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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/2 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.482.0004
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’écosystème Vie-publique : du site d’information à la communauté de partage et d’échange

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Service. Le 15 février 2011, le portail d’information vie-publique.fr ouvre un nouvel espace de travail communautaire, mon.vie-publique.fr. Surf sur la vague du Web 2.0 ou véritable stratégie de diffusion d’information dépassant le classique site web institutionnel ? Retour sur le projet d’un réseau social d’information publique qui vient d’obtenir le Prix de l’innovation i-expo 2011 (catégorie Partage de l’information).

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« Plus qu’un simple réseau social, nous souhaitons construire autour de mon.vie-publique.fr un véritable espace de travail permettant aux citoyens, au sein de leur espace personnel, d’échanger et de contribuer aux débats de politique publique qui les concernent, » explique Xavier Patier, directeur de la Direction de l’information légale et administrative.

Rezo. n.m.

Didact. Ensemble d’éléments interconnectés ; la structure ainsi formée (dépourvue de centre, à la différence d’une structure pyramidale). Architecture en réseau. Présenter une structure en réseau, Réseau en étoile, en anneau, maillé, selon le type de liaison existant entre les éléments.

Dictionnaire culturel en langue française. Dir. Alain Rey. Le Robert, déc. 2005. •

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L’idée de développer un réseau communautaire, à partir des contenus du portail d’information « vie-publique.fr », est née en 2008, six ans après la création du portail, lors de la refonte ergonomique et graphique du site et de l’étude stratégique menée en amont. Cette réflexion complète sur le positionnement du portail sur la toile publique et plus largement dans l’univers de l’Internet citoyen permit de poser les fondements d’une stratégie d’évolution du site pour les cinq années à venir. Le développement d’une dimension communautaire autour d’une expertise intellectuelle s’imposa comme une nécessité incontournable et l’un des axes stratégiques essentiels pour affirmer la pertinence d’une offre d’informations en ligne spécifique dans le champ thématique des politiques publiques et du débat public.

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Déjà fortement ancrés dans les usages en 2008, les échanges en réseau des internautes sont devenus un mode essentiel d’accès à l’information. Facebook et Twitter comptent parmi les plus éclatantes « success stories » des outils du Web dit « deux point zéro ». Ils ont de fait révélé de nouvelles pratiques de diffusion et de partage de l’information favorisant la création de sites « pure player » dont l’identité est fondée sur le couplage de la diffusion d’information et des pratiques collaboratives de leurs lecteurs : Agoravox en 2005 puis Mediapart ou Rue89 en 2007 consacrent cette (r)évolution de la production collaborative d’information initiée dès 1998 par L’Echo du village ou par OhmyNews en 2000.

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Comme le soulignait les conclusions de l’étude stratégique, « à l’heure de la démocratie participative et du Web 2.0, le portail Vie-publique ne peut pas faire l’économie d’une interaction plus grande avec ses publics : cette interaction doit être pensée au regard des missions du portail, de sa capacité de maîtrise et de répondant, et de sa pertinence propre ». Il restait à en décliner moyens et actions pour mettre en œuvre le dispositif de dialogue avec les utilisateurs tout en restant en phase avec les fondamentaux de la mission : un portail documentaire d’information garantissant impartialité et neutralité dues à une mission d’information d’un service public.

Vie-publique.fr : au cœur du débat public, portail d’information du citoyen4

http://www.vie-publique.fr

dc date-created: juillet 2002

dc editor : Direction de l’information légale et administrative

dc description : portail documentaire d’information sur l’actualité des débats publics, les politiques publiques, la connaissance des institutions et la citoyenneté

dc keywords : débats publics, institutions, France, citoyenneté, politiques publiques, discours publics, citoyen, instruction civique, administration, document officiel, texte officiel, rapports publics, actualité, politique, chronologie, partis politiques, syndicats

dc : audience : citoyens en apprentissage, citoyens avertis, citoyens impliqués dans la vie publique, professionnels de l’information, sphère éducative

Consultation : 500 000 visites/mois.

Contributions : 8 000 articles en ligne. 80 articles par mois.

Typologie de contenus : articles, dossiers en ligne, fiches pédagogiques, bases de données.

Réseaux sociaux (chiffres de juin 2011) :

mon.vie-publique : 966 membres

twitter/viepubliquefr : 2 570 abonnés

netvibes/vie-publique.fr

Composant technique mon.vie-publique :

Technologie Jamespot, intégration graphique La Netscouade. •

Accueil de l’espace communautaire

Le blog comme première brique d’un réseau communautaire

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La première traduction de cette stratégie s’est concrétisée dès l’ouverture de la nouvelle version du portail par la mise en place de l’outil de réseau social le plus commun : le blog. Simple à réaliser, il permettait de positionner Vie-publique.fr comme acteur du Web social. Cependant, la ligne éditoriale du portail ne permettait pas d’en faire un outil de commentaires sur les sujets de l’actualité politique, économique et sociale, à l’instar des sites ou des blogs de presse ou d’opinion. Le blog fut donc destiné à offrir un lieu d’échange, de partage et de critique sur les choix éditoriaux de la rédaction, le traitement éditorial opéré, y compris ses manques ou insuffisances.

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L’objectif ne repose pas sur le quantitatif, capter le plus grand nombre d’utilisateurs. Il s’agit de mettre en place un dispositif d’écoute et de dialogue continu permettant aux équipes d’intégrer les retours des internautes afin d’améliorer la qualité des productions. Le « blog de la rédaction » constitue en ce sens la première marche d’un système récursif entre Vie-publique et ses utilisateurs. Indirectement, cette première initiative a permis également, via leurs commentaires, de mettre en relation les internautes autour des contenus du portail.

Présence sur les réseaux sociaux : quels choix, quelle politique ?

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Toujours central dans une stratégie de diffusion d’information, le site web est désormais complété par tous les dispositifs du Web social. Social bookmarking, blogs, sites communautaires sont désormais les outils de notoriété incontournables d’un éditeur d’information comme en atteste le poids grandissant des réseaux sociaux dans les algorithmes des moteurs de recherche [1][1] http://www. presse-citron.net/google-les-secrets-d.... Si l’heure n’est pas encore au zéro web comme le présage dans un article récent Michel Levy Provençal [2][2] Michel Levy-Provencal, « zeroW, le premier digital..., la pollinisation et le maillage sur le Web font partie intégrante de la stratégie de diffusion numérique d’informations.

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Ancrer Vie-publique.fr directement au cœur des réseaux sociaux s’est imposé comme une évidence. Mais quels réseaux ? Pour quel positionnement ?

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Le choix de Twitter et Netvibes relève d’une analyse du statut de ces deux services. Outil de veille de flux d’information pour l’un, d’actualité continue pour l’autre, ces médias ne se positionnent pas sur le même champ d’usage que les réseaux inter-personnels (Facebook) ou professionnels (Linkedin, Viadeo…). Si la présence de Vie-publique sur ces deux réseaux ne prête pas au questionnement, nos utilisateurs, lors des différentes enquêtes, ont en revanche clairement manifesté leurs interrogations, voire réticences, à une présence active sur les réseaux « personnels ». Site documentaire officiel d’information, Vie-publique n’aurait pas à communiquer avec des « amis ».

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Cependant, les enquêtes récentes d’utilisation des différents réseaux sociaux et des pratiques de l’Internet selon les classes d’âge remettent en cause ce positionnement. Avec un taux de pénétration respectivement de 99 % chez les 15-19 ans, 91,2 % chez les 20-24 ans, et 75,4 % chez les 25-29 ans [3][3] Richard Piedalue, « Démographie et statistiques Facebook..., Facebook s’impose comme l’outil de pratique quotidienne d’échange d’informations pour l’un des publics clef du portail, peu enclin à consulter les sites web traditionnels, leur préférant la communication via un réseau personnel (tchat, messagerie instantanée, etc.). Ne pas diffuser officiellement son offre d’information sur un réseau aussi dominant auprès des jeunes publics aurait des conséquences en terme de visibilité.

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Un éditeur institutionnel d’information se doit donc d’actualiser très régulièrement sa politique de présence sur les nouveaux médias sous peine d’un décalage rapide avec les usages des ses publics.

Mon.vie-publique, outil de travail communautaire collaboratif

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Outil de dialogue entre la rédaction et ses lecteurs, présence sur les réseaux sociaux, les premières briques d’une « communauté Vie-publique » ont permis d’évaluer et de confirmer la pertinence de la stratégie définie.

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L’étude stratégique de 2008 expliquait : « Les expériences de bibliothèques en ligne se multiplient (Gallica, bientôt Européana, Cyberlibris, Numilog) : avec la possibilité d’annoter, de copier-coller des passages, de feuilleter des ouvrages, de faire une recherche plein texte grâce à la numérisation des ouvrages. Si Vie-Publique n’a pas vocation à développer des systèmes de gestion documentaire en ligne aussi sophistiqués que ceux évoqués plus haut, il doit offrir un niveau minimum de service, et savoir surtout comment s’interfacer avec ceux-là. » L’ouverture de mon.vie-publique, trois ans plus tard, répond pleinement à cette préconisation. En 2008, le coût trop élevé du développement ad hoc d’un tel service rendait impossible sa mise à disposition dès la nouvelle version du portail. La maturité du marché, notamment français, permit en 2010 de lancer définitivement le projet. Rétrospectivement, la maturité des usages « réseaux sociaux » était, sans doute, également insuffisante pour proposer ce nouveau type de service dès sa conception.

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La construction de dossiers documentaires s’est donc imposée comme une fonctionnalité constituant une véritable valeur ajoutée pour l’internaute de Vie-publique, en lui permettant de devenir un co-producteur potentiel d’informations.

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Réseau social thématique, mon.vie-publique vise tous les internautes ayant un intérêt commun pour les sujets du débat public. Conçu comme un espace de travail, communautaire ou personnel, autour de la notion de dossier, chaque membre peut :

  • créer ses propres dossiers et son espace personnel de travail ;

  • enregistrer, sauvegarder, publier et commenter les pages de Vie-publique et d’autres sites Internet, sans restriction ;

  • travailler à plusieurs sur un sujet, que ce soit autour de ses dossiers ou des dossiers communautaires « vie-publique » ;

  • partager et faire connaître son travail à son réseau ;

  • découvrir les autres internautes et sous-réseaux de Vie-publique partageant les mêmes centres d’intérêt.

Les membres peuvent également organiser leurs échanges dans un calendrier partagé.

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Soit d’usage privé ou limité à des personnes invitées par le créateur du dossier, soit rendu public auprès des autres membres de la communauté, chaque dossier constitue le lien de mise en relation des internautes usagers du portail. Chacun peut donc ajouter, enrichir les documents des dossiers pour en constituer un réservoir de ressources collectif ouvert aux échanges et à l’enrichissement [figure 1].

Figure 1 - Ajout d’une ressource à partir du portailFigure 1

Outil pédagogique pour le travail en classe

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Un des cas d’usage les plus significatifs concerne l’utilisation de cet espace comme outil de travail pédagogique en classe. La réalisation d’exposés par les élèves en utilisant les nouvelles technologies, par exemple sur la notion de citoyenneté dans le cadre de l’éducation civique, ne nécessite de la part du professeur que la création de quelques comptes sur Mon.vie-publique. La connaissance et la pratique des réseaux sociaux par les élèves leur permettent immédiatement d’utiliser cet outil, remplaçant ainsi le traditionnel copier-coller échangé par messagerie.

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Chaque article du site Vie-publique disposant d’un lien direct de référencement vers l’espace personnel, il suffit, au gré de sa navigation dans les ressources du portail et par simple clic, de mettre de côté dans son espace personnel les sélections opérées. Enrichi de commentaires et d’articles d’autres sites, le travail de sélection est ainsi restituable, en classe, directement à l’écran. Rendus publics, ces travaux peuvent être partagés avec les autres membres de la communauté, favorisant ainsi les synergies d’expérience et de connaissance au sein de la sphère éducative. En ce sens, Mon.vie-publique fait écho aux initiatives d’enseignants [4][4] Pour présenter en quelques mots le portail Vie-publique.fr,... utilisant les réseaux sociaux comme outil pédagogique. Organisé autour d’un corpus thématique spécifique, la plateforme peut répondre aux besoins de la communauté éducative en associant contenu et outil en un seul espace de travail.

Un réseau social dédié, point d’orgue d’un écosystème d’information

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En veillant à ne pas glisser vers le forum d’opinion, un tel outil favorise la fédération d’internautes réguliers et avec eux leurs connaissances et expertises sur des sujets particuliers relevant des thématiques générales du portail. Au-delà même de leur mise en relation et de leur fidélisation, l’appropriation par les utilisateurs les positionne en « contributeurs » de contenus par les enrichissements d’annotations ou de commentaires. Cette nouvelle dimension collective dans la diffusion d’information enclenche un cercle vertueux d’amélioration des contenus, apportant une plus-value intellectuelle sur un existant éditorial enrichi par la synergie des acteurs même du réseau, dans un espace dédié, sans confusion entre le rôle de l’émetteur institutionnel et celui de l’internaute acteur.

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Ce nouvel espace organise en réseau les « éléments interconnectés » et inter-agissant sur des contenus de référence partagés. Il ne s’agit pas de co-produire une information sans identification du producteur tel qu’un Wikipédia, mais d’initier la mise en place d’un véritable « écosystème » de production-diffusion-enrichissement d’information. L’appropriation individuelle des contenus pouvant laisser place à l’émergence d’une identité collective [figure 2].

Figure 2 - L’écosystème modéliséFigure 2
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L’activité permanente et dynamique des acteurs de l’écosystème sera l’indicateur de réussite et le facteur vital de son développement. Lui seul validera le possible dépassement de l’approche « top-down » (du haut vers le bas) classique de diffusion d’information, relevant ainsi le pari de l’intelligence collective.

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Tout en poursuivant sa mission première de diffuseur d’information de référence, Vie-publique.fr et Mon-vie-publique.fr tentent à leur niveau de concrétiser les promesses du couple prometteur Web sémantique et réseau social décrites par Nova Spivack [5][5] Voir notamment le travail de Laurence Juin à la Rochelle,...[6][6] Nova Spivack, « The Future of the Net », 1er avril... comme le passage d’un Web centré sur l’information et les ressources numériques à un Web centré sur les rapports entre celle-ci et les humains : le métaweb. •

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Olivier Garry

Les professionnels de l’information scientifique et l’e-science

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Information scientifique. Le développement des TIC et la nécessité constante de visibilité ont fortement encouragé les chercheurs à investir les nouveaux outils du Web. Parallèlement, les nouveaux équipements scientifiques permettent des expériences inédites qui se traduisent par un véritable déluge de données qu’il s’agit maintenant de partager et d’exploiter. En tant que médiateur de l’information scientifique, quel rôle peut tenir le documentaliste dans ce nouvel environnement ?

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Depuis le début des années deux mille, on a pu voir émerger dans la littérature scientifique un nouveau concept : celui de « e-science ». Ce terme désigne les infrastructures permettant le partage des ressources et leur exploitation par traitement informatique des données de la recherche, ainsi qu’une communication quasi immédiate entre les différents acteurs du monde scientifique via des communautés virtuelles, devenues possibles grâce aux nouveaux outils d’Internet (blogs, wikis, réseaux sociaux, archives ouvertes, etc.). Ces évolutions bousculent considérablement les contours du champ d’action des documentalistes scientifiques.

Qu’est-ce que la e-science ?

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Depuis l’apparition des NTIC, les chercheurs ont besoin d’aller plus loin que les capacités originelles du Net. Ils veulent avoir accès en un point unique à l’ensemble des ressources et des outils nécessaires à leurs recherches. Ce n’est plus seulement aux publications que l’accès doit être facilité mais bien à l’ensemble des données (données brutes, expérimentales, etc.) et des productions issues de la recherche (présentations vidéo, audio, workshops, etc.). Il s’agit de créer de vastes répertoires avec les capacités managériales des bibliothèques numériques traditionnelles en y ajoutant une couche supérieure de services : outils d’exploitation (chercher, manipuler, personnaliser, etc.), d’indexation, de communication, de travail collaboratif, etc.

Figure 2
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Imaginé au Royaume-Uni, le terme de e-science désigne cette nouvelle façon de « faire de la science ». C’est en l’an 2000, en effet, que John Taylor, alors directeur général des conseils de recherche de l’Office of Science and Technology (OST), fait le constat que la science devient progressivement dépendante de coopérations multidisciplinaires nationales et internationales et que, par conséquent, les différentes communautés scientifiques y gagneraient beaucoup si une infrastructure commune (une cyberinfrastructure, dans la terminologie e-science) était mise en place, donnant accès à distance aux ressources et aux données dont elles ont besoin. Le domaine des sciences exactes (surtout la physique et la biologie), particulièrement demandeur en puissance de calcul et capacité de stockage afin de traiter efficacement de larges silos de données, en a tout d’abord bénéficié. Il s’agit d’ailleurs de la voie traditionnelle de la e-science, fondée sur d’importantes grilles informatiques qui permettent à la fois d’interconnecter différentes bases de données, d’effectuer des requêtes complexes et d’assurer la pérennité de ces données.

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Outre l’accès aux données brutes, la e-science facilite le travail collaboratif sur tout type de ressources. John Taylor, « père » du concept e-science, définit celle-ci selon cette vision collective : « e-Science is about global collaboration in key areas of science, and the next generation of infrastructure that will enable it.[7][7] John Taylor, Présentation du programme e-science h... » Les chercheurs impliqués dans des collaborations internationales et multidisciplinaires ont besoin d’avoir accès à un panel d’outils et de ressources leur permettant de travailler ensemble et en ligne sur ces projets ; d’où la multiplication de forges, de réseaux sociaux scientifiques, d’outils 2.0 de partage de documents ou de signets, etc. La e-science repose donc sur l’agrégation de ces multiples services. L’exemple de NanoHub [8][8] http://nanohub.org, plateforme e-science dédiée aux nanosciences, fait ici figure de référence : le chercheur y a accès à différentes ressources (données expérimentales, publications, notes, présentations, vidéos, etc.) qu’il peut noter, indexer et commenter dans les nombreux forums proposés. Divers outils de simulation, de calcul, de modélisation, pour lesquels il est possible de contacter directement les créateurs, sont également mis à sa disposition.

Repère

À la suite d’un stage effectué au sein du service Information scientifique de l’unité mixte de service MI2S (Moyens Informatiques, multimédia et Information Scientifique - UMS 3042 - CNRS), Émilie Manon a rédigé un mémoire de master sur les problématiques de l’e-science, « E-Science et professionnels de l’IST », disponible sur le site DUMAS http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00511210/fr. À l’occasion de ce travail, un site d’informations baptisé E-Science a été créé http://mi2s.imag.fr/is/e-science. •

Quels rôles pour les documentalistes ?

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Afin de répondre aux exigences, inhérentes à la e-science, du travail collaboratif et multidisciplinaire au sein de ces nouveaux environnements virtuels de recherche, les documentalistes doivent concevoir des services communs à différents publics. Il ne s’agit donc plus pour les bibliothèques de desservir une certaine communauté mais de proposer des services de « co-laboratoires » communs pour des disciplines aux pratiques souvent hétérogènes. Dans ces co-laboratoires, le documentaliste devra gérer, outre la publication traditionnelle qu’il a l’habitude de traiter, divers types de productions qui devront faire l’objet de guides pratiques expliquant les différents standards à adopter selon le type de ressource. Un identifiant unique pourra ainsi être attribué à chaque ressource afin de la rendre explicitement exploitable et bien sûr « citable » au sein d’une publication. Le documentaliste devra également veiller à renseigner les conditions de sa création et celles de sa réutilisation (environnement requis, protection de la propriété intellectuelle, etc.) afin d’en assurer la pérennité.

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Cette diversification des productions scientifiques disponibles nécessite donc dès aujourd’hui la mise en place de métadonnées et d’ontologies afin de créer un réseau de sens entre ces nombreuses ressources. Différents projets étudient déjà le format RDF (Resource Description Framework), langage de description qui permet de relier tel chercheur à tel jeu de données, explicité dans telle publication, qui pointe vers telle vidéo, etc.

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Comme le mentionne Cliff Lynch [9][9] Cliff Lynch, « The Institutional Challenges of Cyberinfrastructure..., les nouveaux environnements virtuels de recherche semblent de prime abord ne pas s’adapter à la tradition de service plutôt local des bibliothèques et semblent être en marge du processus même de recherche. Pourtant, des initiatives significatives sont en passe de modifier cette tradition. Ainsi, par exemple, la bibliothèque Albert R. Mann de Cornell développe DataStar [10][10] http://datastar.mannlib.cornell.edu/ (a Data Staging Repository) avec le soutien de la National Science Foundation (NSF). DataStar met à la disposition des chercheurs un environnement de partage de données astronomiques dans lequel il est également possible de créer des métadonnées préliminaires, puis standardisées selon les normes de la discipline, de publier des jeux de données et d’obtenir à tout moment l’aide de professionnels de l’information scientifique.

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Plusieurs bibliothèques ont ainsi mis en ligne un grand nombre d’informations à destination de la communauté scientifique et des professionnels de la documentation. C’est le cas, par exemple, du e-Science Portal for New England Librarians [11][11] http://library.umassmed.edu/escience_symposium09.c.... L’utilisation d’un tel portail doit alors s’accompagner d’une formation aux méthodes de l’e-science. En ce sens, la bibliothèque du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mis en place un site Internet qui fournit des conseils aux chercheurs sur la gestion de données [12][12] http://libraries.mit.edu/guides/subjects/data-mana.... Ce site dresse une liste de contrôle pour la gestion d’une donnée afin que celle-ci soit réutilisable et préservée dans le temps, et une série de conseils sur les formats de fichiers, sur l’évaluation des besoins, sur la sécurité, la protection intellectuelle du contenu scientifique, etc.

Un nouvel investissement pour le professionnel de l’information

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Aujourd’hui, les actions prioritaires relèvent donc de la prise de conscience. La e-science va bouleverser les carcans habituels des bibliothèques de recherche dont la tradition a longtemps été d’axer leurs services autour d’une discipline ou d’une institution et de gérer les publications scientifiques en bout de chaîne du cycle de la recherche. Mais les méthodes e-science ne correspondent finalement qu’à une évolution attendue du mouvement open access qui avaient conduit les bibliothèques à s’investir dans des projets d’archives ouvertes. À la communauté des professionnels de l’IST de s’approprier ces nouveaux enjeux et de mutualiser des compétences déjà existantes au sein des organisations pour s’investir à nouveau dans cette continuelle révolution numérique. •

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Émilie Manon

Abonnements aux périodiques : une concertation entre les différents acteurs

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Guide. Depuis 2003, des représentants des clients, éditeurs et agences d’abonnements se concertent pour analyser les procédures de gestion des abonnements aux périodiques et élaborer un guide de bonnes pratiques. Cet article reprend les principales recommandations adressées aux clients dans la dernière mise à jour du vade-mecum.

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Àprès deux vade-mecum publiés en 2005 et 2007 [13][13] Comment gérer ensemble les abonnements aux périodiques,..., le groupe de travail piloté par le GFII en a réalisé une synthèse [14][14] Clients, agences, éditeurs, comment gérer ensemble... en y intégrant les récentes évolutions, tout en mettant l’accent sur les abonnements numériques.

Le vademecum

La version papier du vade-mecum est disponible gracieusement auprès de l’ADBS, l’ADBU, du GFII, de la FNPS et du SNIEL. Sa version électronique est en téléchargement gratuit sur les sites respectifs de ces associations.

Conçu comme un guide pratique destiné à tous les professionnels, ce document n’a pas la prétention d’être exhaustif, mais propose une photographie du marché en 2011, réalisé à partir des retours d’expérience des membres du groupe de travail.

Les probables évolutions de l’environnement (TVA, licence nationale…) auront des conséquences directes sur le marché des abonnements. Le groupe inter-associations suivra avec attention ces changements et les prendra en compte dans une prochaine mise à jour. •

Agences d’abonnements et marché

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Les agences proposent une offre globale de titres dans un catalogue. Elles consolident les commandes, les réclamations et les factures liées aux abonnements. Ce rôle d’intermédiation permet au client d’éviter la démarche complexe et fastidieuse de s’adresser à chaque éditeur !

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Le marché français des abonnements s’établit à 227,5 millions d’euros en 2009 (contre 228,5 en 2008). Compte tenu des contraintes budgétaires des services documentaires, ce marché n’a pas connu de croissance significative ces dernières années.

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Longtemps associée aux services de documentation, l’acquisition des abonnements relève de plus en plus souvent du service Achat ou d’un binôme documentation/achat, les acheteurs tendent à se professionnaliser et à se regrouper [15][15] Au sein de consortiums dans le monde académique ou....

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Certaines agences réalisent aujourd’hui plus d’un quart de leur CA sur la vente d’abonnements en « e-only », le papier seul ne représentant plus que 50 % des ventes. Mais des disparités importantes subsistent selon les secteurs d’activité. Largement tributaires de l’évolution des offres éditoriales anglo-saxonnes, les universités, les centres de recherche et le domaine de la santé ont été les premiers à adopter le modèle électronique, les entreprises et les administrations restant plus fidèles au papier.

La rédaction des appels d’offre

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Avant un appel d’offres, informez-vous de façon à rédiger un cahier des charges en phase avec les offres du marché, vérifiez sa conformité juridique et la faisabilité opérationnelle de la prestation demandée. Communiquez la liste globale des abonnements à gérer, si possible sous format électronique, dans un tableur présentant toutes les informations relatives aux contrats d’abonnement.

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La comparaison de deux cotations (évaluation du prix sur un échantillon représentatif) n’est pertinente qu’au regard de la réalité des frais de gestion, des critères d’application des taux de change et de la qualité de service des agences.

La pratique des prix fermes

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D’après les agences, plus de 20 % des appels d’offres contiennent une référence à des prix fermes, quelle que soit la durée du marché. Le monde hospitalier, les collectivités locales et parfois les entreprises, lors du déploiement d’un catalogue en ligne, adoptent de plus en plus cette pratique. Elle implique que les agences s’engagent par avance sur des prix fermes, parfois sur plusieurs années dans le cas des marchés publics. Mais ceci entraîne des dysfonctionnements : souvent, les tarifs ne sont pas connus au moment de la remise des offres et les évaluations ne reflètent donc pas la réalité du marché.

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Côté clients, les prix fermes facilitent la gestion des abonnements (pas de facture de réajustement) et permettent de maîtriser son budget. Ainsi disparaît la fluctuation des tarifs éditeur entre le moment de la commande et celui de la facturation. Le risque de devoir interrompre certains abonnements en cours d’année pour des raisons économiques est alors éliminé.

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Mais les effets négatifs sont tout aussi importants: le risque financier est encouru conjointement ; des tarifs peuvent être supérieurs au marché et fragiliser alors le modèle économique des agences. Le dispositif des prix fermes sera donc déconseillé dans la mesure où il n’est pas en phase avec la réalité du marché.

Les réclamations

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Il est souhaitable que les agences, les éditeurs et les clients établissent entre eux des accords de qualité sur la transmission rapide des réclamations et leur traitement. Ces accords impliquent notamment une identification claire d’une personne ressource, un suivi des réclamations et la diffusion des informations par l’éditeur sur les évolutions de la vie du titre.

Les abonnements électroniques

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Dès la phase d’étude, associez les informaticiens de votre organisation pour déterminer l’environnement technique et les contraintes du SI.

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Un conseil avant la signature de la commande : prenez connaissance des contrats de licence et soumettez-les aux services juridique et informatique. Vous devez donc identifier en amont, au sein de l’institution, le signataire de la licence (direction, service juridique, service des achats ou service technique).

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Vérifiez les années auxquelles vous avez droit lors de la souscription de votre abonnement et s’il s’agit d’années fixes ou d’années glissantes et contrôlez la clause de durée (1 an, 3 ans, etc.), ses possibilités de renouvellement (tacite reconduction, notification écrite, non renouvelable) et de résiliation (non paiement, insolvabilité, liquidation, etc.). Dès la souscription, demandez à l’éditeur de préciser quel serait, en cas de résiliation, le contenu acquis et disponible. Il est nécessaire de l’interroger sur les formats du contenu livré et de procéder à l’examen d’échantillons de contenus et/ou de métadonnées. Prévoyez aussi dans le contrat d’abonnement une clause d’achat du contenu non couvert dans la période souscrite. Elle vous permettra d’augmenter l’antériorité de vos archives.

51

Pour les accès par login/mot de passe, les utilisateurs doivent être informés de la confidentialité de ces informations. Il est important que les organismes responsabilisent leurs salariés et leurs stagiaires afin que les mots de passe ne circulent pas. •

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Ruth Martinez

La chronique de Daniel Bourrion. Laisser les autres marcher

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Avancer dans les fonctions de l’info-doc, oui, si l’encadrement n’empêche pas le professionnel de mettre un pied devant l’autre !

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À y bien réfléchir, avec mon neveu (oui, toujours le même, qui depuis la dernière fois a appris à marcher) nous nous sommes aperçus que les choses n’étaient peut-être pas aussi simples (à dire vrai, il n’a pas été très bavard – apprendre à marcher semble beaucoup plus facile qu’apprendre à parler…).

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Pas aussi simples parce que, pour apprendre à marcher, encore faut-il que l’on vous laisse essayer, encore faut-il que votre entourage ne soit pas plus effrayé que vous de vous voir faire vos premiers pas, en bref : pour ne pas avoir peur, encore faut-il que ceux qui vous entourent ne soient pas eux-mêmes apeurés.

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Vous me voyez venir ? Sans doute, mais je vais expliciter tout de même mon propos, en l’élargissant à la problématique générale de la prise de risque dans les bibliothèques. Puisque, on l’aura compris la dernière fois, derrière cette question de l’autonomie à apprendre, il y a celle du risque que l’on est prêt à prendre, ou non. Et cette question est éminemment liée à celle de la latitude que l’on peut avoir à prendre des risques.

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Dit autrement et plus clairement : il me semble que l’environnement (professionnel mais pas seulement) dans lequel chacun évolue détermine très largement son comportement et ses audaces.

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Pour en revenir à mon neveu (je redoute le jour où il aura appris à lire et me réclamera des comptes sur cette série où je le mets en scène sans lui avoir fait signer le moindre document m’y autorisant – tant pis, je prends le risque !), si chacune de ses tentatives de se mettre debout voyait tous les adultes autour de lui pousser de hauts cris, se précipiter de peur qu’il ne tombe et lui suggérer de rester tranquillement assis parce qu’il pourrait se blesser et/ou déranger le bel ordonnancement de l’appartement, je gage qu’il renoncerait rapidement à essayer de vivre debout et qu’il passerait le reste de sa vie immobile.

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Ici, à l’évidence, ce qui déterminera son apprentissage, c’est autant son envie de marcher que la latitude que nous, adultes autour de lui, lui donnerons ; c’est autant la maîtrise qu’il aura de sa peur que nous de la nôtre. C’est même en fait notre attitude qui fera la sienne, pour vous dire le fond de ma pensée, et je suis tout disposé à parier un biberon qu’il marchera d’autant plus vite que nous l’accompagnerons simplement dans cette conquête, en assurant ses arrières et en lui laissant dans le même temps toute latitude pour avancer.

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Le parallèle avec les bibliothèques est facile à faire, et vous l’avez sans doute déjà effectué : nous ne pouvons avancer, dans nos métiers et nos pratiques, que si ceux qui nous encadrent nous aident à le faire et nous accompagnent sans nous ralentir ou nous empêcher de mettre un pied devant l’autre.

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Évidemment, on ne tirera pas comme conclusion de ce qui précède qu’une bibliothèque qui n’avance pas le doit aux seuls freins de sa hiérarchie : ce serait se défausser à peu de frais de la responsabilité propre de chacun/e d’entre nous dans la part qu’il/elle peut prendre à son propre mouvement. •

Notes

[2]

Michel Levy-Provencal, « zeroW, le premier digital media sans site web ! », ReadWriteWeb, 10 mai 2010 http://fr.readwriteweb.com/2010/05/10/prospective/zerow-premier-digital-media-sans-site-web

[3]

Richard Piedalue, « Démographie et statistiques Facebook en France », MTLtechno, 10 février 2011 http://mtltechno.com/2011/02/statistiques-demographie-facebook-en-france

[4]

Pour présenter en quelques mots le portail Vie-publique.fr, l’auteur emploie le modèle Dublin Core, bien connu pour décrire les ressources en ligne.

[5]

Voir notamment le travail de Laurence Juin à la Rochelle, http://maonziemeannee.wordpress.com

[6]

Nova Spivack, « The Future of the Net », 1er avril 2004, http://www.novaspivack.com/science/new-version-of-my-metaweb-graph-the-future-of-the-net

[7]

John Taylor, Présentation du programme e-science http://www.nesc.ac.uk/nesc/define.html

[9]

Cliff Lynch, « The Institutional Challenges of Cyberinfrastructure and E-Research », EDUCAUSE Review, vol.43, n°6, 2008, p.1.

[13]

Comment gérer ensemble les abonnements aux périodiques, 2005 ; Des abonnements papier aux abonnements électroniques, 2007

[14]

Clients, agences, éditeurs, comment gérer ensemble les abonnements aux périodiques. Vade-mecum élaboré par l’ADBS, l’ADBU, le GFII, la FNPS et le SNIEL, GFII, 2011

[15]

Au sein de consortiums dans le monde académique ou de groupements d’achat dans le domaine hospitalier, par exemple.

Plan de l'article

  1. L’écosystème Vie-publique : du site d’information à la communauté de partage et d’échange
    1. Le blog comme première brique d’un réseau communautaire
    2. Présence sur les réseaux sociaux : quels choix, quelle politique ?
    3. Mon.vie-publique, outil de travail communautaire collaboratif
    4. Outil pédagogique pour le travail en classe
    5. Un réseau social dédié, point d’orgue d’un écosystème d’information
  2. Les professionnels de l’information scientifique et l’e-science
    1. Qu’est-ce que la e-science ?
    2. Quels rôles pour les documentalistes ?
    3. Un nouvel investissement pour le professionnel de l’information
  3. Abonnements aux périodiques : une concertation entre les différents acteurs
    1. Agences d’abonnements et marché
    2. La rédaction des appels d’offre
    3. La pratique des prix fermes
    4. Les réclamations
    5. Les abonnements électroniques
  4. La chronique de Daniel Bourrion. Laisser les autres marcher

Pour citer cet article

Garry Olivier, Manon Émilie, Martinez Ruth, Bourrion Daniel, « Méthodes techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2011 (Vol. 48) , p. 4-11
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-2-page-4.htm.
DOI : 10.3917/docsi.482.0004.


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