Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2010/4 (Vol. 47)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.474.0071
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 71 - 77

Deux ouvrages anglophones pour mieux exploiter le Web

Global research without leaving your desk: Travelling the world with your mouse as companion, Jane Macoustra, Oxford : Chandos Publishing, 2010. – 202 p. – ISBN 978-1-84334-366-0 : 60 €. Web wisdom. How to evaluate and create information quality on the Web, Marsha Ann Tate, 2nd ed. – Boca Raton : CRC Press, 2010. – 148 p. – ISBN 978-1-4200-7320-1 : 34,95 $

1

Internet est un outil d’une incroyable richesse, en rapide expansion. Mais toutes les études sur la culture d’information l’ont démontré : il faut savoir s’en servir. Tout moyen pour faire gagner du temps à l’internaute et améliorer son efficacité n’est pas seulement bienvenu mais tout simplement indispensable. Un débat récent [1][1] www.bibliobsession.net/2010/05/25/le-livre-lareche... sur le blog Bibliobsession de Silvère Mercier, de la BPI, souligne l’importance des ressources sur les recherches documentaires et attire l’attention sur les nécessaires mises à jour, notamment celles des guides et autres livres. Pour ceux qui naviguent sur les plus de 200 millions de sites du Web, voici deux livres anglophones qui s’ajoutent utilement aux « incontournables » français [2][2] Dont notamment Net recherche 2010, de V. Mesguich et....

2

Le premier ouvrage, Global Research without leaving your desk, publié par Chandos à Oxford, s’adresse à un public professionnel – documentalistes, économistes, managers, juristes, chercheurs – dont le métier consiste à chercher de l’information financière et économique sur le Web. Au cœur de ce livre, plusieurs questions : comment localiser rapidement de la business information, comment trouver des sources d’information pertinentes et fiables, comment évaluer la fiabilité d’un site et comment éviter les pages sans intérêt ?

3

Le livre comprend cinq chapitres : les moteurs de recherche ; l’information économique nationale et internationale, par pays ; l’information concernant les clients et partenaires ; le terrorisme, la surveillance et la corruption ; et les réseaux sociaux professionnels. Chaque chapitre propose une introduction à la thématique, des procédures et des stratégies de recherche, ainsi qu’une description de nombreux sites, répertoires et annuaires, richement illustrée avec des pages d’accueil, des listes de résultats, etc.

4

Deux particularités. 25 pages sont consacrées à l’information sur le terrorisme international, y compris le cyberterrorisme, et aux questions liées à la corruption. Il s’agit d’une information publique (mais difficile à cerner) sur des phénomènes qui risquent à tout moment de nuire à l’activité économique – un chapitre intéressant pour l’analyse des risques politiques et financiers. La deuxième particularité est le dernier chapitre sur les outils du Web 2.0 destinés à améliorer la qualité des résultats de recherche. Le livre trace quelques pistes, indique par où passer, donne des exemples toujours en lien avec l’information économique, des sites interactifs, blogs, wikis, réseaux sociaux, agrégateurs.

5

Professionnelle de l’information économique avec une expérience internationale de plus de trente ans, notamment en Asie, l’auteure poursuit en toute rigueur une approche P2P – du professionnel pour le professionnel, très pragmatique et pratique, à consommer sans délai ni hésitation. Le fait que ce livre soit écrit par une Anglaise et en anglais est un plus : destiné à un public international, il contient des sites moins connus et utilisés en France. Pour le contact avec ses lecteurs, Jane Macoustra a créé un blog [3][3] http://globalresearcher.wordpress.com.

6

Le second livre complète le premier. Considérée comme un ouvrage de référence, la première édition de Web Wisdom, publiée en 1999, vient d’être complètement révisée et mise à jour chez CRC Press. L’objectif de cet ouvrage est de fournir un certain nombre de critères pour évaluer la qualité d’un site, et d’ajouter quelques explications permettant d’appliquer ces critères dans l’environnement actuel du Web.

7

Le public cible de ce livre : tous les internautes utilisateurs du Web. Mais, plus spécifiquement, il s’adresse aux professionnels de l’information, aux créateurs et éditeurs de sites, aux enseignants et aux étudiants. Le style est simple et direct, l’anglais est facile à comprendre, et la mise en page, réunissant beaucoup de tableaux et de listes, assure une bonne lisibilité.

8

Après une introduction donnant le mode d’emploi du livre, l’auteur, bibliothécaire et webmestre à l’université de Pennsylvanie (US), présente cinq critères pour évaluer un site : autorité, précision (accuracy), objectivité, crédibilité / fraîcheur (currency) et couverture / public ciblé. Chaque critère est défini comme concept général et par rapport aux ressources sur le Web.

9

Les quatre chapitres suivants décrivent l’évolution des sites web, notamment par rapport au Web dynamique, les médias sociaux (blogs, wikis, etc.), la publicité et les liens sponsorisés, et expliquent comment appliquer les critères traditionnels au nouvel environnement.

10

Dans la deuxième moitié du livre, Marsha A. Tate consacre six chapitres à expliquer comment évaluer, à l’aide de ces cinq critères, plusieurs types particuliers de sites, dont notamment des sites à caractère commercial ou politique, des sites d’actualité, personnels ou culturels. Chaque chapitre contient des listes de questions précises et spécifiques adaptées à ce type de site particulier.

11

Le dernier chapitre change de perspective : il s’adresse aux créateurs de sites et explique en détail comment appliquer les critères d’évaluation à la conception et à la mise en place d’un nouveau site.

12

Cinq critères, six types de sites, deux approches (évaluation / création) : ce cadre clair propose une multitude d’applications réalistes, de questions à poser, de conseils pratiques. Tout cela est utile non seulement à la recherche documentaire mais aussi à l’enseignement d’une culture d’information et à la formation des futurs professionnels des bibliothèques et services de documentation à la veille, etc.

13

Ce livre est complété par un site web [4][4] www.mtateresearch.com qui propose des exemples et des liens vers d’autres sites d’évaluation, des check-listes et présentations PowerPoint, un glossaire et une adresse pour contacter l’auteur.

14

Écrire un livre sur la recherche documentaire, c’est un peu comme cueillir des mirabelles sur le plateau lorrain : c’est beaucoup de travail, le résultat se consomme vite, de préférence sur place, et s’exporte mal. À l’instar des mirabelles, ces deux livres sont à utiliser rapidement et sans réticence ; à leur différence, l’export vers la France les rend encore plus savoureux !

15

Joachim Schöpfel

Pour esquisser un portrait de l’usager numérique

L’usager numérique : séminaire INRIA, 27 septembre – 1er octobre 2010, Anglet, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; coordonné par Lisette Calderan, Bernard Hidoine et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2010. – 203 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-126-7 : 28 €

17

L’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) organise depuis 1982 des séminaires, toujours savants et formateurs, sur l’information scientifique et technique abordée sous toutes ses facettes. Cette année, le choix s’est porté sur l’usager numérique et, comme le remarque Lisette Calderan dans l’introduction : « Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas le document électronique qui sera au centre de nos réflexions, mais son destinataire. » Car ce dernier se situe, aujourd’hui, dans un nouveau paysage de l’infosphère qu’il convient d’explorer. Pour cela, sept « explorateurs » prennent la parole.

18

Louise Merzeau s’intéresse à « L’intelligence de l’usager » tour à tour récepteur de messages, utilisateur d’outils, consommateur de services, producteur de ressources. « Le "digital user" semble de fait capitaliser toutes les postures que les systèmes d’information et de communication peuvent assigner aux usagers. » Mais quelles sont sa place et son importance réelles ? Est-il vraiment au centre des nouvelles architectures numériques ? Quelle est sa part d’autonomie ? Est-il acteur ou marchandise ? L’analyse très structurée et conceptuelle que mène Louise Merzeau la conduit à qualifier cet usager d’« échangeur ». Elle propose, d’ailleurs, en fin d’exposé, une étude de cas sur « Images-usages » qui permet de confirmer ce diagnostic.

19

J. M. Christian Bastien, Gautier Drusch, Jérôme Dinet s’associent pour « Connaître les comportements des internautes : méthodes et outils ». Activant des approches différenciées et complémentaires, ils ouvrent les portes de l’univers des ergonomes. Tout ceci est très clairement explicité, synthétisé dans des illustrations et tableaux bienvenus pour comprendre comment l’ergonome tente de cerner au mieux les comportements des internautes, quels que soient les niveaux d’analyse concernés. Ses buts concernent leur degré de satisfaction et l’augmentation de la qualité des sites web qu’ils fréquentent, prenant en compte leurs besoins dès la conception des sites et non une fois qu’ils sont construits.

20

L’usager numérique est au centre de problèmes nouveaux d’ordre juridique, nés de l’environnement original dans lequel il se déplace. Daniel Le Métayer et Guillaume Piolle disent les « Droits et obligations à l’ère numérique : protection de la vie privée ». Certes, la vie privée est menacée. Mais pour la protéger des solutions existent, qu’exposent de façon très pédagogique les auteurs de ce chapitre. Ils attirent, en particulier, l’attention de chaque usager numérique sur la prudence à avoir dès qu’il donne sans méfiance une information d’ordre personnel. Des tiers mal intentionnés ou des marchands d’informations peuvent en faire un usage qu’ils n’avaient pas prévu. La lecture de ce texte alerte prouve que le droit concerne chacun d’entre nous et non le seul juriste.

21

Comment le monde de l’entreprise s’approprie-t-il le Web 2.0 ? Quel est l’impact de ces technologies sur les différentes formes d’organisation du travail ? Ces questions essentielles sont posées par Michel Germain dans le chapitre intitulé « Usager numérique et entreprise 2.0 ». La « webisation » de grandes entreprises est examinée à la loupe par l’auteur. Cela permet de comprendre comment les postes de travail intègrent des fonctionnalités du Web 2.0, avec pour conséquences des transformations importantes dans le e-management. Un schéma synthétise toutes ces e-transformations et permet de mesurer l’important impact des technologies du Web 2.0 dans le monde du travail.

22

« La recherche d’information et la veille sur le Web à l’heure des réseaux sociaux » est le sujet d’étude de Christophe Deschamps. Son exposé commence par une justification de l’utilisation du concept de Web 2.0 qui n’a pu émerger « que parce qu’il y eut un nombre suffisant d’internautes pour lui donner corps, et c’est au final cet instant particulier de cristallisation que désigne ce terme ». Aujourd’hui, cependant, le concept de réseaux sociaux tend à le supplanter. Christophe Deschamps expose leur typologie résumée de façon très claire dans un tableau. Il s’interroge ensuite sur le sens à donner à la recherche sociale d’informations. Il le fait à partir de trois stratégies-types dont il analyse les potentiels d’usage et les limites présentés dans un tableau tout aussi pédagogique que le précédent. Vient enfin l’étude du concept de veille confronté aux caractéristiques du Web 2.0 afin de déterminer « en quoi il y a nouveauté ». L’examen de ses outils permet de distinguer un dispositif de veille formel piloté par des veilleurs et un autre informel né de la participation des travailleurs du savoir, renouvelant de façon substantielle les pratiques de veille dans les organisations.

23

« Animer un réseau, quels outils pour quels usages » ?, interroge Stéphane Cottin. L’auteur remarque avec pertinence qu’avant de présenter les outils il importe de recenser de façon exhaustive les usages de celui qui anime – ou veut animer – un réseau : quels usages ? Et qu’est-ce que « animer un réseau » ? On peut donc par la suite transformer ces questions : quels outils? Comment « animer un réseau » ? Avec quel choix d’outils offerts ou qui restent à offrir, tels les réseaux de visioconférence ? Pour illustrer son propos, l’auteur établit une typologie des outils classés du plus simple au plus complexe.

24

« Visualiser l’information pour la comprendre vite et bien » est la préoccupation de Jean-Daniel Fekete qui établit un état de l’art, abondamment et pertinemment illustré, des systèmes de visualisation interactifs de grandes masses de données. Comprendre vite et bien est essentiel car les données numériques croissent, mais pas le cerveau de l’usager ! C’est la raison pour laquelle des recherches sont engagées pour lui permettre de repérer, de visualiser, grâce à une présentation graphique, la seule information numérique ou textuelle pertinente qui répond à ses besoins, et d’oublier les autres, quel que soit leur nombre.

25

Voilà un ouvrage savant, comme le prouvent les bibliographies attachées à chaque chapitre ; un ouvrage écrit par des experts et qui pose un ensemble de questions très pertinentes et d’actualité sur l’usager numérique. C’est dire que ce livre interpelle tous ceux qui revêtent ce statut, c’est-à-dire tout le monde. Les textes se complètent, écrits de façon claire. Ils prouvent le souci des auteurs pour leurs récepteurs. Les illustrations, tableaux ou schémas sont particulièrement appréciables car ils dénouent les difficultés et surtout permettent d’avoir une vue synthétique des apports parfois très théoriques des auteurs.

26

Comme lors de tous les séminaires organisés à ce jour par l’INRIA, le lecteur apprend beaucoup, enrichit ses connaissances et s’ouvre à des interrogations essentielles. Étudiants comme enseignants doivent lire ce document qui peut les aider, les premiers pour comprendre certains cours, les seconds pour les enrichir. Mais cet ouvrage apportera beaucoup aussi aux professionnels de l’information, actifs sur le terrain, qui de plus en plus ont affaire à des usagers numériques. Cependant, il convient de remarquer que ce livre reste ouvert, point de départ pour de nombreuses autres recherches à venir qui permettraient de connaître de façon plus individualisée l’usager numérique, ce presque nouveau-né.

27

Marie-France Blanquet

Organisation des espaces et plans de classement des documents

Mettre en œuvre un plan de classement, Sous la direction de Bertrand Calenge, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2009. – 199 p. – (Boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 18). – ISBN 978-2-910227-74-6 : 22 €

29

La problématique du plan de classement – et ses enjeux – sont, d’entrée de jeu, très clairement explicités par Bertrand Calenge, qui assure la coordination de cette étude : dans un espace documentaire en libre accès, chaque document ne peut être situé qu’à un endroit et un seul. C’est dire l’importance de ce plan qui, pour un public donné, permet de rendre lisible l’offre documentaire. C’est dire aussi l’objectif de ce document qui analyse cet outil de gestion en explorant quatre voies complémentaires.

30

La première, « Penser l’espace documentaire », apporte aux lecteurs deux témoignages. Le premier, signé par Bertrand Calenge, concerne « La médiathèque qui sortait de la mer », du complexe culturel de la mosquée Hassan II à Casablanca. La réflexion en amont de son aménagement entraîne à poser la question de l’adéquation des espaces documentaires, dans leur disposition et leur articulation, à des publics et à des usages spécifiques, et dans un pays bilingue. B. Calenge raconte une belle aventure culturelle à laquelle il a activement participé.

31

Nathalie Falgon-Defay apporte un autre témoignage. Il concerne la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon. « De l’indice à la cote : la construction d’un point de vue de la bibliothèque » lui permet, à travers de nombreux exemples, d’expliciter comment se sont opérés les segmentations et regroupements des fonds documentaires par les différents départements de cette bibliothèque. Cela débouche sur une réflexion en profondeur sur les questionnements techniques soulevés par la prise en compte de la transdisciplinarité dans la construction d’un plan de classement mais aussi sur les risques de rupture entre les départements concernés et les dangers de l’effet-vitrine.

32

« Principes de constitution du manuel de cotation », deuxième partie de cette étude, donne la parole à Alain Caraco pour dire comment « Élaborer et maintenir un manuel de cotation ». Il décrit les étapes de sa construction en soulignant les obstacles, en examinant quelques problèmes particuliers comme les « non-livres » ou les documents musicaux. Ce manuel joue le double rôle de formalisation du plan de classement et d’outil de travail quotidien, indispensable aux bibliothécaires pour de nombreux usages. C’est dire son importance. Le texte permet de le comprendre.

33

« Les cailloux dans la chaussure : ou quand un détail peut faire vaciller… » gênent Bertrand Calenge qui liste un certain nombre d’hésitations récurrentes qui habitent les bibliothécaires au moment des choix possibles mais à faire tout au long de l’élaboration d’un plan de classement. Un point particulier de son exposé, intitulé « Quand les publics s’imposent », le conduit à soulever l’idée d’une « fouillothèque », concept qui permet de comprendre l’importance et l’attention que les bibliothécaires accordent à leurs publics. « À chaque bibliothèque, en effet, ses spécificités documentaires, ses publics, ses choix documentaires et ses préférences de médiation. »

34

Après avoir pensé l’organisation des espaces documentaires et élaboré le plan de classement proprement dit, il faut passer à « La mise en œuvre du plan de classement ». C’est la troisième étape de l’itinéraire que nous propose cette étude très bien structurée. Quatre témoins apportent leurs contributions pour dire comment « Fusionner des collections pour un déménagement : la bibliothèque Robert de Sorbon à Reims » (Catherine El Bekri-Dinoird) ; « Mettre en œuvre le plan de classement du SCD Lyon 2 » (Nathalie Falgon-Defay). Il s’agit également de décrire : « Un chantier de recotation : le SICD2 Grenoble 2 et 3 » (Lucie Albaret) et d’« Améliorer la lisibilité des collections dans les bibliothèques d’un réseau de bibliothèque départementale » (Marion Dupuy). Les quatre auteures s’efforcent de partager au mieux leurs expériences en les décrivant avec beaucoup de minutie. Elles analysent la constitution des groupes de travail, la détermination de leurs objectifs, le calendrier de mise en œuvre. Elles illustrent leurs propos en s’appuyant sur de nombreux exemples permettant de mesurer les difficultés rencontrées mais aussi les résultats du travail fourni.

35

Dans la quatrième partie, « Maintenance et évolution du plan de classement », Christine André explique comment « Adapter le plan de classement aux rythmes renouvelés d’une grande école ». Dans un premier temps, il s’agissait de fusionner des bibliothèques originellement distinctes. Mais d’autres chantiers ont dû être ouverts pour réviser les choix initiaux mais aussi et surtout pour tenir compte des changements constants des programmes de formation. Il s’agit dans ce mouvement de présenter le fonds documentaire de la façon la plus accessible possible pour répondre aux besoins des utilisateurs.

36

Sophie Danis entre à « La BPI ou l’espace revisité » en décrivant avec soin la première restructuration de cette bibliothèque, opérée en 2000 après plus de vingt ans d’existence, ouvrant sur un autre paysage documentaire. Elle explique ensuite les évolutions nées des réactions des utilisateurs, qui conduisent les bibliothécaires à des ajustements permettant à la Bibliothèque publique d’information de remplir pleinement sa mission d’information en direction des publics les plus diversifiés.

37

Bertrand Calenge conclut cet ouvrage par un précieux « Mémento » qui récapitule l’apport de chaque auteur. Cinq commandements prescrivent de : Prendre la mesure de l’espace, Élaborer le manuel de cotation, Mettre en œuvre le plan de classement, Rendre lisible le plan de classement, Maintenir le plan de classement dans le temps.

38

Un glossaire clôture ce travail paru très justement dans la collection « La boite à outils » de l’Enssib. Car c’est bien un document outil que le lecteur a entre les mains, c’est-à-dire un document que l’on garde à portée de main pour relire un témoignage, un conseil, une expérience, et en tirer parti. Certes, les bibliothécaires actifs ou en formation sont directement concernés par cette étude qui vise une de leurs principales et difficiles activités. Cependant, les documentalistes, plus spécifiquement les professeurs documentalistes, les rejoignent, qui gèrent également des espaces documentaires et mettent en place des plans de classement, souvent spécialisés, pour répondre aux attentes de leurs utilisateurs.

39

Ce livre leur permet d’échanger avec des professionnels qui apportent tous leurs témoignages avec beaucoup d’intelligence et de conscience.

40

Marie-France Blanquet

Le learning centre, un concept d’avenir

Les Learning centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche, Suzanne Jouguelet, Paris : Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, décembre 2009. – 58 p. – (Rapport 2009-022)

42

Il n’est pas inutile de revenir sur la notion de « learning centre » et ce rapport de l’Inspection générale des bibliothèques, en à peine soixante pages, synthétise parfaitement ce concept. Notion récente (elle est née en 1996 à l’université de Sheffield Hallam en Grande-Bretagne), elle allie un lieu architectural novateur et un ensemble de ressources et de services – souvent à distance. Elle peut représenter une partie de la bibliothèque ou l’englober, l’accent principal étant mis sur les services à l’utilisateur. Devenu un modèle synonyme de modernité et de technologie, le concept se retrouve principalement en milieu universitaire, mais aussi en bibliothèque publique, à l’instar de celle de Birmingham.

43

L’expression learning centre n’ayant pas vraiment de traduction en français (ou alors des traductions multiples), elle s’impose finalement d’elle-même, mais il est nécessaire de la définir. Comment se caractérise un learning centre ? C’est un lieu qui offre plusieurs types de ressources : documentaires, pédagogiques, sociales, culturelles (l’exemple du Rolex Learning Centre à l’École polytechnique fédérale de Lausanne est à ce titre frappant : les étudiants l’ont complètement adopté et ce lieu connaît une fréquentation record). Ces ressources sont en réévaluation constante afin d’être exactement adaptées aux besoins des utilisateurs.

44

L’aspect « ressources humaines » est une autre clé pour la réussite, car des compétences professionnelles de haut niveau sont le plus souvent requises pour y travailler. Les mots-clés suivants se déclinent alors : utilisateur au centre, polyvalence, qualifications, liens étroits entre professionnels de l’information et enseignants, ce point constituant véritablement un plus.

45

À ces caractéristiques s’ajoute l’accent mis sur l’architecture du learning centre, souvent emblématique : dans le cas d’un bâtiment entier à réaliser, un concours international peut être lancé car les projets sont parfois soutenus par un mécénat privé (c’est le cas du Rolex Learning Centre déjà cité, avec le concours remporté par le bureau d’études japonais SANAA). Cela peut ne concerner qu’une partie d’un bâtiment à rénover (un étage), là aussi avec succès. Espaces réaménagés et dégagés, clarté, visibilité caractérisent ces projets, avec une meilleure orientation des utilisateurs et donc une signalétique adaptée. Rendre le lieu le plus agréable possible est une préoccupation majeure, avec des zones différentes selon les activités.

46

Qu’en est-il de la situation en France ? Le concept commence à se répandre suite à la mise en place du plan « Réussir en licence » et diverses autres mesures (extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, enquêtes de satisfaction auprès des usagers) : à la BU Sciences de l’Université Paul Sabatier de Toulouse ; dans les universités Lille 1 et Lille 3 ; à Paris également.

47

Toutes les caractéristiques décrites précédemment qualifient les learning centres : on remarque une forte adéquation entre les besoins du public et la structure mise en place, un soutien réel à l’acquisition des connaissances (lien étroit avec les enseignants, offres de services à distance). Loin d’être irréel ou inconsistant, ce concept commence à prendre forme et à s’inscrire dans le paysage actuel des bibliothèques et de la documentation.

48

Jean-Philippe Accart

Deux synthèses concises et complètes

Propriété intellectuelle : 2010/11, Bruno Cinelli, Paris : Hachette, 2010. – 63 p. – (Top’Actuel). – ISBN 978-2-01-181198-1 : 4,90 €. Droit du Web 2.0 : 2010/11, Bruno Cinell, Paris : Hachette, 2010. – 63 p. – (Top’Actuel). – ISBN 978-2-01-180918-6 : 4,90 €

50

Ces deux ouvrages, proposés à un prix très modique, constitués respectivement de trente et de vingt-neuf fiches éditées sous un format in-octavo, présentent les règles essentielles, les textes de loi majeurs et les principaux cas de jurisprudence à retenir. Un défi relevé, si l’on peut dire – Bruno Cinelli étant avocat –, de main de maître !

51

Droit d’auteur, droits voisins, droit des bases de données pour la propriété littéraire et artistique, mais aussi droit des marques, des brevets et quelques autres droits rarement évoqués mais relevant néanmoins de la propriété industrielle, tels sont les aspects qu’il convenait de distinguer. Cette typologie est ainsi reprise dans la première publication pour exposer, en une ou plusieurs fiches, les conditions de la protection, les droits susceptibles d’être revendiqués et les cas relevant des exceptions, ainsi que les modes de gestion individuels et collectifs, les protections envisageables et les sanctions encourues pour contrefaçon.

52

Après avoir mis l’accent sur les types de responsabilité engagés pour infractions de presse, atteintes au droit au respect de la vie privée ou aux droits de la propriété intellectuelle, ce sont cette fois-ci les moyens d’action et les obligations des éditeurs, des fournisseurs d’hébergement et des fournisseurs d’accès à l’Internet que Bruno Cinelli développe dans le deuxième volume, consacré au Web 2.0. De manière tout à fait opportune, il complète cette approche par ce qu’il appelle des études de cas : la première pour décrire la situation des services du Web 2.0 et la seconde pour se pencher sur des outils.

53

Une publication d’autant plus remarquable que la situation reste à bien des égards souvent floue aujourd’hui et qu’il fallait distinguer les réseaux sociaux, les encyclopédies collaboratives, les plates-formes de vidéos ou de notation, les sites de partage d’images, les enchères en ligne, les services de géolocalisation et les services de web radios et de web TV. Voilà pour les services. Lorsqu’il s’agit d’outils, sont traités tour à tour, toujours sous la forme de fiches concises, le cas des blogs, celui des forums de discussion, des agrégateurs de contenus, des outils collaboratifs au sein de l’entreprise et des outils publicitaires.

54

Deux ouvrages réellement remarquables pour leur concision et leur exhaustivité. À garder précieusement sous la main comme outils de référence !

55

Michèle Battisti

Un tour d’horizon approfondi du droit de l’Internet

Droit de l’Internet, Jacques Larrieu, 2e éd. – Paris : Ellipses Marketing, 2010. – 218 p. – (Mise au point). – ISBN : 978-2-7298-5479-9 : 14,50 €

56

Faire le tour d’un sujet en évolution permanente et ce en six chapitres, voici le défi relevé par Jacques Larrieu. Dans la deuxième édition de son ouvrage consacré au droit de l’Internet, il accorde une large place aux contrats et à la responsabilité des intermédiaires, sans doute l’aspect essentiel à développer aujourd’hui.

57

Création de sites et de blogs, partage de fichiers audio et vidéo, contenus générés par les utilisateurs : le premier chapitre, consacré au droit d’auteur, adopte un angle tout à fait adapté aux préoccupations actuelles. C’est l’occasion pour Jacques Larrieu de rappeler, nombreux exemples à l’appui, à quoi correspondent les droits moraux, les droits patrimoniaux et les droits voisins dans un contexte de numérisation, et de dresser l’historique de la loi Dadvsi, puis celui de la loi Hadopi qui a vu réapparaître la riposte graduée. Il met volontairement l’accent sur la question du téléchargement et du streaming, difficulté du moment, et sur les diverses solutions imaginées dans le passé pour les encadrer, telle la licence globale. Quant à la jurisprudence, l’auteur y souligne l’attention accordée au contexte (circonstances du téléchargement, gravité, acteurs concernés, modèle économique en jeu) et aux problématiques essentielles que sont l’articulation des Digital Rights Management (DRM) avec la liberté d’expression ou encore les obligations imposées aux intermédiaires techniques dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon.

58

Si les noms de domaine assument une fonction technique, ils jouent aussi un rôle de référencement et leur articulation avec les marques et noms commerciaux, ou tout autre nom réservé, est source de conflits. Le deuxième chapitre, qui rappelle comment sont attribués les noms de domaine, permet de mieux connaître les divers « registres » et leur mode de fonctionnement ainsi que les organes de régulation, tels que l’OMPI.

59

Évoquer ensuite les règles de protection des créations numériques conduit à présenter les diverses strates de protection instaurées par la loi sur les bases de données, détaillées ici de manière remarquablement claire et complète. Ce troisième chapitre expose aussi les difficultés liées à la qualification juridique du site web, assimilable quelquefois à une base de données, quelquefois à une œuvre collective, voire à une œuvre de collaboration. Le logiciel étant indissociable d’un site web, une partie est consacrée à cet outil protégé à la fois par le droit d’auteur et, malgré le rejet de deux propositions de directives européennes, par le brevet pour certains de ses aspects. Sur ce point aussi, le discours est très précis.

60

Accès au réseau, hébergement et création de sites, plusieurs contrats sont étroitement liés à l’Internet. Chaque cas donne lieu, dans ce quatrième chapitre, à des explications très développées sur la qualification du contrat ainsi que sur les droits et obligations de chacune des parties. L’accent y est mis tout naturellement sur l’épineuse question du statut juridique des divers acteurs du Web, notamment ceux du Web 2.0 qui proposent des sites communautaires de partage, des plates-formes de réseau social ou de vente aux enchères.

61

Fournisseurs d’accès à l’Internet (FAI), hébergeurs, moteurs de recherche, caches, prestataires du Web 2.0, nous les retrouvons à nouveau dans le cinquième chapitre consacré à la responsabilité des prestataires techniques. Bénéficiant a priori d’un statut qui allège leur responsabilité par rapport à celle qui pèse sur un éditeur, Jacques Larrieu dresse le contour des limites de celle qui est engagée par les prestataires. À l’heure de la loi Hadopi et du projet de Loppsi, il convenait d’en savoir plus sur le degré de vigilance exigé et sur l’obligation de filtrer les accès. Il est vrai, et c’est ce que l’on constate à nouveau, qu’attribuer une qualification précise à ces acteurs est une gageure dans un contexte où la nature des prestations proposées évolue rapidement. Engranger des revenus publicitaires, par exemple, change-t-il la donne ? Ce chapitre clarifie, autant qu’il est possible, cette question.

62

Le sixième et dernier chapitre a trait au commerce électronique, occasion d’aborder le contrat sous un autre angle, de sa formation à son exécution, et d’évoquer le sujet particulièrement complexe de la loi applicable. Loi des parties ou intervention des pouvoirs publics selon les types de contrats, nous disposons fort heureusement déjà de quelques éléments d’appréciation et de règles définies au niveau communautaire. Le commerce électronique conduit tout naturellement aussi à présenter les règles à appliquer en matière de prospection commerciale et de publicité en ligne.

63

Michèle Battisti

50 fiches sur le droit des sites Internet

Droit pour non-juristes : Internet. 50 fiches pour créer et exploiter un site Internet, Arnaud Dimeglio, Paris : Dunod, 2010. – 227 p. – ISBN 978-2-10-054314-4 : 25 €

65

Treize chapitres, soit cinquante fiches subdivisées en 222 thèmes : le côté pratique de cette publication est incontestable. On ne saurait trop recommander cet ouvrage, conçu pour le grand public, où l’essentiel est dit sur toutes les questions d’ordre juridique que l’on peut (ou devrait) se poser lorsque l’on veut créer et exploiter un site web.

66

C’est ainsi que, après avoir adopté un nom de domaine et répondu aux obligations légales qui entourent cette procédure, on alimente son site avec divers contenus. Se posent alors des questions liées aux mentions légales, au droit d’auteur, au droit des bases de données et au droit des marques susceptibles d’être appliquées aux documents et aux informations que l’on souhaite communiquer au public. Il convient aussi de ne pas négliger le droit des personnes et, dans ce cas, c’est la loi « Informatique et libertés », la protection de la vie privée et le droit à l’image qui entrent en lice. Il était utile également de présenter le délit de presse ainsi que les règles qui régissent la responsabilité des fournisseurs d’accès et des hébergeurs, qu’il convient d’articuler avec celle de l’éditeur.

67

Dans une deuxième partie, l’accent est mis sur les règles à respecter lorsque l’on entend faire la promotion de son site, établir des contrats, voire faire du commerce électronique, en donnant même une place à la fiscalité électronique et aux règles qui régissent l’emploi de personnels. Plus classique seront les thèmes de la cybercriminalité et du droit applicable. Rien d’essentiel n’a été oublié, même les aspects les plus complexes.

68

Tous ces sujet sont abordés de manière claire et illustrés de plusieurs cas pratiques puisés dans la jurisprudence. Or la concision est ici véritable un défi car l’Internet est régi par plusieurs droits, et que si « ce droit est en construction », comme bien d’autres, il évolue très vite, à l’image des techniques qui se créent au fil des jours. Un défi relevé et un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

69

Michèle Battisti

Notes

[2]

Dont notamment Net recherche 2010, de V. Mesguich et A. Thomas (ADBS Éditions, 2010).

Titres recensés

  1. Deux ouvrages anglophones pour mieux exploiter le Web
    1. Global research without leaving your desk: Travelling the world with your mouse as companion, Jane Macoustra, Oxford : Chandos Publishing, 2010. – 202 p. – ISBN 978-1-84334-366-0 : 60 €. Web wisdom. How to evaluate and create information quality on the Web, Marsha Ann Tate, 2nd ed. – Boca Raton : CRC Press, 2010. – 148 p. – ISBN 978-1-4200-7320-1 : 34,95 $
  2. Pour esquisser un portrait de l’usager numérique
    1. L’usager numérique : séminaire INRIA, 27 septembre – 1er octobre 2010, Anglet, Institut national de recherche en informatique et en automatique ; coordonné par Lisette Calderan, Bernard Hidoine et Jacques Millet, Paris : ADBS Éditions, 2010. – 203 p. – (Sciences et techniques de l’information, ISSN 1762-8288). – ISBN 978-2-84365-126-7 : 28 €
  3. Organisation des espaces et plans de classement des documents
    1. Mettre en œuvre un plan de classement, Sous la direction de Bertrand Calenge, Villeurbanne : Presses de l’ENSSIB, 2009. – 199 p. – (Boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 18). – ISBN 978-2-910227-74-6 : 22 €
  4. Le learning centre, un concept d’avenir
    1. Les Learning centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche, Suzanne Jouguelet, Paris : Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, décembre 2009. – 58 p. – (Rapport 2009-022)
  5. Deux synthèses concises et complètes
    1. Propriété intellectuelle : 2010/11, Bruno Cinelli, Paris : Hachette, 2010. – 63 p. – (Top’Actuel). – ISBN 978-2-01-181198-1 : 4,90 €. Droit du Web 2.0 : 2010/11, Bruno Cinell, Paris : Hachette, 2010. – 63 p. – (Top’Actuel). – ISBN 978-2-01-180918-6 : 4,90 €
  6. Un tour d’horizon approfondi du droit de l’Internet
    1. Droit de l’Internet, Jacques Larrieu, 2e éd. – Paris : Ellipses Marketing, 2010. – 218 p. – (Mise au point). – ISBN : 978-2-7298-5479-9 : 14,50 €
  7. 50 fiches sur le droit des sites Internet
    1. Droit pour non-juristes : Internet. 50 fiches pour créer et exploiter un site Internet, Arnaud Dimeglio, Paris : Dunod, 2010. – 227 p. – ISBN 978-2-10-054314-4 : 25 €

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2010 (Vol. 47), p. 71-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2010-4-page-71.htm
DOI : 10.3917/docsi.474.0071


Article précédent Pages 71 - 77
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback