Accueil Revues Revue Numéro Article

Documentaliste-Sciences de l'Information

2012/1 (Vol. 49)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.491.0010
  • Éditeur : A.D.B.S.

ALERTES EMAIL - REVUE Documentaliste-Sciences de l'Information

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 10 - 15 Article suivant

Vos moteurs changent leurs règles

1

Actualité. Plusieurs collègues professionnels de l’information-documentation se sont récemment émus des évolutions de la politique « industrielle » (entendue dans le sens « industrie de l’information ») des moteurs de recherche ou, plus généralement, des services offerts sur Internet et qui font notre quotidien professionnel.

2

Selon la rumeur publique, tous les moteurs de recherche ou services – et d’une manière générale tout l’ensemble de l’écosystème - proposant des accès indexés à l’information sur le net, comme Google, changent leurs règles d’indexation, leurs modes d’emploi, leur (et donc notre) façon de penser et de présenter leurs résultats.

3

Il appartiendrait donc aux formateurs (notamment ceux qui interviennent en intelligence stratégique) et à tous les internautes de revoir leurs pratiques et de remettre en question leur façon d’accéder aux données du web. Ceci suppose qu’ils se soient rendu compte de ces changements car, bien que radicaux, ils n’en sont pas moins passés inaperçus de la plupart d’entre nous ou, s’ils ont été notés, tout le monde, à dessein ou non, n’a pas pris conscience de l’ampleur des modifications.

Serions-nous à l’aube de changements bien plus profonds ?

4

Plusieurs de nos collègues, leaders d’opinion et agitateurs de notre microcosme, ont relevé sur leurs blogs, comptes Twitter, pages Facebook, hubs Viadeo, groupes Linkedin ou tout autre espace collaboratif, que les règles du jeu sont en train d’être modifiées par les éditeurs de services en ligne.

5

Les craintes ne touchent d’ailleurs pas que les moteurs de recherche. Olivier Ertzscheid, toujours visionnaire (n’avait-il pas anticipé la fin des disques durs et l’avènement du cloud il y a sept ans ?), livre dans un article au titre évocateur [1][1] O. Erztscheid, « Le jour où YouTube fermera », Afordance,... une fiction qui répond en écho aux épisodes bien réels qui ont conduit par exemple aux menaces de disparition de Delicious en 2011 et à la fermeture brutale de MegaUpload début 2012.

6

Concernant les outils de recherche, les évolutions les plus visibles touchent essentiellement les services de Google - on ne prête qu’aux riches - mais aussi ceux d’autres marques, comme le démontrent les requêtes test faites régulièrement sur les différents moteurs du marché et qui ont permis de constater les évolutions et surtout les différences entre Bing, Exalead, Yahoo, Ask, etc. Il est clair que les moteurs, s’ils affirment indexer tout le web, ne semblent pas avoir la même appréhension de celui-ci, car les listes de résultats sont non seulement différentes selon les concurrents, mais aussi d’un jour à l’autre, et même d’un utilisateur à l’autre (voire d’un poste à l’autre) pour un même moteur.

7

La fin de l’année 2011 a été ainsi le théâtre d’une série de modifications importantes de l’offre Google, qui ne s’est pas seulement manifestée par un changement de l’interface graphique et l’arrivée tonitruante de l’espace collaboratif, concurrent direct de Facebook et de Twitter dénommé Google+. Ce sont en fait des dizaines de services qui ont tout simplement disparu [2][2] O. Andrieu, « Google ferme une nouvelle série de services :...- [3][3] O. Erztscheid, « Vers une sanctuarisation du Search ? »,... et, bien plus que cela, des méthodes de recherche avancée que l’on a modifiées ou supprimées. Il serait trop long de faire la liste des disparitions, mais on regrettera notamment l’abandon de l’opérateur « + » pour imposer un terme dans sa forme proposée [4][4] O. Andrieu, « L’opérateur "+" ne fonctionne plus sur.... Ces limitations de services ont fait l’objet de nombreuses critiques [5][5] E. Barthe, « Phil Bradley surveille les moteurs de... toutes justifiées, qui amènent à reconsidérer notre foi en la maîtrise de ces outils et des corpus qu’ils sont censés indexer. Comme le dit Phil Bradley [6][6] P. Bradley, “Google; almost 50 functions & resources..., cité par Emmanuel Barthe : « Souvenez vous : ne faites pas confiance à Google, ce n’est pas votre ami. ».

8

Une remarque plus positive vient toutefois éclairer ce concert d’inquiétude, et surtout illustrer une innovation importante proposée par Google : le service Verbatim. Uniquement disponible dans un premier temps dans la version anglophone du moteur et dans la « advanced search », désormais si difficile à trouver sur la nouvelle interface, le mode Verbatim, disponible en français sous le nom de service « mot à mot », permet de retrouver « les mots exacts que vous avez saisis » [7][7] Citation de l’aide en ligne de Google, http://supp....

9

A contrario, comme l’indique l’aide en ligne de Google, on apprend que, par défaut, le moteur, dans le but (louable ?) d’améliorer « les recherches que vous effectuez […], afin de réduire le temps de recherche et de vous proposer les informations que vous recherchez », se permet de corriger systématiquement les termes de la recherche, d’y ajouter des synonymes, de rechercher avec des termes similaires ou avec la même racine et surtout de personnaliser « votre recherche en tenant compte des sites que vous avez consultés précédemment ».

Terrible aveu et pourtant si discret : le moteur dans lequel vous avez a priori confiance ne vous propose pas ce que vous demandez, mais ce qu’il pense que vous demandez

10

Pour un professionnel de l’information-documentation polyvalent, on mesure les risques de bruit documentaire et les erreurs d’aiguillage provoqués par ces biais : lorsqu’on mène plusieurs veilles dans des domaines très différents (ou sur des concurrents très diversifiés), il est évidemment très contre-productif de voir ses résultats biaisés par les recherches que l’on vient de conduire. Il est donc très important que les professionnels que nous sommes soient alertés de ces choix par défaut des moteurs, et de la solution que propose Google avec cette méthode, un peu cachée mais très performante.

11

Dans un autre billet de son blog [8][8] E. Barthe, « Verbatim de Google respecte scrupuleuse..., Emmanuel Barthe décrit le nouveau service Verbatim ou « mot-à-mot » comme une illustration du dialogue nécessaire entre les professionnels de l’information-documentation et les producteurs de services de recherches. Même si nous ne représentons qu’une part infime de leurs utilisateurs, et que nous ne sommes généralement pas dupes des artifices commerciaux et pièges publicitaires que nous tendent ces marchands du temple, on nous considère comme des « power users » ou « leaders d’opinion ».

12

En écho au billet de blog qui clôt, certainement provisoirement, la série précitée chez Emmanuel Barthe, il convient de « penser en dehors du moteur » [9][9] E. Barthe, « Think outside of the search box ! Pensez.... Il y reprend, avec l’aide de Benoît Tabaka, un autre blogueur influent, des extraits de l’ouvrage Le côté obscur de Google[10][10] Ippolita (collectif de chercheurs italiens), trad.... : « Il existe une profonde différence entre chercher et trouver : Google nous fait trouver les choses, ce qui provoque une satisfaction, liée à la sensation d’accumulation. Mais plus que "trouver", ce qui est intéressant est surtout l’acte même de "chercher" ; peut être serait-il même intéressant de ne pas trouver tout à fait, parce que cela signifie qu’on est encore engagé dans la recherche ». Un peu plus loin, dans le même essai, il est clairement avoué que « les valeurs de positionnement du ranking de Google ne répondent à aucun critère clair d’évaluation. Toutefois, dans l’immense majorité des cas, les réponses fournies sont exhaustives ou, plus exactement, il nous est impossible d’évaluer si quelque chose a échappé à son spider, à moins d’être experts dans un secteur donné et de connaître une ressource qui n’est pas indexée. […]. Il est impossible d’éponger les demandes informationnelles par une solution univoque. »

13

En clair, et on le sait, les moteurs et les services de recherche non professionnels nous trompent et c’est de bonne guerre, car leur clientèle première et captive est le grand public dont ils tirent leurs profits publicitaires. Olivier Erztscheid en explique le sens et la portée dans l’article qu’il consacre à la disparition des services de Google (note 3) : « Sanctuarisation ? Ces changements d’interface, ces choix de fermeture de service, ce masquage d’un certain nombre de fonctionnalités pourtant apparemment dans le cœur de métier de Google, attestent s’il en était encore besoin du recentrage d’un écosystème de services qui peinaient à remplir le rôle qui leur était initialement assigné, c’est à dire capter de l’attention, du temps de cerveau disponible, pour mieux faire tourner la régie publicitaire du moteur. Mais ils indiquent également que l’on se dirige vers une forme de sanctuarisation du "Search". Et cette sanctuarisation peut, à moyen terme, devenir inquiétante au regard de l’ensemble de l’évolution de l’écosystème du web. »

Les méthodes de gestion de l’information évoluent profondément

14

Elles s’imposeront par la montée en charge et la possibilité (juridique et technique) de réutiliser des jeux de données géants (les « big data »), de les gérer dans les nuages ou en profitant des nouveaux procédés de data-visualisation, de mieux les archiver avec l’arrivée à maturité des méthodes noSQL ou des bases de données orientées colonne, etc., c’est-à-dire une série de bases techniques et théoriques qu’il faut désormais s’approprier afin de bénéficier au mieux des richesses des données du Net. Voilà encore de nouveaux défis à relever pour les professionnels de l’information-documentation.

15

En participant activement à la création de ces nouvelles bonnes pratiques, il nous faut suivre et diffuser l’appel à réflexion de la conclusion d’Olivier Ertzscheid dans son article précité (note 1) : « Il importe que chacun sache et mesure à quel point l’idée d’une mémoire numérique pérenne confiée aux seules mains d’acteurs commerciaux est une folie culturelle, et un risque majeur pour les sociétés humaines qui sont, sans mémoire commune et sans référent stable en permettant la consultation, irrémédiablement condamnées à l’errance et aux dangers de l’idéologie. »

16

Stéphane Cottin

Un dessin vaut mieux qu’un long discours…

17

Prospective. La cartographie, représentation d’un territoire informationnel, est un outil de communication et d’aide à la compréhension, à la navigation et à la décision. Devenue interactive grâce aux nouvelles technologies, elle est promise à un bel avenir. Le point sur ce qu’elle permettra demain…

18

« Les cartographies de l’information, issues des graphes (outillage analytique d’un degré supérieur en abstraction, sont des outils privilégiés d’exploration et d’analyse de la complexité et des espaces de représentation (dimensions des données, réduction, projection/spatialisation). Elles éclairent la forme des données présentes dans un système d’information, l’état d’un corpus, l’organisation sous-jacente d’une architecture documentaire et participent de la prospection, de l’évaluation et de la décision. Ce sont des espaces en évolution de solutions graphiques, des lieux d’échanges et de mise au point d’un code commun » (Franck Ghitalla - l’Atelier de cartographie).

Une autre façon de découvrir les contenus

19

Sur le site Social Computing, la carte, outil de navigation, permet de centrer sur une publication, puis sur une autre. Si vous zoomez sur un mot clé, la carte montre comment il se positionne selon les articles qu’il partage. La carte est aussi intégrée dans les résultats du moteur de recherche du site. Si vous entrez un mot clé dans la boîte de recherche, le mot veille, par exemple, la carte s’affiche avant la liste des résultats [11][11] Le site de Social computing en donne plusieurs exemples :....

20

Cette logique s’applique également dans des wikis, des espaces de travail collaboratif, des réseaux sociaux. Cette approche, fondée sur les graphes, n’en restitue qu’une simplification permettant une compréhension immédiate des principales caractéristiques. Elle est particulièrement pertinente pour des applications grand public.

Social computing

Social computing est l’organisateur de la 1re édition de Just Map It! Days, manifestation consacrée à la cartographie qui s’est déroulée le 25 novembre 2011

http://www.social-computing.com/2012/02/02/just-map-it-daysle-best-of-pour-ne-rien-manquer

Prospective

21

À l’instar du big data, qui fait référence à un monde d’information plus riche et plus dense, les données prises en compte présenteront un volume et des dimensions supplémentaires, avec plus de multilinguisme, de géolocalisation, de supports multimédias.

22

Dans un contexte de formats ouverts et interopérables, la distinction entre ressources internes et externes sera moins rigide. Le mode d’utilisation suit la tendance de la mobilité et intègre les objets du quotidien et des outils tactiles comme les tablettes. La composante entreprise n’est pas oubliée avec une utilisation en réunion ou dans le cadre de projets multicollaborateurs. Dans un cadre plus large, on l’associera au data journalisme ou au data design. Tout ceci permet un niveau d’analyse supérieur, tout en privilégiant la simplicité et l’intuitivité pour une compréhension par le plus grand nombre. Ces outils décisionnels reposent sur des bases scientifiques et intègrent visualisation en temps réel et notion temporelle, interactivité, carte multicouches et text mining. Cette rigueur des méthodes et la pluralité des données aboutissent à des synthèses et des agrégations toujours plus avancées.

23

Les différents supports seront intégrés, assurant la restitution des données quel que soit le format de départ : multimédia, interface sonore, exploitation et analyse des communications orales et courantes, storytellisation de l’organisation des informations. Ceci implique des technologies complexes, la mise en œuvre d’algorithmes d’intelligence collective, et une approche prédictive et durable supposant un apprentissage. Les cartographies résultantes s’intégreront dans des tableaux de bord d’analyse et d’outils décisionnels stratégiques associés à une restitution sophistiquée via une interface interactive, de la 3D, des cartes animées, voire une représentation matricielle en fonction de la nature des données traitées.

24

Les aspirations, qui se portent sur une gestion simple des données et une communication entre les différents terminaux, vont dans le sens d’un partage via les médias sociaux, d’une création communautaire et d’une collaboration privé/associatif/universitaire.

25

Yves Simon

Usez, abusez de l’utilisabilité !

26

Focus. Améliorer les outils numériques proposés à nos usagers est possible. Ce n’est pas coûteux, ce n’est pas compliqué, ça s’appelle l’utilisabilité !

27

Louons le courage de l’usager qui souhaite utiliser les produits d’une bibliothèque ! Nos outils documentaires se complexifient à mesure qu’ils intègrent de nouvelles fonctionnalités et l’imbrication étroite des collections papier et numérique rend notre offre de moins en moins lisible. Or, si l’usager revient au cœur des préoccupations dans l’agencement des bibliothèques, il mérite aussi une place au centre de la conception de nos outils numériques.

28

La solution est à rechercher du côté de l’utilisabilité. Ce concept, issu des recherches sur les interactions homme-ordinateur, a été démocratisé par les travaux de Jakob Nielsen dans les années 90 [12][12] Jakob Nielsen, Usability Engineering. Cambridge : Academic.... L’utilisabilité est le niveau de facilité, d’efficience, d’efficacité et de satisfaction avec lequel un utilisateur emploie un produit pour réaliser une activité précise.

29

L’utilisabilité d’un produit se mesure à l’aide de différentes méthodes qui ont pour objectif son amélioration au moyen de processus itératifs. Elles sont, par principe, orientées utilisateurs et se fondent sur des tâches réelles. L’analyse des observations et/ou des enregistrements de ce que les participants font et disent permet le diagnostic des problèmes et la recommandation des changements nécessaires pour y remédier [13][13] Joseph S. Dumas, Janice C. Redish, A practical guide....

30

Ces méthodes, utilisées en bibliothèques depuis le début des années deux mille, sont principalement appliquées aux services numériques : sites web, catalogues informatisés, bibliothèques numériques, résolveurs de liens, etc.

Le test d’utilisabilité (usability testing)

31

Méthode incontournable pour toute évaluation d’interfaces ou d’outils documentaires, le test d’utilisabilité consiste à faire réaliser par des usagers-testeurs les actions courantes pour lesquelles l’outil est prévu. Le groupe de testeurs n’a pas besoin d’être étoffé, la masse critique pour une représentativité n’étant pas visée comme pour un questionnaire. Mais si une dizaine d’utilisateurs repérera la majorité des problèmes, il faut veiller à ce que toutes les catégories d’usagers d’une bibliothèque participent au test (étudiants, enseignants-chercheurs en bibliothèque universitaire ; adolescents, séniors ou jeunes adultes en bibliothèque municipale, etc.).

32

Les testeurs sont mis face à l’outil avec pour mission de réaliser, de manière naturelle, une suite d’actions. On leur demande généralement de commenter à voix haute ce qu’ils réalisent à l’écran. Voix et cheminement à l’écran sont enregistrés au moyen d’un logiciel ad hoc. Les applications de screencasting, souvent présentes en bibliothèque pour la réalisation de tutoriels, peuvent être utilisées avec profit (Camtasia, Captivate, CamStudio, etc.). Une fois les tâches accomplies, un rapide debriefing permet de faire le point sur les difficultés ressenties et le degré de satisfaction des testeurs.

33

Les enregistrements serviront à mesurer le niveau d’efficience et d’efficacité grâce à la production d’indicateurs chiffrés et comparables (nombres de clics, temps consacré à chaque action) ou d’indicateurs qualitatifs (chemins empruntés, signes de confusion, de découragement ou de compréhension).

Illustration - Usability. Mushon. Flickr CC by-nc-sa Avec l’aimable autorisation de l’auteurIllustration
34

Ces données seront ensuite utilisées pour améliorer l’outil : position des menus, hiérarchie des informations, terminologie utilisée, habillage graphique. La nouvelle version sera alors soumise à de nouveaux tests.

35

Cette méthode d’évaluation de l’utilisabilité présente un rapport coût/bénéfice très avantageux. Elle est encore plus efficace mixée à d’autres méthodes : cheminement cognitif comme pré-enquête, focus group ou questionnaire pour le debriefing par exemple [14][14] Thierry Baccino, Catherine Bellino, Teresa Colombi,.... Les apports en termes d’ergonomie et de confort pour l’usager seront considérables. Les utilisateurs vous diront merci !

36

Nicolas Alarcon

Intelligence économique : échanges franco-chinois

37

Conférence. Zoom sur la Chine avec cet article qui offre une découverte des pratiques chinoises en matière d’intelligence économique (IE) à l’occasion d’une conférence franco-chinoise sur ce thème organisée à Shanghai en octobre dernier.

38

La publication d’un livre sur les pratiques d’intelligence économique en France et en Chine [15][15] Inteligence économique nationale : étude comparative... est à l’origine de l’organisation de SCIF2011, conférence franco-chinoise qui s’est tenue les 20-21 octobre 2011 à la Bibliothèque municipale de Shanghai [16][16] SCIF2011, Shanghai Competitive Intelligence Forum :.... Elle se démarque de la conférence en bibliothéconomie (SILF) organisée par la même bibliothèque tous les deux ans [17][17] J. Turner, K. Lespinasse-Sabourault, C. Nigay, IconoTag,....

Un peu de terminologie

39

Les termes utilisés sont, pour l’instant, adaptés de l’anglais et certains concepts font encore défaut (pas de distinction veille et information). L’expression « intelligence économique » (IE) (Competitive Intelligence) est traduite en chinois par « information concurrentielle » mais aussi par « information économique » . Deux conférenciers ont employé le terme « bibliothèque » pour qualifier une cellule de veille en entreprise.

Quelques pratiques

40

Le centre d’intelligence économique du Hunan est en partie financé par la province. Il compte 30 personnes et fournit de l’information au gouvernement, aux entreprises, etc. en publiant des rapports à périodicité variable et des SMS d’alerte quotidiens. L’information est gratuite pour les PME et certains rapports payants pour les grandes entreprises. Le centre, qui coordonne d’autres centres d’IE organisés par secteur industriel (pétrole, chimie, agricole, etc.) et dirigés par les chefs du secteur, essaie d’attirer de nouvelles entreprises dans la province. Un programme de formation permet à un ou deux étudiants sélectionnés chaque année dans tous les domaines de faire des études d’IE en France et de revenir travailler comme analyste dans le Hunan.

La Bibliothèque municipale de Shanghai

Créée en 1952, elle a fusionné avec l’Institut de l’information scientifique et technologique de Shanghai (ISTIS) en 1995. Bibliothèque publique internationale de pointe, elle est la première à combiner en Chine des services de bibliothèque publique avec des missions de recherche d’information scientifique, technologique et industrielle [18][18] http://www.library.sh.cn/Web/index.html.

41

De son côté, l’Institute of scientific and technical information of China (ISTIC) a produit ses premiers rapports d’IE fondés sur l’analyse de documents, de brevets, d’interviews, de participations à des conférences et des salons. Ils portent sur l’énergie éolienne (2009), la concurrence étrangère (2010), les acteurs industriels (2011). Plusieurs entreprises chinoises - Huawei, Baosteel, CIMC - ont également recours à l’IE.

Quelques affirmations relevées lors de la conférence
  • L’innovation est un moyen de choisir entre la décision et l’action, en intégrant la veille économique aux PME (H. Dou, professeur à Marseille III, directeur de Atelis).

  • L’IE bascule de la veille scientifique à la veille stratégique qui conduit à se poser des questions sur l’avenir de son marché (Chen Jin, Zhejiang University).

  • La veille concurrentielle vise à connecter les veilleurs et les clients visionnaires (prospective customers), ces clients riches et insatisfaits qui ont du temps, ces gens doués en relations publiques, propres à identifier des nouveaux besoins qui permettront de créer un nouveau produit (K. Potter, Bennion-Robertson consultant, Bellsouth intelligence resource group).

  • Le data mining des années 90 qui cherchait à extraire des connaissances a fait place dans les années 2000 à l’IE (Business Intelligence) qui rassemble, analyse et diffuse l’information (F. Takahashi, Japan Society of competitive Intelligence).

Zoom sur la Chine

42

On a parlé du deuxième « grand bond »de la Chine, le deuxième pays en nombre de publications et le troisième pour celui des brevets. Mais les investissements sont insuffisants, la Chine dépend des technologies étrangères, trop de contraintes et de règlementations administratives pèsent sur les entreprises et le pays a besoin de plus d’analystes.

43

Un marché chinois, centré sur lui-même et cloisonné, a permis de développer une forte compétence en back office. La conséquence est que ces produits sont plus orientés vers des coûts bas, au détriment de la recherche d’innovation, et que l’approche est centrée sur la technologie, et non sur le client. L’idée qu’un meilleur circuit d’information conduit à l’innovation et non pas la soutient, l’emporte encore. Dans le Global Competitiveness Report (World Economic Forum, 2010), J. Lee montre que, sur une échelle du développement allant de 1 à 3, la Chine, centrée sur l’efficacité, en est au stade 2, tandis que les États-Unis, privilégiant l’innovation, en sont au stade 3.

Quel rôle pour la France ?

44

De la table ronde France-Chine, on retiendra que suite à la perte d’image de la France à l’international après 1989, plusieurs leviers ont été employés par le gouvernement dont le développement du concept français d’IE porté par Alain Juillet, ancien haut responsable à l’intelligence économique. La Chine, par ailleurs, s’intéresse tout particulièrement à l’intelligence territoriale, notamment celle menée en Poitou-Charentes qui serait à cet égard un modèle. Les deux pays partagent aussi le fait que le gouvernement est très impliqué dans l’IE.

45

Toutefois l’exemple français ne peut pas s’appliquer à la Chine, la taille des deux pays étant très différente. Pour toucher toutes les entreprises dans un pays si vaste, l’exemple du Brésil et du Viêtnam qui mettent en place des télécentres pour atteindre les nombreuses micro-entreprises, serait plus pertinent et Internet étant déployé partout en Chine, s’appuyer sur le web 2.0 ou 3.0 devient également une piste à creuser.

46

Karine Lespinasse-Sabourault

La chronique de Marc Maisonneuve. RDA ou les enjeux d’un code de catalogage

47

Où en sont les travaux d’adoption du code RDA ? Les moyens à mettre en œuvre sont loin d’être négligeables mais ne doivent pas faire oublier l’importance des enjeux de ce chantier.

48

Les règles de catalogage en vigueur ne permettent que péniblement de décrire les documents numériques et ne rendent compte qu’imparfaitement des liens existants entre des ressources apparentées (éditions différentes, traductions, adaptations, etc.). Par ailleurs, elles portent encore la trace des fichiers papier, avec des prescriptions totalement inadaptées à l’ère du numérique.

49

Dès 1992, l’Ifla lance une réflexion sur l’évolution du modèle de données à la base des règles de catalogage et publie, en 1997, les FRBR [19][19] Functional Requirements for Bibliographic Records /..., un nouveau modèle qui articule la description bibliographique autour de 4 niveaux : l’œuvre, l’expression, la manifestation et l’item. Comme les FRBR n’incluent pas le code de catalogage nécessaire à leur mise en œuvre, le Joint Steering Committee (JSC), responsable de la maintenance des Anglo-American Cataloguing Rules, mène en 2004 des travaux de formalisation qui donnent lieu à un code baptisé Resource Description and Access ou RDA. Publiée en juin 2010, la première version de RDA [20][20] http://www.rdatoolkit.org/constituencydraft permet de lancer des tests de production dans plusieurs pays et, en juin 2011, les trois bibliothèques nationales américaines décident de l’adopter à partir de janvier 2013.

50

Dès le printemps 2010, la France décide de se pencher sur ce chantier. Un groupe stratégique constitué au sein de la commission générale Information et documentation de l’Afnor (CG 46) décide, en mars 2011, de rechercher une entente européenne sur l’application du RDA puis, en novembre 2011, de poursuivre la concertation européenne au sein d’Eurig (European Interest Group on RDA), d’expérimenter la « FRBRisation » des catalogues nationaux et de lancer une formation de formateurs.

51

Les réflexions en cours accordent une importance tout à fait méritée à la question des moyens (coûts de formations des bibliothécaires, de l’adaptation des systèmes de gestion de bibliothèque, de la FRBRisation des catalogues, etc.) et des scénarios d’implémentation. Mais elles ne doivent pas faire perdre de vue l’enjeu essentiel associé au RDA : l’adoption d’un modèle de données - les FRBR complétées par les FRAD [21][21] FRAD ou Functional Requirements for Authority Data pour les autorités - qui ne soit plus spécifique aux bibliothèques, ce qui ouvre deux possibilités nouvelles. Pour les bibliothécaires, ce modèle permettra de récupérer les données produites par les éditeurs, les producteurs, les auteurs, etc. afin d’automatiser la constitution du catalogue et d’en enrichir les contenus. Pour le public, il permettra de rapprocher automatiquement toutes les informations disponibles sur le Web relatives à une œuvre, à un auteur, etc.

52

Les bibliothèques, aux côtés des éditeurs et des libraires, pourront ainsi se doter d’outils qui leur permettront de faire jeu égal avec les nouveaux mastodontes de l’édition que sont Amazon et Google Livres.

Notes

[1]

O. Erztscheid, « Le jour où YouTube fermera », Afordance, 26/02/12, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/02/le-jour-ou-youtube-fermera.html. Cet article a été préalablement diffusé sur Écrans, 14/02/12, http://www.ecrans.fr/Le-jour-ou-YouTubefermera.14081.html

[2]

O. Andrieu, « Google ferme une nouvelle série de services : Knol, Wave, Bookmarks, Gears, Friend Connect, etc. », Abondance, 23/11/2011, http://actu.abondance.com/2011/11/google-ferme-une-nouvelle-serie-de.html

[3]

O. Erztscheid, « Vers une sanctuarisation du Search ? », Afor dance, 12/1211, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2011/12/sanctuarisation-du-search-.html

[4]

O. Andrieu, « L’opérateur "+" ne fonctionne plus sur Google, remplacé par les guillemets », Abondance, 24/10/2011, http://actu.abondance.com/2011/10/loperateur-nefonctionne-plussur.html

[5]

E. Barthe, « Phil Bradley surveille les moteurs de recherche. Et juge sévère ment les récentes suppressions de fonctionnalités avancées chez Google », Precisement.org, 16/12/2011, http://precisement.org/blog/Phil-Bradleysurveille-les-moteurs.html

[6]

P. Bradley, “Google; almost 50 functions & resources killed in 2011”, Phi l Bradley’ weblog, 10/12/11, http://philbradley.typepad.com/phil_bradleys_weblog/2011/12/google-almost-50-functions-resourceskilled-in-2011.html

[8]

E. Barthe, « Verbatim de Google respecte scrupuleuse ment les mots-clés des "power users". Google se remet à l’écoute des utilisateurs de haut vol et des documenta listes. », Precisement.org, 17/11/2011. http://precisement.org/blog/Google-se-remet-al-ecoute-des.html

[9]

E. Barthe, « Think outside of the search box ! Pensez hors du moteur ! L’efficacité du moteur rassure… et enferme », Precisement.org, 25/12/2011, http://www.precisement.org/blog/Pensezhors-du-moteur.html

[10]

Ippolita (collectif de chercheurs italiens), trad. de Maxime Rovere, Payot, 2011 (Rivages poche), téléchargeable sur http://www.ippolita.net/18.html

[12]

Jakob Nielsen, Usability Engineering. Cambridge : Academic Press, 1993

[13]

Joseph S. Dumas, Janice C. Redish, A practical guide to usability testing. Revised edition. Exeter : Intellect, 1999

[14]

Thierry Baccino, Catherine Bellino, Teresa Colombi, Mesure de l’utilisabilité des interfaces. Paris : Lavoisier ; Hermès Science Publication, 2005

[15]

Inteligence économique nationale : étude comparative sur les pratiques en France et en Chine, sous la dir. de Miao Qihao, Shanghai : SPPH, 2011, 187 p. (n’existe pour l’instant qu’en chinois, 978-7-208-10175-3). Voir aussi : Nicolas Moinet, « L’intelligence économique chinoise se met à l’heure française », Les Echos, 9 novembre 2011, http://blogs.lesechos.fr/intelligenceeconomique/l-intelligenceeconomiquechinoise-se-met-al-heure-francaise-a7457.html

[16]

SCIF2011, Shanghai Competitive Intelligence Forum : finding opportunities in emerging industries-CI during transition period. Programme (en anglais), www.istis.sh.cn/cisf2011

[17]

J. Turner, K. Lespinasse-Sabourault, C. Nigay, IconoTag, an experiment i n multilingual pictur e indexing, SIFL, Shanghai, 24-27 août 2010

[19]

Functional Requirements for Bibliographic Records / Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques, http://www.ifla.org/files/cataloguing/frbr/frbr_2008.pdf

Plan de l'article

  1. Vos moteurs changent leurs règles
    1. Serions-nous à l’aube de changements bien plus profonds ?
    2. Terrible aveu et pourtant si discret : le moteur dans lequel vous avez a priori confiance ne vous propose pas ce que vous demandez, mais ce qu’il pense que vous demandez
    3. Les méthodes de gestion de l’information évoluent profondément
  2. Un dessin vaut mieux qu’un long discours…
    1. Une autre façon de découvrir les contenus
    2. Prospective
  3. Usez, abusez de l’utilisabilité !
    1. Le test d’utilisabilité (usability testing)
  4. Intelligence économique : échanges franco-chinois
    1. Un peu de terminologie
    2. Quelques pratiques
    3. Zoom sur la Chine
    4. Quel rôle pour la France ?
  5. La chronique de Marc Maisonneuve. RDA ou les enjeux d’un code de catalogage

Pour citer cet article

Cottin Stéphane, Simon Yves, Alarcon Nicolas, Lespinasse-Sabourault Karine, Maisonneuve Marc, « Méthodes, techniques et outils », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2012 (Vol. 49), p. 10-15.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2012-1-page-10.htm
DOI : 10.3917/docsi.491.0010


Article précédent Pages 10 - 15 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback