Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/3 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.473.0070
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 70 - 76

Une exploration minutieuse du projet Google Livres

Google Livres et le futur des bibliothèques numériques : historique du projet, techniques documentaires, alternatives et controverses., Alain Jacquesson, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2010. 223 p. (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). ISBN 2-7654-0980-9 : 36 €

1

Indexer quinze millions d’ou­vrages, ce sont 200 000 millions d’occurrences de mots significatifs de plus ! S’il fallait le résumer en une seule phrase, tel est sans doute le véritable enjeu de Google Livres.

2

Mais, pour permettre au lecteur de se forger une opinion sur l’impact de ce projet, il était utile de partir des débuts et de retracer le parcours des deux créateurs de Google qui, pour bâtir leur algorithme, ont su reprendre avec originalité – soit avec une grande simplicité pour l’utilisateur, comme on l’aura compris – les techniques des bibliothécaires et des documentalistes. Cette indéniable success story, fondée également sur la publicité contextuelle, a permis à Google de prendre une avance qui semble aujourd’hui irrattrapable et de connaître une ascension qui semble inexorable.

3

Google étend progressivement son empire et Google Livres n’en est qu’un service parmi d’autres – mais quel service ! Google, cependant, n’est pas l’inventeur des bibliothèques numériques : c’est une partie tout à fait passionnante de cet ouvrage que celle qui présente les détails des nombreux autres projets développés auparavant ou parallèlement, dans des contextes très variés. C’est dans ce cadre que, le 14 décembre 2004, l’annonce de Google Print a représenté un véritable « tremblement de terre ».

4

On découvre aussi comment le projet Bibliothèques a mûri depuis Books dès 2002, soit quatre ans après la création de l’entreprise, du métronome utilisé pour garder le rythme de la numérisation jusqu’au processus industriel avancé d’aujourd’hui. Même si la culture du secret est poussée à un degré élevé, tant pour les aspects techniques que commerciaux, ce qui est « nouveau dans le monde des bibliothèques », on connaîtra les grandes lignes des liens tissés petit à petit, depuis le premier partenariat avec l’université du Michigan jusqu’au premier accord avec un État, l’Italie, en mars 2010.

5

Si Google Livres présente encore des faiblesses, notamment au regard des métadonnées, de la stabilité des adresses ou encore des doublons, peu importe ! Celles-ci d’ailleurs ne tardent généralement pas à se résorber. Google n’a-t-il pas conclu le 19 mai 2008 un accord avec OCLC (Ohio College Library Center) et ses 169 millions de notices bibliographiques, ce qui pourrait améliorer, progressivement certes, la situation ? Une alliance bien moins médiatisée que d’autres mais tout aussi cruciale, dont les éléments en jeu sont analysés finement.

6

Alors, certes, « Google fouille, mais n’organise pas ». Il représente plutôt un réservoir qu’une bibliothèque, comme le lui reprochaient Jean-Noël Jeanneney et bien d’autres. Foin des règles juridiques actuelles, du droit d’auteur, mais aussi du copyright, puisque Google aurait une vision très particulière de ce régime, et que l’opt-out sera qualifiée de « méthode de Far West ». Consacré aux controverses, le long chapitre 10, très documenté lui aussi, permet de se replonger dans les détails des nombreux litiges soulevés de part et d’autre de l’Atlantique, des deux versions du Règlement (accord liant Google à des représentants d’auteurs et d’éditeurs), des arguments donnés par divers gouvernements, associations et entreprises concurrentes, et de prendre ainsi la mesure d’une décision attendue du juge américain, pour l’instant repoussée à une date non connue.

7

Google Livres, bien sûr, pose aussi des questions en matière de censure, qu’elle soit exercée pour des raisons politiques ou commerciales ; des questions culturelles, sur la nature du patrimoine qui sera mis en valeur ; ou encore des questions relatives à la vie privée. Google bibliothécaire, Google libraire et aujourd’hui aussi Google éditeur ne manqueront pas d’avoir un impact sur la TVA, le prix unique du livre, les droits de douane, les services bancaires, etc. Google n’a-t-il pas aussi amassé un pactole avec les œuvres orphelines, valorisable, sans réelle contrepartie, avec la montée en puissance des tablettes de lectures ?

8

Des éditeurs « naïfs », ou « sournois » si l’on estime que les grands perdants sont les libraires ? Des bibliothèques « ingénues », car il n’est pas sûr, à la lumière des travaux qu’elles réalisent en amont, qu’elles obtiennent, contrairement à Google, un réel retour sur investissement, et surtout parce qu’elles auraient « fourni à Google les munitions de la bataille » ? On se le demande toujours… Alain Jacques­son, bibliothécaire, ne manque pas non plus de retracer l’expérience des périodiques électroniques (les universités ont été progressivement amenées à payer très cher l’accès aux articles de leurs propres chercheurs), car l’abonnement proposé par Google aux institutions culturelles pourrait être très rapidement modifié.

9

Mais c’est l’avenir des bibliothèques numériques qui est le véritable objet de l’ouvrage. Google n’étant pas et ne devant pas rester seul, on jettera un regard attentif sur Europeana, Hathi Trust, Internet Archive, Gallica et diverses réalisations de niches qui poursuivent leur carrière… Mais alors que, dans ce paysage qui bouge très vite, une position commune des bibliothèques serait utile pour « faire baisser la pression », il semble qu’il n’y ait pas encore d’alternative réelle.

10

Or, Google Livres, ce sont des données de toutes natures et Google, qui étend déjà son service aux périodiques, aux magazines, l’étendra bientôt aux œuvres sonores. Il conviendrait d’établir un maillage autour des bibliothèques numériques, avec l’appui d’entre­prises commerciales et des pouvoirs publics, quand bien même l’équi­libre entre la logique privée et la logique publique reste encore à trouver.

11

« Ni repenti ni thuriféraire béat », pouvait-on lire aussi. Mais « il faudra bien des années pour que l’on prenne toute la mesure » du service Google Livres pour le marché du livre et la chaîne de ses acteurs, l’évolution du droit d’auteur, la lecture, la recherche et l’enseignement, l’accès au savoir et l’exercice de la citoyenneté. Et si Google n’a jamais été une « utopie culturelle », il est très certainement un « choc » qui devrait être « stimulant ». Reste à prendre la question à bras le corps pour que l’opération soit à terme « gagnant/gagnant » ! •

12

Michèle Battisti

Pour une initiation aux sciences de l’information

Introduction aux sciences de l’information., Sous la direction de Jean-Michel Salaün et Clément Arsenault, Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2009. 235 p. ISBN 978-2-7606-2114-5 : 27 €, Paris : La Découverte, 2010. 235 p. ISBN : 978-2-7071-5933-5 : 17 €

13

Voici un livre au titre prometteur qui a pour « ambition de fournir à ses lecteurs les clés d’entrée dans le monde des sciences de l’information ». Dans l’introduction de ce document aux auteurs multiples, Clément Arsenault et Jean-Michel Salaün le présentent comme le « premier manuel francophone de base en sciences de l’information du nouveau millénaire ». Celui-ci s’adresse essentiellement à des étudiants candidats à une maîtrise professionnelle. Cela justifie le choix d’une approche pragmatique plutôt que d’une approche épistémologique. Ce qui pourra surprendre les lecteurs qui, attirés par le titre, penseront trouver dans cet ouvrage les bases théoriques des sciences de l’information. Mais, rappellent les auteurs, « ce livre n’est qu’une introduction, forcément incomplet pour la simple raison que le monde des sciences de l’information, par son dynamisme et sa vitalité, évolue aujourd’hui à une vitesse prodigieuse ».

Une architecture en cinq chapitres

14

Le premier chapitre, « Les professions et les institutions », trace les contours des différentes familles professionnelles (bibliothécaire, archiviste, documentaliste, records manager) tout en signalant que, du fait du numérique, les clivages traditionnels sont aujourd’hui estompés par un effacement relatif des frontières et un éclatement des spécialités. On s’achemine vers le concept de professions de l’information qui se traduit dans les intitulés et les formations des écoles spécialisées. Sont ensuite abordées les institutions : bibliothèques, centres de documentation et services d’archives, leurs missions et leurs évolutions face à la multiplication des supports mais aussi à l’impact du numérique. Le chapitre se termine par une brève présentation des principales associations internationales, nord-américaines et françaises, et de leurs ressources informationnelles, qui défendent les valeurs et les intérêts des professionnels de l’information.

15

« Le traitement du document », objet du chapitre 2, comporte deux parties principales. La première traite de la description des documents et évoque l’importance grandissante des normes et des formats d’encodage. Ceux-ci sont illustrés de façon très pédagogique à partir d’un même exemple. Les produits issus de ce traitement : catalogue, bibliographie, index analytique, instrument de recherche et inventaire de fonds, font l’objet d’une rapide présentation.

16

La deuxième partie de cet important chapitre est consacrée au traitement intellectuel des documents avec la présentation des principales classifications encyclopédiques. Sont ainsi rappelés les grands principes de la Dewey Classification et de celle de la Library of Congress. La catégorisation et la classification automatiques sont exposées si rapidement que le lecteur visé ne peut que comprendre qu’il s’agit là d’un domaine technique complexe. Ceci ne l’oriente pas vraiment, comme le promettent les auteurs, « vers des savoirs pratiques et concrets ». L’exposé sur l’indexation, ses processus et ses opérations, et sur les langages documentaires permet de revenir vers une documentation plus classique. Il en va de même pour la condensation des documents. Le lecteur pourra avoir l’impression qu’archives et archivistes sont un peu oubliés dans ce chapitre, ce que confirme sa courte bibliographie finale.

17

Dans le troisième chapitre, « La recherche d’information », les auteurs posent les fondements historiques, les concepts-clés de toute recherche d’information : données, information et connaissance, et analysent les composants de base d’un système de recherche d’information. Ils en décrivent les étapes pour le système comme pour l’usager. Ils explicitent également, mais un peu rapidement, des modèles de comportement informationnel qui caractérisent le chercheur d’information et permettent de mieux le comprendre.

18

Suit la présentation des sources et des services d’information : services commerciaux ou ressources en accès libre récapitulés dans un tableau. Les ressources en accès libre permettent de décrire les répertoires, les moteurs et métamoteurs, les outils spécialisés, les ouvrages de référence et les ressources web. Le web permet d’accéder aux ressources bibliographiques : les catalogues des bibliothèques et les archives ouvertes. Cependant, les auteurs n’expliquent pas clairement ce que sont ces dernières et le lecteur non averti peut penser que les services et centres d’archives décrits dans le premier chapitre donnent accès en ligne à leurs ressources, comme le font les bibliothèques. Il y a là un risque de confusion que les enseignants connaissent bien et qu’il importe de lever.

19

Les auteurs décrivent ensuite longuement les procédures de recherche. Les modalités de recherche sont à rapprocher du passage portant sur les modèles de comportement informationnel qui comprennent le furetage et le mode recherche (mais nulle part, il n’est question de sérendipité ou de zemblanité, concepts chers aux professionnels français de l’information !). Les techniques de recherche ainsi que les stratégies de recherche sont clairement expliquées. Les techniques avancées et automatisées font l’objet d’une courte présentation. La question de l’évaluation clôture ce long chapitre essentiel et technique qui, avec le chapitre 2, représente « le cœur des savoirs professionnels ». Dès lors, le lecteur peut s’étonner de la brièveté de la bibliographie proposée mais également du niveau savant des livres qui la composent. Et ici, encore, le lecteur a l’impression que les archives sont un peu oubliées.

20

« Les pratiques des utilisateurs » (chapitre 4) débute par une brève histoire de la lecture et des pratiques culturelles. Cela débouche sur le constat de l’importance prise par l’image au détriment de la lecture. L’avènement du numérique, pour sa part, entraîne de nombreuses et profondes ruptures. « Les natifs numériques ont massivement adopté le nouveau média. Leurs aînés s’y mettent avec plus de difficulté », constatent les auteurs qui n’oublient pas la fracture numérique qui sépare le monde en deux et renforce la nécessité d’une formation à la maîtrise de l’information. L’angle retenu pour ce chapitre n’est pas technique mais plutôt historique et sociétal. Il ne peut qu’intéresser le lecteur invité à réfléchir sur ce qui se passe autour de lui, ce que ne permet pas de comprendre le titre qui lui est donné. Plus que sur les pratiques des utilisateurs, ce chapitre porte plutôt sur les enjeux et les défis qui se dessinent pour l’avenir.

21

Après avoir rappelé quelques stéréotypes sur l’importance de l’information dans nos sociétés et dans les entreprises, les auteurs du chapitre 5, « La gestion stratégique de l’information », apportent quelques précisions terminologiques avant d’analyser l’évolution de ce concept. Ils en décrivent les fondements ou concepts-clés – la veille stratégique, la gestion des connaissances et de la mémoire organisationnelle –, puis commentent des situations observées, telle la politique d’information du gouvernement fédéral canadien.

22

Cet ouvrage se termine par une liste des abréviations, une autre des ouvrages cités, et un index, outil bienvenu d’assistance à la lecture de ce document si riche en information.

Une présentation syncrétique des sciences de l’information

23

Ce manuel, mélange d’ancien et de moderne, écrit par l’ensemble des professeurs de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal et qui se veut « un manuel de base pour les étudiants commençant leurs études », ne parvient qu’en partie à son objectif. Il l’atteint en donnant à des débutants une vue syncrétique de ce que sont les sciences de l’information, de leur complexité, de leur évolution rapide et constante. Il ne l’atteint pas quand il ouvre sur des chapitres trop savants tels l’étude des modèles de comportement informationnel ou sur des points si rapidement traités qu’ils ne permettent pas d’en mesurer la complexité. Les quelques lignes consacrées à la synthèse, par exemple, ne permettent pas de comprendre combien il est difficile d’établir – et pourquoi – une note de synthèse, une synthèse bibliographique, une synthèse documentaire… Certains sujets sont trop vite ou trop peu abordés – les apports du numérique, par exemple, les évolutions qu’il entraîne, l’édition, les bibliothèques et les librairies numériques –, d’autres semblent ne pas avoir leur place, car trop savants, dans ce manuel dont les objectifs sont très bien précisés dans l’introduction.

24

Par ailleurs, la construction de l’ouvrage entraîne une dispersion d’informations qui auraient mérité d’être rassemblées en un seul point : tout ce qui concerne l’utilisateur, par exemple. On peut également regretter l’absence de chapitres sur le marketing, le management ou les prestations documentaires, ou sur l’histoire des sciences de l’information, qui auraient pu attirer l’attention sur des facettes de la chaîne documentaire à laquelle se réfèrent les auteurs pour construire leur ouvrage.

25

Malgré ces points discutables, les professionnels de l’information ne peuvent que se réjouir de la publication de cette étude écrite par des enseignants de l’une des plus prestigieuses écoles supérieures en sciences de l’information. Ce livre confirme l’importance de ces sciences, justifie les formations qui lui sont vouées. La diversité des sujets proposés en prouve la richesse et le bien-fondé. Ils appellent tous un approfondissement auquel, sans nul doute, les étudiants en sciences de l’information seront curieux de se livrer. •

26

Marie-France Blanquet

Une excellente synthèse sur les bibliothèques numériques

Bibliothèque numérique et recherche d’informations., Abderrazak Mkadmi et Imad Saleh, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2008. 281 p. (Information, hypermédias et communication, ISSN 1945-0337). ISBN 978-2-7462-1820-8 : 59 €

28

Les éditions Hermès Science Publications poursuivent leur exploration des dernières avancées technologiques du Web avec cet ouvrage dirigé par deux enseignants-chercheurs en sciences de l’information, Abderrazak Mkadmi et Imad Saleh. Très dense, ce livre est divisé en six chapitres.

29

Un premier chapitre est consacré aux systèmes de recherche d’information : il présente ce qu’est un SRI et ce qu’est l’information. À quoi s’ajoute l’opération d’indexa­tion, également décrite. Mais c’est la recherche d’infor­mation qui est ici mise en vedette, avec les différents modèles théoriques fondés sur la logique booléenne, la probabilité, les vecteurs. Les utilisateurs ne sont pas oubliés et sont modélisés à leur tour.

30

Le chapitre 2 est consacré aux documents numériques et se fonde sur les travaux d’Hervé Le Crosnier. Comment un document numérique se présente-t-il ? Sont successivement détaillés : l’architecture, les langages de balisage de documents (SGML ; DTD ; TEI ; EAD, etc.), les langages de balisage multimédia (XML ; XPath ; XLink ; XQuery ; RDF, etc.), les langages de balisage des documents en mode image (Postscript ; PDF). Un paragraphe sur le livre numérique et quelques définitions complètent cette présentation.

31

Le traitement du document numérique mérite toute notre attention : d’un point de vue technique, avec la reconnaissance optique de caractères ; du point de vue du catalogueur, avec la norme ISBD et le format Marc et la zone 856. Les auteurs abordent en parallèle les formats Internet (HTML, TEI, MCF, Dublin Core, SGML, XML) et les formats bibliographiques. Com­ment consulter les documents numérisés ? Comment les indexer ? Les rechercher ? Autant de points abordés en fin de chapitre.

32

Le chapitre 3, « La bibliothèque numérique », montre la difficulté actuelle d’en donner une définition, et de distinguer entre bibliothèque numérique, électronique et virtuelle. Ces notions se rejoignent cependant autour du concept de « virturéalité ». Quels sont les fondements de la bibliothèque numérique ? Les auteurs en voient trois : l’informatisation des bibliothèques, l’accès aux télécommunications et les outils de recherche d’information.

33

Une part importante de ce chapitre est consacrée aux « Usages et usagers des bibliothèques numériques » (§ 3.7) : prenant comme base les besoins des usagers, sont abordés et développés ensuite l’usage du web, les archives ouvertes (protocoles, organisation, interopérabilité, le système Creative Commons). De nombreux projets de numérisation (dont Google Books bien sûr, mais pas seulement : Europeana, la BnF, « Mémoires du monde » de l’Unesco…) sont en cours.

34

Intitulé « Bibliothèque numérique et travail collaboratif », le quatrième chapitre prolonge la réflexion en insistant sur le fait qu’une bibliothèque numérique n’a d’intérêt que si des services et une médiation sont associés. Les outils actuels permettent un réel travail collaboratif : groupware, workflow, TCAO (travail collaboratif assisté par ordinateur). D’autres angles sont pris, telles la collaboration dans les bibliothèques physiques et numériques (bibliographies, liens, annotations, etc.) ou la recherche d’information associée. Différents systèmes en découlent : rédaction, écriture, dessin, musique, apprentissage collaboratifs. Les auteurs illustrent leur propos au travers de projets en cours : ARIADNE, BAMBI, DEBORA.

35

« Bibliothèque numérique et Web sémantique » : le chapitre 5 aborde la notion de Web 2.0 et ce qu’elle apporte aux bibliothèques numériques (partager l’informa­tion, commenter, critiquer, personnaliser le contenu…), puis développe celle de Web sémantique. Donner du sens à l’information, permettre aux machines (en l’occurrence les moteurs de recherche) de « raisonner » en s’ap­puyant sur les ontologies, effectuer des recherches sur le contenu, arriver à plus de pertinence dans les résultats obtenus…

36

Le chapitre 6, « Les Biblio­thèques numériques et les logiciels libres », remonte aux premiers temps du concept de logiciel libre pour les bibliothèques, notamment avec le logiciel ISIS de l’Unesco qui existe toujours sous le nom de CDS/ISIS. D’autres exemples sont fournis avec Koha, PMB et Greenstone.

37

En conclusion à cet ouvrage, les auteurs dressent un tableau comparatif de la bibliothèque traditionnelle et de la bibliothèque numérique, en soulignant les évolutions récentes dont le Web 2.0 n’est pas la moindre.

38

Cet ouvrage est une excellente synthèse du monde numérique rapporté aux bibliothèques et aux professionnels de l’information. On peut lui reprocher d’aborder principalement les aspects techniques – les normes, les formats, les logiciels… — pour laisser de côté d’autres aspects de ce monde numérique que les auteurs considèrent encore à l’état « adolescent ». Mais ce serait l’objet d’un (ou de plusieurs) autre(s) ouvrage(s) et il est vrai que nos métiers sont en grande partie techniques. Bien que le titre annonce « la recherche d’informa­tions », celle-ci est vue de manière très éclatée, surtout dans les derniers chapitres, le sujet principal étant vraiment « la bibliothèque numérique ».

39

Il y a quelques manques, tels les moteurs de recherche qui sont assez peu traités, ou l’aspect services, avec les services de référence virtuels, absents de l’ouvrage. Les auteurs ont volontairement pris l’angle « bibliothèque » plutôt que « documentation », ce qui se retrouve dans la bibliographie (où, par exemple, ne figure « que » Le métier de bibliothécaire). Mais, en matière de numérique, il y a des choix à faire car le sujet est très vaste, et les auteurs les ont faits de manière claire. •

40

Jean-Philippe Accart

Une éclairante analyse économique des données personnelles

Économie des données personnelles et de la vie privée, Fabrice Rochelandet., Paris : La Découverte, 2010. 125 p. (Repères. Économie ; 546). ISBN 978-2-7071-5765-2 : 8,50 €

42

Que les données personnelles, qui présentent un intérêt à la fois pour les entreprises et les administrations, fassent l’objet d’un marché, voilà qui est établi depuis bien longtemps. Mais, comme on le découvrira dans cet ouvrage, une analyse économique de ce secteur s’avère à bien des égards éclairante.

43

Pour faire le point sur cette question, il était utile de cerner, dans un premier chapitre, les notions d’identité et de vie privée que l’on croit pourtant maîtriser – ces notions développées depuis bien longtemps, appréhendées par plusieurs disciplines, étant particulièrement confuses car mouvantes, susceptibles de varier considérablement selon les individus, les groupes et le temps.

44

Spamming, phishing, perte d’emploi, prix majorés…. : le marché des données personnelles donne aussi lieu à diverses dérives, comme nous en avons désormais pris conscience. Il convient donc également d’évaluer s’il faut intervenir ou non et, dans l’affirmative, à quel moment et selon quelles modalités. Où l’on découvre alors que, quel que soit le système adopté, celui-ci a un coût qu’il appartient de minimiser à la fois pour l’État, pour les entreprises et pour les individus, afin d’allier au mieux efficacité économique, sécurité et bien-être social. Tel est l’objectif, à la fois crucial et complexe, souvent « obscurci par des débats partisans », que les économistes tentent de clarifier en présentant plusieurs modèles.

45

Le deuxième chapitre est consacré tout particulièrement aux théories développées par l’École de Chicago, pour qui la « privacy » est source d’inefficacité, et à cinq points de vue contraires et tout à fait pertinents, mettant ainsi en évidence le fait que, dans ce domaine aussi, les théories sont fort différentes de part et d’autre de l’Atlantique.

46

Externalités négatives ou positives, illustrées par la distinction entre le marketing direct et le spamming, asymétries informationnelles, non-rivalité, coût de transaction : après avoir lu ce livre, vous serez rompus à ces notions que le troisième chapitre développe largement. L’attention, telle est la ressource rare que l’on entend capter sur les réseaux, et qu’il convient de gérer avec doigté, comme vous l’aurez compris aussi, ne serait-ce qu’en constatant le rôle ambivalent que peut alors jouer, dans ce cadre, une protection des données personnelles.

47

Mais le consommateur est bien souvent passif ou, lorsqu’il s’expose volontiers, il adopte une position pour le moins ambiguë. Il convient alors de se pencher sur son comportement, objet d’un quatrième chapitre. Informations insuffisantes, rationalité limitée et distorsion psychologique : ces facteurs expliquent qu’un individu ait une faible propension à se protéger, ce qui, dans certains cas, justifierait une intervention légale.

48

Laisser-faire, labellisation, sanctions légales… : plusieurs solutions sont effectivement envisageables. Le cinquième chapitre met l’accent sur les points forts et les points faibles de chacune d’entre elles, ainsi que sur l’enjeu d’une attribution de droits de propriété aux individus. L’on constatera alors que, comme bien souvent, une réponse binaire n’est pas de mise et que concevoir une réglementation optimale sur les réseaux, s’avère un exercice particulièrement difficile.

49

Mais puisqu’un « patchwork de solutions » a aussi un coût, il convient, démontre Fabrice Rochelandet, de poursuivre cette analyse économique en explorant d’autres pistes non encore abordées, et en collaboration étroite avec d’autres disciplines. Il faudrait, en effet, approfondir davantage l’analyse des comportements des individus et des modèles d’affaires pour définir des systèmes réellement équilibrés afin que « le meilleur des mondes marchands ne vire pas au cauchemar numérique » et que « les libertés individuelles ne soient pas remises en cause au nom de la sécurité et des impératifs marchands » – note conclusive que nous reprenons volontiers à notre compte.

50

Michèle Battisti

47 fiches pour faire le tour du droit de l’information

Droit de l’information : guide pratique., Archimag, Paris : Serda éditions-IDP, 2010. 96 p. (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 40). 95,35 €

52

Le contexte, tout d’abord, pour attirer notre attention sur la mondialisation et le poids de l’économie qui forge, puis cisèle progressivement notre paysage juridique. Le cadre français, en­suite, avec les lois Dadvsi, Hadopi et Loppsi, lois « alambiquées » ou décalées par rapport à leurs objectifs. Puis l’accent mis sur le droit à l’information, avec le cas Google ou la question des œuvres orphelines, et les dérives à éviter en la matière par l’adoption de nouveaux mécanismes et l’harmo­nisation des exceptions au droit d’auteur – une approche qui ne pouvait que nous séduire.

53

Autour du Web, avec les prestations de service, le contentieux lié aux noms de domaine, la question du référencement et des liens sponsorisés. Tout l’éventail des responsabilités, aussi, avec la responsabilité éditoriale, celles qui sont liées à l’usage et à la gestion de forums de discussion ou de plateformes, et l’actuelle valse-hésitation entre la qualification d’éditeur ou d’hébergeur.

54

Autour du droit d’auteur, avec un rappel rapide et utile sur plusieurs thèmes incontournables : le droit de copie, celui des bases de données, les actes de cession de droit d’auteur, le droit d’auteur des salariés et le cas particulier des agents publics, l’exception de courte citation, la gestion du droit de l’image, la revue (ou panorama) de presse, le résumé et la synthèse documentaire.

55

L’identité numérique, concept qui a le vent en poupe, avec tous ses corollaires : l’e-réputation et les moyens de se défendre, le recours au pseudo, l’oubli numérique et le recours aux labels. Un zoom sur les réseaux sociaux, ou quand la frontière entre vie privée et vie publique est de plus en plus floue et qu’il convient d’arbitrer entre le droit d’expression des salariés et le droit de contrôle de l’employeur. La protection des données personnelles par une présentation de la loi et des correspondants « Informatique et libertés ».

56

La petite révolution que représentent les dispositions organisant la réutilisation des données publiques dans une « vision de partage de l’information » – une révolution, sans nul doute, puisque l’on peine à mettre en place une licence qui réponde aux attentes de la directive européenne.

57

Il y a aussi cet angle très appréciable mis sur l’entreprise, avec ces fiches consacrées à l’archivage et à la conservation des documents, ou encore sur la loi française face à la procédure de e-discovery, obligeant à communiquer les documents ou les renseignements d’ordre économique, commercial ou technique à titre de preuve dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives. Très intéressante, cette typologie des risques encourus par les entreprises, qui aborde la délégation de pouvoir et l’externa­lisation. On découvrira aussi une présentation du système probatoire électronique « presque complet » de la signature électronique, une fiche sur la cryptologie et une autre sur la manière de gérer les risques liés à l’archivage des courriers électroniques. Ainsi que les questions, marginales peut-être pour nos pratiques, que représentent la cybersurveillance, l’encadrement par la CNIL des données biométriques utilisées pour identifier les personnes ou la géolocalisation des employés.

58

Davantage orientées sur la documentation, en revanche, les fiches consacrées à la dérive des logiciels de veille, « par principe illégaux » en raison des questions qu’ils posent en regard du droit d’auteur ou des données personnelles. Une autre fiche pour présenter une liste des aspects juridiques des missions du profes­sionnel de l’information et sa responsabilité « aggravée » sur Inter­net ; une deuxième liste axée sur les fonctions de veille, orientée sur la responsabilité du fournisseur d’information et les frontières avec l’espionnage. D’autres fiches pour présenter les règles à respecter lorsqu’il y a partage des ressources dans le cadre d’un réseau documentaire et les documents contractuels à envisager pour pallier de tels risques. Sur le thème du contrat enfin, thème essentiel, une fiche pour présenter les licences Creative Com­mons et une autre sur la manière de négocier avec un agrégateur de presse. •

59

Michèle Battisti

Résumé

Français

Analyses d’ouvrages récents rédigées dans ce numéro par Jean-Philippe Accart, Michèle Battisti et Marie-France Blanquet. (Jean-Philippe.Accart@unige.ch, michèle-battisti@adbs.fr, Marie-France.Blanquet@iut.u-bordeaux3.fr).
Les ouvrages présentés :
Bibliothèque numérique et recherche d’informations / Abderrazak Mkadmi et Imad Saleh
Droit de l’information : guide pratique / Archimag
Économie des données personnelles et de la vie privée / Fabrice Rochelandet
Google Livres et le futur des bibliothèques numériques / Alain Jacquesson
Introduction aux sciences de l’information / sous la dir. de Jean-Michel Salaün et Clément Arsenault

Titres recensés

  1. Une exploration minutieuse du projet Google Livres
    1. Google Livres et le futur des bibliothèques numériques : historique du projet, techniques documentaires, alternatives et controverses., Alain Jacquesson, Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2010. 223 p. (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). ISBN 2-7654-0980-9 : 36 €
  2. Pour une initiation aux sciences de l’information
    1. Introduction aux sciences de l’information., Sous la direction de Jean-Michel Salaün et Clément Arsenault, Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2009. 235 p. ISBN 978-2-7606-2114-5 : 27 €, Paris : La Découverte, 2010. 235 p. ISBN : 978-2-7071-5933-5 : 17 €
      1. Une architecture en cinq chapitres
      2. Une présentation syncrétique des sciences de l’information
  3. Une excellente synthèse sur les bibliothèques numériques
    1. Bibliothèque numérique et recherche d’informations., Abderrazak Mkadmi et Imad Saleh, Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2008. 281 p. (Information, hypermédias et communication, ISSN 1945-0337). ISBN 978-2-7462-1820-8 : 59 €
  4. Une éclairante analyse économique des données personnelles
    1. Économie des données personnelles et de la vie privée, Fabrice Rochelandet., Paris : La Découverte, 2010. 125 p. (Repères. Économie ; 546). ISBN 978-2-7071-5765-2 : 8,50 €
  5. 47 fiches pour faire le tour du droit de l’information
    1. Droit de l’information : guide pratique., Archimag, Paris : Serda éditions-IDP, 2010. 96 p. (Archimag Guide pratique, ISSN 1242-1367 ; 40). 95,35 €

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 3/2010 (Vol. 47), p. 70-76.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-3-page-70.htm
DOI : 10.3917/docsi.473.0070


Article précédent Pages 70 - 76
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback