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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/2 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.462.0014
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Perspectives du livre numérique

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Édition électronique. Les Assises professionnelles du livre, organisées le 17 mars 2009 par le Syndicat national de l’édition dans le cadre du Salon du livre, marquent un tournant dans l’attitude des professionnels vis-à-vis du numérique. Si 2008 était encore une année d’expérimentations, 2009 se caractérise par un engagement beaucoup plus fort que reflète la place occupée cette année au Salon par le livre numérique.

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Le passage vers le livre numérique, a souligné Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique, dans son discours d’introduction, sera réussi si l’on parvient à préserver une offre éditoriale de qualité et à protéger la propriété intellectuelle, notamment contre le risque de piratage. Mais, contrairement aux secteurs de la musique ou du cinéma, celui du livre s’est préparé aux mutations avant que les usages n’aient évolué. Par ailleurs, si le marché est actuellement saturé d’outils de diffusion, la valeur ajoutée tend à se tourner vers les contenus. Reste à trouver les modèles économiques pour financer ces contenus – un défi que la France pourrait relever, en raison du dynamisme de son secteur culturel.

Un bouleversement de la relation auteur / éditeur ?

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S’il n’y a aucune remise en question de cette relation lorsqu’il s’agit d’un livre papier numérisé – la numérisation n’étant qu’un nouveau mode d’exploitation, prévu par le contrat d’édition dès l’origine ou par un avenant [1][1] Le SNE propose un nouveau contrat-type d’exploitation... – les règles actuelles de la propriété intellectuelle sont inadaptées au livre numérique qui reste indéfiniment disponible sur les réseaux.

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Mais comment gérer l’hypertextualité des ouvrages « enrichis » par des liens ? Va-t-on voir apparaître de nouveaux acteurs ? Comment rémunérer cette activité dont on peine à fixer les frontières et qui implique des démarches et des droits élevés ? Non seulement on n’a donné aucune réponse, mais l’idée même qu’une œuvre puisse être créée de manière collective et que l’on remette en cause la distinction auteur / lecteur a suscité des oppositions. Mais comme les auteurs semblent intéressés, le risque est grand que le mash-up illégal de livres n’apparaisse sur des plates-formes de contenus.

Menace ou opportunité pour les libraires ?

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Près de 40 % des ventes d’ouvrages se font encore en librairie et la vente en ligne ne représente que 6 à 8 % du marché. Néanmoins la formule couplée de certains gros libraires s’avère intéressante, notamment pour les livres à faible taux de rotation (effet de longue traîne) ou pour toucher des publics distants ou empêchés. Mais le numérique se traduit aussi par une baisse importante de certaines ressources papier et il peut être à l’origine de la fermeture de librairies. Il profite surtout au couple Amazon/Fnac et très peu aux libraires qui ont tardé à développer des services en ligne, freinés par les éditeurs qui ne leur remettent pas des éléments importants pour le marketing en ligne ou qui commercialisent leurs fichiers numériques en ligne directement ou via des e-distributeurs.

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Aucun des libraires présents à cette table ronde n’a parlé des bibliothèques comme de partenaires potentiels pour les aider à passer le cap du numérique. Celles-ci ne seraient pas non plus un marché potentiel du livre numérique, sauf Izibook d’Eyrolles qui estime que le marché académique représentera à terme, pour lui, le marché le plus important et que les offres d’e-books doivent anticiper la montée des crédits d’acquisition du numérique en bibliothèque.

Les politiques publiques en faveur du livre numérique

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La Direction du livre et de la lecture (DLL) avait lancé une étude nationale sur les usages du livre numérique et le Conseil national du livre (CNL) créé des groupes de réflexion interprofessionnels pour travailler sur les formats de données, les DRMs, le signalement et les métadonnées, ainsi que sur le prix du livre numérique.

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Pour le CNL, l’année écoulée a été marquée par l’action de sa commission « Politique numérique » qui a aidé les éditeurs à numériser des milliers de titres dans le cadre de Gallica 2. Si les ventes sont faibles, l’expérimentation a donné une visibilité au livre numérique français par l’indexation et les outils de recherche proposés. L’aide, qui a porté sur la conversion des ouvrages en fichiers PDF, pourra s’élever à 66 % des coûts pour des conversions en format XML. Le champ de cette aide pourrait être élargi et son budget conforté pour créer des services autour des livres numérisés.

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Le rapport commandité par la BnF pour évaluer l’expérimentation menée avec les éditeurs [2][2] Synthèse de l’étude d’évaluation de l’expérimentation... préconise sa poursuite. Il recommande aussi de répondre à certaines attentes des utilisateurs, de faire une offre sous droits qui respecte davantage la politique documentaire de Gallica, d’étendre l’expérimentation aux œuvres épuisées et de créer un système d’aide pour les « petits éditeurs ».

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Le rapport note que les représentants des bibliothèques qu’il a consultés à cette occasion approuvent globalement l’expérimentation mais regrettent que des formules de prêt ou de consultation sur place des ouvrages n’aient pas été prévues dès l’origine, en partenariat avec les bibliothèques territoriales et universitaires.

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Au niveau européen, le programme ARROW (Accessible Registries of Rights Information and Orphan Works) vise à rendre interopérables les différentes bases de données de droits. Il croise les informations sur les œuvres et sur les auteurs détenues par les bibliothèques, celles des éditeurs sur la disponibilité des œuvres et celles de sociétés de gestion collective sur les titulaires effectifs des droits. On obtiendrait ainsi à terme un système de gestion collective des droits, capable de délivrer des autorisations de numérisation, notamment pour les œuvres épuisées ou orphelines.

Image et son au sein de l’édition numérique

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Il s’agissait d’évaluer les possibilités, dans l’édition numérique, d’intégrer d’autres médias au texte pour produire des œuvres enrichies par de l’image, de la vidéo, du son. Si cette piste paraît prometteuse, elle reste encore peu développée en raison des obstacles juridiques et économiques. Des partenariats ponctuels peuvent concerner certains opérateurs, mais les règles de la propriété intellectuelle imposent des contrats faisant référence explicitement aux usages numériques des œuvres. Pour l’instant, il n’existe pas de solution de gestion collective et l’on est réduit à une négociation œuvre après œuvre, titulaire de droits après titulaire de droits. Si les licences libres, comme les Creative Commons, peuvent fluidifier le système, en facilitant la production d’œuvres dérivées, elles ne règlent pas tous les problèmes en cas d’exploitation commerciale.

Les travaux du SNE

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Les groupes de travail de la Commission numérique du SNE [3][3] Le Livre numérique : idées reçues et propositions,... se sont penchés sur la définition légale du livre numérique, sur les modèles économiques (tarifs, contrats, sécurité des réseaux et des accès), sur les normes et les standards, le feuilletage en ligne (via une plate-forme numérique associée à la base Electre, pour garder la maîtrise des fichiers numériques et gérer des services associés). Ont aussi été abordées les politiques publiques (questions légales comme le taux de TVA, le prix du livre, les aides publiques à la création de l’offre numérique légale) et les relations commerciales des acteurs de la chaîne éditeurs / libraires / auteurs / E-distributeurs. Le numérique éducatif, enfin, notamment pour le contrôle de la mise en œuvre de l’exception pédagogique prévue par la loi sur le droit d’auteur.

La question des coûts

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Un des chantiers prioritaires a été d’évaluer l’impact du numérique sur les coûts de production des ouvrages électroniques et de les comparer avec les coûts du papier. Cette étude a démontré que les coûts de production d’un livre numérique sont quasi identiques à ceux d’un livre papier. Les économies des frais d’impression et de distribution ne couvrant pas les 15 % de TVA supplémentaires appliqués au livre numérique, la part qui revient à chaque acteur de la chaîne du livre (auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires) ne devrait pas être modifiée de manière significative et surtout ce serait un non-sens de demander aux éditeurs de vendre les livres numériques moins chers que leur équivalent papier. Seule une baisse de la TVA pourrait permettre une baisse des prix.

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Les prix des livres numériques doivent être fixés par les éditeurs et non par les distributeurs, et selon un mécanisme proche de celui du prix unique de la loi Lang. Des aides publiques doivent perdurer pour aider les éditeurs à numériser leurs fonds. Quant aux DRMs, en dépit de leur échec dans le domaine de la musique, ils représentent toujours la solution préconisée pour lutter contre le piratage. •

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Lionel Maurel

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Michèle Battisti

Information sur les entreprises et information légale : quels risques à l’heure de la crise financière ?

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Marché de l’information. Sous le titre « Évolution du marché de l’information sur les entreprises et avenir de l’information légale : quels risques à l’heure de la crise financière ? », le Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) organisait le 3 mars 2009 un séminaire pour dresser avec les différents acteurs un état des lieux de l’information sur les entreprises, examiner le nouveau cadre réglementaire et en analyser l’impact sur ces acteurs.

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Après avoir organisé des journées sur l’information brevets et l’information légale, le GFII a jugé essentiel de prendre en compte l’information sur les entreprises. En effet la crise actuelle montre la nécessité de disposer d’informations fiables et complètes sur les entreprises et, dans le même temps, le cadre européen semble évoluer vers moins de transparence pour des raisons de simplification et d’économie. La présentation des différents acteurs, le projet de cadre réglementaire et son impact sur le travail de chacun représentent logiquement les différents éléments de la journée [4][4] On trouvera le programme détaillé de cette journée....

État des lieux

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• Les caractéristiques du répertoire SIRENE. Géré par l’INSEE [5][5] www. insee. fr, le répertoire SIRENE compte sept millions de numéros SIREN (entreprises) et huit millions de numéros SIRET (établissements). L’intérêt principal de SIRENE, dans le contexte de cette journée, est son intégration dans le circuit déclaratif des entreprises. En réponse à leurs demandes adressées au Centre de formalités des entreprises (CFE), l’INSEE fournit le numéro SIREN au CFE qui, à son tour, alimente différents organismes officiels : greffe du tribunal de commerce (celui-ci envoie l’information à l’INPI qui constitue le Registre national du commerce et des sociétés, RNCS), service des impôts, MSA (Protection sociale du monde agricole), RSI (Régime social des indépendants), CNAV des professions libérales, URSSAF et DDTEFP (Direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle). Ces organismes assurent aussi un aller et retour d’informations avec la CRAM, la CNAV, l’UNEDIC, etc. Au total, cela représente par an deux millions de liasses déclaratives et quinze millions de données sur les entreprises (flux AVISIR). La Commission de coordination des CFE, qui a remplacé en 2007 le comité EDI-CFE, veille au bon fonctionnement des CFE et examine les formulaires de déclaration.

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• Les greffes des tribunaux de commerce. Les 135 greffes assurent le contrôle juridique des informations sur la vie des entreprises et les fournissent à l’INPI, à INSEE, au BODACC, casier judiciaire et journal d’annonces légales pour les procédures collectives. Un travail de dématérialisation très important est réalisé avec la création en 2001 de Certigreffe, autorité de certification des greffes des tribunaux de commerce qui permet de signer électroniquement des documents, de les échanger et, depuis 2007, d’effectuer des formalités en ligne [6][6] www. greffes-formalites. fr. D’autre part, le portail judiciaire [7][7] www. i-greffes. fr permet d’effectuer les démarches en ligne. Le GIE Infogreffe diffuse les informations reçues par les 135 greffes : données du registre du commerce, actes et bilans, procédures collectives, nantissements et privilèges. Depuis juillet 2008, les bilans au format papier sont saisis dans les greffes pour former une base XBRL avec une augmentation du nombre des zones saisies de 600 à 1650.

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• La mission d’édition et diffusion des annonces légales. Pas moins de 250 000 annonces par an au BOAMP [8][8] www. boamp. fr, 60 000 annonces par an au Journal officiel des associations, 2,4 millions d’annonces au BODACC [9][9] www. bodacc. fr, annonces d’environ 600 sociétés cotées au BALO et 18 000 informations réglementées annuelles sont horodatées et publiées [10][10] www. info-financiere. fr. En application de la loi du 17 juillet 1978 modifiée concernant la réutilisation des informations publiques, la Direction des journaux officiels (DJO) fournit des licences de réutilisation des BOAMP (18 licenciés), BALO (5), JO (7) et BODACC (16). Quelques évolutions récentes ou à venir impactent l’avenir du BODACC. La loi de modernisation de l’économie dispense de la publicité au BODACC les sociétés à responsabilité limitée unipersonnelles. Au 1er janvier 2010, la DJO et La Documentation française seront regroupées en une seule entité des services du Premier ministre. La proposition de directive européenne modifiant la directive 68/151/CEE vise notamment à remplacer les bulletins nationaux, comme le BODACC, par une plate-forme de publicité dès avril 2010.

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• Le rôle de l’INPI. L’Institut national de la propriété industrielle gère et diffuse le RNCS dont les informations proviennent des 135 greffes des tribunaux de commerce, des 7 greffes des tribunaux d’instance et des 6 tribunaux mixtes. Ces informations représentent 1,4 million d’inscriptions saisies, 900 000 actes numérisés et près d’un million de comptes annuels saisis et numérisés. L’archivage des documents occupe 84 kilomètres linéaires. Les informations de 4,5 millions d’entreprises sont accessibles par la base de données Euridile [11][11] www. euridile. fr, et réutilisables par des licences : IMR, immatriculations, modifications, radiations (6 licenciés), comptes et bilans (5), protocole client serveur (6), cadastre sirenné (2). L’information du RNCS constitue un lien unique avec le patrimoine de l’entreprise – brevets, marques, dessins et modèles – et une passerelle vers les informations sur les entreprises des 22 pays du réseau European Business Register (EBR).

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• La diffusion des annonces légales dans la presse d’information politique et générale. Huit cents journaux sont habilités à publier les annonces légales dont la moitié de presse générale et l’autre moitié de presse professionnelle (technique et judiciaire). Les annonces légales présentent un intérêt pour les professionnels mais aussi pour le grand public. Les 70 quotidiens français représentent 25 millions de lecteurs par jour et 30 millions de lecteurs par semaine en ajoutant les hebdomadaires régionaux. Le budget annuel des annonces judiciaires et légales est de 300 millions d’euros pour la presse. L’habilitation des 800 journaux publiant les annonces légales est faite, à partir de différents critères, au niveau du département. La presse généraliste rend un service à la demande du législateur en assurant, par l’information de ses lecteurs, l’environnement sociétal du département. Environ 10 % du chiffre d’affaires des annonces légales sont assurés par les périodiques généralistes. Le projet de plate-forme nationale d’informations sur la vie de l’entreprise présente le risque que les informations légales, toujours accessibles, ne soient plus utilisées que par les professionnels et que le grand public ne les trouve plus dans ses supports d’information habituels.

Repères

L’impact du nouveau cadre réglementaire sur les acteurs

• Le rôle de l’information légale. L’État a l’obligation d’assurer la production et la mise à disposition de cette information. Dans quelles conditions tarifaires doit-il en assurer la diffusion et la réutilisation ? Des établissements publics ont aussi un rôle de rapprochement de différentes informations nécessaires à l’entreprise, éléments de l’intelligence économique et facteurs de prévention du risque. L’information légale européenne doit devenir de plus en plus complète, comme le montre l’évolution de la politique allemande, à l’opposé du projet communautaire. L’apport, la valeur ajoutée du secteur privé ne doivent pas être empêchés par une extension des services publics d’information.

• La disponibilité de l’information. L’information est largement disponible en France. Quelles doivent être les conditions tarifaires de sa réutilisation ? Gratuité, coût marginal, différents éléments de coût et amortissement de l’investissement ? Le risque du projet communautaire de ne plus rendre obligatoire la publication de leurs comptes par les petites entreprises est que les grands opérateurs auront toujours les moyens de disposer de cette information, mais pas les plus petits ; de plus, l’État sera aussi privé d’une information essentielle. La réalisation d’un identifiant unique européen des entreprises fait l’objet d’une réflexion communautaire après les initiatives de sociétés privées.

• La qualité de l’information. C’est une caractéristique essentielle qui n’est pas évidente à identifier lorsqu’un service d’information intègre des informations issues de diverses origines. Différents facteurs de qualité sont à prendre en compte : couverture, fraîcheur, exactitude. L’analyse du risque et la performance des services d’information sont directement liés à la qualité qui apparaît en aval de la restitution et à la communication. La définition du contrôle de qualité des informations publiques est nécessaire en prenant en compte la périodicité de la fourniture de ces informations.

• La simplification des obligations légales et le besoin d’information pour la maîtrise des risques. Le projet communautaire d’un guichet unique et d’absence d’obligation de dépôt des comptes pour les TPE provient d’une idée simple (simpliste ?) de réduction des formalités et des coûts. Ce projet ne peut que gêner le très important crédit interentreprises car, par manque de transparence, les préteurs seront encore plus méfiants. Les solutions sont coûteuses – appel à des expertises, sources d’informations étrangères – et ralentissent les affaires par des assurances maximales. Il s’agit finalement plus d’un effet d’annonce que d’économies réelles : l’avenir des entreprises est assuré par un maximum d’informations provenant des divers pays et non par un repli frileux sur une transparence minimale.

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• La presse, source essentielle d’informations sur les entreprises. Le journaliste est plus attentif au quotidien de l’entreprise qu’à la volonté du législateur : plusieurs centaines de milliers d’événements sont indexés par an, plus de la moitié des entreprises citées sont des SA et des SARL, les deux tiers ont moins de cinquante salariés et sont situées en dehors de la région parisienne. Une étude comparative des informations sur les entreprises publiées dans la presse et dans les journaux officiels indique que la presse diffuse une information plus détaillée et plus rapide, en particulier lorsque l’entreprise est en difficulté ; des chiffres et des situations intermédiaires témoignent d’une possibilité de défaillance plusieurs mois avant la publication des comptes.

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• Les marchés européens de l’information sur les entreprises. En 2007, le marché mondial de l’information professionnelle était de 75 millions de dollars dont 10 % pour l’information sur les entreprises. Dans ce dernier secteur, les États-Unis représentent 46 % du marché et l’Europe 27 %. Il apparaît, d’une part, que la taille des marchés de l’information sur les entreprises n’est pas strictement proportionnelle à la taille de l’économie, la France étant nettement devancée par l’Allemagne et le Royaume–Uni, d’autre part, qu’il n’y a pas un marché européen unique de l’information, la demande étant, la plupart du temps, nationale. Le développement de l’information sur les entreprises dépend du degré de compétition, de la disponibilité de l’information et de son prix de vente. Quelles sont les tendances de l’offre d’informations sur les entreprises ? La gratuité de certaines informations, le développement d’un marché européen puis mondial, la substituabilité entre information et assurance et la diversification des business modèles.

Le nouveau cadre réglementaire de l’information légale

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La crise actuelle montre qu’une information économique assurée, cohérente et transparente est indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers mais, depuis plus de quarante ans, la richesse et la complexité croissante de cette information a provoqué sa segmentation auprès de différents acteurs. L’enregistrement et l’autorisation d’activité, d’une part, la publicité officielle, d’autre part, assurés par différents organismes publics qui n’empêchent pas un chevauchement des informations, constituent l’essentiel du dispositif. Ces producteurs publics reçoivent une rémunération de la vente directe ou indirecte (licences) de ces informations qui contribue à leur équilibre financier. En revanche, la Commission européenne s’inscrit dans une démarche d’allègement des obligations à la charge des entreprises. La modification de la loi du 17 juillet 1978 sur la réutilisation des informations publiques reste au stade des principes en matière d’organisation de la redevance. La création de l’APIE et le décret 2009-151 du 10 février 2009 ouvrent la voie à une participation plus active du secteur public à la diffusion et à la rediffusion des informations qu’il produit.

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Cette journée passionnante, achevée par quatre tables rondes thématiques qui ont étudié l’impact du nouveau cadre réglementaire sur les acteurs [voir hors texte page 17], a donné une vision complète et détaillée de l’ensemble complexe que constitue l’information sur les entreprises. Les recouvrements compétitifs n’ont pas été masqués, les enjeux économiques très importants ont été présentés et discutés avec transparence et rigueur sans exclure la courtoisie. La conclusion a évidemment porté sur les conséquences des projets communautaires sur le marché français. •

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Bernard Marx

L’équipement informatique des bibliothèques spécialisées en 2008

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Équipement. À côté d’autres enquêtes sur les progiciels apparaissant sur le marché et dont nos colonnes ont souvent donné des aperçus, le cabinet Tosca Consultants effectue depuis quinze une enquête annuelle sur les logiciels métier destinés aux bibliothèques. Cette page propose un commentaire très synthétique des données recueillies pour l’année 2008.

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L’informatisation des bibliothèques spécialisées a toujours représenté le deuxième secteur de clientèle après les bibliothèques municipales, beaucoup plus nombreuses et parfois mieux dotées. En 2008, l’examen des ventes effectuées auprès des bibliothèques françaises confirme ce classement. Les bibliothèques spécialisées représentent 32 % des produits vendus contre 57 % pour les bibliothèques municipales.

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Plus difficile à cerner, en raison de la diversité même des bibliothèques spécialisées, ce secteur présente deux particularités intéressantes.

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C’est parmi les bibliothèques spécialisées, notamment de petite taille, que l’on compte le plus grand nombre d’utilisateurs de Koha. En 2008, 11 des 20 établissements ayant choisi Koha sont des bibliothèques spécialisées.

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Quatre produits, équipant également plutôt de petites bibliothèques, représentent à eux seuls les deux tiers des projets référencés. Il s’agit, par ordre décroissant du nombre de références, de BCDI 2009 Spécial (CRDP de Poitou-Charentes), de Papyrus 2000 (Legat Olivier), de Biblio-Tech (BNT Technologies) et de Kentika, la nouvelle appellation du logiciel Alexandrie.

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Les 39 autres produits choisis par les bibliothèques spécialisées ne représentent qu’un tiers de l’équipement. Ils sont commercialisés par 24 fournisseurs.

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Le marché dans son ensemble est relativement mal orienté. Les ventes baissent en valeur de 7 %. Les logiciels open source, libres ou gratuits sont retenus dans un projet sur trois. De nombreuses sociétés connaissent d’importantes difficultés et la concentration se poursuit. Aujourd’hui seules 13 sociétés sur les 56 recensées dépassent le million d’euros de chiffre d’affaires ; il s’agit d’Opsys, de Décalog, d’INEO media system, d’Archimed, du CRDP Poitou-Charentes, d’AID Computers, de Cadic, d’Ever Team, de GFI Progiciels, d’Infor Global Solutions, de SirsiDynix, d’Ex Libris France et de GB Concept. Ces entreprises contrôlent désormais les qutre cinquièmes du chiffre d’affaires total. Les 43 autres fournisseurs doivent donc se partager les miettes du festin.

Pour en savoir plus

De nombreux tableaux complémentaires, notamment la liste des progiciels acquis dans l’année par les bibliothèques universitaires et spécialisées, le détail de la couverture fonctionnelle de ces outils, ainsi que les listes des logiciels de chaque type sont disponibles sur le site www. toscaconsultants. fr, rubrique Répertoire des logiciels.

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Tous les établissements en phase de rééquipement doivent donc bien prendre en compte les risques société. Les bibliothèques spécialisées doivent peut-être être plus vigilantes encore, leurs achats étant relativement dispersés et certains des fournisseurs référencés ici n’étant pas à l’abri d’un rachat.

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Marc Maisonneuve

Ventilation des 1.484 progiciels vendus en 2008 (hors Unesco, CRDP Poitou-Charentes, open source, libres ou gratuits)

Les intranets documentaires pour les collectivités territoriales

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Portails documentaires. Co-organisée le 2 avril 2009 par Interdoc, l’association des documentalistes des collectivités territoriales, et l’ADBS, une journée d’étude a permis de mesurer l’appropriation de l’intranet documentaire par les professionnels de l’information et documentation et de mettre en avant quelques choix éditoriaux.

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Alternant exposés théoriques et retours d’expérience, les différents intervenants ont mis en avant l’offre documentaire proposée, les publics visés, la valorisation croisée des ressources externes et internes et enfin les répercussions sur l’organisation du service de documentation. Les exemples présentés ont été choisis dans chaque type de collectivité : commune (Montreuil), département (Essonne), communauté urbaine (Grand Lyon) et région (PACA).

Contexte et typologie

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En introduction, Odile Giraud (Doc& CO) est revenue sur les différents types d’intranets documentaires et leurs caractéristiques dans le contexte particulier des collectivités territoriales ; leur évolution s’oriente vers de véritables portails documentaires qui intègrent aujourd’hui l’accès aux informations internes et externes en dotant les usagers d’un point d’entrée unique vers des informations personnalisées, et qui s’ouvrent à la dimension collaborative. Elle a particulièrement mis l’accent sur la structure d’un portail documentaire, ses fonctions essentielles et les différentes formes de contributions possibles par les utilisateurs. Elle a également insisté sur les fonctions des professionnels ayant en charge le portail, en matière de gestion des nombreux et différents contenus possibles dans l’administration des utilisateurs du portail et dans la gestion de leurs droits.

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La dernière partie de cet exposé concernait la construction même du projet de portail par la définition de ses contours, ses fonctions et ses priorités. Il s’agit en effet de recenser les ressources internes et externes à fédérer, d’établir une nouvelle gamme de produits et services documentaires, de choisir un ou des logiciels… mais aussi de transformer les relations avec et entre les utilisateurs autour de l’information partagée et de la mise en commun des ressources, selon l’orientation qui sera donnée au portail et selon l’importance de la dimension collaborative et l’implication de chacun.

L’Observatoire de l’Intranet, édition 2009

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Michel Germain, professeur des Universités associé au Centre d’études littéraires et scientifiques appliquées (Celsa), spécialisé en management des nouvelles technologies et aussi directeur associé d’Arctus, a présenté des résultats de l’édition 2009 de l’Observatoire de l’intranet, observatoire qui a été conçu il y a dix ans et mène périodiquement des enquêtes en France, au Canada, en Belgique et en Suisse. Il a décrit les évolutions et les caractéristiques de l’Internet du web 1.0 au web 4.0, et parallèlement les dimensions et les changements de l’intranet dans cette évolution. Il a précisé la méthodologie de l’enquête sur les intranets et les tendances principales qui émanent des résultats obtenus ; parmi celles-ci, le centrage vers l’utilisateur, la structuration des connaissances et le développement de l’interaction.

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Différentes fonctions des intranets ont aussi été identifiées et analysées : les fonctions de communication, de collaboration, de coordination et de gestion des connaissances. Les différents angles de cette enquête permettent alors de faire apparaître l’évolution possible de l’internet et de l’intranet dans les années à venir.

Quatre retours d’expérience

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Les exemples présentés ont permis de découvrir la diversité des solutions possibles, leurs points forts mais aussi leurs points faibles, liés aux moyens mis en œuvre, au nombre de personnes impliquées et à la place que l’institution concernée a donnée aux différents projets.

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S’ils ne sont pas vraiment comparables pour les raisons invoquées en particulier, ils permettent d’avoir une idée du plus ou moins grand degré de complexité de chaque système mis en place et surtout de l’implication des professionnels de l’information dans chaque expérience. Là encore le nombre d’agents est très divers et la variété des contenus en est une résultante.

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L’une des intervenantes a aussi souligné que la réussite du projet a été liée au fait que tous les membres de l’équipe documentaire, avec ou sans formation initiale en documentation, participent pleinement à l’enrichissement du portail, pour un meilleur service rendu aux utilisateurs.

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La question soulevée par la présentation des ces quatre expériences est celle du choix à faire entre la mise en place d’un accès direct, dès la première page de l’intranet, au portail documentaire (portail dédié), ou la dissémination des informations documentaires dans différents pavés de l’intranet général, en fonction des formes et des contenus des documents (portail global). Chaque solution présente des avantages.

Repères

L’association Interdoc

Interdoc a été créée en 1993 pour rassembler les structures documentaires des conseils généraux, puis s’est ouverte en 1997 aux documentalistes de toutes les collectivités territoriales (régions, départements, communes, intercommunalités). Elle comptait 162 adhérents en 2008, dont 76 conseils généraux et 76 autres collectivités.

La mission principale d’Interdoc est de favoriser les échanges sur les problèmes professionnels que tout membre peut rencontrer. Dans ce but, elle met en place des outils référentiels communs, encourage la mutualisation des moyens et outils et facilite la mise en commun de compétences.

Son site web : www. interdoc. asso. fr
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Il va sans dire que la date à laquelle les projets d’intranet documentaires ont été conçus influence et modifie les réalisations aujourd’hui en place. Les relations avec le service Informatique de l’institution sont elles aussi déterminantes dans la forme et la bonne conduite des projets.

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La place des contributeurs est elle aussi très variable : presque inexistante dans certains cas, essentielle dans d’autres, liée là encore à la date de création de l’intranet.

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Cette journée d’une grande richesse a permis une nouvelle fois de mesurer la variété des solutions mises en place. Elle a donné des idées à tous ceux qui réfléchissent à la création d’un portail documentaire ou à l’évolution d’un système qui existe déjà. Elle a aussi permis de mesurer la vivacité et la réactivité des professionnels de l’info-doc pour chercher et trouver des solutions, faire évoluer leurs réalisations et leurs prestations, dans la diversité des structures qu’ils connaissent. •

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Marie-Paule Hebting

La chronique de Stéphane Chaudiron. Le traitement automatique des langues : 50 ans déjà !

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Cinquante ans déjà ! Au mois de juin prochain, l’ATALA (Association pour le traitement automatique des langues) fêtera son cinquantième anniversaire en la Sorbonne, la veille de son colloque annuel. Cet événement sera l’occasion de revenir sur un demi-siècle de R&D dans le domaine des technologies de traitement des langues en faisant le point sur les avancées, les échecs et les obstacles à surmonter.

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Née dans le contexte de la guerre froide dans les années 1950 pour permettre le traitement automatisé de l’information scientifique et technique, cette discipline s’est construite sur les avancées en informatique et en linguistique, en particulier de la linguistique théorique et formelle. La période pionnière est aussi marquée par une forte conviction anthropomorphique qui, en cet âge d’or de l’intelligence artificielle, attribuait à la machine la capacité de parole ou, à tout le moins, celle de la simuler. Quel meilleur exemple que HAL, l’ordinateur névropathe de 2001, l’odyssée de l’espace, qui dialogue avec les astronautes afin de les éliminer ?

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Loin de ces rêves, les premiers travaux, entre le milieu des années cinquante et la fin des années soixante-dix, sont au contraire marqués par de nombreux échecs, en particulier dans le secteur de la traduction automatique. À l’issue d’une première période au cours de laquelle la complexité des problèmes à résoudre est largement sous-estimée, les illusions sont violemment dissipées par un rapport désormais célèbre et dont le retentissement a été international, le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Committee). Dus à une sous-estimation de la spécificité du traitement linguistique, ces échecs correspondent plus globalement aux limites atteintes par l’approche de type « intelligence artificielle » pour le traitement automatique du langage naturel. Réels sur le plan industriel, il convient cependant de les relativiser sur le plan scientifique dans la mesure où ils ont fait prendre conscience de la complexité à traiter informatiquement les langues et ont conforté la linguistique informatique comme nouvelle discipline scientifique.

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Si dans les années 1970 et 1980, la plupart des systèmes de traitement de la langue utilisent une approche linguistique fondée sur une modélisation a priori des connaissances propres à chaque langue traitée, les méthodes statistiques connaissent dans les années 1990 un essor considérable encouragé par la disponibilité accrue de grands volumes de données textuelles. C’est dans les années 2000 que se réconcilient ces deux approches longtemps antagonistes et que se rapprochent des communautés du traitement de l’écrit et du traitement de la parole. Le secteur gagne également en maturité et, grâce à des performances accrues, l’offre se diversifie, notamment en direction des applications grand public, dans le nouveau contexte de l’information multimédia et multilingue.

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Que nous réservent les prochaines décennies ? Plusieurs pistes sont probables, notamment une évolution vers des interfaces de plus en plus multimodales associant en particulier la reconnaissance de la parole, des gestes, des émotions, et une compréhension plus fine du sens dans un contexte de plus en plus multilingue. D’autres pistes seront évoquées lors du cinquantenaire de l’ATALA… •

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Stéphane Chaudiron

Notes

[1]

Le SNE propose un nouveau contrat-type d’exploitation d’une œuvre de littérature générale et deux avenants types relatifs à l’exploitation numérique des œuvres. www. sne. fr

[2]

Synthèse de l’étude d’évaluation de l’expérimentation de la mise à disposition d’ouvrages sous droits via la bibliothèque numérique de la BnF Gallica 2, www. bnf. fr/ pages/ dernmin/ pdf/ evaluation_gallica2. pdf

[3]

Le Livre numérique : idées reçues et propositions, texte diffusé au Salon du livre par le SNE le 17 mars 2009. www. sne. fr/ pages/ informations/ livre-electronique-03-09. html

[4]

On trouvera le programme détaillé de cette journée et la liste des intervenants à l’adresse www. gfii. asso. fr/ article. php3? id_article= 2798

Plan de l'article

  1. Perspectives du livre numérique
    1. Un bouleversement de la relation auteur / éditeur ?
    2. Menace ou opportunité pour les libraires ?
    3. Les politiques publiques en faveur du livre numérique
    4. Image et son au sein de l’édition numérique
    5. Les travaux du SNE
    6. La question des coûts
  2. Information sur les entreprises et information légale : quels risques à l’heure de la crise financière ?
    1. État des lieux
    2. Le nouveau cadre réglementaire de l’information légale
  3. L’équipement informatique des bibliothèques spécialisées en 2008
  4. Les intranets documentaires pour les collectivités territoriales
    1. Contexte et typologie
    2. L’Observatoire de l’Intranet, édition 2009
    3. Quatre retours d’expérience
  5. La chronique de Stéphane Chaudiron. Le traitement automatique des langues : 50 ans déjà !

Pour citer cet article

Maurel Lionel, Battisti Michèle, Marx Bernard, Maisonneuve Marc, Hebting Marie-Paule, Chaudiron Stéphane, « Méthodes techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2009 (Vol. 46), p. 14-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-2-page-14.htm
DOI : 10.3917/docsi.462.0014


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