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Documentaliste-Sciences de l'Information

2009/4 (Vol. 46)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.464.0072
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Fragments d’un discours sur Google

L’entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication. Coordonné par Brigitte Simonnot et Gabriel Gallezot, Préface d’Hervé Le Crosnier. Caen : CαF éditions, 2009. 246 p. ISBN 2-915825-05-X : 24 €

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Le règne sans partage (ou presque) du plus célèbre des moteurs de recherche entraîne à son égard – y compris chez les professionnels de l’information – des appréciations souvent plus empreintes d’émotion (rejet ou sacralisation) que de rigueur analytique. Parce que Google – à travers son moteur vedette et le large bouquet de services qui l’accompagne – ambitionne d’être le guichet unique d’accès à toute l’information numérique, il entretient une intimidante autorité faite d’efficacité fonctionnelle (ainsi du caractère quasi oraculaire de sa fenêtre de recherche), de mystère (sur son algorithme), de soumission (à l’apparente objectivité de son fonctionnement) et d’inquiétude (sur ses buts ultimes).

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Partant de ces constats communs sur le Google Monde, c’est tout le mérite (délicat) de L’entonnoir que de ne pas vouloir s’enfermer dans une vision manichéenne du moteur mais de tenter, à l’instar du principe métaphorique qui lui sert de fil conducteur (et de titre), de fournir plusieurs idées en un même discours. Car il s’agit bien d’un même discours à plusieurs voix : celles d’une dizaine de chercheurs du domaine des sciences de l’information qui mobilisent ainsi l’outillage théorique propre à leurs champs d’investigation habituels autour d’un même objet.

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Olivier Ertzscheid notamment met à l’épreuve du moteur ses recherches sur la sérendipité et la part d’itérations hasardeuses dans la construction du sens et dans les pratiques d’innovation et de découverte. Céline Masoni-Lacroix et Paul Rasse s’interrogent pour leur part sur l’univers rhétorique de Google et son rapport à la persuasion. Nicolas Pélissier questionne de son côté l’usage que les journalistes font de l’outil et la façon dont se renouvelle à travers lui la gestion des sources. Brigitte Simonnot montre comment les étudiants – autres grands utilisateurs, par fonction, d’outils de recherche d’information – ont « choisi » Google, plébiscitant sa simplicité et sa fiabilité. Elle dénonce cependant la trop faible culture informationnelle qui est la leur et qui les place, bien souvent, dans une relation d’évidence à l’outil. Une relation où la valeur (de vérité) n’est pas construite ni questionnée, mais accordée implicitement au fonctionnement même du système.

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Autant le dire cependant, ceux qui chercheraient, dans cet ouvrage, des informations inédites sur le modèle managérial de Google Inc. et sur sa stratégie à l’échelle mondiale, ou encore des révélations sur le fonctionnement intime de certains programmes, pourraient être un peu déçus. L’intérêt de l’ouvrage et son positionnement particulier résident ailleurs. Il s’agit, en rassemblant des points de vue et des modes d’analyse hérités de différentes disciplines (sociologie, linguistique, philosophie, etc.), de mettre sous la loupe (de dé-construire ?) l’imaginaire Google et de jeter les bases d’un modèle (rhétorique) d’analyse de son système : I Pratiques, II Méthodes, III Discours. Car c’est bien d’analyse de discours qu’il s’agit in fine dans cet ouvrage et – si l’on peut dire – de tous les discours de et sur l’outil ; depuis celui utilitariste d’Olivier Le Deuff, qui rappelle les conditions du bon usage à travers les fonctions avancées du moteur et leur syntaxe, jusqu’à l’analyse sémantique que proposent Philippe Dumas et Daphné Duvernay sur le concept de Googling.

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On pense parfois aux mythologies de Roland Barthes et, pour filer la comparaison, on ne sera pas surpris qu’au terme des discours savants l’ouvrage cède la place à une fiction : la courte nouvelle Engooglés de Cory Doctorow. Comme si la puissance du phénomène excédait chaque fois les analyses qui pouvaient en être faites et demandait le renfort de ce traditionnel vecteur d’accès à l’imaginaire et aux vastes continents de l’esprit qu’est la littérature !

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De ce point de vue, une bonne partie de l’intérêt de cet ouvrage est de montrer sous différents angles comment se construit dans l’ordre symbolique le pouvoir (totalisant) de ce dispositif socio-technique inédit qu’est Google. Comment, en unifiant un certain nombre de lieux communs empruntés à des traditions idéologiques opposées sinon contradictoires sur le profit, le partage, la démocratie, Google tente de légitimer l’oxymore du commerce éthique et de la promotion objective ou, pour le dire comme Olivier Ertzscheid, comment il essaie de « marchandiser l’aléatoire ».

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Certains y verront le triomphe d’une certaine philosophie analytique – liée au courant pragmatiste – où ce qui est vrai est avant tout ce qui marche, ce qui est « avantageux pour la pensée ». Performance et rapidité, qualités évidentes mais aussi leurres où l’on passe sur les prémisses pour fabriquer l’évidence du résultat et la réalité de la domination.

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Quelles qu’en soient les limites, et malgré une certaine hétérogénéité dans l’intérêt des contributions, L’entonnoir est donc un opus stimulant qui place ses réflexions à la hauteur des enjeux, celle de la « seconde modernité » où, sous la dictée de l’opinion et du profilage social, information et communication entretiennent des liens complexes qu’il convient sans cesse de mettre en lumière (voire de contester). •

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Loïc Lebigre

loic. lebigre@ adbs. fr

Qu’est-ce que s’informer en ligne aujourd’hui ?

Usages, usagers et compétences informationnelles au 21e siècle. Sous la direction de Jérôme Dinet, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2008. 313 p. (Traité des sciences et techniques de l’information. Série Usages et compétences). ISBN 978-2-7462-2193-2 : 90 €

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Quels savoirs sont-ils mobilisés pour dépasser les facilités offertes par les moteurs de recherche commerciaux et appliquer stratégie d’évaluation des sources et esprit critique à la recherche d’une information pertinente et valable ? À cette exigence fondamentale, posée en tête de cet ouvrage collectif par Brigitte Simonnot, répond l’examen des comportements d’usage des technologies de l’information dans différents secteurs et par différents groupes d’usagers.

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En premier lieu est analysé par Alexandre Serres le défi porté à l’école par ce qu’il appelle « la culture informationnelle ». Celle-ci rencontre trop souvent de la part de l’institution scolaire incompréhension et réticences à « penser la technique » et à concevoir une technologie de l’intelligence à partir de ses propres valeurs et missions éducatives. Enjeux et embûches sont ici clairement et fortement décrits.

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Le besoin de repenser le processus de recherche se fait sentir en entreprise, où s’impose de plus en plus la nécessité de dépasser la gestion spécifique, « localisée » des données pour instaurer une gouvernance « globale » dont Gilles Balmisse présente objectifs et étapes de mise en œuvre. Mais, quel que soit son point d’application, ce processus exige compétences et outils. En priorité, savoir évaluer la crédibilité des sources est une opération délicate qui nécessite formation ad hoc – insuffisamment dispensée par l’école ou l’université – et expertise professionnelle. Monica Macedo-Rouet et Jean-François Rouet analysent les compétences nécessaires et présentent des référentiels de compétences documentaires pouvant servir de base à des programmes de formation « centrés sur le développement cognitif des élèves et durables ».

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Un autre type de compétence consiste dans la capacité à utiliser à bon escient les outils de communication médiatisée par ordinateur ou CMO : courrier électronique, visioconférence, workflow, etc. En effet, les théories actuelles sur les effets de la CMO soulignent les distorsions et les limitations qu’impose le média par rapport à la présence effective, mais peu d’utilisateurs en sont conscients. Pour les dominer et « s’adapter à la situation de communication virtuelle », Nadia Gauducheau décrit les trois types de maîtrise à acquérir en situation de CMO, classe en un tableau synthétique les compétences requises et indique les ressources potentielles permettant de les acquérir.

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Enfin, l’analyse fine par Philippe Cottier, Christophe Coquet et Pierre Tchounikine de la veille et de son dispositif traditionnel débouche sur la présentation de nouveaux outils plus spécifiques issus du web 2.0, censé placer l’utilisateur « au centre des interactions ». Différentes applications en sont décrites mais elles supposent une formation à ces nouveaux outils – formation, indiquent les auteurs, proposée par les URFIST.

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L’attention est alors attirée sur trois groupes d’usagers : les enseignants-concepteurs utilisant l’informatique pour leur enseignement dans un souci de partenariat homme-machine ; les « personnes empêchées », pouvant « momentanément ou durablement […] se retrouver dans des situations d’incapacité plus ou moins sévères » ; les seniors dont les facultés peuvent être altérées par l’âge. La nouvelle terminologie : « environnement informatique pour l’apprentissage humain » (EIAH) révèle le souci d’« associer des acteurs humains (apprenant ou enseignant) et des agents artificiels (informatiques) » en leur offrant des « conditions d’interactions ou encore des conditions d’accès à des ressources formatives ». Après avoir décrit le champ scientifique des EIAH et leur ingénierie, les trois auteurs présentent deux expériences innovantes en matière de conception de systèmes : la place accordée au sujet y est fondamentale, les outils conçus sont « ouverts », « malléables ».

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Analyser les besoins de telle ou telle catégorie de personnes handicapées pour concevoir et diffuser un outil technologique adapté ne suffit pas. Il importe, en partant du point de vue de l’usager, de comprendre les conditions d’adoption de cet outil et donc la nature des relations qui s’établissent au sein du système personne-technique. C’est à cela que s’attache Marc-Éric Bobillier Chaumon en présentant quelques dispositifs d’assistance et leurs incidences, dont il définit les conditions d’adoption et d’usage.

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Quant aux difficultés rencontrées par les seniors, dont on sait qu’ils sont de plus en plus nombreux à consulter l’internet, elles sont de deux types : cognitives et sensorimotrices. Les nombreuses enquêtes faites sur cette population montrent que cette difficulté croissante d’usage contribue largement à un rejet des TIC. Des mesures proposées, on retiendra surtout la nécessité de prendre en compte ce type d’utilisateurs dès le processus de conception des sites web.

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L’ouvrage s’achève sur la présentation, par Muneo Kitajima, de deux nouveaux modèles cognitifs « basés sur la compréhension ». Le premier, modèle de « l’apprentissage par exploration » de Polson et Lewis, permet de « simuler les comportements des utilisateurs quand ils effectuent des tâches sur de nouveaux dispositifs d’information ». Le second, proposé par Kitajima et al., simule le processus de recherche d’un usager naviguant sur les pages d’un site web jusqu’à ce qu’il obtienne la page adéquate à son objectif. Savoir sélectionner les liens hypertextes pertinents relève des compétences nécessaires pour satisfaire une demande par l’emploi de la stratégie la plus adaptée. Les études sur ce sujet montrent que c’est loin d’être toujours le cas.

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Enrichi par de copieuses bibliographies thématiques, cet ensemble, plaçant l’utilisateur au centre de la réflexion sur les nouvelles technologies, s’inscrit dans une perspective d’avenir qui rejoint une préoccupation centrale des sciences humaines. •

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Claire Guinchat

Visages de l’info-doc en 2009

Métiers et emploi en info-doc : guide. Réalisé par Archimag, Paris : Serda, 2009. 76 p. (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 36). 90 €

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Ce document regroupe les contributions de multiples auteurs autour des métiers et de la formation en information-documentation. Dans une première partie intitulée « État de l’art », différentes facettes de la profession sont exposées à travers trois articles. Une « table ronde » réunit cinq experts d’horizons différents qui exposent leurs points de vue sur la situation actuelle et surtout les opportunités qui s’offrent aux professionnels. D’autres articles viennent affiner et préciser cette photographie sur un environnement particulier. Cette première partie du guide est complétée par : un portrait-type des professionnels d’aujourd’hui élaboré sur la base des données d’une enquête menée en 2006 par Archimag ; une synthèse du marché de l’emploi vue à travers l’analyse des offres passées par l’ADBS (étendue à d’autres sources externes) sur les plans de la situation mais aussi des salaires ou des diplômes ; et une série de présentations de différentes associations professionnelles généralistes ou spécialisées qui agissent sur le territoire national ou celui d’autres pays européens.

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La deuxième partie fournit des pistes aux professionnels de l’I-D pour mieux se positionner au sein de leurs organisations ou pour valoriser leurs apports. Ces pistes sont structurées autour de quatre cas : se mettre en valeur dans le cas où les activités de gestion sont aujourd’hui moins visibles car elles se fondent dans le fonctionnement de service, la valeur ajoutée du rechercheur d’information, les compétences en communication, la e-administration. La troisième partie donne des solutions pour renforcer ou déployer ses compétences à travers des parcours personnels de formation, des trajets professionnels ou des réseaux relationnels personnels aujourd’hui démultipliés par les réseaux sociaux sur Internet. Le marché de la formation initiale et continue exposé dans la quatrième partie. Et des témoignages, dans une partie très réduite, closent ce guide.

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Nouveaux territoires, nouvelles opportunités, nouveaux outils… Évolutions ou révolutions ? Bien sûr, cela dépend de qui parle. Pour celui qui vient d’arriver dans le secteur ou qui parle d’un lieu documentaire qui n’aurait pas beaucoup bougé depuis 20 ans, cela peut sembler une révolution. Mais les nombreux articles parus depuis 30 ans dans les revues du secteur montrent que les professionnels de l’I-D et leurs pratiques apparaissent « nouveaux » à chaque parution d’une étude ou d’un guide ! Donc, comme le souligne Michel Remize, les pratiques ont pu changer, profondément pour certains, et ce numéro nous offre une photographie du « cru 2009 » de ces pratiques et de la vie du secteur (association, formation).

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Si les analyses proposées ici par les différents auteurs sont essentiellement contextuelles, il serait intéressant que certaines données d’enquête, par exemple celles produites par l’ADBS mais aussi celles recueillies par Archimag à partir des réponses à des questionnaires, puissent revenir, au moins en partie, à ceux qui sont à la source de ces données. Cela pourrait servir à évaluer la réelle « nouveauté » et les tendances sur des périodes et non seulement des photographies à un moment donné. •

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Sylvie Dalbin

Nombreuses pistes pour la coopération

Guide de la coopération entre bibliothèques. Sous la direction de Pascal Sanz, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2009. 315 p. (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). ISBN 978-2-7654-0952-6 : 37 €

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Qui mieux que Pascal Sanz, conservateur général à la BnF et actif depuis de nombreuses années dans le domaine associatif (notamment au sein de l’IFLA et de l’AIFBD), pouvait coordonner un tel ouvrage sur la coopération entre bibliothèques ? Il fait appel à une vingtaine de personnes afin de détailler le cadre institutionnel et le socle professionnel, d’analyser de manière fonctionnelle la coopération documentaire et de lister sous forme de fiches les acteurs concernés. C’est donc un ouvrage très pratique, abordant les questions de coopération entre bibliothèques de manière concrète et utile.

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Comment ? Voici quelques exemples. Frank Hurlinville (Bibliothèque Cujas) définit le cadre juridique de la coopération, en le qualifiant de « mosaïque inachevée ». La formalisation d’un tel cadre est essentielle quand il s’agit d’enjeux et de moyens importants, en adoptant une démarche de conduite de projet. Parmi les possibilités de coopérations possibles, citons : la coopération en réseau (grâce à une convention, une association, un groupement d’intérêt public) ; la coopération autour d’un projet ; les programmes européens ; la coopération à l’échelle d’un territoire… Caroline Rives (BnF) aborde l’aspect « développement des collections » avec notamment l’établissement de cartes documentaires sur un espace géographique donné. En France, les Cadist fournissent bien sûr le meilleur exemple, mais également les pôles associés de la BnF, les consortiums et groupements d’achats.

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De multiples autres exemples de coopération existent : pour signaler et localiser des documents, fournir des documents, produire collectivement des outils de travail, préserver et conserver des collections ; en matière d’action culturelle et sociale ; au sein de la chaîne du livre (avec les éditeurs, imprimeurs, libraires, lecteurs, etc.) ; avec d’autres institutions.

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Cet ouvrage n’est pas exhaustif sur les multiples formes que peut prendre la coopération. Il explore cependant de nombreuses pistes, montre la pluralité des espaces de coopération, et se veut lucide par rapport à un certain sentiment de désordre. D’où la proposition qui est faite d’un schéma directeur de la coopération entre bibliothèques en France, proposition qui mérite vraiment d’être explorée. •

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Jean-Philippe Accart

Jean-Philippe. Accart@ unige. ch

Préserver et transmettre les images et les sons à l’ère numérique

Les archives audiovisuelles : politique et pratiques dans la société de l’information., Édité par Françoise Hiraux, Louvain-la-Neuve : Academia-Bruylant, 2009. 251 p. (Publications des archives de l’Université catholique de Louvain ; 23). ISBN 978-2-87209-941-2 : 29 €

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Voici quelques décennies, à la suite de De Solla Price, il était de coutume de qualifier la croissance de l’information d’« exponentielle ». Nous ne parlions alors, bien entendu, que des textes. Nous étions pourtant de plain-pied dans ce « siècle de l’image », comme d’autres avant nous l’avaient baptisé. La photographie, le cinéma, la télévision enfin, avaient imposé la marque de l’époque. Cependant l’application de plus en plus courante et banale des outils informatiques à la documentation et, de fait, à l’écrit, allait ériger notre âge en « siècle de l’information ». Il faudra attendre le milieu les années 1980 pour que les images, enfin justiciables d’applications électroniques, prennent toute leur place. La vague irrépressible de l’Internet revivifia la notion de multimédia, et la société actuelle génère à chaque instant une masse proliférante de produits audiovisuels de plus en plus nomades et volatiles.

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D’autre part, l’image participe pleinement de la notion de patrimoine. Un patrimoine qui deviendrait presque trop envahissant. En particulier avec le multimédia. C’est une question prégnante aujourd’hui : faut-il tout conserver ? « Trop de mémoire tue l’histoire », a récemment déclaré le président de l’INA, Emmanuel Hoog [1][1] Le Monde du 24 octobre 2009. Nous pouvons tout conserver, mais le doit-on ? Et, sinon, comment choisir, comment séparer le bon grain de l’ivraie patrimoniale. Avec toutes les questions incidentes : techniques, économiques, sociales, idéologiques… La politique patrimoniale des archives audiovisuelles est l’une des questions clés posées aujourd’hui aux lieux de mémoire.

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Sur toutes ces questions, cet ouvrage propose des témoignages, des expériences, des réponses. C’est, en effet, une œuvre collective constituant les actes des huitièmes Journées des archives de l’Université catholique de Louvain, en 2008. La vingtaine d’interventions retranscrites ici offrent une grande diversité d’expériences menées dans plusieurs pays, dans des organisations aux statuts différents, aux objectifs variés (archives, bibliothèques, sites Internet), disposant de moyens inégaux, certaines informatisées d’autres non – de sorte que l’ensemble rencontre la plus grande palette possible d’intérêts, de besoins, d’attentes et d’interrogations. De même, l’angle d’observation diffère selon les statuts des auteurs des contributions : conservateurs, enseignants-chercheurs, archivistes, experts, bibliothécaires, réalisateurs-documentaristes et historiens.

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Françoise Hiraux, qui a dirigé l’édition de ces textes, pose d’emblée la réflexion dans sa globalité : la dimension du sens (caractère irremplaçable des images dans la matérialisation du passé), la préservation (dégradation des supports et des moyens de lecture impliquant un coût important, usure due à l’utilisation), les responsabilités (politiques de gestion documentaire et d’archivage). La problématique des archives audiovisuelles croise tous ces aspects et participe d’autant d’enjeux, d’interrogations, de défis, d’appel à l’imagination et à la création.

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Trois dimensions déterminent aujourd’hui le sort des archives audiovisuelles : leur masse, leur essentielle fragilité et la révolution numérique. Depuis une dizaine d’années, des réponses numériques s’imposent dans les esprits et dans les politiques. Archiver, préserver, décrire et communiquer sont devenus des problématiques technologiques. Il s’agit de numériser les contenus, d’associer des métadonnées de description, de créer de grandes bases de données et de mettre en ligne. Les serveurs et l’Internet se retrouvent désormais au cœur du système de l’archive.

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Mélange de textes de réflexion, de panoramas, de rapports d’expériences, de contributions très pratiques renseignant sur les associations qui peuvent apporter une aide et signalant la littérature et les sites les plus récents – cet ouvrage se révèle au fil des pages un précieux panorama des politiques et pratiques actuelles des archives audiovisuelles. •

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Serge Cacaly

Un guide de rédaction scientifique… à l’usage de tous

Rédiger pour être publié ! Conseils pratiques pour les scientifiques. Éric Lichtfouse, Paris : Springer France, 2009. 105 p. ISBN 978 2 287 99395 4 : 25 €

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Écrire, c’est un peu comme faire de la musique : on n’a jamais fini d’apprendre, et on perd la main quand on n’exerce pas. Bien écrire est difficile. Ce qui est vrai pour le commun des mortels s’applique davantage encore aux enseignants et chercheurs dont la rédaction d’articles fait partie du métier. Voici donc un petit livre fort utile.

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Pour éviter tout malentendu, faisons tout de suite trois remarques. Ce petit traité de style n’est pas limité aux seuls scientifiques mais s’adresse aussi aux professionnels. Son objectif premier est de faciliter la publication d’un article mais, même sans cette finalité, il garde toute sa valeur. Les conseils concernent d’abord la rédaction d’un article de recherche, défini comme la mise en évidence d’une avancée, d’une découverte, d’une innovation… mais ils s’appliquent aussi à l’écriture d’un rapport de stage, d’un livre, éditorial, brevet, curriculum vitae, etc.

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Rédiger pour être publié est composé de trois parties. La plus volumineuse est consacrées aux questions de style d’ordre général. Le lecteur apprendra comment et quand commencer la rédaction d’un article sur un projet ou une expérience en cours, comment définir la nouveauté à mettre en avant ou comment renforcer l’intérêt pédagogique d’une publication (éducation, vulgarisation). Éric Lichtfouse explique aussi comment tirer profit d’un résultat inattendu et comment reformuler une hypothèse.

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L’attention du lecteur sera surtout attirée par une petite invention de l’auteur, le micro-article, un outil qui permet « de sélectionner un seul résultat innovant parmi de nombreux résultats hétérogènes (et qui) doit être utilisé avant de rédiger un article complet ». En fait, un micro-article est une grille de synthèse ingénieuse d’une seule page qui aide à se focaliser sur ce que Éric Lichtfouse appelle le « nectar de l’article ».

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Trente pages sont consacrés aux conseils et recommandations concernant les différentes sections d’un article, comme le titre, le résumé, les illustrations, la discussion des résultats, la conclusion. L’objectif est d’aider l’auteur à rédiger chaque section d’une manière efficace et structurée. Par exemple : « La conclusion est celle des travaux de l’auteur exposés dans cet article. Par conséquent, elle ne contient pas de références bibliographiques […]. Elle doit être courte, un paragraphe, et se focaliser sur le point innovant qui a été démontré. Le style doit être personnel et affirmatif. »

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Instructive aussi est la liste des défauts et faiblesses de style. Encore un extrait, toujours à propos de la conclusion dont les défauts communs sont : « l’auteur ne conclut pas sur ses résultats ; (il) continue à discuter ses résultats et leurs conséquences ; par un long discours très hétérogène sans fil conducteur, (il) occulte l’innovation de son article ».

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Le livre se termine par quinze pages d’annexes bien profitables, avec une forte dose d’humour. À côté des dix commandements de la rédaction d’un article de recherche, se trouvent une synthèse des étapes de rédaction d’un article et quelques (très) bons conseils à suivre pour ennuyer le lecteur. Exemples : éviter l’originalité et la personnalité, écrire de très longs articles, oublier les illustrations…

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En fait, ce manuel est écrit avec une double casquette. Chercheur à l’INRA depuis 1992, Éric Lichtfouse, est lui-même auteur à succès, avec de nombreuses publications à son compte. En même temps, il est rédacteur en chef de deux revues internationales (Agronomy for Sustainable Development et Environmental Chemistry Letters). À ce titre, il a édité plusieurs milliers d’articles et en a sans doute refusé davantage. Il connaît les deux côtés de la médaille; ses exemples et conseils reflètent l’expérience de l’auteur autant que celle du peer reviewer et rédacteur en chef.

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En plus, Éric Lichtfouse enseigne avec Pascal Aventurier la rédaction scientifique à Avignon, une pratique didactique qui rend ce petit livre immédiatement opérationnel. Dès les premières pages, le lecteur est mis dans le bain : « Chercheur confirmé, vous êtes persuadé […] que vous maîtrisez parfaitement la rédaction et la langue de Molière […] Vous vous trompez car le mode de rédaction évolue rapidement depuis le début de l’ère informatique. » On se voit comme dans un miroir, et on en prend pour son compte. La critique est directe mais pédagogique et salutaire, sans blesser.

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L’impact d’Internet sur l’écriture est un fil conducteur du livre (« On n’écrit plus comme il y a vingt ans »), que ce soit par rapport à la bibliographie, au choix du titre ou à l’utilisation des figures. C’est une des particularités de cet ouvrage en comparaison avec d’autres manuels de rédaction. Une autre est le focus sur la publication en anglais ou dans des revues internationales, avec des exemples, citations, termes en anglais et des recommandations qui parfois diffèrent des us et coutumes français. Un choix très réaliste, et en même temps extrêmement helpful dans un environnement marqué par le publish or perish des instances d’évaluation.

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Bref, un livre précis, clair, écrit dans un style qui ne fait pas perdre de temps à ses lecteurs. Et on lui souhaite beaucoup de lecteurs, et beaucoup de succès aux lecteurs en tant qu’auteurs ! •

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Joachim Schöpfel

Notes

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Le Monde du 24 octobre 2009

Titres recensés

  1. Fragments d’un discours sur Google
    1. L’entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication. Coordonné par Brigitte Simonnot et Gabriel Gallezot, Préface d’Hervé Le Crosnier. Caen : CαF éditions, 2009. 246 p. ISBN 2-915825-05-X : 24 €
  2. Qu’est-ce que s’informer en ligne aujourd’hui ?
    1. Usages, usagers et compétences informationnelles au 21e siècle. Sous la direction de Jérôme Dinet, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2008. 313 p. (Traité des sciences et techniques de l’information. Série Usages et compétences). ISBN 978-2-7462-2193-2 : 90 €
  3. Visages de l’info-doc en 2009
    1. Métiers et emploi en info-doc : guide. Réalisé par Archimag, Paris : Serda, 2009. 76 p. (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 36). 90 €
  4. Nombreuses pistes pour la coopération
    1. Guide de la coopération entre bibliothèques. Sous la direction de Pascal Sanz, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2009. 315 p. (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). ISBN 978-2-7654-0952-6 : 37 €
  5. Préserver et transmettre les images et les sons à l’ère numérique
    1. Les archives audiovisuelles : politique et pratiques dans la société de l’information., Édité par Françoise Hiraux, Louvain-la-Neuve : Academia-Bruylant, 2009. 251 p. (Publications des archives de l’Université catholique de Louvain ; 23). ISBN 978-2-87209-941-2 : 29 €
  6. Un guide de rédaction scientifique… à l’usage de tous
    1. Rédiger pour être publié ! Conseils pratiques pour les scientifiques. Éric Lichtfouse, Paris : Springer France, 2009. 105 p. ISBN 978 2 287 99395 4 : 25 €

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2009 (Vol. 46), p. 72-76.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2009-4-page-72.htm
DOI : 10.3917/docsi.464.0072


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