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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/2 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.472.0030
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Le livre numérique en France : état des lieux et perspectives de développement du marché

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Décryptage. Quelle est l’offre de livres numériques en ce printemps 2010 ? Comment la rendre plus visible aux yeux de ses publics potentiels et en améliorer l’accessibilité ? Comment développer ce marché ? La convergence de l’intérêt grandissant du public, de l’amélioration accélérée des supports de lecture et de l’arrivée d’acteurs dominants de l’Internet place aujourd’hui les acteurs de la chaîne du livre devant l’urgente nécessité de créer de nouveaux modèles éditoriaux et économiques.

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« L’avancée de l’édition vers l’univers numérique », écrivait en 2008 Bruno Patino, « est une action de conquête d’un marché, de séduction des lecteurs. Le marché n’existera que s’il y existe une offre légale, attractive, rendue accessible par la qualité et la disponibilité de ses métadonnées[1][1] Bruno Patino, Rapport sur le livre numérique, juin... ». Deux ans après la remise de ce rapport fondateur, les principaux enjeux restent les mêmes, bien que le contexte technologique ait sensiblement évolué. Une longue liste de rapports récents, dont le dernier en date est celui de Christine Albanel [2][2] Christine Albanel, Pour un livre numérique créateur..., ont affiné le constat d’une double nécessité : étendre largement la quantité d’ouvrages disponibles, et faciliter leur visibilité et leur accessibilité à tous les publics. D’importants progrès en ce sens ont été accomplis. Des premiers jalons ont été posés sur lesquels l’avenir numérique du livre pourrait se construire. Cependant, le marché en est toujours à ses balbutiements et bon nombre des conditions de son développement demeurent insatisfaites.

L’offre numérique de livres sous droits

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L’offre actuelle de livres numériques sous droits est aujourd’hui encore impossible à dénombrer de manière précise, faute d’un référencement organisé et systématique. Une première forme de référencement a toutefois été mise en œuvre dans le cadre d’un accord conclu en 2007 entre la Bibliothèque nationale de France (BnF), le Centre national du livre (CNL) et le Syndicat national de l’édition (SNE), pour faciliter la production, la mise en ligne et la diffusion des livres numérisés avec l’aide de subventions publiques. Il s’agissait de constituer rapidement une offre significative, sur des modèles techniques ouverts et avec un lieu d’exposition commun : Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

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Dans cette expérimentation, des distributeurs numériques ou « e-distributeurs », agréés par la BnF, ont la responsabilité de la communication à Gallica des métadonnées et du texte indexé. Ils jouent aussi et surtout un rôle dans la commercialisation du livre numérique (entreposer les fichiers sources dans des bases de données sécurisées et délivrer les exemplaires au détaillant ou au client). Les fonctions qu’ils remplissent dans l’univers numérique sont, somme toute, assez similaires à celles des distributeurs du livre papier. Par ailleurs, dans ce modèle, des diffuseurs restent chargés des relations contractuelles et commerciales avec les détaillants.

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Depuis la mise en œuvre de ce dispositif en janvier 2008, dans le cadre d’une commission Politique numérique, le CNL a engagé 2,6 M€ pour la numérisation et la diffusion d’environ 23 000 titres sous droits, au bénéfice de 70 maisons d’édition. Sur cet ensemble de titres aidés, seule une petite moitié est actuellement disponible : en effet, les processus de réalisation des projets s’avèrent généralement longs – plus d’un an en moyenne – à cause de multiples freins, dont la renégociation des droits d’auteur pour l’exploitation numérique.

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Cependant, la principale cause des délais observés est bien souvent la difficulté, pour un éditeur, de bâtir un modèle économique (modes d’accès, prix) et de choisir un partenaire de distribution dans un contexte encore mouvant : on pense en particulier à l’acquisition de Numilog par le groupe Hachette au printemps 2008, au déploiement récent des autres plates-formes de distribution des grands groupes comme la E-Plateforme d’Editis et la plate-forme Eden Livres associant Gallimard, Flammarion et La Martinière, qui s’ouvrent progressivement à des éditeurs tiers. D’autres distributeurs indépendants, comme Cairn, Cyberlibris, ePagine, iKiosque, Izibook, Lekti-ecriture et Milibris, proposent des alternatives souvent complémentaires en termes de services aux éditeurs et de modes d’accès aux œuvres.

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L’offre disponible sur ces plates-formes de distribution n’est que partiellement recensée par la BnF, puisque l’obligation de communication des contenus à Gallica ne s’applique qu’aux livres numérisés avec l’aide de subventions du CNL. Cependant, certains e-distributeurs font également indexer dans Gallica des livres non subventionnés. Au total, 23 500 livres sous droits sont ainsi interrogeables en plein texte sur Gallica, mais une partie importante de la production présente sur ces plates-formes échappe encore à ce référencement.encore à ce référencement. Il paraît aujourd’hui presque impossible de dénombrer précisément l’offre globale de livres numériques sous droits en langue française, mais on peut l’estimer proche de 60 000 titres.

L’offre de livres numériques reste donc modeste au regard des 66 500 titres produits chaque année en France (dont une moitié de nouveaux titres) et des 620 000 références disponibles sur supports papier [3][3] Ministère de la Culture et de la Communication, Le.... Cependant, elle s’enrichit qualitativement, notamment grâce à l’expérimentation Gallica, avec des catalogues et collections de référence, des ouvrages épuisés pour lesquels le numérique devient le mode de diffusion exclusif, mais aussi une part croissante d’ouvrages récents. Parallèlement, des éditeurs commencent à publier des versions numériques de leurs nouvelles parutions, sans que cela devienne encore systématique : les best-sellers et les ouvrages les plus attendus d’un large public sont disponibles sous les deux espèces dans moins de 10 % des cas. L’offre n’est donc plus tout à fait marginale, mais elle demeure insuffisante pour soutenir le développement d’un marché de masse.

Un marché pour le livre numérique?

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Partout dans le monde, le chiffre d’affaires du livre numérique (en excluant l’édition sonore et multimédia, les revues et bases de données) reste modeste. Même au Japon, marché pionnier du livre numérique mais « marché en trompe-l’œil [4][4] Selon une étude encore inédite livrée par l’IDATE au... », le livre numérique ne représente guère plus de 3 % du chiffre d’affaires de l’édition, après un transfert sur téléphones mobiles d’une grande partie des lectures de mangas. Les marchés anglo-saxons, aiguillonnés par des supports mieux adaptés et une offre plus riche (Kindle d’Amazon, iPad d’Apple), pourraient assez vite dépasser les chiffres d’affaires du Japon. Mais, dans aucun de ces cas, malgré des perspectives de croissance fortes, le « tipping point[5][5] « Explosion d’une demande prenant la forme d’une épidémie... » ne semble encore atteint.

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En France, à l’image de l’offre de livres disponibles, le marché est encore moins développé. Il reste largement inférieur à 0,5 % du chiffre d’affaires de l’édition (2,8 milliards d’euros). On constate pourtant un véritable intérêt du public, entretenu par une couverture médiatique régulière. Une étude sur les publics du livre numérique et les conditions de développement du marché, récemment livrée par Ipsos MediaCT au CNL [6][6] Ipsos MediaCT, Étude sur les publics du livre numérique,..., révèle qu’un Français sur deux a déjà entendu parler du livre numérique. Si les publics actuels au sens large (définis comme ayant au moins lu un livre, gratuit ou payant, sous forme numérique) représentent seulement 5 % de la population, 15 % déclarent un intérêt a priori, et 30 % apparaissent comme des publics potentiels.

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Cependant, l’offre actuelle est encore jugée décevante par rapport aux attentes, en particulier de confort, de commodité d’usages, d’accessibilité (au moins par défaut pour les livres épuisés) et de prix. Une partie qualitative de l’étude, comprenant notamment un forum en ligne de découverte du livre numérique pour trente usagers potentiels, a confirmé la force des attentes attachées au livre numérique, mais aussi le caractère déceptif de l’offre actuelle de contenus et de services : trouver les livres recherchés est une première difficulté, surmonter les obstacles techniques d’acquisition et de manipulation des fichiers en est une autre, tout aussi décourageante.

Visibilité et intégration

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Aucune plate-forme commerciale n’est aujourd’hui en mesure de proposer l’intégralité de l’offre existante, notamment celle des principaux e-distributeurs : pour le public, la vision de l’offre, réduite à quelques milliers de références, est donc nécessairement tronquée. Les libraires en ligne intègrent le plus souvent une plate-forme en marque blanche ou juxtaposent les interfaces et les catalogues (pour la Fnac, ce sont Numilog et ePagine), sans être encore en mesure d’unifier les accès. Les grands libraires pourront probablement se doter d’outils plus performants : des développements sont en cours en ce sens (librairie Dialogues, par exemple). Pour les autres, la mise en œuvre d’un grand projet national tel que le portail de la librairie indépendante, attendu pour l’automne 2010, est un enjeu majeur d’insertion dans l’économie numérique (en premier lieu pour le commerce à distance, en second pour la vente de livres dématérialisés). Néanmoins, l’hétérogénéité des outils et des services proposés aux détaillants leur rend la tâche très complexe.

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Le déploiement d’une offre numérique unifiée et simple d’accès pour les usagers dépendra en grande partie de la capacité des éditeurs à s’entendre sur un modèle commun de distribution des fichiers numériques, avec des choix techniques raisonnablement convergents. En attendant peut-être une « plate-forme unique » de distribution [7][7] Patrick Zelnik, Création et Internet, janvier 2010,..., un accord semble pouvoir être trouvé sur la nécessité d’un « hub commun » et d’une base de données exhaustive référençant les livres numériques disponibles (métadonnées ONIX) et facilitant l’accès aux entrepôts de distribution [8][8] Marc Tessier, Rapport sur la numérisation du patrimoine.... La société Dilicom, intermédiaire entre libraires et distributeurs facilitant les échanges de données informatiques commerciales du livre, joue déjà ce rôle pour le commerce du livre de papier : une « fiche numérique » (indiquant la disponibilité d’un titre sous les formats numériques, en plus des versions papier disponibles ou épuisées) a été établie et des tests d’intégration sont actuellement menés en concertation avec plusieurs e-distributeurs. Le développement d’un tel outil est essentiel pour permettre la diffusion la plus large de l’offre. Il n’est pas pour autant exclusif d’autres initiatives visant à donner plus de visibilité aux livres disponibles, à la BnF (Gallica qui, selon le rapport Albanel, a un rôle à jouer de « catalogue général du livre numérique français ») comme au Cercle de la Librairie (Electre).

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L’intégration, dans un environnement unifié, d’une offre numérique provenant de plusieurs fournisseurs de données nécessitera également des développements de la part des SSII des librairies (détaillants) comme des bibliothèques (notamment clientes de bouquets). Ces développements devraient bientôt être éligibles à des aides du CNL : le module de vente de livres numériques (en ligne et/ou en magasin) d’ePagine, filiale de la SSII Tite Live, a déjà été réalisé et déployé avec le soutien du Centre.

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Enfin, l’exposition des index et la qualité du référencement des contenus dans les moteurs de recherche est un autre enjeu fondamental, tant pour le livre sous droits que pour le livre numérique en général, comme l’a rappelé la mission Tessier au sujet de Gallica, dans la perspective d’une éventuelle plate-forme unique. En outre, le développement de technologies légères comme l’OPDS (Open Publication Distribution System) pourraient faciliter la dissémination large et la syndication des données.

Interopérabilité et portabilité

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L’interopérabilité d’un livre numérique est sa compatibilité à un environnement logiciel donné. Sa portabilité est sa capacité à être lu dans plusieurs environnements, ce qui est particulièrement crucial si l’on envisage des usages multi-supports et en mobilité, et que l’on considère l’intérêt de l’usager à pouvoir conserver sa bibliothèque en changeant d’équipement.

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Il ne s’agit pas ici de s’attarder sur les spécificités techniques de tous les formats, mais de souligner la nécessité de projets de numérisation basés sur des formats aussi ouverts et largement interopérables que possible. Pour être éligible aux aides du CNL, un projet de numérisation doit obligatoirement comprendre (sans exclusivité) la commercialisation d’un livre soit en format PDF, soit en format XML (par exemple ePub), retenus comme les plus portables aujourd’hui, au sein de deux « familles » de formats.

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Le format XML ePub est désormais bien pris en charge sur supports mobiles, tant par les moteurs de rendus des liseuses à encre électronique que par les applications de feuilletage pour mobiles. Mais, avant tout, une numérisation en XML facilite l’archivage, les interventions éditoriales et les conversions de formats, permettant à l’éditeur d’envisager la réexploitation du titre sous diverses formes (numériques et papier), y compris en rééditions, et sur la longue durée. Les fichiers XML (notamment ePub) peuvent aussi facilement s’adapter à diverses tailles d’écran (texte recomposable à la volée) sans perte de qualité, contrairement à l’image statique d’une page en format PDF. La production de fichiers XML est cependant beaucoup plus chère (entre 0,80 et 3,20 € par page) que celle de PDF seuls (0,20 à 0,60 € par page), en particulier si la source est un livre papier plutôt qu’un fichier de PAO (InDesign ou XPress). Par conséquent, le CNL a voulu proposer un niveau de subvention particulièrement incitatif (maximum de 66 %) pour les projets XML, qui représentent aujourd’hui 90 à 100 % des dossiers qui lui sont présentés.

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Ce choix restreint de formats largement interopérables contribue à simplifier la compréhension et l’accès à l’offre pour le lecteur qui, passée la première phase d’acculturation aux outils (support, plate-forme de téléchargement, bibliothèque de gestion), ne veut pas être confronté à des difficultés techniques récurrentes d’usage des fichiers.

En revanche, la protection des fichiers par des DRM (dispositifs de gestion de droits numériques), inégalement pris en charge par les systèmes de lecture, déplace le problème de l’interopérabilité : selon la façon dont ils sont paramétrés, les DRM interdisent ou limitent drastiquement des usages de copier-coller, d’impression, de duplication (donc de sauvegarde et de conservation à long terme) et de transmission, au risque de susciter un sentiment de dépossession chez l’usager légitime et d’encourager le piratage : un tel phénomène a déjà été observé pour d’autres filières culturelles (musique et cinéma) qui, depuis, ont en partie abandonné les DRM [9][9] Accord de l’Élysée, suite au rapport de Denis Olivennes,.... L’édition de livres, française mais aussi internationale, ne semble pas encore prête à y renoncer sans des alternatives viables, comme le watermarking (marquage numérique de l’exemplaire, visible ou invisible, qui facilite sa traçabilité). Par ailleurs, les DRM peuvent s’avérer utiles dans des contextes d’accès en temps limité et en tant qu’outils de prêt pour les bibliothèques.

Les modèles éditoriaux et économiques

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À ce stade, aucun modèle de diffusion ne s’impose avec évidence. Lorsque l’on parle de livres numériques, le grand public pense immédiatement à un modèle de téléchargement à l’unité (86 % d’après l’étude Ipsos), mais d’autres possibilités existent déjà : téléchargement par chapitre ou par article (Cairn) ou encore en feuilleton (Smartnovel), abonnement à un bouquet (Cyberlibris, Numilog, Cairn) souscrit dans une démarche personnelle ou, peut-être bientôt, proposé dans l’abonnement au fournisseur d’accès, consultation en streaming, « in the cloud », livres à la demande ou location d’accès temporaires pour un prix modique (bandes dessinées sur Izneo), espaces virtuels de travail (Dalloz étudiants) et plates-formes communautaires autour de collections, etc.

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Il n’est pas aisé de désigner par anticipation le modèle qui rencontrera le plus grand succès : plusieurs formules pourront coexister en fonction des publics visés, de leurs intérêts et de leurs attentes, de la cohérence voire de l’exhaustivité, dans un secteur donné, d’une offre unifiée. La plus-value du livre numérique se fera en partie sur l’offre de services associés aux contenus, et le client sera probablement disposé à payer davantage si le livre n’est pas qu’une simple transposition du papier, mais s’il donne accès à des « bonus » exclusifs, à des fonctionnalités additionnelles ou à des services associés.

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À brève échéance, on pourra probablement distinguer un livre « homothétique », simple transposition numérique d’un original conçu en fonction du support papier, d’un livre « augmenté », enrichi de contenus multimédias, interactifs, ludo-éducatifs : la multiplicité des adaptations possibles est déjà particulièrement sensible dans la bande dessinée numérique, entre lectures par planches, case à case, ou conduites par animations, mais aussi dans les secteurs touristique (guides personnalisables en mashups) ou scolaire (manuels interactifs et polymorphes).

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Les nouveaux supports de type iPad vont entraîner une multiplication des expérimentations de livre augmenté interactif et parfois participatif, à la frontière des jeux vidéos, des sites Internet, des flux collectifs et des bases de données. Cela posera forcément la question de la redéfinition du livre : dans l’univers numérique, celui-ci pourra alors prendre la forme d’une application exécutable ou d’un site web mobile, mettant en jeu des technologies et des modes d’accès très éloignés des fondamentaux du monde de l’édition. Parallèlement demeurera une offre de livres numériques homothétiques ou proches du papier (texte, images fixes, hyperliens internes), plus légers mais plus dépendants techniquement, puisqu’ils devront être lus dans un environnement logiciel commun.

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La question du prix de vente reste centrale et l’évaluation du consentement à payer n’est pas tranchée. L’étude CNL-Ipsos révèle que le public attend un prix inférieur de 40 % au prix du papier, de l’ordre de 12 € pour un roman récent qui coûterait 20 € en papier, ou 4,10 € pour un roman plus ancien existant à 7 € en format poche. Or il n’est pas évident que les éditeurs soient dès aujourd’hui prêts à afficher une telle politique de prix : certes, des livres homothétiques ne sont pas très chers à produire, mais les effets de substitution sur les ventes papier ne sont pas encore réellement mesurables et la tentation est grande de préserver, par une politique tarifaire de prudence, une économie rentable (avec des marges bénéficiaires étroites) au détriment de l’essor d’une économie en devenir, dont la rentabilité n’apparaît pas encore évidente. Par ailleurs, le taux de TVA non réduit, actuellement appliqué au livre numérique, demeure un handicap important, tout comme l’absence d’un cadre légal équivalent à celui du livre papier (loi Lang du 10 août 1981).

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Cependant, la convergence de l’intérêt grandissant du public, de l’amélioration accélérée des supports de lecture et de l’arrivée d’acteurs dominants de l’Internet, capables d’imposer un système vertical de distribution de contenus sur leurs propres supports (Amazon puis Apple), met les acteurs de la chaîne du livre devant une urgence bien plus forte que le chiffon rouge du piratage : développer des systèmes économiques créateurs de valeur, servant l’offre de contenus et de services la plus large possible, dans toute sa diversité, et répondant aux attentes multiples de tous les publics.

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Malgré l’urgence, aucune activité ne se développera durablement dans l’univers numérique si elle ne peut être économiquement soutenue pour tous ses acteurs : certains seront incontournables (Google, Apple, opérateur mobiles et fournisseurs d’accès)), d’autres n’y trouveront pas leur place. Dans cet écosystème en gestation, la place laissée à la médiation, professionnelle ou communautaire, sera un enjeu de première importance. Ce défi s’adresse bien sûr aux librairies, mais aussi aux bibliothèques et aux centres de documentation, qui peuvent être les premiers lieux de démocratisation et d’acculturation au livre numérique, tout en constituant des marchés moteurs pour le développement de l’économie du livre dématérialisé. •

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François Nawrocki

L’offre de livres numériques en 2010 : aspects techniques

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Repères. Quelle est l’offre actuelle de terminaux de lecture ? Quels sont les formats des contenus proposés et les caractéristiques des plates-formes d’accès à ces contenus ? Alors que les premiers livres numériques étaient de simples transferts des versions imprimées, les récentes évolutions techniques, permettant de lier des contenus multimédias et d’intégrer les fonctionnalités des réseaux sociaux, offrent aujourd’hui la possibilité d’innover et de créer de nouveaux objets de connaissance.

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L’expression « livre numérique » est polysémique aussi bien en français qu’en anglais (e-book). Elle est employée pour désigner le terminal de lecture (reader) mais également l’ouvrage dématérialisé. Les aspects techniques abordés dans cet article traiteront successivement de l’offre en terminaux de lecture, des formats des contenus proposés, puis des plates-formes d’accès aux contenus académiques et professionnels.

Les terminaux de lecture

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La commission française de terminologie définit le terminal de lecture comme un support électronique en forme de tablette comportant une mémoire vive et permettant la lecture d’un texte sur écran. Liseuse (utilisant le procédé d’encre électronique), tablette (écran rétroéclairé) voire ardoise (ou tablet PC, ordinateur sans clavier) : la terminologie pour désigner ce terminal évolue et emprunte dans ses dernières versions à un vocabulaire désuet.

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Si l’on s’intéressera dans cette première partie aux terminaux de lecture de type liseuse ou tablette, il est important de souligner que l’ouvrage dématérialisé peut se consulter sur de nombreux autres supports : assistant numérique personnel (PDA), téléphone intelligent (smartphone), consoles de jeux (PSP, Nintendo DS), ordinateurs portables, netbook et ordinateurs de bureau.

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Le foisonnement de ces supports déjà bien installés dans l’univers personnel et professionnel pouvait conduire, il y a encore quelques mois, à s’interroger sur l’intérêt de proposer un écran spécifique pour les ouvrages numériques. Ces interrogations semblent aujourd’hui balayées par le buzz généré par l’iPad d’Apple, les rumeurs concernant la tablette Google et l’annonce de la sortie en 2010 de pas moins de 17 nouveaux terminaux de lecture ! On mentionnera notamment la tablette à double écran s’ouvrant comme un livre annoncée par HP.

Les critères de différenciation des tablettes

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Comment faire son choix dans cette offre qui va devenir pléthorique dans les prochains mois ? Plusieurs critères peuvent prévaloir.

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• Le poids : au début des années 2000, les premières tablettes pouvaient peser jusqu’à 2 kilos. Les poids moyens des tablettes varient aujourd’hui entre 230 et 730 grammes.

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• Le format : il dépend des usages. Si les étudiants en médecine préfèrent le format « blouse », les professionnels préfèreront plutôt un format plus grand pour le confort de la lecture et le travail sur le texte.

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• Les niveaux de gris/couleur/résolution : l’apparition de la couleur sur les dernières tablettes est une des conditions indispensables pour leur développement dans le milieu académique et universitaire, notamment dans le secteur scientifique.

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• L’autonomie : le succès de la mobilité repose sur l’autonomie de ces terminaux. Elle est aujourd’hui difficile à comparer et dépend notamment de l’activation ou non de la 3G.

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• La technologie d’affichage : écran LCD rétro-éclairé ou encre électronique (e-ink). Si l’écran LCP permet d’offrir la couleur, la lecture est plus reposante avec les terminaux utilisant la technologie de l’encre électronique.

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• Le mode de connexion à Internet : il permet d’accéder aux catalogues numériques quel que soit le lieu ou l’heure. Les connexions se font suivant les terminaux par Wifi ou 3G, mais cette option n’est pas disponible dans tous les pays.

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• La sortie USB : les premières critiques sur l’iPad se sont concentrées sur l’absence de sortie USB.

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• La navigation : après le stylet et le clavier, les derniers modèles proposent des fonctions tactiles sur écrans LCD.

• Les fonctionnalités. La liseuse tente de reproduire les usages traditionnels d’un livre papier tout en offrant de nouvelles fonctionnalités :

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  • le stockage et le transport facile de plusieurs livres ;

  • l’accès facile et instantané au livre recherché ;

  • l’accès à une infinité de livres ;

  • les fonctions de recherche (recherche de mots) ;

  • les fonctions de lecture active : marque-page, annotation, bloc notes, surlignage ;

  • l’aide à la lecture : appel de dictionnaire, synthèse vocale (text to speech) ;

  • les fonctions multimédia et de connexion à Internet : textes, sons, illustrations, activation de liens externes, accès aux réseaux sociaux, etc.

On notera toutefois que c’est bien la fonction lecture qui est la plus importante sur ce type de terminal. Les recherches approfondies sur un ensemble de textes se feront à partir des plates-formes proposées par les éditeurs ou les agrégateurs et sont pour le moment plus adaptées aux ordinateurs.

Le traitement des contenus

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Au vu des acteurs en présence, la bataille des liseuses qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas une simple guerre de constructeurs : c’est bien le contenu qui est au centre des enjeux et c’est la chaîne de l’édition dans son ensemble qui est concernée. Amazon, Apple et Google développent autour de ces contenus tout un écosystème, avec terminaux de lecture, plate-forme de livres numériques en ligne, applications liées, etc. Dans ce cadre, outre la difficulté que représente le développement d’une offre numérique nécessitant de nouvelles compétences, les éditeurs seront confrontés à des défis majeurs : la maîtrise du prix des ouvrages et le respect de la propriété intellectuelle.

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Un utilisateur ayant acquis une version numérique d’un ouvrage souhaitera pouvoir la consulter quel que soit son terminal de lecture. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, les éditeurs bénéficient de l’expérience malheureuse de l’industrie du disque.

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Suivant les plates-formes et les usages, les éditeurs décident d’utiliser ou non un dispositif de gestion des droits numériques (DRM, ou Digital Rights Management) : protection de mesures techniques permettant de contrôler l’utilisation du livre numérique (impossibilité de copier l’ouvrage ou de le transférer sur un autre support, impossibilité d’imprimer, etc.).

Les formats

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Les premières offres de terminaux de lecture apparaissent dès 1998, à des tarifs d’autant plus élevés que les contenus proposés à l’époque sont peu développés. Les constructeurs proposent alors des terminaux, équipés chacun d’un logiciel de lecture propriétaire. Face à cette situation, les professionnels s’organisent et se regroupent dans un consortium industriel international rassemblant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique. Ce consortium devient, en 2005, l’International Digital Publishing Forum [10][10] www.openebook.org (IDPF), qui développe le format ePub.

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On citera ci-dessous les formats des livres numériques les plus fréquents.

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• PDF (Portable Document Format) : c’est un format ouvert, créé par Adobe, qui préserve la mise en forme du document quelle que soit l’application ou la plate-forme utilisée pour visualiser le fichier. Le PDF est lisible sur la plupart des liseuses, téléphones intelligents, PDA et sur tous les ordinateurs. Il est très adapté pour des documents qui contiennent des mises en page complexes avec des notes en bas de page, des tableaux, graphiques, images et index. Mais le PDF n’est pas un format flexible : on ne peut pas changer la taille de la police ou la police elle-même, le texte n’est pas facilement adaptable à l’écran et l’on doit lire page par page.

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• HTML (HyperText Mark-up Language) : format de données conçu pour représenter des pages web. Il permet de gérer des liens hypertexte, de structurer sémantiquement, de mettre en forme le contenu des pages, d’inclure des ressources multimédias, etc.

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• ePub : développé par le consortium de l’IDPF, c’est un format ouvert pour le livre numérique. Il est aujourd’hui largement utilisé par la plupart des liseuses. L’IDPF a lancé début 2010 une consultation pour faire évoluer le format actuel : en listant « 13 problèmes majeurs » de la version 2.0 d’ePub dans le document servant de support à l’actuelle consultation, l’IDPF a dessiné en creux l’écart existant entre les caractéristiques d’ePub et les possibilités techniques des nouvelles générations de liseuses, comme l’iPad. Parmi les insuffisances ainsi relevées figurent l’absence de « rich media » (son et vidéo) et de possibilités d’interactivité, la non-prise en compte de l’entité « article », ce qui exclut de fait la restitution sous ePub des contenus de magazines, ainsi que le non-support de langues comme le mandarin. Le format ePub n’est pas pour le moment adapté aux ouvrages scientifiques.

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• MOBI PRC (format propriétaire Mobipocket) : format principalement utilisé aujourd’hui sur le Kindle, format racheté par Amazon en 2005. Ce format est lisible sur un PC ou sur les mobiles équipés d’une application Mobipocket.

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• BBeB, extention.LRF (format propriétaire Sony) : format développé par Sony et utilisé sur son reader et sa plate-forme de vente de livre électronique, le Sony eBook Store.

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•.LIT : format propriétaire Microsoft.

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•.AZW : format propriétaire d’Amazon.

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Dans les prochaines années, l’enjeu pour les éditeurs et les utilisateurs sera d’imposer un format standardisé, ouvert, compatible avec tous les supports et évolutif. En faisant évoluer le format ePub, le consortium IDPF semble le meilleur cadre pour faire avancer ces réflexions et il est important que les acteurs français y participent activement.

Caractéristiques des offres de contenu

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L’offre de contenu est maintenant significative. Si la majorité des ouvrages numériques en langue française concerne la littérature générale, les offres professionnelle et académique se développent rapidement. Nous nous intéresserons dans cette partie aux aspects techniques de ces offres et non pas aux stratégies des acteurs [11][11] Voir dans ce dossier les contributions de François.... Nous ne développerons pas non plus les spécificités des offres gratuites proposées par les bibliothèques, telles Gallica ou Hathitrust, ni par d’autres acteurs tels Google.

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Il faut distinguer deux types d’offres : celles des éditeurs qui proposent des ouvrages numériques sur leurs propres plates-formes et les offres des agrégateurs qui proposent des ouvrages numériques de différents éditeurs.

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Une des difficultés rencontrées par le professionnel qui souhaite acquérir des ouvrages numériques est le fait que le même ouvrage peut se trouver sur plusieurs plates-formes, à des prix différents, dans des formats différents (avec ou sans DRM, notamment). Avant de se plonger dans les différentes offres, il est important de bien définir les besoins de sa structure. Une excellente source francophone est le consortium Couperin [12][12] www.couperin.org, qui propose sur son site une description précise des offres qu’il a négociées.

Les offres des éditeurs

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Les éditeurs professionnels, notamment dans l’édition scientifique, technique et médicale (STM), ont été les premiers à proposer des livres numériques. La plupart des éditeurs professionnels et académiques en STM offrent aujourd’hui des catalogues variés de livres électroniques. Si la majorité des titres proposés est en anglais, l’offre francophone croit régulièrement. Côté sciences humaines et sociales, l’offre francophone commence également à se développer.

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Les ouvrages sur les plates-formes des éditeurs sont souvent proposés sans DRM. Certains éditeurs intègrent le nom de l’acheteur en filigrane. Les impressions et les téléchargements ne sont pas, en général, limités. Ces ouvrages sont intégrés sur une plate-forme dédiée de l’éditeur qui propose également d’autres contenus : bases de données, articles de revues. L’ouvrage numérique apparaît alors au même titre qu’un article comme une des sources d’information proposées.

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Il est difficile de citer tous les éditeurs ayant une offre numérique. On mentionnera quelques acteurs présents sur le marché français proposant une offre étoffée : Champion, Éditions Quae, EDP Sciences, Elsevier, Encyclopedia Universalis, La Découverte, Lavoisier, Oxford University Press, Sage, Springer, Wiley Blackwell, Wolters Kluwer, etc.

TABLEAU RECAPITULATIF DE QUELQUES LISEUSES, TABLETTES ET ARDOISES

Sélection de terminaux adaptés à des usages professionnels à la date du 22 avril 2010

Les offres des agrégateurs

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Dans les milieux académique ou professionnel, l’enjeu pour les agrégateurs est de proposer le portefeuille le plus important sur une thématique donnée. Les agrégateurs pluridisciplinaires les plus présents dans ces milieux sont Numilog et Cyberlibris pour la France et, au niveau international, EBL (E-book library), Dawsonera, ebrary, MyiLibrary, Netlibrary (Ebsco), etc. D’autres sont spécialisés dans certaines disciplines comme Safari pour l’informatique ou Cairn. info pour les ouvrages collectifs en SHS.

Les modèles économiques

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Les modèles rencontrés sont très variés. Le prix dépend bien entendu de la richesse du contenu proposé, ainsi que du mode d’acquisition :

  • titre à titre (pick and choose) ;

  • par bouquet : collection complète ou collection thématique, moyennant une proposition tarifaire dégressive par rapport aux souscriptions unitaires cumulées ;

  • en mode patron-driven : combinaison entre location et achat, en fonction des usages. L’ensemble de l’institution a accès à l’ensemble des collections. Lorsqu’un titre est consulté (une fois ou n fois), ce dernier est acheté par l’institution et ajouté automatiquement à la collection.

Lors de l’acquisition de bouquets, il est important de vérifier que ceux-ci contiennent les titres les plus récents et les dernières éditions. La question des mises à jour des ouvrages est également à vérifier.

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On distingue plusieurs modalités d’achat :

  • la location : accès pour une période donnée ;

  • l’abonnement : il ne permet pas d’accéder aux contenus une fois l’abonnement arrêté ;

  • l’accès perpétuel : des frais d’accès à la plate-forme peuvent être demandés ;

  • l’achat pérenne : déchargement des livres numériques qui sont stockés au sein de l’organisme acheteur. Ces achats ne permettent pas de bénéficier des derniers formats des livres numériques ou des dernières versions.

Plusieurs modalités d’accès pérenne aux contenus achetés peuvent être proposées : la copie des livres numériques achetés (sur DVD, par exemple), le dépôt à un tiers de confiance (Abes, Cines, BnF, Portico) ou la participation aux projets d’archivage pérenne (LOCKSS, CLOKSS).

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D’autres paramètres peuvent intervenir dans la tarification :

  • le type d’établissement : certains éditeurs distinguent les secteurs « corporate » et « académique » ;

  • l’implantation de l’établissement : monosite ou multisites ;

  • le nombre d’accès simultanés souhaités ;

  • le nombre d’étudiants, de chercheurs, de FTE (équivalent personnes employées à temps plein) ;

  • le nombre de postes de consultation.

La consultation d’un livre numérique peut être négociée pour un seul accès ou pour plusieurs accès simultanés (en nombre limité ou illimité ; pendant une période limitée ou illimitée). Cette dernière offre est notamment utile pour les manuels de référence en période d’examen, par exemple.

Les fonctionnalités proposées

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L’accès à la plate-forme par adresse IP est le plus adapté aux organismes : il est transparent pour l’utilisateur final. Le système des identifiants et mots de passe suppose une gestion lourde, aussi bien pour l’éditeur que pour l’organisme acheteur, mais permet de gérer les accès distants. L’accès authentifié se fait alors par le biais des annuaires institutionnels.

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La plupart des plates-formes proposent, pour travailler sur le contenu, des fonctionnalités de navigation dans la table des matières, de recherche sur le texte intégral, d’impression et de copier/coller d’un pourcentage du document ou d’un nombre maximum de pages (défini en général par session).

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D’autres fonctionnalités ne sont pas autorisées ou ne sont pas proposées par toutes les plates-formes : téléchargement du contenu sur un autre support, surlignage, annotation et possibilité de mettre une marque de fin de lecture (création d’espace de travail personnel), partage des contenus (fonctions Web 2.0), liens entre contenus (navigation entre ouvrages, auteurs, etc.), exportation des notices au format MARC, synthèse vocale, outils de traduction.

Créer de nouveaux objets de connaissance

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L’offre en livres numériques est donc protéiforme. Dans le cas de grands centres de documentation ou bibliothèques, la fourniture de collections acquises soit gratuitement soit à titre onéreux présente une réelle difficulté. La mise à disposition d’une masse suffisante d’ouvrages de qualité est fondamentale pour l’adoption du livre numérique ; mais il n’est pas envisageable que le lecteur se forme à l’utilisation des multiples interfaces proposées par les agrégateurs et les éditeurs. Les professionnels de l’information doivent constituer une « bibliothèque numérique » rassemblant ces contenus de manière cohérente et ergonomique : signalement des livres, gestion des métadonnées, mise en place d’outils de recherche fédérée et de résolveurs de liens.

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Si les premiers contenus numériques proposés étaient de simples transferts des versions imprimées, la nouvelle génération des terminaux de lecture, permettant de lier des contenus multimédias et d’ajouter les fonctionnalités des réseaux sociaux, offre à présent la possibilité d’innover et de créer de nouveaux objets de connaissance. Auteurs, éditeurs et développeurs devront travailler ensemble à ces nouveaux contenus et usages [13][13] Voir par exemple, sur Youtube, la présentation de «.... Mais le papier n’est pas près de disparaître : avec son service MyCopy, l’éditeur Springer propose aux utilisateurs des BU qui ont accès à son offre e-books de commander de ces livres des versions imprimées en noir et blanc avec couverture souple pour 25 € frais de port compris - leur permettant ainsi de disposer d’une version papier des ouvrages de référence… •

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Ruth Martinez

Quelques éléments sur la stratégie des éditeurs français en matière d’offre numérique

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Repères. En 2010, l’édition française, au sein de chaque maison comme dans les organismes interprofessionnels, est engagée dans une vaste mutation. Les esprits chagrins qui la trouvent trop lente ignorent l’ampleur des évolutions qu’impliquent le passage au numérique et la complexité des transformations qu’elle nécessite à tous les niveaux de la création éditoriale. Car, dans ce maelström, le souci premier des éditeurs est clair : maîtriser les conditions permettant d’assurer la pérennité de cette création.

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C’est à des rythmes très différents que les diverses catégories d’éditeurs français sont entrées dans l’« ère du numérique ». Les premiers à le faire ont été ceux de l’édition juridique et de l’édition en sciences, techniques et médecine : dès les années quatre-vingt, ils ont proposé à leurs lecteurs des corpus textuels structurés en bases de données et commercialisés d’abord sous forme de cédéroms, puis plus tard de sites Internet. Ils ont été suivis dans les années quatre-vingt-dix par les éditeurs d’encyclopédies et de dictionnaires. Durant cette période, le cédérom (puis le DVD), vendu par correspondance ou en magasins, a été le principal support de publication, jusqu’à ce qu’il soit progressivement supplanté par les sites payants en accès distant.

Une évolution accélérée depuis 2007

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À l’exception des innovations ponctuelles de quelques pionniers, les autres éditeurs sont restés peu concernés par ces évolutions jusqu’au début des années deux mille. La première initiative notable a été celle de Cyberlibris, créé en 2001 et proposant aux grandes écoles commerciales une bibliothèque numérique d’ouvrages d’économie et gestion, ce qui a permis à plusieurs éditeurs de ces secteurs de se familiariser avec cette nouvelle forme de diffusion de leurs publications. Puis, début 2004, sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale, deux groupements d’éditeurs scolaires (traditionnels et venus du monde du logiciel) ont créé les plates-formes Canal numérique des savoirs [14][14] www.cns-edu.com (CNS) et Kiosque numérique de l’éducation [15][15] www.kiosque-edu.com/frontoffice/Accueil.aspx (KNE), permettant aux établissements scolaires – par l’achat de licences – de faire accéder élèves et enseignants à des ressources numériques pédagogiques. Et, à l’automne 2005, à l’initiative de l’éditeur belge De Boeck et de trois éditeurs français, a été créé le portail Cairn.info, qui propose aux usagers des BU l’accès à une bibliothèque numérique de revues de sciences humaines et sociales.

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Ainsi, le modèle (technique et commercial) de la bibliothèque numérique commercialisée en BtoB est longtemps resté le principal mode de diffusion des publications électroniques des éditeurs français. L’autre modèle, celui de la vente en BtoC de e-books par téléchargement, n’est apparu qu’avec la création, en 1999, du pionnier Numilog, longtemps resté relativement marginal et commercialisant d’abord (au format PDF) les livres des éditeurs professionnels ou universitaires. Et ce n’est qu’à partir de 2007, avec le « test Gallica [16][16] www.editionsladecouverte.fr/actu/articles-editeurs... » lancé à l’initiative de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et du Syndicat national de l’édition (SNE), avec le soutien financier du Centre national du livre (CNL), que les éditeurs de littérature générale (puis de jeunesse ou de bandes dessinées) sont entrés de plain-pied dans la problématique du numérique. D’abord pour la rétroconversion de leurs fonds, puis, progressivement, pour produire simultanément des versions imprimées et numériques de leurs nouveautés.

Dès lors, le processus s’est accéléré. Les libraires se sont saisis sérieusement du dossier, affichant leurs ambitions en publiant en juin 2008 le rapport Accueillir le numérique ?[17][17] Commission numérique Alire – SLF, Accueillir le numérique.... Et les grands groupes d’édition se sont mobilisés pour disposer de plates-formes de distribution de e-books : Editis, à partir de l’infrastructure préexistante du CNS, a le premier créé sa « E-Plateforme [18][18] www.editis.com/content.php?lg=fr&id=336 » ; Hachette Livre a racheté Numilog en mai 2008 ; tandis que, en juillet 2009, Gallimard, Flammarion et La Martinière/Le Seuil décidaient de s’associer pour créer Eden Livres [19][19] www.edenlivres.fr. Certains professionnels et, surtout, le ministère de la Culture ont alors mis en avant la nécessité de créer une « plate-forme unique » où serait rendu disponible l’ensemble de l’offre numérique des éditeurs français, voire également celle du domaine public accessible jusque-là sur le site patrimonial de la BNF, Gallica [20][20] http://gallica.bnf.fr (voir, par exemple, les préconisations du rapport de Marc Teissier [21][21] Marc Tessier, Rapport sur la numérisation du patrimoine... sur la « numérisation du patrimoine écrit », rendu en janvier 2010).

D’importants chantiers en cours

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Il s’agit là à mes yeux d’un faux problème, les vrais défis du développement de l’offre numérique des éditeurs français se situant clairement ailleurs. La nouvelle « chaîne du livre numérique » (pour les e-books téléchargeables, par opposition aux bibliothèques numériques consultables on line), réunissant éditeurs, distributeurs et libraires, en est encore à ses balbutiements et la priorité est qu’ils apprennent à travailler ensemble pour la construire, loin de tout schéma préconçu. La nécessité d’un hub servant d’interface unique aux libraires en ligne pour accéder aux plates-formes numériques des distributeurs ne fait pas de doute ; mais la solution développée dans ce but par la société interprofessionnelle Dilicom (et qui devrait être fonctionnelle en juin 2010) répondra à ce besoin.

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Depuis 2008, les éditeurs réunis au sein de la Commission numérique du SNE travaillent sur les multiples chantiers qui conditionnent le développement de leurs offres numériques, sous forme de bibliothèques ou de e-books : migration des métadonnées au format ONIX [22][22] www.editeur.org/15/Previous-Releases (un enjeu absolument majeur) ; définition de standards XML ; conditions nécessaires pour obtenir un « prix unique du livre numérique » et une TVA à taux réduit ; évolutions du droit d’auteur (notamment pour la gestion des œuvres épuisées et orphelines) ; actions face aux initiatives illégales d’outsiders comme Google ; etc. Tout cela, bien sûr, en concertation permanente (et jamais suffisante) avec les autres acteurs : auteurs (Société des gens de lettres, SGDL), libraires (commission numérique du Syndicat de la librairie française, SLB, et Association des librairies informatisées et utilisatrices de réseaux électroniques, Alire), bibliothécaires (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation, IABD, ou consortium Couperin), pouvoirs publics français (ministère de la Culture et ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche, BnF) et européens (directions générales concernées de la Commission européenne), organisations interprofessionnelles (Électre, Interassociation Archives Bibliothèques Documentation, Dilicom, Sofia), etc.

Assurer la pérennité de la création éditoriale

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En 2010, l’édition française, au sein de chaque maison comme dans les organismes interprofessionnels, est ainsi engagée dans une vaste mutation. Les esprits chagrins jugeront que celle-ci s’opère bien lentement. Mais, ce faisant, ils ignorent l’ampleur des évolutions qu’impliquent le passage au numérique et la complexité des transformations qu’elle nécessite à tous les niveaux de la création éditoriale. Car, dans ce maelström, le souci premier des éditeurs est clair : maîtriser les conditions permettant d’assurer la pérennité de cette création, loin des solutions à l’emporte-pièce qu’imposeraient – comme on le voit aux États-Unis – des « géants du Web » fort peu soucieux de diversité culturelle… •

Les journées Couperin sur le livre électronique

Au moment où nous bouclions ce dossier, les 17 et 18 mai 2010, se sont tenues à Lille les cinquièmes journées sur le livre électronique organisées par la Cellule e-book du consortium Couperin [*]. Cette nouvelle édition a été l’occasion pour l’ensemble des acteurs de faire le point sur la place du livre électronique dans leur activité de bibliothécaire ou d’éditeur.

Ces journées ont notamment abordé la question des pratiques et usages du livre numérique en essayant de pointer les opportunités et les freins que rencontre aujourd’hui le développement du livre électronique. Au travers des expérimentations existantes, les attentes des professionnels par rapport à l’intégration des livres électroniques dans leurs collections se précisent. De même qu’émergent des demandes structurées quant au modèle économique des offres proposées.

Il me semble qu’un des constats que l’on peut faire à l’issue de ces journées est l’attente forte et la volonté de participer au développement d’une offre éditoriale numérique satisfaisante pour le public universitaire mais également pour le grand public. •

Benoît Epron

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François Gèze

Cairn.info : au-delà des revues ?

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Zoom. Créé en 2005 par les Éditions Belin, Erès, La Découverte et De Boeck Université, le portail Cairn.info a récemment élargi son offre de revues en sciences humaines et sociales à des ouvrages proposés selon les mêmes principes commerciaux et d’usage. L’enjeu de cette évolution est d’inventer un nouveau mode d’accès au savoir.

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POURQUOI LE NUMéRIQUE A-T-IL EN PREMIER LIEU CONCERNÉ LES REVUES dans le domaine de l’édition universitaire et spécialisée ? Sans doute parce que ces publications, déjà structurées autour de l’unité documentaire qu’est l’article et fréquemment indexées, constituent comme le fondement « naturel » d’une base de contenus. Peut-être aussi parce que leur mode de commercialisation – sur abonnement – annonçait une des formes principales de diffusion des ressources numériques, la vente de licences ? Toujours est-il qu’il est de plus en plus difficile de concevoir qu’une revue ne fasse pas désormais l’objet d’une double exploitation, papier et numérique. D’une certaine façon, Cairn.info est l’illustration de ce mouvement puisque, via cette plate-forme, les utilisateurs de plus de 400 bibliothèques peuvent maintenant avoir accès à près de 250 revues de sciences humaines et sociales en langue française qui, jusqu’il y a peu, n’étaient pas disponibles « en ligne ».

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Mais le numérique modifie aussi les attentes : désormais les étudiants, chercheurs, professionnels et « lecteurs motivés » souhaitent, pour l’ensemble des ressources éditoriales qu’ils utilisent, la même facilité d’accès que celle qui leur est proposée pour les revues et les mêmes services à valeur ajoutée. Et ce phénomène est particulièrement sensible dans le domaine des SHS où les revues ne constituent qu’une des formes d’accès au savoir, au même titre que les ouvrages ou les magazines. En outre, les internautes font de moins en moins la différence entre ces contenus ; ils désirent avoir accès via une même interface à ces diverses ressources documentaires et pouvoir naviguer entre elles. C’est ce qui explique que les différents portails de revues élargissent progressivement leur offre à d’autres types de publications.

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DE NOUVEAUX TYPES DE CONTENUS. Ainsi, depuis le mois de mars 2010, Cairn.info propose plus de 600 ouvrages collectifs de recherche – structurés de façon absolument identique aux numéros spéciaux de revues avec lesquels ils partagent de nombreux attributs éditoriaux –, l’ensemble des titres actifs de la collection « Que sais-je ? » et L’état du monde. Pour l’essentiel, les options retenues pour ces nouveaux contenus sont exactement les mêmes que pour les revues : en termes d’usage, les internautes sont en mesure d’effectuer leurs recherches – avec les possibilités de filtres qu’offre un moteur à facettes – dans l’ensemble des contenus ainsi rassemblés, et en termes commerciaux ces nouveaux contenus sont proposés, comme les revues, autant aux particuliers (ventes de chapitres à l’unité) qu’aux institutions (vente de licences sur des « bouquets » – ou des collections – de publications).

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Dès le lancement, l’accueil a été enthousiaste, les utilisateurs comme les responsables de bibliothèques étant manifestement très réceptifs aux deux idées clés à la base de cette offre : la simplicité (pour les institutions, une tarification annuelle forfaitaire, quel que soit le nombre de consultations) et l’ouverture (absence de DRM, possibilité d’accès nomade, pas de limites en termes d’accès concurrents, etc.). Il n’est cependant pas certain que les options ainsi retenues puissent permettre la mise en ligne de l’ensemble de la production éditoriale en SHS : aux côtés des ouvrages spécialisés, pour lesquels le risque d’utilisation illicite est assez faible, existent, en effet, nombre d’ouvrages de plus grande diffusion bien plus sensibles au piratage. Il convient donc de trouver une voie médiane entre protection des œuvres et ouverture, par exemple par la présence d’un « feuilleteur », comme c’est déjà le cas pour les « Que sais-je ? ».

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Par ailleurs, l’enrichissement progressif des collections des bibliothèques et de la qualité des services qu’elles proposent à leurs utilisateurs ne peut être possible que pour autant que les moyens financiers des établissements de prêt évoluent en fonction de l’élargissement de leur mission. En ce sens, rien n’est évidemment acquis. Il convient donc de faire preuve d’imagination, l’enjeu étant que le numérique ne se traduise pas uniquement par une nouvelle forme de commercialisation des œuvres, mais par un mode absolument inédit d’accès au savoir, pour l’ensemble des utilisateurs des bibliothèques. •

Marc Minon

Cyberlibris : une offre de bibliothèque numérique à destination des services documentaires

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Zoom. Créé en 2001, Cyberlibris dispense une offre pluridisciplinaire de contenus accessibles au sein de services qui couvrent un large spectre d’utilisateurs institutionnels et individuels. Ce service s’appuie sur ses utilisateurs afin d’enrichir le concept de bibliothèque numérique et de nourrir ses catalogues de leurs suggestions bibliographiques. Ces échanges affinent les services dispensés aux utilisateurs et confortent les maisons d’édition dans leur contribution à Cyberlibris.

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La caractéristique commune des offres institutionnelles de Cyberlibris [23][23] www.cyberlibris.com/portalnew/fr/index.aspx repose sur un modèle d’abonnement forfaitaire sans limitation de consultations ni d’utilisateurs simultanés. L’institution cliente acquitte un abonnement forfaitaire dont le montant est proportionné à la taille de la cohorte d’utilisateurs accédant aux contenus. Les livres sont consultables sans limite du nombre de lecteurs connectés au même moment. Outre la consultation en ligne, les utilisateurs disposent de la faculté d’impression. Chacun peut consigner ses ouvrages favoris au sein d’étagères personnelles, ouvrages qu’il aura au préalable annotés. Le catalogue de titres disponibles est issu de plusieurs centaines de maisons d’éditions francophones, anglophones et hispanophones.

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UNE OFFRE INSTITUTIONNELLE EN TROIS DIRECTIONS. Cyberlibris a structuré son offre en trois compartiments : celui des grandes écoles (commerce et ingénieurs), celui des universités et, enfin, celui des bibliothèques municipales et départementales.

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Les grandes écoles de commerce accèdent à ScholarVox [24][24] www.scholarvox.com et celles d’ingénieurs à ScholarVox Sciences [25][25] http://sciences.cyberlibris.com. L’originalité de chacun de ces deux services est de fédérer toutes les écoles et tous leurs utilisateurs au sein d’une plate-forme à forte dimension communautaire. Le principe est celui de l’union qui fait la force : il n’y a aucune raison pour que les frontières institutionnelles de chaque école soient aussi celles de la bibliothèque numérique. Bien au contraire. La multiplicité des grandes écoles françaises et étrangères clientes de Cyberlibris est le socle d’une communauté d’utilisateurs partageant des intérêts intellectuels similaires.

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L’offre universitaire est relayée par le consortium Couperin [26][26] http://couperin.cyberlibris.fr. Quatre collections sont disponibles : Emplois, métiers et formations ; Sciences économiques et gestion ; Sciences de l’ingénieur ; Sciences humaines et sociales. Un cas particulier est à souligner : celui de l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG), répartie sur trois zones géographiques (Martinique, Guadeloupe et Guyane). À la demande de l’UAG, une version dédiée et pluridisciplinaire de la plate-forme ScholarVox a été mise en place : Elibris [27][27] http://uag.cyberlibris.com, grâce à laquelle les trois campus sont réunis au sein d’une même communauté académique pluridisciplinaire qui partage une même bibliothèque numérique.

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Cyberlibris a également déployé une offre de services à destination des bibliothèques municipales et départementales, négociée avec le consortium Carel [28][28] www.bpi.fr/fr/professionnels/carel/catalogue/cyber.... Six catalogues principaux sont disponibles : Vie pratique, Sciences humaines, Économie et entreprise, Emplois, métiers et formations, Arts et lettres, Tourisme et voyage. En outre, le même souci communautaire qui anime ScholarVox est à l’origine d’une nouvelle plateforme [29][29] www.bibliovox.com dont l’ambition est de permettre aux bibliothèques qui le souhaitent de fédérer leurs usagers en une vaste communauté de lecteurs, quelle que soit leur résidence géographique.

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UNE INTERACTION ENTRE BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE ET UTILISATEURS. La richesse d’une bibliothèque numérique n’est donc pas seulement le résultat du catalogue de livres et de la liste des maisons d’édition qui la composent. Elle est bien plus le résultat des interactions entre ce catalogue et les utilisateurs comme en témoigne, par exemple, le service ScholarVox à destination des écoles de commerce. L’ensemble des écoles clientes de Cyberlibris – leurs étudiants, professeurs et bibliothécaires – agit en communauté verticale d’expertise que la bibliothèque numérique structure autant qu’il la structure. Pour résumer, les deux mots-clés qui caractérisent l’offre de Cyberlibris sont géométrie et obliquité pour le plus grand bénéfice des utilisateurs, des maisons d’édition et des auteurs. •

Éric Briys

Numilog : un catalogue de livres numériques pour les bibliothèques et centres de documentation

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Zoom. Créée en 1999, Numilog est la plus ancienne entreprise française généraliste de distribution et de diffusion de livres numériques. Filiale d’Hachette Livre depuis mai 2008, Numilog propose aux bibliothèques et aux centres de documentation une offre de littérature générale sous de multiples formats, lisibles sur différents supports de lecture : ordinateurs, « liseuses » à base d’encre électronique et prochainement smartphones et tablettes.

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LE CATALOGUE. francophone de Numilog rassemble une centaine d’éditeurs de fiction et de documentaires. Armand Colin, par exemple, consacré aux sciences humaines et sociales, avec des collections universitaires ; Dunod, spécialisé dans les sciences et techniques, l’informatique, la gestion et le management à travers ses filiales ; Foucher, qui propose des ouvrages traitant des disciplines générales, tertiaires, industrielles, de formation professionnelle et de pédagogie ; ou encore Sedes qui publie des ouvrages pour la préparation de concours…

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Mais l’offre éditoriale de Numilog n’est pas circonscrite aux seuls éditeurs Hachette : on y trouve des maisons telles qu’Hermès Science, Eyrolles, Gualino, EDP Sciences, Les éditions de l’OCDE, etc. Ce catalogue est en développement constant avec, par exemple, l’arrivée en 2010 de Bréal, des Presses universitaires du Québec, de Micro Application, etc. Par ailleurs, Numilog diffuse des grands groupes d’édition anglo-saxons, tels que Wiley ou Springer, en permettant l’achat titre à titre au sein de ces collections vendues souvent uniquement sous forme de « packages ».

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Avec au total plus de 30 000 titres disponibles – soit environ 70 % d’ouvrages documentaires et 30 % de romans – et 5 000 titres ajoutés en moyenne tous les ans, Numilog est le premier distributeur français de livres numériques sous droits d’auteur.

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LES FORMATS. Tous les documents sont proposés aux formats standards d’Adobe, ePub et PDF. Le format ePub est utilisable sur la totalité des « liseuses » utilisant l’encre électronique commercialisées en France (à l’exception du Kindle). Le téléchargement des livres à ces formats nécessite l’utilisation du logiciel de lecture Adobe Digital Editions. Numilog a par ailleurs développé sa propre application de lecture en ligne, pour consulter les ouvrages sans avoir à les télécharger ; cette application recourt à la technologie Silver-light de Microsoft qui permet de proposer au lecteur un outil particulièrement ergonomique, d’utiliser des fonctionnalités avancées – annotations et surlignage en particulier – et les possibilités « multi touch » de Windows 7, soit la lecture tactile à partir de l’écran d’un ordinateur.

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LE CONTRAT DE LECTURE AVEC LES BIBLIOTHÈQUES. Le contrat Numilog est constitué, d’une part, d’un abonnement à la plate-forme technique – mise à disposition d’un site personnalisé et d’une interface administrateur avancée, de la gestion de la bande passante pour les téléchargements, de l’accompagnement, du service après-vente et de la formation des utilisateurs – et, d’autre part, de la sélection des livres eux-mêmes, en achat ou en abonnement.

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Pour la plupart des livres, les lecteurs inscrits, qui peuvent accéder aux titres à distance grâce à des protocoles d’identification convenus avec les bibliothèques, peuvent choisir de télécharger l’ouvrage ou de le lire en ligne.

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La bibliothèque constitue son catalogue avec des titres en accès pérenne dans le cas de l’achat ou temporaire avec la formule de l’abonnement. Dans le cas de l’achat, le nombre d’accès simultanés aux documents est limité au nombre d’exemplaires achetés. Chaque abonnement permet par contre trois accès simultanés, le prix d’un abonnement étant égal au prix de ce même livre numérique tel qu’il est vendu par les librairies en ligne. En cas d’abonnement en cours de contrat, c’est-à-dire dans un mois postérieur à la date de référence, l’abonnement au livre est facturé au prorata temporis.

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Un exemplaire numérique est vendu entre moins 10 % et moins 30 % du prix du livre imprimé. Mais le prix est fixé par l’éditeur, qui confie à Numilog la distribution de ses ouvrages.

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UNE NOUVELLE OFFRE. Soucieuse de répondre aux différentes situations professionnelles de ses utilisateurs, Numilog proposera prochainement aux bibliothèques des bouquets thématiques, accessibles en lecture en ligne avec son propre logiciel de lecture et en accès illimité pour les lecteurs inscrits. •

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Denis Zwirn

Notes

[1]

Bruno Patino, Rapport sur le livre numérique, juin 2008, p. 35. [NB. Les références complètes des documents cités dans ce dossier sont réunies en p. 68-69.]

[2]

Christine Albanel, Pour un livre numérique créateur de valeurs, avril 2010.

[3]

Ministère de la Culture et de la Communication, Le secteur du livre : chiffres-clés 2008-2009, mars 2010.

[4]

Selon une étude encore inédite livrée par l’IDATE au département des études du ministère de la Culture : Vincent Bonneau et Marc Leiba, Marché du livre numérique : Japon, Canada, États-Unis, mars 2010.

[5]

« Explosion d’une demande prenant la forme d’une épidémie sociale par une contagion a la fois brutale et de grande ampleur entre des consommateurs », évoquée par le rapport Patino (p. 14).

[6]

Ipsos MediaCT, Étude sur les publics du livre numérique, avril 2010.

[7]

Patrick Zelnik, Création et Internet, janvier 2010, p. 7-8.

[8]

Marc Tessier, Rapport sur la numérisation du patrimoine écrit, janvier 2010, p. 13.

[9]

Accord de l’Élysée, suite au rapport de Denis Olivennes, Le développement et la protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux, nov. 2007.

[11]

Voir dans ce dossier les contributions de François Nawrocki et de François Gèze.

[13]

Voir par exemple, sur Youtube, la présentation de « The Elements ebook for iPad », par Theodore Gray : www.youtube.com/watch?v=nHiEqf5wb3g

[17]

Commission numérique Alire – SLF, Accueillir le numérique ? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre, juin 2008, www.accueillirlenumerique.com. [NB. Les références complètes des documents cités dans ce dossier sont réunies en pages 68-69.]

[21]

Marc Tessier, Rapport sur la numérisation du patrimoine écrit, janvier 2010, www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Mission-sur-la-numerisation-du-patrimoine-ecrit/Rapport-Tessier

Résumé

English

A mature environment and market?What in the Spring of 2010 constitutes the E-book market, how can we develop awareness and improve access among its potential public? What type of reading terminals are available, what are their formats and what are the features of content access platforms? What role do publishers and suppliers play?

Español

¿Un contexto y una oferta maduros?¿Cuál es la oferta de libros numéricos en esta primavera de 2010, cómo se pueden hacer más visibles para su público potencial y mejorar su accesibilidad? ¿Cuál es la oferta actual de terminales de lectura, cuáles son los formatos de los contenidos propuestos y las características de las plataformas de acceso a estos contenidos? ¿Cuál es la postura de los editores y la de los proveedores?

Deutsch

Sind angebot und umgebung ausreichend entwickelt?Wie gestaltet sich im Frühling 2010 das Angebot an E-Books, und wie kann es potentiellen Nutzern nähergebracht und leichter zugänglich gemacht werden? Wie ist das derzeitige Angebot an Lesegeräten, in welchen Formaten werden die Inhalte angeboten, und welches sind die Charakteristika der Zugangsplattformen zu den Inhalten? Wie haben sich Verleger und Lieferanten positioniert?

Plan de l'article

  1. Le livre numérique en France : état des lieux et perspectives de développement du marché
    1. L’offre numérique de livres sous droits
    2. Un marché pour le livre numérique?
    3. Visibilité et intégration
    4. Interopérabilité et portabilité
    5. Les modèles éditoriaux et économiques
  2. L’offre de livres numériques en 2010 : aspects techniques
    1. Les terminaux de lecture
      1. Les critères de différenciation des tablettes
      2. Le traitement des contenus
    2. Les formats
    3. Caractéristiques des offres de contenu
      1. Les offres des éditeurs
      2. Les offres des agrégateurs
      3. Les modèles économiques
      4. Les fonctionnalités proposées
    4. Créer de nouveaux objets de connaissance
  3. Quelques éléments sur la stratégie des éditeurs français en matière d’offre numérique
      1. Une évolution accélérée depuis 2007
      2. D’importants chantiers en cours
      3. Assurer la pérennité de la création éditoriale
  4. Cairn.info : au-delà des revues ?
  5. Cyberlibris : une offre de bibliothèque numérique à destination des services documentaires
  6. Numilog : un catalogue de livres numériques pour les bibliothèques et centres de documentation

Pour citer cet article

Nawrocki François, Martinez Ruth, Gèze François, Minon Marc, Briys Éric, Zwirn Denis, « Contexte et offre », Documentaliste-Sciences de l'Information, 2/2010 (Vol. 47), p. 30-42.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-2-page-30.htm
DOI : 10.3917/docsi.472.0030


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