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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/2 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.472.0004
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La littérature scientifique et professionnelle est unanime à constater l’accroissement de la consultation des ressources électroniques payantes [19] [11]. Les périodiques électroniques, en particulier, y tiennent une part importante et aucun ralentissement n’est encore noté à ce jour [13]. La France n’est pas étrangère à ce phénomène et, que ce soit dans les établissements universitaires ou dans les organismes de recherche et les établissements publics à caractère scientifique et technique (EPST), toutes les études observent une augmentation sensible du nombre d’articles téléchargés [2] [7] [6]. À titre d’illustration, pour la France, entre janvier 2008 et avril 2009, sur la totalité des requêtes enregistrées pour le texte intégral des documents de la plate-forme ScienceDirect, 99.37 % concernent les articles [1][1] Overview Reports, Document usage by content type.. Mais il faut pondérer ce chiffre avec le fait que les bibliothèques acquièrent essentiellement des périodiques en ligne, et que la part des livres électroniques reste modeste [1].

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Le Journal Report 1 (JR1) du code Counter [2][2] Counting Online Usage of Networked Electronic Resources... comptabilise « le nombre de requêtes réussies portant sur des articles en texte intégral », à savoir le nombre de clics ayant abouti à un téléchargement effectif du fichier. Cependant, les chiffres fournis par ce rapport, l’un des plus utilisés, ne permettent pas de savoir si le « téléchargement réussi » est suivi ou non d’une consultation. Il y a clairement présupposition que la consultation est le corollaire systématique du téléchargement. Dans la littérature, les termes de « full text view » ou bien « download » sont couramment associés au JR1 et à ce qu’il comptabilise, et avancés comme des indicateurs de consultation et de lecture. Et donc les volumes significatifs de téléchargements enregistrés sont avancés comme autant d’arguments d’usage et de pertinence des « big deals » par les éditeurs. Enfin, la difficulté et la complexité de mise en place d’indicateurs plus élaborés confortent ce présupposé.

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Il faut donc nuancer ces propos en rappelant que toute consultation réelle est nécessairement comptabilisée dans les volumes de téléchargements. Une communication récente a permis d’illustrer toute la difficulté de la démarche [23] ; elle souligne aussi les limites du code Counter que les mises à jour à venir permettront sans doute de repousser. Pour l’heure, il n’est pas encore possible d’apporter davantage de nuances. D’où l’intérêt de coupler une méthodologie quantitative et qualitative (nous y reviendrons plus loin, dans la troisième partie de cet article).

Pour autant, les volumes significatifs de consultation posent question à la fois pour un public de professionnels de l’information et pour un public de chercheurs : en termes gestionnaires et économiques pour les uns (quels services mettre en place ? quels rapports coûts / avantages ?) ; en termes méthodologiques et scientifiques pour les autres (comment mesurer cette consultation ? comment la caractériser ?). Or, quels que soient les intérêts des uns et des autres, il est indispensable de se pencher sur le phénomène de la consultation massive, de comprendre les logiques qui organisent la pluralité des pratiques observées. C’est précisément ce que nous souhaitons faire dans cet article. Il s’agit d’interroger ce phénomène de consultation massive d’articles de périodiques électroniques, dans les établissements universitaires à dominante STM (sciences, techniques et médecine), par les enseignants chercheurs de ce domaine.

La plate-forme ScienceDirect

ScienceDirect est la plate-forme d’accès de l’éditeur scientifique et commercial Elsevier. Cette plate-forme propose 2 500 titres de revues en texte intégral couvrant tous les domaines scientifiques, avec une dominance pour les sciences, les techniques et la médecine (STM). ScienceDirect propose également 10 000 ouvrages et chapitres d’ouvrages ainsi que des rapports en texte intégral. En totalité, près de dix millions de documents sont aujourd’hui proposés dans cette base. www.sciencedirect.com

1 - L’offre de ressources électroniques

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Il s’offre aujourd’hui pour les chercheurs une large gamme de ressources électroniques, partagées entre offre payante et offre en libre accès. Pour les seuls périodiques en ligne, comme le souligne Grégory Colcanap [6], le nombre de titres payants disponibles dans les bibliothèques universitaires est passé de 3 926 en 1999 (date de la création du consortium Couperin) à 654 349 titres en 2007. Les ressources payantes sont le plus souvent organisées en portails, rattachées à la bibliothèque de leur université ou bien à l’organisme de recherche auquel leur laboratoire est affilié (BiblioInserm, BiblioVie, etc.). Il peut arriver que le chercheur puisse accéder aux deux portails à la fois, par sa double affiliation. Il bénéficie dans le meilleur des cas d’une offre élargie, ou sensiblement semblable, disponible par deux canaux différents.

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L’accès aux périodiques électroniques, en particulier, intervient généralement à partir de l’onglet « Ressources électroniques » ou bien « Documentation électronique » ou bien encore « Revues électroniques ». La navigation peut commencer à partir de plusieurs possibilités d’accès : à partir des menus « A to Z », d’un menu de recherche ou bien du menu des plates-formes disponibles. Le chercheur dispose de fait d’une pluralité de voies d’accès, négociées au titre du consortium Couperin et/ou au titre de l’organisme de recherche dont il relève.

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Du côté du libre accès, le Directory of Open Acess Journal (DOAJ) [3][3] Relevé effectué le 10 avril 2010 sur le site : www... recense, tous domaines confondus, plus de 4 998 revues en libre accès, et le Registry of Open Access Repositories (ROAR) [4][4] Relevé effectué le 10 avril 2010 sur le site : htt... plus de 1 717 archives ouvertes thématiques et institutionnelles. Certaines de ces ressources sont de plus en plus intégrées et signalées par les portails des bibliothèques [5][5] Voir par exemple le portail de la Bibliothèque interuniversitaire.... À ce sujet, une étude récente du Groupement français de l’industrie de l’information (GFII) [27] s’est consacrée à la question de l’offre partagée entre modèles payant et libre. Concentrée sur les enjeux économiques de l’édition STM, elle montre la difficulté et la complexité d’un schéma libre de diffusion et d’accès qui tente de s’inscrire dans le modèle économique plus large de l’innovation. Et, malgré l’argument du retour sur investissement et de l’implication des gouvernements, le GFII se pose tout de même la question de la pérennité du soutien de ce modèle. Cependant, il nous faudra à l’avenir pondérer ces propos avec des travaux liés à la consultation des archives ouvertes [24] [25].

2 - Rapide état de l’art

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Les premiers travaux portant sur l’usage des périodiques électroniques, menés au début des années 2000, ont permis, à partir d’une méthodologie qualitative, d’identifier les facteurs techniques, sociaux et culturels menant à l’intégration de ces périodiques dans les pratiques informationnelles des usagers. En France, un travail de thèse [14] a montré comment, en sciences de la vie, par exemple, l’intégration des périodiques électroniques est apparue comme le symptôme d’une mutation du modèle de la communication scientifique : plus les pratiques informationnelles du chercheur s’articulaient autour des modalités renouvelées de la communication scientifique, plus ces pratiques étaient susceptibles d’intégrer un usage des périodiques électroniques.

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À partir de 2005, on voit apparaître une vague d’études qui ne posent plus la question de l’intégration des ressources électroniques dans les pratiques, mais plutôt celle de l’analyse des usages réels et observables. Le moment où ces études apparaissent n’est pas anodin, c’est celui où le code Counter connaît son plus grand essor et où sont entreprises des analyses approfondies de fichiers journaux (deep log analysis) [18].

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L’aspect le plus novateur est le changement d’échelle des observations : l’entrée en jeu des big deals, la disponibilité de statistiques de consultations de populations réelles et non plus échantillonnées, permettent des analyses d’une envergure inédite. La masse critique des données ainsi enregistrées permet d’identifier des tendances plus fiables des pratiques, mais aussi de les comparer.

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Cette méthode va susciter un corpus important d’études quantitatives. Elles se pencheront sur la consultation de plates-formes d’éditeurs spécialisés [19], puis s’orienteront sur une analyse plus globale de la consultation des ressources payantes d’un établissement donné. L’approche comparative par disciplines [11] et par institutions caractérise les travaux les plus récents [15].

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La présente étude est caractéristique d’un tournant méthodologique initié par un projet de recherche français [6][6] Projet EPEF (Évaluation des périodiques électroniques..., qui propose à partir de 2007 un panachage quantitatif et qualitatif. Outre les logiques qui sous-tendent les pratiques de consultation des ressources électroniques auxquelles cet article s’intéresse, ce projet s’inscrit dans une problématique plus large d’évaluation des ressources électroniques par l’usage. La question de l’analyse des pratiques de consultation posée ici permettra de soulever ultérieurement celle du retour sur investissement.

À partir de 2008, le panachage méthodologique va permettre de mener des études longitudinales et de fond comme celle qui a conduit à caractériser les pratiques présentes et prospectives de la « Google Generation » [21] [26]. Ces travaux déboucheront le plus souvent sur des prescriptions adressées au monde des bibliothèques et de l’information en termes de compétences et d’offre de services à penser en regard des nouvelles pratiques identifiées [16].

3 - Méthodologie

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Notre étude repose sur une méthodologie qui associe deux approches complémentaires. La première, de nature quantitative, consiste à recueillir, traiter et analyser des statistiques de consultations des périodiques de la plate-forme ScienceDirect de l’éditeur Elsevier dans les bibliothèques des sections à dominante STM du réseau universitaire français, qui en compte 25 [7][7] Pour 2008, selon les chiffres de l’Enquête statistique... (franciliennes et de province). Les données sont extraites de quatre rapports statistiques : les rapports spécifiques aux périodiques (Journal Reports), les rapports liés aux activités de recherches (Search Reports), aux activités de navigation (Navigation Reports) et enfin les rapports plus généraux (Overview Reports). Des quatre rapports, seuls les deux premiers sont conformes à Counter. Chacun fournit des données en lien à différents types d’activités. Celles que nous avons retenues sont liées à la problématique de cette étude. Elles sont à chaque fois présentées et explicitées, à partir de la définition donnée par l’éditeur. La conformité au code Counter est également explicitée.

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La seconde approche, qualitative, de la méthodologie est fondée sur des entretiens semi-directifs menés auprès d’un panel de 23 enseignants chercheurs, hommes et femmes, répartis entre 8 [8][8] Universités de Paris 6, Paris 5, Strasbourg, Lille... des 25 établissements à dominante STM recensés ci-dessus. La grille aborde pour commencer les domaines d’enseignement et de recherche de l’usager, sa spécialité, et enchaîne sur ses pratiques d’information et de communication scientifique en les resituant dans leur environnement. Enfin, elle se focalise sur le rapport du chercheur à la plate-forme ScienceDirect.

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Les entretiens ont duré entre 1 heure 15 et 1 heure 40. Ils se sont déroulés entre septembre 2008 et février 2009 dans les bureaux des enseignants chercheurs, dans le contexte même où se déroule l’essentiel de la consultation. Cela a permis de prendre connaissance de l’organisation matérielle des bureaux, de la documentation, de voir concrètement quelles ressources étaient utilisées, dans quels buts, et d’observer de quelle manière elles étaient consultées. Mais, surtout, ces entretiens ont permis de prendre connaissance des logiques qui mobilisaient les choix et les actions des chercheurs lors de leurs activités de recherche d’information. En explicitant leurs cheminements, leurs « manières de faire », ils révélaient les raisonnements, les arbitrages, les stratégies et les objectifs qui les sous-tendaient. Cette dimension a été précieuse pour éclairer l’analyse des résultats. Nous ajouterons que, après une première étape « quantitative », il était intéressant de constater « sur le terrain » la confirmation « qualitative » de la diversité et à la fois la convergence des pratiques observées chez les chercheurs interrogés.

4 - Résultats

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Pour rendre compte du sens de la pluralité des pratiques enregistrées et explicitées, nous avons eu recours à la notion de logique d’usage développée dans les travaux de Jacques Perriault [20]. Véritable outil d’analyse, cette notion permet de proposer un modèle qui rend compte de la richesse des pratiques informationnelles observées dans notre étude, afin de les structurer. Cette notion a par ailleurs été utile pour identifier la convergence des usages ou leurs détournements, aspect que nous expliciterons plus loin, dans la discussion.

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Ainsi, deux logiques se dégagent. La première, que nous nommerons « Itinéraires de recherche et de découvertes », renvoie au chemin emprunté pour accéder au document, via une base de donnée, un moteur de recherche, un lien interne et/ou externe, etc. La seconde, que nous nommerons « Mécanismes d’accès pérennes et récurrents », renvoie aux pratiques une fois que l’usager a accédé au document, ses rebonds vers d’autres liens, sauvegardes, lectures à l’écran, etc. Néanmoins, ces deux logiques se croisent et s’interpénètrent car l’enseignant chercheur est amené à passer de l’une à l’autre, selon son activité, son objectif. Cette présentation dissociée est donc artificielle et n’a d’autre but que celui de la lisibilité de l’explicitation.

Itinéraires de recherche et de découvertes

• Chemins d’accès aux documents

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La consultation de la plate-forme ScienceDirect résulte de deux démarches distinctes. La première est celle d’une connexion directe à cette plate-forme. La seconde est procède d’une navigation sur le Web, où l’usager accède à ScienceDirect en cours de chemin (à partir d’un moteur de recherche par exemple), en s’y arrêtant, en poursuivant ensuite son itinéraire. Cette activité de navigation va permettre dans un premier temps d’identifier son document via un moteur de recherche, via CrossRef [9][9] www.crossref.org, via une archive ouverte ou une page personnelle de chercheur… Dans un second temps, d’un clic, le chercheur va entrer dans ScienceDirect pour « récupérer » le texte intégral du document. La plate-forme sert dans ces cas à affiner, compléter, confirmer ou bien obtenir des documents en lien avec ceux qu’ils ont découverts sur le Web : rechercher les articles d’un auteur repéré, vérifier si un pré-print a bien été publié et donc validé, ou encore tester un mot-clé pour mesurer sa « réappropriation » par les collègues. La plate-forme peut également être consultée dans le but d’identifier les travaux, les thématiques d’une équipe de recherche, ses projets, ses spécificités.

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Le rapport statistique Navigation Report permet justement de préciser la part de l’une et de l’autre des possibilités pour lesquelles les usagers optent en situation réelle de consultation [10][10] Navigation report: 5a. Document Access Routes (through.... On remarque que la navigation est nettement plus significative : elle est sept fois supérieure à la recherche directe. Les usagers consultent donc les articles essentiellement dans le cadre d’une navigation. Une étude récente, qui a également souligné cet aspect [17], présente clairement dans son analyse l’importance de l’activité de navigation chez les usagers des plates-formes de revues électroniques.

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Lors des entretiens, il s’est avéré que Wikipédia et Google sont les points de départ préférés de cette activité de navigation. Pour les personnes interrogées à ce propos, Google Scholar les intéresserait moins que Google car celui-ci permet de brasser encore plus largement le Web, y compris des vidéos et des images. Il s’agit de pratiques qui offrent la possibilité d’investir des espaces de lecture plus larges, de traverser les frontières thématiques et disciplinaires, pour aller voir un peu plus en marge « ce qu’ils peuvent y trouver ». Les liens hypertextes, la multiplicité des menus, la lecture rapide et partielle, toutes spécificités d’une activité de navigation, sont les pierres angulaires d’une nouvelle façon de rechercher l’information qui s’impose face à des possibilités inédites.

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De fait, aux chercheurs des domaines STM que nous avons interrogés la taille de corpus des big deals paraît pertinente. Et plus ce corpus est grand, plus ils lui accordent une valeur liée à la potentialité d’usage à venir. Faisant un constat similaire sur d’autres terrains, certains auteurs se posent la question de la concurrence entre plates-formes d’éditeurs et moteurs de recherches [10]. Cette question mériterait d’être posée également en rapport avec la consultation des BDD bibliométriques, telle que le Web of Science [11][11] www.isiwebofknowledge.com ou Scopus [12][12] http://info.scopus.com, mais à ce jour, à notre connaissance, aucune étude n’a été faite dans ce sens.

• Sessions et recherches

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Nous nous sommes intéressée aux recherches lancées par les chercheurs dans le cadre des sessions qu’ils ouvraient. La figure 1 montre justement la proportion de recherches et de sessions enregistrées durant les années 2007 [13][13] Les données de l’année 2007 ayant été exceptionnellement... et 2008. Ces données sont issues du Search Report, conformes au code Counter.

Figure 1 - Nombre de recherches et de sessions effectuées sur la plate-forme ScienceDirectFigure 1
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Pour l’année 2007, nous notons que le nombre de recherches est supérieur au nombre de sessions. Pour autant, le ratio recherches/sessions est de 1,05, un rapport relativement faible, de l’ordre d’une recherche par session. Pour l’année 2008, le ratio reste sensiblement le même que celui de l’année précédente (1,007). On retient de ces chiffres que les usagers ont tendance à effectuer une seule recherche par session, et que ces dernières connaissent une augmentation régulière. En même temps, si l’on considère que, lors d’une session, un chercheur peut naviguer sur la plate-forme sans effectuer une seule requête, ce constat paraît cohérent. Vient aussi s’y greffer le phénomène des accès aux articles par liens extérieurs, comme nous l’avons expliqué plus haut.

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De manière corollaire, les entretiens menés auprès des enseignants chercheurs des domaines STM nous ont révélé que ce constat peut également s’expliquer par le fait que les recherches effectuées par usager semblent moins s’inscrire dans un temps dédié et consacré à la recherche d’information qu’à un temps dédié à d’autres tâches (rédaction, reviewing, enseignements) durant lequel des recherches sont lancées ponctuellement. Face à un corpus accessible en permanence et à distance, un chercheur a la possibilité de télécharger plusieurs fois un même article : afin de l’imprimer, afin de le montrer à un collègue, afin de revenir à un schéma ou à une référence pour les vérifier lorsqu’il rédige un document, etc. Cet acte de téléchargement spontané et « en contexte » prend aux yeux du chercheur le même sens que de disposer d’un document physique posé sur une étagère et auquel on revient chaque fois que nécessaire.

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Ainsi, comme nous l’avons mentionné à d’autres occasions [3], un usager peut ouvrir une session simplement pour consulter un article en ligne, à défaut de l’enregistrer dans ses mémoires locales. Ou bien ouvrir une session pour imprimer un article, vérifier une référence citée dans un article à évaluer, ou bien encore copier un schéma pendant la rédaction d’un article. C’est une transposition de pratiques papier. Ce phénomène, observé sur d’autres terrains [10], a joué en faveur d’une hypothèse selon laquelle un grand nombre de sessions serait à interpréter comme le symptôme d’une activité de recherche significative [15] [22].

• Type de recherches sur la plate-forme

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À présent, nous souhaiterions nous intéresser au type de recherches effectuées par les usagers sur la plate-forme ScienceDirect. Les données du Search Report indiquent que la recherche rapide, avec un taux de 83 %, se détache nettement des autres (10 % pour la recherche avancée et 7 % pour la recherche experte). On constate donc que, à mesure que le type de recherche se spécialise, celle-ci connaît un moindre succès auprès des usagers. En lien avec ce que nous avons dit précédemment, ces derniers préfèrent effectuer des recherches simples qui leur garantissent des réponses plus larges, même si elles sont plus bruyantes car, estiment-ils, ils feront « le tri ».

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Les entretiens que nous avons menés auprès de chercheurs en STM nous ont permis de comprendre que les recherches ciblées sont généralement utilisées pour des références précises, déjà connues, et qu’on souhaiterait retrouver ; l’usager va utiliser un nom d’auteur combiné à l’année de publication, par exemple. A contrario, les recherches simples permettent aux chercheurs d’opérer de la même manière que sur un moteur de recherche – le plus souvent Google – dont ils attendent autant les réponses ciblées que celles qui sont un peu en marge et qui éclairent la question d’un point de vue différent. Ils disent clairement rechercher par ce biais les « pépites » qui donneraient à leur travail un élément inattendu, peut-être en marge de leur discipline, mais porteur d’originalité.

• Les accès à la plate-forme par les services d’alertes

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Les usagers de la plate-forme ScienceDirect ont la possibilité de s’abonner à des services d’alertes qui les informent par courriel de la disponibilité de documents correspondants aux critères qu’ils auront préalablement définis. La figure 2, issue du Navigation Report montre que, pour l’année 2008, les accès à la plate-forme par les services d’alertes sont concentrés autour de celles liées aux sommaires des nouveaux numéros de revues, avec 69.16 % de la totalité des accès par alertes. Ces chiffres se retrouvent dans des études similaires et qui positionnent l’importance des services d’alertes dans l’accès à la plate-forme ; ils sont qualifiés de « voie royale » [10].

Figure 2 - Répartition des accès à ScienceDirect par le biais des services d’alertes (2008)Figure 2
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Les entretiens que nous avons menés confirment ces chiffres dans la mesure où la totalité des chercheurs interrogés étaient abonnés aux services d’alertes des numéros de revues. Ils expliquent cela par le manque de temps et la nécessité de « ne pas se laisser submerger » car, estiment-ils, suivre une liste d’une vingtaine de titres de revues est chronophage et qu’un niveau de granularité plus fin ne serait pour leur emploi du temps « pas possible ! ». Il ressort également des entretiens que ce service est privilégié par le fait qu’il est pour le chercheur « géré » en messagerie. Cette dernière est un lieu de centralisation des informations, de leur organisation et de leur archivage. En lien quotidien et permanent avec sa messagerie, l’enseignant chercheur est de fait en lien continu avec son corpus bibliographique grâce aux alertes.

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A contrario, et de façon quelque peu paradoxale si l’on retient leur argument, très peu d’entre eux étaient abonnés à d’autres services d’alertes, comme les flux RSS, dont ils connaissent peu le fonctionnement. Ils restent donc sur l’option des alertes de sommaires, assez proche des Current Contents. Elle est surtout à leurs yeux plus pertinente pour balayer de manière régulière les dernières publications et cela même si la prise de connaissance de l’alerte n’est pas systématiquement suivie de l’acte de consultation. Mais, dans l’enchaînement de leurs arguments, il apparaît également que la dimension de veille se confond avec celle d’avoir une idée précise et claire de la « cartographie » des chercheurs sur leur sujet.

Mécanismes d’accès pérennes et récurrents

• PDF, choix récurrent du chercheur

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Le Journal Report a permis de calculer que le format PDF est en moyenne 2,3 fois plus téléchargé que le le format HTML. Comme dans le monde anglo-saxon, il s’avère que les enseignants chercheurs français des domaines STM ont une préférence pour le PDF

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Les entretiens ont permis de confirmer ce constat au travers des pratiques de visualisation, d’enregistrement, d’impression et d’archivage, systématiquement réalisées avec ou à partir du PDF. En poussant plus loin les entretiens, il s’avère que ce format constitue le lien maintenu – et apprécié – avec le format papier de l’article. Il reproduit la mise en forme traditionnelle et sert de balise pour le chercheur lors de la visualisation à l’écran et lors de l’impression. Pour imprimer, l’usager le privilégie clairement ; les piles d’articles imprimés observés sur les bureaux des chercheurs le sont toutes au format PDF. La légèreté des fichiers PDF permet également un stockage plus économique. Les interviewés constituent, sur leurs disques durs et/ou clés USB, de véritables bibliothèques électroniques d’articles. Ils les conservent des années durant – parfois depuis leur thèse – et les transportent dans chacun de leurs déplacements.

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Nous ajouterons que, lors d’une recherche sur ScienceDirect, plusieurs formats sont disponibles, le PDF, le HTML avec liens, le résumé, et le « Summary Plus » qui correspond à un affichage du résumé accompagné de la présentation générale de l’article, des images/tableaux et références bibliographiques. Or l’interface met clairement en avant l’icône du PDF, ce qui pourrait déterminer le choix de l’usager lors de sa navigation. Ce constat, pointé sur d’autres terrains [12], mériterait d’être testé plus avant par des analyses d’ergonomie des interfaces, pour le terrain français. L’enjeu est de comprendre si les pratiques observées sont également induites par des interfaces et des ergonomies. Ce que nous pensons être le cas.

• Durée moyenne des sessions

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À partir de l’Overview Report, nous avons pu reconstituer l’évolution de la durée d’une session. La figure 3 permet de représenter, sur 16 mois, entre janvier 2008 et avril 2009, la durée moyenne des sessions. Cette dernière est variable d’une période à l’autre, ce qui explique l’irrégularité du pas (entre 17 et 18 secondes). Sur les 16 mois observés, la progression que semble montrer la figure est marginale car elle représente moins d’une minute (de 7 minutes et 23 secondes en janvier 2008 à 8 minutes et 14 secondes en février 2009). On ne peut véritablement parler d’un allongement, d’autant que les derniers mois représentés – les plus actifs dans l’année – montrent une certaine stabilité. Elle va jusqu’à former un palier entre la fin de l’année 2008 et le début de l’année 2009. On peut donc conclure à une certaine stabilité de la durée moyenne des sessions.

Figure 3 - Progression de la durée moyenne des sessions enregistrées sur la plate-forme ScienceDirect de janvier 2008 à avril 2009Figure 3
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Ce constat doit être pondéré par la définition d’une session. À quel moment une session se termine-t-elle ? Qu’en est-il des sessions qui restent inactives et qui se terminent par un « time out » ? À la lumière de ces questions, la durée moyenne des sessions doit être prise en compte comme simple tendance.

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En revanche la durée moyenne courte de ces sessions nous conduit inévitablement à faire le lien avec ce que nous avons pu expliciter ci-dessus. La disponibilité permanente et à distance des ressources électroniques fait qu’un chercheur a la possibilité de se connecter, d’effectuer une recherche et de consulter un document de manière brève et répétitive. Ceci explique donc en grande partie ces sessions courtes. Pour autant, les sessions augmentent régulièrement, au même titre que la consultation. Il semblerait donc, comme le souligne une étude similaire [15], que la durée réduite des sessions ne soit pas en contradiction avec une forte activité de consultation, peut-être même lui serait-elle corrélée.

• « Bouncing » vers d’autres liens

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D’une manière plus significative, il s’est également révélé pendant les entretiens que les chercheurs, toutes disciplines confondues, pouvaient coupler leurs recherches sur ScienceDirect à celles sur le Web of Science ou sur Scopus – selon l’accès auquel ils avaient droit. Il s’agit d’avoir recours aux fonctionnalités « bibliométriques » de ces bases, pour voir comment l’article identifié a fait l’objet d’une appropriation par la communauté scientifique (le nombre de fois où il a été cité, quand, par qui, etc.). Cette démarche s’applique également aux articles produits par les chercheurs eux-mêmes, mais peu d’entre eux s’en ouvrent clairement. Ces informations sont autant de critères qui s’ajoutent à la prise de connaissance du contenu de l’article pour juger de sa « pertinence » et donc pour justifier le temps que l’on passera à le lire. Ici, la pertinence de l’article est variable, soit que l’on va aller dans le sens du consensus et citer à son tour ce qui a été cité par la communauté, soit, au contraire, que l’on va se démarquer et citer ce qui n’a jamais été ou que peu cité. Cette étape de « sélection » intervient avant l’impression et/ou l’enregistrement sur un disque. Elle est, aux yeux des chercheurs qui l’explicitent, importante en regard du temps réduit consacré à la lecture. Devant les tables, les bureaux et les étagères saturés d’articles à lire, que nous avons pu observer, l’argument s’illustre clairement.

5 - Discussion

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La présente étude propose un premier aperçu des pratiques de consultation de la plate-forme ScienceDirect par les usagers de domaines et de section STM. La méthodologie employée a permis, par le quantitatif, d’identifier et de caractériser les volumes et les grandes tendances de la consultation. Par le volet qualitatif, elle a permis de préciser ces pratiques dans leurs intentions et dans leurs natures. Dans ce qui suit, nous proposons d’en discuter les résultats.

Biais méthodologiques à prendre en compte

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Avant toute chose, il est important de rappeler un certain nombre de biais et de limites méthodologiques.

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L’analyse des pratiques de consultations des chercheurs sur la seule plate-forme ScienceDirect constitue la première limite de ce travail. Dans l’attente de disposer de données comparables pour d’autres éditeurs, notre parti pris a donc été de réaliser cette étude avec les données dont nous disposions, sans perdre de vue l’objectif de les comparer à celles d’autres plates-formes (SpringerLink [14][14] www.springerlink.com/home/main.mpx, par exemple). Une démarche similaire a été adoptée par l’équipe britannique CIBER [15][15] www.ucl.ac.uk/infostudies/research/ciber, au début de ses travaux, avec la plate-forme de l’éditeur Emerald [16][16] www.emeraldinsight.com.

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Les données auxquelles nous avons eu accès ne permettent pas de réaliser des analyses approfondies – deep log analysis – telles que celles réalisées par l’équipe CIBER. À titre d’exemple, nous n’avons pas disposé de données précises sur le statut des usagers, les conditions techniques de leur production n’étant pas réunies. Ces données sont pour l’heure inexistantes.

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Les enseignants chercheurs des sections STM sont le public cible de notre étude. Pourtant, nous savons que les statistiques de consultation comptabilisent, sans aucun doute, les consultations des autres publics. Et, si nous avons quelques raisons de penser qu’elle reste marginale [17][17] Certains des enseignants chercheurs que nous avons..., il est pour l’heure impossible d’en connaître la proportion. Cet aspect constitue un biais car l’accès aux plates-formes d’éditeurs est ouvert à tous les publics d’un établissement.

Navigation plutôt que recherche

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L’un des éléments les plus significatifs dans cette étude est la pratique de « navigation » identifiée. Déjà mentionnée dans des travaux similaires [17] [26], elle se confirme sur notre terrain. Elle s’explique par la multiplication des voies d’accès aux documents et par un usage important et accru des moteurs. Dans sa quête d’information, le chercheur enchaîne plusieurs étapes où s’ordonnent à tour de rôle moteurs de recherche généraux (Google), encyclopédies collaboratives (Wikipédia), moteurs spécialisés (Google Scholar), bases de données d’éditeur (dans notre cas ScienceDirect) ou portails, et enfin bases de données bibliométriques (Web of Science ou Scopus). ScienceDirect devient donc, dans la chaîne de navigation, un maillon où se transposent les pratiques de navigation du Web. Dans la mesure où l’usager débute sa recherche généralement par Google, la plate-forme indexée par ce dernier devient, par le biais des liens, un espace de navigation du Web.

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La littérature a fait mention de ce phénomène sous le nom de « bouncing » qui est le résultat de la conjonction d’un temps court, de grandes capacités des moteurs de recherche et de la pluralité des possibilités de recherche. Cette notion souligne bien cette caractéristique des nouvelles pratiques des usagers qui visent à brasser de grandes quantités et de grandes étendues d’informations dans lesquelles ils tentent de trouver ce dont ils ont besoin, y compris les « pépites ». Elle comporte également la dimension de raisonnement, d’arbitrage, dans la manière avec laquelle l’information est recherchée : à savoir d’aller d’une source à une autre, d’un point à un autre selon des critères et une stratégie définis. Il est également question d’une superficialité [8] à laquelle les usagers ont recours pour mettre en place de nouvelles structures d’acquisition des connaissances. La superficialité prend le sens d’une intelligence qui s’impose face « à la vitesse à laquelle [il faut] absorber et réagir à l’information ». Elle s’organise autour d’approches synthétiques plutôt qu’analytiques et le lien hypertexte en est la pierre angulaire.

De fait, les pratiques permettant d’identifier les articles jugés pertinents et d’y accéder sont de plus en plus diversifiées. Que ce soit par l’intermédiaire d’une pratique de recherche simple, par le biais de services d’alertes ou par des citations, l’usager développe une pratique de navigation qui lui vient du Web et des moteurs de recherche. Ian Rowlands parle de la « Google generation » en abordant ce phénomène [21].

Évaluation et sélection par le chercheur du corpus bibliographique

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En lien direct avec le précédent, ce point permet de revenir sur la manière avec laquelle l’usager est mis face à une conjonction complexe. Il dispose d’un temps limité de lecture, il a une activité d’enseignement parallèle à ses travaux de recherche, il assume des responsabilités administratives et pédagogiques – et il doit pourtant publier régulièrement, dans des lieux reconnus par sa communauté. Le temps de lecture se réduit d’autant face à une offre d’accès à la littérature scientifique conséquente.

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Or, face à un « trop plein » d’informations, à une accélération de la recherche, les usagers sont amenés à faire une sélection efficace et pertinente des articles à lire. Pour ce faire, des outils bibliométriques tels que le Web of Science et Scopus sont détournés au profit d’une stratégie de lecture où l’article subit, d’une certaine manière, une seconde évaluation de son contenu. À savoir que l’enseignant chercheur va « positionner » l’article identifié dans le corpus bibliographique, s’informer de la manière avec laquelle « il se comporte » pour se décider ou non à le lire.

46

Les informations que nous avons recueillies lors des entretiens montrent clairement que cette pratique observée est davantage présente chez les usagers les plus expérimentés, ayant des responsabilités scientifiques et administratives, et cumulant des rôles de « lecteur-auteur-reviewer » [2] [4]. Qui cite l’article, combien de fois, quand et comment sont les critères directeurs de cette évaluation dont les réponses servent des objectifs variés (enseignements, recherche, évaluation). On est en droit de parler d’une stratégie de sélection en vue d’une lecture qui repose sur la citation. Et, dans cette démarche, on peut aller à rebours d’une démarche habituelle, à savoir que l’usager va privilégier plutôt la lecture d’articles très peu cités.

Lire pour naviguer, lire pour arbitrer

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Aborder la question de la consultation d’une base de donnée d’éditeur nous conduit inévitablement à aborder l’activité de lecture pratiquée dans le cadre des recherches d’information et de navigation. David Nicholas souligne que les usagers « lisent comme une étape indispensable à la pratique de navigation, ils ne naviguent pas pour lire » [17]. Les entretiens que nous avons réalisés permettent en effet de comprendre que la lecture effective de l’article se fait encore sur support papier, à la suite d’un acte d’impression. Les chercheurs nous ont souvent parlé de lecture à l’écran mais, dans les faits, il s’agissait plutôt d’un survol du PDF, de la lecture du résumé ou d’une partie circonscrite de l’article, le plus souvent la partie « Résultats ». L’acte de lecture en ligne, dans le cadre d’une activité de navigation, n’a donc pas le même sens que l’acte de lecture ordinaire, qui intervient à un autre moment, celui de l’exploitation des résultats de la navigation. Morcelée, partielle, rapide, diagonale, somme toute « surfée », cette « visualisation » est une lecture instrumentale et utilitaire. Elle est subordonnée à la pratique plus globale et plus large de la navigation et mise à son service. Elle permet moins de s’imprégner, de prendre connaissance des informations que d’aider à la décision pour la sélection.

Pour autant, les chercheurs que nous avons rencontrés nous disent avoir le sentiment de mieux connaître le corpus bibliographique de leur thématique de recherche et de « lire » davantage que par le passé avec le papier. Le fait que cette « lecture », plus proche de la visualisation – « viewing » en anglais – soit associée à une activité de navigation, qu’elle en soit le « proxy », participe certainement à donner aux usagers ce sentiment d’une meilleure connaissance du corpus.

6 - Conclusion

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Malgré ses biais et ses limites, cette étude montre les caractéristiques nouvelles des pratiques d’information des enseignants chercheurs. Il s’agit de nouvelles manières de faire, issues d’un contexte inédit où une offre considérable de ressources électroniques est accessible par différents canaux et par des possibilités de recherche démultipliées. Ces pratiques de consultation traduisent également l’intégration significative des périodiques électroniques, inscrite dans le quotidien des usagers.

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Ces caractéristiques sont induites par le Web : les usagers transposent leurs activités de navigation sur le Web sur les outils de recherche d’information en général et sur les plates-formes d’éditeur en particulier. Ces derniers favorisent clairement le phénomène par les fonctionnalités proposées. La navigation devient donc un mode de recherche structurant car elle constitue un fond transversal sur lequel vont venir s’installer des pratiques plus spécifiques, liées à des intentions et des objectifs différents. Ces usagers jugent l’efficacité de cette stratégie – qui est une nouvelle manière de faire – à la quantité d’informations qu’ils brassent tout au long de cette navigation et à la pluralité des espaces qu’ils visitent (académiques, professionnels, commerciaux, associatifs, etc.) et des tâches qu’ils accomplissent simultanément. Cela participe de leur sentiment d’efficacité et de performance dans leurs recherches.

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Dès lors, un des enjeux serait de vérifier si cette nouvelle manière de s’approprier l’information scientifique conduit à une plus grande et/ou à une meilleure production scientifique, si elle permet à l’usager d’être plus performant, produisant un plus grand impact sur sa communauté scientifique. De fait, ce type d’études mériterait d’être renouvelé sur d’autres plates-formes, dans une perspective comparative. C’est ce à quoi nous nous attacherons dans un prochain travail. •

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Mars-avril 2010

L’auteure tient à remercier particulièrement Pierre Carbone, Grégory Colcanap, Jérôme Kalfon, Dominique Rouger et Joachim Schöpfel pour leurs remarques, réflexions et critiques éclairées.


Références

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  • 25 –  SCHÖPFEL J, BOUKACEM-ZEGHMOURI C, PROST H. (2009b). « Usage of grey literature in open archives ». In : The Grey Mosaic: Piecing It All Together, eleventh international conference on grey literature
  • 26 –  TENOPIR C., KING D., EDWARDS S., WU, L. (2009). « Electronic journals and changes in scholarly article seeking and reading patterns ». Aslib proceedings, vol. 61, n° 1, p. 5–32
  • 27 –  VAJOU M., MARTINEZ R., CHAUDIRON S. (2009). « Les enjeux économiques de l’édition scientifique, technique et médicale : analyses et questions clés. Les cahiers du numérique, « Information scientifique et technique », sous la dir. de J. Schöpfel, vol. 5, n° 2, p. 143–172

Notes

[1]

Overview Reports, Document usage by content type.

[2]

Counting Online Usage of Networked Electronic Resources : www.projectcounter.org

[3]

Relevé effectué le 10 avril 2010 sur le site : www.doaj.org

[4]

Relevé effectué le 10 avril 2010 sur le site : http://roar.eprints.org.

[5]

Voir par exemple le portail de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine : www.bium.univ-paris5.fr

[6]

Projet EPEF (Évaluation des périodiques électroniques dans le réseau universitaire français : approche comparative par les usages), ANR JC JC, de 2006 à 2009 : http://epef.anr.free.fr/projet/presentation.html

[7]

Pour 2008, selon les chiffres de l’Enquête statistique générale des bibliothèques universitaires (ESGBU).

[8]

Universités de Paris 6, Paris 5, Strasbourg, Lille 1, Lyon 1, Nancy 1, Rennes 1, Aix-Marseille 2.

[10]

Navigation report: 5a. Document Access Routes (through Search or Browse).

[13]

Les données de l’année 2007 ayant été exceptionnellement disponibles, nous avons pu les associer à celles de 2008 afin d’apprécier l’évolution.

[17]

Certains des enseignants chercheurs que nous avons interrogés prescrivent aux étudiants de 2e cycle la lecture des articles de recherche.

Résumé

Français

Quelles sont les pratiques des enseignants chercheurs en matière de consultation de revues électroniques ? Dans cet article, Chérifa Boukacem-Zeghmouri s’intéresse au comportement des enseignants chercheurs français, dans les domaines des sciences, techniques et médecine, sur une plate-forme d’éditeur, ScienceDirect. Le premier volet méthodologique s’appuie sur une étude quantitative fondée sur les statistiques des consultations de cette plate-forme. Le second volet, qualitatif, exploite des entretiens semi-directifs menés auprès d’un panel des mêmes enseignants chercheurs. Les résultats font apparaître deux logiques d’usages corollaires : l’emprunt d’itinéraires de recherche et de découvertes et la mise en œuvre de mécanismes d’accès pérennes et récurrents. Ces deux logiques soulignent le caractère fondamental de la navigation chez les chercheurs qui transposent sur la plate-forme ScienceDirect leurs pratiques du Web.

English

How academics consult electronic journals – an example from science, technology and medicineHow do academics consult electronic journals? This article focuses on the practices of a group of French STM academics using ScienceDirect. The methodology combines quantitative and quality measures, based on statistics from this service associated with semi-directive interviews with selected users. Two related types of user logic emerge: itineraries borrowed from research and discovery, and more stable and recurrent access strategies. These methods emphasize the fundamental character of navigation by researchers who apply their web habits to ScienceDirect

Español

Prácticas de consulta de revistas electrónicas para docentes investigadores: el ejemplo de los campos STM en Francia¿Cuáles son las prácticas de los docentes investigadores en materia de consulta de revistas electrónicas? Este artículo se interesa por el comportamiento de los docentes investigadores franceses en los campos de la ciencia, la técnica y la medicina (STM) sobre la plataforma editorial ScienceDirect. La primera fase metodológica se basa en un estudio cuantitativo fundamentado en las estadísticas de consulta de esta plataforma. La segunda fase, cualitativa, examina las entrevistas semidirectivas mantenidas con un grupo de estos mismos docentes investigadores. Los resultados ponen de manifiesto dos lógicas de uso corolario: el préstamo de itinerarios de búsqueda y de descubrimientos y la implementación de mecanismos de acceso permanentes y recurrentes. Estas dos lógicas subrayan el carácter fundamental de la navegación para los investigadores que basan sus prácticas en la Web en la plataforma ScienceDirect.

Deutsch

Praxis der Nutzung elektronischer Zeitschriften von Lehrern der Forschung: Das Beispiel der WTM-Fachgebiete in FrankreichWie sieht die Praxis der Nutzung elektronischer Zeitschriften durch Lehrerkräfte der Forschung aus? Dieser Aufsatz behandelt das Verhalten von französischen Lehrkräften der Forschung in den Bereich Wissenschaft, Technik und Medizin (WTM) auf der Plattform des Verlegers ScienceDirect. Der erste methodologische Teil behandelt eine quantitative Studie basierend auf den Nutzungsstatistiken dieser Plattform. Der zweite, qualitative, Teil, analysiert semi-strukturierte Interviews, die mit einer Gruppe von Lehrkräften der Forschung durchgeführt wurden. Die Ergebnisse zeigen zwei logische Nutzungsstrategien: Die Nutzung von Wegen der Recherche und Entdeckung sowie die Einführung nachhaltiger und wiederkehrender Zugangsmechanismen. Diese beiden Logiken unterstreichen den fundamentalen Charakter der Navigation bei den Forschern, die Ihre Praxis im Web auf die Plattform ScienceDirect übertragen.

Plan de l'article

  1. 1 - L’offre de ressources électroniques
  2. 2 - Rapide état de l’art
  3. 3 - Méthodologie
  4. 4 - Résultats
    1. Itinéraires de recherche et de découvertes
      1. • Chemins d’accès aux documents
      2. • Sessions et recherches
      3. • Type de recherches sur la plate-forme
      4. • Les accès à la plate-forme par les services d’alertes
    2. Mécanismes d’accès pérennes et récurrents
      1. • PDF, choix récurrent du chercheur
      2. • Durée moyenne des sessions
      3. • « Bouncing » vers d’autres liens
  5. 5 - Discussion
    1. Biais méthodologiques à prendre en compte
    2. Navigation plutôt que recherche
    3. Évaluation et sélection par le chercheur du corpus bibliographique
    4. Lire pour naviguer, lire pour arbitrer
  6. 6 - Conclusion

Pour citer cet article

Boukacem-Zeghmouri Chérifa, « Pratiques de consultation des revues électroniques par les enseignants chercheurs : les STM en France », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2010 (Vol. 47) , p. 4-13
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-2-page-4.htm.
DOI : 10.3917/docsi.472.0004.


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