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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/1 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.471.0014
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Livre numérique : offres et usages

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Journée d’étude. L’on a récemment pu constater un décollage du marché du livre numérique lié à une diversification de l’offre et au développement des usages – professionnels et de loisirs – du numérique. Ces deux aspects étaient au centre d’une journée d’étude récemment proposée par l’ADBS. L’enjeu pour le livre est aujourd’hui de s’adapter pour éviter d’être marginalisé.

L’offre éditoriale et technique

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Le livre électronique se définit comme la combinaison d’un support – liseuse ou terminal de lecture – et d’un ouvrage publié dans un format électronique. Ruth Martinez (Groupement français de l’industrie de l’information, GFII) a présenté les traits saillants de ce secteur :

  • diversification des supports de lecture : les liseuses (readers) se différencient par leurs caractéristiques d’utilisation mais aussi par leur degré d’ouverture. La diversification vers d’autres supports comme les téléphones intelligents ainsi que vers les ordinateurs est essentielle au développement des usages ;

  • multiplicité des formats, généralisation de PDF et émergence de ePub, format interopérable, évolutif et ouvert qui semble prometteur ;

  • foisonnement des acteurs : les éditeurs professionnels et grand public, les agrégateurs, mais aussi Amazon et Google, ainsi que les associations d’éditeurs et des institutions comme la BnF ;

  • variété des offres de contenus accessibles titre par titre ou en bouquets et selon des modalités de tarification également variées.

Repères

Cette journée d’étude a été organisée par l’ADBS le 20 novembre 2009 au FIAP Jean Monnet, à Paris.

Le programme détaillé et les supports des intervenants sont en ligne sur le site de l’ADBS : www.adbs.fr/manifestations-adbs.htm.

Le dossier de notre prochain numéro sera lui aussi consacré au livre numérique (numéro 2/2010, à paraître fin mai).

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La structuration des chaînes de distribution étant l’une des conditions du développement du livre numérique, les éditeurs français se regroupent pour créer des plates-formes de distribution. C’est le cas d’Eden livres, plate-forme de Gallimard, Flammarion, La Martinière et Le Seuil, qui se sont associés pour assurer la distribution de leurs livres numériques. Elle a pour fonctions d’entreposer les livres, d’offrir des services aux revendeurs et d’assurer la distribution physique sur ordre des libraires qui, eux, réalisent la transaction commerciale. Volontairement différent de celui d’Amazon fondé sur une concentration verticale, ce modèle évite la trop forte concentration des acteurs mais impose une grande interopérabilité technique. Besoin qui sera renforcé par l’interfaçage avec les acteurs de la téléphonie mobile.

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La société Feedbooks, qui a pour activité la création et la distribution de livres numériques, a opté pour une diffusion directe sur les téléphones intelligents (smartphones). Ce choix est en rupture avec les positions de Google et Amazon, le premier ne distribuant pas (les contenus restent sur la plate-forme Google et la lecture est contrôlée) et le second proposant une technologie propriétaire. L’offre de Feedbooks est fondée sur le protocole OPDS qui intègre HTTP pour le transport de l’information, Atom pour les flux numériques, des métadonnées avec des vocabulaires contrôlés et des liens pour les interactions (naviguer, emprunter, etc.). Annoncé en 2009, il est maintenant en production sur les smartphones avec 40 000 transactions par jour.

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L’activité de la société Numilog, rachetée par Hachette en 2008, repose sur un partenariat avec une centaine d’éditeurs francophones, 80 bibliothèques numériques clientes et 11 importantes librairies. Son offre, forte de 60 000 livres dont 20 000 en français, est accessible via un ordinateur (format PDF) ou sur support mobile (format ePub). Les bibliothèques, elles, peuvent constituer une bibliothèque numérique par abonnement, pérenne ou annuel. La plate-forme permet le simple feuilletage ou le prêt, qui fonctionne selon le principe de la chronodégradabilité – le fichier cessant de s’ouvrir au-delà de la date limite du prêt.

CAIRN, projet qui a débuté en 2001 en réaction à l’érosion des modes de diffusion traditionnels des revues, est un portail dédié aux sciences humaines et sociales de langue française. Il offre plus de 100 000 articles selon une tarification différenciée. Il vise une clientèle institutionnelle mais aussi les particuliers avec un système de pay par view. Le service intègre également les liens vers d’autres sources (co-citations, liens sémantiques repérés par traitement linguistique, etc.), des possibilités d’alerte, de gestion de bibliographie et de personnalisation des recherches.

Les usages

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Les premières expérimentations d’utilisation de livres numériques par les bibliothèques datent de 2008. Qu’il s’agisse de bibliothèques universitaires comme celle d’Angers, de la cellule e-books du consortium Couperin ou de bibliothèques municipales comme celles de Troyes ou de La Roche-sur-Yon, de la BPI ou de centres de documentation d’unités de recherche comme l’INRIA, nous en sommes encore à un stade expérimental. Il faut distinguer le livre dématérialisé, dont la frontière avec d’autres ressources électroniques (revues, bases de données, etc.) est faible, et la machine (liseuse, tablette de lecture, reader, etc.). Le premier est plus implanté en bibliothèque universitaire et la seconde en bibliothèque municipale.

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Dans tous les cas, les expérimentations ont porté sur le prêt de tablettes de lecture. Si celui-ci ne pose pas de problèmes particuliers, on note une appréciation générale du confort de lecture de ces liseuses. Mais, de l’avis général et selon les modèles, on relève une certaine lenteur à charger les documents, des difficultés à les afficher, l’impossibilité fréquente de les annoter… Mais de nouvelles machines, aux performances améliorées, devraient être disponibles dans les prochains mois. Le projet SYLEN, qui avait pour objectif de mettre au point une tablette française, n’aboutira pas. Il aura néanmoins permis de faire progresser les différents partenaires, dont la BPI, dans la connaissance des usages de ces machines à lire.

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L’offre de contenu reste encore limitée. 80 % des contenus sont d’origine anglo-saxonne, alors que la demande en France est francophone. L’offre en e-books, plus marquée dans les disciplines scientifiques et juridiques et dans les établissements pluridisciplinaires, permet aux BU de renverser l’offre documentaire au bénéfice des premiers cycles. À ce jour, les acquisitions se font en complément des livres imprimés mais de façon parallèle, sans véritable intégration à la politique documentaire de l’établissement. Aux offres des éditeurs, qui se développent de plus en plus souvent sous forme de bouquets préconstitués, s’ajoutent celles des agrégateurs généralistes ou spécialisés, dont l’offre comprend généralement des DRM. Il ne faut pas oublier pour autant les bibliothèques numériques en ligne (Gallica, Bibliothèque numérique mondiale, etc.). Que ce soit en BU ou en BM, les expérimentations ont intégré l’offre de publie.net, offre de littérature non publiée et ne comportant pas de DRM.

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Les utilisateurs se trouvent plutôt en sciences dures (30 %) et en premiers cycles. Ils utilisent les outils de référence pour une recherche d’information précise, avec une moyenne de connexion de 5 à 10 minutes. La notion de chapitre devient beaucoup plus importante qu’avec le papier. Les lecteurs effectuent une lecture rapide : 20 % balaient les pages, 80 % lisent des extraits. Ils utilisent les fonctionnalités de zoom, recherche dans le texte, annotation, mémorisation de la dernière page consultée. Les utilisateurs ont une forte demande d’accès immédiat, de téléchargement et de copier-coller. La notion de type de documents n’a pas d’importance pour eux, ce qu’ont bien compris les éditeurs qui proposent des plates-formes communes livres et périodiques.

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L’impact du numérique sur l’exercice du métier de bibliothécaire est fort. Au lieu d’acheter des livres, leur mission est de sélectionner pour leur public les documents pertinents, parmi des flux et des bouquets de titres. En BU, il s’agit de participer à des projets précis en collaboration avec les enseignants et les étudiants, pour inventer de nouveaux scénarios pédagogiques. Les habitudes de travail sont remises en cause et la fonction de médiation se trouve renforcée. L’enjeu est de simplifier les accès aux informations.

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Se référant au texte d’Éric Briys « S’il vous plaît, dessine-moi une bibliothèque : de la bibliothèque euclidienne à la bibliothèque numérique », la présidente de l’ADBS, Élisabeth Gayon, a invité bibliothécaires et documentalistes à réfléchir aux nouvelles organisations de l’information. Les bibliothèques numériques et plus généralement la dématérialisation en sont encore à leurs premiers balbutiements : au-delà de la bibliothèque physique organisée linéairement et géométriquement, elles nous obligent à inventer de nouvelles modalités d’agencement de l’information. •

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Michèle Lénart

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Claudine Masse

Services d’information. UniVersDoc peut se dire Uni Vers Doc [1][1] Hubert Guillaud, « Sommes-nous multitâches ? (2/2)...

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L’Institut national des techniques de la documentation (INTD-CNAM) a récemment conduit un projet collaboratif porté par son centre de ressources documentaires et dans lequel les usagers sont aussi gestionnaires et producteurs d’information.

Adresses

Le portail web : www.netvibes.com/universdoc

Le site de partage de signets : http://delicious.com/UniVersDoc

Le blog : http://bloguniversdoc.blogspot.com

Le focus du CRD : www.netvibes.com/universdoc/activities

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UniVersDoc est né en 2009 de l’idée de fédérer l’ensemble de la promotion « Chef de projet en ingénierie documentaire » de l’INTD autour d’une réalisation commune qui permette aux élèves d’exploiter l’information en ligne pour réaliser une veille sur l’actualité professionnelle et la recherche dans leur domaine de formation à destination de la communauté francophone en information-documentation : les professionnels, les enseignants, les étudiants.

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Nous souhaitions également donner à ces futurs professionnels de l’information, gourmands d’innovations technologiques, la possibilité d’exploiter les applications du Web 2.0 en même temps que de compléter le système d’information classique du centre de ressources documentaires de l’Institut par un suivi en temps réel de l’information véhiculée par les médias sociaux.

Une visée pédagogique

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UniVersDoc est une sorte de puzzle constitué de trois pièces : un portail web sous Netvibes, un site de partage de signets sous Delicious et un blog Les contenus agrégés dans le portail ainsi que la sélection de signets sont la matière première informationnelle dans laquelle les élèves s’immergent pour sélectionner l’information qui fera l’objet du billet publié sur le blog UniVersDoc.

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Durant cet exercice, la difficulté consiste à ne pas se perdre, se noyer ou se laisser aller à la distraction. L’information est foisonnante, morcelée, les sollicitations sont multiples. Et, même si l’errance et la libre association des idées1 leur est profitable, la perspective de la rédaction du billet aide les élèves à maîtriser leur concentration. Pour réaliser ce travail de mise en situation professionnelle, ils se relaient au centre de ressources documentaires de 17 heures à 19 heures, trois jours par semaine.

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Au-delà du produit de veille, le résultat obtenu révèle les centres d’intérêts des futurs professionnels de l’information.

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Ce projet, qui a débuté le 10 mars 2009, a été plébiscité par les élèves de l’INTD. Il s’étend aujourd’hui à la licence professionnelle, spécialité Documentation audiovisuelle, ce qui devrait apporter un éclairage complémentaire et spécifique à l’audiovisuel, aujourd’hui indispensable.

Une dimension professionnelle

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À cet usage pédagogique d’UniVersDoc s’ajoute une dimension « information » de la communauté des professionnels, des chercheurs et des étudiants en information-documentation.

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Les chercheurs de sciences de l’information et de la communication se focaliseront sans doute sur l’onglet « Revues qualifiantes en SIC » qui agrège les flux RSS des revues de langue française ou étrangère qualifiantes en sciences de l’information et de la communication (liste validée par la 71e section du CNU et un comité d’experts de l’AERES). Les amateurs d’information en temps réel préfèreront l’onglet Twitter. Tous les professionnels tireront avantage à exploiter l’onglet « Emploi » qui permet sur une seule page de surveiller la publication d’offres sur de nombreux sites, y compris à l’étranger.

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L’on peut aussi se contenter de suivre l’activité du Netvibes intitulé « Focus du CRD » ou bien celle des amis d’UniVersDoc. Sans oublier le site Delicious, un véritable répertoire sélectif où chaque ressource Internet sélectionnée est décrite et indexée. •

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Adriana Lopez Uroz

Quelques mots-clés autour de la numérisation du patrimoine

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Journée d’étude. La deuxième journée du cycle organisé par la Bibliothèque nationale de France, l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, l’Université Paris 8 et celle d’Avignon sur le thème « Numérisation du patrimoine des bibliothèques et moteurs de recherche » a eu lieu le vendredi 8 janvier 2010, à la BnF. Universitaires et professionnels y étaient invités à dialoguer autour des enjeux et des usages de la numérisation.

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La polémique autour du Règlement Google Livres, l’utilisation des fonds de l’emprunt national et l’essor que semble vraiment prendre enfin le livre numérique font de la numérisation du patrimoine culturel l’une des priorités du moment – cette conférence étant elle-même directement liée à l’éventuel accord de la BnF avec Google pour la numérisation des livres dans le cadre du programme Google Book Search. Voici, en quelques mots-clés, un résumé de cette journée.

Polysémie

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Il y a souvent confusion dans les termes que l’on emploie. Lorsque l’on parle de numérisation, par exemple, il peut s’agir d’œuvres que l’on a numérisées, d’œuvres nées numériques ou de catalogues numérisés. L’accès à l’information, autre exemple évoqué, ne se traduit pas forcément par réappropriation ou démocratisation. Quant à l’accès libre, le domaine public, l’œuvre libre de droits, il s’agit de concepts aux implications juridiques différentes [2][2] Voir aussi : « Droit d’auteur, numérisation du patrimoine.... Il convient donc de se méfier des termes employés et de vérifier ce qu’ils recouvrent.

Dichotomie

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Google ne serait qu’un réservoir de données où l’information est abondante et diverse, et les bibliothèques numériques ne proposeraient qu’un contenu réduit car filtré par des experts. Google répond à des intérêts privés dictés par des actionnaires, et les bibliothèques à l’intérêt public. À Google, donc, la charge de numériser rapidement et à grande échelle, ce qui est son point fort, et aux bibliothèques de s’en servir pour construire des bibliothèques numériques.

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Mais cette dichotomie est trop réductrice. On sait, par exemple, depuis octobre 2010, que Google, au départ simple régie publicitaire, entend devenir libraire en ligne, occupant ainsi une partie de chaîne du livre sur laquelle il n’avait pas vocation à s’installer, ce qui montre bien l’importance des enjeux.

Neutralité

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La technique est loin d’être neutre. L’on a ainsi rappelé l’impact qu’ont sur l’appropriation de l’information et la construction du savoir les nouveaux modes d’accès à l’information, juxtaposition d’informations « décontextualisées » – alors que contextualiser en donnant du sens aux informations est justement l’une des vocations des bibliothèques numériquesLe numérique implique aussi une convergence du patrimoine écrit et d’autres formes du patrimoine (le son, l’audio-visuel, etc.), une fracture entre des usages savants et ceux du grand public, et des compétences nouvelles à acquérir.

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Le moteur de Google, simple « portier » du Web, filtrerait les contenus en toute neutralité. Même s’il devait en être ainsi, ce dont on peut douter, ne serait-ce que parce que la popularité n’est pas forcément toujours le critère le plus pertinent, confier l’ensemble du patrimoine mondial à un seul algorithme serait très dangereux.

Diversité

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D’autres moteurs que celui de Google existent, et ils sont tout aussi performants. On a évoqué ainsi ceux que l’on utilise en entreprise, ceux qui sont spécialisés [3][3] À titre d’exemple, on citera le métamoteur de recherche..., et présenté des moteurs qui retrouvent des images à partir d’autres images, d’autres qui se traduisent par des cartographies, ainsi que la plate-forme Polinum [4][4] Polinum, plate-forme collaborative de recherche et... qui propose un benchmarking permettant de tester les performances de plusieurs moteurs.

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L’absence de monopole, ou plutôt d’abus de position dominante, c’est ce que les autorités américaines et européennes veilleront sans nul doute à ne pas voir s’instaurer. Mais l’absence de concurrence ne règle pas tout puisque subsistent les questions liées notamment au droit d’auteur [5][5] La question du droit d’auteur fera également l’objet..., à la protection des données personnelles, au filtrage des accès, à la conservation pérenne. D’où la position défendue par Robert Darnton [6][6] Voir aussi : « Google Livres. Des solutions alternatives... et Bruno Ory-Lavollée [7][7] Bruno Ory-Lavollée, Partager notre patrimoine culturel.... pour qui l’État doit garder la maîtrise de ses fichiers et de ses métadonnées et multiplier, en revanche, les licences d’exploitation accordées à un large éventail d’acteurs.

Bibliothèques

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En matière de numérisation, il appartient aux bibliothèques de faire un travail de recension, de mutualiser leurs efforts et de veiller à la pérennité de la conservation. Elles doivent veiller aussi à disposer d’un maximum de données (hébergées de plus en plus souvent aujourd’hui dans des nuages [8][8] Voir aussi : « Cloud Computing, une tendance de fond...) pour les valoriser en les hiérarchisant et en leur donnant du sens en fonction de divers publics. La part de l’humain reste incontournable pour extraire les données pertinentes, créer des services autour des contenus, former aux usages du numérique.

Mais, s’il appartient aux bibliothèques de promouvoir une culture numérique et non de s’approprier les contenus, ce n’est pas à n’importe quelles conditions mais à des tarifs raisonnables, sans censure par des filtres abusifs, dans le respect des données personnelles et du droit d’auteur et lorsque la conservation est assurée. Leur responsabilité est engagée à ce titre.

Enjeux

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Bien au-delà des questions budgétaires quelquefois mises seules en exergue, on aura constaté encore une fois les multiples dimensions des enjeux. Économique : impact sur la filière culturelle. Juridique : impact mondial de la class action, recours engagé aux États-Unis ; articulation de la loi et du contrat ; diffusion des œuvres orphelines et épuisées. Technique : recherche d’information, conservation des fichiers. Sociétale : fracture numérique. Organisationnelle : mutualisation.

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D’où l’importance des décisions politiques qui devaient être prises après la diffusion du rapport Tessier sur la numérisation du patrimoine, à la fin du mois de janvier 2010. On connaîtra bientôt les clauses du troc, pour reprendre un autre terme utilisé lors de cette journée, qui pourrait être organisé par l’État entre Google et la BnF. •

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Michèle Battisti

La chronique d’Olivier Ertzscheid. Twitter et Haïti : secousses syntaxiques [9][9] Extrait retravaillé d’un texte initialement publié...

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Pourtant âgé de moins de trois ans mais déjà vétéran du cataclysme participatif, le site Twitter s’est largement fait l’écho de la situation en Haïti. Alors que ce site, hier encore, était « réservé » aux internautes comme canal d’information alternatif, Haïti fut l’occasion pour les grands médias, CNN en tête, de lancer des comptes Twitter dédiés à la couverture en temps réel de la catastrophe[10][10] http://twitter.com/CNN/haiti-cnn-reporters.

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Indexer l’humanitaire ? L’une des clés de voûte de Twitter est sa cohorte de hashtags : des mots-clés précédés du signe dièse (#) et associés à un message pour permettre de suivre l’ensemble des messages balisés avec eux. Or, qu’il s’agisse d’un travail d’information, de journalisme ou bien encore de veille ou de communication, c’est en pareille situation d’urgence que l’on touche du doigt la double limite imposée par la brièveté des messages (140 caractères) et le caractère profondément hétérogène, ambigu ou sibyllin des hashtags. Si l’on veut que ce média puisse permettre d’informer pour porter assistance de manière coordonnée, est-il possible de se reposer entièrement sur une hypothétique sagesse des foules dans le choix de mots-clés dédiés ? Certains semblent penser que non. D’où l’initiative du projet EPIC [11][11] http://epic.cs.colorado.edu, derrière lequel on trouve deux universités et la NSF, de lancer et de propager une syntaxe spécifique à la catastrophe en Haïti. Cette syntaxe comporte trois catégories de mots-clés :

  • mots-clés « primaires » : #need #offering or #have #imok <reporting I AM OKAY> #ruok <asking ARE YOU OKAY?> ces deux derniers étant respectivement traduits en français par #chuiok et #teok

  • mots-clés « secondaires » : #food #water #fuel #medical of #med #volunteers… can shorten to #vols

  • mots-clés « de données » : #name [name] #loc [location] #num [amount or capacity] #contact [email, phone, link, other] #photo [link to photo] #source [source of info]

Moralité. Le fait d’informer pour tenter de porter secours de manière coordonnée repose la question fondamentale de l’indexation libre ou contrôlée (et donc coordonnée). Face à des logiques d’effondrement, l’indexation se réaffirme comme marqueur, comme signal, à la fois comme vestige et comme balise topologique.

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Clair-obscur technologique. Au-delà de Twitter, la tragédie d’Haïti offre le saisissant spectacle d’un accident technologique intégral : là-bas, plus rien ne fonctionne, ni Internet, ni téléphone, ni radio, ni télévision. Le black-out. La coupure totale et immédiate pour les victimes. Et comme en symétrie, ici, une surenchère médiatique sans précédent, avec une mobilisation exceptionnelle de l’ensemble des acteurs et industries technologiques, de Google aux opérateurs de télécommunication. Là-bas, soudain plus de télévision. Mais là-bas, presque tout de suite toutes les télévisions d’ici. L’industrie médiatique au secours d’elle-même. Ou peut-être aussi au chevet d’elle-même. •

Notes

[1]

Hubert Guillaud, « Sommes-nous multitâches ? (2/2) Peut-on mesurer les bénéfices de la distraction », Internet Actu, 27 mai 2009, www.internetactu.net/2009/05/27 [consulté le 18 février 2010].

[2]

Voir aussi : « Droit d’auteur, numérisation du patrimoine des bibliothèques et moteurs de recherche », Paralipomènes, 7 décembre 2009, http://paralipomenes.net/wordpress.

[3]

À titre d’exemple, on citera le métamoteur de recherche documentaire en droit comparé et droits étrangers IMUR (www.imur.fr) présenté sur la liste Juriconnexion le 8 janvier 2010 (www.juriconnexion.info).

[4]

Polinum, plate-forme collaborative de recherche et développement pour la numérisation et la valorisation des fonds patrimoniaux, industriels et informationnels, lancée en décembre 2009 (www.polinum.net).

[5]

La question du droit d’auteur fera également l’objet d’un examen attentif par les juges, ce qui ne règle pas pour autant toutes les questions posées par le Règlement Google Livres.

[6]

Voir aussi : « Google Livres. Des solutions alternatives même aux États-Unis », Paralipomènes, 11 décembre 2010.

[7]

Bruno Ory-Lavollée, Partager notre patrimoine culturel. Propositions pour une charte de la diffusion et de la réutilisation des données publiques culturelles, http://david.monniaux.free.fr/pdf/rapport_culture.pdf.

[8]

Voir aussi : « Cloud Computing, une tendance de fond qui engage votre responsabilité », Paralipomènes, 24 novembre 2009.

[9]

Extrait retravaillé d’un texte initialement publié sur Affordance.info

Plan de l'article

  1. Livre numérique : offres et usages
    1. L’offre éditoriale et technique
    2. Les usages
  2. Services d’information. UniVersDoc peut se dire Uni Vers Doc
    1. Une visée pédagogique
    2. Une dimension professionnelle
  3. Quelques mots-clés autour de la numérisation du patrimoine
    1. Polysémie
    2. Dichotomie
    3. Neutralité
    4. Diversité
    5. Bibliothèques
    6. Enjeux
  4. La chronique d’Olivier Ertzscheid. Twitter et Haïti : secousses syntaxiques

Pour citer cet article

Lénart Michèle, Masse Claudine, Lopez Uroz Adriana, Battisti Michèle, Ertzscheid Olivier, « Méthodes, techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information 1/2010 (Vol. 47) , p. 14-19
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-1-page-14.htm.
DOI : 10.3917/docsi.471.0014.


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