jean-Michel Salaün

Un site wiki : juste un plan de travail, pas une fin en soi

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Repères. Participatif et véhiculant de l’« intelligence » collective, le wiki est emblématique du web 2.0. David Liziard nous explique que, loin du modèle médiatisé de l’encyclopédie Wikipédia, le wiki a en fait une vocation modeste : rassembler des informations issues de plusieurs contributeurs sur un même site collaboratif, sous la houlette méthodique d’un rédacteur coordinateur.

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Les wikis sont représentatifs du web 2.0 à plusieurs titres. D’abord parce qu’ils incarnent une nouveauté participative, plus qu’une véritable nouveauté technique : ils existent en effet depuis 1995. Ensuite, parce qu’un site, Wikipédia, a monopolisé toute l’attention les concernant, sans qu’il soit complètement représentatif de leur fonctionnement. Enfin, parce que les wikis portent une image floue d’« intelligence collective », qui peut masquer le côté pragmatique, voire prosaïque, de leur fonctionnement concret : l’ajout d’informations, la gestion des spams et des corrections, la recherche de participants. Dans la pratique, le succès d’un wiki dépend plutôt de son réalisme et de sa modestie.

Le wiki est adapté aux sujets simples

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Alors que Wikipédia est un projet encyclopédique, mobilisant des milliers d’internautes et exigeant des procédures complexes dans la résolution des conflits d’écriture de ceux-ci, les autres wikis sont plus mesurés dans leurs ambitions. Ils proviennent de la rencontre d’internautes intéressés par un même sujet et décidant, plutôt que de créer des sites individuels, de rassembler leurs informations sur un même site collaboratif. C’est pourquoi on peut aussi bien trouver des wikis concernant le savoir (JurisPedia, Tela Botanica) ou les loisirs (Star Trek, Harry Potter). La réécriture incessante qui règne dans un wiki est peu adaptée aux textes traditionnels. Elle est en revanche pertinente dans le cadre d’un site structuré dans lequel chaque page a un objectif simple et précis. Sur le wiki Bibliopedia [7][7] www. bibliopedia. fr, j’ai pu constater que les pages les plus souvent mises à jour – et les plus consultées – sont les simples listes de liens (adresses de blogs, de wikis, d’articles de presse, etc.) : des dizaines d’internautes peuvent, sans les dénaturer, les mettre à jour efficacement.

L’accès au wiki peut être paramétré

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Bien que les wikis soient destinés à encourager la libre participation, des restrictions peuvent dans certains cas être souhaitables. Les interventions mal intentionnées sont rares, mais les spams automatiques peuvent contraindre l’administrateur à rendre l’inscription obligatoire. Dans le cas de wikis liés à des groupes projets, on peut les rendre complètement inaccessibles en lecture comme en écriture, ou faire le choix de les laisser visibles sur Internet (comme Alphabib [8][8] http:// alphabib. bpi. fr et Bibliosesame [9][9] http:// bibliosesame. bpi. fr). Quel que soit le degré d’ouverture choisi, il faut avant tout penser à rendre le wiki ergonomique : son utilisation ne devrait pas être plus contraignante pour l’utilisateur que le simple envoi d’un courriel. Parmi les sites permettant d’héberger gratuitement des wikis, le site PBwiki [10][10] http:// pbwiki. com fournit une interface très accessible.

Le rôle du coordinateur reste central

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Il ne suffit pas de lancer un wiki sur le net pour voir la collaboration y naître comme par magie. Un site wiki est juste un plan de travail, pas une fin en soi. Il est donc nécessaire qu’un rédacteur principal y fournisse un contenu initial et suive son évolution. Il peut être amené à modérer, déplacer ou effacer les autres interventions, mais doit surtout veiller à reformuler clairement les objectifs de rédaction. Par exemple, dans le cas du wiki interne de la bibliothèque de l’université américaine d’Antioch, un bibliothécaire effectue un important travail de mise à jour régulière des informations. Même dans le cas de Wiki-Brest [11][11] www. wiki-brest. net, ouvert à la population locale, le rôle des animateurs reste crucial pour dynamiser le projet et susciter des contributions. •

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David Liziard

Les paradoxes des blogs de bibliothèques

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Point de vue. De nombreuses bibliothèques créent leur blog, outil de communication de l’institution ou mini-média thématique. Intéressante, cette démarche connaît aussi des limites que commente pour nous Silvère Mercier.

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Il est à la mode de créer des blogs qui s’adressent aux usagers dans les bibliothèques françaises. Touti-Frouti, qui agrège les contenus les blogs de bibliothèques publiques, n’en compte pas moins de quarante-sept On en dénombre plus de quatre-vingts sur la liste des « biblioblogs d’établissements » proposée par Bibliopedia. Même si ces chiffres ne sont quasiment rien par rapport aux 133 millions de blogs comptabilisés depuis 2002 (selon Technorati), ils sont significatifs d’une tendance qui me semble paradoxale. Je classerai ces outils, d’une manière volontairement schématique, en deux catégories : d’une part les blogs de type « communication localo-locale » et d’autre part les blogs thématiques.

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UN OUTIL DE COMMUNICATION LOCALE. Dans le premier cas, il s’agit de faire de la forme blog un outil de communication au service de l’image de la collectivité ou de l’institution auprès des usagers du service public local. On trouvera donc dans ces publications des billets sur l’annonce d’une action culturelle, d’une nouvelle ressource numérique, ou encore sur les « coulisses de la bibliothèque ». L’objectif est de trouver une manière nouvelle de s’adresser aux usagers. De plus en plus d’entreprises ont un blog de ce type et l’utilisent comme un « fil d’actualité ». Autant être clair quitte à paraître un peu radical : c’est là le degré zéro d’un projet de média pour un organisme aux missions relatives à la diffusion des savoirs. C’est pourtant ce que proposent 95 % des blogs observés à partir des listes précitées. Pourquoi donc mettre en œuvre un blog pour diffuser l’actualité de la bibliothèque alors que l’information devrait logiquement se trouver sur le site principal de celle-ci ? Premier paradoxe.

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UNE LOGIQUE GLOBALE. Le second cas, le blog thématique, est malheureusement plus rare mais plus cohérent avec notre rôle. Le blog n’est pas un simple outil de communication local mais propose des contenus susceptibles d’intéresser les internautes au-delà des usagers présents sur le territoire ou membres de l’institution… Des bibliothécaires s’attachent ainsi à créer un mini-média thématique. Ce type de blog est de nature à d’être identifié et lu par d’autres blogs ou sites apparentés qui en identifient la ligne éditoriale. Il est alors possible de passer d’une logique locale à une logique globale : celle d’une communauté d’amateurs sur un thème. Un bon exemple de point de vue est le blog musical Mediamus de la médiathèque de Dole qui figure en bonne place depuis plusieurs mois dans le classement des cent meilleurs blogs musicaux de Wikio (classement de référence dans la blogosphère). Ce dialogue-là me semble très intéressant, parce qu’il contribue à redéfinir la place de l’institution dans la conversation globale du web.

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Mais cette démarche n’est pas non plus sans paradoxe. Les usagers locaux, à qui l’on destine prioritairement ces contenus, ne disposent que très rarement d’un lien leur permettant de s’informer sur la disponibilité en temps réel du livre conseillé par un bibliothécaire sur le blog… C’est pourtant là une fonction que propose n’importe quel système d’information de bibliothèque depuis que l’on a commencé à les informatiser ! Tout se passe comme si l’outil blog était utilisé pour effectuer ce qu’il n’est pas possible de faire avec un catalogue en ligne : l’enrichir en contenus de manière collaborative. Paradoxe final, certains concepteurs de logiciels informatiques (propriétaires) essaient de réinventer (mal) ce que font très bien les outils open source que commencent à utiliser les bibliothécaires en créant des blogs…

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Bien sûr les deux catégories précitées sont poreuses et il est très fréquent de voir sur un même blog une approche thématique, voire multithématique et une approche de « communication locale ». Au fond, l’enjeu est peut-être moins de repositionner les blogs locaux sur des logiques thématiques globales que d’en mutualiser les contenus à valeur ajoutée pour en développer l’audience… Un média public des critiques de bibliothécaires et d’amateurs reste à inventer. •

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Silvère Mercier

Témoignage. « Rédiger un blog expert : une activité qui enrichit sa propre expertise »

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Comment pratique-t-on l’art du « blogging » quand on est professionnel de l’information ? Pour la consultante Sylvie Le Bars comme pour le chercheur Olivier Charbonneau, les objectifs de départ – mise en vitrine de l’expérience professionnelle pour l’une, partage de ses recherches sur le droit de l’information pour le second –, ont rapidement été révisés à la hausse.

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En 2004, je crée mon premier blog pour deux raisons majeures : expérimenter cette nouvelle forme de site web et communiquer sur mes compétences pour développer mon activité professionnelle. Un titre, quelques catégories, et la ligne éditoriale est tracée. Dans les premiers mois, l’augmentation des statistiques de fréquentation et des abonnements au flux RSS constitue un facteur de satisfaction évident. La croissance d’une audience entretient l’envie de continuer l’expérience. Puis je me rends compte que rédiger presque quotidiennement un article sur mes découvertes de nouveaux services, mes expérimentations, mes lectures transforme profondément ma façon de vivre ces instants. La perspective de relater, d’expliquer, de transmettre une expérience sollicite l’attention et la réflexion.

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METTRE SON EXPERTISE EN PERSPECTIVE. Pour rédiger un article, même succinct, sur une expérimentation, il faut prendre suffisamment de recul et mettre cette expérimentation en perspective. En plus de la rédaction proprement dite, l’indexation, ou tagging, fait prendre conscience de l’évolution de sa propre expertise.

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Ces deux activités complémentaires, rédaction et indexation, induisent une réflexion intime sur sa propre connaissance.Elle s’apparente aux théories constructivistes de la connaissance énoncées par Paul Watzlawick dans L’invention de la réalité (Seuil, 1988) : « La connaissance est le produit de l’activité du sujet qui organise son monde empirique en même temps que ses connaissances. Nous construisons le monde alors que nous pensons le percevoir… »

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DONNER UNE NOUVELLE DIMENSION À SON SAVOIR. Ainsi, je ne rédige plus un blog uniquement pour communiquer. J’en ai besoin pour construire mon propre savoir. Le blog devient un assistant pour la gestion personnelle de mes connaissances. Une façon de s’impliquer, de regarder, de réfléchir qui transforme véritablement notre façon d’être. On pourrait comparer ce changement d’attitude à celui que j’éprouve lorsque je me promène avec un appareil photo. Les scènes du quotidien prennent une nouvelle dimension. Et pourtant j’ai arrêté pendant plusieurs mois la rédaction de ce blog. La prise de parole s’est généralisée sur le web, des milliers de blogs professionnels sont apparus, produisant une sorte de colossal bruit de fond. Était-il nécessaire d’ajouter une voix supplémentaire au brouhaha ambiant ?

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IMMÉDIATETÉ OU RÉFLEXION. Et puis il y a eu Twitter. Cet outil de micro-blogging permet de partager une découverte, une émotion, une ressource en 140 caractères. Une information brute sans analyse. Le temps consacré à la rédaction disparaît. Plus de questions sur le choix d’une catégorie. Juste l’immédiat. De plus l’attention du lecteur est peu sollicitée. Elle est guidée par la notoriété de la signature du micro-article. C’est un service que j’utilise régulièrement. Toutefois son usage ne se substitue pas à la rédaction structurée, argumentée, réfléchie d’un article de blog. Alors mon blog reprend du service. Pour retrouver cette discipline de rédaction, ainsi que les conversations et les rencontres développées grâce à ce média. Quant aux commentaires, souvent hors sujet, voire insultants pour les blogs à très forte audience, ils constituent matière à enrichir et compléter sa réflexion dans le cadre d’un blog expert. Une forme de communauté de pratique qui se construit autour du blog.

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Rédiger un blog sur son expertise est une expérience tout à fait fascinante. Le plaisir de comprendre, de partager, et d’échanger. •

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Sylvie Le Bars

Témoignage. « Le blogueur ne crie pas dans le noir ! »

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Depuis que j’ai lancé mon carnet web en avril 2005, j’ai développé un vilain cas de bloguodépendance [12][12] Olivier Charbonneau, « Confessions d’un blogodépendant »,.... Après toutes ces contributions, vous seriez entre 10 et 20 000 lecteurs de mes commentaires épistolaires virtuels, dont près de 5 % en Afrique !

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UN OUTIL DE TRAVAIL. À l’origine, l’objectif consistait à gérer les trouvailles que généraient mes recherches sur le droit de l’information. Donc, avant d’être un mécanisme de diffusion, mon carnet s’offre comme un outil de travail personnel. On s’étonne souvent de l’attention que j’y porte. J’octroie entre quelques minutes et près de dix heures hebdomadairement pour sa mise à jour.

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En réalité, près des trois quarts de ce temps sont alloués à la veille stratégique pour mes champs d’intervention en tant que membre du corps professoral de l’Université Concordia. L’écriture à proprement parler, et la réflexion préalable, en constituent la balance, qui s’opère comme un investissement à long terme. Du brouillon à la sommation de billets présentés séquentiellement en ordre chronologique inversé, chacune des catégories de mon carnet s’offre comme un terrain fertile pour des projets, présentations et écrits académiques.

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UNE CARTE DE VISITE. CultureLibre.ca me sert aussi de marque de commerce personnelle [13][13] Tom Peters, « The Brand Called You », Fast Company,..., de carte de visite virtuelle. On pense souvent que les blogueurs se vautrent dans une mondanité alarmante, mais je m’impose une contrainte de style où je m’efface au profit de ma ligne éditoriale, qui s’approche du journalisme. En effet, l’objectif secret lors du lancement de mon carnet visait à démontrer que les blogues sont des outils technologiques [14][14] Olivier Charbonneau, « RSS et la publication simultanée... avant d’épouser le message qu’ils transmettent [15][15] http:// fr. wikipedia. org/ wiki/ Marshall_McLuhan. Par ailleurs, je me devais d’embrasser cet univers [16][16] Technorati, State of the Blogosphere, 2008, www. technorati.... pour l’étudier, le critiquer. Non seulement le jeu en a valu la chandelle pour moi-même, mais je me réjouis des conséquences inattendues.

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QUEL IMPACT ? On évoque souvent les commentaires versés directement dans un carnet pour mesurer sa notoriété. Je n’en reçois que très peu malgré mes statistiques de lectorat, probablement car j’abhorre les diatribes et, surtout, puisque j’affiche mes opinions par la sélection des nouvelles qui retiennent mon attention et que ces opinions sont manifestement partagées par notre communauté professionnelle.

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Mais l’impact réel de mon carnet se mesure par les courriels et les appels téléphoniques que je reçois, surtout des questions de collègues mais parfois des invitations pour prononcer des conférences. Pas qu’ils soient particulièrement nombreux, mais ils démontrent que mes efforts sont porteurs d’autorité dans un contexte convivial. Par exemple, la Biennale d’art contemporain 2009 de Montréal m’a invité à collaborer à son colloque d’ouverture [17][17] www. biennalemontreal. org/ 2008/ 05/ 26/ open-culture/..., dont le thème est justement « Culture Libre ». Sans l’ombre d’un doute, cela confirme que ce blogueur ne crie pas dans le noir ! •

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Olivier Charbonneau

Témoignage. « L’espace flux de l’Y : un agrégateur pour filtrer, un portail pour diffuser »

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En septembre 2008, le centre de documentation de l’Agence d’urbanisme de la région grenobloise a mis en place un portail d’information avec un des outils phares du web 2.0, Netvibes. Ce site permet de suivre, via des fils RSS, l’actualité de l’aménagement et de l’urbanisme, à la fois sur la région grenobloise et au niveau national. Martine Goujon nous raconte la démarche, le choix des outils et dresse un premier bilan de l’expérience.

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En 2007, les documentalistes de l’Agence d’urbanisme de la région grenobloise, Martine Goujon et Sophie Girard-Blanc, ont mis en place un dispositif de veille à destination des chargés d’études de l’agence afin de proposer un système de diffusion des informations utiles dans leurs domaines d’intervention (aménagement, environnement, etc.).

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OUTILS TECHNOLOGIQUES DISPONIBLES SUR INTERNET. Du côté des documentalistes, il s’agissait de revoir les pratiques de diffusion, jusqu’alors segmentées par supports d’information : quotidiens nationaux et locaux, sélection d’articles pertinents issus de newsletters. L’idée de départ a été de réfléchir davantage en termes de contenus plutôt que de supports. Ceci dans un contexte de développement d’outils technologiques disponibles sur Internet : flux RSS, portails, etc.

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Une enquête a permis de recenser les besoins des chargés d’études : suivre l’actualité générale et spécialisée dans leurs champs d’intervention, être informés sur la production scientifique et universitaire, connaître l’actualité sur les colloques et séminaires tout en suivant l’actualité locale de la région urbaine grenobloise en matière d’aménagement, d’urbanisme et de projets sur les territoires.

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En matière de diffusion, c’est l’information brute qui est recherchée. Plusieurs suggestions ont été faites : la diffusion d’un bulletin de veille sur l’actualité offrant « une lecture rapide avec la possibilité d’approfondir », « de l’information courante dans les domaines de l’AURG » et… « avec des sources variées, et pas trop gros ! », la mise en place d’une « page web avec la veille de l’agence », permettant d’« aller chercher l’info plutôt que d’être inondés de mails ».

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Le dispositif choisi s’est fortement appuyé sur le web 2.0 : collecte et sélection des informations avec un agrégateur de flux RSS et diffusion des informations triées sur un portail Netvibes.

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L’AGREGATEUR NEWSGATOR. Nous avons fait le choix d’utiliser la technologie RSS pour collecter l’information car de plus en plus de sites d’information génèrent leurs propres flux (Le Monde, Les Échos, Le Moniteur, La Gazette des communes, etc.). Certaines fonctions, notamment sous Google, permettent de créer des requêtes spécifiques et de générer des flux RSS. Enfin, des sites proposent des filtres (thématiques, mots-clés) qui permettent d’obtenir des informations plus pertinentes.

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Ce service libre et gratuit offrant une surveillance de l’information en temps réel sur une même interface a toutefois ses limites : le bruit, la redondance des articles, la mise à jour variable selon les sites, et surtout… la profusion d’informations. Le contenu pertinent est souvent noyé dans la masse. Nous avons donc cherché une solution nous permettant de trier et de cibler l’information avant de la rediffuser.

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Notre choix s’est porté sur l’agrégateur Newsgator car il permet de créer des dossiers et sous-dossiers thématiques dans lesquels on importe les articles jugés pertinents. C’est la fonction « add to my clipping ». Chaque dossier ainsi créé, et c’est là tout l’intérêt, génère son propre fils RSS. Dès lors, nous pouvons créer nos propres flux RSS et les rediffuser (voir figure 2). Par exemple : des flux pour chacun des secteurs géographiques de la région grenobloise, des flux pour certains sujets à surveiller (éco-quartiers, projets urbains, végétalisation, SCOT, etc.), des flux sur les nouveautés éditoriales, des flux sur les derniers ouvrages arrivés à la documentation.

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DES OUTILS WEB 2.0 SIMPLES ET PEU COUTEUX. Netvibes, qui est un service gratuit, permet de créer un espace personnel, d’agréger des flux RSS et d’accéder à son espace depuis n’importe quel ordinateur.

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Mais, alors que la plupart des univers Netvibes diffusent des flux RSS existants et constituent ainsi une sorte de portail documentaire thématique (exemple : www. netvibes. com/ adeupa), nous avons choisi cet outil pour diffuser nos propres flux créés à partir de Newsgator.

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Notre portail, « L’espace flux de l’Y » (www. netvibes. com/ aurg) comporte des onglets géographiques correspondant aux secteurs d’intervention de l’agence (voir figure 1). Chaque zone géographique propose des informations issues de la presse et permet de garder un œil sur l’actualité de chaque territoire. Un autre onglet diffuse notre flux « actualités nationales ».

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Les flux sont importés directement depuis notre agrégateur Newsgator. L’information est ainsi triée en amont et classée avant sa publication. La mise à jour des articles s’effectue automatiquement lors de la modification du contenu de ces fils dans Newsgator.

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Ces outils Web 2.0, simples d’utilisation, peu coûteux, permettent de construire une véritable offre de services. Du côté des documentalistes, ils apportent un gain de temps, la possibilité d’élargir ses sources d’informations et d’automatiser sa veille à partir d’une seule interface. Ces nouvelles possibilités engendrent néanmoins un flux d’informations qui n’est pas toujours adapté aux besoins des destinataires. Dès lors, la fonction du documentaliste est essentielle : il doit être en mesure de trier, sélectionner et diffuser une information réellement pertinente.

Carte d’identité

L’Agence d’urbanisme de la région grenobloise est une association qui élabore études et réflexions préalables pour l’ensemble des acteurs de l’aménagement du territoire des différentes collectivités territoriales qui en sont membres. Elle poursuit trois objectifs : conduire des études urbaines, constituer un outil doté de mémoire sur le territoire et créer un lieu de débat sur les questions d’aménagement.

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Et, comme certains de nos utilisateurs envisagent de récupérer les flux de notre portail et d’y adjoindre d’autres flux disponibles dans leurs champs d’intervention, notre rôle s’est élargi à l’initiation à ces nouveaux outils, au repérage des sources et à l’aide à la constitution de portails personnalisés. •

Figure 1 - Le portail « L’espace Flux de l’Y »Figure 1
Figure 2 - Exemple d’un flux créé sur Newsgator : « Grenoble et agglomération » à partir d’articles sélectionnés dans différentes sources (quotidien local, requête sur Google) L’adresse du flux est indiquée au bas de la pageFigure 2
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Martine Goujon

Témoignage. « Netvibes : une fondation solide et extensible pour ceux qui manipulent l’information au quotidien »

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Avec le web 2.0, les internautes découvrent l’agrégateur, ce portail personnalisable permettant de rassembler du contenu en provenance d’autres sites sous la forme de fils RSS. En France, Netvibes, lancé en 2005, est en permanente évolution et ne cesse d’enrichir ses services. Xavier Borderie s’attache ici à rendre compte des usages inventés par les utilisateurs du portail.

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Lors de son lancement, en septembre 2005, le site Netvibes.com avait comme principale vocation de permettre à tous les internautes de regrouper leurs flux RSS préférés sur une seule page librement réarrangeable grâce à un système de glisser-déposer [18][18] Le site tel qu’il existait en septembre 2005 est accessible.... En outre, le site offrait déjà la possibilité d’ajouter quelques outils indispensables à la vie numérique : Post-It virtuel, recherche web, marque-pages, liste de tâches, notifications de courriels pour le service GMail, ou encore la météo. Avec l’introduction de nouveaux services par le biais de modules officiels ou créés par des tiers, l’objectif de Netvibes reste de regrouper sur une même page l’intégralité de la vie numérique de ses utilisateurs, et de devenir leur tableau de bord quotidien, d’où ils pourraient surveiller en un coup d’œil toutes les nouveautés relatives à leurs intérêts.

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TABLEAUX DE BORD PERSONNELS. Les premiers utilisateurs de Netvibes organisaient leur veille personnelle au sein de leur page privée, créant de véritables tableaux de bord professionnels relatifs à leur activité. Par exemple, les propriétaires du domaine vinicole des Crès-Ricard ont créé une page privée leur permettant d’accéder à toutes les informations importantes pour leur activité par le biais d’une poignée d’onglets : un onglet principal regroupant toutes les informations de communications et de partage de données (courriels, agenda, bookmarks, stockage de fichiers) et leurs flux personnels permettant de visualiser en temps réel les ventes réalisées dans leur boutique en ligne et sur eBay, ainsi que les enchères que nous avons en cours ; un onglet « Reporting » permettant d’accéder, grâce à des flux RSS, aux reportings et analyses de services qu’ils utilisent (Google AdWords, Google Analytics, FeedBurner, TradeDoubler) ainsi que des graphiques réalisé à partir de leurs données stockées sur Google Documents ; un onglet « Veille » qui réalise une veille via les widgets de recherche de blogs, d’images, et sur le web ; un onglet « Mobile » regroupant certains onglets, afin d’y accéder via un téléphone mobile…

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Le cas de Crès-Ricard est une démonstration parmi tant d’autres de l’usage privé qui peut être fait de Netvibes et de ses nombreux widgets – parfois en y mettant un peu de créativité, voire en se plongeant dans la mécanique des flux par le biais du service Yahoo! Pipes par exemple [19][19] Yahoo! Pipes, un service en ligne gratuit (en anglais)..., qui permet de générer toutes sortes de flux à partir d’autres flux ou de données disponibles sur Internet.

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PAGE PUBLIQUE, PAGE PRIVEE. Depuis janvier 2008, il est possible à tous les utilisateurs de Netvibes de créer une page publique en plus de leur page privée. Avec deux usages largement différents : tandis que la page privée est réservée aux données confidentielles et fortement personnelles, la page publique pourra servir de vitrine à ses propres données en ligne, ou plus simplement servir à ouvrir l’accès à ses propres travaux de veille sur Internet. Dans les faits, l’utilisateur est en mesure de maintenir dans Netvibes à la fois une page regroupant les outils de veille qu’il souhaite garder secrets, et une page qui lui permettra de partager avec le public sa vision d’un thème.

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Cette ouverture vers le public permet à Netvibes de ne plus être vu comme un « jardin clos », d’où les données ne peuvent être accessibles que depuis le service lui-même, et montre l’importance de l’esprit de collaboration qui reste l’une des pierres angulaires du web 2.0.

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Netvibes tire d’ailleurs nombre de ses atouts de la participation de sa communauté. Outre la création de près de 190 000 widgets par des développeurs tiers, permettant de proposer toujours plus de services aux utilisateurs, Netvibes doit aussi aux membres de sa communauté la traduction de son interface dans plus de 70 langues, de manière souvent étonnamment rapide.

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UN CONTENU OUVERT. Ils sont nombreux à avoir choisi la voie de l’ouverture, sur le principe de l’entraide : associations, écoles ou simples passionnés partagent leurs découvertes via de nombreuses pages publiques souvent très pointues. Le contenu qu’ils regroupent et trient pour le bénéfice du public ne reste d’ailleurs pas enfermé : grâce à l’outil de partage de Netvibes, chaque module d’une page peut être repris par le visiteur sur sa propre page (privée ou publique), envoyé par courriel à un ami ou partagé sur un réseau social, comme Facebook.

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La Documentation française a été l’un des premiers éditeurs à voir l’intérêt d’une telle page, en ouvrant dès février 2008 sa page publique [20][20] www. netvibes. com/ ladoc. Outre les habituels flux RSS relatifs aux nombreux sites officiels gérés par cet éditeur, cette page publique fait usage du widget « Page Web » sur chaque onglet pour afficher une page distante présentant l’onglet courant et proposer un moteur de recherche distant. Il s’agit là d’un premier pas vers l’obtention d’une page moins standard. La Documentation française dispose avec cette page publique d’un véritable observatoire de tout ce que cet éditeur publie sur ses nombreux sites, ouvert à quiconque serait intéressé.

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Certains pôles d’informations ont besoin de regrouper tant de données qu’une seule page publique ne suffit pas – à moins de faire une surenchère illisible d’onglets. C’est le cas de l’ESC Lille, dont les responsables de la médiathèque ont décidé d’ouvrir une page publique pour chacune de leurs sections propres : Ressources humaines, Droit et fiscalité, Finance et audit, Management de projet et logistique, Marketing et e-commerce, Stratégie et management entrepreneurial [21][21] www. netvibes. com/ esc-lille_rh, www. netvibes. com/.... Chaque page est gérée indépendamment, et offre un large panel de ressources Internet : non seulement des flux d’informations et podcasts mis à jour en temps réel, mais également tout un panel d’outils, de liens et de données tierces affiché par des widgets dédiés. En utilisant la technique pour unir des sources spécifiques sous une même bannière, les pages publiques de Netvibes leur donnent une valeur ajoutée que seul peut apporter l’esprit collaboratif.

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En définitive, un agrégateur tel que Netvibes peut être utilisé pour faire une veille personnelle ou professionnelle en condensant en une seule page des centaines de ressources. En combinant facilité d’utilisation, esthétique plaisante et puissance des outils, les agrégateurs forment une fondation solide et extensible pour ceux qui manipulent l’information au quotidien.

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TECHNOLOGIE DE WIDGETS. C’est sur ces principes que Netvibes compte continuer à évoluer tout du long de l’année 2009. En gardant pour objectif principal de rester ce qui se fait de mieux en matière de page personnalisable, l’équipe de Netvibes va pousser plus avant son travail d’innovation autour des technologies de widgets, notamment avec le récent ajout du support de l’API OpenSocial.

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De fait, les widgets UWA ne seront plus seulement universels (ils fonctionnent sur les plus grandes plates-formes de widgets), mais aussi sociaux (ils peuvent exploiter les données des utilisateurs du réseau social sur lequel ils sont installés). En combinant ces deux puissantes technologies, Netvibes obtiendra une technologie de widget éprouvée, complète et ouverte, permettant à tous les types de contenus d’être accédés et partagés au sein même de Netvibes et au dehors… •

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Xavier Borderie

Notes

[1]

Pour la chronologie des outils, on consultera avec profit le diagramme : What put the "2" in Web 2.0? Adaptative Path, 2006, http:// adaptivepath. com/ images/ publications/ essays/ What_puts_the_2_in_Web_20. pdf

[2]

Tim O’Reilly, « What is Web 2.0 », O’Reilly, September 30, 2005, www. oreillynet. com/ pub/ a/ oreilly/ tim/ news/ 2005/ 09/ 30/ what-is-web-20. html

[3]

Traduction de Thomas Chaimbault.

[4]

Jean-Michel Salaün, « Le défi du numérique : redonner sa place à la fonction documentaire », Documentaliste – Sciences de l’information, dossier « Marketing stratégique », février 2008, vol; 45, n° 1, p. 36-39.

[5]

Sur ces questions, on peut consulter :

- « Rêves d’archithèque », Bloc-notes de Jean-Michel Salaün, Septembre 4, 2006, http:// blogues. ebsi. umontreal. ca/ jms/ index. php/ 2006/ 09/ 04/ 70-reves-d-architheque

- Ross Seamus, Digital Preservation, Archival Science and Methodological Foundations for Digital Libraries, ECDL 2007, www. ecdl2007. org/ Keynote_ECDL2007_SROSS. pdf

- Karen Calhoun, « OUR space: the new world of metadata » (présenté au Industry Symposium, IFLA, Québec, Canada, Août 14, 2008), www. slideshare. net/ amarintha/ our-space-the-new-world-of-metadata-presentation

[6]

Les paragraphes en italique sont extraits de : Dominique Cardon et al., « 10 propriétés de la force des coopérations faible [sic] », Internet Actu, Février 8, 2008, www. internetactu. net/ 2008/ 02/ 08/ 10-proprietes-de-la-force-des-cooperations-faible

[12]

Olivier Charbonneau, « Confessions d’un blogodépendant », Argus, 2006, vol. 35, n° 1, p. 6-8, www. culturelibre. ca/ ? page_id= 1269

[13]

Tom Peters, « The Brand Called You », Fast Company, 1997, www. fastcompany. com/ magazine/ 10/ brandyou. html

[14]

Olivier Charbonneau, « RSS et la publication simultanée sur Internet », Lex Electronica, 2006, vol. 11, n° 1, www. lex-electronica. org/ articles/ v11-1/ charbonneau. htm

[16]

Technorati, State of the Blogosphere, 2008, www. technorati. com/ blogging/ state-of-the-blogosphere

[18]

Le site tel qu’il existait en septembre 2005 est accessible à l’adresse http:// vintage. netvibes. com

[19]

Yahoo! Pipes, un service en ligne gratuit (en anglais) permettant de combiner et traiter les flux de données : http:// pipes. yahoo. com

Résumé

English

Why should the web 2.0 be the cure-all while librarians lag behind? JM Salaun argues that web 2.0 and information provision can be mutually enriching. 2.0 tools are capable of improving and transforming library services. But information professions need to highlight their skills and arguments that can further change these.

Español

¿Porque sería la Web 2.0 la panacea con el mundo documental a la cola? De hecho, para Jean-Michel Salaün, la Web 2.0 y la actividad documental pueden llegar a enriquecerse mutuamente. En efecto, las herramientas 2.0 tienen la capacidad de mejorar, es decir transformar, los servicios documentales. Sin embargo, los profesionales de la información también deben hacer valer sus competencias y los razonamientos susceptibles de hacerlos evolucionar.

Deutsch

Warum sollte das Web 2.0 das Wundermittel sein und die Dokumentation hinterherhinken? Aus Sicht von Jean-Michel Salaün können sich Web 2.0 und Dokumentation gegenseitig bereichern. Zwar haben die 2.0-Tools die Kapazität, dokumentarische Dienste zu verbessern oder sogar umzugestalten – doch Information Professionals verfügen über Kompetenzen und Überlegungen, die sie verbessern können.

Plan de l'article

  1. La documentation est-elle soluble dans le web 2.0 ?
    1. Qu’est ce que le web 2.0 ?
    2. Web 2.0 et amélioration des services documentaires
    3. Web 2.0 et transformations du service documentaire
    4. Homologie et contradiction : dix principes de fonctionnement
  2. Un site wiki : juste un plan de travail, pas une fin en soi
    1. Le wiki est adapté aux sujets simples
    2. L’accès au wiki peut être paramétré
    3. Le rôle du coordinateur reste central
  3. Les paradoxes des blogs de bibliothèques
  4. Témoignage. « Rédiger un blog expert : une activité qui enrichit sa propre expertise »
  5. Témoignage. « Le blogueur ne crie pas dans le noir ! »
  6. Témoignage. « L’espace flux de l’Y : un agrégateur pour filtrer, un portail pour diffuser »
  7. Témoignage. « Netvibes : une fondation solide et extensible pour ceux qui manipulent l’information au quotidien »

Pour citer cet article

Salaün Jean-Michel, Liziard David, Mercier Silvère, Le Bars Sylvie, Charbonneau Olivier, Goujon Martine, Borderie Xavier, « Fondamentaux et usages », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2009 (Vol. 46), p. 32-43.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-1-page-32.htm
DOI : 10.3917/docsi.461.0032


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