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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/2 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.472.0014
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Les enjeux documentaires de la vidéo en ligne

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Journée d’étude. Le secteur Audiovisuel de l’ADBS proposait le 9 avril 2010 une journée d’étude sur « Les vidéos en ligne ». « La vidéo explose et s’expose sur Internet depuis 2006 », rappelaient les organisateurs : rappel nécessaire car la propagation actuelle des vidéos numériques dans les espaces de loisir et de travail tend à faire oublier que seulement quatre années nous séparent de l’émergence de ces technologies prometteuses pour nos métiers mais encore instables.

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Les quatre exposés de la matinée ont esquissé le cadre socio-économique du bouleversement en cours en soulignant les enjeux techniques, réglementaires et normatifs de cette activité dont l’offre et les usages se mettent en place ; tandis que les quatre retours d’expérience de l’après-midi témoignaient de la vitalité des recherches et expérimentations en milieu professionnel.

Une demande certaine, mais une offre timide

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Les usages de la vidéo s’installent mais semblent différer de ceux de la télévision : l’internaute américain qui, parallèlement, passe cent vingt heures par mois devant la télévision, consomme cent vidéos par mois en trois heures de visionnage sur le Web. La majorité des internautes se déclare encline à payer pour des contenus de qualité mais rencontre une offre légale encore insuffisante face à des producteurs qui, par crainte de piratage, hésitent à ouvrir leurs catalogues au Web. L’heure est donc à l’étude de mesures de régulations publiques pour favoriser la création en VOD, sur le principe des prélèvements de fonds et des obligations de production et de création mises en place pour la télévision dans les années quatre-vingt, tandis que le grand emprunt financerait un plan de numérisation destiné à élargir l’offre. Sur le plan économique, le paiement à l’acte fonctionne, mais les services par abonnement sont encore peu développés, alors que les reversements publicitaires des plates-formes de vidéo (type Daily-motion) favorisent davantage les producteurs de contenus, les ayants droit et les fournisseurs d’accès que les éditeurs.

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En ce qui concerne les pratiques d’écrans, on constate que le visionnage de vidéos s’est développé initialement sur IPTV, plus simple à utiliser que l’ordinateur (en raison des compatibilités de fichiers) ; mais l’Internet développe des services plus innovants (référencement, moteurs de recherche) pour accompagner l’usager dans sa recherche de contenus audiovisuels et créer ainsi une offre de « niche ». La consommation d’écrans est aujourd’hui importante et multiple, mais elle est aussi combinée et simultanée : il n’est pas rare de regarder la télévision tout en consultant son écran d’ordinateur ou de mobile ! Enfin les téléphones mobiles de nouvelle génération, désormais plus souvent utilisés pour consulter des informations que pour appeler, font une entrée remarquée dans l’écosystème de la vidéo.

Un écosystème favorable

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La vidéo sur Internet résulte en effet de la convergence d’éléments techniques favorables : la diffusion à haut débit, la mise au point de procédés de compression de plus en plus sophistiqués etrespectueux de la qualité, et l’évolution des processeurs d’ordinateurs. La consultation en ligne par le grand public, un temps gênée par la multiplicité des players à télécharger et installer, s’est libérée avec l’intégration de celui Flash d’Adobe au navigateur de Microsoft.

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Mettre en ligne de la vidéo n’est plus une opération coûteuse : un logiciel de gestion de contenu et un hébergement standard suffisent, car le téléchargement progressif de la vidéo après le début du visionnage demande moins de puissance serveur que le streaming où la vidéo est lue sur ce serveur. Les professionnels et notamment les entreprises publiques doivent s’approprier la diffusion de leurs vidéos plutôt que les confier aux plates-formes du Web 2.0 où elles seront mêlées aux vidéos d’amateurs et environnées de publicité.

Ces pratiques n’incitent d’ailleurs guère les producteurs institutionnels à organiser la sauvegarde et l’archivage de leurs fonds vidéo ! La difficulté réside toujours dans l’encodage des fichiers pour un besoin de qualité optimale, et dans l’upscaling, c’est-à-dire le traitement, pour une exploitation en haute définition, de la qualité des fichiers encodés par le passé en basse définition. Les entreprises devront s’approprier ces techniques pour maîtriser la qualité de leur patrimoine numérique.

Des normes et standards trop peu développés

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Si la technologie s’allège, l’absence de normalisation constitue un frein au développement de projets de vidéo en ligne. Les questions de la salle portant sur la nature du format pivot et les réponses apportées par les intervenants reflètent les incertitudes : or ce format de stockage, équivalent numérique du master puisqu’il permet de générer les formats de diffusion adaptés aux différents supports, est central à tout projet de vidéothèque.

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Concurrentiel et donc peu « collaboratif », le monde de l’audiovisuel avance aussi lentement sur la voie de l’interopérabilité des métadonnées. Le standard MXF est le plus répandu des wrappers (fichiers-enveloppes contenant l’« essence » – le son, l’image – et fichier de métadonnées techniques et documentaires au format XML), mais il côtoie les formats AVI, GXF, QuickTime, Mpeg-7 imposés par d’autres éditeurs ou fabricants de matériel. La structure du fichier XML reste non normalisée bien que de nombreux projets d’interopérabilité se structurent. Synchroniser les métadonnées et la vidéo permettra d’afficher sur le lecteur des informations de contenu au fur et à mesure du visionnage. C’est l’un des enjeux du MXF mais, pour convaincre les fabricants de matériels de l’intégrer à leurs lecteurs, il devra être adopté par un grand nombre d’acteurs

Pour en savoir plus

Le programme détaillé de cette journée d’étude peut être consulté, ainsi que les textes ou supports des interventions, sur le site de l’ADBS : www.adbs.fr/manifestations-adbs.htm

Nouvelles orientations : réseaux sociaux et moteurs de recherche innovants

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Les retours d’expérience présentés illustrent les mutations en cours chez les usagers et les professionnels.

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L’Institut de recherche et d’innovation opte pour la logique collaborative des réseaux sociaux : son logiciel de segmentation vidéo « Lignes de temps » offre à ses utilisateurs la possibilité d’apposer des tags sur les segments de leur choix, de télécharger les séquences et annotations d’autres utilisateurs, de coller bout à bout les séquences correspondant à ce taggage dans une nouvelle logique de visionnage. Les dernières évolutions consistent à synchroniser des commentaires « twittés » avec une vidéo pour conserver le lien entre ces commentaires et les images qui les ont suscités.

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La société Exalead propose de placer le moteur de recherche au centre du système d’information en multipliant les accès à l’image. L’application Voxalead traite et indexe automatiquement le son des vidéos de news que l’on peut ensuite sélectionner par une recherche sur les mots prononcés.

Nouvelles pratiques métier

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Les gestionnaires de fonds vidéo adaptent leurs méthodes de travail à ces nouvelles opportunités.

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Les chercheurs du CERN se transforment en réalisateurs, rédigent des scénarios et tournent des films diffusés ensuite sur Youtube ou Itunes pour « évangéliser » le public et attirer les étudiants vers les professions scientifiques. Ils ont appris à cadrer les commentaires des internautes, à rectifier les erreurs scientifiques, tout en laissant les opinions s’exprimer. Il leur reste à s’approprier les techniques des archivistes pour entamer leur prochain projet : l’indexation documentaire d’un patrimoine scientifique composé de quelque dix mille films et rushes numériques.

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La médiathèque de la SNCF a plongé sans regret dans le tout numérique : plus de cassettes ni de dégradations liées aux copies successives, simplification des postes de travail et possibilité de répondre à la multitude des besoins de ses interlocuteurs professionnels qui souvent ne disposent plus de magnétoscopes. La dernière évolution réalisée avec la société Opsomaï consiste à exporter les informations du pré-montage réalisé sur les fichiers en basse définition au moment de la recherche et du visionnage vers la station de montage Final Cut. La majeure partie du travail de sélection des plans est donc réalisée sur la plate-forme documentaire, puis capitalisée. Une préfiguration d’un futur logiciel documentaire de vidéo intégré qui permet un gain de temps et une rationalisation des postes de travail.

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Gageons que cette journée d’étude sur la vidéo devienne un rendez vous régulier qui prenne la mesure des projets de valorisation des ressources audiovisuelles, notamment dans les entreprises dont la production d’images n’est pas l’activité principale. C’est un accompagnement essentiel pour dédramatiser la « jungle des formats » et encourager les professionnels de l’information à donner aux vidéos produites par l’entreprise un statut de document. •

Claire Scopsi

L’offre de logiciels métier pour bibliothèques en 2010

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Le nombre de logiciels proposés aux bibliothèques françaises atteint aujourd’hui le chiffre de 125. De l’analyse annuelle que Marc Maisonneuve effectue de cette offre se dégage une typologie des logiciels métier pour bibliothèque dont il présente succinctement dans cet article les principales fonctions.

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Depuis 1995, Tosca consultants conduit une enquête annuelle sur le marché des logiciels destinés aux bibliothèques.

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Par le passé, deux enquêtes annuelles étaient menées, l’une portant sur les ventes des systèmes de gestion de bibliothèque, l’autre sur les ventes de systèmes de gestion et de communication des ressources électroniques. L’évolution des offres des fournisseurs nous a incités à réaliser depuis 2007 une enquête unique portant sur l’ensemble des logiciels métier pour les bibliothèques.

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La première de ces enquêtes recensait 26 fournisseurs pour 40 logiciels. Aujourd’hui, les bibliothèques peuvent choisir parmi 125 progiciels diffusés par 33 fournisseurs. Au-delà du triplement du nombre de produits, c’est l’extension du périmètre fonctionnel des logiciels qui constitue le principal facteur de complexité de l’offre [1][1] Les principaux résultats de l’enquête 2010 ont été....

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Pour mieux cerner cette offre, il faut désormais s’appuyer sur une typologie des logiciels métier qui permet non seulement de reconstituer une vision globale (voir le graphique ci-contre) mais également de définir plus précisément la couverture fonctionnelle de chaque outil.

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Sur ce dernier aspect, le lecteur pourra consulter en ligne deux tableaux de synthèse qui permettent de visualiser l’offre dans son ensemble (mais que leurs dimensions ne nous permettent pas de reproduire ici).

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Pour chaque produit du marché, ils indiquent les types de fonction supportés et le cadre technique de ces progiciels (système d’exploitation du serveur, système de gestion de base de données ou gestionnaire de fichier mis en œuvre, système d’exploitation du poste de travail).

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Le premier tableau présente cette la couverture fonctionnelle sous la forme d’une liste des types d’outils [2][2] www.toscaconsultants.fr/articles/couverturefonctio..., le second sous la forme d’une liste de ces outils classés par fournisseur avec des codes de couleurs permettant d’identifier les fonctions assurées [3][3] www.toscaconsultants.fr/articles/couverturefonctionnelledeslogicielsmetier2010A.pdf.....

Typologie des logiciels métier pour bibliothèque disponibles sur le marché français en 2010

• Les outils de gestion

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Le système de gestion de bibliothèque est un logiciel qui permet au minimum le catalogage des documents et la gestion de leur circulation. Le plus souvent, d’autres fonctions sont proposées : gestion des acquisitions, gestion des périodiques, gestion des autorités…

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L’ERM (electronic resource manager) prend en charge les fonctions spécifiques de gestion des publications numériques : abonnement, description des licences (droits de représentation, droits de reproduction), bulletinage automatique des fascicules de périodiques électroniques, suivi des collections de périodiques… Une certaine ambiguïté entourant le terme ERM, il convient de vérifier minutieusement les fonctionnalités exactes de chaque produit référencé.

• Les outils de consultation de base de références

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L’opac (online public access catalog) supporte au minimum la consultation du catalogue, dans une ergonomie conçue pour une utilisation par le public. L’opac de nouvelle génération présente certaines caractéristiques qui permettent de le distinguer des produits plus anciens : recherche à la Google, navigation à facettes, proposition de termes de recherche apparaissant au sein d’un nuage de mots, fonctions Web 2.0, indépendance vis-à-vis du système de gestion de bibliothèque [4][4] Voir : Marc Maisonneuve, « Dix bonnes raisons de choisir....

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Le résolveur de lien est un logiciel qui convertit une adresse logique, un identifiant (ISBN, ISSN, etc.) ou des métadonnées en l’adresse URL physique du document recherché. Il permet d’enrichir la notice par des informations collectées sur le Web : premier chapitre d’un ouvrage récupéré sur le site de l’éditeur, analyse ou critique provenant d’un site de partage de lecture, première de couverture, etc.

Le module de recherche fédérée permet de référencer des bases d’informations disponibles en ligne ou localement, d’interroger simultanément tout ou partie de ces bases et, le cas échéant, de présenter de manière uniforme les résultats de l’interrogation de ces bases. Trois paramètres principaux permettent de distinguer les capacités de ces modules : le type des connecteurs supportés (Z39.50, SRU, SRW, web services, etc. ), le nombre de connecteurs effectivement disponibles et la capacité à dédoublonner ou à regrouper en des ensembles apparentés les références issues de sources multiples.

• Les outils d’échanges d’information bibliographique

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Les serveurs Z39.50, SRU et SRW prennent en charge le traitement des requêtes du même nom. Le client Z39.50 est le logiciel qui prépare une requête conforme à la norme Z39.50. Ces outils permettent donc l’échange d’information bibliographique entre différents systèmes informatiques.

Les progiciels métier disponibles sur le marché français en 2010

• Les outils de création, de gestion et de consultation de bases de documents primaires

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Le client OAI est un logiciel qui prend en charge la création et la transmission d’une requête suivant le protocole OAI-PMH.

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Le serveur OAI est un outil qui supporte le protocole OAIPMH et assure la fourniture de métadonnées, dans un ou plusieurs formats, en réponse à des requêtes préparées par un client OAI.

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Le gestionnaire de bibliothèque numérique est un logiciel qui gère une base de documents primaires et la base de références associée ; il dispose à la fois des fonctions de production et de consultation de ces bases.

• Les outils de communication de ressources numériques

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Le système de gestion et de communication des ressources électroniques est un logiciel qui prend en charge non seulement la gestion mais également la communication des ressources électroniques (site web, cédérom, DVD-Rom, etc.).

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Le navigateur sécurisé assure la protection du poste de consultation, par exemple en interdisant l’accès au disque dur ou au système d’exploitation, et prenant parfois également en charge le filtrage des sites web, en proscrivant la consultation de certains sites ou en limitant la consultation à une liste fermée de sites web.

• Les systèmes de gestion de contenu

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Le CMS (content management system) permet de gérer de façon aisée et efficace les pages statiques et dynamiques d’un site web, en facilitant en particulier la mise à jour du site.

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Marc Maisonneuve

Paul Otlet et la bibliologie

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Colloque. Organisé à Mons le 25 février 2010 par le Mundaneum avec la collaboration de l’Association internationale de bibliologie (AIB), un colloque se proposait de faire découvrir ou redécouvrir Paul Otlet et toutes les dimensions de son œuvre. Car les réflexions de ce génie utopiste demeurent fondamentales pour des domaines aussi variés que la documentation, la bibliothéconomie et la bibliologie, et encore le pacifisme, l’architecture, la sociologie, l’enseignement…

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Malgré la richesse des contributions de tous les intervenants, force est d’admettre que beaucoup reste encore à découvrir sur Paul Otlet à qui les documentalistes doivent tant.

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Stéphanie Manfroid, responsable des archives du Mundaneum, a décrit l’expérience du Musée international pensé par Paul Otlet et ses amis [5][5] « De la dimension muséale à la présentation synthétique.... Les expositions universelles qui touchaient un large public, à la fin du XIXe siècle, ont très tôt ponctué les activités de l’Office international de bibliographie : autant de circonstances privilégiées pour permettre à la Classification décimale universelle d’être connue mais surtout adoptée par l’ensemble des bibliothèques. Cependant, la coopération intellectuelle internationale au service de la science doit également s’incarner dans une institution totalement vouée à la recherche de la paix. Nombreuses ont été les tentatives – et les échecs – de création de cette dernière via l’idée d’une fédération réunissant des associations très diversifiées et hétérogènes. En 1910, l’exposition universelle offre une formidable opportunité à l’élaboration d’un musée mondial qui reste à découvrir à travers les archives laissées par Otlet et que l’équipe des archivistes du Mundaneum s’applique à faire sortir de l’ombre.

Le Mundaneum

L’origine du Mundaneum remonte à la fin du XIXe siècle. Créé à l’initiative de Paul Otlet et Henri La Fontaine, ce projet visait à rassembler l’ensemble des connaissances du monde et à les classer selon le système de Classification décimale universelle (CDU) qu’ils avaient mis au point. Un projet plus grandiose prit ensuite forme, celui d’une Cité Mondiale dont l’objectif était de rassembler les grandes institutions du travail intellectuel : bibliothèques, musées et universités. Une partie de ses archives sont depuis 1998 abritées au Mundaneum, au cœur de la ville de Mons, en Belgique, centre d’archives de la Communauté française et espace d’expositions et de conférences. www.mundaneum.be

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Jacques Hellemans [6][6] Responsable de la section Sciences économiques de la... a fait découvrir les conférences bibliographiques internationales que Paul Otlet organisa entre 1895 et 1910 pour favoriser la coopération universelle. La première conférence de bibliographie, qui décidera de la création de l’Institut international de bibliographie, a lieu en septembre 1895. Elle a pour objectif d’organiser le Répertoire bibliographique universel (RBU) que l’on peut aujourd’hui considérer comme la base de la conception moderne de la bibliologie, branche des sciences de l’information. Le congrès de 1910 où, pour la première fois, apparaît le terme de « documentation », est le lieu de brassage de toutes les idées qui conduisent Paul Otlet et « son jumeau intellectuel » Henri La Fontaine vers l’idée d’une société des nations unies.

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Sous le titre « Paul Otlet, de l’histoire au roman », Sylvie Fayet-Scribe [7][7] Maître de conférences à la Sorbonne en histoire et... a présenté son roman [8][8] Sylvie Fayet-Scribe, La table des matières, Éditions... où apparaît la figure d’Otlet. Tout tourne autour de la quête de deux pages arrachées d’un livre, celui d’Hildegarde de Bingen. La table des matières commence à l’époque contemporaine avec la réunion de plusieurs personnes – documentalistes, universitaires, chercheurs –, rassemblées par un intérêt commun pour ce personnage. Ce roman apparaît essentiellement comme une suite de nouvelles réunies par un lien thématique. Quelques-uns des possesseurs successifs du livre apparaissent ainsi et chacun apporte quelque chose de nouveau au vrai sujet du roman : la quête encyclopédique – de l’invention de l’ordre alphabétique et de la table des matières jusqu’à la toile d’Internet.

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Robert Estivals a montré le rôle clé joué dans l’histoire de la bibliologie par Paul Otlet. Dans la première moitié du XXe siècle, ce rénovateur est le théoricien et le praticien de la bibliographie internationale exhaustive et rétrospective. Il est également un précurseur de la bibliologie scientifique internationale qui fait suite à la bibliologie encyclopédique. Enfin, poursuivant cette démarche, il ouvre la voie à la documentologie et à ce que sera, après la seconde guerre mondiale, dans les années 1970-1985 en France, la théorie et la pratique des sciences de l’information et de la communication. R. Estivals décrit l’objet de la bibliologie, définissant l’écriture, étudiant le passage de l’écrit du manuscrit au numérique. Les étapes permettent de rencontrer Platon, Naudé, Rives, Peignot. Et, plus près de nous, Röthlisberger et Roubakine. Otlet est au centre du mouvement qui débouche sur la création de la science de l’information et, dans le domaine de la bibliologie, sur la création de l’AIB.

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Marie-France Blanquet a évoqué les amis qui, dans un cercle étroit, entourent Paul Otlet et, de façon complètement désintéressée, le font vivre puis, après son décès, entretiennent sa mémoire [9][9] « Paul Otlet et le cercle de ses contemporains, précurseurs.... Après avoir déploré la méconnaissance de Paul Otlet et de ses contemporains par leurs pairs des années 2000, elle a présenté les amis les plus proches d’Otlet : La Fontaine, Lorphèvre, Frits Donker Duyvis et André Canonne. L’examen de leurs travaux permet d’identifier en quelques mots-clés ce qu’ils ont en commun : collaboration, documentation, bibliographie et classification, et de vérifier leur caractéristique de techniciens plus que de théoriciens.

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Enfin Jorge Rofrigues Ferreira [10][10] Université Complutense de Madrid. propose de faire le point sur « La création des Nations unies et la documentation euro-américaine ». Il fait découvrir les relations que Paul Otlet entretient avec Raul Proença et Jaime Cortesao, de la Bibliothèque nationale du Portugal (1918-1926). Ces hommes participent aux conférences internationales organisées par Otlet. Un échange épistolaire a lieu entre eux, rempli de promesses, de projets qui montrent l’adhésion et l’enthousiasme que les bibliothécaires qui suivent Otlet ont eu pour son utopie si pleine d’humanité. Par vocation, le documentaliste milite pour le partage à l’échelle mondiale de l’information.

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Ce colloque a été plein de surprises en dévoilant maintes facettes de l’activité de Paul Otlet. Il a surtout soulevé beaucoup de curiosité et d’enthousiasme en montrant tous les chemins inconnus qui restent à explorer pour arriver au cœur de cet homme qui a créé la documentation. •

Marie-France Blanquet

La chronique d’Olivier Ertzscheid. La dialectique de la cage et du nuage [11][11] Texte extrait d’un billet original publié sur www....

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Avec l’avènement du cloud computing, les contenus ont irréversiblement entamé leur migration dans les nuages, ce qui pose nombre de problèmes, dont celui de la privauté et de l’intimité numérique, celui de la frontière abolie entre les sphères publiques, privées et intimes, celui également de la transition entre l’industrie devenue lourde du soft(ware) et l’allègement (le passage à une logique de service) d’une ancienne industrie lourde, celle du hard(ware).

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La cage et le nuage : une erreur de perspective. Avant l’informatique en nuages, la dominante de l’écosystème informationnel était celle de systèmes logiciels et matériels derrière ou dans lesquels nous nous trouvions « emprisonnés » par nombre de chaînes – prix, maintenance, absence de mobilité, de compatibilité, de portabilité, etc. – et en face de quoi la nouvelle époque de l’informatique en nuage serait porteuse d’affranchissement. Or maintenant que, au-delà des seuls accès, ce sont également nos pratiques, nos médiations qui prennent place dans la distance offerte par ces nuages, il est temps de sortir de l’imaginaire cotonneux dans lequel nous entraîne et que co-construit le vocable même d’« informatique dans les nuages ».

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Retour à la réalité. Dans les nuages, le rapport au « capital », le rapport à notre capital (construit, consommé, agrégé) est celui d’une dépossession insidieuse, lancinante, et parfois soudainement tangible.

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Tangible comme lorsque Amazon décide, depuis son nuage, de retirer des ouvrages jugés après-coup (et après achat) non conformes au droit d’auteur. Intangible comme lorsque, dans le cadre de l’appropriation marchande d’un bien culturel (livre, musique ou film), ce qui nous est présenté comme un acte d’achat impliquant l’usage privatif inaliénable du bien concerné n’est en fait qu’une location dissimulée, le fichier résidant « à distance » et la transaction commerciale se déplaçant à l’unisson, c’est-à-dire ne désignant plus le bien en lui-même mais plutôt l’autorisation d’accès à distance au dit bien. On ne vend plus un bien, on alloue temporairement un accès tarifé. On autorise une souscription qui, in fine, devient le seul modèle de transaction.

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L’écosystème « in the cloud » est construit à l’unisson des besoins et des contours de l’infrastructure qui le porte. Les nuages ne peuvent vendre autre chose que du vent ; du vent qui, adjonction faite de DRMs, ne peut souffler que dans une et une seule direction et pour une période de temps donnée.

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Moralité. Il n’y a pas que les bisounours qui habitent dans les nuages. Amazon, Google, Apple, Microsoft et tant d’autres y ont également élu domicile. Lesquels ne pratiquent pas vraiment la philosophie bisounours…

51

Quant à la dialectique de la cage et du nuage, quant à savoir si les nuages sont d’ores et déjà nos prochaines cages, une seule chose est sûre : la question de l’emprisonnement se pose de manière radicalement différente selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre des barreaux. •

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Olivier Ertzscheid

Notes

[1]

Les principaux résultats de l’enquête 2010 ont été présentés par Marc Maisonneuve dans un article intitulé « Logiciels en bibliothèques : l’équipement informatique des bibliothèques » (Livres Hebdo, 5 mars 2010, n° 811, p. 83-88). En ligne à l’adresse www.toscaconsultants.fr/articles/enquete2010livreshebdo.pdf

[3]

www.toscaconsultants.fr/articles/couverturefonctionnelledeslogicielsmetier2010A.pdf. Des tableaux complémentaires, précisant notamment le cadre technique des logiciels de chaque type, sont disponibles à l’adresse www.toscaconsultants.fr/logiciel.htm

[4]

Voir : Marc Maisonneuve, « Dix bonnes raisons de choisir un opac de nouvelle génération », Documentaliste- Sciences de l’information, 2008, vol. 45, n° 3, p. 16–17.

[5]

« De la dimension muséale à la présentation synthétique et didactique des connaissances ».

[6]

Responsable de la section Sciences économiques de la Bibliothèque des sciences humaines de l’Université libre de Bruxelles.

[7]

Maître de conférences à la Sorbonne en histoire et sciences de l’information.

[8]

Sylvie Fayet-Scribe, La table des matières, Éditions du Panama, 2007.

[9]

« Paul Otlet et le cercle de ses contemporains, précurseurs comme lui des sciences de l’information ».

[10]

Université Complutense de Madrid.

[11]

Texte extrait d’un billet original publié sur www.Affordance.info

Plan de l'article

  1. Les enjeux documentaires de la vidéo en ligne
    1. Une demande certaine, mais une offre timide
    2. Un écosystème favorable
    3. Des normes et standards trop peu développés
    4. Nouvelles orientations : réseaux sociaux et moteurs de recherche innovants
    5. Nouvelles pratiques métier
  2. L’offre de logiciels métier pour bibliothèques en 2010
    1. Typologie des logiciels métier pour bibliothèque disponibles sur le marché français en 2010
      1. • Les outils de gestion
      2. • Les outils de consultation de base de références
      3. • Les outils d’échanges d’information bibliographique
      4. • Les outils de création, de gestion et de consultation de bases de documents primaires
      5. • Les outils de communication de ressources numériques
      6. • Les systèmes de gestion de contenu
  3. Paul Otlet et la bibliologie
  4. La chronique d’Olivier Ertzscheid. La dialectique de la cage et du nuage

Pour citer cet article

Scopsi Claire, Maisonneuve Marc, Blanquet Marie-France, Ertzscheid Olivier, « Méthodes techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2010 (Vol. 47), p. 14-19.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-2-page-14.htm
DOI : 10.3917/docsi.472.0014


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