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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/2 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.482.0074
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Qui sont les usagers d’une BU ?

Du lecteur à l’usager : ethnographie d’une bibliothèque universitaire. Mariangela Rosselli, Marc Perrenoud

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La bibliothèque universitaire de Toulouse Le Mirail, un laboratoire des logiques d’usage. Comment les usagers de cette bibliothèque de lettres et de sciences humaines s’approprient-ils l’espace, les ressources et les services disponibles ? Quelles sont les logiques d’usage qui prévalent [président ?] à leur venue et leurs activités, comment choisissent-ils certains espaces et y adaptent-ils leur comportement en conséquence, comment négocient-ils leur projet personnel avec les dispositifs offerts ? Les auteurs, Mariangela Roselli et Marc Perrenoud, ont mené au cours de dix-huit mois d’observation une étude fine des pratiques des publics de cette bibliothèque, adossée aux travaux de Jean-Claude Passeron, Roger Chartier et Bernard Lahire. Ils ont suivi un protocole rigoureux : pré-enquête aux côtés des bibliothécaires, observations « flottantes tous azimuts », « tracking » des parcours des usagers suivis d’entretiens d’autoconfrontation, analyse croisée des résultats.

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Cinq profils-types d’usagers, plus ou moins intégrés à l’université et territorialisés dans les espaces. Les auteurs ont repris 18 scènes et élaboré 29 portraits d’usagers qui offrent au lecteur un cheminement ponctué de situations regroupées in fine en cinq profils-types d’usagers : les « usagers de la BU comme salle d’étude » (50 % du total), les « errants de l’université de masse » (15 %), les « usagers faisant preuve de bonne volonté culturelle et scolaire » (15 %), les « internautes » (15 %) et les « autonomes » (5 %).

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Ceux qui « utilisent la BU comme salle d’étude » sont plutôt des étudiants de licence qui travaillent avec leurs supports de cours dans une atmosphère conviviale et libre ; on y reconnaît la catégorie des « séjourneurs », usagers en retrait par rapport aux dispositifs de la bibliothèque. Les « errants » sont d’anciens lycéens souvent mal orientés, peu autonomes dans leur travail, qui recherchent à la bibliothèque de la sociabilité, de l’événementiel ; la BU est pour eux un des derniers fils conducteurs qui les relient à l’université. Les « usagers de bonne volonté » sont plutôt des filles qui réinvestissent des études avec un fort engagement personnel, ayant parfois connu un premier échec universitaire : elles ont des modes collectifs d’organisation du travail, privilégient l’imprimé et sollicitent les conseils des bibliothécaires. Ensuite les « internautes » sont des usagers extérieurs à l’université, habitant le quartier du Mirail, attirés par l’accès libre et gratuit à Internet ; leur pratique empirique du Web les amène à passer plus de temps à naviguer qu’à découvrir des pépites. Enfin les « autonomes » sont des étudiants plus avancés dans leurs études, voire des enseignants-chercheurs, traversant ponctuellement la bibliothèque en un temps chronométré pour y récupérer telle ou telle ressource repérée préalablement ; ce sont des usagers plutôt critiques de la BU et de ses dispositifs.

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Dans les différents espaces de la bibliothèque, les auteurs ont pu observer des regroupements d’usagers reproduisant les mêmes comportements par mimétisme, affinités ou communautés : si les « internautes » repérés se regroupent en fonction des postes installés par la bibliothèque, les détenteurs de micro-ordinateurs se regroupent spontanément au dernier étage, une des zones les plus « froides » de la bibliothèque, où le calme ambiant leur offre des conditions de travail propices à la réflexion.

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Les enseignants sont les premiers prescripteurs, et les bibliothécaires ? Dans leurs pratiques pédagogiques les enseignants suivraient deux voies : certains présentent leur cours comme la référence à suivre, assortie de quelques « injonctions à lire », incitant ainsi les étudiants à se cantonner à des rôles de « séjourneurs » en bibliothèque ; d’autres mettent en scène dans leurs cours des problématiques de lecture et de recherche documentaire, incitant alors les étudiants à devenir des « usagers de bonne volonté ».

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Pour conclure sur cet ouvrage très fouillé et très riche, il y manque peut-être quelques voix de bibliothécaires sollicités lors de la pré-enquête, afin de confronter les points de vue sur le rôle des médiations mises en œuvre et les types d’interactions entre les différents acteurs. Ceci aurait contribué à éclairer le point de vue des auteurs selon lequel, dans une bibliothèque où les personnels et les publics sont majoritairement féminins, les étudiantes bénéficieraient d’une « préférence féminine ». Cette hypothèse mériterait d’être confrontée avec d’autres études comme celles menées par Marie Duru Bellat sur les inégalités garçons-filles à l’école et le temps consacré par les enseignants aux garçons et aux filles (OFCE, 2010). •

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Sophie Ranjard

Les figures du livre aujourd’hui

Qu’est-ce qu’un livre aujourd’hui ? Pages, marges, écrans

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Tout le monde en parle : le livre numérique est à l’affiche. Invité d’honneur de la foire du livre de Francfort et du salon du livre de Paris, au cœur du débat autour de Google Books et de Gallica : on ne parle que de lui. Aujourd’hui on trouve de plus en plus d’articles, de livres, rapports, thèses et mémoires sur le phénomène – des tentatives de définition, des analyses du marché, descriptions technologiques, évaluations des attitudes et comportements, analyses des statistiques d’usage, etc.

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Voici une contribution originale, un peu à contre-courant, un dossier thématique à destination des métiers du livre sur « les figures du livre aujourd’hui ». La particularité de ce dossier est qu’il est porté par la conviction que « le livre imprimé garde bien des ressources » et qu’il a « la peau dure ». L’esprit partisan est clairement affiché : la revue où il paraît est publiée par le Syndicat de la librairie française.

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Les onze articles du dossier se répartissent parmi les quatre sections suivantes : le numérique (« Vers un livre de sable ? »), le marché et les métiers du livre (« Livres dans la cité »), la place du livre imprimé (« Le livre est-il toujours à la page ou déjà en marge ? »), et le rapport avec le cinéma (« Ciné-livres »). Disons-le tout de suite : le développement de la quatrième section ne se justifie pas dans ce dossier, et nous n’en parlerons pas. Les autres sections animent un dialogue entre plusieurs disciplines et métiers dont la sociologie, l’histoire, le droit des médias, l’art dramatique, la littérature, le journalisme et la culture de l’écrit. Ce qui réunit les auteurs, c’est leur attachement au livre. Voici quelques notes de lecture.

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Qu’est-ce qu’un livre ? La définition donnée est celle d’Emmanuel Kant : « un bien matériel dont l’acheteur devient le légitime propriétaire et un discours dont l’auteur conserve la propriété » (Chartier, p. 12). La lecture impactée par le numérique est décrite comme « segmentée, fragmentée, discontinue […] d’unités textuelles éphémères, multiples et singulières, composées selon la volonté du lecteur ». Cela résonne comme un lointain écho des travaux de RTP-DOC…

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Une autre approche décrit le livre comme « objet de résistance et objet fétiche » (Doueihi, p. 18). L’environnement numérique est compris comme lieu « d’une nouvelle culture qui, dans ses pratiques, fragilise et déconcerte les modèles actuels ainsi que leurs institutions» (p. 23). L’accent est mis sur l’analyse des pratiques. On y trouve une fine interprétation de l’environnement juridique et technologique (formats, mesures de protection technique). Le dossier expose également les conséquences d’une nouvelle fracture numérique et de l’émergence du Web 2.0 dont la « culture du mot-clé » entraînerait un appauvrissement intellectuel.

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Au long des différentes sections, ce dossier parle des espaces paisibles de la lecture, de la « lecture profonde indissociable de la pensée profonde ». L’Internet est décrit comme un potentiel mais surtout comme une menace sur la culture humaniste. Pourtant la réflexion des auteurs est plus compliquée, nuancée : « Soyez sceptiques vis-à-vis de mon scepticisme » (Carr, p. 37). Autrement dit : on vous parle des risques et menaces mais cela peut se passer autrement ; par contre, le train est parti et la messe dite…

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D’autres articles se font les avocats de la chaîne du livre, de la librairie de référence face aux grandes surfaces, du prix unique. Une contribution mérite particulièrement notre attention. Lionel Ruffel, maître de conférences à Paris 8, analyse la place du livre dans l’évaluation de la production scientifique, à la base des classements académiques, tels que le Shanghai ranking. Le constat est navrant : le système actuel s’appuie pour l’essentiel sur le modèle de la revue scientifique et favorise l’article. Écrire un livre est doublement pénalisant – à cause du temps investi (pendant tout ce temps, combien d’articles aurait-on pu rédiger ?) et parce qu’un livre échappe au calcul du facteur d’impact et des listes de référence. On peut ne pas être d’accord avec tous les arguments de Lionel Ruffel. Mais il est certain que le classement actuel met en concurrence l’article (du fast-food scientifique, si on veut) avec d’autres formes de communication qui demandent plus d’investissement. Et il est certain aussi qu’actuellement cette concurrence tourne à l’avantage de l’article et de la revue, au détriment non seulement du livre mais aussi des sciences humaines et des lettres. Un article à lire…

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Ce numéro spécial prend fin sur une coda nostalgique : « Les sens anciens rayonnent dans la profondeur présente du livre. C’est à la chose du papier de dispenser l’ivresse, la sève, la liberté que la réalité contemporaine a exilées. Il y a un goût amer au temps que nous vivons. » Le dernier mot de la revue est « beauté ». Oui, beauté. Cela donne la mesure de la distance, voire du décalage avec nos débats sur les e-books où un tel concept n’a pas de place (ou seulement quand il est question du design d’une nouvelle liseuse). C’est simplement désuet, d’une autre planète.

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Nous qui étudions et enseignons les nouvelles technologies, nous regrettons l’absence d’échanges, de références, de clins d’œil vers nos auteurs et concepts. Aucun lien, par exemple, à nos ouvrages de référence [1][1] Comme L. Soccavo, Gutenberg 2.0 : le futur du livre,.... Prendre trop de distance ou de hauteur, c’est tenir un télescope à l’envers. Soit. Cependant, avouons quand même que ce dossier touche une fibre sensible – celle de tous ceux qui toute la journée font la promotion des NTIC mais qui, à la tombée de la nuit, quand dehors il fait froid et sombre, se calent dans un coin calme et chaud avec un bon vieux livre pour « partir ailleurs ». Le mérite de ce dossier est d’avoir réuni des voix différentes et multiples pour analyser et, dans un esprit tout à fait partisan, défendre cette pratique. •

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Joachim Schöpfel

La société de l’information mise en perspective

Critique de la société de l’information. Coordonné par Jean-Paul Lafrance

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Lancée en octobre 2008, la collection « Les Essentiels d’Hermès », dirigée par Dominique Wolton, cherche à aborder d’une autre manière la recherche contemporaine. « Chaque ouvrage aborde un thème précis avec pour objectif de donner au lecteur les clés intellectuelles pour comprendre les travaux scientifiques de ce domaine ». Chacun reprend en effet les articles les plus percutants publiés depuis 1988 dans la revue du CNRS Hermès, accompagnés d’une présentation inédite et actualisée, d’un glossaire et d’une bibliographie sélective.

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Celui-ci reprend plusieurs articles parus en 2004 dans le numéro 39, intitulé Critique de la raison numérique, et dans le numéro 45 de 2006 consacré aux Fractures dans la société de la connaissance. Sept auteurs sont réunis ici, dont certains sont connus des documentalistes : Dominique Cardon, Henri Hudrisier, Jacques Perriault, Pascal Petit, Alain Rallet, Caroline Rizza, et enfin Dominique Wolton. Ils débattent de thèmes aussi variés que la blogosphère, la fracture numérique, l’économie de la communication, la diversité culturelle et linguistique d’Internet.

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En guise de présentation générale, Jean-Paul Lafrance, de l’Université du Québec à Montréal, cherche à rendre plus concrètes et plus parlantes les notions générales de « société de l’information », de « société de la connaissance » ou simplement celle d’« information », jugeant cette dernière très ambiguë. Il signale un paradoxe : « Les difficultés de communiquer seront un des traits majeurs de la société de l’information. »

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Parmi ces contributions, certaines attirent plus particulièrement l’attention, notamment celles qui portent sur les réseaux sociaux, traités d’une part par Dominique Cardon dans « Le rôle du citoyen dans la blogosphère » et par Jean-Paul Lafrance dans « Les réseaux sociaux ». Le Web 2.0 que ce dernier qualifie de « participatif » présente quatre visages : des canaux de diffusion d’information libres de tout contrôle éditorial ; des aires de discussion permettant de partager des informations ; la possibilité de créer des réseaux personnels, professionnels, amicaux, etc. ; la création de plateformes permettant les échanges rapides d’information. Même si un sentiment d’appartenance à ces réseaux se crée avec le temps, Dominique Cardon souligne plutôt un type de « relations en pointillés ». Ces réseaux montrent aussi la solitude dans « une société anonyme ». Concernant la frontière vie privée / vie publique qui suscite beaucoup de débats, ces auteurs voient plutôt se dessiner « un clair-obscur ».

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Henri Hudrisier insiste sur la nécessaire adaptation d’Internet au multilinguisme et sur le fait que les grands organismes de normalisation tels l’ISO ou le W3C ont permis de construire un univers multimédia. Jacques Perriault parle de « la norme comme instrument d’accès au savoir en ligne » : par « savoir en ligne », il entend des cours, bases de données documentaires, revues scientifiques, bibliothèques électroniques, mais également des sites personnels, du chat, des blogs, des wikis… Selon lui, « les documentalistes ont été les pionniers de la mise en ligne des savoirs », ce qui mérite d’être relevé. Enfin, pour Dominique Wolton, « une société de la communication est plus qu’une société de l’information ». Tout a changé dans le monde actuel : les techniques, l’économie, la société elle-même, avec la multiplication des moyens de communication (terrestres mais aussi technologiques). Il préconise de sortir de la fascination des outils et de repenser la communication.

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Cette analyse est évidemment très partielle au regard de l’ensemble des très riches contributions réunies dans cet ouvrage qui n’est pas seulement une critique de la société de l’information, mais également une défense de celle-ci. •

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Jean-Philippe Accart

Notes

[1]

Comme L. Soccavo, Gutenberg 2.0 : le futur du livre, M21 Editions, 2e éd., 2008, ou encore M. Dacos & P. Mounier, L’édition électronique, La Découverte, 2010.

Titres recensés

  1. Qui sont les usagers d’une BU ?
    1. Du lecteur à l’usager : ethnographie d’une bibliothèque universitaire. Mariangela Rosselli, Marc Perrenoud
  2. Les figures du livre aujourd’hui
    1. Qu’est-ce qu’un livre aujourd’hui ? Pages, marges, écrans
  3. La société de l’information mise en perspective
    1. Critique de la société de l’information. Coordonné par Jean-Paul Lafrance

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2011 (Vol. 48) , p. 74-76
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-2-page-74.htm.
DOI : 10.3917/docsi.482.0074.


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