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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/4 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.484.0004
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Recherche et documentation en SHS : l’héritage de Jean Meyriat

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Hommage. Le Ceri et la Bibliothèque de Sciences Po ont organisé le 11 octobre 2011, en partenariat avec l’ADBS, une journée d’étude intitulée « Recherche et documentation en sciences humaines et sociales : nouvelles pratiques et nouveaux enjeux ». Cette journée se voulait un hommage à Jean Meyriat, co-fondateur du Ceri en 1952, grand théoricien et praticien de la documentation et ancien président de l’ADBS (1981-1985), qui nous a quittés à la fin de l’année dernière.

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Que ce soit dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS) ou des sciences de l’information et de la communication (SIC), Jean Meyriat aura profondément marqué le monde de la documentation et celui de la recherche [1][1] Voir les témoignages publiés après son décès dans notre.... C’est ce double engagement disciplinaire – plus précisément dans les sciences politiques et dans l’information-documentation – et cette double démarche – pratique et théorique – que cette journée [2][2] On trouvera le programme de cette journée et les noms... organisée en hommage à cette grande figure se proposait d’étudier [3][3] Plus prospectives, quelques interventions se sont intéressées....

Le domaine des sciences sociales

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Définitivement installé en 1948 à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), Jean Meyriat y assuma la double direction de la bibliothèque et des services documentaires, jusqu’à sa retraite en 1990, et du Centre d’études et de recherches internationales (Ceri), jusqu’en 1976.

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À son arrivée à Sciences Po, ce jeune agrégé de lettres, diplômé en « sciences historiques et philologiques » de l’École pratique des hautes études (EPHE), encore peu familier des sciences sociales, trouve une très riche bibliothèque. Héritage de l’École libre des sciences politiques, c’est la principale bibliothèque française de sciences sociales, dotée notamment d’un important fonds étranger. En même temps qu’il découvre les sciences politiques et commence à les enseigner, il entreprend de des serrer les contraintes de la bibliothèque en ce qui concerne les finances, les locaux et la communication des documents ; il modernise les fonctions et le catalogue ; il crée un service de traitement et de diffusion de l’information, le Bulletin analytique de documentation politique, économique et sociale contemporaine, qu’il dirigera jusqu’à sa retraite, ainsi que la Documentation politique internationale, [/International political science abstracts], bulletin bibliographique qu’il pilotera pendant dix ans et base de données actuellement riche de près de 300 000 références. Il manifeste une préoccupation précoce pour la dimension internationale de son activité : il s’entoure de personnes compétentes en langues, il noue des contacts avec l’Unesco et négocie avec cette organisation des contrats pour créer des centres à l’étranger et réaliser des bibliographies internationales annuelles.

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Toute son action à la tête des services de documentation de Sciences Po s’inscrit dans un courant né à la fin du XIXe siècle et qui s’était affirmé avant-guerre face à la prolifération de la production éditoriale et au développement de l’information scientifique. Jean Meyriat comprend très vite que Sciences Po n’a pas seulement besoin d’une bibliothèque institutionnelle et patrimoniale, mais qu’il lui faut développer un service documentaire qui, inversant les pratiques bibliothéconomiques d’alors, se concentre sur le contenu scientifique des documents, sur l’information traitée à destination des chercheurs, et exploite de nouvelles formes de documents. Une conviction qui s’était forgée dès les années trente, une autre façon d’envisager les ressources pour la recherche : prendre en compte les besoins des usagers et assurer un service adapté à ces besoins spécifiques, pour que la documentation soit aux sciences sociales ce que le laboratoire est aux sciences dures, pour que la fonction documentaire contribue à la recherche.

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Paul Otlet, déjà, s’intéressait aux contenus, prenait en compte la diversité des supports et voulait placer le service documentaire au cœur de l’institution. À la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), sous l’impulsion de Camille Bloch puis de Pierre Renouvin, des concepts documentaires (analyse de la presse, dépouillement et indexation des documents et donc développement d’instruments appropriés, etc.) avaient présidé à la création d’outils destinés aux chercheurs. À l’École normale supérieure aussi, Lucien Herr avait voulu faire de la bibliothèque un lieu de recherche au cœur de l’école en développant la fonction documentaire, et Célestin Bouglé avait créé avant-guerre un centre de documentation sociale pour doter la recherche d’un lieu et d’instruments adaptés à ses besoins.

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Autant d’exemples qui ont nourri la réflexion de Jean Meyriat et inspiré son action à la FNSP comme, plus tard, son enseignement de « méthodologie de l’information scientifique » à l’EPHE, devenue École des hautes études en sciences sociales, où il a dirigé nombre de travaux de recherche. Il a voulu porter à un plus haut niveau de généralité ce qui était né sur le terrain avant que lui-même « entre en documentation » : faire de la documentation scientifique un outil pour les chercheurs, réfléchir à cette fonction et l’inscrire dans les sciences sociales comme l’une d’entre elles.

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Il n’est pas interdit de penser – plusieurs intervenants l’ont suggéré – que c’est dans le même esprit « documentaire » que Jean Meyriat et Jean-Baptiste Duroselle ont créé en 1952, au sein même de la FNSP dont ce fut le premier laboratoire de recherche, le Centre d’étude des relations internationales [4][4] Aujourd’hui Centre d’études et de recherches internationales,.... Le Ceri n’est pas exactement né comme une structure à vocation documentaire, mais une démarche de ce type inspirait les travaux qui y étaient menés, partis de la bibliographie pour se tourner vers l’analyse. Par le canal de ce centre, Jean Meyriat exerça une influence réelle sur la science politique, notamment en ce qui concerne l’Europe méditerranéenne.

Les SIC et les métiers de l’I-D

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C’est par l’action, on l’a vu, que Jean Meyriat est entré dans le métier de l’information-documentation. Jamais pourtant il ne dissocia l’exercice de ses responsabilités à Sciences Po d’une réflexion sur sa pratique à laquelle il voulut donner une assise scientifique : « Y a-t-il une place pour une théorie de la documentation ? », demandait-il dans un des nombreux textes théoriques qu’il a publiés, dans des revues [5][5] Notamment dans la revue Documentaliste – Sciences de... et des actes de colloques, sur l’écrit, le document, l’information, la bibliologie, la translittération, etc. Son apport en la matière est considérable [6][6] Les principaux textes publiés par Jean Meyriat ont... et continue de nourrir les travaux des chercheurs en SIC qui partagent sa conviction qu’« il est essentiel dans ce domaine d’appuyer l’une sur l’autre la théorie et la pratique ».

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Mais c’est aussi sur le plan institutionnel et universitaire qu’il prit une part décisive à la construction de la discipline « Sciences de l’information et de la communication ». Avec Robert Escarpit et quelques autres personnalités, il fut à l’origine de la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC), qu’il présida de sa création en 1975 jusqu’en 1985. Dans le même temps, ils avaient ensemble mené les démarches qui ont permis de créer au sein du Comité consultatif des universités (devenu CNU), toujours en 1975, la 52e (devenue 71e) section, celle des « SIC ». Désireux de fonder scientifiquement l’alliance, dans cette discipline nouvelle au CNU, de la science de l’information et de la science de la communication, ils ont bâti un périmètre disciplinaire au sein duquel Jean Meyriat devait développer une approche spécifique en se consacrant à la construction de l’information-documentation, en créant des équipes de recherche et développant des études doctorales.

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Fortement impliqué dans la réflexion sur l’évolution et la consolidation des professions de l’information, il se trouve (directement ou indirectement) à l’origine de plusieurs formations. Il a notamment pris une part active à la création des premières filières professionnelles universitaires, au sein des IUT dont il présidera la Commission pédagogique nationale des départements « Carrières de l’information » ; créé en 1969 à Sciences Po le Cycle supérieur de spécialisation en information et documentation qui deviendra en 1974 le premier DESS de cette spécialité et qu’il dirigera jusqu’en 1990 ; participé aux réflexions qui aboutiront plus tard à la création du Capes de documentation.

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Cet engagement institutionnel en matière de formation s’accompagne d’un engagement associatif non moins déterminé, au sein de l’ADBS, notamment, et de sa commission « Formation ». Jean Meyriat y sera un acteur capital de la réflexion sur l’adaptation des formations au monde professionnel, de l’élaboration de référentiels de compétences et de métiers, et de la mise en place d’un processus européen de certification des professionnels. Jusqu’au dernier jour il a travaillé à la redéfinition de métiers et de compétences exposés aux mutations des dispositifs de circulation et de diffusion de l’information, à l’intégration croissante d’une culture de l’information par les usagers, à l’appropriation par les chercheurs de compétences info-documentaires, à une nouvelle répartition des rôles, à la nécessaire spécialisation des professionnels, à l’apparition de nouvelles fonctions et dénominations …

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Sciences sociales et sciences de l’information, bibliothèque et documentation, bibliographie et analyse, théorie et pratique, recherche et gestion, spéculation de haut vol et minutieuse construction d’outils, initiatives d’ordre administratif et engagement associatif … : cet hommage aura clairement montré les multiples facettes de la personnalité et de l’action de Jean Meyriat, de l’héritage qu’il nous laisse, ainsi que leur profonde cohérence. •

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Jean-Michel Rauzier

Flashs sur le marché de l’information et des connaissances

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Tendances. Le Groupement de l’industrie de l’information (GFII) a organisé son université d’été à Lyon en septembre 2011, en partenariat avec l’Enssib. Un moment privilégié d’échanges et de discussions sur les dernières tendances du marché de l’information.

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Cette université d’été fut l’occasion pour les nouveaux adhérents du GFII de présenter leurs activités et projets et de proposer ainsi une esquisse de l’état actuel du marché de l’information et de ses enjeux futurs.

L’irruption de l’open data

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Si la réutilisation des données publiques a fait l’objet d’une directive européenne dès 2003, l’open data, ou mise à disposition des données, n’a été mise en œuvre que très récemment par plusieurs grandes villes françaises, suivies par quelques conseils généraux et nationaux. Mais les expériences restent rares et trop souvent limitées à certains domaines. Ce sont surtout des obstacles culturels qu’il convient de surmonter, en l’occurrence le poids d’un Etat qui se méfie des collectivités territoriales et un secteur public qui se méfie des opérateurs privés. Ce n’est pourtant qu’à ce prix que les données publiques deviendront le levier de modernisation attendu, créant une réelle synergie entre collectivités, usagers des services et opérateurs privés. « Transcender les suspicions », tel sera donc l’objectif à poursuivre.

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Le cas particulier des données culturelles a été illustré par Notre famille.com, société qui entend exploiter les données d’archives pour développer des services de généalogie destinés au grand public. En dépit des dispositions de la loi de 1978, elle peine à obtenir les données constituant la matière première de son offre. La société reste néanmoins optimiste puisque la directive européenne doit être prochainement révisée et que les recommandations faites au niveau européen par le Comité des sages [7][7] « Stratégie numérique : le Comité des Sages escompte... laissent augurer de dispositions favorables aux partenariats privés.

Droit d’auteur et droit des données publiques, des « frères ennemis »

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Le droit d’auteur permet d’interdire alors que l’open data « fait craquer les verrous ». Les règles du droit d’auteur expliqueraient qu’aient été exclues du champ de la loi sur la réutilisation des données publiques celles sur lesquelles des tiers ont des droits de propriété intellectuelle. Ces tiers sont soit des personnes privées avec qui l’administration a conclu des accords, soit des agents publics. Cette restriction s’explique notamment par le fait que l’administration ne peut pas céder des droits qu’elle ne posséderait pas en raison des dispositions de ces accords. Certes, l’administration détient bien les droits sur les créations de ses agents, mais uniquement si l’utilisation n’est pas commerciale [8][8] À condition de surmonter l’obstacle qui dissocie le.... D’où la remarque qui semblait s’imposer : pourquoi ne pas avoir organisé une cession des droits par tous les agents publics, à l’image de ce qui existe pour le logiciel ou pour certains documents comme les sujets d’examen, les lois, les décisions de justice ? [9][9] « L’agent public, l’auteur, et la libre réutilisation...

Innover, toujours

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Illustré par la maison d’édition Springer, l’environnement d’un éditeur juridique a profondément évolué. Si le fond du métier reste le même, les volumes traités, le poids des consortia de bibliothèques, les fusions faites pour des raisons économiques ou techniques changent la donne. Les défis actuels consistent à répondre aux besoins avérés, à faire face à une demande qui se professionnalise, à une technologie qui avance vite, à des modèles économiques bousculés avec des budgets identiques (ou en baisse) et à une dynamique qui se déplace inexorablement à l’Est (Chine, Inde, etc.).

Le poids des relations humaines

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Sur le marché des abonnements des entreprises [10][10] Pour en savoir plus sur cette question : Clients, agences,..., on note l’apparition de nouveaux interlocuteurs que sont les services achats, l’intégration des abonnements dans une plate-forme d’achat, l’exigence de prix fermes lors des commandes, mais aussi des limites budgétaires de plus en plus fortes et des cahiers des charges de plus en plus complexes.

Une information pour agir

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C’est un poncif, mais qui se traduit aujourd’hui par le recours à des experts et des questions traitées souvent en temps réel. Face à l’infobésité et au poids des blogs, de la presse en ligne et des réseaux sociaux dans la collecte et la diffusion de l’information, les services s’orientent vers l’ajout de commentaires par des experts, la sélection et la synthèse de l’information sur des sujets de plus en plus pointus et complexes, et l’assurance d’une information à jour et exacte.

Inéluctables réseaux sociaux

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Le constat est banal, mais plusieurs exemples pour nous en convaincre, si besoin était, ont été donnés.

Des plates-formes adaptées

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Un livre blanc sur les tendances de la veille [11][11] http://www.tendances-veille.com souligne la forte progression des réseaux sociaux depuis un an et un élargissement du cercle des utilisateurs à d’autres tranches d’âges et de population, la valeur croissante des informations qui y transitent et les enjeux qu’ils représentent dans le domaine politique et commercial. Avec des outils tels que le cloud, DNS, Diaspora, OpenID ou encore LinkedData, l’information ne se trouve plus dans un point central. Puisque l’intelligence collective augmente le volume d’informations et leur vitesse de circulation, elle fait apparaître de nouvelles données stratégiques à analyser, auquel s’ajoute la complexité due à la multiplication des sources et des formats. Les plates-formes de veille capables de relever ces challenges pour l’individu et pour l’entreprise représentent ainsi un marché prometteur.

Une gestion et une diffusion des connaissances avec les réseaux sociaux

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Sur les plates-formes qui permettent de partager, de mettre en contexte tout type d’information, le réseau social professionnel est un apport important. Mais le problème est d’y collecter des contenus de valeur, d’y retrouver facilement des informations pertinentes et de valoriser cette connaissance en interne. Il convient aussi de pallier le désintérêt pour les réseaux sociaux, expliqué par le manque de temps, la complexité de l’outil, la masse d’information non pertinente.

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Pour rendre le partage naturel, il faut abandonner l’e-mail et proposer des outils de recherche et de gestion de l’information simplifiés et personnalisés, transformer les utilisateurs en sources et en filtres, soit en autant de fenêtres que l’on capture pour l’organiser en information et la rediffuser à des lecteurs qui vont contribuer à leur tour à alimenter le réseau.

Des logiciels métier

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On trouve dans toutes les organisations une masse de documents importante et hétéroclite pour lesquels il est difficile d’organiser une approche métier sans perturber le système informatique en place. Pour gérer de gros volumes de contenus, disposant certes de métadonnées, mais dont la structure et la granularité ne sont pas assez fines, la solution consiste à découper et à rassembler les documents différemment, et à créer des calculs d’impact. Ainsi, un architecte pourra être immédiatement informé de la modification d’une réglementation technique adoptée par une mairie, ou un juriste être automatiquement alerté d’une information publiée dans le Journal officiel. Nul doute, effectivement, que le développement de l’open data présente une réelle opportunité pour l’avenir.

Le recours au web sémantique

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Transformer l’infobésité en connaissances accessibles, c’est ce que permet le web sémantique, un cadre de représentation de la connaissance s’appuyant sur un ensemble de principes du W3C, et soutenu par des acteurs majeurs du web et de la gestion des données. Il permet de créer de la valeur, d’exploiter une information non structurée de manière pertinente et rapide, de « faire causer » des bases isolées en silos, de partager et de construire un véritable écosystème autour des données publiées. Il améliore l’accès et la valeur d’usage, en liant les données de manière naturelle. Mais pour réussir une telle application, il faut gérer du contenu, des langages et des connaissances, d’où le rôle majeur joué par les linguistes et les experts d’un métier.

La vidéo et la web TV pour communiquer

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Vrais produits d’appel et non gadgets, associés à des applications mobiles, ils permettent de se démarquer (aujourd’hui en tout cas) de la concurrence, d’attirer une nouvelle clientèle, « d’humaniser les propos » et d’accélérer la diffusion de la connaissance. Journaux audiovisuels tenus par de « vrais » journalistes, ce sont aussi, quelque fois combinés à l’écrit, des outils pédagogiques.

Le poids de la médiation

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La bibliothèque présente des problématiques proches de celles d’autres distributeurs et diffuseurs de contenus informationnels numériques. Connaître les pistes lui permettant d’asseoir une légitimité, aujourd’hui menacée [12][12] « Je ne travaille jamais en bibliothèque ». Enquête... par de nouveaux acteurs, était donc intéressant. Pour contrer l’infobésité, évoquée à maintes reprises au cours de la journée, trois types de médiation, soit trois nouvelles sources de valeur ajoutée, sont envisageables :

  • répondre en fonction de la discipline et d’un public, ce qui nécessite une veille personnalisée, la création de profils, la mise en œuvre de services push,

  • maximiser la « trouvabilité » en produisant de nouvelles données et des métadonnées autour des contenus éditoriaux existants, mettre des contenus en relation avec d’autres et construire des packages d’information adaptés à des publics cibles,

  • créer et animer des communautés en proposant des outils organisant le partage de l’information et l’échange de commentaires.

Ce n’est plus l’information mais la médiation qui a le vent en poupe. Et cette médiation numérique, qui doit prendre de nouvelles formes, est à réinventer notamment par les acteurs traditionnels qui pourraient bien, à défaut, laisser « la porte ouverte à de nouveaux entrants ». •

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Michèle Battisti

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Retrouvez l’intégralité de cet article sur http://paralipomenes.net/wordpress/archives/5489

Le marché de l’information juridique électronique

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Enquête. L’association Juriconnexion a publié pour la deuxième année consécutive son étude sur le marché de l’information juridique électronique professionnelle.

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L’édition 2011 [13][13] L’étude, qui coûte 150 €, est disponible auprès de... propose une analyse actualisée et augmentée du marché au niveau macro-économique (croissance du marché, tendances et analyse qualitative par segment), ainsi qu’une analyse micro-économique des acteurs opérant sur le marché français, élargie à 37 éditeurs contre 20 en 2010. En outre, l’ensemble des données chiffrées et des éléments qualitatifs est mis à jour sur la base des derniers éléments disponibles en 2011, permettant ainsi une première comparaison avec la période étudiée en 2010.

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L’étude s’enrichit de deux parties nouvelles : un panorama, matière par matière, des produits juridiques de référence permettant de repérer les principaux éditeurs et les documentations électroniques correspondant aux thématiques du droit ; une analyse inédite de l’évolution du prix de certains produits majeurs proposés par les éditeurs sur la base de chiffres obtenus par Juriconnexion [14][14] http://www.juriconnexion.com auprès d’un panel de clients véritables.

Quelques résultats

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Le marché de l’édition juridique électronique a représenté 249 millions d’euros en croissance de +1,5 % en 2009 (derniers chiffres disponibles). Si cette progression est en baisse par rapport à l’année précédente (+ 2,7 % en 2008), le secteur présente une rentabilité confortable de l’ordre de 12,5 % en 2009 (tableau 1)

Tableau 1 - Évolution du marché de l’information juridique entre 2007 et 2010Tableau 1
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En 2009, la part de l’information juridique électronique a représenté 28,6 % du marché global, tandis que la part du numérique dans le chiffre d’affaires global (papier et numérique) a représenté en moyenne 37 % pour les éditeurs pluridisciplinaires (entreprises de taille moyenne qui fournissent une offre dans plusieurs domaines du droit), 34 % pour les éditeurs généralistes (proposant une offre très large) et 8 % pour les éditeurs monodisciplinaires (de plus petite taille et plutôt spécialisés dans un domaine).

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Même si les parts de marché des éditeurs pluridisciplinaires (19 %) et des éditeurs monodisciplinaires (6 %) progressent, le marché demeure très concentré et largement représenté en terme de valeurs par les grands éditeurs généralistes (75 %) que sont les Éditions Lefebvre Sarrut (groupe ELS), Wolters Kluwer France et LexisNexis France (tableau 2).

Tableau 2 - L’édition juridique en FranceTableau 2
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L’analyse de l’évolution de la tarification des éditeurs juridiques indique que les augmentations oscillent entre 2,76 % et 23 % l’an en moyenne selon l’éditeur et la documentation étudiés. •

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Olivier Anceschi

Penser les bibliothèques du futur

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Congrès. Le congrès annuel de l’IFLA s’est tenu cette année à Porto-Rico du 13 au 18 août 2011. Mireille Lamouroux nous fait partager ici les problématiques essentielles qui y ont été abordées.

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Imaginer le contexte et les mutations à venir pour les bibliothèques à partir du postulat qui veut que le numérique bouleverse les systèmes, les services et les façons de travailler fait émerger trois points forts : des services à rajeunir, une information qui est l’affaire de tous, et la collaboration qui devient un impératif [15][15] D’après les résultats d’une étude menée en Nouvelle-Zélande....

Orientations

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Coté offre, la numérisation des collections est à un point de non retour. La mise en réseau des bibliothèques, ainsi encouragée et facilitée, implique des défis en matière d’accessibilité, de conservation et de sauvegarde des données, mais aussi de financement des projets. Le « changeur de donne » qu’est le livre électronique modifie en profondeur la chaine de production traditionnelle. Toutes les expérimentations en cours génèrent de nouvelles questions et, au moment où les éditions Harper Collins testent un système de location, des bibliothèques éditrices pourraient se développer. D’ores et déjà, les collections numériques intègrent des outils du web 2.0, qui ajoutent une valeur significative en reliant archives et documentation actuelle.

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Nous sommes déjà entrés dans un « nouvel âge », comme l’indique le nombre croissant de bibliothèques ayant adopté les technologies portables pour fournir des services innovants. La bibliothèque de Bavière, par les applications qu’elle a développées (réalité augmentée, reconnaissance de l’image) et son projet de multiplateforme à interface multitouches, marque bien cette transition [16][16] www.bsbmuenchen.de. Application «Technologie des gestes »....

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Côté conservation, la collecte des données électroniques en ligne est en plein essor (Selon une étude de la British Library [17][17] À lire sur le site de la Conference of Directors of..., 58 % des bibliothèques nationales auront adopté une législation sur le dépôt légal numérique en 2012). La charte sur la sauvegarde du patrimoine numérique adoptée en 2003 par l’Unesco demande des ajustements qui prennent en compte les progrès technologiques. Si la question de la protection de ce patrimoine reste cruciale, on note aussi des expérimentations remarquables, comme le projet pilote Probado (Prototypical Operation of Common Documents) de bibliothèque numérique pour les œuvres multimédias initié par la Technische Informationsbibliothek (TIB) de Hanovre [18][18] http://www.probado.de/demos/musik_interface_01/ind....

Une philosophie au service des usagers

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L’ensemble de l’offre, dans la diversité de ses contenus et de ses accès, doit être contextualisée pour et par eux. Alors que la population en ligne dans le monde va excéder les deux milliards de personnes, et que la quantité d’informations produites est démesurée [19][19] Plus de 1,8 trillion d’octets en 2011 selon l’International..., l’information numérique représente un défi et une opportunité pour les bibliothèques. Mais, intégrées dans l’environnement de vie et de travail de ses utilisateurs et du fait de cette contextualisation fonctionnelle, les bibliothèques peuvent devenir invisibles.

Donner de la visibilité aux bibliothèques

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Renforcer les réseaux et communiquer sur leur valeur est un impératif. Les études portant sur l’image des bibliothèques soulignent déjà leur rôle clé dans le développement de la citoyenneté en général. Leurs usagers, qui déclarent majoritairement utiliser les lieux pour l’étude scolaire et comme prolongement nécessaire pour la formation continue, apprécient l’expertise des professionnels [20][20] Public Library Innovation Program (PLIP) initié par.... Ceux-ci ont dû redéfinir parfois leurs profils et développer de nouvelles compétences comme celle de gestionnaire de plateformes numériques, une profession d’avenir sur le futur marché de l’emploi.

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Toutes les études montrent que les bibliothèques sont encore considérées comme des forces positives. Pour combien de temps et à quelles conditions ? Se réinventer, innover et diversifier les services, c’est ce qu’ont fait les bibliothèques de l’Asie australe qui ont entrepris un travail de « reconceptualisation » [21][21] “Re-imagining Libraries”, http://www.nsla.org.au. Le Conseil britannique pour les musées, bibliothèques et archives indiquait dans son rapport, Le numérique, avenir des bibliothèques[22][22] http://www.mla.gov.uk/news_and_iews/press_releases/2011/~/media/Files/..., les dix conditions clés pour changer. •

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Mireille Lamouroux

Notes

[1]

Voir les témoignages publiés après son décès dans notre numéro 1/2011, p. 4-7.

[2]

On trouvera le programme de cette journée et les noms et qualités des intervenants à l’adresse http://www.cerisciences-po.org/reunion_affiche.php?id=796.

[3]

Plus prospectives, quelques interventions se sont intéressées aux nouvelles pratiques et nouveaux enjeux de la recherche et de la documentation en SHS, dont nous n’avons pas la place de rendre compte ici.

[4]

Aujourd’hui Centre d’études et de recherches internationales, unité mixte de recherche Sciences Po-CNRS.

[5]

Notamment dans la revue Documentaliste – Sciences de l’information, que Jean Meyriat avait accompagnée depuis 1977 en tant que membre toujours très actif et disponible du conseil de rédaction et à laquelle il apporta près de soixante-dix contributions de toutes natures.

[6]

Les principaux textes publiés par Jean Meyriat ont été réunis en un ouvrage paru à l’occasion de ses quatre-vingts ans : Jean Meyriat, théoricien et praticien de l’information-documentation, ADBS Éditions, 2001, 512 p.

[7]

« Stratégie numérique : le Comité des Sages escompte une « nouvelle renaissance » grâce à la mise en ligne du patrimoine culturel européen », Commission européenne, réf. IP/11/17, 10/01/2011, http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/11/17

[8]

À condition de surmonter l’obstacle qui dissocie le droit d’auteur appliqué à des œuvres du droit appliqué à des informations et de parvenir à distinguer aussi clairement les usages commerciaux des usages non commerciaux.

[9]

« L’agent public, l’auteur, et la libre réutilisation des informations publiques », Guy Lambot, Informatique, Médias, Communication, n° 73, juillet 2011

[10]

Pour en savoir plus sur cette question : Clients, agences, éditeurs, comment gérer ensemble les abonnements aux périodiques. Vademecum élaboré par l’ADBS, l’ADBU, la FNPS, le GFII et la SNILL, édition 2011

[12]

« Je ne travaille jamais en bibliothèque ». Enquête auprès d’étudiants non-fréquentants ou faibles fréquentants, Laurence Jung, Mémoire d’étude. Diplôme de conservateur de bibliothèque, décembre 2010 http://www.enssib.fr /bibliotheque-numerique/document-49500

[13]

L’étude, qui coûte 150 €, est disponible auprès de Juriconnexion. Contact : secretaire@juriconnexion.fr

[15]

D’après les résultats d’une étude menée en Nouvelle-Zélande http://library.lincoln.ac.nz/Documents/Library/Connecting-the-knowledge-networks.pdf

[16]

www.bsbmuenchen.de. Application «Technologie des gestes » www.youtube.com/watch?v=6kMxgL712LE.

[17]

À lire sur le site de la Conference of Directors of National Libraries (CDNL), http://www.cdnl.info

[19]

Plus de 1,8 trillion d’octets en 2011 selon l’International Data Corporation

[20]

Public Library Innovation Program (PLIP) initié par EIFL (www.eifl.net). Perceptions of Libraries, 2010. Context and Community. OCLC, 2010, http://www.oclc.org

[21]

“Re-imagining Libraries”, http://www.nsla.org.au

Plan de l'article

  1. Recherche et documentation en SHS : l’héritage de Jean Meyriat
    1. Le domaine des sciences sociales
    2. Les SIC et les métiers de l’I-D
  2. Flashs sur le marché de l’information et des connaissances
    1. L’irruption de l’open data
      1. Droit d’auteur et droit des données publiques, des « frères ennemis »
    2. Innover, toujours
      1. Le poids des relations humaines
      2. Une information pour agir
    3. Inéluctables réseaux sociaux
      1. Des plates-formes adaptées
      2. Une gestion et une diffusion des connaissances avec les réseaux sociaux
      3. Des logiciels métier
      4. Le recours au web sémantique
        1. La vidéo et la web TV pour communiquer
    4. Le poids de la médiation
  3. Le marché de l’information juridique électronique
    1. Quelques résultats
  4. Penser les bibliothèques du futur
    1. Orientations
    2. Une philosophie au service des usagers
    3. Donner de la visibilité aux bibliothèques

Pour citer cet article

Rauzier Jean-Michel, Battisti Michèle, Anceschi Olivier, Lamouroux Mireille, « Métiers et compétences », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/2011 (Vol. 48) , p. 4-9
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-4-page-4.htm.
DOI : 10.3917/docsi.484.0004.


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