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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/3 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.483.0022
  • Éditeur : A.D.B.S.

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L’année 2011 marque un tournant majeur pour les modèles économiques d’accès à l’information. En avril, le New York Times adopte un système d’abonnement pour l’accès à ses articles. Peu avant, Revue.org, plateforme de diffusion de journaux scientifiques en libre accès en France, propose un accès dit «?freemium?» ouvert à tous, modèle financé notamment par les institutions et les bibliothèques. Scoap3 (Sponsoring Consortium for Open Access Publishing in Particle Physics) part du même raisonnement en ce qui concerne les articles des sciences de la nature?: plutôt qu’un modèle «?auteur-payeur?», source d’ambiguïtés dans les domaines scientifiques, les bibliothèques peuvent investir une partie de leur pouvoir d’achat dans les revues en accès libre.

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La même année, les services d’accès par abonnement à la musique en streaming connaissent un véritable succès, à l’image de Deezer ou Spotify, et deviennent l’enjeu de négociations avec les méga-entreprises du Web. La vidéo à la demande prend son envol, tout comme la «?catch-up tv?», qui permet de visionner en différé les émissions. YouTube met en place un service «?professionnel?», alors même que son projet «?user generated content?» intègre la publicité dans chaque vidéo diffusée.

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Le livre numérique vendu sur des plateformes en concurrence ouvre une nouvelle source de revenus pour les auteurs et les éditeurs et met en danger les modes d’accès ouvert aux contenus, tels qu’ils étaient garantis par les bibliothèques. Le «?livre?» lisible par tous et support d’une culture partagée rejoint le modèle de l’audiovisuel, en incorporant des systèmes de captation de clientèle, sous la forme de DRM (Digital rights management) ou celle de bouquets d’abonnements.

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Toujours en cette même année, les données sont progressivement «?libérées?», particulièrement les données publiques, par l’action volontaire des États ou des institutions territoriales, offrant ainsi de nouvelles opportunités pour des services à valeur ajoutée. Les documents pédagogiques sont ouverts (on parle de «?ressources éducatives libres?») grâce à l’apport de financements alternatifs, notamment par des fondations, qui permettent d’inciter les enseignants au partage.

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Pour autant, et paradoxalement, les modèles de construction coopérative de produits d’information, destinés à être diffusés gratuitement et extraits du monde marchand par le biais des licences, ne se sont jamais aussi bien portés. L’impact de Wikipédia, l’irruption des licences sur les données, telle ODbL (Open database license), et l’enjeu pédagogique des ressources éducatives libres posent la question autrement?: au delà de la gratuité, la question fondamentale est celle du partage, de la collaboration, de la culture du remix, de la construction des communs de la connaissance.

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Ces questions sont depuis toujours au cœur des métiers des bibliothèques et de la documentation. Comment garantir l’accès pour tous à l’information, à la culture et aux connaissances, tout en préservant les incitations qui permettent «?aux hommes éclairés de produire des œuvres utiles?», comme le proclame le Statut d’Anne de 1710, première codification du «?droit d’auteur?»??

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Ce sont ces évolutions récentes, mises en perspective avec les projets multiséculaires de partage des savoirs et de la culture, que ce dossier voudrait mettre en lumière. Après la phase «?héroïque?» d’un Internet de pionniers, prêts à considérer les enjeux du projet comme supérieurs aux motivations financières, vient celle de l’intégration dans l’économie, de la mise en place de modèles susceptibles de financer la création et les métiers qui «?tournent?» autour (édition, production, diffusion, archivage et mise à disposition). Pour autant, peut-on reproduire dans un univers où l’information est devenue fluide et reproductible à l’infini les modèles d’une époque industrielle de la production des supports culturels?? Les enjeux communs, la logique du partage, la distinction entre l’accès au savoir et la possession des documents restent d’une actualité brûlante. Trouver de nouveaux modèles économiques, penser la viabilité de la chaîne documentaire n’implique pas nécessairement de revenir à l’imposition de limites à la circulation, au partage, à la ré- utilisation et à l’enrichissement collectif des connaissances. Cette nouvelle ligne de partage ténue entre une économie de la rente et une économie de l’innovation sera notre fil rouge.

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Le dossier de ce numéro de Documentaliste - Sciences de l’Information est organisé en trois parties. La première présente les éléments fondamentaux qui permettent de réfléchir à l’économie de l’information, d’avoir une approche raisonnée des évolutions en cours sous nos yeux. La seconde analyse les diverses tensions qui peuvent exister entre les tenants d’une industrie de l’information basée sur le modèle marchand des unités documentaires ou sur la logique des médias et ceux qui veulent privilégier l’accès aux documents. La question centrale qui traverse cette partie est celle de la recherche d’un nouveau modèle qui permette réellement le développement économique des acteurs de la création, production et diffusion de la connaissance et de la culture dans le cadre émergent des réseaux numériques. La dernière partie, plus prospective, s’appuie sur les expériences de partage et de construction de biens communs de la connaissance. L’Internet montre que les producteurs de savoirs sont souvent mus par des désirs de partage et de transmission, et sont prêts à construire collectivement des ressources ouvertes à tous.

Ce dossier n’offre pas de conclusion définitive, ni de solution à un problème qui concerne autant les industries de la connaissance et de la culture que les lecteurs et les intermédiaires en information et documentation. Au moment où se multiplient les tentatives de redéfinir les règles juridiques de l’information, tant au sommet multilatéral que constitue l’Ompi (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) que sur la base active des internautes et de leurs pratiques, nous espérons proposer des points de référence et de réflexion dans un débat qui va se poursuivre, sans doute âprement parfois, dans les années à venir.?•

Résumé

Français

L’actualité bruisse d’annonces de nouveaux services d’information, pas uniquement professionnels, mêlant le gratuit et le payant, le public et le privé, l’achat et la location, le flux et le stock. Des services dont il devient de plus en plus difficile de comprendre et évaluer la viabilité économique. Entre les monopoles institués et les innovations à la pérennité hasardeuse, les modèles sont en construction.

English

Between a licence to print money and innovation, searching for new economic access modelsNew information services emerge regularly, a mixture of free and cost-based services, public and private, flow and stock, etc. It is increasingly difficult to assess their economic viability. Models are being built, between institutional monopolies and short-lived innovation.

Español

Entre ingresos e innovación, la búsqueda de nuevos modelos económicos de accesoSe crean regularmente servicios de información que mezclan lo gratuito y de pago, público y privado, flujo y stock. Aunque es más difícil evaluar su viabilidad económica. Entre los monopolios establecidos y las innovaciones continuamente peligrosas, se están construyendo modelos.

Deutsch

Zwischen Rentabilität und Innovation: Die Suche nach neuen wirtschaftlichen Modellen zum ZugangRegelmässig entstehen neue Informationsdienste, die diverse Aspekte mischen - gratis und kostenpflichtig, öffentlich und privat, Informationsfluss und -Bestand usw. Doch es wird zunehmend schwieriger, ihre wirtschaftliche Tragfähigkeit zu beurteilen. Zwischen institutionalisierten Monopolen und Innovationen mit wagemutiger Beständigkeit entwickeln sich die verschiedensten Modelle.

Pour citer cet article

Le Crosnier Hervé, « Entre rente et innovation, la recherche de nouveaux modèles économiques d'accès », Documentaliste-Sciences de l'Information 3/2011 (Vol. 48) , p. 22-23
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-3-page-22.htm.
DOI : 10.3917/docsi.483.0022.


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