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Documentaliste-Sciences de l'Information

2012/1 (Vol. 49)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.491.0072
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Projet architectural et bibliothèques à l’ère du numérique

Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces / sous la dir. de Marie-Françoise Bisbrouck ; préf. de Daniel Renoult. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2010. – 394 p + un disque. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-0982-3 : 69 €

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Voici quelques 400 pages passionnantes sur un sujet en pleine actualité à l’heure du numérique : comment se dessinent actuellement l’architecture et les espaces des bibliothèques ? Le virtuel fait-il tout basculer ? Qui mieux que Marie-Françoise Bisbrouck, actuellement consultante et spécialiste reconnue du sujet depuis de nombreuses années, pour diriger un tel ouvrage collectif ? M.-F. Bisbrouck explique de manière détaillée comment les espaces peuvent être distribués et les mobiliers disposés, chiffres et tableaux à l’appui, aucun détail concret n’étant laissé de côté (surface, mètres carrés, circulation, etc.). Mais son expertise ne concerne pas que cet aspect, elle développe aussi une dimension essentielle : la place du bibliothécaire au milieu des nombreux autres intervenants d’un projet, place qui doit être souvent (ré)affirmée : il (elle) est la personne-clé de tout projet architectural et doit être reconnu(e) comme telle par les architectes et autres maîtres d’œuvres. Plusieurs contributions, ancrées dans le concret, complètent le propos de M.-F. Bisbrouck : ainsi, et sous forme d’énumération, la loi relative à la maîtrise d’ouvrage publique, le rôle des maîtres d’œuvre, ou les concours d’architecture (Hervé Chanson), la programmation et la signalétique (Véronique Lancelin). À cela s’ajoutent l’éclairage (Raymond Bell), l’acoustique (Gérard Le Goff), le mobilier (Carine El Bekri et Sylvie Thévenot), la recherche de financement (Pierre Carbone et Jacques Charpillon), puis des précisions sur le droit d’auteur des architectes.

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La partie suivante détaille quelques récentes réalisations architecturales dans divers pays européens, considérées comme les plus innovantes du moment et dont le succès a dépassé leurs frontières : les « Idea Stores » en Grande-Bretagne, la bibliothèque DOK à Delft, les Learning Center avec le non moins fameux Rolex Learning Center à Lausanne en Suisse. Ces réalisations, se fondent sur des modèles radicalement différents de la bibliothèque traditionnelle ou même de médiathèque, élargissant les possibilités de rencontres, d’ouverture, d’accès à des lieux de convivialité ou à d’autres services, laissant libre cours à la circulation des usagers, sans contraintes ou interdictions particulières. On peut être d’accord ou pas avec ces nouveaux lieux, il faut reconnaître que ceux-ci rencontrent l’adhésion du public qui afflue en masse, utilise ce qui est à disposition et s’approprie les lieux.

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Ces nouvelles réalisations posent cependant de nombreuses questions à la profession dans son ensemble : le modèle traditionnel est-il enterré ? Faut-il (doit-on) repenser complètement les espaces actuels des bibliothèques qui, pour certains, sont désertés notamment les salles de lecture ou celles de référence ? Rajouter de nombreux services qui parfois sont très éloignés des missions des bibliothèques est-il la seule planche de salut ? Ces questions ont fait - ou font - l’objet de nombreux débats dans la littérature professionnelle ou durant les journées d’étude consacrées à ce thème [1][1] Voir à ce sujet la journée d’étude organisée par la.... Les réseaux sociaux se font aussi l’écho de ces préoccupations. À mon sens, elles vont dans la même direction que les questions plus générales sur l’avenir du métier ou le sens de celui-ci. Cela nous incite à réfléchir, à trouver de nouvelles pistes et finalement à nous remettre en question.

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Ouvrir de nouvelles pistes n’est pas le seul mérite de cet ouvrage, il nous incite également à considérer et à prendre un certain recul par rapport à l’existant : la fonction de l’accueil est-elle correctement prise en compte ? Que manque-t-il pour que le public soit satisfait et se sente à l’aise dans les espaces proposés ? La circulation, la signalétique posent souvent problème et ne sont pas - ou plus - adaptées. Peut-être suffit-il simplement dans certains cas de quelques modifications architecturales, d’orienter différemment les services proposés et se recentrer sur les plus « populaires », de mieux former les personnels à l’accueil du public, à sa formation à l’information, de mettre en place un accueil virtuel ?

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Jean-Philippe Accart

Le traitement iconographique en bibliothèque

Images et bibliothèques / sous la dir. de Claude Collard et Michel Melot. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. – 240 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1001-0 : 42 €

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Dans collectif, sa magistrale Michel Melot introduction souligne la à singularité cet ouvrage et l’ambivalence de l’image et laisse entrevoir les difficultés que pose son traitement. Certes, « l’image pose problème aux bibliothèques » et il était temps qu’un nouveau manuel fasse le point sur la question.

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On a sans doute oublié les débats des années 70 autour du rôle de l’image en bibliothèque et il est bon que soient rappelées les conditions de création des médiathèques, depuis 1975, puis de la BPI en 1977, ouvertes aux nouveaux médias. En même temps, la demande croît et se transforme avec la numérisation, chacun pouvant devenir à la fois usager et producteur d’images. Mais il y a une grande diversité de documents iconographiques : savoir les différencier, connaître leur histoire et leur technique est un préalable indispensable à leur traitement documentaire. Les collections d’images et leurs possibilités d’accroissement sont innombrables et une politique raisonnée d’acquisition doit être établie. Les critères en sont donnés ainsi que les sources d’enrichissement, des achats aux dons et à la dation.

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L’importance et la diversité des collections d’images ressortent de la présentation – non exhaustive – qu’en font Michel Melot et Claude Collard, tant au plan national que régional et local. Des fonds spécialisés se sont constitués auprès de musées, médiathèques, archives, instituts d’enseignement et de recherche auxquels s’ajoutent les agences de photographies et les archives de presse dont les images sont maintenant recherchées et commandées en ligne, pratique qui a « bouleversé la manière de travailler des iconographes et des documentalistes comme celle des journalistes ». Quant à l’offre numérique des bibliothèques, elle est constituée de plusieurs composantes dont C. Collard énumère les spécificités et en donne des exemples.

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Le traitement d’un fonds d’images fixes commence avec une réflexion sur le classement des documents papier. Choix du mode de conservation et des conditionnements, problèmes de maintenance et de restauration, enfin mode de consultation et de communication sont analysés par Corinne Le Bitouzé selon des procédures et des méthodes précises. Les conditions de conservation de documents iconographiques sur supports autres que papier font l’objet de précautions particulières et obéissent, pour certains, à plusieurs normes ISO.

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Pourquoi, comment, que numériser ? À ces questions essentielles répond un copieux chapitre rédigé par Dominique Maillet. Conserver, valoriser, diffuser à distance grâce à un fonds numérisé réclame une série de réflexions préalables sur la politique documentaire souhaitée et un ensemble de choix techniques détaillés ici. Tout bibliothécaire intéressé par un projet de ce genre pourra ainsi se faire une idée claire de ce que nécessitent la constitution et le traitement d’un fonds numérique d’images.

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Marie Thompson, Michel Melot et Claude Collard consacrent un chapitre au traitement documentaire de l’image fixe. Qu’elle soit sur papier ou non, toute image fixe doit être identifiée, décrite, donc cataloguée. On suivra ici les principes et méthodes, les stratégies et modèles appliqués dans la description signalétique d’une image ainsi que les éléments permettant de l’identifier sur le Web. Quant à l’analyse du contenu de l’image, plus subjective, préalable à toute indexation, elle peut se faire sous plusieurs angles et selon des méthodes différentes. Mais les auteurs n’hésitent pas à avancer que l’évolution du Web vers le web 2.0 dit « participatif » va bouleverser les stratégies de description de l’image. L’exemple du projet Flickr Commons, site qui fédère fonds de bibliothèques, de musées et d’archives et qui sollicite les internautes à identifier eux-mêmes les images, illustre les implications de ce type de technique qui joint une indexation dite « communautaire » à l’indexation professionnelle, transformant ainsi la description iconographique traditionnelle.

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Un des problèmes récurrents pour tout utilisateur d’images est lié d’une part au droit d’auteur, d’autre part au droit du respect de la vie privée. Enfin, le numérique a mis littéralement en pièces le modèle patiemment établi », écrit Yves Alix. La complexité de l’image en fait un objet juridique particulier car elle cumule souvent une superposition d’ayants droit. Le cadre législatif et règlementaire en matière de propriété intellectuelle tel qu’il s’applique aux bibliothèques est rappelé et illustré par des exemples, suivis d’un état de la question du droit à l’image, qu’il s’agisse de représenter des personnes ou des objets. La numérisation ne change pas le statut juridique de l’image mais en complique à l’évidence la reproduction et diffusion. L’auteur conclut en soulignant, « sous le double coup de l’explosion des images sur Internet et de l’éclatement de la conception personnaliste du droit d’auteur », la grande incertitude qui règne en la matière.

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L’ouvrage, indispensable non seulement au professionnel de bibliothèque mais à tout utilisateur d’images, se clôt sur les diverses possibilités de valorisation des images d’une bibliothèque et apporte d’intéressantes précisions sur la commercialisation des reproductions et sur les principaux services commerciaux d’images. Bibliographie et webographie thématiques permettent d’approfondir les problèmes soulevés et une liste d’organismes professionnels et d’instituts de formation constitue autant de sources complémentaires.

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Claire Guinchat

La lecture questionnée à la lumière du numérique

Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet : livre, presse, bibliothèques / sous la dir. de Christophe Evans. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. – 255 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1000-3 : 40 €. Lire dans un monde numérique / sous la dir. de Claire Bélisle. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 295 p. – (Papiers, ISSN 2114-6551. Série État de l’art). – ISBN 978-2-910227-85-2 : 39 €

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La lecture, le lecteur et l’action de lire font l’objet de nombreuses études… à lire ! Ces deux ouvrages sont des études savantes sur ce sujet (comme le confirment les références bibliographiques qui accompagnent les textes), écrits par des chercheurs ou des universitaires venus d’horizons scientifiques et géographiques différents. Les deux méritent d’être fusionnés pour leur caractère complémentaire et très documenté.

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L’introduction de Lire dans un monde numérique, signée par C. Bèlisle, définit clairement les buts de l’ouvrage. Il s’agit de réfléchir sur « la transformation de la pratique millénaire de la lecture réflexive… détrônée par une nouvelle pratique de lecture », que les contributeurs s’accordent à qualifier de lecture dynamique dans ce monde qui devient numérique. Et pour explorer « cette aventure » à l’origine de l’invention de cette nouvelle lecture, C. Bélisle fait appel à cinq spécialistes.

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Christian Vanderdope s’interroge d’abord sur quelques questions clés que pose la lecture sur écran en soumettant à ses lecteurs le concept de lecture « ergative ». Issu d’une longue histoire, ce qualificatif lui semble le mieux adapté pour décrire la lecture sur écran. « Qu’estce que lire ? », demande à sa suite Eliana Rosado qui s’étonne que l’on puisse encore s’interroger sur ce sujet. Lire est un champ de connaissances en pleine expansion qu’elle explore savamment avant de conclure sur l’importance grandissante des métacompétences. C. Bèlisle reprend la plume dans un texte intitulé « Du papier à l’écran : lire se transforme ». Cette transformation passe à travers les problématiques liées au temps, aux capacités d’attention, au plaisir de lire et à la compétence de plus en plus technologique que requiert cette complexe action. Raja Fenniche établit les rapports liant l’hyperlecture et culture du lien sur le triple niveau du lien cognitif, social et culturel.

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À nouveau, C. Bélisle s’investit sur « Les nouveaux environnements de lecture » où elle évoque les bibliothèques numériques, les livres numériques, les téléphones mobiles et objets nomades ou lecture en réseau, notamment dans le contexte universitaire où ces pratiques rencontrent un succès certain. « La lecture numérique en quelques repères » est l’occasion pour Philippe Bootz de préciser le concept de littérature numérique « entendu comme un ensemble de propositions qui entrent dans une véritable réflexion sur le dispositif littéraire ». Cela lui permet de présenter la nouvelle littérature née du numérique et de son ancrage avec celle qui l’a précédée. À sa suite, Alexandra Saëmmer dans sa contribution « Lectures immervises du texte numérique – un paradoxe ? » répond dans un langage un peu précieux sur la littérature numérique du XXIe siècle qui permet d’entrer dans des mondes virtuels. C. Bélisle conclut ce savant ouvrage sur le concept de « littératie » ouvrant sur de nouvelles perspectives pour penser la littérature aujourd’hui.

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Christophe Evans dirige ses auteurs dans une toute autre direction, plus sociologique et orientée sciences de l’information, mais en même temps très proche, en s’intéressant aux « mystères de la lecture », activité qui ne se laisse pas facilement saisir. Pour l’explorer, il sollicite l’expertise de dix-sept auteurs et structure son document en quatre principales parties.

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« Culture lettrée et évolution des pratiques de lecture » comprend trois chapitres aux titres explicites. Le premier, signé par Bernard Lahire, entend décrire « La lente dévaluation des formes culturelles et artistiques », ce qui l’entraîne à démontrer la crise de foi culturelle. Olivier Donnat revient ensuite sur l’évolution de la lecture, du livre et de la littérature dans les années 1973 à 2008. Il s’appuie pour étayer sa démonstration sur des données statistiques produites au moyen des enquêtes barométriques « Pratiques culturelles des Français » très souvent évoquées dans les autres contributions. Les chiffres analysés l’entraînent à poser trois questions : elles concernent le livre comme objet, la lecture comme activité et l’avenir de la littérature. Enfin, Dominique Boullier pose la question : « Profils, alerte et vidéo : de l’outre-lecture à la fin de la lecture ? ». L’outre-lecture permet de souligner la pluralité des activités de lecture sur Internet et d’analyser leur évolution avec le passage au web 2.0.

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La deuxième partie de l’ouvrage, « Du côté des jeunes générations », pose un regard acéré. Christine Dètrez et Sylvie Octobre s’intéressent aux séries à succès telles Boule et Bill ou Titeuf qui leur permet de décrire des trajectoires différentes, synthétisées dans un tableau, qui conduisent l’enfant à l’adolescence. Elles s’appuient pour ce faire sur des enquêtes très pédagogiquement explicitées et renforcées par des témoignages. Ronan Vourc’h s’intéresse, quant à lui, aux étudiants et à leur lecture dans un contexte de professionnalisation des parcours de formation et d’une présence de plus en plus marquée d’Internet dans leur univers culturel. Il s’appuie également sur des données statistiques qui montrent bien le recul du livre dans leur univers. Jean-François Barbier-Bouvet interroge : « La lecture des magazines par les jeunes adultes : un écran de papier ? » qui lui permet de conclure sur cette « génération bilingue écran/écrit » pour laquelle « l’écrit continue à faire usage mais ne fait plus référence ».

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« Lecteurs à l’œuvre », titre de la 3e partie de cette passionnante étude, s’ouvre sur un texte d’Annie Collovald et Erik Neveu qui analysent les « Noirs désirs. Lecture et lecteurs de récits policiers ». Pourquoi ce genre littéraire a-t-il un tel succès dans tous les milieux et toutes les générations ? Les auteurs tentent de répondre à travers l’analyse des résultats d’une enquête menée auprès d’une quarantaine de gros lecteurs ouvrant sur une grande variété de profils sociaux et générationnels, confrontés à une offre éditoriale importante et morcelée. Olivier Vanhée s’efforce de comprendre, dans « La lecture des mangas par les adolescents : usages collectifs et appropriations individuelles », comment la lecture des mangas s’inscrit dans les temporalités, les jeux et enjeux sociaux propres à l’adolescence. Il souligne également que le manga, loin d’être un objet anodin, est susceptible de mettre en jeu des formes de réception complexes. « L’étude de la lecture à voix haute : un rituel de passage » permet à Martine Burgos de mettre en évidence la richesse et la complexité de ce sujet, pourtant objet de trop peu d’études et absent complètement de la dernière enquête sur les pratiques culturelles des Français.

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La quatrième partie « De l’appropriation au rejet »entre dans l’univers des bibliothèques. « Quelles attentes pour les bibliothèques de France ? » questionne Christophe Evans. L’inquiétude clé porte sur les missions traditionnelles de ces organismes : Internet rend-il obsolètes les bibliothèques ou les consolide-t-il dans de nouvelles pratiques et de nouveaux usages ? Françoise Gaudet dans sa contribution « L’intime et l’étrange : lire de la fiction en bibliothèque » analyse les motivations d’un lecteur qui lit intégralement un livre - lequel et comment ? - dans l’enceinte d’une bibliothèque au lieu de l’emprunter. Comment concilier cette pratique intime qu’est la lecture dans ce lieu public qu’est la bibliothèque ? Elsa Zotian photographie « La bibliothèque au prisme de la vie quotidienne enfantine » dans le quartier populaire de Belsunce à Marseille. Ces enfants constituent aujourd’hui une part importante des usagers de la bibliothèque. Et pourtant, à travers son étude, elle apporte le témoignage d’un processus de désamour comme un marqueur d’âge et tente d’en expliciter les raisons.

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L’ouvrage se clôt sur un encadré signé par Denis Merklen, « Littératie et révolte populaire. Enquête sur les bibliothèques incendiées pendant les émeutes urbaines », qui confirme la situation difficile de ces institutions dans notre société.

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La classification de la bibliographie qui clôt ce riche et concret document révèle bien son caractère trans et pluridisciplinaire. Il s’adresse aux chercheurs, aux enseignants aussi bien qu’aux parents d’élèves, aux étudiants ainsi qu’à tous les acteurs engagés dans les métiers du livre. Il s’adresse également et fortement aux professionnels de l’information, bibliothécaires ou professeurs documentalistes qui, malgré tous les obstacles, gardent leur énergie pour défendre le livre et la lecture, principalement auprès des jeunes.

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Ces deux documents se complètent dans le mélange d’apports théoriques et savants ou d’apports plus pratiques et concrets écrits par des observateurs qui posent un regard aigu sur des pratiques nouvelles, anciennes, classiques, novatrices, sur cet acte que nous pratiquons quand d’autres l’ignore, et sur lequel il importe de nous interroger dans ses nouveaux environnements. Les auteurs de ces deux ouvrages le font à la fois de façon très différentes et semblables. Ils poursuivent un même but : celui de nous aider à poser des repères dans nos propres réflexions et actions. En ce sens, les deux méritent d’être lus car ce sont des ouvrages de qualité qui apportent des savoirs mais aussi beaucoup de réflexions sur une question toujours - et pour longtemps encore - d’actualité.

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Marie-France Blanquet

Un guide de bonnes pratiques

Mener l’enquête. Guide des études de publics en bibliothèque / sous la dir. de Christophe Evans. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 159 p. - ISBN 978 2 910227 89 0 : 22 €

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Vous préparez une enquête ? Vous vous posez un tas de questions : comment constituer un échantillon ? Avec qui mener l’enquête ? Où trouver des exemples, des modèles, des résultats d’enquêtes ? Comment évaluer une enquête ? À quoi servent les focus groups ? Comment poser les questions, comment les formuler, et dans quel ordre ? Voici des éléments de réponse :

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Échantillon : comment constituer le groupe de personnes à interroger ? Combien de personnes ? Qui ? Comment ? Par tirage aléatoire ? En appliquant des quotas, ce qui implique une bonne connaissance préalable du public ? Ou par recommandations de tiers ou par réseau ? Même si en général le tirage aléatoire paraît le moyen le plus sûr, dans certains cas (pratiques particulières, usage expert, fréquentation occasionnelle), le recours aux recommandations peut être incontournable. Appliquer des quotas (lieu de résidence, âge, profession etc., par exemple à partir des données Insee) peut devenir vite très complexe.

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Avec qui ? : avec les collègues de la bibliothèque ou du service de documentation ? Avec un prestataire, en sous-traitance ? Ou avec des étudiants ou élèves stagiaires ? La solution d’un prestataire peut-être coûteuse et disproportionnée. Si vous n’avez pas le temps pour le faire avec vos ressources propres, à quels établissement s’adresser pour trouver un stagiaire compétent ? Dans tous les cas, prévoyez dès le départ un comité de pilotage et une communication autour du projet.

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D’autres enquêtes : l’Enssib a mis en ligne une collection d’environ 200 études et enquêtes, parmi lesquelles plus de cinquante menées dans les bibliothèques publiques et universitaires. Elles peuvent servir d’exemple et de modèle mais aussi de référence pour comparer les résultats.

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Évaluation : si possible, mener l’enquête comme un projet, avec une phase finale d’évaluation, pour tirer les leçons, préparer la suite mais aussi pour la communication. Cette évaluation portera notamment sur le protocole d’enquête (questionnaire), sur l’organisation matérielle, le cas échéant sur les relations avec le prestataire, et sur l’exploitation et la valorisation des résultats. À prévoir également, la documentation et l’archivage de tous les documents.

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Focus groups : Il s’agit d’une technique qualitative issue du marketing, afin de connaître les attentes, opinions et réactions des usagers d’un service, utile dans la phase exploratoire d’une enquête, mais aussi pour préparer et accompagner un changement. Il est d’usage que le focus group soit constitué d’une dizaine de personnes qui ne se connaissent pas; il se réunit pour une séance de deux à trois heures et suit un certain rituel. Souvent, il vaut mieux prévoir deux ou trois groupes, pour obtenir un panel représentatif et large d’information.

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Pour la formulation et l’ordre des questions, je vous renvoie sur la boîte à outils n° 22 des Presses de l’Enssib. Les réponses ci-dessus sont tirées de ce livre et ne reflètent qu’une petite partie de ses contributions. Vous travaillez dans une bibliothèque publique, une bibliothèque scientifique ou un SCD ? Ce livre s’adresse à vous et vous sera utile chaque fois que vous voudrez mener une enquête de satisfaction, de besoin ou d’usage. Trois études de cas (une bibliothèque départementale, une médiathèque et une BU), un mémento (déroulement standard d’une enquête) ainsi qu’un glossaire y ajoutent de la valeur.

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Il est certain que le format particulier de la collection « Boîte à outils » impose des choix et priorités ; certains sujets sont juste abordés sans aller beaucoup plus loin, comme l’enquête en ligne, les logiciels d’exploitation statistique ou LibQual. Le livre aide néanmoins à comprendre et indique où trouver l’information. Et il n’a pas la prétention non plus de se substituer aux manuels d’enquêtes et sondages en sciences sociales avec des centaines de pages qui gardent leur intérêt.

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Pour ma part, je l’utilise aussi bien pour les études que pour l’enseignement méthodologique. Un seul regret malgré tout : après plusieurs lectures diagonales et sélectives, la reliure commence à lâcher. Le charme des livres traditionnels… Récemment encore, quand on cherchait un ouvrage sur les enquêtes dans les bibliothèques, on avait l’embarras de choix entre des publications des années 90 et des ouvrages (trop) généralistes. Clairement, il y avait une lacune. Cette lacune est désormais comblée.

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Joachim Schöpfel

Exploiter les outils de social bookmarking

De la gestion de signets au social bookmarking. Delicious, Diigo, Zotero et quelques autres / Tony Faragasso. Paris : ADBS éditions, 2011. – 62 p.- ISBN 978 2 84365 130 4 : 15 €

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« Proposer des sites, les évaluer, les indexer, les décrire pour une communauté qui à son tour fera de même, semble une solution vivante, adaptée aux pratiques professionnelles, en phase avec les évolutions sociales, technologiques et économiques de notre société. » Le livre s’achève avec ce credo sur le rôle du social bookmarking. Mais en fait, social bookmarking, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un « phénomène largement issu de la vague 2.0 qui permet aux utilisateurs de mémoriser, d’indexer et de classer eux-mêmes leurs signets. Une fois enregistrés, ceux-ci sont immédiatement visibles et récupérables par les autres internautes, possédant ou non un compte sur la plateforme utilisée. »

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C’est en quelque sorte la traduction de la sauvegarde des adresses URL sur le disque dur dans l’environnement du web 2.0, comme un service interactif et partagé. Tony Faragasso, bibliothécaire, formateur et consultant, commence donc son livre en toute logique par un rappel de la pratique du bookmarking. Il définit le terme de signet (ou favori), explique l’intérêt de leur gestion et décrit la valeur qu’un professionnel de l’information peut (pourrait, devrait) y ajouter, aide à décrypter l’URL et la structure d’une adresse Internet, avant de passer à la description d’une solution « monoposte », c’est-à-dire « l’utilisation du navigateur comme outil de mémorisation (qui) s’appuie sur l’enregistrement de l’URL sur un ordinateur personnel. »

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Mais l’auteur insiste sur le fait que le social bookmarking est bien plus qu’une simple gestion des favoris sur le web. C’est la possibilité de pouvoir disposer de cet outil partout, sans crainte d’un disque dur qui lâche. C’est la volonté de partager ses trouvailles et, pour le professionnel, de développer un vrai service de lien sélectionnés et indexés (« taggés ») pour ses clients et usagers. Et c’est une inépuisable source d’information, présélectionnée et indexée par les autres internautes. Il met en avant l’intérêt de cette technique pour la sérendipité, c’est-à-dire pour trouver des sites, pages et documents qu’on n’a pas cherchés. Faites-le test ! Avec Google, on trouve ce qu’on cherche et ce qu’on connaît. Avec les outils et services du social bookmarking, on explore le web profond sur les traces d’autres internautes experts et passionnés, et on trouve de véritables pépites numériques… Dans ce contexte, l’auteur souligne l’importance des tags, exemples et règles à l’appui, tout en les démarquant des mots-clés de l’indexation.

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Une partie du livre est consacrée à quelques outils du social bookmarking. En premier lieu, T. Faragasso présente et compare les plus connus de ces outils, Delicious, Diigo et Zotero. Pour chaque outil, il en décrit les fonctionnalités caractéristiques ainsi que les perspectives, sans faire abstraction des points faibles. Entre autres, il répond à la question du choix entre Delicious ou Diigo, et pourquoi. Suspense… D’autres outils sont abordés plus brièvement, comme Faviki, Netvibes ou Bookmarks.fr. Les dernières pages contiennent quelques conseils méthodologiques, illustrés d’un exemple, pour la diffusion des favoris sur un site ou un blog, avec un petit paragraphe sur la protection d’un tel service par une licence Creative Commons.

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Deux pages de bibliographie pour aller plus loin, ainsi qu’un glossaire complètent le texte. Un livre utile et pratique, porté par une volonté d’expliquer et de partager les bonnes pratiques du web 2.0. Écrit pour le professionnel de l’information qui veut développer l’offre de son service, ce livre aidera aussi le particulier ou l’étudiant à mettre de l’ordre dans la gestion de ses favoris, de les partager et surtout, de profiter de la connaissance et du wisdom of crowds, de la sagesse des foules chère aux amateurs du web 2.0.

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Si on veut voir le social bookmarking à l’œuvre, en voici un exemple réussi : les plus de 800 signets sur Delicious de la bibliothèque des sciences de l’antiquité de l’université de Lille, en ligne depuis 2007, choisis et indexés (taggés) avec soin et régulièrement mis à jour http://delicious.com/signets_bsa.

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Joachim Schöpfel

Notes

[1]

Voir à ce sujet la journée d’étude organisée par la Bibliothèque Information Suisse (BIS) le 7 septembre 2011 à la Bibliothèque nationale suisse à Berne autour du thème « L’avenir des salles de lecture à l’heure du numérique » avec M.-F. Bisbrouck : http://www.bis.info/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=273&Itemid=130&year=2011&month=09&day=07&uid=5b2ee7fdfc663bd6062f6ea3d90de8d5&catids=84

Titres recensés

  1. Projet architectural et bibliothèques à l’ère du numérique
    1. Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces / sous la dir. de Marie-Françoise Bisbrouck ; préf. de Daniel Renoult. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2010. – 394 p + un disque. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-0982-3 : 69 €
  2. Le traitement iconographique en bibliothèque
    1. Images et bibliothèques / sous la dir. de Claude Collard et Michel Melot. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. – 240 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1001-0 : 42 €
  3. La lecture questionnée à la lumière du numérique
    1. Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet : livre, presse, bibliothèques / sous la dir. de Christophe Evans. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. – 255 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1000-3 : 40 €. Lire dans un monde numérique / sous la dir. de Claire Bélisle. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 295 p. – (Papiers, ISSN 2114-6551. Série État de l’art). – ISBN 978-2-910227-85-2 : 39 €
  4. Un guide de bonnes pratiques
    1. Mener l’enquête. Guide des études de publics en bibliothèque / sous la dir. de Christophe Evans. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 159 p. - ISBN 978 2 910227 89 0 : 22 €
  5. Exploiter les outils de social bookmarking
    1. De la gestion de signets au social bookmarking. Delicious, Diigo, Zotero et quelques autres / Tony Faragasso. Paris : ADBS éditions, 2011. – 62 p.- ISBN 978 2 84365 130 4 : 15 €

Pour citer cet article

« Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information, 1/2012 (Vol. 49), p. 72-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2012-1-page-72.htm
DOI : 10.3917/docsi.491.0072


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