Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/4 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.464.0028
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 28 - 29 Article suivant
1

La loi organique relative aux lois de finances, la LOLF, fait obligation aux organismes publics de recherche de mesurer leurs performances. Elle favorise ainsi, depuis 2006, la prolifération d’indicateurs aussi utilisés pour la rédaction des rapports d’acti­­vités, le suivi de l’évolution d’une situation scientifique, économique, financière ou sociale (contrat organisme-état), l’évaluation d’un organisme ou d’un laboratoire (par l’AERES). Ces indicateurs sont aussi employés comme outils de communication et de valorisation, outils d’alerte ou d’aide à la décision. Toutefois, la production d’indicateurs relatifs à l’ensemble des activités des chercheurs, et plus uniquement à leurs seules publications (indicateurs bibliométriques), est récente. Elle s’appuie donc actuellement sur des outils et procédures qui évoluent rapidement et qui, de ce fait, peuvent paraître non stabilisés.

Construction et usages des indicateurs

2

La mise en place d’indicateurs pertinents et fiables pour établir une politique documentaire ou de recherche n’est pas chose aisée. En effet, pour être valables, les indicateurs doivent répondre à trois exigences fondamentales : être représentatifs de la réalité qu’ils mesurent, être sensibles, c’est-à-dire capables de varier quand la situation change, et ils doivent pouvoir s’adapter aux spécificités de chaque discipline. Aujourd’hui, soulignons-le, aucun indicateur ne remplit toutes ces conditions.

3

La collecte d’informations est un élément important à considérer dans la construction des indicateurs. En effet, la validité de ceux-ci repose, pour une grande part, sur la qualité du recueil d’informations. On a pu mesurer, dans le classement catastrophique de Shanghai, les effets pour la recherche française d’une collecte d’informations incomplète ! Pour interpréter les indicateurs obtenus, les limites et les biais des bases de données utilisées doivent être maîtrisés. Le facteur économique doit également être considéré, le coût d’obtention d’un indicateur devant rester raisonnable.

Rappelons enfin que l’échelle d’évaluation est un facteur très important. Ce ne sont ni les mêmes outils ni les mêmes indicateurs qui seront utilisés selon que sont évalués : 1) le niveau macroscopique, l’échelle d’un continent, d’un groupe de pays ou d’un pays ; 2) le niveau mésoscopique, l’échelle d’un organisme ou d’une université ; 3) le niveau microscopique, l’échelle d’une unité, d’un individu, d’une discipline, d’une publication ou d’une revue.

Les outils disponibles

4

Les indicateurs bibliométriques couramment utilisés sont le plus souvent construits à partir du Web of Science (WoS). Du fait de son ancienneté, cette base de données est en effet considérée aujourd’hui comme la référence dans le domaine bibliométrique, bien que la fiabilité des résultats varie selon les disciplines. Le WOS n’est pas complètement adapté, par exemple, aux sciences de l’informatique et aux mathématiques, et n’est pas exploitable du tout pour les sciences humaines et sociales. Les communautés des SHS et de l’informatique sont donc amenées à proposer de nouveaux outils et procédures pour évaluer leurs productions et activités scientifiques. Afin de concurrencer le WoS, de nouveaux outils, commerciaux ou non, tels que Scopus ou Google Scholar, sont apparus ces dernières années. Aucun d’entre eux n’est cependant jugé actuellement satisfaisant pour ces disciplines. Par ailleurs, au niveau national, les archives ouvertes (HAL) proposent un mode d’enregistrement homogène des productions scientifiques des chercheurs ; il pourrait permettre la production de certains indicateurs, à condition de rendre le dépôt obligatoire pour tous les acteurs de la recherche.

5

Devant les limites de ces produits commerciaux ou en libre accès, de nombreux organismes et laboratoires développent des bases de données internes d’activités des chercheurs afin de produire des indicateurs plus fiables. Ces dernières bases de données sont aussi des outils précieux pour la valorisation de la production scientifique de l’organisme concerné.

Apport et rôle des professionnels de l’information

6

Les professionnels de l’information sont très sollicités pour fournir des indicateurs bibliométriques et scientométriques. Leur expertise est essentielle pour informer la communauté scientifique et les décideurs des avantages et des biais des outils bibliométriques existants ; pour leur expliquer les limites des outils et indicateurs utilisés, comme le H-index, ou des classements d’universités comme celui de Shanghai. Leur très grande connaissance des procédures de réalisation et de diffusion des publications, de leurs classifications typologiques comme disciplinaires, est un atout de poids pour suggérer les nomenclatures fiables et pertinentes qui contribueront à la fabrication d’indicateurs et pour conseiller les bonnes pratiques et usages en développant, par exemple, des fiches méthodologiques pour chaque indicateur produit.

7

Les professionnels de l’information jouent aussi un rôle déterminant dans l’élaboration de nouveaux indicateurs, dans la réalisation des cahiers des charges nécessaires à la réalisation de nouveaux outils ou bases de données internes, dans l’amélioration des procédures de conception d’indicateurs ou de recueil d’informations Car la construction d’indicateurs fiables exige une importante préparation (nettoyage, reformatage) des corpus à étudier. Là encore, les professionnels de l’information ont l’expérience et les compétences pour gérer les bases de données et leurs traitements.

8

Dans cette activité, le contact avec les chercheurs et les décideurs est absolument essentiel, de manière à ce qu’ils participent à l’élaboration des indicateurs et les valident. Le professionnel de l’information se trouve donc ici dans sa position « classique » de médiateur de l’information. C’est ce que ce dossier veut illustrer.

Repères, réflexions et témoignages

9

La première partie concerne le contexte de la recherche et de son évaluation en France et à l’étranger. Il propose des témoignages de professionnels de l’information et de la documentation sur la construction et l’utilisation d’indicateurs de la recherche dans un EPST (INRIA), un important laboratoire d’informatique (le LAAS au CNRS), un EPIC (IFP) et un institut médical (Institut Gustave Roussy).

10

La deuxième partie traite des outils et des méthodes utilisés pour produire des indicateurs de la recherche. Cinq témoignages relatent différentes expériences de mise en œuvre de ces outils, que ce soit pour l’identification d’experts dans un département de chimie analytique ou l’optimisation de l’exploitation des bases de brevets dans l’industrie, pour mieux connaître le fonctionnement de Google Scholar et de Hal, pour recenser des revues nationales et internationales ou utiliser PoP dans l’évaluation des chercheurs en sciences humaines et sociales.

11

Enfin, la troisième partie évoque des perspectives pour produire de nouveaux indicateurs et fédérer au niveau national les bases de données internationales existantes. Elle présente les bases internationales d’indicateurs non essentiellement bibliométriques, le développement d’une base interne au CNRS pour les sciences humaines et sociales et le rôle de l’AERES dans l’évolution de la recherche. •

Résumé

Français

Le monde de la recherche est depuis quelque temps gagné par la fièvre de l’évaluation. En préambule à ce dossier, Michèle Dassa évoque les conditions et les enjeux de la production d’indicateurs de la recherche et précise d’emblée la part qui revient aux professionnels de l’information, en liaison étroite avec les chercheurs et les décideurs, dans la création et la gestion d’outils appropriés.

English

Librarians on the frontlinesM. Dassa introduces our dossier with a description of the conditions and stakes involved in producing research indicators and emphasizes what is owed to librarians working closely with researchers and administrators in creating and managing appropriate tools.

Español

Los documentalistas en primera líneaComo preámbulo a este dosier, M. Dassa evoca las condiciones y los desafíos de la producción de indicadores de la investigación y también precisa la parte que les corresponde a los profesionales de la información, en estrecha relación con los investigadores y responsables, en la creación y gestión de herramientas adecuadas.

Deutsch

Die Dokumentare in erster ReiheAls Einführung in dieses Dossier nennt M. Dassa die Umstände und Bedeutung der Erstellung von Indikatoren der Forschung und nennt sogleich den Stellenwert, der Information Professionals (in enger Kooperation mit Forschern und Entscheidern) bei der Erstellung und dem Management der relevanten Tools zukommt.

Pour citer cet article

Dassa Michèle, « Les documentalistes en première ligne », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2009 (Vol. 46), p. 28-29.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-4-page-28.htm
DOI : 10.3917/docsi.464.0028


Article précédent Pages 28 - 29 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback