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Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/3 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.473.0004
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Évoquer l’héritage documentaire de la « culture de l’information » peut sembler une évidence. Cette culture n’est pas pour autant un moyen de qualifier autrement la documentation. Nous souhaitons dans cet article montrer les racines et terrains que se partagent la culture de l’information et les milieux documentaires, notamment professionnels. Ce travail s’inscrit dans la lignée de notre recherche doctorale [20] où nous avons tenté d’effectuer une archéologie [14] du concept de culture de l’information.

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Nous aborderons ici plus particulièrement l’héritage documentaire en rappelant toutefois, comme Claude Baltz [1], que la culture de l’information ne peut être un concept strictement documentaire ni encore moins l’apanage des seuls professionnels de la documentation. Ce concept s’inscrit d’ailleurs au point de rencontre de chemins que rappelle à bon escient Brigitte Juanals [17, p. 12] : « La culture de l’information est un concept qui se trouve à la croisée des sciences de l’information et de la communication, des sciences de l’éducation et de l’informatique. »

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Nous souhaitons examiner ici les conditions d’émergence du concept de culture de l’information dans le milieu des professionnels de l’information et de la documentation. Nous nous appuyons pour cela sur l’analyse d’un corpus de textes scientifiques de référence, essentiellement francophones, ainsi que sur les résultats de l’enquête en ligne que nous avons menée en 2008 auprès d’acteurs du terrain (professeurs-documentalistes, bibliothécaires, documentalistes, etc.). Il s’agissait de comparer les visions de la culture de l’information et de vérifier s’il y avait bien une évolution du concept, avec le passage d’une conception de la « formation des usagers ou élèves à la maîtrise des outils de recherche d’information » à une idée plus ambitieuse de cette formation reposant sur une « culture» de l’information. Nous avons reçu plus de 900 réponses dont près de 800 exploitables [1][1] L’ensemble des résultats peut être consulté en ligne....

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Cette enquête a montré qu’il n’y pas de représentation figée ni encore moins de vision uniforme de la culture de l’information, y compris parmi les professeurs-documentalistes. L’héritage documentaire ne signifie pas qu’il faille y voir une linéarité, voire une téléologie. Nous ne voulons donc pas écrire une histoire positiviste de la culture de l’information, et ce d’autant moins que l’expression – car il est encore difficile d’affirmer que le concept est stabilisé bien que nous nous soyons attelé à ce travail définitionnel – fait encore débat et est loin de faire l’unanimité dans les cercles de la documentation et des bibliothèques. D’autres expressions ou visions de la « formation à l’informa­tion » coexistent, voire concurrencent celle de culture de l’information. Nous présenterons à cet effet quelques résultats de l’enquête menée durant notre recherche doctorale, notamment afin d’évaluer le réel succès de l’expression.

1 - Un héritage technique à faire fructifier et à transmettre

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Parler d’un héritage peut être source de confusion. En effet, le sens de cette notion diffère selon que l’on se place d’un point de vue « littéraire » ou d’un point de vue scientifique et technique. Chez Chateaubriand, par exemple, on trouve une position d’héritage pesant : c’est le respect dans la crainte qui prédomine. Il est au contraire libérateur chez Newton, pour qui le passé est un soutien et non un fardeau. Nous privilégions ce point de vue quand il s’agit d’évoquer l’héritage documentaire de la culture de l’information en rappelant par la même occasion que celle-ci est également une culture technique [27] qui présente une forte dimension citoyenne [21].

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Suzanne Briet [3] avait déjà esquissé les traits de cette évolution assumée de l’héritage technique et scientifique : « Il n’est pas excessif de parler d’humanisme nouveau à ce propos. Une autre race de chercheurs "is in the making". Elle est issue de la réconciliation de la machine et de l’esprit. L’homme moderne ne répudie aucune part de son héritage. Appuyé sur les trésors d’expérience que lui a légués le passé, il se tourne résolument vers le monde de demain. »

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La culture de l’information s’inscrit à la fois dans la lignée des outils constitutifs de la pensée et dans celle des précurseurs de la documentation qui ont imaginé des systèmes et des méthodes rationnelles pour faciliter l’accès au savoir. Il s’agit des logiques de classement, des tentatives de découper le monde afin de le comprendre. Même si ces techniques évoluent continuellement face à la complexité du document numérique et à l’accroissement des données à traiter, la culture de l’information constitue également une archéologie des savoirs en incitant au tri, au choix, à la création de sens afin que, selon la formule de Foucault [14, p. 170], « toutes les choses dites ne s’amassent pas indéfiniment dans une multitude amorphe ».

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Un travail de mise en évidence et de revalorisation de ces techniques et outils est donc primordial, comme le montrait fort justement Sylvie Fayet-Scribe [11] : « Rendre visibles ces techniques intellectuelles est important dans la mesure où justement elles ne semblent pas avoir d’histoire, ou si peu.

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« Relèvent-elles alors de la mémoire et seraient-elles sans cesse réactivées par nos pratiques ? Ou encore sont-elles un éternel présent ? Car, incorporées à nos pratiques, nous n’aurions pas conscience de leur existence ? Prendre en compte leur histoire serait alors prendre des distances, et les rendre pleinement visibles. Les prendre pour objet, ce serait bel et bien, selon la définition philosophique, les voir "indépendamment de l’esprit du sujet". Ne s’agit-il pas aussi de mettre en lumière un "patrimoine culturel immatériel" ? Si les œuvres, les lieux ayant une valeur esthétique ou d’identité nationale ou locale sont bien identifiés comme appartenant au patrimoine, il est plus difficile de considérer des techniques intellectuelles comme des traces culturelles durables de notre patrimoine appartenant à la culture de l’information écrite.

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« Or, que leur utilité fonctionnelle soit disparue ou non, nous considérons qu’elles relèvent d’un bien dont nous avons hérité des générations passées. Elles relèvent de la culture de l’information que notre société actuelle a tout intérêt à bien identifier. »

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Faire référence à l’héritage documentaire, c’est donc rappeler l’héritage technique de la culture de l’information à travers l’ensemble des outils et dispositifs qui servent à mémoriser, archiver et catégoriser informations et connaissances. Sylvie Fayet-Scribe [13] considère d’ailleurs que la naissance d’une culture de l’information issue de la documentation pourrait être située dans les années 1930 [2][2] Initialement, nous avions affirmé dans notre thèse... grâce aux réalisations de pionniers comme Paul Otlet, Henri Lafontaine et Suzanne Briet, mais également grâce à l’influence des associations de bibliothécaires et de documentalistes.

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Cependant, il est encore possible de trouver d’autres racines, notamment à l’époque des Lumières et du projet encyclopédique, comme l’avait déjà montré Brigitte Juanals [17]. Un projet encyclopédique dont l’aspect le plus important est l’ouverture des savoirs et la possibilité offerte au citoyen éclairé de faire, de refaire et d’innover, comme le rappelait justement Gilbert Simondon [27, p. 92-93] : « La grandeur de l’Encylopédie, sa nouveauté, résident dans le caractère foncièrement majeur de ces planches de schémas et de modèles de machines qui sont un hommage aux métiers et à la connaissance rationnelle des opérations techniques. Or, ces planches n’ont pas un rôle de pure documentation désintéressée, pour un public désireux de satisfaire sa curiosité ; l’information y est assez complète pour constituer une documentation pratique utilisable, de manière telle que tout homme qui possède l’ouvrage soit capable de construire la machine décrite ou de faire avancer, par l’invention, l’état atteint par la technique en ce domaine, et de faire commencer sa recherche au point où s’achève celle des hommes qui l’ont précédé. »

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Cette culture technique est pleinement celle des technologies de l’intelligence dont le livre est un des plus illustres exemples : « Les livres, écrit Paul Otlet [23, p. 211], sont devenus les organes par excellence de la conservation, de la concentration et de la diffusion de la Pensée, et il faut les considérer comme des instruments de recherche, de culture, d’enseignement, d’information et de recréation. Ils sont à la fois le réceptacle et le moyen de transport des idées. »

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Les livres sont chez Otlet pleinement des hypomnémata[3][3] Définition d’hypomnémata selon le site Ars Industrialis :... [15] [28], en tant que supports de mémoire et technologies intellectuelles. Il évoque d’ailleurs la lecture récréative qui « délasse, distrait, console, retrempe» et qui est aussi selon lui « recréative » : « Re creative = re-faire le moi. »

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Nous retrouvons ici pleinement la dimension de la culture technique de Simondon, avec cette possibilité de refaire et de créer. Les livres sont également, selon Otlet, des « remèdes de l’âme », c’est-à-dire des pharmaka[4][4] Définition du pharmakon selon le site Ars Industrialis :.... Ils constituent des instruments de prise de soin de soi. Tout le passage sur les différents types de lecture, dans le Traité de documentation, est intéressant car le livre y est présenté comme un instrument de travail et notamment de travail sur soi. Sans doute faut-il également y voir des liens avec les écoles de pensée qui font du livre un cheminement spirituel.

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Actuellement, les hypomnémata sont de plus en plus divers et numériques. Par conséquent, les nouveaux outils numériques et les nouvelles écritures qui se construisent vont continuer à faire évoluer la culture de l’information et poser divers problèmes : « L’un des plus délicats, selon Juanals et Noyer [18, p. 43], est la renégociation politique du partage des savoirs transversaux, des légitimités institutionnelles acquises au cours de la longue histoire technopolitique et passionnelle des savoirs protégés, des opacités cognitives et informationnelles héritées, ou encore de la construction et du partage des secrets. »

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Les mutations évoquées dans ces propos montrent les divers enjeux politiques, institutionnels et professionnels en jeu en ce qui concerne la circulation des informations et des savoirs.

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Suzanne Briet affirmait que « la documentation pour soi ou pour les autres [était] apparue aux yeux de bien des gens comme "une technique culturelle" d’un type nouveau » [3]. Aujourd’hui, cette technique culturelle participe de la transmission de cette culture technique et citoyenne qu’est la culture de l’information et dont les frontières vont au-delà des murs des bibliothèques et des centres de documentation.

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Les associations professionnelles continuent néanmoins de jouer un rôle clé et souvent pionnier dans un cadre qui est celui qu’envisageait le couple Grolier [5][5] Sur Éric de Grolier, on lira également l’article que... : « Éric et Georgette de Grolier, rappelle Sylvie Fayet-Scribe [12, p. 222], insistaient déjà sur la nécessité de mettre l’usager au centre du système d’information et de lui faire acquérir une culture de l’information. »

2 - La culture de l’information et l’influence des professionnels de la documentation

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Les associations professionnelles ont été porteuses de l’expression de culture de l’information et continuent de participer à son expansion en tant qu’acteurs de son émergence. Dans son article [1] publié à la suite de la rencontre ADBS du 18 novembre 1997 [6][6] Journée d’étude du 18 novembre 1997 : « Culture informationnelle :..., Claude Baltz avait tenté de distinguer les différentes cultures de l’information. Il décrivait cinq cultures proches : la culture de l’information au sens de l’ADBS sur laquelle nous allons revenir, la culture de l’info-business, la culture des médias, la culture « info-com » et la culture informatique. Notons au passage que Claude Baltz privilégiait d’ailleurs l’expression de « culture informationnelle » après avoir été tenté par celle de « cyberculture ».

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Nous proposons ici d’étudier les trois principaux axes professionnels de la culture de l’information au travers des influences de l’ADBS, des acteurs des bibliothèques puis des professeurs-documentalistes.

La culture de l’information selon l’ADBS

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Elle constitue la première « culture de l’informa­tion » identifiée par Claude Baltz. L’ADBS a été pionnière en étant porteuse du concept, particulièrement avec la journée d’étude de 1997 proposée en compagnie d’autres associations membres de l’interassociation ABCD (Archivistes, Bibliothécaires, Conservateurs, Documentalistes). Cette dernière regroupait les principales associations professionnelles de l’information-documentation qui se retrouvent désormais au sein de l’IABD (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation). Les premières journées autour de l’expression « culture de l’information » avaient été organisées dans ce cadre interassociatif, avec chaque fois comme initiateur Jean Michel, ingénieur des ponts et chaussées et spécialiste de l’information de l’ENPC (École nationale des ponts et chaussées), alors président de l’ADBS.

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La première s’est déroulée en mars 1995, précédée par des échanges sur la liste adbs-info en 1994. Le compte rendu disponible sur le site du BBF [24] montre que le terme de culture de l’information a été toutefois peu débattu : « ABCD est la toute jeune inter-association, présidée par Jean-Luc Gautier-Gentès, directeur de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, qui rassemble les principales associations de bibliothécaires, de documentalistes et d’archivistes. Elle organisait à la Villette en mars dernier un colloque sur la "culture de l’information", dont l’objectif principal était d’examiner les places et rôles, propositions et stratégies des différents acteurs de la chaîne documentaire dans la vie des citoyens, quels que soient leur âge et leur statut. »

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La seconde rencontre, qui a eu lieu le 31 janvier 1996 à la Cité des sciences et de l’industrie, mettait désormais en avant le caractère conceptuel de la culture de l’information : « Les associations de professionnels intervenant dans le domaine de l’information, de la documentation, des archives et des bibliothèques se sont regroupées pour organiser le premier débat public sur le concept de Culture de l’information.[7][7] Jean Michel, message sur la liste adbs-info, 21 décembre... »

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Depuis, le concept a parfois pris un sens proche de l’intelligence économique ou territoriale, notamment quand il s’agit d’évoquer la culture d’information d’entreprise [4]. Des rapprochements peuvent être également observés avec la gestion des connaissances, voire avec l’architecture de l’information. L’expression semble parfois s’affranchir de toute référence à la documentation ; mais l’on peut observer fréquemment la redécouverte de processus déjà bien connus des professionnels de l’information.

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Brigitte Guyot le soulignait dès 1993 [16] : « Premier paradoxe, les discours proviennent essentiellement d’un certain type d’acteurs, ingénieurs en entreprise ou hommes de management, et très rarement des spécialistes de l’information. En œuvrant pour une véritable culture de l’information, ils reprennent ou redécouvrent parfois des méthodes et approches mises au point depuis longtemps par les spécialistes de l’information documentaire, ce qui est déjà révélateur d’un certain positionnement au sein de l’entreprise. »

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Pourtant, le modèle dominant en ce qui concerne la formation à l’information reste néanmoins nettement issu du monde des bibliothèques.

La culture de l’information orientée « bibliothèque »

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Cette conception est clairement celle qui domine au niveau international, avec notamment les actions menées en ce qui concerne l’information literacy. Même si ce concept anglo-saxon n’est pas tout à fait équivalent à celui de culture de l’information [8][8] Nous montrons notamment dans notre thèse que l’information..., il existe de fortes proximités.

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Mais nous ne souhaitons pas revenir ici sur les aspects liés à la traduction d’information literacy [19] ni au côté international du concept de culture de l’information [22].

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Cette conception s’inscrit dans la lignée de la formation des usagers à l’utilisation de la bibliothèque et de la « maîtrise de l’information ». La formation notamment au sein des universités et des bibliothèques universitaires a évolué au fur et à mesure des avancées technologiques. Ces actions reposent souvent sur des dynamiques locales [9][9] Ce n’est d’ailleurs pas l’apanage de la France. Nous..., ce qui explique l’hétérogénéité des formations dispensées à l’univer­sité et les régulières tentatives de mesure de leur efficacité [10][10] C’était d’ailleurs un des enjeux internationaux au....

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Le contenu est quant à lui variable et dépend des heures allouées. L’objectif étant de ne pas demeurer sur la seule présentation de la bibliothèque universitaire mais de pouvoir proposer aux étudiants une formation plus complète en dépassant la formation des usagers pour aller vers le développement d’une culture de l’information. Le service FORMIST (FORMation à l’Information Scientifique et Technique) de l’Enssib [11][11] www.enssib.fr/formist/presentation a d’ailleurs beaucoup œuvré dans ce sens.

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Nous avons demandé aux professionnels des bibliothèques, dans notre enquête, quel terme leur convenait le mieux pour qualifier ces missions de formation (figure 1). L’expression de « culture de l’information » apparaît la plus appréciée, mais elle ne devance que de peu les expressions plus traditionnelles de « maîtrise de l’information » et de « formation des usagers ». Nous retrouvons à peu près les mêmes proportions chez les assistants et bibliothécaires (figure 2). Nous précisons que nous n’avons pas distingué les personnels des bibliothèques municipales de ceux des bibliothèques universitaires.

Figure 1 - De quel terme vous sentez-vous le plus proche ?Figure 1

Réponses des conservateurs

Figure 2 - De quel terme vous sentez-vous le plus proche ?Figure 2

Réponses des assistants et bibliothécaires

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Les formations dispensées pour les étudiants sont parfois trop procédurales et reposent sur des aspects liés aux bonnes pratiques et sur la projection d’un usager idéal en partie du fait de la domination du modèle des compétences. Christel Candalot-Cassaurang montre dans sa thèse [5] la nécessité de mettre en place des formations plus ambitieuses, reposant d’ailleurs davantage sur des concepts : « L’université, en tant que lieu de conceptualisation, a un rôle à jouer dans la construction de cette culture informationnelle, en proposant aux étudiants d’étudier et comprendre les concepts sur lesquels repose notre "société de l’information". » [6, p. 152]

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Christel Candalot-Cassaurang est certifiée en documentation nommée dans le supérieur. La culture de l’information intéresse en effet grandement la profession de professeur-documentaliste.

La culture de l’information des professeurs-documentalistes

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L’emploi de l’expression de « culture de l’informa­tion » a pris une forte ampleur ces dernières années au sein de la profession : beaucoup de conférences, colloques et journées d’étude abordent justement cette thématique. C’est la dimension pédagogique de la culture de l’information qui prédomine chez les professeurs-documentalistes, qui ont obtenu une reconnaissance et une mission d’enseignement avec la création du Capes en 1989. La profession s’inscrit de ce fait dans une logique de transmission de savoirs et de compétences [12][12] La compétence pouvant être définie, selon Pascal Duplessis....

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La formule « culture de l’information » connaît un succès notable dans une profession qui demeure en quête régulière de légitimité. Les professeurs-documentalistes évoquent fréquemment d’importants besoins de formation des jeunes générations, que les nouveaux médias ne font qu’accroître. Pourtant, cette expression ne fait apparemment pas l’unanimité parmi les 425 professeurs-documentalistes ayant répondu à notre enquête (figure 3). Le concept de « formation des usagers » séduit un grand nombre de répondants, ce qui est fort surprenant car il renvoie surtout à la formation au lieu « CDI » et nullement à une formation à l’information plus ambitieuse.

Figure 3 - De quel terme vous sentez-vous le plus proche ? Réponses des professeurs-documentalistesFigure 3
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Vraisemblablement, le concept de culture de l’information, avec ce qu’il véhicule, suscite encore des interrogations, ce qui explique les nombreuses journées académiques et colloques organisés sur le sujet ces dernières années. Un ouvrage portant le terme de culture de l’information [9] est paru fin 2006 sous la direction de Jean-Louis Durpaire, président actuel du jury des Capes de documentation. La culture de l’information y est surtout abordée à l’échelon d’une politique documentaire d’établissement dont le but est de développer des enseignements informationnels et documentaires en liaison avec les autres disciplines. La dimension didactique y est peu présente, car l’objectif était de montrer des pistes d’intervention possibles.

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L’aspect pédagogique du document, qui est pourtant bien présent étymologiquement, semble devoir être rappelé régulièrement. C’est d’ailleurs ce que tente de réaliser la Fédération des professeurs-documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN), association qui défend les intérêts de ceux-ci et travaille notamment à la légitimité du Capes de documentation et au développement des moyens pour assurer les missions de formation à l’information. Elle a d’ailleurs publié un manifeste intitulé Pour une culture de l’information [10]. Ce texte s’inscrit dans les prescriptions de l’Unesco en ce qui concerne les sociétés du savoir et la nécessaire formation à la maîtrise de l’information.

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Sans proposer de réelle définition, la FADBEN y trace tout de même quelques perspectives qui permettent de comprendre le sens qu’elle donne au concept : « Aujourd’hui, il faut maîtriser l’information pour participer à la société du savoir, permettre la formation tout au long de la vie et le développement de la citoyenneté, favoriser l’intégration sociale et culturelle des individus, et aussi pour des raisons économiques qui sont fortement corrélées au contexte dans lequel nous évoluons. […] Les objectifs de l’éducation à l’information pour l’élève sont les suivants : développement chez tous les élèves d’une culture de l’information, efficacité et cohérence de la formation, éveil de l’esprit critique de l’élève, apprentissage de l’autonomie, de l’apprendre à apprendre. »

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Ce manifeste fait d’ailleurs suite au huitième congrès de l’association organisé en mars 2008 et dont le titre était « Culture de l’information : des pratiques aux savoirs ».

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Le manifeste de la FADBEN rappelait les exigences économiques d’une formation à l’information. Mais l’objectif actuel est surtout la poursuite du travail de rationalisation à travers notamment une démarche didactique.

3 - Une politique de rationalisation à poursuivre

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Cette rationalisation implique notamment de rapprocher l’héritage documentaire de la démarche scientifique en intégrant les concepts issus des sciences de l’information et de la communication. Ce travail est actuellement amorcé par plusieurs chercheurs et acteurs du terrain dont l’ERTé [13][13] Équipe de recherche technique en éducation. « Culture informationnelle et curriculum documentaire » a été une des manifestations les plus visibles. Annette Béguin rappelait d’ailleurs, en introduction à l’ouvrage qui a été publié à la suite au colloque de l’Erté en octobre 2008 [14][14] Voir : « L ’éducation à la culture informationnelle :..., que « l’intérêt pour la culture informationnelle est dans l’air du temps, mais ce thème, en France du moins, est miné de malentendus ; le plus important, me semble t-il, étant de considérer que la culture de l’information au sein de l’École est une sorte de supplément d’âme dont personne ne serait explicitement chargé mais que chacun serait compétent à enseigner. Nous pensons au contraire que la recherche doit fonder la réflexion pédagogique et permettre de rationaliser les décisions institutionnelles. » [2, p. 21]

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Cette entreprise entre dans la continuité pédagogique et scientifique du projet de Paul Otlet [23, p. 4] : « Une rationalisation du Livre et du Document s’impose, partant d’une unité initiale, s’étendant à des groupes d’unités de plus en plus étendus, embrassant finalement toutes les unités, existantes ou à réaliser, en une organisation envisageant, à la base, l’entité documentaire individuelle que forme pour chaque personne la somme de ses livres et de ses papiers. »

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Cette rationalisation doit se poursuivre au-delà de l’organisation des collections et des documents en prenant en compte la dimension pédagogique du document. La didactique de l’information constitue ainsi une piste intéressante. Elle vise à clarifier les notions à transmettre et à mettre en place une progression de la transmission au travers d’un curriculum. Pour cela, Alexandre Serres, Pascal Duplessis et Ivana Ballarini ont structuré un corpus notionnel au sein d’un tableau de 64 notions en 7 notions organisatrices qui fut publié pour la première fois dans la revue de la FADBEN en mars 2007 [8].

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Les notions abordent un environnement informationnel et technique qui prend en compte les évolutions du numérique, les nouveaux médias et notamment les moteurs de recherche. La didactique de l’information s’inscrit pleinement dans une extension de la littératie informationnelle, rejoignant quelque peu le projet, visant à former à l’ensemble des médias, de la translittératie entendue comme « l’habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux[15][15] La traduction en français a été trouvée sur le blog.... » [29].

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Cette convergence de la formation autour des médias anciens et nouveaux est parfaitement décrite par Alexandre Serres [25] : « Il faut donc prendre toute la mesure de la numérisation et de la généralisation d’Internet et des TIC à toutes les sphères de la réalité et repenser, à partir de là, les "literacies" informationnelles. Autrement dit, il faudrait faire une "révolution copernicienne" dans la conception et la définition des différentes formations à l’information : partir de la réalité des pratiques et des techniques de l’information, des enjeux qui leur sont liés, et bâtir ensuite une culture informationnelle globale, intégrant toutes les dimensions de l’information, notamment [des] trois cultures spécifiques[16][16] Voir : Alexandre Serres, « Tentative de comparaison..., portant d’une part sur les médias, la documentation et les bibliothèques, d’autre part sur l’informatique et les outils. Il faudrait y intégrer l’éducation aux images, plus que jamais nécessaire à l’heure de l’explosion des documents vidéos. Il resterait à y ajouter la "cinquième dimension", essentielle […] : la dimension communicationnelle. »

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Cette convergence est aussi un rappel de l’importance de l’écriture et de la lecture. Dans ses recommandations au lecteur [23], Otlet montrait que la lecture diffère d’une simple capacité à épeler. Désormais former à l’information et à la complexité des nouveaux médias suppose une maîtrise de la lecture bien plus que rudimentaire. La majorité des répondants à notre enquête considérait d’ailleurs que les principales difficultés des jeunes générations dans leur recherche d’information étaient imputables à des capacités de lecture et d’analyse déficientes (figure 4).

Figure 4 - Raisons des difficultes rencontrees par les jeunes generations dans la recherche d’informationFigure 4

4 - Un héritage à conserver, une formation à développer

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L’héritage documentaire marque la volonté d’un accès à l’information et à la connaissance sans cesse élargi. Nous avons tenté de montrer que cet héritage devait être préservé tant il permettait de recouvrir les deux aspects du document : celui du renseignement et de la preuve, et celui de l’enseignement. Il a principalement consisté, avec les pionniers de la documentation, dans un accès organisé et facilité pour les lecteurs, notamment de bibliothèques. Désormais, cette organisation et médiation des professionnels est insuffisante au regard de la somme des documents numériques. L’accès aux savoirs repose surtout sur une transmission plus exigeante et ambitieuse : une formation à la culture de l’information dont le projet didactique [17][17] Sur les aspects didactiques de la culture de l’information,... constitue un des éléments actuellement les plus intéressants.

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La culture de l’information n’est pas un nouveau nom pour la documentation mais davantage la poursuite de l’esprit documentaire sous d’autres formes. Elle est encore en émergence et il serait vain de la considérer comme uniforme. Notre enquête datant de 2008, il sera opportun à l’avenir de la réitérer : car au constat d’émergence de l’expression [26] tend en effet à succéder une production scientifique de plus en plus visible ainsi qu’une concrétisation professionnelle que l’on peut particulièrement observer chez les professeurs-documentalistes. •


Références

  • 1 –  Claude BALTZ. « Une culture pour la société de l’information ? Position théorique, définition, enjeux ». Documentaliste – Sciences de l’information, 1998, vol. 35, n° 2, p. 75-82
  • 2 –  Annette BEGUIN-VERBRUGGE. « Préface ». In : Françoise Chapron et Éric Delamotte (dir.). L’éducation à la culture informationnelle. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2010
  • 3 –  Suzanne BRIET. Qu’est-ce que la documentation ? Paris : EDIT, 1951. Disp. sur http://martinetl.free.fr/suzannebriet/questcequeladocumentation
  • 4 –  Franck BULINGE. Pour une culture de l’information dans les petites et moyennes organisations : un modèle incrémental d’intelligence économique. Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication. Université de Toulon et du Var, 2002. http://bulinge.univ-tln.fr/Franck_Bulinge/These/These.pdf
  • 5 –  Cristel CANDALOT dit CASAURANG. Formation aux compétences informationnelles en premier cycle universitaire : études et réflexions. Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication. Université de Bordeaux 3, 2004
  • 6 –  Cristel CANDALOT dit CASAURANG. « La formation à la maîtrise de l’information au cœur du paradigme informationnel : étude de cas dans le premier cycle universitaire ». Esquisse, 2007, n° 50-51, p. 147-154. www.aquitaine.iufm.fr/recherche/esquisse/pdf/esquisse50art13.pdf
  • 7 –  Pascal DUPLESSIS. « L’enjeu des référentiels de compétences info-documentaires dans l’Éducation nationale ». Documentaliste - Sciences de l’information, 2005, vol. 42, n° 3, p. 178-189. www.adbs.fr/l-enjeu-des-referentiels-de-competences-info-documentaires-lt-br-gt-dans-l-education-nationale-15341.htm?RH=REVUE
  • 8 –  Pascal DUPLESSIS, Alexandre SERRES. « Une nouvelle étape vers une didactique de l’information ? ». Médiadoc, mars 2007 : « Les savoirs scolaires en information-documentation : 7 notions organisatrices », p. 5-9
  • 9 –  Jean-Louis DURPAIRE. Culture de l’information et disciplines d’enseignement. Toulouse : SCÉRÉN-CRDP Midi-Pyrénées, 2006
  • 10 –  FADBEN. Manifeste 2008 : Formation à une culture de l’information. 15 octobre 2008. www.fadben.asso.fr/spip.php?article46
  • 11 –  Sylvie FAYET-SCRIBE. « Chronologie des supports, des dispositifs spatiaux, des outils de repérage de l’information ». Solaris, décembre 1997. n° 4. http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/d04/4fayet_0intro.html
  • 12 –  Sylvie FAYET-SCRIBE. « L’apparition d’une maîtrise concertée de l’information en France : étude de trois associations professionnelles dans l’entre-deux-guerres ». Documentaliste – Sciences de l’information, 1998, vol. 35, n° 4-5, p. 216-228. www.adbs.fr/l-apparition-d-une-maitrise-concertee-de-l-information-en-france-etude-de-trois-associations-professionnelles-dans-l-entre-deux-guerres-13416.htm?RH=REVUE
  • 13 –  Sylvie FAYET-SCRIBE. Histoire des outils de médiation du savoir, naissance d’une culture de l’information : 1895-1937. Thèse d’habilitation à diriger des recherches. Université Paris 1, 1999
  • 14 –  Michel FOUCAULT. L’archéologie du savoir. Paris : Gallimard, 1969
  • 15 –  Michel FOUCAULT. Dits et écrits. Tome 2 : 1976-1988. Paris : Gallimard, 2001
  • 16 –  Brigitte GUYOT. « Un nouvel espace d’intelligence ? La veille en entreprise ». In : IDT 93, L’information, intelligence de l’entreprise, Paris, 22-24 juin 1993 : Textes des communications. P. 160-164. Disp. sur : www.brigitte-guyot.com/textes?_Zip/IDT93_veille.pdf
  • 17 –  Brigitte JUANALS. La culture de l’information. Du livre au numérique. Paris : Lavoisier, 2003
  • 18 –  Brigitte JUANALS, Jean-Max NOYER. « De l’émergence de nouvelles technologies intellectuelles ». In : Brigitte Juanals et Jean-Max Noyer (dir.). Technologies de l’information et intelligences collectives. Paris : Hermès Lavoisier, 2010. P. 25-73
  • 19 –  Olivier LE DEUFF. « La culture de l’information : quelles "littératies" pour quelles conceptions de l’information ? » In : Gérard Regimbeau et Viviane Couzinet (dir.). Organisation des connaissances et société des savoirs : concepts, usages, acteurs : actes du 6e colloque international du chapitre français de l’ISKO, 7 et 8 juin 2007, Toulouse. Toulouse : Université Paul Sabatier – LERASS-MICS, 2007. Disp. sur : http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/docs/00/28/61/84/PDF/cultureinfoisko.pdf
  • 20 –  Olivier LE DEUFF. La culture de l’information en reformation. Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication (sous la dir. d’Yves Chevalier). Université Rennes 2, septembre 2009. http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/42/19/28/PDF/theseLeDeuff.pdf
  • 21 –  Olivier LE DEUFF. « La culture de l’information et la dimension citoyenne ». Les Cahiers du numérique, 2009, vol. 5, n° 3 : « La culture informationnelle », p. 39-49
  • 22 –  Olivier LE DEUFF. « Bouillon de cultures : la culture de l’information est-elle un concept international ? ». In : Françoise Chapron et Éric Delamotte (dir.). L’éducation à la culture informationnelle. Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2010. P. 49-57
  • 23 –  Paul OTLET. Traité de documentation. Le livre sur le livre : théorie et pratique. Liège : Centre de lecture publique de la Communauté française de Belgique ; Bruxelles : Ed. Mundaneum-Palais mondial, 1989. [Reprod. en fac-sim. de l’éd. de Bruxelles : Van Keerberghen, 1934]
  • 24 –  Martine POULAIN. « Pour une culture de l’information ». Bulletin des bibliothèques de France, 1995, n° 3, p. 64-65. http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1995-03-0064-001
  • 25 –  Alexandre SERRES. « Information, media, computer literacies : vers un espace commun de la culture informationnelle ? ». Séminaire du GRCDI « Didactique et culture informationnelles : de quoi parlons-nous ? », Rennes, 14 septembre 2007. URFIST de Rennes, 2008. www.sites.univ-rennes2.fr/urfist/system/files/SeminaireGRCDI_2007_A.Serres_territoires cultinfo.doc
  • 26 –  Alexandre SERRES. « La culture informationnelle ». In : Fabrice Papy (dir.). Problématiques émergentes dans les sciences de l’information. Paris : Hermès Lavoisier, 2008. P. 137-160
  • 27 –  Gilbert SIMONDON. Du mode d’existence des objets techniques. Paris : Aubier, 1989
  • 28 –  Bernard STIEGLER. Prendre soin. Tome 1 : De la jeunesse et des générations. Paris : Flammarion, 2008
  • 29 –  Sue THOMAS, et al. « Transliteracy: Crossing divides ». First Monday, 3 December 2007, vol. 12, n° 12. http://firstmonday.org/htbin/ cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/viewArticle/2060/1908

Notes

[1]

L’ensemble des résultats peut être consulté en ligne dans les annexes de notre thèse [20].

[2]

Initialement, nous avions affirmé dans notre thèse que Sylvie Fayet-Scribe ne datait pas précisément cette naissance de la culture de l’information. Après discussion, elle nous a précisé qu’au contraire elle la faisait naître dans les années 30.

[3]

Définition d’hypomnémata selon le site Ars Industrialis : « Les hypomnémata, au sens général, sont les objets engendrés par l’hypomnesis, c’est-à-dire par l’artificialisation et l’extériorisation technique de la mémoire. Les hypomnémata sont les supports artificiels de la mémoire sous toutes leurs formes : de l’os incisé préhistorique au lecteur MP3, en passant par l’écriture de la Bible, l’imprimerie, la photographie, etc.

Les hypomnémata au sens strict sont des techniques spécifiquement conçues pour permettre la production et la transmission de la mémoire, ce sont des supports extériorisés de mémoire qui permettent d’élargir notre mémoire nerveuse. » (http://arsindustrialis.org/hypomn%C3%A9mata)

[4]

Définition du pharmakon selon le site Ars Industrialis : « En Grèce ancienne, ce mot désigne à la fois un remède, un poison, et un bouc-émissaire. Tout objet technique est pharmacologique, à la fois poison et remède. » (http://arsindustrialis.org/pharmakon)

[5]

Sur Éric de Grolier, on lira également l’article que lui consacre Marie-France Blanquet dans savoir-cdi, octobre 2008, www.savoirscdi.cndp.fr/index.php?id=429

[6]

Journée d’étude du 18 novembre 1997 : « Culture informationnelle : définition, effets, enjeux, appropriation ». www.ADBS.fr/culture-informationnelle-definition-effets-enjeux-appropriation-11343.htm?RH=AGENDA_JETUDE

[7]

Jean Michel, message sur la liste adbs-info, 21 décembre 1995. http://listes.ADBS.fr/sympa/arc/ADBS-info/1996-01/msg00007.html

[8]

Nous montrons notamment dans notre thèse que l’information literacy est très marquée par un paradigme informationnel d’essence états-unienne qui fait de l’information la nouvelle matière première.

[9]

Ce n’est d’ailleurs pas l’apanage de la France. Nous retrouvons cet état de fait dans toutes les universités, notamment américaines ou anglaises, dont sont pourtant issus les principaux modèles dans le domaine de l’information literacy.

[10]

C’était d’ailleurs un des enjeux internationaux au niveau de l’IFLA et de son soixante-quatorzième congrès, en août 2008, dont un des thèmes de la section Information literacy était le retour sur investissement. L’appel à communication mentionnait la nécessité d’évaluer : « Du lycée à l’université, la tendance actuelle indique un nombre d’études limité mais en développement sur l’évaluation des étudiants et des formations. En effet, la question de l’évaluation est cruciale pour vérifier l’acquisition des compétences des apprenants et l’efficacité des enseignements. »

[12]

La compétence pouvant être définie, selon Pascal Duplessis [7, p. 187], comme la somme de savoirs et de savoir-faire.

[13]

Équipe de recherche technique en éducation.

[14]

Voir : « L ’éducation à la culture informationnelle : colloque international, Lille 16-17-18 octobre 2008 », Documentaliste - Sciences de l’information, 2009, vol. 46, n° 1, p. 6.

[15]

La traduction en français a été trouvée sur le blog de François Guite (www.opossum.ca/guitef/archives/003901.html). Citation originale : « Transliteracy is the ability to read, write and interact across a range of platforms, tools and media from signing and orality through handwriting, print, TV, radio and film, to digital social networks. »

[16]

Voir : Alexandre Serres, « Tentative de comparaison des trois cultures : culture des médias, culture de l’information, culture des TIC ». Séminaire du GRCDI, Rennes, 14 septembre 2007. www.sites.univ-rennes2.fr/urfist/system/files/SeminaireGRCDI_2007_A.Serres_TerritoiresCultInfo_TableauComparaison.doc. Document annexe à [25].

[17]

Sur les aspects didactiques de la culture de l’information, le site du GRCDI (Groupement de recherche sur la culture et la didactique de l’information) présente de nombreuses références autour de ces enjeux. http://culturedel.info/grcdi

Résumé

Français

Avec la « société de l’information » est apparue la notion de « culture de l’information » qui, bien au-delà des professionnels, concerne aujourd’hui tout un chacun. En s’appuyant sur la littérature scientifique et sur une enquête menée auprès des acteurs de terrain, Olivier Le Deuff montre dans cet article l’influence de la documentation et des professionnels de l’information-documentation sur ce concept de culture de l’information. Il évoque notamment l’héritage des techniques documentaires en tant que technologies de l’intelligence et l’influence des associations professionnelles dans l’émergence et la construction du concept. Ce dernier s’inscrit dans la poursuite pédagogique et scientifique d’une politique de rationalisation dont relève désormais la didactique de l’information.

English

The information culture and its heritageThe information society has brought with it the idea of an information culture that goes beyond the professional sphere and concerns the general public. Based on a review of the scientific literature and a survey of professionals, Oliver le Deuff describes how the information and library profession and professionals have influenced this concept. He draws attention to the heritage of information techniques as intelligence technologies and the influence of professional associations in developing this concept. This concept is now integrated in professional training that incorporates rationalizing policies.

Español

La cultura de la información y el legado documentalCon la "sociedad de la información”, ha aparecido el concepto de “cultura de la información” que, además de a los profesionales, hoy en día concierne a todos. Basándose en la literatura científica y en una encuesta llevada a cabo a los actores del campo, Olivier Le Deuff pone de manifiesto en este artículo la influencia de la documentación y de los profesionales de la información-documentación sobre el concepto de cultura de la información. Especialmente, evoca el legado de las técnicas documentales como tecnologías de la inteligencia y la influencia de las asociaciones profesionales en la emergencia y construcción del concepto. Esto último tiene que ver con la búsqueda pedagógica y científica de una política de racionalización que, de ahora en adelante, releva a la didáctica de la información.

Deutsch

Die Informationskultur und das dokumentarische ErbeMit der ?Informationsgesellschaft“ ist auch der Begriff der ?Informationskultur“ erstanden, der heute jenseits der Fachleute einen jeden einzelnen von uns betrifft. Olivier Le Deuff zeigt uns in diesem Aufsatz den Einfluss der Dokumentation und der Informations- und Dokumentationsfachleute auf das Konzept der Informationskultur, indem er sich auf die wissenschaftliche Literatur und auf eine Befragung bei Akteuren vor Ort stützt. Insbesondere nennt er das Erbe der dokumentarischen Techniken als Technologie des Wissens und den Einfluss der Fachverbände bei der Entstehung und dem Aufbau des Konzepts. Letzteres ist Bestandteil der pädagogischen und wissenschaftlichen Weiterführung einer Politik der Rationalisierung, in dessen Bereich die Informationsdidaktik fällt.

Plan de l'article

  1. 1 - Un héritage technique à faire fructifier et à transmettre
  2. 2 - La culture de l’information et l’influence des professionnels de la documentation
    1. La culture de l’information selon l’ADBS
    2. La culture de l’information orientée « bibliothèque »
    3. La culture de l’information des professeurs-documentalistes
  3. 3 - Une politique de rationalisation à poursuivre
  4. 4 - Un héritage à conserver, une formation à développer

Pour citer cet article

Le Deuff Olivier, « La culture de l'information et l'héritage documentaire », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2010 (Vol. 47), p. 4-11.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-3-page-4.htm
DOI : 10.3917/docsi.473.0004


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