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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/3 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.473.0018
  • Éditeur : A.D.B.S.

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La fonction Information-Documentation dans les grandes entreprises : enquête et analyse

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Enquête. Pour actualiser les résultats de ses précédentes études et appréhender la situation présente de la fonction Information-Documentation dans les entreprises françaises, le cabinet Histen Riller a mené en 2010 une enquête de terrain auprès des deux cents plus importantes d’entre elles. Les principaux résultats en sont présentés ici. Ils font apparaître, lié à la prise croissante d’autonomie par l’usager, un relatif effacement de certains aspects de la fonction I-D qui appelle les professionnels à renforcer la spécificité et la valeur ajoutée de leurs services.

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Parallèlement au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) qui va s’accélérant depuis une quarantaine d’années, de nouvelles fonctions ont été dévolues aux professionnels de l’information, voire de nouveaux métiers ont été créés. L’usage de ces technologies requérait au départ une intermédiation de spécialistes formés, détenteurs de savoir-faire, apportant de la valeur ajoutée par l’utilisation efficace des outils disponibles sur le marché et la mise en œuvre des méthodes associées. Or ces technologies ont atteint aujourd’hui un tel point de maturité qu’elles délivrent des résultats satisfaisants alors que leur usage s’est très significativement simplifié. La tentation est alors pour l’utilisateur de rechercher l’autonomie dans son accès à l’information, et de se passer des services des professionnels du domaine. Est-ce une réelle tendance ou une vision schématique qui ne résiste pas à l’examen de la réalité ?

L’enquête

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Comme les deux précédentes versions, l’étude 2010 s’applique aux deux cents plus grandes entreprises en terme de chiffre d’affaires établies en France, dans les secteurs de l’industrie, des services et du commerce. Ces organisations génèrent des masses importantes d’activité, disposent d’un personnel nombreux, sur des sites répartis géographiquement. On peut donc penser qu’elles échangent de grandes quantités d’infor­mation, aussi bien en interne qu’avec l’extérieur. Elles sont ainsi un bon terrain d’observation, d’autant plus qu’elles disposent de moyens financiers abondants qui devraient en principe – et si elles en ont la volonté – leur permettre de déployer les systèmes d’infor­mation correspondant à leurs importants besoins.

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L’analyse approfondie qui a été conduite aborde les questions suivantes :

  • tout d’abord un état des lieux : place dans l’entreprise des fonctions rattachées à l’information et la documentation (I-D), types de structure, taille, missions, produits et services, formation et qualification des professionnels ;

  • quelle est la place des fonctions de l’I-D dans le dispositif de veille et d’intelligence économique de l’entreprise ; quel est le déploiement des NTIC (gestion des connaissances, mise en œuvre des technologies Internet et intranet) ;

  • quels bouleversements sont introduits par le Web social (Web 2.0) pour les fonctions I-D, pour leurs utilisateurs, et pour les relations entre les professionnels de l’I-D et leurs utilisateurs ;

  • comment les professionnels de l’information eux-mêmes envisagent l’avenir de leur domaine, de leurs métiers ; quelle rôle voient-ils la fonction I-D jouer à l’avenir dans l’entreprise.

Pour en savoir plus

L’étude 2010 sur La fonction information-documentation dans les grandes entreprises françaises peut être obtenue, au prix de 150 euros HT pour la version pdf et 190 euros HT pour la version imprimée, auprès du cabinet Histen Riller, Tour Maine Montparnasse, 33, avenue du Maine, BP 135, 75755 Paris Cedex 15, téléphone +33 (0)1 45 44 45 47, hr@histen-riller.fr, www.histen-riller.fr

Les précédentes enquêtes de Histen Riller avaient été effectuées en 1995 et 2001.

Les résultats

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Sur 187 sociétés susceptibles de répondre à notre enquête – quelques-unes se sont en effet déclarées a priori réfractaires à tout type de questionnement – 67 n’ont pas de centre d’information-documentation ni de fonction I-D identifiée comme telle. À l’inverse, le nombre de sociétés qui ont une fonction I-D identifiée par la présence d’au moins un centre de documentation (avec parfois un(e) seul(e) documentaliste) est de 87.

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La proportion importante de sociétés sans fonction I-D est déjà un résultat intéressant en soi : plus de 35 % des deux cents plus grandes sociétés françaises ! Devant l’importance de ce chiffre, nous avons cherché à comprendre comment ces organismes suppléent à cette absence, en procédant à des entretiens téléphoniques avec des responsables de services communication (interne et externe) et des services de presse.

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En cumulant le nombre de questionnaires renseignés par les professionnels de l’I-D et les entretiens téléphoniques, ce sont 55,1 % des sociétés consultées qui ont répondu à l’enquête, ce qui confère aux résultats obtenus une réelle représentativité.

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Le premier constat concernant la proportion de sociétés sans fonction I-D définie suscite des questions, d’autant plus qu’il s’inscrit dans une tendance générale à travers le temps qui ne fait que se confirmer. Mais tout d’abord, ce résultat peut être affiné si l’on segmente l’échantillon par domaine d’activité. Nous avons constaté en effet que la présence ou non d’une fonction I-D est fortement corrélée avec ce dernier critère. La situation est donc très différente dans le secteur des industries manufacturières ou de la production d’éner­gie – fortement corrélé à la présence d’une fonction I-D définie – et dans celui de la grande distribution, commerce de gros, ou encore service aux entreprises, ou hôtellerie-restauration – où la corrélation est inverse. Il faudrait donc, pour tirer des conclusions définitives, faire une étude prenant en compte le critère « domaine d’activité ».

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Néanmoins, et même dans les domaines d’activité où la fonction I-D est majoritairement définie, des signaux témoignent nettement d’un redéploiement des entreprises qui tend à réduire le personnel et les budgets. Pour autant cette fonction est reconnue de manière généralement satisfaisante ; les missions sont plus étendues ; l’intégration dans les dispositifs de veille, dans le déploiement des NTIC dans l’entreprise, est souvent faite et assure un rôle aux professionnels de l’I-D.

Quel avenir pour les fonctions de l’I-D et les professions associées ?

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Les professionnels interrogés ne manquent pas de propositions : cartographier le paysage de plus en plus complexe formé par les sour­ces d’information et les outils ; se positionner vis-à-vis des utilisateurs comme médiateurs, facilitateurs/initiateurs de solutions, formateurs, etc.

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La tendance qui se dégage est donc, plus encore que de faire, d’enseigner comment faire, puis coacher les réalisations, afin de sécuriser et professionnaliser l’auto­nomie que les utilisateurs prendront de toute façon.

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Pour les professionnels de l’I-D, la question est de rester au contact des besoins des utilisateurs d’une part, des évolutions de la technologie d’autre part. L’exemple du développement des technologies Internet est tout à fait instructif. Le réseau est essentiellement un amplificateur d’événements, un accélérateur du temps. Dans l’histoire de l’industrie, et plus généralement des sociétés, il y a toujours eu émergence et disparition de fonctions, de métiers, de technologies. Ce qu’il y a de nouveau avec le phénomène Internet est l’effet de levier temporel et spatial : les changements se font très vite et sont répercutés à l’échelle de la planète. Les acteurs les plus touchés par ces mouvements sont ceux qui sont le plus au contact avec les usages correspondant à ces technologies, c’est-à-dire les professionnels de l’infor­mation. D’où la nécessité de développer des stratégies d’adap­tation « agiles » – pour employer une expression dans l’air du temps.

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La technologie montre le chemin à suivre : il ne saurait y avoir simultanément, d’une part des outils de plus en plus conviviaux, simples d’utilisation, facilitant le travail collaboratif, les échanges et le partage ; et d’autre part des personnels et des organisations qui, pour une raison ou une autre, resteraient figés dans des attitudes et des méthodes qui ne collent plus à la réalité des besoins.

Un nouveau cycle ?

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La conduite de l’étude nous a inspiré une question : « Sommes-nous à la fin d’un cycle qui, après avoir vu la création de nouvelles fonctions – de nouveaux métiers même – parallèlement au développement des NTIC, fait le constat de la disparition de certaines de ces fonctions et métiers, du fait du niveau de technicité atteint par ces mêmes technologies ? »

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Nous aurions tendance à répondre par l’affirmative, mais en considérant qu’un autre cycle s’amorce. Les fonctions vont être appelées à se répartir en se rapprochant des besoins et des utilisateurs ; l’exigence en connaissance technique et en mise en place d’organisation sera forte, l’enjeu pour les professionnels de l’I-D étant de préserver leur apport en valeur ajoutée vis-à-vis de leurs utilisateurs.

Plan de l'article

  1. La fonction Information-Documentation dans les grandes entreprises : enquête et analyse
    1. L’enquête
    2. Les résultats
    3. Quel avenir pour les fonctions de l’I-D et les professions associées ?
    4. Un nouveau cycle ?

Pour citer cet article

Stiller Henri, « Métiers et compétences », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2010 (Vol. 47), p. 18-19.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-3-page-18.htm
DOI : 10.3917/docsi.473.0018


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