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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/4 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.464.0014
  • Éditeur : A.D.B.S.

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De l’impact du numérique sur les bibliothèques

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Ifla. Les congrès de l’International federation of library associations and institutions (Ifla) sont toujours l’occasion d’une moisson d’informations et de réflexions sur l’évolution de nos métiers. Dans ce premier compte rendu, nous présentons des échos du congrès 2009, centrés sur l’environnement numérique du monde des bibliothèques et de la documentation.

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En 1981, lors du vingt-cinquième anniversaire de la bibliothèque municipale de Milan, Umberto Eco évoque la bibliothèque idéale. Il en développe les principaux paramètres que l’on peut résumer en ces quelques mots : pertinence, instantanéité, ubiquité, obliquité, dans un propos devenu une référence sous le titre De Bibliotheca[1][1] Traduction française : Caen, L’Échoppe, 1986, 31 p. Presque trente ans plus tard, Claudia Lux, présidente de l’Ifla, a ouvert le congrès en affirmant la nécessité pour les bibliothèques d’aujourd’hui de proposer des services innovants utilisant les technologies de pointe et celle de maintenir et développer le facteur humain, clé de la créativité, au centre du système.

Le 75e congrès de l’Ifla

Le « congrès mondial des bibliothèques et de l’information », manifestation annuelle de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (Ifla), s’est tenu cette année à Milan, du 23 au 27 août.

Le thème général en était : « Les bibliothèques créent le futur : construire sur l’héritage culturel ».

Quelques chiffres : 4.000 délégués, 1.700 associations professionnelles et 176 pays représentés.

L’environnement numérique oblige la bibliothèque à se réinventer

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« Connexion, Contenu, Confiance » sont les trois composantes que la Nouvelle-Zélande a choisies pour définir l’environnement numérique, un cadre en 3C augmenté récemment d’un quatrième, « Collaboration », dans un document précurseur, le New Zealand Digital Content Strategy (NZDCS). Cette stratégie holistique – chacun des domaines est vu comme interdépendant et aussi central l’un que l’autre – intègre l’importance croissante de différents facteurs qui caractérisent l’environnement de l’information numérique : la presque totale dépendance des utilisateurs aux supports électroniques pour l’accès à l’information, la diversité des dispositifs de consultation du contenu numérique, la participation des usagers dans la création et la re-création de contenus numériques, le déclin de l’imprimé au profit des médias audiovisuels et le rôle clé des moteurs de recherche [2][2] Intervention de John Van Oudenaren, Director World....

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Toutes choses qui obligent la bibliothèque à se réinventer. Le plus grand défi étant, selon Martin Bossenbroek, de la bibliothèque royale des Pays-Bas, l’ampleur sans précédent des flux d’information et ses répercussions aux niveaux de la constitution des collections, de leur stockage et de leur accès. Le « tricycle » de la chaîne documentaire, mis à mal, doit être revisité et adapté à la nouvelle chaîne d’information fournie par Internet qui a modifié les règles du jeu précédentes, de la création à la consommation en passant par la production, la publication et la distribution.

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L’accès des usagers aux nombreux programmes numériques en tous genres et de toutes tailles est une priorité. Le tissage de liens entre les réseaux revêt une importance stratégique à laquelle répond la création de portails uniques donnant accès à l’ensemble de collections nationales, qu’elles proviennent des musées, des archives ou des bibliothèques. Plusieurs projets ambitieux ont vu le jour, comme le portail BAM en Allemagne [3][3] www. bam-portal. de ou sont en cours de réalisation comme en Finlande avec un service qui devrait comprendre cinquante millions de références. D’autres sont d’inégale importance : Culture.fr en France, Culturaitalia en Italie ou le Sondera suédois. La mise en place de ces portails a conduit des institutions historiquement séparées à trouver des approches communes de catalogage et de classement.

L’environnement numérique nécessite de nouvelles approches et de nouvelles compétences

• Le développement de collections numériques, périodiques et livres

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Le système de publication des périodiques scientifiques est devenu obsolète. Ses caractéristiques : enregistrement, certification, archivage, reconnaissance ou notoriété, ne fonctionnent plus. La production a considérablement augmenté mais désormais une partie non moins importante est publiée par la voie de l’open access. Le savoir savant n’est plus concentré aux mains des éditeurs. Le plus grand défi est alors celui de créer un système efficace d’évaluation pour les nouveaux modèles où le contrôle qualité devient une fonction continue. À ce constat d’ordre général sur la difficulté de se repérer dans cette production, s’ajoute la difficulté pour le professionnel gestionnaire de passer à l’acquisition de ressources électroniques, tant le circuit de négociation de licences est complexe. Passer de la constitution de collections imprimées à la fourniture d’accès au document qu’il faut au moment où il faut, entraîne de nouveaux processus et de nouvelles tâches comme la négociation et l’interprétation des clauses du contrat de licence et l’utilisation de nouveaux systèmes. De nombreuses bibliothèques ont misé sur la formation professionnelle pour accompagner l’acquisition de nouvelles compétences et la mise en place de ces nouvelles pratiques.

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Les e-books, introduits depuis une vingtaine d’années dans les bibliothèques de façon variable, connaissent un regain d’intérêt très récent. Cette édition devenue une véritable industrie en Chine reste cependant limitée puisqu’elle ne représente que 0,3 % des ventes de livres imprimés. La question des formats nombreux et non interopérables n’étant pas plus résolue là qu’ailleurs. En Italie, le développement des collections en est aux balbutiements mais les bibliothèques ont de grandes attentes que les éditeurs ne satisfont pas encore, comme l’actualisation des contenus, l’accès permanent aux contenus acquis, des accès multiples, la possibilité de faire un lien avec les autres ressources dans l’OPAC – bref, une plus grande considération des besoins des usagers et une nouvelle gestion de développement des collections. Aux États-Unis, une enquête menée auprès d’une quarantaine de bibliothèques par l’Association des bibliothèques publiques (PLA) fait remonter des données intéressantes sur les politiques d’acquisition de livres électroniques et sur les usages de ces collections. La bibliothèque de l’Université du Texas à Dallas a quant à elle étudié plusieurs options pour permettre aux usagers de choisir des titres de e-books, faisant ainsi l’expérience d’un nouveau modèle de développement de collection orientée usagers.

• Les approches fonctionnelles ne résolvent pas tout

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Moira Fraser, directrice de la bibliothèque du Parlement de la Nouvelle-Zélande, nous engage à développer la dimension relationnelle, à inventer de nouveaux modes de travail incitant à participer et faire participer [4][4] Aucun texte de cette session n’est disponible en l.... Les outils sociaux y invitent. Un guide publié en 2008 en recense 25 pour que les bibliothécaires restent en contact avec leur équipe et leurs usagers [5][5] « 25 outils sociaux pour bibliothécaires » : www. collegedegree...., pour échanger et partager les informations, pour les organise.

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La bibliothèque du Congrès chilien n’en utilise pas moins de dix pour faire connaître le travail des députés, expliquer les lois dans un langage simple, former les députés et favoriser le travail de collaboration interne, créer des cartes topiques de discussions en ligne, s’adresser aux personnes âgées et développer des programmes de formation à la culture informationnelle, notamment pour les élèves [6][6] La bibliothèque du Congrès : www. bcn. cl. « Connecte-toi....

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Autre exemple, la bibliothèque de Vlissigen, aux Pays-Bas, qui utilise des outils wiki pour rendre le traitement de son service de références plus transparent ; dispositif qu’elle partage depuis septembre 2009 avec le musée Naturalis de Leiden [7][7] wwww. vlissingen. nl/web/show/id=191748.

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La bibliothèque de l’université Ryerson au Canada préfère exploiter les technologies mobiles, une des deux technolgies vedettes avec l’indexation sociale selon l’Horizon Report (édition 2009) [8][8] The Horizon Report. Ed. 2009. Educause Learning Initiative..... L’étudiant, que l’on encourage à développer ses propres applications, peut désormais consulter le catalogue de la bibliothèque sur son téléphone ainsi que le catalogue World cat [9][9] www. ryerson. ca/ library/ mobile/ index. htm. Voir....

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Ici ou là, on est prêt à expérimenter de nouveaux rôles pour se renouveler et à se concentrer sur les services numériques à offrir aux usagers. La cinquième loi de Ranganathan est plus que jamais d’actualité. Les bibliothèques le démontrent aujourd’hui ; véritables « organismes vivants », elles s’adaptent à leur environnement et créent le futur. ? •

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Mireille Lamouroux

Pour aller plus loin

Les textes des communications commentées dans ce compte rendu sont en ligne sur le site de l’Ifla à l’adresse : www. ifla. org/ annual-conference/ ifla75

Futur et bibliothèques, statistiques, éthique : l’Ifla sur tous les fronts

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Ifla. Poursuivant notre « Retour de l’Ifla », nous présentons ici diverses sessions consacrées aux bibliothèques du futur, à l’utilisation des statistiques et indicateurs pour défendre et manager les bibliothèques et services de documentation, et à plusieurs questions liées à l’éthique professionnelle.

La bibliothèque du futur

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Inventerait-on les bibliothèques aujourd’hui ? Cette question introduisait un séminaire qui entendait répondre aux défis lancés par la nature de plus en plus insaisissable de l’information et les pratiques des usagers « nés numériques ». Deux communications ont distillé des informations souvent étonnantes sur les outils du futur et sur la large panoplie de services, déclinables et réutilisables à l’envi, que l’on peut offrir à ses usagers. Ce qui implique que le droit d’auteur et la notion de propriété, au sens traditionnel, soient aujourd’hui dépassés.

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Mais si la bibliothèque du futur reste un lieu physique, ce n’est pas parce qu’elle aura collecté des fonds mais des publics, parce qu’elle sera perçue comme un lieu consacré à la communication et à la réflexion, un lieu innovant qui présente tout ce qui a trait à la vie numérique et où se déroulent un large éventail d’événements, y compris, voire surtout ludiques, bien plus attractifs que Google. Ce qui donne à la bibliothèque une place centrale dans la vie culturelle et sociale d’une collectivité. Elle aura un futur parce que les bibliothécaires auront accepté de prendre des risques, et parce qu’ils sont fiers de leur métier et qu’ils l’auront proclamé.

Des statistiques pour plaider en faveur des bibliothèques

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Qu’il faille faire des choix parmi les statistiques à établir en fonction d’un objectif donné, voilà une évidence, mais il était sans doute opportun de la rappeler pour éviter de se trouver face à des batteries d’indicateurs, lourdes à développer et dépourvues d’intérêt. L’atelier a été l’occasion de découvrir un panel large des études que peuvent mener des bibliothèques municipales ou universitaires.

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En Espagne, on a comparé des données sur les services des bibliothèques de la ville de Barcelone à ceux d’autres réseaux de bibliothèques en Europe, ce qui a permis non seulement de les classer mais aussi de définir des caractéristiques géographiques. On entend à présent augmenter le nombre des bibliothèques participantes, ajouter des indicateurs qualitatifs, homogénéiser les données recueillies et diffuser les résultats auprès d’un large public.

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« Bibliothèques du monde » est une initiative de la fondation Bill et Melinda Gates qui vise à améliorer les conditions de vie de la population en donnant accès à l’Internet dans des bibliothèques. Les études faites en Pologne et en Roumanie devaient évaluer l’impact de cette action. En Roumanie, elle a souligné les besoins d’information en matière formation, de santé et d’emploi et, en Pologne, mis en exergue le fait qu’elle avait des retombées sur l’ensemble de la zone rurale où sont implantées ces bibliothèques.

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En ce qui concerne les bibliothèques universitaires, une intervenante australienne a expliqué que, pour elle, le diable est le chiffre puisque celui-ci influence les choix stratégiques de formation d’une université. On a donc veillé à développer un panel cohérent de mesures évaluant les bibliothèques, pour s’assurer que leurs services et leurs ressources soient toujours en phase avec les priorités fixées par leur université pour les dix prochaines années.

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Après une analyse descriptive des informations collectées par les méthodes standard auprès de 1.200 bibliothèques universitaires italiennes, qui a souligné des tendances nationales comme le regroupement des moyens humains et financiers dans des bibliothèques centrales, une analyse multivariée des données a permis d’identifier quatre tendances majeures.

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Quant à la dernière intervention, réellement passionnante, faite par des bibliothécaires allemands, elle soulignait plusieurs dilemmes à résoudre en matière de critères à retenir pour être réellement efficace dans sa politique de communication. Témoignages, best practices, top ten du star system – voilà quelques mots clés parmi bien d’autres que l’on a entendus. Et, puisque lire des nombres n’est pas à la portée de tous, l’accent a été mis aussi sur l’importance de l’intermédiation, des images et des argumentaires, et sur la nécessité de communiquer autour des résultats en utilisant toute la panoplie des moyens de communication, à adopter naturellement en fonction de divers publics cibles.

Plusieurs questions liées à l’éthique professionnelle

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Doit-on filtrer les sites web ? En Russie, dans le cadre de la révision en cours du code éthique des bibliothèques qui date de 1999, on a mené une enquête pour connaître les pratiques au sein des établissements. Les résultats montrent une grande variété de types de restrictions, de raisons invoquées et des personnes prenant la décision de filtrer. Les usagers doivent être informés de l’existence des filtres, dont l’existence n’a pas été remise en cause. Et le professionnel doit pouvoir, dans certains cas, prendre la décision de les contourner, et toujours veiller à préserver la confidentialité des usages.

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Doit-on donner des informations sur les pratiques des usagers ? Aux États-Unis, des bibliothécaires ont refusé de se taire face aux injonctions du FBI qui, dans le cadre du Patriot Act mis en œuvre dès octobre 2001 pour lutter contre le terrorisme, auraient dû divulguer les usages faits d’Internet par plusieurs usagers dans leurs bibliothèques. Une intervention passionnante qui rappelle qu’il faut séparer éthique professionnelle et personnelle et souligne le rôle joué par les associations nationales pour faire entendre la voix des bibliothécaires au plus haut niveau.

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Ne pas répondre, pour des questions morales, aux attentes de certains usagers ? Il s’agit indéniablement d’un cas rare, illustré par la Bibliothèque de l’alliance israélite, où la bibliothécaire, s’appuyant sur le droit de retrait, et avec l’accord de sa direction, a pris la décision de ne plus fournir de documents à un usager connu pour ses opinions révisionnistes.

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Dénoncer les informations fausses et le plagiat ? C’est ce qu’a fait une bibliothécaire canadienne, qui gérait le corpus de l’auteur concerné.

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Enfin, l’éthique c’est aussi veiller à personnaliser les services fournis pour combler le fossé qui sépare les populations défavorisées des populations plus nanties, en leur donnant les moyens d’acquérir les compétences nécessaires pour tirer profit de l’information fournie. •

Michèle Battisti

La chronique de Stéphane Chaudiron. L’usager : un objet « frontière »

Dans le nouvel ordre numérique mondial, tout être humain est potentiellement l’usager présent ou à venir d’un dispositif de production ou d’accès à l’information. Comprendre ses pratiques informationnelles est devenu un enjeu important

L’explosion du Web à partir du milieu des années 1990 a engendré une multiplicité de nouvelles ressources et d’outils aisément accessibles qui ont suscité l’apparition de nouvelles pratiques informationnelles. Dépassant leur statut de simples « recherchistes » d’information, les usagers jouent désormais un rôle actif dans la production, le classement et l’évaluation de l’information, notamment à travers les systèmes d’annotation en ligne, d’indexation sociale (tagging) et de référencement communautaire. De nouveaux modes d’interaction émergent, individuelle et collective, conjuguant l’accès à l’information, la lecture, l’annotation et l’écriture.

Pour ne citer que celui-ci, un outil comme InkSeine qui permet de prendre des notes électroniques, de lancer des recherches sur des mots et expressions, et d’attacher les informations trouvées au document en cours de création, illustre bien ces évolutions fonctionnelles.

Toutes ces modifications soulignent la nécessité d’étudier les usagers des dispositifs électroniques d’accès à l’information en prenant désormais en considération d’autres facettes que les aspects uniquement techniques liés à la maîtrise des interfaces. Il s’agit d’intégrer simultanément la dimension cognitive liée aux compétences mobilisées et aux habiletés individuelles mais aussi les dimensions sociale, symbolique, économique, éthique, politique, organisationnelle, culturelle des dispositifs.

Il importe en fait de considérer l’usager selon une approche multidimensionnelle et holistique, en considérant les contextes professionnels vs grand public, individuels vs collectifs, ainsi que les enjeux de médiation qui sont liés à ces dispositifs. L’usager est en effet tour à tour consommateur, citoyen, à son bureau ou préparant ses vacances, blogueur ou en train de dialoguer avec ses « amis » sur Facebook…

Il est alors légitime que cet usager attire l’attention de chercheurs appartenant à différentes communautés scientifiques. De nombreux travaux s’intéressent à lui, qui tentent de décrypter ses comportements, d’analyser ses habitudes, voire d’anticiper sur ses choix. On ne mentionnera ici aucune recherche particulière, tant elles sont nombreuses.

Mais suggérons néanmoins que les travaux s’organisent selon quatre grands axes : les approches issues du champ des sciences de l’information et du document, les approches issues de la psychologie cognitive, celles qui sont issues des sciences du management et enfin celles qui proviennent des sciences de la gestion et du marketing. Chacune, avec ses finalités et ses méthodologies propres, s’intéresse aux « pratiques informationnelles » des usagers.

Au carrefour de ces axes, celui-ci est donc devenu un objet « frontière ». •

Stéphane Chaudiron

GED, ECM : quelles réponses des logiciels open source ?

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Journée d’étude. Devant le recours de plus en plus fréquent aux logiciels open source, les professionnels de l’I-D s’interrogent sur la spécificité, les fonctionnalités et les usages possibles de ces outils. La session que proposait l’ADBS dans le cadre du Forum des acteurs du numérique (FAN), le 29 septembre 2009, a présenté un panorama de l’offre de logiciel « libre » et des exemples concrets de réalisation.

Contexte et critiques

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Sylvie Cabral, du cabinet Ourouk, a brossé un rapide panorama du contexte de l’open source dans le domaine de la GED et de l’ECM. Face au constat, commun à toutes les organisations, de la croissance des contenus numériques générés, les utilisateurs sont en quête d’une solution globale qui réponde à leurs problèmes de production, gestion, publication et recherche. Un projet GED touche aux facteurs humains et organisationnels avant d’être un projet technique. Or c’est le choix de l’outil qui est vécu comme le point d’orgue. L’offre de logiciels libres dans le domaine de la GED est mince car ce type d’outils est « produit par les informaticiens pour leurs besoins ». Les projets de GED, eux, impliquent tous les utilisateurs, et supposent d’intégrer des compétences métier différentes. De plus, ils concernent plutôt des entreprises moins portées à recourir à l’open source que le secteur public ou celui de la recherche, clients traditionnels de ces solutions.

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Sylvie Cabral a ensuite souligné les points négatifs de ces logiciels en partant des vertus qu’on leur prête, à savoir : le coût, la pérennité et la qualité. Comment parler encore de logiciels gratuits quand les coûts de développement, de support ou de formation peuvent être très importants ? De pérennité quand nous avons assisté à une valse des CMS ? De qualité garantie par la communauté des utilisateurs quand celle-ci ne se compose plus seulement d’informaticiens mais d’« utilisateurs analphabètes » ? Il faut sortir du militantisme des positions de principe et faire le choix de l’open source en se fondant sur les qualités techniques avérées autant pour les informaticiens que pour les utilisateurs et en tenant compte du coût complet de la solution et du nécessaire besoin en compétences internes.

Atouts

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Thomas Choppy, du cabinet Smile, a montré comment les faiblesses des logiciels libres peuvent se traduire en points positifs. Les coûts de développement et d’intégration, plus élevés que pour un logiciel propriétaire, sont compensés par une diffusion plus facile de savoir-faire dans l’organisation et par la possibilité d’une montée en compétence autonome. La soumission à des standards est garantie par une sélection darwinienne : celui qui se laisse interfacer est utilisé par d’autres logiciels et est ainsi maintenu par une plus grande communauté. Un logiciel open source peut mourir, mais de mort lente, car il s’arrêtera simplement d’évoluer sans disparaître. Le travail collaboratif, qui peut effrayer par l’absence d’un interlocuteur unique, est une garantie de qualité et de robustesse. En effet, il ne permet pas l’existence de codes non documentés et il autorise toujours leur correction. Si la journée de pprestation est moins chère que celle proposée par les éditeurs, il faut se garder des sociétés qui finissent par monopoliser le support d’un produit gratuit.

Le point de vue des utilisateurs

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Deux des solutions actuellement disponibles ont ensuite été exposées, du point de vue de l’utilisateur cette fois-ci. Il s’agit d’Alfresco, implantée par l’INRIA, et de Nuxeo, utilisée pour les projets interuniversitaires ORI-OAI et ESUP-Portail [10][10] Le consortium ESUP-Portail vise à mettre à disposition.... Deux expériences menées de manières et dans des contextes si différents qu’il est aussi difficile de les comparer que de se faire une idée exacte de ces deux logiciels. Ce qui, par contre, ressortait clairement de ces exposés est le poids essentiel des facteurs organisationnels et humains dans la réussite d’un projet de GED et d’ECM. Selon les contextes dans lesquels il est mené, la plus grande liberté permise par les logiciels libres peut se traduire par une plus grande appropriation du processus par les acteurs, facteur indéniable de réussite, ou par une multiplication incontrôlable des choix et des options, compliquant voire compromettant l’avancement du projet. •

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Asuncion Valderrama

Pour en savoir plus

Le programme détaillé de cette journée d’étude peut être consulté, ainsi que les textes ou supports des interventions, sur le site de l’ADBS : www. adbs. fr/ manifestations-adbs. htm

Services d’information. Afnor BiVi : une bibliothèque virtuelle sur les métiers de la documentation

L’Afnor a récemment lancé une plateforme dédiée aux métiers de la fonction documentaire qui rassemble de nombreux outils utiles aux documentalistes, archivistes et bibliothécaires.

Fiche technique

La BiVi Fonctions documentaires est accessible par abonnement. Celui-ci comprend l’accès à l’ensemble des documents du site et à leurs compléments et mises à jour.

Pour découvrir Afnor BiVi : wwww. bivi. fonctions-documentaires.afnor.org

Pour visualiser la démonstration en ligne : http:// groupe. afnor/ bivi. fonctions-documentaires. afnor. org. Possibilité d’essai gratuit pendant 48 heures

Tarif : 350 euros/an

Contact : departement-commercial@ afnor. org, 01 41 92 80 23

Ce nouveau service, baptisé « Afnor BiVi Fonctions documentaires », est une bibliothèque virtuelle composée de trois espaces.

Bibliothèque Afnor

Cet espace permet un accès immédiat à des informations et documents variés :

  • 350 pages d’articles d’auteurs ayant travaillé sur les problématiques des différents métiers des fonctions documentaires. Toutes les grandes fonctions documentaires, liées à l’offre de service et au traitement de l’information, sont décryptées en détail. Une dizaine d’auteurs issus de la profession ont contribué à la rédaction de ces articles. Le principe est de faire intervenir un spécialiste sur un sujet donné.

  • 200 normes « cœur de métier » et 300 textes réglementaires accessibles en texte intégral. En complément, un décryptage complet de ces textes normatifs et réglementaires est proposé dans les articles d’auteurs. L’objectif est de faciliter les missions des professionnels à l’aide des normes. À l’instar de l’ensemble des textes contenus dans Afnor BiVi, les normes sont proposées en format XML, un choix technique qui autorise une recherche fine dans le corps du texte ;

  • 12 livres blancs, guides de bonnes pratiques innovantes rédigés par les grands acteurs de la profession ; ils sont en téléchargement sur le site ;

  • des outils à télécharger, prêts à l’emploi et complètement personnalisables : enquête de satisfaction, cahier des charges, bordereau de dossier documentaire, etc., aux formats Word et Excel ;

  • des rubriques d’actualités relatives aux métiers : des témoignages de professionnels sur des missions récentes, un coup de cœur sur un article d’auteur, l’actualité normative du mois commentée, un billet d’humeur sur un fait d’actualité et une sélection mensuelle de publications.

Espace communautaire

Grâce au wiki mis à disposition dans cet espace, l’abonné peut rédiger des contributions et rebondir sur celles rédigées par d’autres membres de la communauté. L’objectif est de favoriser les échanges et les réactions sur les contenus proposés et de permettre ainsi aux abonnés d’aller plus loin. Le professionnel n’est plus seul face à ses documents : il peut échanger avec d’autres abonnés, participer à des groupes, réagir à l’ensemble des textes portés à sa connaissance. Les bonnes pratiques pourront aussi être transmises, notamment en ce qui concerne l’utilisation des outils et la mise en œuvre de méthodologies de travail.

Espace personnel

Dans la logique du web 2.0, Afnor BiVi est agrémentée par de nombreuses fonctionnalités tournées vers la personnalisation et le partage d’information. Ainsi l’utilisateur peut paramétrer la home page de la plateforme et agréger des flux venant de l’extérieur en fonction de ses préférences et de ses priorités. Cet espace permet aussi à l’abonné de visualiser l’ensemble de ses notes rédigées, de ses documents archivés et de ses recherches sauvegardées. S’il le souhaite, il pourra les partager avec des membres de la communauté Afnor BiVi de son choix.

Afin de répondre aux attentes d’autres métiers, Afnor Éditions prévoit de créer des bibliothèques virtuelles vers d’autres professions, comme par exemple les métiers de la qualité, de la métrologie, etc. •

Sylvie Darly

Notes

[1]

Traduction française : Caen, L’Échoppe, 1986, 31 p.

[2]

Intervention de John Van Oudenaren, Director World Digital Library, Library of Congress, Washington, le 25 août, journée hors-site « Digital Library Futures ». www. athenaeurope. org/ index. php? en/ 144/ programme-and-presentations

[4]

Aucun texte de cette session n’est disponible en ligne.

[5]

« 25 outils sociaux pour bibliothécaires » : www. collegedegree. com

[6]

La bibliothèque du Congrès : www. bcn. cl. « Connecte-toi en ligne » : www. eduoc. cl/ bcn. Le blog pour les personnes âgées : http:// ligasmayores. bcn. cl

[8]

The Horizon Report. Ed. 2009. Educause Learning Initiative. Ed. New Media Consortium, 2009. 36 p. www. nmc. org/ pdf/ 2009-Horizon-Report. pdf

[10]

Le consortium ESUP-Portail vise à mettre à disposition de tous les acteurs universitaires un espace numérique de travail modulaire permettant l’accès, à partir d’un point unique et sécurisé à différents services, sources d’informations et ressources numériques. Le module ORI-OAI propose, lui, des outils de référencement et d’indexation permettant de gérer localement ses propres ressources, de les valoriser par l’ajout de métadonnées et de les rendre visibles (moissonnables) selon des critères définis dans l’entrepôt OAI.

Plan de l'article

  1. De l’impact du numérique sur les bibliothèques
    1. L’environnement numérique oblige la bibliothèque à se réinventer
    2. L’environnement numérique nécessite de nouvelles approches et de nouvelles compétences
      1. • Le développement de collections numériques, périodiques et livres
      2. • Les approches fonctionnelles ne résolvent pas tout
  2. Futur et bibliothèques, statistiques, éthique : l’Ifla sur tous les fronts
    1. La bibliothèque du futur
    2. Des statistiques pour plaider en faveur des bibliothèques
    3. Plusieurs questions liées à l’éthique professionnelle
  3. GED, ECM : quelles réponses des logiciels open source ?
    1. Contexte et critiques
    2. Atouts
    3. Le point de vue des utilisateurs

Pour citer cet article

Lamouroux Mireille, Battisti Michèle, Chaudiron Stéphane, Valderrama Asuncion, Darly Sylvie, « Méthodes techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2009 (Vol. 46) , p. 14-19
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-4-page-14.htm.
DOI : 10.3917/docsi.464.0014.


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