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Documentaliste-Sciences de l'Information

2012/2 (Vol. 49)

  • Pages : 78
  • DOI : 10.3917/docsi.492.0072
  • Éditeur : A.D.B.S.

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Exploiter des corpus audiovisuels

Les Archives audiovisuelles : description, indexation et publication / sous la dir. de Peter Stockinger. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 320 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 978-2-7462-3219-8 : 85 €. Nouveaux usages des archives audiovisuelles numériques /sous la dir. de Peter Stockinger. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 304 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 978-2-7462-3802-2 : 85 €

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Ces deux ouvrages savants et complémentaires sur le sujet et des archives audiovisuelles vont ravir les spécialistes ou futurs spécialistes de ces questions. Ils représentent le résultat d’un travail collectif de chercheurs, noyau de collaborateurs créé il y a dix ans. Ce noyau transdisciplinaire est réuni autour du programme : « Archives audiovisuelles de la recherche » que p. Stockinger, E. de Pablo et F. Lemaitre s’appliquent à décrire, depuis sa création jusqu’à nos jours, dans le premier chapitre du premier volume. Ces documents présentent les résultats de leurs travaux portant sur l’analyse de textes ou de corpus audiovisuels numériques composant le fonds d’une bibliothèque ou d’un centre de ressources.

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Dans le premier ouvrage, les chercheurs rendent compte de leurs études à partir d’un découpage en deux principales parties. La première, « Les ateliers de segmentation et d’analyse de corpus audiovisuels », décrit les différentes approches d’analyse et de description d’un corpus audiovisuel qui débouche sur la présentation d’une maquette d’une publication audiovisuelle sous forme d’un portail web : ADA (Atelier des Arkéonautes) réalisé dans le cadre du projet ASASHS (Atelier de sémiotique audiovisuelle). La deuxième partie : « Environnement technologique, développement et nouvelles perspectives » décrit l’environnement numérique et le portail ASA, ainsi que le modèle de développement informatique du modèle de publication portail web dont les interfaces d’accès aux ressources ont été présentées dans le chapitre 7.

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Ce document est complété par un autre ouvrage collectif, signé par les mêmes auteurs, portant sur les nouveaux usages dans l’analyse de corpus audiovisuels. Il se compose de trois parties.

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« Analyses, réériture et republication » aborde ce que l’on nomme aujourd’hui le « repurposing » ou réingénierie documentaire. Cela instruit sur la réutilisation créative de corpus audiovisuels déjà publiés pour les soumettre à un nouveau cycle d’analyses et de publication en vue d’en faire de nouveaux produits pour un public bien déterminé. L’analyse des corpus, présentée de façon très pédagogique et bien illustrée, porte sur des sujets très diversifiés : par exemple, les Mille et une nuits, la fabrication traditionnelle du pain. Le chapitre clôturant cette partie propose une synthèse des différents types de republication expérimentée par les chercheurs dans le cadre du projet ASA-SHS.

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La deuxième partie de l’ouvrage, « Archives audiovisuelles, gestion de connaissance et patrimoines culturels », invite le lecteur à voyager puisqu’y sont présentés, en effet, les portails audiovisuels sur le patrimoine immatériel des populations andines au Pérou et en Bolivie, d’une part, et, d’autre part, celui du Patrimoine culturel d’Azerbaïdjan pour un usage scientifique et pédagogique.

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Enfin la troisième partie, « Réseaux sociaux, web 2.0 et communication mobile », aborde les projets d’analyse et de publication de corpus audiovisuels exploitant les nouvelles possibilités offertes par ces nouvelles technologies. Ainsi est décrite de façon claire et bien illustrée la communication scientifique via Facebook et Twitter. Les chapitres suivants analysent les usages de ces différentes technologies. Il s’agit des plateformes de diffusion de contenus numériques, des agrégateurs de contenus et des réseaux communautaires. Enfin, le dernier chapitre trace les usages d’une vidéo pour dire « les promesses de la technologie VDI » en prenant pour base le champ d’expérimentation exposé dans le chapitre détaillant le patrimoine immatériel du Pérou et de la Bolivie.

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Les deux ouvrages comportent des glossaires des termes spécialisés, des acronymes et des noms, des bibliographies bien alimentées et des index bienvenus pour se retrouver dans la richesse des informations qu’ils apportent.

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Certes ces documents visent essentiellement des spécialistes ou des étudiants souhaitant suivre la voie des recherches portant sur les corpus audiovisuels. Ces derniers ne peuvent que s’enrichir dans la lecture de ces documents. Cependant, les professionnels de l’information trouveront dans ces deux volumes des explications données de façon très claires et pédagogiques. La consultation des portails décrits dans les volumes est très intéressante et informative et complète bien, pour le non spécialiste, les descriptions données par les différents chercheurs qui signent ces textes savants.

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Marie-France Blanquet

Analyse d’une mutation

La Communication scientifique et le numérique / Guylaine Beaudry. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 327 p. – (Traitement de l’information, ISSN 1961-1498). – ISBN 978-2-7462-3133-7 : 79 €

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Cet ouvrage original et intéressant est le fruit de la thèse de doctorat de Guylaine Beaudry, intitulée « La communication scientifique et la révolution numérique (1969-2009) : analyse d’une période de mutation dans une perspective historique ». Ce titre décrit bien l’approche et la particularité de ce travail. Il s’agit d’une analyse historique comparative de l’acte de publication du système de communication scientifique. Cette perspective historique couvre une période longue, depuis l’apparition des universités au XIIIe siècle jusqu’à nos jours. Au centre de l’étude, deux types de publication, le livre et la revue.

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L’objectif du livre est de mieux faire comprendre la mutation numérique, sans verser ni dans l’apologie de l’industrie de l’information, ni dans une attitude d’anxiété et d’abandon. Pour citer l’introduction : « L’étude de la révolution numérique doit prendre place dans le contexte d’une réflexion scientifique dépassent l’euphorie ou l’anxiété que suscite l’apparition d’une nouvelle technologie. Cette démarche prend son élan dans une appréciation lucide du débat, dans le cadre d’une histoire générale des médias ». Et un peu plus loin : « Notre contribution à l’histoire du livre consiste à y faire entrer le numérique ».

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Le premier chapitre plaide pour ce « regard historique sur la révolution numérique ». Il définit les concepts-clés (« le système de communication scientifique est le dispositif de médiation entre tous les acteurs présents et futurs de la recherche »), explique la méthodologie (« éclairage historique par la comparaison ») et la grille de lecture entre évaluation, production et diffusion de l’information scientifique sous forme de livre et de revue.

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Par la suite, l’ouvrage réalise une grande fresque historique des livres et revues scientifiques dont le dernier chapitre s’écrit sous nos yeux.

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Deux chapitres tracent l’histoire du livre savant depuis le livre universitaire du XIIIe siècle au livre imprimé du XVIe siècle. L’analyse embrasse l’objet livre dans sa totalité, depuis la mise en page, les genres, langues et illustrations via les modes de production à l’économie et au marché.

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Le chapitre suivant applique la même grille d’analyse à la revue savante du XVIIe siècle, en particulier au Journal des Sçavans et aux Philosophical Transactions. La conclusion en est une sorte de tournant dans l’ouvrage. « L’étude des fonctions et du circuit de communication des publications savantes au temps des premières universités, au moment de l’avènement de la typographie en caractères mobiles ainsi qu’à la période de l’élaboration des conditions de création et de viabilité du périodique scientifique permet d’apprécier une vue d’ensemble du système de communication scientifique moderne »

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Cette « vue d’ensemble du système de communication scientifique moderne » correspond à la deuxième moitié du livre.

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Après la lecture synchronique des chapitres précédents, le 5e chapitre (L’acte de publier) adopte une approche diachronique, en retenant « les thèmes récurrents d’une période à une autre ». La comparaison porte surtout sur l’acte de publier, sur la publicité du document scientifique et sur les circuits de communication.

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Le 6e chapitre (La production et l’évaluation) étudie le discours scientifique d’abord sous l’aspect de sa production. C’est surtout dans ce contexte-là que l’ouvrage parle de la communication directe et des formats normalisés (SGML, XML). Le chapitre met ensuite l’accent sur l’évaluation (« points de contrôle ») comme une fonction essentielle du système de communication scientifique, et sur les nouveaux modèles pour évaluer publications et/ou chercheurs.

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Le dernier chapitre présente les mutations sociales, économiques et organisationnelles de l’édition contemporaine des livres et revues scientifiques. C’est ici que le lecteur trouvera des éléments d’analyse sur la diffusion directe, sur l’agrégation sur le web interactif, sur Google Books et la numérisation massive ou sur les nouveaux modèles économiques des revues.

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Peu d’ouvrages aident à comprendre la transformation de la communication scientifique. Celui-ci en fait partie. C’est l’approche historique et comparative qui permet d’intégrer technologie, économie et fonction, et qui rend le lecteur plus intelligent. Écrit avec un rare mélange d’expérience professionnelle, de compétence technique et de capacité d’analyse, ce livre demande concentration, patience et curiosité. Mais il restera dans les annales comme l’un des ouvrages de référence de la publication scientifique de notre époque fascinante.

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Un mot sur l’auteur : Guylaine Beaudry est directrice d’une bibliothèque universitaire de Montréal mais son nom est surtout lié au développement des revues numériques au Canada, au consortium Érudit dont elle a été la fondatrice, au projet Synergie (infrastructure de recherche pour les SHS) et au centre d’édition numérique de l’université de Montréal. C’est cette expérience riche et féconde qui rend la lecture de son livre particulièrement intéressante. À consommer lentement mais sans modération aucune.

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Joachim Schöpfel

Un guide sur le droit des données personnelles

Droit des données personnelles / David Forest. Paris : Gualino éditeur ; Lextenso éditions, 2011. – 119 p. – (Droit en action). – ISBN 978-2-297-01502-8 : 16 €

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Que l’on parle de moteurs de recherche ou de réseaux sociaux ou, plus récemment, de cloud computing, les données personnelles sont régulièrement sous les feux de la scène. Pourquoi ne pas faire le point sur le droit des données personnelles, question à la fois complexe et passionnante et qui - doit-on le souligner ? - nous concerne tous dans notre vie personnelle et professionnelle ? Cet ouvrage, en dix courts chapitres, une centaine de pages de petit format et plusieurs tableaux, parvient à détailler avec clarté la diversité des règles qui s’appliquent et à faire comprendre tous les enjeux en cours. On connaît tous la loi Informatique et libertés de 1978, on croit peut-être même en connaître toutes les dispositions. Testons !

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Retour d’abord sur le passé, avec quelques considérations sur le besoin d’identifier, le droit à la vie privée française et la privacy des États-Unis, permettant de découvrir ce superbe « droit d’être laissé en paix », et les contestations de certaines approches, mettant ainsi en relief les différences de perception dans le monde. L’auteur fait ensuite le point sur l’identité numérique, concept « protéiforme, polysémique et fuyant », qui touche à la fois la technique, la sociologie et le droit, mais aussi l’économie, les données personnelles ayant indéniablement une valeur marchande. Il pointe également ce paradoxe qui nous fait jouer en permanence entre le besoin de divulguer nos données pour bénéficier de services et « la crainte liée à leur dissémination ». Y a-t-il des garde-fous juridiques ? Oui, mais lesquels ? Régulation, autorégulation ou corégulation ? De simples recommandations ? Obliger les entreprises à rendre des comptes ? Et la technique dans tout cela ? C’est pour lui l’occasion de cerner plusieurs concepts anglo-saxons, évoqués çà et là. Le contexte européen attire notre attention sur la directive de 1995, en cours de révision aujourd’hui, sur le rôle joué par le groupe de l’article 29 et, à l’heure d’Internet, sur la nécessité d’harmonisation mondiale. À partir d’une brève histoire de la CNIL, on glisse vers l’incontournable loi Informatique et libertés (où s’invitent aussi parfois les lois sur le commerce électronique et antiterroriste), l’occasion de se pencher sur la notion de donnée à caractère personnel, de leur traitement et de la responsabilité de ces derniers, sur les principes défendus et la liste des droits et des obligations. Déclarations, exonérations, demandes d’autorisation, avec ou sans avis motivé, il fallait, bien sûr, égrener la liste des formalités à effectuer auprès de la CNIL, sauf si l’on dispose des services d’un correspondant informatique et libertés (CIL), ce dernier se portant garant. Comment est-il désigné ? Que fait-il ? Quel est son statut ? Est-il indépendant lorsqu’il est salarié ? Quelles obligations lorsqu’il est remplacé ou pour « manquement » ? Les dérives possibles sont détaillées ici…

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L’auteur passe ensuite à divers cas particuliers que sont la prospection commerciale, les données de santé, le contrôle et la surveillance dans les entreprises, l’opération délicate de transfert des données qui prend toute sa dimension avec le cloud computing, et la question de l’archivage et du droit à l’oubli, que l’on ne peut manquer d’articuler avec le devoir de mémoire.

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Des questions complexes et passionnantes qu’aborde, parmi bien d’autres, ce guide juridique.

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Michèle Battisti

Restez en alerte !

Recherche éveillée sur Internet : mode d’emploi. Outils et méthodes pour explorer le Web : Web visible, Web invisible, Web social, Web temps réel / Béatrice Foenix-Riou. Paris : Lavoisier : Bases Publications, 2011. – 368 p. – ISBN 978-2-7430-1342-4 : 69 €

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En rappelant que les 361 millions d’internautes de l’an 2000 ne représentent « que les deux tiers environ des abonnés de Facebook aujourd’hui » et qu’ils sont désormais deux milliards, Béatrice Foenix-Riou place d’emblée son ouvrage comme un élément de référence auquel se raccrocher dans le grand vertige produit par l’évolution fulgurante de l’Internet et du web dans les dix dernières années. Il ne s’agit donc pas seulement d’un ouvrage pratique de type manuel, même si c’est une dimension essentielle de l’ouvrage. On appréciera notamment l’important travail de description historique des outils (et l’iconographie qui l’accompagne) qui permet de voir comment, aux plans ergonomique et sémiotique, le « look and feel » des outils de recherche a évolué au fil des ans.

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L’auteure est connue en tant que l’une des meilleures expertes de la recherche sur Internet et l’animatrice de ces publications de référence que sont les lettres d’information Bases et Netsources. Le lecteur retrouvera donc ici un descriptif précis des outils, toutes familles confondues, ainsi que des études de cas (méthodologies de recherche commentées). Cette partie est d’autant plus utile que, dans la conscience commune, on a un peu trop tendance à considérer que les moteurs, et notamment le plus fameux d’entre eux, ont fait table rase des outils qui faisaient les beaux jours du net avant l’an 2000 : annuaires, répertoires et outils spécialisés. Or, ces derniers n’ont pas disparu et restent d’autant plus utiles qu’ils parviennent justement à se concentrer sur des domaines de spécialisation très précis, soit par discipline (médecine par exemple), soit par types d’outils.

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L’auteure appelle en quelque sorte les documentalistes, veilleurs et autres professionnels de l’information à ne pas s’endormir, et ceci à un triple point de vue : ne pas se laisser bercer par la facilité des résultats fournis en première instance par l’ « ogre » Google « qui a eu raison de la plupart de ses concurrents » ; rester alerte ou « ouvert » à tous les types de solution qui peuvent venir compléter ou enrichir la pratique des purs « moteurs de recherche » : outils thématiques, répertoires sélectifs, outils du « web 2.0 » auxquels l’auteure consacre plus de 100 pages ; et enfin rester en veille sur ces outils dont les évolutions ont toutes les chances de rester aussi rapides et déroutantes qu’elles l’ont été ces dix dernières années. Dans le même ordre d’idées, les progrès de la recherche dans des domaines autres que textuels (recherche et comparaison d’images et d’images animées notamment) sont largement abordés.

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L’ouvrage, très abondamment illustré et qui fourmille d’adresses et de renseignements précis, est organisé pour être utilisé à la fois comme un ouvrage de référence sur le sujet et comme un manuel pratique à compulser en relation avec ses propres activités de recherche sur Internet. Que l’on cherche un exemple de méthodologie de recherche particulière, un renseignement factuel sur telle ou telle technologie employée par les moteurs, où à comprendre l’intérêt des réseaux sociaux pour la recherche d’informations, on utilisera le mode pratique de repérage par onglets pour explorer l’une des trois parties du livre, consacrées respectivement aux familles d’outils et fonctionnalités (partie 1), aux méthodologies de recherche commentées (partie 2) ou aux fiches pratiques sur 10 outils de recherche (partie 3).

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Enfin, pour pallier l’inévitable obsolescence qui frappe l’information dans un domaine aussi mouvant, Béatrice Foenix-Riou a mis en place le blog : http://blog.recherche-eveillee.com qui permet de suivre l’évolution et l’actualité de ces outils et méthodologie.

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Dominique Cotte

Un classique incontournable

Les Bibliothèques / Anne-Marie Bertrand. 4e éd. – Paris : La Découverte, 2011. – 126 p. ?(Repères ; 247). – ISBN 978-2-

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Incontournable, c’est le mot qui vient à l’esprit. Depuis sa 1re édition en 1998, le livre d’A.-M. Bertrand est devenu un classique qui figure sur toutes les listes de références des formations de bibliothécaires et documentalistes. Signaler un bestseller à un public averti, c’est porter de l’eau à la rivière et peut paraître naïf ou prétentieux. Aussi, contentons-nous d’aborder quatre ou cinq points.

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Concurrence fructueuse : comme lors de sa 1re édition, Les bibliothèques d’A.-M. Bertrand est toujours en concurrence fructueuse avec le livre du même titre de Denis Pallier publié dans la collection Que sais-je ?, dont la 12e édition date de 2010. Concurrence, mais aussi complémentarité et dialogue. Là où Denis Pallier met l’accent sur l’historiographie et la typologie institutionnelle des bibliothèques, Anne-Marie Bertrand ajoute l’analyse des fonctions, usages, évolutions et enjeux à l’ère numérique. Plus qu’une œuvre parfaite et finie, son livre est l’expression d’une réflexion en marche, dynamique, curieuse, à l’écoute.

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Ce qui n’a pas changé : la taille (126 pages), la clarté et la lisibilité d’un style précis et concret, la démarche pédagogique et le souci du lecteur en tant qu’élève/étudiant/apprenti. Les chapitres I à III avec l’histoire des bibliothèques en France, du Moyen-âge à nos jours. La conclusion avec « quatre raisons pour lesquelles les bibliothèques ne vont pas mourir ».

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Ce qui a été mis à jour : douze nouveaux repères bibliographiques dont l’Apologie du livre de Robert Darnton (Gallimard) et plusieurs ouvrages sur les pratiques culturelles à l’ère du numérique. Toute la deuxième moitié du livre dont les chapitres sur l’organisation, les rôles et publics des bibliothèques sont devenus dans cette 4e édition les chapitres IV « Les usages » et V « Les bibliothèques à l’ère du numérique ».

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Ce qui est nouveau : l’ouverture résolue sur le numérique. Un chapitre VI sur les enjeux et questions actuels, qui aborde la place du livre, l’attractivité, l’image et de nouveaux modèles de la bibliothèque. Nouveaux sont aussi la disparition de l’encart sur la classification Dewey comme pratique documentaire et l’ajout de la notion de l’information literacy. Aussi, les spécificités françaises et les métiers occupent moins de place qu’auparavant.

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Ce qui fait plaisir : le format et la qualité du produit, sa portabilité (partout, dans les transports publics, au bureau, en salle de cours, sur le coin d’une table). Sa structure claire et tous les détails destinés à faciliter lecture, compréhension et apprentissage. La conception de la bibliothèque comme « lieu hors du temps » (Michel Foucault) et « position décalée » opposée à l’éphémère du numérique. Le dernier mot du livre : liberté (c’est-à-dire la liberté intellectuelle du citoyen usager d’une bibliothèque définie comme « outil de liberté »).

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Nous souhaitons à cet ouvrage une nouvelle génération de lecteurs, futurs professionnels de l’information, collègues et usagers. Pour les nouveautés de la 5e édition dans trois ou quatre ans, voici nos paris : l’apport des bibliothèques à la politique de la ville, à la cohésion sociétale et au rayonnement scientifique d’un campus prendra plus de place, en particulier dans un contexte budgétaire serré. Le débat entre missions, politique culturelle et prestation de service y trouvera son reflet, suite à la petite collection Généalogies des Presses de l’Enssib. Il sera davantage question de communication, de marketing et de réseaux sociaux. Et le concept du livre et du document même sera interrogé sous l’aspect du numérique, par exemple dans la perspective du RTP-Doc.

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Joachim Schöpfel

De « fabuleuses machines techno-documentaires »

Évolutions sociotechniques des bibliothèques numériques / sous la dir. de Fabrice Papy. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2011. – 206 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X. Série Environnements et services numériques d’information). – ISBN 978-2-7462-3145-0 : 65 €

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Cette publication récente rassemble un peu moins d’une dizaine de contributions de chercheurs, auteurs ou praticiens en sciences de l’information afin de nous faire partager les évolutions actuelles des bibliothèques numériques après un bref rappel de leur histoire. Plusieurs angles sont abordés : l’utilisateur, les collections et ressources, les techniques d’accès à l’information. Comme l’indique Fabrice Papy dans la préface : « Les contributions de cet ouvrage sont quelques-unes des pistes de réflexion qu’il serait souhaitable de garder à l’esprit dans tout projet de bibliothèque numérique dans le but d’éviter que ces fabuleuses machines techno-documentaires, au service de l’information et de la connaissance, et à l’usage de tous, ne soient reléguées au rang des dépôts numériques, extensions méconnues des usagers des bibliothèques traditionnelles. »

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Concis mais dense, l’ouvrage aborde les thèmes suivants : le point de vue de l’utilisateur et la navigation ; les sites ressources avec un angle médiation et le Web 2.0 ; les logiciels libres dans les bibliothèques françaises ; les collections numériques ; les internautes des bibliothèques publiques ; le multilinguisme et l’accès aux ressources ; et enfin, l’indexation de la musique.

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Les bibliothèques numériques actuelles - vues en tant que « dispositifs documentaires » par F. Papy --ont atteint un haut degré de développement et de sophistication en matière technologique. Destinées à un public large aux profils variés et difficiles à saisir parfois, elles doivent évoluer de manière constante, notamment au niveau technologique, ce qui n’en constitue pas la moindre difficulté. L’environnement numérique est de plus en plus vaste, et offre des possibilités d’échanges et de partage quasi infinies. Les réseaux sociaux et leurs millions de membres, les plates-formes de partage (photos, vidéos) voient se développer des usages fondés sur la participation : les communautés virtuelles se mettent en place et modifient les rapports entre virtuel et présentiel. Dans un contexte où technologies et activités sociales se mêlent étroitement, les bibliothèques numériques ont toute leur place.

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Jean-Philippe Accart

Webmestre, une fonction centrale

Constituer et animer un réseau de contributeurs de site Internet/intranet / Dominique Genuer. Voiron : Territorial éditions, 2011. – 115 p. – (L’Essentiel sur…). – ISBN 978-2-8186-0195-2 : 29 €

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Il s’agit d’un manuel très complet sur la fonction de webmestre ; il aborde, en suivant la méthode de conduite de projet, les différentes étapes de constitution d’un site puis de son animation en phase de fonctionnement. Son grand mérite est de partir des hommes, de l’organisation du travail, sans s’appesantir sur les aspects techniques. Il donne donc une vision très pragmatique des questions qui se posent à chacune des étapes avec des conseils pour les résoudre. De ce point de vue, il rend bien compte de l’importance d’avoir une connaissance info-organisationnelle pour s’adapter à la culture de la collectivité dans laquelle un site intervient : place et rôles de chaque type d’acteur, types de décisions et d’organisation…

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S’il s’adresse en priorité aux collectivités territoriales, il est tout à fait utile dans d’autres contextes professionnels. En mettant l’accent sur le réseau, la contribution et la production partagée, il entre en résonance avec le web 2 et les réseaux sociaux, en montrant que ceux-ci ne sont qu’une déclinaison d’une attention renouvelée à l’information et à sa circulation. Lier ainsi communication, information documentaire et management inscrit cette fonction comme partie intégrante d’une stratégie organisationnelle, et lui donne une inscription centrale dans tout type d’organisme.

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Brigitte Guyot

Réinventer la bibliothèque

Créer des services innovants. Stratégies et répertoire d’actions pour les bibliothèques / sous la dir. de Marie-Christine Jacquinet. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 172 p. – (Boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 23). – ISBN 978-2-910227-90-6 : 22 €

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Pratique, concret, réaliste, ce petit guide de marketing et d’innovation à usage des bibliothèques publiques est une vraie surprise. L’auteure s’est entourée d’un collectif de seize auteurs issus surtout des médiathèques pour « rendre compte du processus de mise en œuvre de service innovant ». Conscients que bibliothèque publique ne rime pas nécessairement avec marketing ou innovation, les auteurs prennent soin d’expliquer leur démarche : « Faire évoluer les pratiques pour réaffirmer les missions [des bibliothèques…] : offrir à tous un égal accès à la culture, la formation et l’information ». Pour eux, avec la révolution numérique, le cœur de l’activité de la bibliothèque se déplace de l’acquisition et du prêt, vers une logique de service qui place l’usager au centre des préoccupations.

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La 1re partie, « L’innovation dans les services », vision pluri-professionnelle et approche théorique de l’innovation, puise son cadre conceptuel dans le marketing des services et entreprises. Les auteurs partent du principe qu’une bibliothèque est un service (presque) comme les autres, qui peut profiter de l’application de certains concepts du marketing et de l’innovation.

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La 2de partie, « Impact du numérique sur l’offre de la bibliothèque », décrit de nouvelles approches professionnelles. Une introduction par L. Dujol dresse la scène avec une synthèse des usages numériques, invoquant en particulier l’individualisation des services, le nomadisme et le web (portail, blog, réseau social, etc.).

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La 3e partie, « Renouveler les services avec les différents acteurs », plaide pour la mobilisation des équipes dans leur relation avec l’environnement, les publics et les partenaires. Ainsi, le lecteur trouvera ici par exemple le réseau des médiathèques du Val d’Europe, l’action Lire sur la Plage en Seine-Maritime, et la médiathèque de Lomme dans la banlieue de Lille. D’ailleurs, le lecteur constatera ici que le livre s’adresse d’abord et surtout aux personnels des bibliothèques publiques, même si le public visé est plus large.

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À la fin, un mémento résume le déroulement d’un projet d’innovation, un glossaire définit les concepts-clés, et une bibliographie propose livres et articles dans le domaine du marketing des services en général et du développement des bibliothèques en particulier.

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À propos du public, les auteurs insistent sur la nécessité de cibler « l’autre public », celui qui ne fréquente pas les bibliothèques. L’idée est de sortir la bibliothèque d’une logique « lecteurs » et de l’approcher des pratiques culturelles d’une population plus habituée « aux présentations commerciales, à leur lisibilité, à leur efficacité ». Comment mettre en valeur l’offre de services de la bibliothèque ? Comment, en terme de marketing, élargir la clientèle de ce service culturel ?

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Le livre est pratique, riche d’expériences et d’exemples. À l’aide de cas concrets et de bonnes pratiques, il montre comment innover et réinventer une bibliothèque. Il incite vivement à suivre les exemples, s’inspirer des modèles, trouver d’autres pistes. La surprise dont je parlais au début n’est pas seulement dû au contenu mais aussi au style. Les livres sur les bibliothèques sont parfois trop sur la défensive, parlent de médiation menacée et évoquent de nouveaux usages avec prudence. Ici, rien de tout cela. Ce livre nous parle de modernité, de création de service, d’innovation comme si tout cela coulait de source. À sa manière, il incarne un renouveau décomplexé des bibliothèques publiques qui n’oppose pas mission et service. C’est un changement de perspective plein d’entrain et d’optimisme, et cela fait du bien.

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Joachim Schöpfel

Une boîte à outils sur la veille

Organiser sa veille sur Internet : au-delà de Google… Outils et astuces pour le professionnel / Xavier Delengaigne. Paris : Eyrolles, 2012. -320 p. – (Accès libre). – ISBN 978-2-212-13295-3 : 19,90 €

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Que dire d’un tel ouvrage, si ce n’est qu’il exacerbe et assouvit en même temps un fantasme excitant douloureux, celui de tout documentaliste désargenté appelé à organiser une veille structurée ?

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Son grand mérite est sûrement d’offrir un cheminement qui conduit des besoins aux outils, à l’inverse de cette satanée manie qui veut commencer par l’outil, répondant au « comment » avant même d’envisager le « pourquoi ». Ceci dit, c’est bien une boîte à outils que propose Xavier Delengaigne, une boîte à outils pour se construire un processus de veille à sa main et à moindre coût, une boîte à outils pédagogiquement structurée. L’ordre d’exposition est celui de la pratique professionnelle : de la préparation de la veille (première partie de l’ouvrage) à la diffusion de l’information (quatrième partie), en passant par la recherche sur le web, la collecte, l’analyse, l’évaluation, le stockage et le traitement de l’information. Comme quoi la chaîne documentaire n’est pas si désuète que ça…

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Malgré son sous-titre, ce livre est censé n’être pas destiné au professionnel de l’information et de la veille parce que, dit l’auteur, le professionnel de la documentation est « déjà rodé » à la problématique de la veille et équipé d’une méthodologie et d’un outillage élaborés. Je crois qu’ici, l’auteur s’illusionne quelque peu. Je peux témoigner que la compétence à la veille n’est pas vraiment la compétence documentaire la mieux partagée. À preuve tous ces stages de formation à la veille, mais aussi cette floraison foisonnante et ininterrompue d’outils de toutes sortes qui peut faire l’objet d’une appréhension pouvant vite devenir pathogène. Le travail de Xavier Delengaigne aura donc une vertu curative : les outils, nombreux mais chacun à sa place, sont présentés en toute simplicité de façon à ce que la compréhension et la mise en main en soient facilitées…

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Ce livre n’est pas davantage censé être « une bible exhaustive des outils de veille disponibles en ligne », l’exhaustivité, nous le savons tous, étant tout simplement impossible. Mais ce livre permettra-t-il au moins au lecteur d’engager sa « veille au carré ». Tel un bon ouvrier, le documentaliste prend soin de ses outils.

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Dans son avant-propos, l’auteur cite Jean-Yves Prax : « Apportez-moi l’information dont j’ai besoin au moment où j’en ai besoin ». Il aurait pu citer notre père à tous, je veux dire Paul Otlet quand, au début de son traité (1934), il déclinait les « buts de la documentation »… C’est peut-être dire que la pratique de la veille est de tout temps inscrite dans la pratique documentaire, et qu’elle en constitue sûrement l’un des aspects les plus pertinents et les plus efficaces. Quand, en 1999, la commission Métiers et qualifications de l’ADBS travaille à la définition des métiers de l’information et de la documentation, le veilleur apparaît comme une simple déclinaison du « documentaliste » : le rôle du « veilleur-documentaliste » y est d’« alimenter les décideurs d’une entreprise en informations sélectionnées et traitées en vue de les alerter sur l’évolution de l’environnement (technique, concurrentiel, économique, réglementaire, etc.) de l’entreprise et de les aider dans leurs prises de décision ». Définition du documentaliste où l’on insiste à la fois sur l’objet de la vigilance et sur la finalité du travail, mais définition du documentaliste - ce qui donne un relief tout particulier au constat de la non préparation des documentalistes à la pratique de la veille.

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Bruno Richardot

Titres recensés

  1. Exploiter des corpus audiovisuels
    1. Les Archives audiovisuelles : description, indexation et publication / sous la dir. de Peter Stockinger. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 320 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 978-2-7462-3219-8 : 85 €. Nouveaux usages des archives audiovisuelles numériques /sous la dir. de Peter Stockinger. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 304 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 978-2-7462-3802-2 : 85 €
  2. Analyse d’une mutation
    1. La Communication scientifique et le numérique / Guylaine Beaudry. Paris : Hermès : Lavoisier, 2011. – 327 p. – (Traitement de l’information, ISSN 1961-1498). – ISBN 978-2-7462-3133-7 : 79 €
  3. Un guide sur le droit des données personnelles
    1. Droit des données personnelles / David Forest. Paris : Gualino éditeur ; Lextenso éditions, 2011. – 119 p. – (Droit en action). – ISBN 978-2-297-01502-8 : 16 €
  4. Restez en alerte !
    1. Recherche éveillée sur Internet : mode d’emploi. Outils et méthodes pour explorer le Web : Web visible, Web invisible, Web social, Web temps réel / Béatrice Foenix-Riou. Paris : Lavoisier : Bases Publications, 2011. – 368 p. – ISBN 978-2-7430-1342-4 : 69 €
  5. Un classique incontournable
    1. Les Bibliothèques / Anne-Marie Bertrand. 4e éd. – Paris : La Découverte, 2011. – 126 p. ?(Repères ; 247). – ISBN 978-2-
  6. De « fabuleuses machines techno-documentaires »
    1. Évolutions sociotechniques des bibliothèques numériques / sous la dir. de Fabrice Papy. Paris : Hermès Science Publications : Lavoisier, 2011. – 206 p. – (Traité des sciences et techniques de l’information, ISSN 2104-709X. Série Environnements et services numériques d’information). – ISBN 978-2-7462-3145-0 : 65 €
  7. Webmestre, une fonction centrale
    1. Constituer et animer un réseau de contributeurs de site Internet/intranet / Dominique Genuer. Voiron : Territorial éditions, 2011. – 115 p. – (L’Essentiel sur…). – ISBN 978-2-8186-0195-2 : 29 €
  8. Réinventer la bibliothèque
    1. Créer des services innovants. Stratégies et répertoire d’actions pour les bibliothèques / sous la dir. de Marie-Christine Jacquinet. Villeurbanne : Presses de l’Enssib, 2011. – 172 p. – (Boîte à outils, ISSN 1259-4857 ; 23). – ISBN 978-2-910227-90-6 : 22 €
  9. Une boîte à outils sur la veille
    1. Organiser sa veille sur Internet : au-delà de Google… Outils et astuces pour le professionnel / Xavier Delengaigne. Paris : Eyrolles, 2012. -320 p. – (Accès libre). – ISBN 978-2-212-13295-3 : 19,90 €

Pour citer cet article

Blanquet Marie-France, Schöpfel Joachim, Accart Jean-Philippe, Cotte Dominique, Guyot Brigitte, « Notes de lecture », Documentaliste-Sciences de l'Information 2/2012 (Vol. 49) , p. 72-78
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2012-2-page-72.htm.
DOI : 10.3917/docsi.492.0072.


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