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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/4 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.484.0010
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Records management : l’indispensable approche internationale

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Prospective. Depuis la fin des années 90, le records management (RM) fait en France l’objet de pratiques diverses, tributaires du contexte de l’entreprise, de sa taille et de ses moyens ainsi que de la personnalité des acteurs. Des déclinaisons variées sont ainsi constatées, certains se prévalant du RM à des fins de qualité pour prendre en compte les opérations en amont de l’archivage, ou bien pour améliorer la gestion et la gouvernance de l’information. C’est dans ce contexte hétérogène qu’apparaissent des normes dont la dimension internationale est de plus en plus marquée.

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La norme Iso 15489, norme fondatrice publiée en 2001, définit les bonnes pratiques en matière de RM. Cette norme a eu un effet puissant, qui subsistera longtemps, en ce qu’elle permet de donner plus de cohérence et de lisibilité au RM. Aux termes de cette norme, en effet, le RM est pour la première fois défini comme un champ d’organisation prenant en compte tous les éléments du cycle de vie du document, de sa création à la fixation définitive des informations jusqu’à leur sort final. C’est un système optimisé de gouvernance de l’information qui se met ainsi en place.

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Force est de constater à quel point les organisations qui ont opté pour sa mise en œuvre, quel que soit le secteur, privé ou public, et notamment dans les organisations transnationales, en ont tiré les bénéfices.

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En 2010, dans une logique toujours plus prégnante de renforcement de la dimension internationale du records management et de sa normalisation, sont apparues deux normes, dites « normes de management » (l’Iso 30300 Systèmes de gestion des documents d’activité – Principes essentiels et vocabulaire et l’Iso 30301 Systèmes de gestion des documents d’activité : exigences), centrées sur les systèmes de gestion des « records ». Ces normes sont les deux premières d’une série de cinq normes (Iso 30300, Iso 30301, Iso 30302, Iso 30303, Iso 30304) ayant vocation à s’articuler avec les normes existantes (voir figure 1 ci-contre).

Figure 1 - Normes de système de management préparées par l’Iso/TC 46/SC 11, et normes internationales et rapports techniques associésFigure 1
Source : AFNOR, Introduction à la série de normes Iso 30300, Système de gestion des documents d’activité. Intégration du records management et perspectives d’évolution de l’Iso 15489 CN11 – Octobre 2011
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Ce mouvement vers des pratiques normalisées et fortement internationalisées n’est pas sans rappeler les pratiques françaises en matière de catalogage bibliographique dans le monde des bibliothèques, qui ont évolué de longue date vers une gestion normalisée de la description bibliographique.

Les bénéfices d’une normalisation internationale

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Pratiquée à l’échelle internationale, la normalisation du RM apporte des bénéfices certains.

Un moyen de fluidifier les pratiques et les échanges

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C’est particulièrement vrai dans le cas d’organisations travaillant dans un contexte globalisé, faisant intervenir des partenaires variés : la référence à des normes communes applicables dans des aires géographiques différentes constitue le gage d’une bonne gouvernance de l’information par la fluidification des pratiques et des échanges entre les partenaires en œuvre.

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La possibilité d’utiliser une terminologie et des concepts ayant fait l’objet d’un consensus international n’est pas, pour autant, incompatible avec l’emploi d’un vocabulaire régional ou lié à des impératifs business. C’est ainsi que les Australiens ont recours depuis de nombreuses années à une terminologie différente selon les États et les normes internationales dans le domaine du RM [1][1] Il est à noter que les Australiens, principaux acteurs....

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Ce respect de la diversité des usages existants est d’ailleurs essentiel dans le monde de l’industrie, où le souci de normalisation terminologique n’exclut pas des usages terminologiques parallèles. Dans le domaine des télécommunications, par exemple, cette stratégie de normalisation est à l’ œuvre avec l’emploi du terme « cellulaire » pour désigner les terminaux de téléphonie mobile dans la norme GSM (Global System for Mobile), acceptée dans plus de 200 pays. Depuis les années 80, le choix de ce terme n’a pas empêché les opérateurs, les fabricants et surtout les clients d’utiliser un vocabulaire varié et en lien avec les usages (il est question de « portables », de « mobiles », de « Smartphones » etc.) sans contrevenir aux objectifs de ces normes GSM, essentiellement établies pour permettre l’interopérabilité et l’évolution des réseaux, et non pour « qualifier » un point de vue terminologique : les téléphones mobiles des années 90 étaient compatibles avec le système GSM tout comme les Smartphones d’aujourd’hui le sont avec la 4G (même si ce sont des terminaux très différents du point de vue des usages et des capacités techniques).

Un vecteur d’interopérabilité et de certification

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La dimension d’interopérabilité introduite par les nouvelles normes de management permet de rendre compatibles et de partager des éléments ainsi qu’une méthodologie avec d’autres normes de systèmes de management, tels que l’Iso 9001. Elle offre par ailleurs les bases d’une certification possible.

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L’interopérabilité est mise en œuvre par la reprise dans l’Iso 30300 des grands principes de gestion de l’Iso 9001 (orientation client, leadership, implication du personnel, approche par processus et découpage par activités) et leur traduction en terme de système de gestion documentaire. La gestion des « records » n’est ainsi plus présentée comme un ensemble de bonnes pratiques séparé de la responsabilité de la direction mais comme un processus interopérable avec les autres.

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La certification, en tant que processus de vérification de la conformité à une norme d’un système de gestion documentaire, interviendra dans le prolongement logique de l’interopérabilité.

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Si l’Iso 15489 avait ouvert la voie à la mise en œuvre d’une telle politique, il n’existe pas à ce jour de norme interopérable et certifiante de type « maîtrise d’ouvrage » ou « donneur d’ordre » dans le domaine du RM. La série des normes Iso 30300 permettra d’avancer vers une intégration du RM dans les grands processus des organisations.

Le rôle de l’IsoCG46 / SC 11 dans le maintien d’une dynamique internationale de normalisation

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L’Iso CG 46 / SC 11, dont la vocation est de produire les normes applicables au secteur d’activité du records management, et son comité miroir au niveau national (le comité de français de normalisation CN11), constituent un terrain favorable pour le maintien d’une dynamique internationale de normalisation.

Une meilleure lisibilité d’ensemble des normes

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Qu’il se réunisse sous sa composante internationale ou nationale, l’Iso CG 46/SC11 concourt à assurer une visibilité d’ensemble sur l’articulation des normes françaises avec les autres projets internationaux de normes. Dans cette logique d’articulation des normes entre elles et compte tenu de l’arrivée des nouvelles normes de management qui la complètent, se pose aujourd’hui la question de savoir si la norme Iso 15489 doit être revue. C’est l’un des sujets, importants pour le maintien d’une dynamique internationale de normalisation, sur lequel les membres de l’Iso se prononceront prochainement : la norme Iso 15489 sera soit maintenue telle quelle, soit revue, a minima ou en profondeur.

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Le travail d’élaboration des nouvelles normes réalisé à l’échelon national, dans le cadre du comité français CN11, est tout aussi décisif pour la lisibilité d’ensemble des normes et le maintien d’une dynamique internationale. Il s’agit en effet d’un travail de conception et de dialogue avec les seize autres comités nationaux représentés à l’Iso. Celui-ci est d’abord réalisé en anglais sur le fond. L’implication actuelle des experts du comité français se concentre prioritairement sur les thèmes suivants : exigences pour l’implémentation des systèmes de gestion documentaire, exigences relatives aux organismes d’audit et de certification, gestion des risques, métadonnées.

Une amélioration continue des pratiques et des visions

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L’Iso CG 46 / SC 11 est également un lieu d’échanges et de recherche. En la matière, chaque pays a son lot de spécificités et d’analyses à faire partager.

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Les Australiens se sont ainsi donné une méthodologie de travail spécifique consistant en une expérimentation partielle, basée sur des tests de séquences de normes en amont de leur finalisation. Cette expérimentation en temps réel est le gage d’une bonne appropriation de ces normes, quelles que soient la nature et la taille de l’entreprise, sur l’ensemble du territoire, et constitue un enjeu politique non négligeable quant à leur généralisation effective.

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Par ailleurs, lors de la réunion internationale de Sydney en mai dernier, de nouvelles représentations du RM ont été proposées à travers le prisme d’un schéma d’organisation des connaissances. Il s’agit d’une vision renouvelée du RM et de son positionnement par rapport aux autres disciplines liées à la gestion de l’information, faisant apparaître la notion de « système de gestion de l’information » comme centrale et autour de celle-ci, de manière plus ou moins éloignée, des disciplines connexes telles que « records management », « knowledge management », « business management », « qualité », etc. (figure 2).

Figure 2 - Across sectors and systems evidence-based governance and business continuity contextFigure 2
Source : Xiaomi AN, Managing records in digital working environment: towards meta-synthetic support. MASS 2011, Wuhan, 13 August 2011
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Par les problématiques communes qui s’y posent, la normalisation est avant tout un lieu de convergences. C’est ainsi que les pays francophones parties prenantes à l’Iso (France, Luxembourg et Canada) ont été animés d’une volonté de trouver un vocable commun pour la traduction des termes « records » et « records management », dans le cadre particulier de leurs travaux de normalisation (tout comme en diplomatie, son intérêt est de pouvoir être réutilisé pour de nouveaux projets en normalisation). Cette recherche terminologique a donné lieu à des échanges préalables avec les pays anglophones et hispaniques de l’Iso CG 46 / SC 11 qui ont permis de conclure que le terme « document » était d’usage courant pour qualifier à la fois les documents susceptibles d’entrer dans un système de RM et les documents de la vie quotidienne. Sur cette base, une réflexion a été relancée sur une manière plus intuitive, mais aussi plus harmonisée sur le plan international, de qualifier la notion de « records » dans les pays francophones, dans le cadre des activités de normalisation. Un premier accord a ainsi été conclu entre les pays francophones pour retenir le vocable de « document d’activité », sur le modèle de ce qui existe dans l’aire linguistique espagnole (« documentos »).

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Cette traduction qualifiée de contextuelle [2][2] Ce terme n’est pas sans rappeler la définition contextuelle... a été retenue par les pays francophones de l’Iso CG 46 / SC11 lors de la réunion internationale de Sydney après avoir été validée par l’AAF et l’ADBS dans la version 1 du Livre Blanc Introduction à la série de normes Iso 30300. Elle ne saurait se suppléer à la notion de « records » dans un autre cadre.

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Ce type d’alliance entre comités nationaux, courant au sein de l’Iso, permettra, dans le futur, de renforcer nos positions dans le cadre de nouvelles activités normatives. •

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Michel Cottin

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Marion Taillefer

Pour approfondir

Afnor - Iso 15489 Gestion de documentos

Parte 1 : Generalidades

Parte 2 : Directrices (Iso/TR 15489-2 :2001)

Iso/FDIS 30300:2011

Information and documentation-Management systems for records-Fundamental s and vocabulary

Iso/FDIS 30201:2011

Information and documentation-Management systems for records requirement s

David Moldrich,

Iso TC46 SC11 Archives/Records management: Iso TC46 SC11Activity briefing. The 18th IsoTC46/SC11 meeting, Spain, May 11, 2007

Xiaomi An,

Managing records i n digital working environment: towards meta-synthetic support.

MASS 2011, Wuhan 13 August 2011

Afnor/CN11.

Introduction à l a série de normes Iso 30300, Système de management des documents d’activité. Intégration du records management et perspectives d’évolution de l’Iso 15489.

Mars 2011

Wikipedia.

Global System for Mobile Communications, http://fr.wikipedia.org/wiki/Global_System_for_Mobile_Communications

Le multiculturalisme : un défi aux bibliothèques

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Congrès. Les bibliothèques au-delà des bibliothèques : intégration, innovation et information pour tous, tel était le thème du dernier congrès de l’International Federation of Library Associations and Institutions (Ifla) qui s’est déroulé à Porto-Rico du 13 au 18 juillet 2011. Ces deux articles donnent un aperçu de la richesse des solutions présentées pour répondre aux préoccupations des professionnels de l’information.

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Répondre à l’objectif d’une reconnaissance d’un égal accès pour tous aux ressources publiques tout en prenant en compte ceux dont l’identité ethnique, linguistique et culturelle est distincte de celle de la majorité du pays d’accueil, tel est le défi lancé aux bibliothèques.

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En réalité ces populations sont souvent mal desservies et les bibliothèques et autres services d’information doivent s’adapter à leurs besoins de manière à assurer cet égal accès pour tous dans des formes appropriées. L’Ifla a rappelé en 2009 [3][3] Multicultural communities: guidelines for library services.... le rôle primordial de médiation culturelle que doivent jouer les bibliothèques en ce domaine. Ces principes de base ont été complétés en 2010 par la production de directives et d’un manuel pour l’éducation multiculturelle en bibliothèques [4][4] Libraries for all. European strategy for Multicultural... dans le cadre d’un projet européen conduit par l’Allemagne, la Suède, l’Autriche et la République tchèque.

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Dans les bibliothèques, seul espace public ouvert à tous sans condition, la sensibilité a évolué même si les avancées restent prudentes. Le multiculturalisme se traduit aujourd’hui par des animations et des services ciblés vers des populations, des ateliers d’alphabétisation, des collections disponibles dans les différentes langues de la communauté mais aussi par la préservation des traditions culturelles et des patrimoines. On voit s’élaborer des politiques novatrices et des pratiques créatives en vue d’améliorer l’inclusion sociale et de favoriser à la fois la diversité et le pluralisme culturels.

Illustration
(© Ioana Davies (Drutu) - Fotolia.com)

Des réalisations

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Parmi les plans et programmes développés dans les territoires à fort taux de population multiculturelle, on citera le modèle du centre communautaire prônant le rôle social des bibliothèques et leur responsabilité en ce domaine. À cet égard, Aleko Konstantinov, centre communautaire culturel bulgare créé à l’initiative de l’Association bulgare des bibliothécaires (BLIA) à Plovdiv, ville où les Turcs et les Roms représentent 15% de la population immigrée, fournit un exemple de bonne pratique.

Définition

Le multiculturalisme peut être défini comme une « mosaïque sociale » de cultures délimitées et identifiables cohabitant sur un territoire commun où règne une culture dominante. Pour l’Ifla, il s’agit de la coexistence de cultures de groupes raciaux, religieux ou sociaux, se traduisant par des comportements, des valeurs, des présupposés culturels, des modes de pensée et des styles de communication divers. •

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Ailleurs, on offre des formations personnalisées. Ainsi, à Santa Ana (Californie), le programme « Vous et votre bibliothèque » aide les adultes dont l’anglais est la seconde langue et à Drammen, ville norvégienne dont la population immigrée essentiellement d’Asie centrale représente un quart de la population, la formation est donnée en anglais et en norvégien par des instructeurs parlant le turc et l’ourdou.

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Plusieurs portails multilingues ont vu également le jour [5][5] Exemples européens de portails multilingues proposés.... Celui de la bibliothèque publique de Stockholm (SPL) est exemplaire puisqu’il se présente en 9 langues et 5 alphabets. Normal, dira-t-on dans un lieu qui propose une bibliothèque think tank, la Kista Idea Lab, attachée aux valeurs d’ouverture, d’inclusion et de partenariat, les trois mots clés de l’innovation pour laquelle la ville a été primée en 2009. La bibliothèque multiculturelle de Laval au Québec représente quant à elle un exemple unique de rapport privilégié aux minorités avec ses collections pluridisciplinaires et multilingues.

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Mais des communautés différentes ont des pratiques de l’information différentes. Les standards connus, basés sur la taxonomie de Bloom [6][6] http://wiki.univparis5.fr/wiki/Taxonomie_de_Bloom, ne sont pas adaptés aux systèmes des cultures traditionnelles. En Nouvelle-Zélande, on s’est inspiré d’un travail mené précédemment avec les communautés Navajo pour adapter le modèle des compétences informationnelles de l’Association of College and Research Library (ACRL) aux compétences et savoirs des communautés aborigènes [7][7] « Les paradigmes du savoir indigène », Library and.... Développer l’ouverture à la diversité culturelle et au « vivre ensemble » passe aussi par l’éducation des jeunes. Le projet Giggle IT [8][8] Conçu par l’International Association of School Librarianship... d’édition collaborative est utilisé pour promouvoir la compréhension interculturelle et la collaboration entre enfants à travers le monde. Le travail publié doit permettre d’identifier leur culture à travers la littérature.

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Ces initiatives, pour lesquelles les associations professionnelles jouent un rôle de premier plan, sont bien la preuve que la bibliothèque sait apporter des solutions concrètes aux questionnements sensibles d’intégration sociale au cœur des débats de nos sociétés. •

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Mireille Lamouroux

Éducation aux médias et à l’information

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L’évènement de l’année 2011 est sans conteste la publication du Programme de formation des enseignants à l’éducation aux médias et à l’information par l’Unesco (lire l’encadré).

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Un cap est désormais franchi par le choix de rassembler sous un seul concept Media and Information Literacy (MIL) les différentes « littératies » que l’une ou l’autre incluait ou qui leur étaient voisines selon le point de vue adopté (littératies audio-visuelle, visuelle, informatique, numérique notamment). Ce parti pris, résultat d’un travail de longue haleine et de concessions de part et d’autre, revêt un intérêt majeur : celui de proposer pour la première fois une approche holistique de l’éducation aux médias et à l’information en considérant la convergence des différents médias, sources d’information et contenus : radio, télévision, Internet, journaux, livres, archives, bibliothèques numériques, etc.

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Dans ce domaine, les associations professionnelles, particulièrement dans les pays occidentaux, ont joué un rôle très actif. Des normes, des recommandations et des indicateurs ont déjà été publiés, et des stratégies de mise en œuvre ont été développées localement. Mais il manquait un guide qui permette de former les enseignants dans une perspective globale en prenant en compte les nouveaux outils et formats de l’information. L’objectif est bien de faciliter l’intégration des MIL dans toutes les disciplines d’enseignement et de développer de cette façon une culture de l’information et des médias qui insiste sur les compétences collectives et citoyennes.

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Un tel programme repose sur la conviction que les enseignants sont les principaux acteurs du changement et sur le constat qu’ils manquent à la fois de formation et de stratégie pour transmettre et développer les littératies qui aillent au-delà des compétences fonctionnelles. Le manuel élaboré par Futurelab [9][9] Digital literacy accross the curriculum : a Futurelab..., organisme de soutien à l’innovation dans l’éducation en Grande-Bretagne, va lui aussi dans ce sens. Destiné à favoriser la culture numérique dans l’enseignement, il s’adresse à tous les praticiens et donne des conseils sur la manière de combiner cette culture avec les disciplines.

Media and Information Literacy : Curriculum for teachers

Unesco, 2011 (non encore traduit en français) [10][10] http://www.unesco.org/new/en/communication-and-inf.... Cette production intègre les principaux travaux produits ces dernières années par l’Unesco : introduction à la maîtrise de l’information, kit d’éducation aux médias, indicateurs de développement des médias… Parmi les modules détaillés dans la deuxième partie, la plus importante, le module 8 est consacré à l’information literacy et aux compétences des bibliothécaires. On y trouve un glossaire de dix pages. Des cours en ligne sont en préparation. •

Le paradigme de l’information numérique

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On prend conscience surtout de ce qui fonde la « révolution de l’information » : l’information numérique est qualitativement et fondamentalement différente de l’information imprimée. Le numérique produit de nouvelles formes de discours, d’interagir, de partager, d’échanger, de collaborer. Il induit une approche des contenus par la subjectivité et non par catégories disciplinaires. Enfin, ses données sont constamment négociées par la discussion et la participation. Le projet de création d’un portail pour la Media Literacy porté par Michaël Wesch [11][11] Auteur de « From Knowledable to knowledgeable : Learning..., professeur d’anthropologie culturelle à l’Université du Manitoba (Canada), prend en compte ce contexte.

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L’éducation aux médias et à l’information vise à développer les capacités d’apprendre tout au long de la vie et donc de s’adapter à de nouvelles formes d’apprentissage. Plus que jamais, les bibliothèques scolaires deviennent des lieux pensés comme des lieux « miracles » [12][12] Programme de construction de « bibliothèques miracles »..., le troisième espace où l’on apprend autrement. Les études s’y rapportant s’intéressent à l’environnement d’apprentissage et à la façon dont il peut encourager le développement des littératies et impacter les résultats [13][13] « Empowering the 21st Century Learner », tel était....

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Une étude publiée en 2009 par l’association des bibliothécaires scolaires [14][14] Exemplary School Libraries in Ontario. Ontario Library... de l’Ontario (OSLA) examine quelles caractéristiques et procédures sont nécessaires pour que la bibliothèque soit partie intégrante des initiatives scolaires en matière de littératie et de réussite des élèves. Autour du facteur « confluence », on relève les valeurs de confiance, de responsabilité et de coopération et, tout aussi déterminante, la qualité du projet de la bibliothèque. La réflexion stratégique sur la façon dont elle peut, à la fois physiquement et virtuellement, être au cœur de l’école par ses pratiques et être un système de soutien novateur pour aider les élèves à maîtriser les capacités multi-dimensionnelles de base a abouti au guide Ensemble pour apprendre[15][15] Ensemble pour apprendre : les bibliothèques scolaires....

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Dans la bibliothèque scolaire du 21e siècle réinventée par le centre d’apprentissage collaboratif, le bibliothécaire est mis au défi d’être « un agent catalyseur du changement culturel » [16][16] Dianne Oberg, « Teacher Librarians as cultural change.... •

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Mireille Lamouroux

La chronique de Daniel Bourrion. Savoir arrêter !

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Ainsi nous avons appris à marcher, à laisser les autres marcher, et même à rêver – ce n’est pas rien -, mon neveu et moi vous aurions volontiers entretenu de nos folles aventures pendant un moment encore, mais le temps de nous quitter approche…

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Clore. C’est peut-être l’occasion d’aborder cette question, parce qu’il ne suffit pas de savoir marcher, voire de courir, encore faut-il savoir s’arrêter lorsque c’est nécessaire. Et cela, trop souvent, nous savons mal le faire.

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Nous savons effectivement monter des projets, construire des dispositifs qui peuvent devenir énormes et quasi kafkaïens, mais nous éprouvons des difficultés à y mettre fin, à faire cesser les choses.

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Il faut dire que, trop souvent, nous avons tant investi dans les usines à gaz que nous avons construites (j’ai des exemples en mémoire, vous aussi sans doute, mais jetons-y un voile pudique …) qu’il nous serait trop douloureux de cesser de les faire grandir, de cesser même de les entretenir. Nous entrons alors dans ce mouvement curieux où nous continuons à faire et à maintenir des choses, non pas pour leur intérêt, mais parce qu’il serait trop coûteux, affectivement, d’y mettre un terme.

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Mon neveu (je ne pouvais pas manquer de l’inviter pour cette dernière chronique ; il a été après tout la star de cette série) n’hésite jamais à détruire l’empilement de cubes qu’il a patiemment échafaudé et, je ne sais pas pourquoi, juste avant de l’achever. Mais ce n’est pas un mur de briques énormes collées au mortier qu’il fait tomber, ce sont seulement des cubes légers qu’il lui sera facile de remonter par ailleurs. C’est une belle leçon pour nous …

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Je plaide donc ici pour deux causes : apprenons à faire des choses légères, faciles à monter et surtout à démonter ; et acceptons d’y mettre fin lorsqu’elles ne servent plus qu’à se justifier elles-mêmes (ainsi que nous-mêmes). Dans les deux cas, nous y gagnerons : nous pourrons plus facilement nous adapter à un monde de plus en plus mobile et en mouvement, et nous serons beaucoup moins touchés dans notre chair (une façon de parler car j’espère bien qu’un changement dans vos habitudes ne vous donne pas des boutons ou des nœuds à l’estomac) quand il s’agira de tourner la page.

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Puisque cela paraît difficile à beaucoup d’entre nous, je ferai une remarque qui adoucira mes propos et qui, en tous les cas, pour moi, représente une sorte de fil rouge : même à petits pas, on finit par faire un bout de chemin, et c’est cela qui compte, pas la cathédrale autour de laquelle on marche. Dit autrement, plusieurs projets légers finissent par faire un ensemble cohérent, pour peu que l’on sache les regarder par le bon bout et les mettre les uns et les autres en perspective.

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Voilà. Il est temps à présent d’aller au bout de la logique que je viens de prôner ici, en mettant fin à cette série. Portez-vous bien, et n’oubliez pas de sourire lorsqu’arrive ce point final ! •

Notes

[1]

Il est à noter que les Australiens, principaux acteurs historiques de la normalisation internationale, n’ont pas d’autre concept « national » que « records management » ou « recordkeeping » depuis près de soixante ans pour décrire les opérations visant à produire, qualifier, classer, gérer les accès, les durées de conservation, détruire ou conserver de façon pérenne les records et n’utilisent pas réglementairement le terme « archiving ».

[2]

Ce terme n’est pas sans rappeler la définition contextuelle des archives en France : « Les archives sont l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur forme et leur support matériel produits ou reçus par toute personne physique ou morale, et par tout service public ou privé, dans l’exercice de leur activité », (Art. L.211-1, Code du Patrimoine, 2004)

[3]

Multicultural communities: guidelines for library services. 3rd edition. Ifla, 2009

http://archive.ifla.org/VII/s32/pub/guidee.pdf

[4]

Libraries for all. European strategy for Multicultural Education (ESME). Multicultural Center Prague, 2010. Guide à télécharger sur http://www.librariesforall.eu/en/news/download-guidelineslibraries-for-alleuropean-strategyfor-multicultural-education-esme-2

[7]

« Les paradigmes du savoir indigène », Library and Information Association New-Zealand Aotearoa (Lianza), http://lianza.org.nz/career/professional-development/bok-11

[8]

Conçu par l’International Association of School Librarianship (IASL) et l’International Children of Digital Library (ICDL), http://en.childrenslibrary.org

[9]

Digital literacy accross the curriculum : a Futurelab Handbook. Futurelab, 2010, http://www.futurel ab.org.uk

[11]

Auteur de « From Knowledable to knowledgeable : Learning in New Media Environments », Academic Commons, 7 janvier 2009. http://www.academiccommons.org/commons/essay/knowledgable-knowledge-able. Récompensé par le prix pour l’enseignement innovant pour sa vidéo A Portal t o Media Literacy http://www.youtube.com/watch?v=J4yApagnr0s

[12]

Programme de construction de « bibliothèques miracles » en Corée du Sud.

[13]

« Empowering the 21st Century Learner », tel était le thème du congrès IASL 2011

[14]

Exemplary School Libraries in Ontario. Ontario Library Association, 2009

[15]

Ensemble pour apprendre : les bibliothèques scolaires et l’émergence d’un carrefour d’apprentissage. Une vision pour l e XXI e siècle, OSLA, 2010

[16]

Dianne Oberg, « Teacher Librarians as cultural change agents ». Connections : a newsletter for School Library Staff, 2011, issue 79, http://www2.curriculum.edu.au/scis/connections/issue_79/feature_article/teacher_librarians_as_cultural_change_agents.html

Professeur à l’université d’Alberta (Canada), Dianne Oberg a coordonné “Global perspectives on School Libraries : projects and practices”. De Gruyter Saur, 2011

Plan de l'article

  1. Records management : l’indispensable approche internationale
    1. Les bénéfices d’une normalisation internationale
      1. Un moyen de fluidifier les pratiques et les échanges
      2. Un vecteur d’interopérabilité et de certification
    2. Le rôle de l’IsoCG46 / SC 11 dans le maintien d’une dynamique internationale de normalisation
      1. Une meilleure lisibilité d’ensemble des normes
      2. Une amélioration continue des pratiques et des visions
  2. Le multiculturalisme : un défi aux bibliothèques
    1. Des réalisations
  3. Éducation aux médias et à l’information
    1. Le paradigme de l’information numérique
  4. La chronique de Daniel Bourrion. Savoir arrêter !

Pour citer cet article

Cottin Michel, Taillefer Marion, Lamouroux Mireille, Bourrion Daniel, « Méthodes techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information, 4/2011 (Vol. 48), p. 10-15.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-4-page-10.htm
DOI : 10.3917/docsi.484.0010


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